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lundi 21 octobre 2013
Sur la tête
Sur la tête
Huître ouverte ou fermée, la TVA n'est pas la même. Ce n'est pas la seule perle administrative. Il en va ainsi pour de nombreux produits. Comme de la fiscalité. Un maquis incompréhensible. Le patron du Medef pousse des hurlements un tantinet pavloviens contre le budget 2014. Le patron de Free juge au contraire l'environnement fiscal favorable aux entreprises. Et certains, exemptés d'impôts malgré leurs revenus, protestent contre une telle injustice !
On se pince aussi quand on apprend qu'un terroriste, d'ailleurs pour la seconde fois en fuite, est inextradable, à la différence de la jeune Leonarda. Ce qui conduit le président de l'Assemblée nationale à distinguer le droit et les valeurs de la gauche !
Au nom du droit, encore, la protection de quelques salamandres condamne un projet de scierie et ses 300 emplois, tandis que le dumping social européen torpille des abattoirs bretons. En politique également, de la majorité à l'UMP, le sentiment prévaut qu'on marche sur la tête.
Pas étonnant que nombre de Français, exaspérés et inquiets de ce qu'ils ressentent comme la perte de ces valeurs qui font une société, cherchent ailleurs à se rassurer. Le Front national engrange, contraint désormais de sévir contre tout ce qui ferait accroire au retour d'un naturel raciste et xénophobe. Quant à ceux qui redoutent la vague bleu marine, ils guettent un autre Front.
dimanche 15 septembre 2013
Double président ?
Double président ?
Comme le radis, rouge en dehors, blanc en dedans, nous aurions à l'Élysée un double président pour le prix d'un. Faucon à Damas, pacificateur ici. L'intéressé réfute tout dédoublement de personnalité. Il ne fait que répondre à deux logiques différentes. La fermeté, seule à même de dissuader le dictateur syrien. La « douceur » avec les Français qui n'avancent ni au fouet ni au coup de menton martial.
Quitte à se faire taxer dans son propre camp de président des patrons, François Hollande assume le compromis avec eux. S'ils investissent, la croissance s'en portera mieux. Les écolos avalent de travers le coup du diesel ? Il les invite plutôt à réfléchir à la contribution carbone et à ne pas multiplier les taxes. Impôts, ma non tropo. Rendez-vous cette semaine à la conférence environnement.
Il sent que les Français sont d'humeur bougonne, avant même la prochaine hausse de la TVA. Alors, à quoi bon avoir la main plus lourde pour rééquilibrer les comptes à marche forcée si cela doit se payer par un hara-kiri municipal au profit du FN ?
Car l'extrême droite prospère sur la grogne fiscale et l'insécurité, l'immigration et l'Europe. Grave défi pour la droite déboussolée, pour la gauche et pour le président. Il doit ce soir clarifier ses deux fronts, en sachant que sa parole ne peut porter que si le chômage reflue.
dimanche 8 septembre 2013
Le pari du faucon
Le pari du faucon
« Mon Général », lance à de Gaulle un certain Christian Jacob, de l'UMP, « nous ne vous soutiendrons pas contre Assad sans avoir le rapport des inspecteurs de l'ONU, une résolution du Conseil de sécurité, le soutien des Européens, un vote du Parlement… » Politique-fiction, mais on imagine la réponse du fondateur de la V e République et de la Constitution, même révisée.
François Hollande, sommé de se soumettre aux conditions d'opportunistes constitutionnels, et, en fait, de renoncer à toute action, n'a nulle intention de diluer le moindre des pouvoirs que lui confie la Constitution de de Gaulle. Savoureux paradoxe. Voilà le président socialiste dans le costume du Général, taillé en pièces par ses héritiers putatifs, à l'exception de Balladur, Juppé et, paraît-il, Sarkozy lui-même.
Droit dans ses guêtres, le président, pris à contre-pied au téléphone par Obama et lâché dans le bus de Saint-Pétersbourg par les Européens, Angela en tête, se trouve contraint de jouer un double rôle de faucon : contre la prolifération chimique à Damas, et pour la Constitution à Paris.
Agir ? Ne pas agir ? Hollande, faucon dans la peau d'Hamlet, posait l'autre jour cette question tragique, révélatrice de doutes et de troubles, ceux des Français. Tapis de bombes ou tapis vert ? Solitude dramatique de celui qui doit choisir le moins mauvais pari pour la Syrie.
lundi 6 mai 2013
Les gens
Les gens
« Les rumeurs sur ma mort sont très exagérées ! » Ce trait d'humour de Mark Twain pourrait être signé François Hollande, toujours à l'Élysée, mais donné pour « cramé ». Les célébrations éditoriales de son premier anniversaire relèvent de la nécrologie. Un genre qui, sous les apparences de la vertu critique – légitime – a aussi un but lucratif.
L'odeur du sang fait vendre et ventre, surtout si elle répond au flot de sondages. À 75 %, les Français ne veulent plus de Hollande. Il ne ferait que 19 % dans un premier tour. À 78 %, ils verraient bien un gouvernement d'union nationale. Sans vouloir discréditer la démarche sondagière, rappelons, avec Bourdieu, que les pourcentages font croire que l'opinion publique est fixée ad vitam et que « les gens » ne font qu'un. C'est faire fi des forces à l''uvre dans la société et qui, le jour venu, pourraient faire mentir états d'opinions et machines à fantasmes.
