TOUT EST DIT

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jeudi 11 octobre 2012

Le chanteur Frank Alamo est mort 


Ségolène Royal: "François et moi avons été un couple mythique"

Dans "Le Rose et le gris", Michèle Cotta dresse un premier portrait du président au pouvoir, en plongeant la plume de la curiosité dans l'encre des confidences. Dont celles de Ségolène Royal. Hollande-Royal: lui et elle, lui par elle...

EXTRAITS DU LIVRE "LE ROSE ET LE GRIS", de Michèle Cotta

Deux ambitions parallèles

"Ce n'est pas moi, dit-elle, qui lui ai barré la route en 2007. S'il s'était présenté, je l'aurais trouvé légitime, puisqu'il était le premier secrétaire du PS, et je me serais retirée. Non, le grand empêcheur a été en réalité Lionel Jospin, même si personne, à l'époque, ne l'a vu venir. Il avait passé le flambeau à François en 2002 sans se préoccuper de ce que deviendrait la gauche. En 2006, il veut revenir, il arrive à La Rochelle, il fait une déclaration dans ce sens et il est furieux parce que François ne me dégomme pas sur-le-champ!"
Elle décrit néanmoins François Hollande, sur le moment, plus sensible qu'il ne l'a montré aux chances de retour de Lionel Jospin, et même prêt à faire un "ticket" avec lui s'il était élu en 2007: l'Elysée à l'un, Matignon à l'autre. "J'ai dit à François Hollande, dans notre maison de Mougins, devant notre fils Thomas, je m'en souviens très bien, que Lionel Jospin n'aurait aucune chance, qu'il n'était pas un rassembleur et qu'il perdrait en 2007 comme il avait perdu en 2002. Qu'avait-il fait, entre 2002 et 2006, qui ait pu démontrer le contraire?"

Vous avez dit "normal" ?

C'est un de ses proches qui l'a souligné: lorsqu'il a usé de ce mot [NDLR: normal], "Hollande voulait évoquer à 70% Sarkozy, à 30% Strauss-Kahn". Et à 10% Ségolène Royal? "Je ne me fais pas d'illusion, confie celle-ci, des semaines après l'élection: lorsque Hollande a dit qu'il voulait être un candidat normal, il me visait aussi. Sarko et moi étions dans son collimateur, nous étions tous les deux des candidats anormaux."

La législative fatale...

"François, continue Ségolène, n'a rien fait. Il a envoyé Stéphane Le Foll à la manoeuvre pour que Falorni abandonne le combat. Le Foll n'a rien fait non plus. Puis il a demandé à Lionel Jospin de régler le problème. Il n'a rien tenté, au contraire: beaucoup de ses partisans ont fait ouvertement campagne pour Falorni. Pourquoi François n'est-il pas lui-même intervenu directement? Il ne m'a même pas dit qu'il était dans une situation inextricable. Il ne m'a même pas dit qu'il ne pouvait pas m'imposer à La Rochelle, que je devais reprendre ma circonscription pendant qu'il en était encore temps. J'aurais dû me méfier: Bruno Le Roux m'avait proposé de me présenter à Dakar, dans le contingent des parlementaires élus par les Français de l'étranger. J'ai dit non, évidemment !" [...] "Si François n'est pas intervenu, c'est peut-être que le réseau Falorni était déjà à l'oeuvre auprès de lui." A quel "réseau" Ségolène Royal fait-elle allusion, qui, proche du président de la République, serait favorable au dissident socialiste rochelais? Elle formule cette supposition comme en passant, mais il n'est pas difficile de deviner de qui elle parle - de celle dont, paraît-il, elle se garde de jamais prononcer le nom : Valérie Trierweiler.

La rivale

"Après le tweet, raconte-t-elle aujourd'hui, François m'a téléphoné de sa voiture: "Je l'apprends comme toi par la presse", m'a-t-il dit, éberlué. Il n'arrivait pas à y croire." [...] "Je pense, oui, commentera durement en privé Ségolène Royal, qu'elle a le complexe de Rebecca (1) : elle veut faire oublier que François et moi avons été un couple, et même un couple mythique; il lui sera impossible de m'effacer, moi et mes enfants."
(1) Rebecca, dans le roman du même nom de l'auteur populaire Daphné du Maurier, est la deuxième femme d'un lord anglai ; elle ne supporte pas les traces envahissantes que la première épouse a laissées dans la demeure de son ex-mari.

Y'A DE QUOI SE MARRER

Que s'est il passé mardi soir au dîner des Pigeons? Un coup de force du Medef

Bercy a très mal pris l'injonction patronale lui demandant de retirer le texte sur l'alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail. Pour les participants à la réunion de mardi soir, Laurence Parisot, la présidente du Medef, a voulu récupérer le mouvement des Pigeons et servir ainsi les intérêts de l'organisation patronale. La CGPME, qui représente les PME, a dénoncé violemment auprès de ses membres cette ligne jusqu'au-boutiste.

« Etat d'urgence entrepreneurial ». Le communiqué coup de poing publié tard dans la soirée de mardi par les organisations patronales, comme le Medef, Croissance Plus, et l'AFEP, les représentants du numérique comme France Digitale ou la Fédération Syntec (ingénierie, éditeurs de logiciels, SSII...), des fonds d'investissement (l'AFIC) et le porte-parole des Pigeons, Jean-David Chamboredon, a mis le feu au ministère de l'Economie et des Finances. Selon nos informations, l'appel au retrait du texte sur l'alignement de la taxation du capital sur le travail a braqué Bercy, permettant aux tenants de la ligne fiscale la plus dure de reprendre la main et de revenir sur les concessions déjà faites sur le texte.
Si au lendemain de ce coup de force, les signataires du texte affichaient une belle unanimité, la rencontre de la veille au soir avait en réalité été plutôt houleuse. Parmi la trentaine de participants, certains ont eu le sentiment d'être pris en otage par un Medef  pressé de récupérer un mouvement qui donnait une image positive des entreprises dans l'opinion. Seul à se démarquer officiellement du communiqué patronal pour dire ce que beaucoup pensent tout bas, la CGPME (qui représente les PME). Non seulement, son président, Jean-François Roubaud, s'est déclaré favorable aux propositions d'aménagement du texte obtenues dans la journée, mais il a aussi violemment condamné la position radicale adoptée par les autres associations.
La CGPME s'emporte contre les organisations patronales
Dans un texte obtenu par la Tribune et envoyé aux membres de la CGPME, Jean-François Roubaud écrit :« En clair, le gouvernement, au vu des documents dont nous disposons, s'est engagé à revenir sur les dispositions concernant la taxation des plus values de cession que nous avons combattues avec vigueur ». Et de s'emporter : « le communiqué « Etat d'Urgence Entrepreneurial » risque de ruiner nos efforts en braquant les parlementaires et en faisant échouer les amendements pourtant salutaires pour les entreprises et leurs dirigeants ».
Laurence Parisot débarque
Au départ, rien ne préjugeait d'une issue si brutale à cette  réunion, même si plusieurs convives redoutaient un traquenard. Invités à l'initiative de Marie Ekland (France Digitale) et de Croissance Plus  pour déterminer comment « agir de concert » ou « coordonner les messages et la communication » face au texte gouvernemental, certains participants ont été très étonnés de voir débarquer Laurence Parisot en personne. Un premier tour de table a eu lieu, chacun exprimant ses positions. Ainsi, les propositions d'aménagement faites par Bercy dans la journée aux uns et aux autres n'ont d'ailleurs pas été discutées. En revanche, très vite, une ligne de fracture est apparue entre les tenants de la poursuite des négociations avec les services de Jérome Cahuzac et la demande pure et simple du retrait du texte. Partisane d'une attitude virile vis-à-vis de Bercy, Laurence Parisot a lancé qu'il fallait avoir « une ligne maximaliste ! », selon des propos rapportés.
Selon un convive, le Medef "demande la convergence de lutte"
Présent au dîner, un témoin décode : « le Medef est venu demander aux Pigeons la convergence de lutte ». De fait, certains représentants du numérique ont fait valoir la spécificité des entrepreneurs, et de leurs bailleurs de fonds, dont la réussite est fondée sur la prise de risque. En réponse, les organisations patronales ont expliqué qu'il ne fallait surtout pas diviser les entrepreneurs. Qu'il n'y avait pas que les entreprises de croissance (les start-ups), mais aussi les industriels. Autrement dit, pour le Medef ou pour l'AFEP, un actionnaire de Total ou de L'Oréal vaut autant qu'un business angel.
Soucieux de ne pas donner l'impression d'avoir été instrumentalisé, Jean-David Chamboredon justifie son ralliement : « J'étais sceptique en me rendant à ce dîner, ne connaissant pas trop les problématiques des grosses boîtes. J'ai réalisé qu'elles subissaient à long terme le même préjudice que nous. Cela ennuie par exemple l'AFEP (Association française des entreprises privées, ndlr) qu'à terme les actionnaires des entreprises puissent tous devenir des non résidents ».
Exercice d'équilibriste
Dubitatif sur la ligne jusqu'au-boutiste dure, le Syntec numérique, une division de la fédération Syntec, a attendu mercredi pour rejoindre le mouvement. Se prévalant d'une attitude modérée, son président Guy Mamou-Mani justifie les raisons qui ont poussé le syndicat à soutenir le patronat : « La réunion que nous avions eue dans l'après-midi à Bercy s'était très bien passée. Mais j'ai réalisé que malgré la bonne volonté du cabinet, la situation était inextricable et que l'on ne pourrait jamais clarifier les définitions d'investisseur et de créateur. Que ce serait une usine à gaz ! ». Le Syntec Numérique ne souhaite pour autant pas rompre avec les services du ministère. Trois autres fédérations professionnelles, l'Afdel (éditeur de logiciels), le Comité Richelieu (Association des PME innovantes) et le SNJV (Syndicat des jeux vidéos) tentent aussi cet exercice d'équilibriste, qui consiste à rester solidaire des signataires tout en poursuivant les négociations avec le ministère de l'Economie et des Finances. A une différence près, elles n'ont pour le moment pas encore signé le texte de mardi soir.

