TOUT EST DIT

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mercredi 21 décembre 2011

Iran : attaque à la chaussure contre le président Ahmadinejad

Mahmoud Ahmadinejad partage désormais quelque chose avec George Bush : il a fait l'objet d'une "attaque à la chaussure". Cela s'est passé à Saari, dans le nord de l'Iran, lundi 12 décembre. Selon les récits publiés dans la presse officielle, un ouvrier licencié du textile s'est approché de l'estrade où se tenait le président iranien, qui s'apprêtait à inaugurer un projet de logements bon marché. "Rashid Sh., 45 ans, sans revenu depuis un an", s'est levé et a lancé ses chaussures vers le chef de l'Etat, a rapporté Ghased News, un site proche du président. Une attaque ratée, puisque le président "a réagi à temps" et en est sorti indemne, assure le site Aftab.

La réaction des personnes présentes lors de cette attaque inédite diffère selon les médias. Les sites proches de M. Ahmadinejad, à l'instar de Ghased New, rapportent que "les gens ont scandé des slogans en faveur du président et ont frappé brutalement l'auteur de l'attaque". Pourtant, une lettre anonyme d'un habitant de Saari, largement relayée sur les réseaux sociaux, donne une tout autre version des faits : "En plein discours du président, quelques ouvriers d'une usine de textile fermée récemment, qui n'avaient pas touché leurs arriérés de salaire, ont brandi un drapeau et réclamé leurs droits. Les gens et les ouvriers ont ensuite scandé des slogans contre Ahmadinejad et la situation économique du pays." Selon ce texte, l'attaque à coups de chaussure a mis fin à la cérémonie, et le déjeuner prévu après le discours de M. Ahmadinejad a été annulé.

L'incident a été immédiatement exploité par les adversaires conservateurs du président iranien. Le site Khabaronline – dirigé par Ali Larijani, président du Parlement iranien et proche du Guide suprême, Ali Khamenei, en guerre ouverte avec M. Ahmadinejad – confirme que Rashid Sh. n'était pas le seul, ce jour-là, à exprimer sa colère. D'après ce site, un groupe de travailleurs licenciés du textile "ont fait valoir leurs demandes pendant le discours du président".

Les proches du président n'ont pas tardé à contre-attaquer. Ali-Akbar Tahaie, le gouverneur de la province de Mazandaran, a dépeint Rashid Sh. comme un  "voyou", ayant un casier judiciaire à Téhéran. Le site Ghased News est allé jusqu'à écrire qu'il était un habitué de ce genre de provocations et "avait déjà lancé des œufs et des tomates sur l'ancien président réformateur Mohammad Khatami".

Les plus malicieux n'ont pas manqué de rappeler que lorsque George Bush avait été visé par les chaussures du journaliste irakien Mountasser Al-Zaïdi en 2008, Mahmoud Ahmadinejad avait déclaré : "Il y a une différence entre nous, qui sommes très bien accueillis dans les autres pays, et les Américains, qui ne suscitent aucune sympathie chez les autres."

LE SORT OUBLIÉ DES OUVRIERS IRANIENS
Pendant que les cercles au pouvoir à Téhéran réglaient leurs comptes par le truchement de cet incident, peu ont évoqué le sort des ouvriers iraniens. Pourtant, leur situation s'est sérieusement dégradée ces dernières années, en particulier dans le secteur du textile, soumis à la concurrence des importations chinoises. Selon les rapports officiels, le chômage est de 11%. Un chiffre largement contesté par certains analystes (lire l'article d'Enduring America sur la question).

Les retraités souffrent aussi. Nombre d'entre eux ne touchent plus leurs pensions et n'hésitent plus à descendre dans la rue. Ainsi, les travailleurs à la retraite de l'usine d'acier d'Ispahan ont manifesté, le 13 décembre, devant le Parlement.