Certes, les sondages disent que « les gens » ne sont pas contents. À quoi le président objecte qu'à trop écouter les commentaires, il ne ferait plus rien. Il veut croire, avec Aulu-Gelle, que « la Vérité est fille du Temps ».
Mais le temps du résultat ne suffira pas, seul. Il faut, disait Simone Weil, donner aux Français quelque chose à aimer, d'abord à aimer la France. Caisse à outils à la main, l''il sur les étoiles pour montrer le chemin.
mercredi 28 novembre 2012
Footing pour l’UMP !
Footing pour l’UMP !
Nicolas Sarkozy en plein footing ! Voilà
l'image du jour. Un symbole à plusieurs détentes. L'art de signifier, à
gros sabots, que l'ex-président, de l'UMP ou de la République, au
choix, est de retour sur le pavé parisien. Donc de la politique, dans la
version intifada de sa propre « famille ». Footing de détente physique
pour calmer son agacement face à la dérive suicidaire du parti et de
détente politique après son entrée en piste. Contraint de cesser de
jouer à l'imam caché, pour que ses faux fidèles cessent de se flageller,
Nicolas Sarkozy est sorti de sa réserve.
La rencontre in
extremis de Copé et Fillon, et la suggestion d'un référendum militant
sur l'organisation ou non d'un nouveau vote, sont à mettre à son crédit,
même s'il a mis les formes pour préserver une apparente distance et ne
pas se faire prendre les mains dans ce sale cambouis politicien, cette
bataille de chiffonniers, non dénuée d'un réel enjeu de morale. Un terme
risible pour les cyniques de la politique.
C'est pourtant au nom de la morale, d'une
certaine conception de la vie politique et de la démocratie, que
François Fillon a porté le fer dans la plaie UMP depuis dix jours. Bien
sûr, avec le dossard du mauvais perdant, il n'était pas à son avantage.
Mais il a eu la force ou le culot d'aller au bout de sa logique, parée
d'éthique. Il a franchi le Rubicon hier en dégainant deux armes
dissuasives : la création de son propre groupe et la grenade judiciaire.
Deux démarches réversibles seulement si un nouveau vote est organisé.
Les conditions techniques d'un référendum puis d'un vote semblent
aléatoires. L'imbroglio n'est pas fini.
Alors, qui serait gagnant ?
En attendant le verdict des militants, il est clair que Fillon et Copé
ont perdu des plumes présidentielles. Mais c'est Fillon qui a fait
reculer Copé et lui a fait avaler son pain au chocolat. Il a prouvé
qu'il était, lui aussi, capable d'un coup de force. Et Nicolas Sarkozy ?
Sauveur de l'UMP, homme providentiel ? Il endossera ces beaux maillots,
mais sa médiation, curieusement tardive après les coups de Fillon, le
replonge dans le marigot UMP. Il espérait le contempler de haut. Raté.
vendredi 9 novembre 2012
Nouveaux défis chinois
Nouveaux défis chinois
Le fier dragon chinois, au
sourire carnassier lors des JO de 2008, doit en rabattre. Ses écailles
n'ont plus le même vernis. Ses grands bonds en avant en ont certes fait
la deuxième puissance derrière son obligé américain, et la première
usine exportatrice mondiale, mais l'Empire n'est pas au mieux ! L'envers
du décor, l'écart toujours croissant entre riches et pauvres, les
problèmes sociaux et leurs cortèges de révoltés, la corruption du dragon
de la queue à la tête, sont désormais trop criants. Contre l'opacité de
l'État-Parti, les bataillons de blogueurs sont à l''uvre.
Les défis posés au Parti sont
considérables. Il aborde un tournant historique aussi bien pour son
propre avenir que pour la réorientation économique et politique de
l'Empire. Aussi faudra-t-il bien discerner, dans les interstices du
rituel de ce congrès, les signaux du changement beaucoup plus importants
qu'il n'y paraît. Outre le fait que, pour la première fois, le futur
empereur ne sera pas adoubé par un père fondateur du régime, trois clans
et quelques dizaines de princes vont décider de la relève de la garde
aux postes clés.
Réformer ou réprimer ? Faire
une plus grande place aux libéraux en rupture de ban maoïste ou aux
tenants de l'ordre inflexible au nom de l'illusoire survie d'un système
digne de notre Ancien régime ? Les boss milliardaires de cet empire du…
milieu connaissent les termes des choix. Ils ne sont d'ailleurs pas
restés immobiles, mais le chemin est encore long vers une meilleure
régulation démocratique, version Singapour. Quant au nouveau modèle de
croissance, tourné vers la consommation intérieure, c'est un défi à la
taille du pays. Immense.
Il est de bon ton, ces
temps-ci, de crier haro sur le dragon chinois qui a profité de la
mondialisation pour nous manger la laine sur le dos et goinfrer nos
usines. Nous avons bien sûr raison de défendre nos intérêts dans un
échange plus juste, du yuan aux panneaux solaires. À condition
d'améliorer nos propres armes et de ne pas faire, inutilement, de la
Chine une ennemie au moment où elle relève de nouveaux défis dont nous
pourrions aussi tirer profit.
jeudi 11 octobre 2012
Enquêtes
Enquêtes
Le réseau des jeunes
djihadistes Français que l'on avait cru, avec un soulagement un peu
prématuré, avoir percé, nous vaut donc une nouvelle frayeur
rétrospective. Ils étaient dangereux. La découverte d'engins explosifs
dans un box en fait des individus « extrêmement dangereux », promis à
l'exceptionnelle prolongation de leurs gardes à vue. Pour éviter
d'exagérer la menace, comme on a déjà vu le procédé utilisé il n'y a pas
si longtemps, ni pour la minimiser, la prudence impose d'attendre la
fin des enquêtes pour prendre l'exacte mesure de cette menace.