Enquêtes

Enquêtes
 
Le réseau des jeunes djihadistes Français que l'on avait cru, avec un soulagement un peu prématuré, avoir percé, nous vaut donc une nouvelle frayeur rétrospective. Ils étaient dangereux. La découverte d'engins explosifs dans un box en fait des individus « extrêmement dangereux », promis à l'exceptionnelle prolongation de leurs gardes à vue. Pour éviter d'exagérer la menace, comme on a déjà vu le procédé utilisé il n'y a pas si longtemps, ni pour la minimiser, la prudence impose d'attendre la fin des enquêtes pour prendre l'exacte mesure de cette menace.
Ces terroristes prêts à perpétrer d'autres actes criminels après celui de Sarcelles, ne sont pas les premiers formés à l'école de l'islamo-banditisme. La dérive est surveillée depuis une vingtaine d'années. L'inquiétude nouvelle vient de la rapidité de la conversion de ces jeunes à un islamisme radical que la majorité des musulmans réprouve. Chacun a bien entendu sa propre histoire, mais leurs frustrations et leurs quêtes d'identité se rejoignent dans un dévoiement islamiste nourri d'un antisémitisme qui irrigue bien au-delà de ces groupuscules.
L'autre enquête, que vient de publier l'Insee sur les descendants d'immigrés en France, semble à première vue contredire une vision trop pessimiste de ces fameux quartiers qui ne seraient que viviers à islamo-terroristes. Ces enfants d'immigrés se sentent, à 90 %, Français et leur parcours témoigne que l'ascenseur social n'est pas si en panne qu'on le dit. Ils se sentent pourtant trop souvent discriminés du fait de leur origine et couleur de peau.
Une minorité se sent donc rejetée et cherche à compenser son décrochage dans un repli religieux radical. Mais la majorité, désireuse de s'intégrer, ne cède pas au découragement et redouble d'efforts. La société aurait intérêt à regarder aussi de ce côté-là, celui de la réussite. Mieux vaut l'encourager que de croire qu'il suffira de la nécessaire machine policière, pour assécher la menace djihadiste. Des gardes à vue pour certains, mais un autre regard pour les autres. Et que certains politiciens pyromanes cessent leurs amalgames.

Jeunes ramiers, vieilles branches

Jeunes ramiers, vieilles branches 


À l’exemple si efficace des pigeons numériques roucoulant des tombereaux de critiques sur le projet de loi de finance du gouvernement, accusé de spolier les plus-values et de décourager l’esprit d’entreprise, les retraités sauront-ils faire entendre leur voix ?
Force est de reconnaître que les malheureux ne disposent pas des mêmes armes. Et l’on ne parle pas ici de compétences numériques, le troisième âge étant devenu redoutable en la matière grâce à l’amour de leurs petits-enfants. Les pigeons se présentent comme l’avenir de la France qui travaille ; celle qui crée de la richesse sans laquelle rien n’est possible. Les vieilles branches, nous tous un jour ou l’autre, ont tout autant de prétentions à incarner le futur de notre pays. Elles ne créent pas de richesse, se contentant de consommer une part de celle qui est produite par les actifs.
Tout le monde n’a pas vocation à être patron de start-up ou investisseur en capital risque. Mais chacun, puissant ou modeste, vieillira, statistiquement mieux et plus longtemps que ses parents, c’est une des rares certitudes que nous avons.
Autrement dit, la part de la richesse du pays affectée à la dernière séquence de nos vies ne peut mécaniquement que croître, même si les tranches individuelles du gâteau s’amincissent.
En un demi-siècle, la prise en charge du troisième âge s’est améliorée en France. Mais les chiffres moyens masquent de profondes inégalités, tant devant l’espérance de vie que devant la perspective des revenus. Le gouvernement de François Fillon voulait créer un nouveau pilier d’assurance pour la dépendance qui aurait inévitablement accru les charges sur les actifs. Cette question reste pendante alors que les pensionnés et futurs retraités sont en droit de s’interroger sur la contribution qui leur sera imposée à l’effort de « redressement » dicté au pays. Gazouiller ou roucouler sur le net ne les tirera pas d’affaire.

Fenêtre

Fenêtre 


Vous connaissez des mouvements qui oseraient aujourd’hui baptiser leur programme « Joie et espoir » ? L’Eglise catholique l’a fait avec Vatican II, qui débutait ses travaux il y a cinquante ans. Nous étions dans les années 60, années de croissance et d’optimisme, le pape invitait ses ouailles à « ouvrir la fenêtre »… C’est peu dire que le pessimisme de notre époque a fait se refermer bien des fenêtres catholiques, mais aussi juives, musulmanes, bouddhistes ou hindouistes. Aujourd’hui, le temps n’est plus à l’œcuménisme mais à la revendication identitaire, qui conduit les croyants plus souvent à la guerre qu’au dialogue. Reste que les hommes n’ont pas toujours eu besoin de croire en un dieu pour s’entretuer. Et que Vatican I, à peine cent ans plus tôt, décrétait l’infaillibilité du pape. Comme quoi tout le monde peut se tromper, puis reconnaître son erreur – petite fenêtre d’espoir pour tous.

Nicolas Sarkozy pense à la présidentielle... en ne se rasant pas

Pour Hervé Gattegno, ceux qui à l'UMP parient sur une reconversion de l'ancien président prennent leurs désirs pour des réalités.
Nicolas Sarkozy prononce tout à l'heure à New York sa première conférence en tant qu'ancien président - il est l'invité d'une grande banque brésilienne. Est-ce le début de sa reconversion ? Vous n'y croyez pas du tout. Votre parti pris : Nicolas Sarkozy pense à la présidentielle... en ne se rasant pas ! Que voulez-vous dire ?
Souvenez-vous : "J'y pense, pas seulement en me rasant." C'était sa phrase-choc de 2003 qui installait la certitude de sa candidature pour 2007 - quatre ans à l'avance ! Son nouveau look est censé convaincre que cette obsession l'a quitté. C'est l'inverse. Cette barbe est un masque. Un look de traversée du désert, mais plutôt dans le style excursion dans le Sahara pour vacancier aisé. Ses proches répandent l'idée qu'il veut tourner la page, réussir dans d'autres domaines... Mais pourquoi donc un conférencier international passerait-il son temps à inviter des députés et à parler de l'avenir de l'UMP ? Je vous laisse deviner...
Mais Roselyne Bachelot dit exactement l'inverse dans Le Nouvel Obs : que la barbe de trois jours de Nicolas Sarkozy montre qu'il est passé à autre chose ? Elle se trompe ?
Elle prend ses désirs pour des réalités. Elle dit ce que pensent tous les partisans de François Fillon - elle en est. Autre fillonniste distingué, Laurent Wauquiez a accusé hier les jeunes sarkozystes du courant La droite forte de "captation d'héritage". S'il y a héritage, c'est qu'il y a un mort - donc que Nicolas Sarkozy n'est plus de ce monde... politique. C'est ce dont François Fillon rêve. Mais lui aussi a été reçu par l'ancien président, qui l'a menacé de l'attaquer publiquement s'il prenait trop ses distances. C'est évidemment une façon de ficeler Fillon pour la suite - c'est donc qu'il y aura une suite.
Revenons à ses activités de conférencier. Vous ne croyez pas qu'il puisse en faire un métier ? D'autres anciens chefs d'État le font - et on dit que c'est très bien payé...
Nicolas Sarkozy doit en avoir sincèrement envie : pour gagner de l'argent, oui, et pour remplir le vide. Mais malgré ses cours d'anglais intensifs, il n'a pas le niveau pour faire mieux que lire un texte (pas trop long) écrit d'avance. Au fait, il faudra vérifier s'il monte à la tribune avec sa barbe ou s'il s'est rasé - c'est peut-être lui qui va raser son auditoire... Car la réalité, c'est que Sarkozy a été réactif et intuitif pendant la crise, mais qu'il n'est pas un expert de l'économie. D'ailleurs, il ne devait pas savoir que la banque qui l'a invité est très implantée aux îles Caïman et aux Bermudes - des paradis fiscaux... Une erreur de débutant.
Donc, vous en êtes sûr, il prépare son retour en politique : objectif 2017 ?
Évidemment - et tout ce qu'il fera d'ici là doit être dès maintenant observé à travers le prisme de cette ambition. Nicolas Sarkozy le montre à tous ses visiteurs : il exulte de la dégringolade rapide de François Hollande ; et c'est peu dire que la médiocrité du duel Copé-Fillon ne lui déplaît pas. Le seul hic, c'est qu'il n'avait pas prévu que ça irait aussi vite. Il va falloir qu'il résiste pendant des mois à l'envie irrépressible de remettre le pied dans la porte. Beaucoup de ses proches pensent qu'il a perdu la dernière élection parce qu'il est parti trop tard. Il voudra faire attention, pour la prochaine, à ne pas partir trop tôt.