La suppression des subventions aux produits de base, mise en œuvre depuis un an par M. Ahmadinejad, frappe durement les couches populaires. Selon Fariborz Raisdana, économiste et universitaire basé à Téhéran, "le pouvoir d'achat des ouvriers a drastiquement diminué suite à l'application de cette loi". Selon elle, "60% à 70% de la classe ouvrière sont touchés" par la hausse des prix. En guise de compensation, le gouvernement distribue chaque mois 22 euros par Iranien. Mais les virements arrivent souvent en retard et de nombreuses familles ne touchent jamais l'argent. Ceux qui protestent sont dans le collimateur des autorités.
L'Association de défense des droits d'ouvriers avait condamné, en novembre, "la pression accrue envers les ouvriers et les militants des droits syndicaux". Cette association iranienne, fondée en 2008, a également fait état de son inquiétude suite aux lourdes peines prononcées à l'encontre de syndicalistes : un an de prison pour Ali Nejati, cadre dirigeant du syndicat de l'usine à sucre de Haft-tappe (Ouest) ; cinq ans de réclusion pour Behnam Ebrahim-Zadeh, militant ouvrier.
L'attaque à la chaussure du 12 décembre marque, peut-être, la fin de la légende de Mahmoud Ahmadinejad "serviteur des plus démunis".

Sous-traitance


Mobiliser policiers et gendarmes pour remplacer dans les aéroports les agents de sûreté en grève, c’est une excellente idée. La meilleure manière de permettre aux Français de décoller et profiter enfin de vacances bien méritées. L’idée est d’autant plus judicieuse que policiers et gendarmes connaissent bien ce travail, parce qu’avant, c’est eux qui en étaient chargés… Avant la sous-traitance au privé de cette activité, il y a une quinzaine d’années, avant la chasse au trop d’Etat. Et si demain on sous-traite au privé l’emploi de tous les pilotes, des contrôleurs aériens- il faudra, à chaque grève, l’armée ou la police pour faire voler les avions. Cela va finir par revenir cher à l’Etat ! Il y aurait certes une solution, créer un corps des fonctionnaires chargés de la sécurité des voyageurs. On pourrait même l’appeler police de l’air et des frontières, ou PAF… Absurde, non ?

Ces prothèses d'où suinte un scandale

Ce sont des problèmes de riches. Des soucis du monde moderne, qui épargnaient nos ancêtres. L'affaire des prothèses du sein de la marque PIP (Poly Implants Prothèses) symbolise les angoisses de notre temps et des années à venir dans nos sociétés occidentales. À l'aube d'une année nouvelle, nous allons tous, en chœur nous souhaiter une « Bonne santé, surtout la santé, hein, tant qu'on a la santé... » Cette thématique figure au premier rang des préoccupations des Français. Ce n'est pas une raison pour basculer dans la panique ou le scandale dès qu'une fissure se présente dans une prothèse mammaire ! Ces questions doivent se régler dans la sérénité. Hier, on apprenait par Libération que les autorités s'orientaient vers un retrait total des prothèses incriminées, conçues à partir d'un gel non conforme et sujettes à déchirement. Voire génératrices de cancers. Sage décision. Comme l'a été celle d'appeler les chirurgiens à ne pas pratiquer de dépassement d'honoraires pour les explantations. Plus sage eût été celle de ne pas habiliter la marque PIP. Mais la procédure d'autorisation des médicaments est sur la sellette à l'occasion d'une autre affaire : celle du Médiator. Un expert responsable au sein de l'Agence du médicament aurait touché plus d'un million d'euros de la part du groupe Servier entre 2001 et 2009. Quand le médicament a été mis sur le marché. Et l'on découvre l'autre mal dont souffre notre société. Plus intemporel et beaucoup moins moderne : la corruption. Quand les valises de billets concernent notre santé et pas les régimes africains, soudain, ça nous fait moins rigoler.

Nicolas Sarkozy durcit le ton contre François Hollande

Le président de la République a reçu une quinzaine de députés sarkozystes, mardi soir à l'Élysée.

Dans les starting-blocks. Nicolas Sarkozy est apparu «offensif comme jamais» mardi soir à l'Élysée, en recevant une quinzaine de députés sarkozystes. Le président a commencé par s'en prendre à François Hollande, qu'il appelle désormais «le petit». Il a notamment critiqué son appel («Nous gagnerons ensemble!») aux sociaux-démocrates allemands, rencontrés à Berlin la semaine dernière. «Hollande est allé en Allemagne dire qu'il souhaitait la défaite de Merkel, s'est-il indigné. S'il est élu, il devra travailler un an avec elle! Comment peut-il espérer négocier avec elle après ça?»
Le président a ironisé sur le fait que François Hollande n'avait rencontré ni Mario Monti à Rome, ni Angela Merkel à Berlin. «Le seul qu'il ait vu, c'est Zapatero à Madrid, qui a été battu!», a-t-il plaisanté. Sarkozy estime qu'Hollande n'est pas parvenu à imposer un seul thème de campagne. «Son problème, c'est qu'il fait la même campagne après la primaire que pendant, a-t-il ajouté. Ce n'est pas lui qui a changé, c'est la lumière. Quand on est candidat à la présidentielle, on est dans une lumière où la moindre peluche sur le costume se voit.»