Ces terroristes prêts à
perpétrer d'autres actes criminels après celui de Sarcelles, ne sont
pas les premiers formés à l'école de l'islamo-banditisme. La dérive est
surveillée depuis une vingtaine d'années. L'inquiétude nouvelle vient de
la rapidité de la conversion de ces jeunes à un islamisme radical que
la majorité des musulmans réprouve. Chacun a bien entendu sa propre
histoire, mais leurs frustrations et leurs quêtes d'identité se
rejoignent dans un dévoiement islamiste nourri d'un antisémitisme qui
irrigue bien au-delà de ces groupuscules.
L'autre enquête, que
vient de publier l'Insee sur les descendants d'immigrés en France,
semble à première vue contredire une vision trop pessimiste de ces
fameux quartiers qui ne seraient que viviers à islamo-terroristes. Ces
enfants d'immigrés se sentent, à 90 %, Français et leur parcours
témoigne que l'ascenseur social n'est pas si en panne qu'on le dit. Ils
se sentent pourtant trop souvent discriminés du fait de leur origine et
couleur de peau.
Une minorité se sent
donc rejetée et cherche à compenser son décrochage dans un repli
religieux radical. Mais la majorité, désireuse de s'intégrer, ne cède
pas au découragement et redouble d'efforts. La société aurait intérêt à
regarder aussi de ce côté-là, celui de la réussite. Mieux vaut
l'encourager que de croire qu'il suffira de la nécessaire machine
policière, pour assécher la menace djihadiste. Des gardes à vue pour
certains, mais un autre regard pour les autres. Et que certains
politiciens pyromanes cessent leurs amalgames.
vendredi 30 septembre 2011
Tous pour un !
Nicolas Sarkozy et son Premier ministre ont été contraints hier de donner un nouveau coup de sifflet pour remettre en ordre de marche des troupes bien déboussolées, en proie à la panique et, une fois encore, au doute sur le pilote du Titanic. Première clarification, à propos du Sénat. Il est perdu. Dont acte. Pas question de chipoter. Tant pis pour Gérard Larcher et ceux qui parient encore sur un vote surprise samedi. Le président en fait une question de dignité. Il a surtout compris l'effet dévastateur d'un tripatouillage sénatorial pour lui et sa majorité.
L'appel à l'union s'impose d'autant plus que les divisions viennent de coûter très cher et qu'on en voit mal la fin dans cette grande famille où les rivalités et coups de poignard sont une seconde nature. Pour éviter que les trois ou quatre mois d'ici l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy ne tournent à la baston entre amis, le patron en appelle donc à la mobilisation et au combat pour 2012. Histoire de fixer un but et d'occuper les esprits, à défaut de remonter le moral, pour l'instant dans les chaussettes !
Le cap fixé d'ici la présidentielle, c'est de tenir bon dans la tempête financière et de tout faire pour sauver l'euro, condition jugée essentielle pour permettre à la France de s'en sortir. Priorité donc au sauvetage de l'Europe, donc à la double exigence de réduire la dette et de relancer la croissance qui s'imposera comme le sujet majeur de la campagne. Le président pense convaincre le jour venu les Français que leurs sacrifices ne sont pas vains et qu'il sera le mieux placé pour continuer à tenir la barre.
La bataille se jouera sur la crédibilité des propositions et des aptitudes des candidat(e)s à piloter en temps de crise. Nul ne peut prévoir où elle en sera dans sept mois, mais Nicolas Sarkozy ne manque pas d'atouts. Il a cette volonté hors du commun, condition sine qua non pour mener le combat politique à ce niveau. Mais il a aussi une forte pente à remonter dans l'opinion, tant est profond son discrédit et sérieux les doutes sur ses chances de l'emporter. Le candidat présenté avec insistance comme naturel n'a pas encore rassuré tout son petit monde.
mardi 6 septembre 2011
Bazar
Le marchandage sur le plan d'économies budgétaires a en fait déjà démarré, et avec quelle médiocrité. Voilà un ancien Premier ministre qui sonne la charge, au nom des parcs à thème, et remporte sur le président de la République une victoire à 80 millions, compensés sur les palaces, qui joueront avec leurs étoiles. Et ce n'est que le début du bazar dans les niches. Ici, on troque la défense de plus-values immobilières contre une taxe sur les brevets. Bravo pour la compétitivité ! Là, on a sauvé la niche sur les emplois à domicile. Les mutuelles se battent...
Les parlementaires vont faire leur travail dans ces hauts lieux de la démocratie que sont l'Assemblée et le Sénat. Mais ce n'est pas trop leur demander que d'espérer au moins un débat à la hauteur du déficit abyssal, et non des palabres sur des queues de cerise. Si les Français n'ont plus droit qu'à la rigueur, simple hors-d'oeuvre pour l'instant, au moins qu'elle leur soit servie avec équité et dignité compte tenu de la gravité de la situation. On en est loin, quand on compare le concours Lépine d'âneries pour tailler dans telle ou telle dépense sociale avec la nécessité d'une profonde réforme fiscale, qui s'imposera de toute façon.