Londres, une grande ville française

Lundi, lors du congrès du parti conservateur à Birmingham, le maire de Londres Boris Johnson a fustigé le "tyran" François Hollande et invité les Français talentueux à rejoindre Londres.
Grâce aux mesures fiscales du nouveau gouvernement, plusieurs pays semblent s’arracher les Français. Nous avons évoqué l’appel ouvert de Monsieur Cameron, celui du gouverneur du Mississipi, nous suivons régulièrement les péripéties de nos compatriotes en Belgique (qui a décidé de modifier les règles de naturalisation afin de permettre à toute personne de la communauté européenne qui le souhaite d’accéder à la nationalité belge dans la mesure où elle peut contribuer au rayonnement de la Belgique). Vous trouverez sur MVMA TV des illustrations ou des reportages sur ce phénomène.
Il semble que la Grande Bretagne soit la Grande Gagnante pour l’instant. Outre que Londres soit désormais la sixième ville française avec environ 400 000 habitants, voici que son Maire, Boris Johnson appuie sur l’accélérateur. « Jamais depuis 1789 il n’y a eu une telle tyrannie ou terreur en France », a-t-il lancé lors du congrès du parti conservateur à Birmingham. « Allons, enfants de la patrie ! » Provocateur, il a repris, dans la langue de Molière, les premiers mots de l’hymne national français en guise d’invitation. « Je suis prêt à accueillir tous les Français talentueux à Londres », a-t-il affirmé.
Nous apprenions samedi dernier que Christian Clavier s’installait à Londres, bien sûr, « pas du tout pour des raison fiscales ».
Nous apprenons aujourd’hui que Nicolas Chanut, un des fondateurs d’Exane, s’installe à Londres, bien sûr, « pas du tout pour des raison fiscales ».
Mais, comme notre ministre du Budget Jérôme Cahuzac l’a déclaré, tout cela « n’est pas significatif ». Il faut dire que comptablement, nos expatriés sont largement compensés par l’immigration…. enfin, du moins numériquement….
En attendant la Restauration, apprenons tous cet hymne qui sera bientôt celui des entrepreneurs français :

God save our gracious Queen,
Long live our noble Queen,

God save the Queen !

Croix gammées à Athènes : l'Allemagne sous le choc

L'accueil réservé à la chancelière mardi à Athènes pour sa visite officielle a choqué les Allemands. Ils jugent les slogans hostiles «ingrats», alors que l'Allemagne reste le premier créancier de la Grèce.


L'Allemagne est sous le choc après l'accueil réservé à sa chancelière par la rue grecque. Les images des manifestations d'opposants à la venue d'Angela Merkel, mardi en Grèce, avec force symboles nazis et slogans de rejet, s'étalaient dans presque tous les journaux mercredi. Soutenue par les sociaux-démocrates, la coalition de centre droit de la chancelière a cloué au pilori le patron de Die Linke, le parti de la gauche radicale, qui a cautionné les dérapages en défilant à Athènes.
«L'Allemagne n'a pas mérité ça: des protestations nauséabondes contre Merkel à Athènes! Et nous payons encore plus», s'exclamait en une le quotidien populaire Bild, qui qualifie la visite d'«erreur politique», «en dépit des bonnes intentions» qui ont présidé à son organisation. «On ne peut pas être plus ingrat. Ça suffit», écrit le journal, qui avait suggéré aux Grecs de vendre leurs îles ou encore l'acropole pour rembourser leurs dettes en 2010.
La visite de la chancelière, à l'invitation de son homologue grec, Antonis Samaras, avait pour but d'apaiser les tensions entre Berlin et Athènes. Merkel est venue à Athènes marquer son empathie et offrir ses encouragements. Un petit geste symbolique marque pourtant l'étendue de l'incompréhension entre les deux capitales en dépit d'une certaine complicité affichée par les deux dirigeants.

Polémique sur la veste verte de la chancelière

Les commentateurs ont souligné que Merkel portait un blazer vert, couleur de l'espoir, pour marquer son soutien aux Grecs… Un faux pas, en réalité, puisqu'elle avait arboré la même veste lors de la cuisante défaite (4-2) infligée par la Mannschaft à l'équipe grecque, cet été, pendant l'Euro 2012.
«Ce n'est pas le IVe Reich!» écrit la Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui rappelle que jamais la chancelière n'avait été ainsi reçue, avec à la fois les honneurs militaires et les croix gammées des manifestants. «On peut ouvertement se demander si les témoignages de sympathie à mots couverts de la chancelière ont atteint les oreilles des manifestants», écrit le journal, pour lequel seul «un petit cadeau» chiffrable en milliards d'euros aurait pu changer quelque chose.
La visite mouvementée a aussi provoqué des remous politiques à Berlin. Soutenue par le parti d'opposition SPD, la coalition de Merkel a tancé le patron du parti de la gauche radicale, Die Linke, Bernd Riexinger, qui a défilé aux côtés des manifestants à Athènes. «Il est désolant et sans précédent» que le chef d'un parti siégeant au Bundestag «utilise les protestation antiallemandes d'Athènes pour faire de la politique contre les intérêts de son propre pays», s'est insurgé Gerda Hasselfeldt, présidente du groupe CSU au Bundestag. La solidarité allemande envers la Grèce est conditionnée aux efforts d'Athènes pour accomplir le programme de réformes de la troïka (UE, BCE, FMI). «Riexinger foule cette solidarité aux pied», juge Hasselfeldt.

Hollande réinvente le lycée Papillon…

Hollande réinvente le lycée Papillon…



Retour à la semaine de quatre jours et demi en primaire dès la rentrée prochaine, moins de redoublements, devoirs faits à l’école plutôt qu’à la maison… : François Hollande a présenté mardi les grands axes de sa politique d’éducation, qui fera l’objet d’un énième projet de loi. Nous ressortant les vieilles lunes des « pédagogues » de la rue de Grenelle, c’est ce qu’il ose appeler : « refonder l’école ». Il réinvente en somme le lycée Papillon de la fameuse chanson de Georgius : « Le sujet est neuf, / Bravo vous aurez neuf. » On pourrait en rire si le sujet n’était pas aussi grave…
« J’ai pris un engagement devant les Français et rien ne m’en détournera : c’est la priorité éducative », a-t-il dit à l’occasion de la remise officielle à la Sorbonne du rapport issu de la concertation pour la refondation de l’école, dont il a fait siennes plusieurs préconisations. Enchaînant les platitudes et les répétitions, avec des postures de Charlemagne et des airs de conviction nous rappelant plutôt Sarkozy et Louis de Funès à la fois, il nous a donc rejoué à son tour la tragi-comédie de la régénération du Mammouth scolaire !
Il a ainsi réaffirmé la priorité donnée au primaire. La scolarisation des enfants de moins de trois ans, qui a chuté sous la droite, doit être « relancée dans les zones en difficulté », afin de lutter contre l’échec scolaire des familles les plus défavorisées. A propos des rythmes scolaires, déplorant des journées actuellement surchargées pour les élèves, Hollande s’est dit « favorable » au retour à la semaine de 4 jours et demi à l’école primaire dès la rentrée 2013 : « La réforme des rythmes scolaires n’est pas la clef de tout, mais c’est le levier de la réussite. » Au sujet des redoublements, le président a estimé qu’ils n’étaient « pas toujours utiles » et que leur nombre « devra être réduit ». Quant à la notation, elle « doit indiquer un niveau plutôt que sanctionner ». Il a également défendu le projet d’enseigner la morale laïque afin d’être « intransigeant sur nos valeurs ». Je passe sur « le décrochage scolaire », « la formation des maîtres », un « référent » par ci, un « référent » par là. Etc.
A dire vrai, commente Jacques Camus (La République du Centre), « on bachote beaucoup sur les mêmes problèmes depuis des années : rythmes scolaires, notation, orientation, redoublement etc… » Les rapports eux aussi « pas toujours utiles » pullulent en la matière. Une fois de plus, l’Education nationale s’apprête à faire réforme dans le vide et le bluff : « C’est le cas à chaque changement de “régime”, ou presque. Et comme l’instauration du quinquennat a accéléré le rythme de la vie électorale, les nouveaux maîtres de la Nation commencent à défaire l’ouvrage de leurs prédécesseurs quand il n’est pas même achevé… Ainsi les livres qui permettent d’enseigner les “nouveaux” programmes risquent-ils d’être désuets avant même d’être imprimés ! », résume bien Philippe Le Claire dans L’Union-l’Ardennais.
« Mais est-ce bien au Président de se faire ministre, plaidant pour la fin des redoublements et des devoirs à la maison, déplorant les journées trop chargées des élèves ? » interroge Yvan Drapeau de La Charente libre. Ce n’est en réalité ni au Président ni au ministre, ni compétents ni désintéressés en la matière, comme en témoignent l’histoire et la malédiction de ce Mammouth soviétoïde, chaque ministre de la « Déséducation nationale » étant condamné depuis des lustres, comme Sisyphe, à porter vainement au sommet de son mandat le pesant boulet d’une réforme fantoche. Faute du « régime » précisément, du Président et du ministre qui essaieraient simplement le principe de subsidiarité, c’est-à-dire qui feraient confiance et donneraient sa chance à la véritable liberté d’enseignement.
Conclusion ? L’élève Hollande ressemble à l’élève Cancrelas de la chanson : « Et puis comm’plus tard j’veux dev’nir ministre [et même Présiden !] / Moins je s’rai calé, plus j’aurai d’ valeur, /Je vous dis : bravo ! /Mais je vous donn’ zéro. »

EXCLUSIF. La redevance audiovisuelle étendue aux résidences secondaires

Un amendement à la loi de finances présenté mercredi devrait créer une demi-part de redevance supplémentaire sur les résidences secondaires.
Le groupe socialiste à l'Assemblée va présenter mercredi après-midi en commission des Finances un amendement à la loi de finances visant à créer une demi-part de redevance supplémentaire sur les résidences secondaires, pour soutenir France Télévisions et lui redonner un peu d'air, au moment où ses comptes virent au rouge.
Certaines estimations - assez optimistes - fixent la recette de cette extension à 150 millions d'euros. Cette manne est la bienvenue pour Rémy Pflimlin, le P-DG de France Télévisions, qui devrait ainsi éviter, grâce à ce surcroît d'argent public, d'être en déficit en 2013. "Bien évidemment, France Télévisions devra également faire des efforts", souligne-t-on dans les rangs de la majorité. En contrepartie, le gouvernement renonce à l'augmentation générale de deux euros supplémentaires de la redevance, laquelle, au lieu d'atteindre 129 euros en 2013, sera de 127 euros (soit une augmentation uniquement conforme au cours de l'inflation).