«Comme un serpent devant une clarinette »

Nicolas Sarkozy a également égratigné Marine Le Pen. «Vous êtes nulle!», a-t-il lancé, comme s'il mimait un face-à-face avec la présidente du FN. «Vous remboursez la dette avec une monnaie dévaluée, mais cette dette doublera alors du jour au lendemain!», a-t-il poursuivi, sûr de son effet. «Comme un acteur, il jouait, raconte un participant. Il a hâte de se lancer dans le combat électoral.» Il a estimé que François Bayrou était le dépositaire de la «marque centre». Et qu'il pouvait être utile pour «dégonfler Hollande». «Un accord Bayrou avec les socialistes est impossible», a-t-il assuré.
En verve, le chef de l'État a plaisanté sur son organisation de campagne: «C'est une organisation peu lisible de l'extérieur. Moi-même, j'ai du mal à m'y retrouver!» Il a redit qu'il n'irait pas à son QG de campagne. «Dans un QG, si vous montez dans les sondages, on vous dit que c'est gagné, si vous baissez, on vous dit que c'est perdu!» Il a rappelé que Giscard, Balladur et Jospin avaient «perdu car ils étaient obnubilés par leur niveau dans les sondages, qui masquait la réalité du terrain». «Celui qui regarde les sondages, il est comme un serpent devant une clarinette», a-t-il glissé. Le président s'est aussi félicité du projet UMP qui n'a «pas fait de ronds dans l'eau». «J'irai beaucoup plus loin, plus fort», a-t-il prévenu. Il s'est félicité de ses meilleures relations avec un Fillon «plus offensif» et s'est montré sévère avec Rachida Dati qui brigue la même circonscription que le premier ministre à Paris. «Il faut traiter le problème», a-t-il sommé.
Plus tôt dans la journée, en Ardèche, le chef de l'État a défendu les réformes de son gouvernement dans le secteur de la santé de proximité devant les médecins et infirmiers d'une maison médicale des Vans.