Le Premier ministre, qui chauffe la salle pour le président et futur candidat, affirme parler un langage de vérité. Certes, quand il appelle les Français à leurs devoirs, ils comprennent bien que c'est à eux de payer maintenant. Mais la vérité ne trouve pas son compte avec son catalogue d'économies à 11 milliards, jugé même à l'UMP bien peu à la hauteur des enjeux, y compris du partage équitable des efforts.
L'actuelle ambiance de cour de récréation à propos du rabotage de quelques niches apparaît bien dérisoire quand on sait que nombre d'entre elles ne servent à rien, sauf à priver la collectivité de dizaines de milliards ! D'ailleurs, les marchés avaient vite jugé le sérieux de ce plan en reprenant de plus belle leur danse du scalp. Ils poursuivent l'hallali, comme on l'a vu hier à la Bourse. Quand l'heure de vérité sonnera, il est à craindre que ce soit celle des marchés, plus que celle de François Fillon.
Le marchandage sur le plan d'économies budgétaires a en fait déjà démarré, et avec quelle médiocrité. Voilà un ancien Premier ministre qui sonne la charge, au nom des parcs à thème, et remporte sur le président de la République une victoire à 80 millions, compensés sur les palaces, qui joueront avec leurs étoiles. Et ce n'est que le début du bazar dans les niches. Ici, on troque la défense de plus-values immobilières contre une taxe sur les brevets. Bravo pour la compétitivité ! Là, on a sauvé la niche sur les emplois à domicile. Les mutuelles se battent...
Les parlementaires vont faire leur travail dans ces hauts lieux de la démocratie que sont l'Assemblée et le Sénat. Mais ce n'est pas trop leur demander que d'espérer au moins un débat à la hauteur du déficit abyssal, et non des palabres sur des queues de cerise. Si les Français n'ont plus droit qu'à la rigueur, simple hors-d'oeuvre pour l'instant, au moins qu'elle leur soit servie avec équité et dignité compte tenu de la gravité de la situation. On en est loin, quand on compare le concours Lépine d'âneries pour tailler dans telle ou telle dépense sociale avec la nécessité d'une profonde réforme fiscale, qui s'imposera de toute façon.
Le Premier ministre, qui chauffe la salle pour le président et futur candidat, affirme parler un langage de vérité. Certes, quand il appelle les Français à leurs devoirs, ils comprennent bien que c'est à eux de payer maintenant. Mais la vérité ne trouve pas son compte avec son catalogue d'économies à 11 milliards, jugé même à l'UMP bien peu à la hauteur des enjeux, y compris du partage équitable des efforts.
L'actuelle ambiance de cour de récréation à propos du rabotage de quelques niches apparaît bien dérisoire quand on sait que nombre d'entre elles ne servent à rien, sauf à priver la collectivité de dizaines de milliards ! D'ailleurs, les marchés avaient vite jugé le sérieux de ce plan en reprenant de plus belle leur danse du scalp. Ils poursuivent l'hallali, comme on l'a vu hier à la Bourse. Quand l'heure de vérité sonnera, il est à craindre que ce soit celle des marchés, plus que celle de François Fillon.
samedi 23 juillet 2011
Solidarité renforcée
Le dos au mur, les Européens ont encore trouvé un accord qui assure l'essentiel en offrant à la Grèce les moyens de couvrir ses besoins. Au-delà de ce deuxième règlement de la crise pour ce pays, le plan de sauvetage est plus global avec des prêts plus longs et à meilleurs taux. Il montre une volonté commune de résistance de la zone euro face aux marchés qui, depuis deux ans, profitent de toutes les failles de l'Union. Il y en a une nouvelle depuis hier puisque l'accord prévoit le défaut partiel de paiement grec. En levant ce tabou, les Européens prennent un risque. Ils l'estiment calculé, grâce à la batterie de mesures de soutien financier. On verra si les spéculateurs lâchent vraiment prise.
Le couple franco-allemand a, de nouveau, fonctionné et, au prix de concessions réciproques, ouvert la voie à un compromis encore plus difficile cette fois-ci. Il y avait un troisième larron, dans le bras de fer berlinois, la Banque Centrale Européenne. Angela Merkel a obtenu le recours au secteur privé, et fait avaler à la BCE le risque de défaut partiel, mais celle-ci a obtenu des garanties financières.
Nicolas Sarkozy peut être satisfait. Il a, cette fois, géré discrètement son duo avec Angela, et, pour ne pas aggraver les tracas de la chancelière, déjà très critiquée chez elle, il a privilégié le silence aux coups de gueule et menaces. Et surtout, il a obtenu un renforcement et une flexibilité pour le Fonds européen de stabilité financière. Ses interventions nouvelles, par exemple pour le rachat de dettes, ouvrent la voie en fait à une union monétaire d'une autre nature.
La solidarité sort donc renforcée de la crise. Après avoir trop longtemps tergiversé, les 17 de la zone euro se sont rendus à l'évidence. Ils ne peuvent se sauver qu'ensemble, non dans le repli national. Ils ont compris la nécessité d'alléger le poids de la dette qui écrase les peuples. Hier, on a eu droit à une relance in extremis, avec promesse de progrès prochains pour une vraie gouvernance et une convergence économique. Sauver la Grèce et l'euro, c'est sauver l'Europe, mais elle a encore trop goût de dettes et d'austérité pour donner envie.
dimanche 17 juillet 2011
Le pétard d'Eva
En lançant son pétard sur le défilé du 14 juillet, Eva Joly a déclenché un spectaculaire feu d'artifices. Haro sur l'écolo qui, végétarienne ou pas, a eu le culot de s'en prendre à l'une de nos vaches sacrées. Une centenaire ! La revue des troupes, en plein coeur de la capitale, reste un moment de fierté populaire, symbole du lien entre les soldats et la Nation, même si la suppression du service militaire et la professionnalisation de l'armée par Jacques Chirac en 1996 ont changé la nature de ce lien. Pour avoir chanté sa Marseillaise, Gainsbourg avait déjà fait hurler dans les chaumières.