Deux amendements en débat chez les socialistes


Le débat sur le financement de l'audiovisuel public faisait rage depuis septembre. Dans ce contexte tendu, Patrick Bloche, le président de la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale, avait annoncé qu'il pourrait prendre une initiative en vue d'élargir l'assiette de la redevance audiovisuelle (rebaptisée CAP, Contribution pour l'audiovisuel public, depuis 2009). "Je suis favorable à l'augmentation du volume de cette ressource", avait-il indiqué dans son discours de clôture des assises de l'audiovisuel organisées par la Scam*.
La majorité socialiste était partagée sur ce point. Certains au sein du groupe socialiste à l'Assemblée étaient partisans de ne faire aucun geste supplémentaire pour aider France Télévisions à boucler ses fins de mois. Patrick Bloche, par ailleurs administrateur du groupe audiovisuel, a proposé, dès la semaine dernière, deux amendements au choix, l'un portant sur l'extension aux résidences secondaires, l'autre sur une nouvelle hausse de deux euros supplémentaires du montant de la CAP. Fromage ou dessert, mais pas les deux.
C'est la première option qui a eu les faveurs du vote, mercredi matin, au sein du groupe socialiste et qui sera examinée en commission des Finances. "Au nom de la justice sociale", les propriétaires d'une résidence secondaire paieront, en 2013, la moitié d'une redevance audiovisuelle en plus de celle qu'ils paient sur leur résidence principale.

Échapper à la déflation

L'occident n'a plus le monopole de la croissance molle. la dynamique de rattrapage qui fondait le miracle des émergents s'essouffle.
La crise reste devant nous dans le monde comme en Europe. Le ralentissement général de la croissance souligne que la déflation contenue depuis 2008 demeure à l'oeuvre. Elle bloquera l'activité et l'emploi tant que le désendettement ne sera pas réalisé, ce qui demandera au moins une décennie. Endiguées dans un premier temps par le plan de relance conduit par le G20 à l'échelle de la planète, les forces dépressives refont surface avec l'épuisement de la politique conjoncturelle, ligotée par le surendettement des États, qui atteint 105 % du PIB des pays développés. La croissance et le commerce international ne progresseront que de 2,5 % en 2012 et de 3 % en 2013, au sein d'un capitalisme universel qui exclut tout découplage. Aux États-Unis, la reprise plafonne à 2 % et se trouve sous la menace des 1 200 milliards de dollars de coupes budgétaires prévues pour 2013 à défaut d'accord sur la réduction des déficits publics. Le Japon vacille sous le poids d'une dette publique de 230 % du PIB, qui peut exploser avec le déclin de son modèle industriel et énergétique, l'apparition du premier déficit commercial depuis 1981, la baisse inéluctable de l'épargne nationale qui porte 94 % de la dette, sous la pression du vieillissement. L'Europe est le maillon le plus faible, qui cumule retour à la récession (- 0,5 % en 2012) et chômage de masse, crise des risques souverains et effondrement du crédit bancaire, risque systémique d'éclatement de la zone euro, enfin. Mais l'Occident n'a plus le monopole de la croissance molle. À l'exception de l'Afrique, la dynamique du rattrapage qui fondait le miracle des émergents s'essouffle avec les difficultés du monde développé et la montée des déséquilibres internes. Le rythme de progression annuelle de l'activité est ainsi revenu de 10,5 à 7,5 % en Chine, de 8,5 à 5 % en Inde, de 5 à 2 % au Brésil.
La mondialisation entre dans une phase critique où les risques sont multipliés par la fragmentation de la puissance et l'absence de leadership. Dans les pays développés, l'enfermement dans la croissance molle et le chômage structurel font le jeu des populismes. Dans le monde émergent, la sortie du cycle de haute croissance alimente les révoltes sociales et favorise les surenchères nationalistes, à l'image de la crise qui oppose la Chine et le Japon à propos des îles Senkaku. Sur le plan géopolitique, le programme nucléaire militaire iranien crée une menace latente de choc pétrolier, tandis que les conflits pour l'accès aux matières premières stratégiques et à l'eau se multiplient. Toutes ces évolutions confortent la remontée du protectionnisme, qui touche désormais 3 % des échanges, la dislocation et la renationalisation des systèmes financiers, la tentation de recourir aux dévaluations compétitives. Soit autant de périls mortels pour la mondialisation. Le risque de guerre commerciale et monétaire est à son plus haut. Et ce d'autant plus que la coopération qui a prévalu après la faillite de Lehman Brothers s'est délitée. Le G20 se dégrade en rituels vides de décisions et affiche son impuissance à réguler la finance. Toutes les négociations qui se sont nouées depuis 2000 ont débouché sur des échecs : cycle de Doha au sein de l'OMC ; conférence de Copenhague sur l'environnement, dont le seul résultat est le démantèlement du protocole de Kyoto ; désarmement au sein de l'Onu. A cela une raison majeure : dans un monde où le capitalisme est universel, mais où les valeurs et les institutions demeurent antagonistes, les facteurs de puissance se disséminent entre des acteurs plus variés et nombreux, mais la réassurance par une puissance globale défendant ses intérêts tout en prenant en charge la stabilité du système mondial a disparu.
L'innovation, les réformes et la coopération sont les clés d'une sortie de crise pacifique. Des progrès sont intervenus dans la conversion des modèles nationaux et la réduction des déséquilibres planétaires. Les plus spectaculaires se situent aux États-Unis, qui ont rétabli la rentabilité des entreprises, réinventé leur modèle énergétique grâce aux gaz de schiste et aux modes renouvelables, recapitalisé et restructuré les banques, purgé la bulle immobilière et désendetté les ménages, dont le patrimoine a recommencé à croître en 2012. En Europe, la révolution de la BCE, les avancées de l'union budgétaire et bancaire, la libération de pouvoir d'achat au nord, l'ajustement et les réformes au sud - à la tragique exception de la France - jettent les premiers jalons d'une sortie de crise. Dans les pays émergents, la montée des nouvelles classes moyennes, qui rassembleront 2,5 milliards d'hommes en 2025, se poursuit et les changements s'affirment : priorité à la consommation, lutte contre les inégalités et instauration d'une protection sociale en Chine ; libéralisation et ouverture aux investissements étrangers en Inde ; plan de modernisation des infrastructures associant les financements privés au Brésil. Trois enseignements se dégagent. Les gains de productivité du travail et du capital, favorisés par la mobilisation de l'épargne au service de l'investissement et de l'innovation, sont les leviers de la croissance et, donc, l'antidote au surendettement. La capacité des États et des continents à se réformer conditionne la sortie de crise et décidera de la future hiérarchie des puissances. L'issue pacifique à la déflation par la dette de la fin des années 2000 dépend de la mise en échec durable du protectionnisme et de la guerre des monnaies par la coopération entre États et continents.

PRESSTALIS CES ENCULÉS

mercredi 10 octobre 2012

Valérie Trierweiler, dame de coeur, dame de fer

Son rôle à l'Elysée, son influence sur le président, ses rapports avec Nicolas Sarkozy: un livre d'Alix Bouilhaguet et de Christophe Jakubyszyn détaille la vie de la "frondeuse" compagne de François Hollande.
Il y eut la cinglante adresse de Laurent Greilsamer (La Favorite, Fayard), il y eut le passionnant récit d'Anna Cabana et d'Anne Rosencher (Entre deux feux, Grasset) ; voici une enquête fouillée signée Alix Bouilhaguet et Christophe Jakubyszyn. Valérie Trierweiler l'inconnue est devenue la mystérieuse, puis la détestée... Au centre de tous les regards et, aussi, au coeur d'une problématique politique - comment rompre avec certaines dérives du quinquennat précédent?

EXTRAITS DU LIVRE "LA FRONDEUSE" (EDITIONS DU MOMENT)

Scène de campagne

Parfois, cette volonté de Valérie Trierweiler de faire rentrer son compagnon au fond de leur bulle a donné des sueurs froides à l'équipe de campagne. Dimanche 25 mars, après trente-six heures de visite électorale en Corse, la caravane fait une dernière halte en Balagne. Pour ces premiers jours de printemps, à Calvi, le temps est magnifique, l'air doux, la lumière apaisante. Valérie Trierweiler est subjuguée par la beauté de cette ville entre mer et montagne. Elle se saisit de l'agenda officiel du candidat et se tourne vers un des membres de l'équipe: "Il faut nous laisser deux heures tous les deux. Trouvez-moi deux heures."
Au moment de déjeuner, Valérie embarque François pour une destination inconnue. Dix minutes plus tard, les voilà au bord de l'eau, à Calvi. Elle a choisi, sur les conseils d'un élu local, la terrasse ensoleillée du restaurant les Palmiers. Accueilli sur place par le maître des lieux, Théo Luciani, le couple déguste les spécialités locales.
"Tout va bien, ils sont au bord de l'eau chez Théo", rapporte un élu au staff de campagne. "Tout va bien?" s'étrangle un des proches de Hollande, devenu depuis ministre. Il vient de réaliser que Valérie Trierweiler prend le risque de provoquer le faux pas de la campagne: la plage, la mer, le soleil, le vin rosé et les spécialités locales pour un couple enamouré... Une seule photo provoquerait l'incident médiatique. Nous sommes le 25 mars, trois jours après l'hommage solennel de la Nation aux soldats tués par Mohamed Merah.
[...] Très vite, à la demande de l'équipe du candidat, Hyacinthe Mattei, le maire de Monticello, et d'autres élus de Balagne activent leurs réseaux pour "sécuriser" les abords du restaurant. Pas un appareil photo, pas un téléphone portable ne doit être dégainé pendant toute la durée du repas. Les paires d'yeux se démultiplient sur le vieux port de Calvi, prêts à intercepter les possibles paparazzis amateurs. Il n'y aura pas de dérapage. François Hollande et Valérie Trierweiler ne sauront pas tout de suite que leur escapade a déclenché un véritable plan Orsec à l'échelle de l'île. Il a fallu toute l'habileté et la discrétion des élus locaux pour éviter un incident. La compagne du candidat a emporté, elle, un merveilleux souvenir du déjeuner...