Le soleil n’est pas prêt de se lever à l’Est

En Transnistrie, république sécessioniste de Moldavie reconnue par aucun pays ou organisation, située aux marges de l’Europe, une véritable élection présidentielle est en cours. Deux journalistes de Presseurop se sont rendues sur place.
"La Transnistrie? jamais entendu parler” : c’est la réponse classique quand on évoque le nom de cette République autoproclamée au sein du territoire de la Moldavie, le pays le plus pauvre d’Europe. Pour quelques personnes cependant, la Transnistrie c’est un “trou noir”, “une plaque tournante du trafic humain et de drogues”, ou bien “le dernier bastion communiste dans le jardin de l’UE”.
D’une superficie de deux fois le Luxembourg et financièrement soutenue par la Russie,  elle n’est reconnue par aucun pays ou organisation. Pourtant, comme ils le font tous les cinq ans,  les Transnistréens se sont rendus aux urnes le 11 décembre afin d’élire leur chef de l’Etat.
Car si officiellement la Transnistrie, coincée entre l’Ukraine et la Moldavie, fait partie de cette dernière, les Transnistréens ne l’entendent pas de cette oreille. Et le conflit gelé a récemment été remis sur l’agenda sous la forme de négociations au format dit “5+2” (les deux parties avec l’Ukraine, la Russie et l’OSCE, et deux observateurs: l’UE et les Etats-Unis).
Depuis que le président sortant, l'ancien mineur russe Igor Smirnov, a proclamé l’indépendance en 1991, lors de l’éclatement de l’URSS, la Transnistrie a tout ce qui fait  une nation : un chef de l’Etat, un Parlement (appelé Soviet Suprême), une monnaie (le rouble transnistréen), un drapeau avec faucille et marteau et, bien sûr, un hymne national.
Dimanche 11 décembre, cet hymne résonnait des haut-parleurs installés aux bureaux de vote. Au bureau central, les électeurs ont même pu assister à un concert donné par un orchestre.
Parce que se rendre aux urnes, c’est une fête en Transnistrie.  Dès  l’aube, le demi-million d’habitants étaient appelés à la radio à participer à “ce moment important de patriotisme”.
A l’issue du scrutin, Igor Smirnov, qui régnait d’une main de fer (les droits de l’homme et la liberté de la presse ont encore un long chemin à faire) depuis plus de deux décennies, a finalement subi une cuisante défaite, recueillant guère plus de 25% des voix. Ses deux opposants principaux se rencontreront le 25 décembre pour un second tour.
Il s’agit d’un côté de Evgueni Chevtchouk (plus de 38% des voix au premier tour), un avocat de 43 ans, chef du parti “Renaissance” et candidat préféré des jeunes. De l’autre côté, d’Anatoly Kaminski (26% des voix), un homme d’affaires de 61 ans et chef du parti “Renouveau” que le Kremlin aimerait voir prendre le pouvoir.
L'idéal d’indépendance est non seulement inscrit sur les programmes des deux candidats du second tour mais est aussi le plus cher désir des habitants. Mais pour Chevtchouk cependant, “Le bien-être de la population et la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts prévalent sur la reconnaissance de l’indépendance de notre Etat”, ainsi qu'il nous l'a affirmé, tout en critiquant “les autorités qui agissent dans l’intérêt d’une seule entreprise”. Il faisait référence à la société Sheriff gérée par le fils de Smirnov, qui semble avoir le monopole sur tout ce qui se fait ou se vend en Transnistrie : les stations d’essence, les supermarchés, la téléphonie mobile, le club de foot national...tous portent l’enseigne de Sheriff.
Quoi qu’il en soit, "Rodina !, Rodina !..." ("Patrie" en russe) était sur toutes les lèvres. Toutes les personnes que nous avons rencontrées, Moldaves ou Russes, ont affirmé qu’elles désiraient plus que tout l’indépendance de leur patrie et que celle-ci était la seule valeur importante à leurs yeux.
De ce point de vue, la capitale de cet "Etat imaginaire, mais hautement stratégique", comme l'a qualifiée Euronews, vit et vivra encore suspendu à un espoir.
Un espoir dont on peut se demander s’il est le syndrome d’un lavage de cerveau ou s’il relève d’une véritable conviction patriotique. Les résultats du second tour n’apporteront probablement pas de réponses à cette question. Le soleil n’est pas prêt de se lever à l’Est.

Moody's conforte le triple A du Royaume-Uni

Londres n'a pas fini de faire des jaloux. L'agence de notation Moody's estime dans son rapport annuel sur le crédit, publié mardi, que Londres mérite toujours son triple A, assorti d'une perspective stable. Elle prévient néanmoins que la crise persistante de la dette dans la zone euro menace la bonne note britannique, et souligne que de nouveaux chocs sur l'économie du pays pourraient saper les efforts du gouvernement en matière de rééquilibrage des déficits.
La perspective stable dont bénéficie actuellement la note britannique dépend en partie de l'hypothèse selon laquelle le programme d'assainissement budgétaire du gouvernement se déroulera comme prévu, souligne l'agence de notation dans son rapport. Elle prévient qu'une nouvelle détérioration des perspectives macroéconomiques ou un besoin de soutenir le système bancaire pourraient temporairement contrarier les efforts du gouvernement.

"En conséquence, la perspective sur la note sera sans doute sensible à l'évolution de la crise de la dette dans la zone euro, même si le Royaume-Uni n'est pas membre de l'union monétaire", conclut Moody's.
PREUVE QUE MOODY'S S'EN PREND À L'EURO.