La volée de bois... vert contre la candidate de « l'écolo Joly » est compréhensible, mais dans la bouche de certains, elle a pris une tournure indigne. C'est vrai que le moment n'était pas le mieux choisi pour une telle mise en cause, alors même que la communauté militaire et le pays lui-même étaient en deuil, sous le choc des six morts d'Afghanistan. Son propos, du coup, ressemblait à une provocation dont l'ancienne magistrate, pourtant consciente du poids des mots, ne s'est peut-être pas rendue compte dans l'instant.
Ouvert à un moment plus opportun, le propos iconoclaste d'Eva Joly aurait pu nourrir un débat intéressant. De même que certains, pas forcément ultra-gauchistes, jugent aujourd'hui trop sanguinaire notre hymne national, il n'y a rien d'illégitime à s'interroger sur la manière de célébrer le 14 juillet. À côté de sa tradition militaire, il pourrait aussi exprimer une dimension plus citoyenne, l'occasion d'une fête de l'égalité. Après tout, il ne manque pas de nouvelles Bastilles à prendre et de candidats à la présidentielle pour donner l'assaut.
Traiter d'anti-France Eva Joly, en revanche, c'est reprendre à son compte les termes de l'extrême droite antisémite d'avant-guerre. Dans la bouche de Marine Le Pen, la mise en cause de la citoyenneté française de la candidate d'origine norvégienne, ne surprend pas. Mais que le premier ministre en personne, en la discréditant sur le terrain des valeurs françaises, flirte avec cette même thématique nauséeuse, voilà plus surprenant et surtout plus inquiétant. Y compris pour lui.
Malaise
Le coq gaulois dont les cocoricos retentissent, chaque 14 Juillet, avait hier la voix cassée. Le décalage entre la fierté légitime au spectacle des troupes et matériels en revue, précédé d'un Haka polynésien, et la réalité du terrain, dans l'émotion des morts en série, était trop flagrant pour ne pas susciter un malaise. Accentué d'ailleurs par le sentiment d'un autre décalage encore plus profond entre les proclamations compréhensibles de soutien aux militaires qui font le sacrifice de leurs vies dans un métier dégradé, et le doute sur le sens et l'efficacité de cette guerre dans laquelle la grandeur de leur engagement n'est évidemment pas en cause.
Le président de la République, sur un ton de gravité sincère après sa visite aux blessés, tente de répondre à ce malaise diffus dans l'opinion, mais relayé maintenant par la gauche et le FN qui dénoncent l'impasse et demandent un retour accéléré des soldats. Preuve d'un embarras certain, s'il maintient son calendrier de retrait, 1.000 en 2012, le reste en 2014, il se doit de réagir. C'est ce qu'il s'est efforcé de faire hier, sous la pression des événements.
Il justifie son cap par la nécessité d'organiser la transition avec l'armée afghane, dont chacun fait mine de croire qu'elle sera capable d'assumer la relève. Mais la partie sera très périlleuse. Car les Talibans, dont on explique que les attentats suicides seraient le signe d'une perte de capacité opérationnelle, ne vont pas relâcher leurs attaques. D'où les mesures de sécurité ordonnées par le président, furieux de ce nouveau « carton » des insurgés. Pour se protéger, les Français se feront plus discrets, ce qui n'arrangera ni la sécurité ni l'aide économique que l'on affirme vouloir développer.
À quelques mois de la présidentielle, Nicolas Sarkozy ne peut courir le risque de donner le sentiment d'impuissance devant ce bourbier afghan qui ne lui enverrait que des cercueils. Le chef des Armées cherche à s'en prémunir en exaltant le courage de soldats qui se sacrifient pour la défense de la démocratie. Après dix années de prêche occidental au son du canon, on peut espérer mieux que voir une « Choura » afghane finir en bain de sang.
dimanche 17 avril 2011
Grâce à l'Europe
Garde à vous pour la nouvelle garde à vue ! L'irruption d'avocats tout au long des interrogatoires promet une jolie ambiance pour ne pas dire une belle pagaille dans les commissariats et les gendarmeries. Locaux et procédures ne sont pas prêts pour ce brutal coup d'accélérateur qui rompt avec des décennies de fâcheuse tradition française. On peut comprendre l'inquiétude des hommes de l'ordre face aux incidents prévisibles. Mais après tout, si cela permet de réduire le nombre de garde à vue inutiles, voire abusives, on s'en félicitera. Comme de voir assurés de meilleurs droits de la défense, malgré la crainte de complication dans certaines enquêtes.
Ce progrès pour les libertés, c'est à l'Europe que nous le devons. On a trop pris l'habitude de lui faire porter le chapeau de tous nos malheurs pour ne pas lui rendre hommage quand nos libertés progressent grâce à elle. En particulier grâce à la Cour européenne des droits de l'homme qui nous rappelle depuis plus de dix ans à nos engagements. Aussi cruel que cela paraisse pour l'arrogante France, Terre de libertés, c'est l'Europe qui nous protège contre nos turpitudes.