Quelle influence?

Si elle s'impose en conseillère "image", elle nie farouchement tout rôle politique. Lorsque son compagnon devient président de la République, de mauvaises langues lui attribuent un rôle dans la composition du gouvernement Ayrault. Elle balaie l'accusation d'un trait d'humour : "Quand je lis que j'ai composé le gouvernement... La vérité, c'est que si je l'avais composé, il y a des gens qui n'y seraient pas !" [...] "Dans les faits, je crois que Valérie n'a pas de rôle sur le plan politique. Mais François et elle en parlent beaucoup entre eux. Ils font des commentaires sur les uns et les autres, analyse Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur. Avec Valérie, il a une relation politique plus dense qu'il n'avait avec Ségolène. Mais elle ne l'influence pas et notamment pas sur la constitution des équipes."

Un couple arrive à l'Elysée

Le portable de Valérie Trierweiler sonne. Elle se trouve à l'Elysée en ce jeudi 17 mai. A l'autre bout du fil, François Hollande. Pour le président, une nouvelle journée marathon commence. Il doit présider à 15 heures son premier Conseil des ministres. "Valérie, s'il te plaît, pour la photo du gouvernement, est-ce que tu peux me sortir un costume ?" Valérie Trierweiler, surprise, marque une pause et lui répond : "Oui, je vais le faire... Mais, tu sais, ne compte pas sur moi pour faire ça et que ça !"
[...] "Et pourquoi tu n'irais pas travailler dans l'édition ?" La question brûlait les lèvres de François Hollande depuis des semaines. Elle est désormais posée à Valérie Trierweiler. Il le pensait déjà pendant la campagne mais, depuis son élection, le chef de l'Etat mesure combien il sera compliqué pour elle de continuer à exercer sa profession de journaliste. Il en appelle depuis des années à une "République irréprochable". Et cette obstination de sa compagne à rester journaliste lui fait craindre un mélange des genres préjudiciable à sa présidence. Valérie Trierweiler le fusille du regard. Et décoche aussitôt : "Mais je n'ai aucune envie d'aller travailler dans l'édition!"
Certains patrons lui tendent pourtant les bras, comme Arnaud Lagardère. Le PDG du groupe du même nom, propriétaire de plusieurs maisons d'édition, lui a proposé de l'accueillir au sein de l'une d'elles. "Ça ne règle pas le problème, poursuit-elle avec fermeté. On m'attaquera sur autre chose et, notamment, sur mon employeur." François Hollande en convient.
[...] Quelques jours plus tard, nouvelle offensive élyséenne. Cette fois, elle émane d'un membre du cabinet du président. "Pour vous, ça va être compliqué de continuer à travailler", glisse le haut fonctionnaire au détour d'une réunion. Piquée au vif, Valérie Trierweiler se fige et décoche : "Si vous voulez, je peux aussi aller m'inscrire à Pôle emploi et demander des bourses pour mes enfants !" Brisant le silence consterné de l'assemblée, elle assène en guise de conclusion : "Je reste journaliste, ou j'arrête tout !"
Même Manuel Valls, pragmatique, ose : "Valérie pourrait mettre sa carrière entre parenthèses et espérer la retrouver demain. Mais elle vit ça comme un déchirement. Je ne dis pas qu'elle va renoncer. Je dis que ça va être très difficile."

Le bras de fer avec Nicolas Sarkozy

La scène se déroule lors d'une garden-party, au milieu des années 2000. Jacques Chirac est encore président et Nicolas Sarkozy, son ministre de l'Intérieur. Il déambule dans le jardin du Palais, noir de monde, comme chaque année le jour du 14 Juillet. Il tient sa femme Cécilia par la main. Le couple croise Valérie Trierweiler. Discrètement, Nicolas Sarkozy, sans lâcher la main de sa femme, se penche vers la journaliste de Paris Match et lui murmure à l'oreille: "Qu'est-ce que t'es belle!" Cela fait quelque temps déjà que Nicolas Sarkozy a repéré la splendide trentenaire.
[...] C'est lors d'un déjeuner avec un groupe de journalistes féminines que Nicolas Sarkozy décide de jeter son dévolu sur Valérie Trierweiler. Autour de la table, dans la salle à manger du ministère de l'Intérieur, place Beauvau, il y a ce jour-là Isabelle Torre de TF 1, Ruth Elkrief de RTL, et Valérie Trierweiler de Match. Nicolas Sarkozy semble particulièrement heureux d'être entouré de femmes. Il connaît moins Valérie Trierweiler, qui suit principalement la gauche et le président Chirac. Il en profite donc pour mieux faire connaissance avec la reporter. D'apparence froide et réservée, elle intrigue le ministre de l'Intérieur, qui la pousse dans ses retranchements. Comme à son habitude, il tutoie tout le monde. Il aime instaurer une forme de familiarité avec les journalistes, espérant la transformer en connivence. Profitant d'une remarque de Valérie Trierweiler sur l'une de ses récentes déclarations, il répond : "Oui mais toi, tu es une petite-bourgeoise! Tu habites dans le XVIe, donc tu ne peux pas comprendre ce qui se passe dans les quartiers. Comme tous les journalistes, tu as un avis sur tout."
Piquée au vif, elle réplique: "Je ne vous permets pas. Et, d'ailleurs, je n'habite pas le XVIe arrondissement." Si Nicolas Sarkozy n'est pas gêné qu'on lui tienne tête, il aime aussi montrer sa puissance: "Ah bon, tu n'habites pas le XVIe? Mais, tu sais, je suis ministre de l'Intérieur. Si je veux savoir où tu habites, je demande et on me donne l'information dans les dix minutes... Tu veux voir?" Valérie Trierweiler lui lance un regard de défi. Le même qu'elle adressera quelque temps plus tard dans les jardins de l'Elysée au goujat qui lui glisse un compliment à l'oreille, tout en tenant sa femme par la main.
Amorcée par ces deux épisodes, la relation entre Nicolas Sarkozy et Valérie Trierweiler demeure conflictuelle. Il disait parfois à des proches: "Mais pour qui elle se prend, celle-là? Je ne suis pas assez bien pour elle? [...] Lorsqu'il apprend la liaison de Valérie Trierweiler avec François Hollande, la première remarque de Nicolas Sarkozy ne manque pas d'intérêt, si l'on se projette en 2012: "Comment a-t-il fait pour séduire un canon pareil?"
[Le 8 mars, Louis Sarkozy a jeté des billes et des tomates sur une policière en faction à l'Elysée, et l'information a fuité. Nicolas Sarkozy réagit.]
Il demande donc aux services de police d'éplucher les incidents éventuels ayant pu concerner François Hollande et sa compagne. Les services tombent sur une affaire mineure mais qui apparaît très vite aux yeux du candidat Sarkozy comme une pépite: un procès-verbal de police citant l'un des fils de Valérie Trierweiler interpellé dans la rue en possession d'un pétard, quelques semaines plus tôt!
Dès le samedi après-midi, quelques heures après la révélation de RTL, les équipes du candidat font savoir à plusieurs journalistes que l'un des fils de Valérie Trierweiler a fait l'objet d'un contrôle, il détenait de la drogue. Interrogée par les journalistes "alertés" par l'Elysée, l'équipe de François Hollande s'efforce de donner la version précise de l'incident. Billes et tomates contre pétard... La plupart des rédactions, jugeant que la campagne électorale mérite mieux et, surtout, que les enfants ne doivent pas être placés sur le champ de bataille, feront l'impasse sur ces "informations".
Mais Nicolas Sarkozy n'est pas homme à lâcher l'affaire. Dès le lundi, il fulmine contre les rédactions qu'il visite dans le cadre de ses interviews quasi quotidiennes en cette période électorale : "Cette affaire est beaucoup plus grave que celle de mon fils! Or personne n'en parle. L'histoire de mon fils a fait une dépêche AFP et, là, pas une ligne." [...]
Valérie Trierweiler, elle, est ulcérée. Nicolas Sarkozy a touché à ses enfants et donc a commis un manquement grave à ses yeux. Elle compte bien le lui dire en face. Peu importe où, mais le plus vite possible. Voilà pourquoi elle décide, entre autres raisons, d'accompagner François Hollande aux obsèques des militaires tués par Mohamed Merah. Cet homme de 23 ans a aussi exécuté froidement, quelques jours après, des enfants et un père de famille à la sortie d'une école juive. Il est abattu, le lendemain de ces funérailles nationales, lors de l'intervention du GIGN pour le déloger de son appartement.
Ce 21 mars, dans la caserne de Montauban, Valérie Trierweiler est donc présente au côté de François Hollande, avec les autres candidats à la présidentielle. Après la cérémonie, alors que Nicolas Sarkozy salue son adversaire socialiste, il croise le regard de Valérie Trierweiler. Des yeux noirs, foudroyants. Les caméras de télévision captent cette expression accusatrice, sans que nul ne se doute à l'époque qu'elle est celle d'une mère outragée. "Je voulais qu'il le voie, ce regard. J'aurais voulu même lui parler, trouver l'occasion de lui dire ce que je pensais de ce qu'il disait de mon fils dans les rédactions, confie le lendemain Valérie Trierweiler à un ami. Après tout cela, je suis blindée. Ils ne me font pas peur."