mardi 20 décembre 2011

LVMH avance ses pions chez Hermès

C'est une annonce en forme de pied-de-nez : le numéro un mondial du luxe LVMH a encore accru sa part dans Hermès, alors que la famille Hermès vient de lancer une holding pour contrer les appétits du patron de LVMH, le milliardaire Bernard Arnault.
Entré par surprise en octobre 2010 dans le sellier, en prenant 17 % du capital, puis passé à 21,4 % malgré les protestations de la famille Hermès, LVMH détient désormais 22,28 % du capital et 16 % des droits de vote, selon une déclaration de franchissement de seuil publiée mardi par l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Il y a moins d'une semaine, les actionnaires familiaux d'Hermès, qui détiennent plus de 72 % du capital, avaient de leur côté annoncé le lancement d'une holding baptisée H51, arme anti-LVMH dans laquelle ils ont immobilisé 50,2 % de Hermès pour vingt ans, avec un droit de préemption sur 12,3 % supplémentaires. Seul le principal actionnaire familial n'y participe pas, Nicolas Puech, qui détient 6 %. Dans la foulée, Patrick Thomas, le gérant d'Hermès, assurait que "s'il y a eu une guerre [avec LVMH], elle est finie". Pour autant, ajoutait-il dans cette interview au Figaro, "nous avons toujours la même demande" envers LVMH… à savoir qu'il quitte le capital de Hermès.
MÉTHODE INDIGNE
Hors de question, répond aujourd'hui LVMH. Le groupe détient désormais, via des sociétés qu'il contrôle, plus de 23 millions d'actions Hermès sur un total de quelque 105 millions. Quant au franchissement du seuil de 15 % de droits de vote, il "résulte d'une réduction du nombre total de droits de vote de la société Hermès international", selon l'AMF. Et LVMH n'entend pas s'arrêter là. Dans sa déclaration au gendarme de la Bourse, il reconnaît "envisager de poursuivre, le cas échéant, ses achats d'actions Hermès international, en fonction des circonstances et de la situation du marché". Et d'évoquer un investissement "stratégique et de long terme", mais sans intention de "prendre le contrôle de Hermès International ou de déposer une offre publique d'achat", ni de demander un poste au conseil de surveillance. Dans les faits, si LVMH réclamait un tel poste, il se verrait sans nul doute opposer une fin de non-recevoir.
Aujourd'hui, la famille Hermès fait bloc et s'estime à l'abri de toute prise de contrôle hostile grâce à sa holding. Le flottant (actions en circulation en Bourse) se situe désormais autour de 5 %, la famille détenant plus de 72 % des actions de Hermès.
LVMH a indiqué à l'AMF détenir un contrat d'échange de flux financiers sur actions ("equity swaps"), qui porte sur l'équivalent de 205 997 actions Hermès, à échéance de moyen terme. C'est par le biais de ces produits dérivés, complexes instruments financiers, que le numéro un du luxe avait réussi l'an dernier son entrée par surprise dans Hermès, une méthode considérée comme indigne par la famille Hermès.
MOI QUI CONNAIS LA MAISON HERMÈS DEPUIS LONGTEMPS, JE TROUVE INDECENTE LA DÉMARCHE DE LVMH.
AXÉE SUR LE PROFIT PLUTÔT QUE SUR LA TRADITION.

Du toujours plus au bientôt moins

Comment les Français découvrent-ils soudain la réalité de leur état, sinon dans "d'étranges défaites", celles jadis de nos armes et aujourd'hui de nos finances ? Pour un de Gaulle, un Barre, les Français ne voient clair que tombés au fond du puits. Ils ne s'en sortent qu'avec la vérité.

Derrière les crises enchaînées de la dette, de l'euro et de l'Europe gît encore l'essentiel : la révolution d'un monde globalisé qui entre, chez nous, par portes et fenêtres. Un monde où des milliards de pauvres sortent peu à peu de leur mélasse, s'enrichissent et bousculent un ordre ancien où perduraient nos privilèges. Les agences de notation, comptables de l'économie de marché, sont, ce coup-ci, devenues oracles de notre destin. Pourquoi, sinon que son effarante dette publique a jeté la France sous leurs calculettes ?

En vérité, le seul déclassement qui devrait nous convaincre, c'est celui d'un double A : celui des "avantages acquis". Car ils ne sont plus acquis.

Le couple franco-allemand, avec une obstination méritoire, vient d'imprimer à l'Europe un pas réputé décisif en ce qu'il aborde avec son pacte de stabilité budgétaire les rudiments d'une gouvernance économique sans quoi l'euro n'existera plus.

Historique, alors ? Attendons ! On sait que la France fut plusieurs fois incapable d'ajuster ses dépenses à ses jactances. Et constatons que la défection insulaire de Londres aura, pour nous réconforter, bénéficié au concours de quelques pays qui, hors même les 17 de la zone euro, épousent le processus de peur de rater le train d'une nouvelle Europe.