La garde à vue à la française n'était pas la seule violation des droits européens. L'indépendance des magistrats du parquet ne remplit pas non plus les critères. La France devra se résoudre à garantir une autorité judiciaire réellement indépendante, comme l'ont rappelé le Conseil constitutionnel et la Cour de cassation. C'est toute la chaîne pénale qu'il faut ainsi revisiter. La situation dans les prisons ne nous vaut pas non plus la palme européenne.
La démocratie progresse ainsi, malgré la France elle-même. Sur la balance de la justice, le plateau de la sécurité penche bien davantage que celui des libertés, alors que l'on pourrait espérer plus d'harmonie dans ce couple. En France, plus qu'ailleurs, la suspicion l'emporte sur la confiance. On est présumé coupable plutôt que présumé innocent. Le poids des peurs, compréhensibles, mais souvent attisées par les populistes de tous poils, conduit à une inflation répressive qui semble sans limite.
Un peu d'air frais ne fera pas de mal !
Candidats durables
Nicolas Hulot n'avait pas, avant-hier, ce halo qui enveloppait l'astre médiatique préféré des Français à chacune de ses Ushuaïades ! L'imprécateur écolo donnait l'impression de plonger à reculons dans le bain présidentiel, comme s'il pressentait déjà un nouveau crash ! Il n'en est qu'au début de sa nouvelle aventure et il lui reste du temps pour soulever l'enthousiasme des foules. Mais il aura besoin de sa popularité pour que sa conversion d'animateur en acteur politique se passe sans trop de casse. Lui qui aime être aimé va vite déchanter.
La planète verte, en particulier, l'accueille en se pinçant le nez en raison de son passé, de ses positions ambiguës sur le nucléaire, de son positionnement politique, certes opposé à l'actuelle majorité mais flou envers le PS, qui tient les cordons de la bourse à investitures législatives. Il va passer, contre son gré, au gril de la primaire face à Eva Joly et rien ne garantit qu'il en sorte avec une candidature durable. Celle qui sépare le témoignage sur les malheurs de la planète des réponses concrètes aux difficultés des Français. Pour Hulot, l'Élysée est au bout du monde.
Dominique de Villepin a l'avantage de connaître déjà les lieux, mais cela ne suffira pas ! En tout cas, après avoir pris son indépendance et créé son parti (République solidaire), il propose aujourd'hui son projet de refondation de la France. Au point de dépression où en est le pays, l'heure n'est plus aux mesurettes. Ce sont tous les outils qu'il faut changer. Une révolution en somme, une rupture gaullienne qu'il entend incarner. Plus tard, quand sonnera l'heure des vrais fauves.
Nicolas Sarkozy se réserve pour ce moment avec la gourmandise et la sérénité, réelle ou feinte, d'un carnassier. Il regarde les candidats actuels avec l'oeil du tueur professionnel, et il attend les prochains avec la même assurance de vieux briscard, à la Mitterrand et à la Chirac, du moins pour ce qui est de la jauge politique. Le sarkothérapeute a sorti sa carte professionnelle pour tenter de rassurer ses UMP déboussolés. Il « sent bien 2012 », dit-il. Pour l'instant, les Français, lassés des partis, ne le sentent pas du tout comme lui, ni avec lui.
Enlisement
L'Otan bombarde, Kadhafi canarde, le front libyen s'enlise et c'est l'impasse. Amer bilan pour les 16 pays de la coalition qui, avec 30 navires, dont 5 sous-marins, et 300 avions de toutes sortes, ont un peu rééquilibré le rapport des forces militaires, mais pas assez pour forcer le dictateur affaibli à rendre les armes. Que le marteau-pilon de l'Otan ne parvienne pas à écraser le moustique libyen, il y a de quoi être surpris. Et même inquiet pour la première organisation militaire au monde qui ne parvient pas à contrer les ruses du Guide, habile à dissimuler ses forces.
L'agacement de la France et de la Grande Bretagne est compréhensible. Engagés en première ligne, après le retrait américain de ce théâtre, les deux pilotes de l'opération constatent que le chef libyen profite de la lourdeur et de la faible réactivité otanienne, mais aussi des divisions de la coalition. L'Europe, une fois de plus, fait montre, au-delà des propos de circonstance pour la galerie, d'une affligeante désunion sur le plan militaire et sur celui de l'immigration.
L'impasse sur le terrain risque de durer d'autant plus que personne n'a très envie de fournir les rebelles en armes, de crainte qu'elles ne passent vite dans les mains de djihadistes et groupes d'al-Qaida. Avec la menace d'enlisement, voire de partition de fait du pays, la solution militaire commence à relever du mirage. Mais l'issue politique aussi. Une fois évoquée la nécessité d'un cessez-le-feu et d'un dialogue interlibyen, on n'est guère plus avancé. Tout le monde s'est mis d'accord sur le dos de Kadhafi, mais son départ est un objectif, non plus un préalable.
Le dictateur, sauf imprévu, a donc encore de la marge, même si tout le monde veut croire que ses jours sont comptés. Mais tant qu'il est là, sa menace comporte un facteur d'incertitude pour le pays. Et si l'impasse libyenne se prolonge, ce sont les pays de la région qui risquent à leur tour la contagion de la déstabilisation. La jeune démocratie tunisienne est aux premières loges. Un échec en Libye provoquera une onde de choc justement là où est née la révolution de la liberté arabe. On n'ose pas l'imaginer.
jeudi 24 mars 2011
Inquiétudes
La première menace qui pèse sur l'intervention aérienne en Libye c'est l'oubli de ce qui l'avait justifiée : le sauvetage in extremis de la population de Benghazi. Avec les jours qui passent au rythme des frappes contre les moyens militaires du colonel, c'est maintenant l'incertitude sur la suite de cette aventure qui constitue la menace essentielle. Le large soutien des parlementaires lors du débat d'hier, n'est pas exempt d'inquiétudes auxquelles François Fillon et Alain Juppé ont répondu. En partie du moins.