Pasqua admire Valls et affirme que Sarkozy reviendra

Manuel Valls a la cote. Le ministre de l'Intérieur, en hausse dans les sondages contrairement à Jean-Marc Ayrault et , trouve même grâce aux yeux d'un de ses prédécesseurs place Beauvau, Charles Pasqua. L'ancien premier flic de ne tarit pas d'éloges pour le jeune ministre socialiste. Il salue la «force de caractère» de Valls qu'il estime représenter une «exception à gauche».



Dans un entretien accordé au Point de cette semaine, Charles Pasqua déclare: «Manuel Valls est un cas intéressant». Invité à répondre si Valls est à «la hauteur» pour mener la lutte contre les réseaux salafistes, qui se déroule en ce moment, l'ancien ministre de l'Intérieur et figure emblématique de la droite explique: «il est issu de l'immigration et, en tant qu'ancien maire de ville de banlieue, il a été confronté aux difficultés quotidiennes de la délinquance, du et du repli identitaire».

«Sarkozy reviendra en politique»

Par ailleurs, Charles Pasqua juge «évident» que Nicolas Sarkozy reviendra en politique. «Je ne l'imagine pas vivre autrement. C'est sa vie depuis qu'il a 15 ans. Il faudrait qu'il subisse une cure de désintoxication pour tout arrêter. Je crois qu'il souhaitera revenir», dit-il. Et il explique que son ancien poulain des Hauts-de-Seine «a gardé du gaullisme une qualité essentielle: devant la tempête, la caractère permet de faire face».

Revenant ensuite sur la dernière campagne présidentielle, Charles Pasqua estime que l'ancien président a eu raison de la mener à droite mais qu'il aurait du compléter sa démarche par «un rappel de notre engagement social». L'ancien soutien d'Edouard Balladur à la présidentielle de 1995 révèle à ce propos que Nicolas Sarkozy avait à l'époque plaidé contre lui pour une alliance avec l'UDF, convaincu alors que la victoire se gagnerait au centre.

Quant à la compétition Copé-Fillon pour la présidence de l'UMP, l'ancien ministre, sollicité par les deux candidats, botte en touche. Il ne soutiendra personne: «pour une raison simple: je ne suis pas membre de l'UMP. Dès lors, ne me demandez pas de prendre position. La bataille de l'UMP n'est pas mon truc».

Ingérable ? La génération Y demande un droit de réponse

Adultes rois, égos surdimensionnés, refus de se remettre en cause, rois de la procrastination, de la mauvaise foi et des stratégies d'évitement, le psychologue clinicien Didier Pleux n'est pas tendre avec la génération Y. Si ce constat pousse à l'humilité, la génération Y demande à répondre à certaines allégations, notamment par quelques arguments de contexte. Remontée, la Génération Y (née après 1978-1980), souhaite réagir au portrait critique que dresse d'elle le psychologue clinicien Didier Pleux, auteur de "De l'adulte roi au tyran roi". Si chacun se retrouvera dans des bribes de propos du psychologue, ceux qu'il définit comme étant des d'adultes rois aux égos surdimensionnés veulent prouver qu'ils savent se remettre en cause et ne pratiquent pas à coup sûr la mauvaise foi et les stratégies d'évitement.
Pour Baptiste, 27 ans, jeune cadre fraîchement diplômé et chef de projet dans l'Edition, le malentendu qui divise aujourd'hui les générations est patent : « notre génération qui « court après le milieu idéal, un environnement où ils pourront faire ce qu'ils veulent dans un travail tout le temps motivant », selon Didier Pleux, a en vérité été trompée. Le sacro-saint papy-boom (départ à la retraite des nés après 1945) qui allait permettre à toute cette génération de jouir du plein emploi, lui avait en effet été promis. Il était dit que les Y profiteraient de rémunérations confortables et prospéreraient dans la passion de leur métier. Le papy-boom devait en théorie s'enclencher dès 2005. Crise oblige, il n'en a rien été. Et il faut le dire, la génération Y n'en profitera jamais, elle qui doit faire face à un taux de chômage au plus haut. D'autant que l'âge de la retraite a été repoussé. Du coup, les Y s'adaptent. Au regard de la situation macro-éconmique, ils sont aujourd'hui davantage dans une optique de trouver un logement et un métier que dans « une quête d'une solution miracle pour trouver une réalité confortable », comme le dit Didier Pleux. Désormais, ils travaillent en fait plus pour bénéficier d'un pouvoir d'achat inférieur aux générations précédentes ».
Certes ils admettent être frustrés et avoir du mal à composer avec cette réalité truquée par leurs soixante-huitards de parents un brin exaltés. « Alors que certains ont été bercés dans un idéal libertaire véhiculé par leurs parents, bénéficiaires des avancées post mai 68 et qui ont pu profiter d'une liberté de choix total dans leur vie professionnelle, force est de constater qu'ils n'ont pu ni jouir des mêmes « privilèges » que leurs aînés, ni envisager de faire mieux ou au moins aussi bien qu'eux. Alors oui, les Y sont déçus voire frustrés. D'où cette relative « allergie à toute frustration » pointée du doigt par Didier Pleux » reconnaît Baptiste.
Dure réalité, en effet
Mais il rappelle qu'une bonne partie de la génération Y a, en parallèle, vu ses parents maltraités par des entreprises qui n'hésitent plus à se séparer d'eux quand les temps sont durs. Egalement influencés par la surmédiatisation des plans sociaux de grande envergure, les Y se sont endurcis, et, depuis le plus jeune âge, voient la réalité de l'entreprise avec le plus froid pragmatisme. « Ils sont en conséquence plus opportunistes, plus entreprenants et plus individualistes, mais pour des raisons réalistes, contrairement à ce qu'argue Didier Pleux. De là ne peut aussi découler qu'une conception différente du « sens de l'effort », de l'« engagement », et de la « fiabilité » dans l'entreprise, demandés aux Y par les générations précédentes », analyse le jeune Baptiste.
Cécile, 28 ans, exerçant dans le pôle RSE d'une grande entreprise du CAC 40, la tête sur les épaules, épingle fougueusement cette « réalité » en apostrophant les redresseurs de torts : « peut-être ne voulons nous pas accepter la réalité par ce que c'est la vôtre dans laquelle nous vivons, et que nous la trouvons bien contradictoire. Puisque posséder tout ce qui est imaginable a été une réalité pour vous et que cela n'a pas suffit à votre bonheur, pourquoi devrions-nous nous en contenter ? Vous nous avez voulu indépendants puisque vous désiriez vous-même jouir de votre vie, nous voici armés pour changer les règles du jeu ».
Alors s'agissant de « désinvestissement quotidien dans l'entreprise », les Y l'explique comme « un mal-être dû à la difficulté de trouver sa place parmi les plus âgés. Cette génération souhaite qu'on lui explique concrètement quelle est son utilité dans l'entreprise et n'aime pas les efforts vains, car contrairement à ce que dit Didier Pleux, elle se remet constamment en question. La génération Y a, il faut le dire, forgé en grande partie ses raisonnements sur Internet, temple de la remise en question permanente de toutes les idées reçues ». D'où le besoin impérieux de trouver un sens à leur action, ce qui, selon Cécile, « est impossible avec la verticalité et l'immobilisme qui en découle ».
En quête de sens
De fait le divorce menace : « nous refusons de vivre pour travailler, pour gagner de l'argent et consommer en suivant votre modèle, quand nous voyons où il nous a mené. Nous ne voulons pas nous restreindre, réduire nos idéaux à cause de vos erreurs. Alors comment procéder en entreprise ? Crise économique, écologique, sociale.... Votre besoin de hiérarchie, de garder le contrôle, n'a pas réussi à gérer la complexification intense de la société. N'a pas laissé de place adéquate à la créativité, et n'est pas adapté au monde en devenir. Nous n'avons pas vraiment envie de rentrer dans le moule que vous avez créé, car il tue toute perspective d'évolution sensée de la société ».
Résultat : pour Cécile ce n'est pas l'autorité qui est contestée par des « enfants rois trop gâtés » mais plutôt la confusion des genres que nourrit constamment la société d'aujourd'hui et dans laquelle les jeunes Y aimeraient qu'on leur organise quelques repères sensés...c'est-à-dire porteur de sens. « On ne supporte pas qu'on nous impose des choix qu'on juge incohérents, non l'autorité en général. Ce n'est pas « vérifier et contrôler l'avancée des travaux », qu'il nous faut, mais c'est de nous guider. Pour nous aider à déployer notre énergie dans le bon sens. Dans ce monde qui part un peu dans tous les sens et nous laisse parfois perplexe, nous avons besoin de votre expérience, mais non de contrôle abusif. Vous nous dîtes narcissiques, mais vos modèles verticaux n'incitent pas à la collaboration », dénonce la jeune femme.
D'où une sorte de revendication en forme de cri du cœur poussé à l'intention de leurs aînés pour plus de dialogue et de compréhension mutuelle. « Il faut absolument mêler les générations, afin de créer des synergies et que chacun soit apte à prendre le meilleur dans ce que l'autre a à lui offrir : nous avons énormément à apprendre des autres, mais il ne faut pas croire qu'il n'y a rien à apprendre de nous. Nous n'avons jamais été aussi ouverts sur les autres et sur le monde, friands de découvertes, voyageurs invétérés...Nous ne sommes donc pas réfractaires au savoir des générations précédentes, mais à la forme qu'elle prend, c'est-à-dire un sens unique », argumente Cécile, admettant que peut-être, elle et ses congénères manquent « un peu de tact pour faire accepter cette idée ».
Acteurs de leur vie
C'est qu'ils sont à vifs ces Y, stigmatisés de tous côtés car dotés d'une personnalité beaucoup plus affirmée que les générations précédentes, moins dans le « moule », et dont l'idéalisme n'est que la traduction de leur volonté de s'impliquer dans la transformation du monde. Pour preuve, le coup de gueule de Cécile, en guise de conclusion. « Nous voulons être acteur de nos vies, de nos sociétés et non nous conformer docilement aux codes sociaux qui prévalent actuellement. Nous souhaitons contribuer à changer la société dans laquelle nous vivons. Beaucoup d'entres nous ne demandent qu'à se réaliser dans notre travail et à relever des défis, à se donner à fond pour une mission qui nous motive ; nous mettre à un poste adapté, crée de la richesse pour l'entreprise. C'est l'ennui et le manque de responsabilités, de reconnaissance qui nous enferment dans une procrastination et un désengagement, ennui provoqué par des modes de management figés et à sens unique. Nous sommes des moteurs pour les entreprises, à condition d'écouter ce que nous avons à vous dire». A bon entendeur....

Quand les diplomates anticipent une sortie de la Grèce de l'euro

Des consignes ont été données en juin par l'ambassade des Pays-Bas à Athènes aux grandes entreprises néerlandaises opérant en Grèce, en vue d'une éventuelle sortie de ce pays de la zone euro.
Le mot d'ordre: sauver les meubles avant une catastrophe nommée "Grexit", désignant l'éventuelle expulsion de la Grèce de la zone euro. Ces révélations ont été faites le 8 octobre par le quotidien de gauche De Volkskrant. Selon une source diplomatique citée par ce journal, des consignes précises ont été données par des diplomates aux représentants de Heineken, Philips, Unilever et des agences de tourisme néerlandaises, pour rapatrier aux Pays-Bas leurs fonds et ne laisser que le minimum d'argent dans les caisses des banques grecques.
Réunion confidentielle ?
Une réunion qui devait rester strictement confidentielle a été organisée à Athènes à ce sujet, en juin, alors que La Haye, officiellement, plaide pour le maintien de la Grèce au sein de l'Union européenne (UE). Depuis, des élections legislatives se sont déroulées en Grèce, le 17 juin marquées par la victoire des conservateurs, défenseurs de l'austérité et du plan de sauvetage élaboré par Bruxelles. Il n'est donc pas question de voir la Grèce revenir à son ancienne devise, le drachme, mais le ministère néerlandais des Affaires étrangères n'a voulu faire aucun commentaire après les révélations du Volkskrant. Le plan Grexit pourrait rester présent à l'esprit des diplomates néerlandais, pour deux raisons.
Culture de l'anticipation

La première tient à une culture de l'anticipation courante aux Pays-Bas, où l'on anticipe, à cause du combat contre l'eau, sur les catastrophes naturelles. Par extension, on essaie autant que possible de prévoir les cataclysmes politiques ou financiers. Seconde raison: le coût, les avantages et les inconvénients d'une sortie de la Grèce de la zone euro ont été l'un des grands thèmes de la campagne électorale, avant les législatives néerlandaises du 12 septembre.
"Dette intenable"

Ces élections ont vu deux partis pro-européens, les libéraux et les travaillistes, l'emporter. Mais la fuite publiée par De Volkskrant a coïncidé, le 8 octobre, avec le lancement du Mécanisme européen de stabilité (MES), élaboré pour gérer la crise de la dette des pays de la zone euro. Un fonds auquel les Pays-Bas ont largement contribué. Pour le gouvernement néerlandais, il n'est pas question de nouvelle restructuration de la dette grecque. Une dette qui paraît pourtant "intenable" à Menno Snel, membre néerlandais du conseil exécutif du Fonds monétaire international (FMI), interrogé le 9 octobre par le quotidien économique Het Financieele Dagblad. Alors que les bailleurs de fonds de la Grèce, UE, Banque centrale européenne (BCE) et FMI ont donné à Athènes jusqu'au 18 octobre pour mettre en place des mesures d'austérité, La Haye continue de faire pression pour que la Grèce rembourse le prêt d'urgence qui lui a été accordé, avec les intérêts.

Toujours aussi sales les Français ?

Alors que l'automne arrive avec son cortège d'épidémies, le lavage des mains n'est vraiment pas un réflexe national !
Même si une majorité de Français estime que les barres et les poignées des transports en commun sont les objets "les plus sales" de la vie quotidienne, seuls 45 % d'entre eux (mais 57 % des habitants de la région Ile-de-France) se lavent systématiquement les mains après avoir emprunté le métro ou le bus. C'est l'un des enseignements de la dernière enquête BVA réalisée en septembre (sur un échantillon représentatif de 1 000 personnes) à la demande de Tork, un spécialiste des produits d'hygiène pour le milieu professionnel. Viennent ensuite, par ordre de saleté estimée, le clavier de l'ordinateur et la poignée des toilettes. La cuvette des toilettes, elle, arrive après, mais il est parfois possible d'éviter tout contact avec elle.
Selon cette enquête, un Français sur quatre se savonne les mains dix fois par jour. Mais, dans certaines situations qui nécessitent pourtant une bonne hygiène, ce simple geste reste subsidiaire. À titre d'exemple, plus d'une personne interrogée sur cinq ne se lave pas systématiquement les mains avant de commencer à manger. Cette tendance est beaucoup plus forte chez les individus âgés de 18 à 34 ans, puisque 43 % d'entre eux ne se lavent pas les mains automatiquement au moment de passer à table. En revanche, 86 % de ceux qui ont répondu aux questions disent le faire avant de cuisiner.
Enfin, ce qui devrait apparaître comme le B.A.-BA en matière de lavage des mains ne l'est finalement pas pour la totalité de la population : 12,5 % des Français ne se lavent pas toujours les mains en sortant des toilettes ! On peut ajouter à ces résultats ceux d'un autre travail antérieur ayant démontré que les Français consomment deux fois moins de savon que les Allemands ou les Anglais.

Les femmes plus sensibles à la propreté

Autre enseignement de l'étude BVA, les Hexagonaux ne sont pas très friands de bains, que ce soit par conviction écologique ou par économie d'argent : 61 % d'entre eux ne plongent pas souvent dans leur baignoire. Plus précisément, seuls 18 % - le plus fréquemment des femmes - prennent un bain une fois par semaine. Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils se ruent sous la douche. Si 11,5 % des Français se lavent "à grande eau" plusieurs fois par jour, 20 % ne le font qu'un jour sur deux ou moins et 3,5 % seulement une fois par semaine... Là encore, statistiquement, les femmes sont plus sensibles à la propreté que les hommes et les adultes jeunes que les personnes âgées de 65 ans et plus.
Enfin, concernant l'entretien des toilettes, un Français sur trois les nettoie quotidiennement, près d'un sur quatre tous les deux jours et plus d'un sur quatre une fois par semaine (ce qui laisse un nombre relativement important d'individus qui n'ont pas répondu à la question). Et paradoxalement, ce sont les personnes âgées qui sont les plus méticuleuses dans ce domaine : alors que ce n'est pas une habitude quotidienne chez les jeunes de 18 à 34 ans (18,9 %), ça l'est davantage pour les personnes âgées de 50 à 64 ans (44,9 %) et encore plus chez les plus de 65 ans (58,7 %). Les auteurs de ce sondage ne fournissent aucune explication à ce sujet.

Les syndicats ont-ils toujours le pouvoir de mettre les gens dans la rue ?

Taux de syndicalisation très bas, mots d’ordres trop vagues et généraux, guerres de succession, les syndicats ont-ils toujours autant les moyens de mobiliser la population ?

La CGT décide de faire cavalier seul pour une journée d’action pour la « défense de l’emploi et l’industrie ». Cette journée est finalement peu suivie. Les syndicats aujourd’hui ont-ils encore le pouvoir de faire descendre les citoyens dans les rues ?

Stéphane Sirot : Le passé récent tendrait à prouver que oui, car en 2009 du fait de la crise puis en 2010 sur le sujet des retraites, les organisations syndicales ont réussi à mobiliser, à la fois sur le nombre et la durée, plusieurs millions de salariés. Cela prouve qu’il reste encore – dans notre pays où il y a une vieille tradition de manifestation et de conflictualité - une capacité de mobilisation assez forte. En revanche on peut tout de même y opposer plusieurs observations. Dans un premier temps, les mots d’ordres qui paraissent un peu trop vagues et généraux, sans véritable prise immédiate avec la situation des salariés ont toujours du mal à mobiliser.
Lancer des mots d’ordre qui ont comme principaux sujets, tels que celui de ce mardi, la sauvegarde de l’industrie ne séduit pas car ils ne sont pas couplés à des initiatives de réformes. Ils sont généralistes voire incompréhensibles. D’autre part, la journée d’action dont on parle, a du mal à offrir des résultats aux organisations syndicales et paraissent davantage à des moments de médiatisation, de revendication ou d’alerte de l’opinion plutôt que des mouvements de rapports de force capables de changer des orientations gouvernementales ou patronales. De plus la conjoncture immédiate n’est pas du tout favorable aux grandes mobilisations. Celles de 2009 et 2010 se sont d’ailleurs conclues par des échecs à répétition et c’est une constante depuis environ 2003. Cela a tendance à décourager les syndiqués.  
Les tarés de l'éducation nationale
De toute façon, un syndicat tout seul aujourd’hui a beaucoup de mal à réunir ses salariés. Je pense que même si c’est vague, il y a une demande de démarche unitaire de la part des organisations syndicales plutôt et il semble de plus en plus que cela réponde à des nécessités qui ne sont pas seulement celles de la société mais qui tiennent aux enjeux internes du syndicat qui lance les mobilisations. Je parle bien entendu de la CGT. Ce mardi, pour elle, les enjeux sont peut-être autant identitaires que sociaux.

Les syndicats doivent-ils être unis pour avoir une chance de mobiliser la population ?

En tout cas, s’ils ne parviennent pas à faire une démonstration minimale de leur capacité d’action individuelle sur des revendications bien identifiées. On est de toute façon dans un contexte de relative faiblesse du mouvement syndical avec des taux de syndicalisation très bas et un doute des salariés sur leurs capacités à peser sur le réel. Ces éléments sont complexes à dépasser et le sont d’autant moins quand le syndicat paraît s’engager en solitaire dans une forme d’action qui en plus paraît discutable.  