Les divergences qui se sont exprimées en Europe, en Afrique, dans certains pays arabes ont provoqué une sorte de brouillard dangereux qui risque de saper la légitimité de cette opération, donc d'encourager Kadhafi pourtant affaibli militairement. Le flou sur le commandement, source de bien des réticences, devrait être levé prochainement par la mise en place d'un pilotage politique, associant notamment les états arabes. Même si ses capacités sont utilisées, ce n'est donc pas l'Otan qui dirigerait cette intervention annoncée de courte durée.
Le risque d'enlisement, ou même de semi-échec, menace pourtant la coalition. Intervenue au titre de la protection du peuple libyen, elle dispose d'un mandat assez extensible, du moins à court terme, pour autoriser des actions militaires offensives, mais dont les limites vont vite apparaître. Car ce ne sont pas les frappes qui vont automatiquement obtenir le départ de Kadhafi ni instaurer par magie la démocratie. Tout va donc dépendre, une fois restauré un meilleur équilibre des forces, des protagonistes eux-mêmes.
Là est l'incertitude la plus lourde. Pour la rébellion, la reconquête ne s'annonce pas facile. Car, s'il survit, Kadhafi peut avoir les moyens de jouer l'embrouille. La coalition lui propose la fin des opérations militaires en échange d'un cessez-le-feu et du retrait de ses troupes. En somme, il lui est demandé de laisser les insurgés regagner partout le terrain perdu. Comme on le voit mal, sauf heureux imprévu, prêt à ce genre de reddition, le scénario de la paix et de la démocratie n'est ni écrit ni visible sur les écrans radars des avions.
samedi 19 février 2011
Reconquête
Bonjour, veaux, vaches, cochons, couvées... Nicolas Sarkozy rejoint la France agricole qui se lève tôt. Et, cette fois, dès l'ouverture du Salon. Il a compris que son passage en clôture l'an passé avait été mal perçu dans les campagnes. L'adepte de la rupture l'avait si bien réussi avec le monde paysan, depuis son fameux « Casse toi... », en 2008, que le désamour avait été profond. À un mois des cantonales, avec les sénatoriales et la présidentielle en ligne de mire, pas question de rééditer l'erreur.
La reconquête de cet électorat a commencé. Avec, pour l'instant, pas moins de huit déplacements au compteur, le président veut montrer qu'il est bien à l'écoute de ces Français en souffrance et qu'avec son ministre Bruno Le Maire, il a pris la mesure d'un enjeu à plusieurs tiroirs, ce qui ne rend pas les solutions, nationales, européennes et mondiales, plus faciles pour autant. Si les revenus de certains producteurs se sont améliorés l'an passé, à la faveur d'une remontée des cours de matières premières, l'inquiétude reste vive, en particulier pour les éleveurs.
Le modèle agricole français doit faire face, pour survivre dans la mondialisation, non plus à sa simple défense, mais à une véritable reconquête là aussi. Ce que les paysans savent fort bien. Leurs efforts environnementaux sont réels, à côté de concurrents moins scrupuleux. Moins d'azote et de maïs, plus de trèfle et de luzerne, nouvelles cultures, innovations diverses, meilleure commercialisation locale, signature de contrats, projets de marchés à terme, les agriculteurs ne rechignent pas à la mutation.
Mais la compétition est féroce et le recul de la France à la 4e place mondiale souligne l'urgence du sursaut. L'Allemagne, les pays émergents, les spéculateurs au casino des matières premières, ces défis appellent des réponses adaptées. Elles sont sur la table du G20 où les discussions s'annoncent chaudes comme le climat. Côte à côte pour l'instant, Nicolas Sarkozy et DSK, ont deux points communs : aussi peu l'image de la France rurale, comme on dit à l'UMP, ils n'en sont pas moins tous deux avocats d'une régulation mondiale qui risque de se faire attendre.
dimanche 13 février 2011
Libres... avec l'armée !
Explosion de joie, embrassades, chants, cris « bye-bye Moubarak »... Enfin, l'espoir ! La liesse populaire était hier à la mesure de l'énorme frustration de la veille quand l'histoire avait bégayé. Cette fois, elle vient de basculer et l'on peut comprendre que la rue savoure l'instant de sa première victoire, s'abandonne à la liberté reconquise, avant de penser à la suite. Comme au temps du Mur de Berlin, on vibre avec la foule arabe du Caire. Après 30 ans de Moubarak et de dictature corrompue, l'Égypte tourne la page. Avec une fierté retrouvée.
Cette révolution est bouleversante parce que, s'il y a eu des morts pendant ces semaines de bras de fer, la pression de la rue et la menace de grèves majeures n'ont pas conduit au bain de sang que l'on pouvait redouter. Bien sûr, la partie n'est pas finie. L'Égypte s'ouvre le chemin vers la démocratie, mais elle n'en est qu'au début. Le jeu s'annonce complexe entre les partis traditionnels, les Frères musulmans, la société civile, sorte de coalition internet et les militaires.
Car c'est l'armée qui détient toujours les clés de la future Égypte. De toute évidence, les divergences au sein de la haute hiérarchie ont grippé la transition concoctée par Moubarak et conduit à la création d'un conseil supérieur des forces armées. Le nouveau pouvoir n'est pas clairement établi et, malgré la légitimité dont jouit l'armée dans ce pays, rien ne garantit encore que le chemin le plus court vers la démocratie passe par elle.
La contagion de la liberté continue donc de gagner le monde arabe que l'on croyait ligoté, comme momies, dans les bandelettes de la dictature. Hier, Tunis a applaudi Le Caire. Barak Obama avait pris un risque en exigeant une mise aux normes démocratiques. On imagine son soulagement, mêlé d'inquiétudes pour l'avenir imprévisible. Mais comment hésiter quand un peuple crie son ras-le-bol ? Aujourd'hui les yeux se tournent vers l'Algérie où perce également une aspiration à la liberté sur fond d'exaspération sociale. On ne sait pas si l'air frais de Tunis et du Caire y soufflera aussi vite qu'à côté. Quand le vent de l'histoire souffle, il ne s'arrête pas toujours aux frontières.
samedi 5 février 2011
À l'aveugle
Américains et Européens, qui n'ont pas vu venir la contagion de liberté dans le monde arabe, jouent maintenant leurs coups à l'aveugle, sans savoir où ils vont. C'est logique quand on s'est accroché pendant des décennies au mythe confortable de la stabilité fondé sur un statu quo en trompe l'oeil. On tolérait, tout en protestant poliment, des dictatures à l'intérieur, en échange de quoi ces régimes garantissaient un partenariat solide et intéressé.
La révolution arabe bouleverse cet équilibre instable par nature puisqu'il y manquait l'essentiel, le partage des mêmes valeurs, démocratie et droits de l'homme. Cette révolution émerge de deux nouveaux acteurs : la société civile, diplomés et chômeurs, et le fameux cybermonde des technologies de communication. Ces deux acteurs sont en train de s'imposer dans le jeu mondialisé. Ils obligent tout le monde à une révision brutale. À l'intérieur, l'armée et les religieux, ne seront plus seuls à se tenir par la barbichette. Reste à définir les nouvelles règles du jeu démocratique.
Quant aux partenaires, leur hâte à se dédouaner de leur aveuglement, les pousse à des exigences compréhensibles, mais pathétiques. Encore une fois à la ramasse, les Européens ont fini par se fendre hier de quelques lignes pour exiger une transition démocratique immédiate. Ce minimum syndical ne s'accompagne pas de l'exigence du départ de Moubarak puisque ce dernier a fait un doigt d'honneur à Obama.
Le zig zag du président américain d'ailleurs est révélateur d'un affaiblissement que les États-Unis tentent de masquer en s'invitant dans les discussions pour la passation de pouvoir au Caire. En fait, c'est toute leur politique au Proche et Moyen Orient que les États-Unis devront vite recadrer, d'autant que leurs futurs interlocuteurs seront plus exigeants envers eux. N'en déplaise à Israël dont l'aveuglement dans la défense de Moubarak est encore plus pitoyable quand on sait à quel point l'état hébreu a joué de l'islamisme en Palestine. Le monde arabe aspire à une normalité que les Israéliens feraient mieux d'accompagner et d'encourager.
vendredi 24 décembre 2010
Noël à Pékin !
Le père Noël n'est pas Chinois. D'ailleurs Pékin ne cherche pas à le faire croire, malgré sa main tendue à la Grèce et au Portugal. Ici comme là-bas, charité bien ordonnée commence par soi-même. La promesse d'achat de quelques milliards de dettes de ces pays répond tout simplement à la défense des intérêts de l'Empire du Milieu. Preuve de la gravité de la crise qui n'a pas fini de secouer le Vieux continent, la Chine a peur que l'Europe, son premier partenaire commercial, ne lui fasse faux bond, lui achète moins de produits, se ferme à ses projets d'implantations et la laisse en tête à tête avec les États-Unis.
En remplissant au passage sa hotte de réserves de changes plus diversifiées, pas seulement en dollars, la Chine espère sans doute amadouer les Européens chez qui elle sent monter une colère justifiée, il faut bien le dire. Car, sans exonérer l'Union de toute responsabilité dans ses déficits et sa dette, la crise doit tout de même beaucoup au couple infernal sino-américain et aux multiples avantages que la Chine s'octroie avec son yuan sous évalué et ses multiples et sournoises mesures protectionnistes.
L'Europe qui assiste au syphonnage de son industrie, continue de subir l'asphyxie du désavantage monétaire qui plombe son déficit extérieur, mine sa croissance et accélère son déclin. Anticipant de possibles réactions, y compris protectionnistes, l'aide pékinoise vise à diviser le front américano-européen pour alléger la pression en faveur de la réévaluation de son diable de yuan. Tout en espérant une contre partie, notamment la reconnaissance du statut d'économie de marché.
La Chine, en position de force, tente donc de pousser son avantage. Mais il faut aussi reconnaître que la deuxième économie de la planète n'est pas seule à faire sa pelote dans la mondialisation. Avec leur croissance et l'essentiel du capital, les pays émergents laissent aux anciens pays capitalistes du Nord crise, dettes et chômage. Les pauvres s'enrichissent enfin, ce qui semble justice. Ce basculement du monde pose le vrai défi à l'Europe et aux États-Unis : la trappe ou le sursaut.
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