Le charisme d’un leader fait-il la force d’un syndicat ?

Cela ne suffit pas bien entendu, toutefois l’épaisseur d’un leader syndical compte. C’est tout de même un facteur incontournable, de la même manière que dans un parti politique même si ce sont deux types d'organisation très différents. Dans toute forme d’organisation massive il y a une nécessité d’imprimer un rythme, un sens à l’action syndicale, de nourrir une réflexion et encore plus dans une période comme la nôtre qui est incertaine et qui amène les syndicats à s’interroger sur leur parole et leur capacité à la faire porter par une voix assez assurée pour qu’elle puisse être entendue. Je pense d’ailleurs que l’actuelle querelle de succession au sein de la CGT pose un véritable problème à cette confédérati
Dans cette série de concertations ouvertes faisant suite à la conférence sociale ouverte par François Hollande, si la CGT veut être en capacité de se faire entendre, de peser, et créer une dynamique syndicale notamment avec la CFDT, les circonstances sont particulièrement contre-productives. Le manque de représentants qui aient une légitimité suffisamment forte dans cette période de transition c’est évidemment un flottement mal venu dans une période où s’ouvrent des discussions autour de la question de l’emploi et une batterie de sujets de fond qui sont sensibles pour les salariés et les syndicats.

Quel est l’avenir du syndicalisme en France aujourd’hui ?

Il y a un impératif – même si les solutions à trouver sont compliquées et multiples - qui est évidemment de faire face à ce désert syndical qui s’est constitué en France avec des taux de syndicalisation qui sont entre 6 et 7 % globalement et qui atteignent à peine 5 % dans le secteur privé. Ce sont des chiffres qui sont ceux de la fin du 19ème siècle. C’est une menace pour les syndicats et la négociation. D’une part, les syndicats ont du mal à faire valoir leur légitimité avec des taux aussi faibles et de l’autre la négociation a aussi du mal à faire valoir sa propre légitimité  dans la mesure où des négociations et des accords sont légitimes à partir du moment où leurs acteurs ont eux-mêmes une légitimité. C’est contre-productif. Et au-delà de cela on a un problème de renouvellement du syndicalisme car il vieillit rapidement avec des moyennes d’âge autour de 45 ans, des jeunes qui adhèrent peu. Ainsi à l’horizon de 10 ou 20 ans, c’est une menace importante.

Pourquoi les jeunes n’adhèrent pas aux syndicats ?

On peut l’expliquer par plusieurs facteurs. Dans un premier temps, c’est en raison de la précarité du travail qui touche en particulier les jeunes. Or, l’acte de syndicalisation est plus volontiers fait par des salariés bien intégrés et assis dans leur poste – en bref qui disposent d’un CDI. Les salariés qui passent d’un secteur à un autre et qui sont menacés par la précarité ont plus de mal à être suivis par les syndicats car ils sont structurés de telle façon que quand on change de secteur on échappe au syndicat où éventuellement on était syndiqué premièrement. D’ailleurs c’est l’une des réflexions que les syndicats doivent produire sur l’évolution de leur structuration.
Les jeunes d’autre part ont plus de difficulté à se reconnaître dans des organisations collectives qui portent des valeurs collectives. Ils sont beaucoup moins sensibles que leurs ainés à cette démarche.
Il y a donc des chantiers à mener sur l’évolution du salariat, mais aussi sur le décalage énorme entre la sociologie des syndicats et la sociologie du monde du travail qui s’il a toujours plus ou moins existé a atteint des proportions énormes. Ils ont aussi besoin de démontrer leur efficience, quoi qu’il arrive des salariés précaires ou pas auront d’autant de difficulté à adhérer à un syndicat qu’ils auront l’impression que celui-ci ne parvient pas à obtenir des résultats ou à changer quoi que ce soit à leur situation. 
on dans les négociations sociales qui se sont ouvertes au mois de septembre.


Nicolas Vadot : “Il faut faire le saut fédéraliste maintenant”

Militant européen convaincu, le dessinateur de presse franco-britannique est un des plus prolifiques sur les sujets européens – et l'un des préférés de Presseurop. Lors de son passage au Festival d'Internazionale à Ferrare (Italie), il nous a livré sa vision de son métier et de l'Europe.
Peut-on rire et faire rire de l’Europe ?
Nicolas Vadot : Il faut arriver à en rire soi-même, car le sujet peut paraître un tantinet rébarbatif, mais oui, on peut rire de l’Europe. Ça permet de désamorcer des choses. Donc, c’est tout à fait faisable.
Qu’est-ce qui vous a le plus inspiré dans l’actualité européenne ces derniers temps ?
J’essaye de ne pas réagir par rapport à l’Europe, car j’ai une position militante : je suis un ultra-fédéraliste, je l’ai toujours été. Alors, quand [l’ancien Premier ministre belge] Guy Verhofstadt et [l’euro-député vert] Daniel Cohn-Bendit présentent leur livre, je ne le descend pas. Même si c’est un catalogue de bonnes intention, j’essaye d’avoir une approche on va dire “positiviste” de l’Europe, même si je peux être critique. Il ne faut jamais oublier que l’UE a été créé au départ pour qu’on arrête de se taper dessus entre Européens et que, si on n’a pas connu de guerres sur le continent –  hormis l’ex-Yougoslavie, qui ne faisait pas partie de l’UE –  c’est quand même une super-réussite, l’UE.
Et si j’ai une mission vis-à-vis de mes lecteurs, surtout les plus jeunes, c’est de leur rappeler : “Les gars, vous vivez en paix, mais la paix, ça se construit tous les jours, entre démocrates, et ce n’est pas là pour toujours, parce-que ça peut s’arrêter.”
Je travaille également pour la presse financière, pour L’Echo. Ici, il s’agit de sujets beacoup plus pointus, comme les taux directeurs de la BCE, l’harmonisation fiscale…et là, il est possible d’être très didactiques. Et ça, ça m’intéresse.
Peut-on trouver dans l’actualité de l’UE de quoi faire un dessin chaque jour ?
Chaque jour, peut-être pas. D’ailleurs je n’en pond pas un par jour sur ce sujet : disons qu’en moyenne, je dois en faire un sur cinq, ce qui est tout à fait correct.
Y a-t-il des dessinateurs auxquels vous vous inspirez en particulier ?
J’ai une spécificité par rapport à d’autres dessinateurs : je ne suis pas autodidacte. J’ai appris à dessiner dans un académie, et je suis partisan de la ligne claire [le style de l’école belge]. Quand les Américains voyent mes dessins ils disent : “C’est du dessin de presse façon Hergé” et je le prend comme un compliment, parce que je trouve que la ligne claire est extrêmement efficace. Mon inspirateur est également Plantu, parce qu’il a été le premier à éditorialiser les dessins et je pense que le dessin politique ne doit pas seulement décrire l’actualité, mais il doit aussi la commenter. J’ai étudié un peu tous les dessinateurs français –  Cabu, Luz, Faizant, Jean Eiffel, Dubout –  puis les anglais –  Searle, Scarfe, Steadman. Ce que j’ai voulu apporter, c’est une approche ligne claire, avec en plus de la couleur. On a trop négligé la couleur dans le dessin politique, or, dans l’actualité européenne, on joue beaucoup sur les drapeaux et leurs couleurs.


Qu’est ce que vous aimez et qu’est-ce que vous n'aimez pas dans l’UE ?
Ce qu’ j’aime, c’est la tour de Babel, c’est à dire le fait qu’on ne voit pas les choses d’un point de vue ethnocentriste. Et pour moi, c’est très important, car non seulement je suis à moité britannique, mais en plus, j’ai une femme australienne. J’ai vécu six ans en Australie et, là-bas, l’Europe tout le monde s’en fout. Et à la limite, ils sont plus européens que nous, parce qu’ils ne disent pas “Je vais en France, en Italie ou en Allemagne”, ils disent “Je vais en Europe”. Quant à l’europhobie des britanniques, elle m’exaspère profondément : la grande erreur de Tony Blair, ça a été de ne pas utiliser son second mandat pour forcer la Grande-Bretagne à entrer dans l’euro. J’aime ce côté supra-national, le fait de pouvoir traverser les frontières.
Ce que je n’aime pas, c’est la bureaucratie ; ce sont tous ces gens qui sont dans les bureaux de l’UE et qui ne savent même plus ce qu’ils font et le fait qu’on ait fait d’un grand idéal qu’était l’idée européenne une baudruche bureaucratique dont on ne sait pas où elle va et comment elle va s’en sortir.
Peut-on représenter l’Europe et comment avez-vous choisi de la représenter ?
Oui. Je la représente comme Miss Europe : c’est une très jolie femme. Elle était blonde aux yeux bleus au départ, puis elle est devenue brune –  j’ai épousé une brune et je voulais la paix dans le couple. Elle est très jolie et élancée, voire sexy –  parce que c’est comme ça que je vois l’Europe. Pour moi, l’Europe a un côté très féminin, donc positif.
Il m’arrive de représenter la bureaucratie européenne comme un homme en gris, avec son attaché-case : c’est la technocratie. L’homme en gris et Miss Europe ne s’entendent pas très bien, et c’est là probablement la limite du dessin politique, au sens où je dois forcément caricaturer, donc forcer le trait, utiliser des stéréotypes.
Pensez-vous que l’Europe a un avenir, ou qu'on est arrivés à la fin ?
J’espère franchement qu’on n’est pas arrivés à la fin, parce que si c’était le cas, je craindrais que mes enfants ne connaissent une guerre sur le continent. Je pense qu’il y a des dangers et c’est pour cela que je pense qu’il faut faire le saut fédéraliste maintenant.