Mais ce train lui-même ira-t-il à bon port ? Il rencontre d'emblée deux gros obstacles. On doute d'abord que les pays du Sud supportent une très sévère cure de désendettement. On craint que, privés de croissance, ils ne tombent de léthargie en catalepsie. Or, la récession menace. Devant elle, l'encadrement prescrit à Bruxelles n'abolira pas les diversités culturelles, et donc politiques, des nations. L'Allemagne, avec une industrie très exportatrice et, depuis 2003, de bonnes réformes accomplies, rallie à ses vues - et tant mieux ! - une approche vertueuse de l'Europe en confection. Mais la France, elle, n'est toujours pas réformée et se complaît encore dans des aménités sociales uniques au monde.

Contre l'accord de Bruxelles, l'opinion française se verra travaillée par la tentation souverainiste qui se déploie sur le Front de gauche et le Front national : elle fera de l'euro un bouc émissaire, porteur de tous les virus de régression sociale. C'est encore miracle de constater qu'avec Sarkozy, Hollande et Bayrou la triplette pro-européenne tient bon. Mais le monde - et les marchés - reste - on le voit - sceptique sur notre capacité politique (et syndicale) à réformer le panier percé de nos dépenses publiques. À passer sans drame du toujours plus au bientôt moins. Dans l'accablement de la crise, jamais, depuis la guerre, nos politiques n'auront affronté un si redoutable défi démocratique.

Le second obstacle tient à l'affaiblissement mental et moral de nos vieilles nations. Le conservatisme nationaliste, le mirage souverainiste y sont autant de rétractions, de replis hors de la planète où nous vivons. Au sein des pays riches, nous peinons encore à considérer la révolution qui travaille le monde depuis que les pauvres ont abandonné, avec le communisme, la condamnation marxiste de l'économie de marché.

À mes yeux, le jour qui, symboliquement, a tout changé est celui où Deng Xiaoping quitta le chat noir de l'anticapitalisme pour rallier le chat blanc de l'économie de marché. "Peu importe sa couleur, disait-il, pourvu qu'il attrape les souris." Depuis, la Chine ne cesse d'en attraper. La quasi-unanimité de ce qui fut le tiers-monde vogue dans ce sillage et devient le "tiers état" du monde nouveau.

S'y détachent les "émergents". Ils ont, dans leur enfance, vu arriver l'eau courante, l'électricité, la télé et la médecine. Ils trouvent la science généreuse et l'avenir prometteur. Ils se voient comme la jeunesse du monde. Ils tiennent nos nations pour autant de vieilles dames indignes, hypothéquant leur patrimoine aux pétromonarchies arabes et à la Chine. Le terrain où ces jeunes malabars nous entraînent, c'est celui de la compétitivité et de l'innovation. Nous n'y sommes pas infirmes, mais engourdis.

"Dans l'optimisme des émergents, il y a la griserie d'un pouvoir ascendant. Dans notre pessimisme, il y a la déprime d'un pouvoir déclinant" (Marc Ullmann) 1. Car les émergents devront, eux aussi, affronter un jour l'aspiration libertaire et la revendication sociale, comme on le devine déjà en Russie et en Chine. Mais nous connaîtrons, nous, un défi plus pathétique : celui de voir périr cette illusion que l'Histoire s'assoupirait avec nous.
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Claude Imbert


1.Lettre, toujours fertile, du Club des vigilants.

«Surmenage mental»

Le régime nord-coréen a un talent inégalable pour faire confiner le sinistre et le loufoque. La mort de son «Cher leader» lui a donné une occasion de se surpasser dans ce registre singulier. La qualification de la cause profonde du décès de Kim Jong-Il n’est pas la moindre des drôleries involontaires des plumes serviles de Pyongyang. «Surmenage mental»: cela pourrait tenir de l’humour décalé pour signer l’acte de décès d’un des chefs d’État les plus authentiquement paranoïaques de la planète.

Les rares témoins qui ont pu approcher le personnage parlent pourtant d’un homme au comportement étrangement normal en dépit d’une cinéphilie monomaniaque qui laissait transparaître une admiration baroque pour… Jean-Paul Belmondo. Ce tyran de carnaval a réussi, pourtant, à asservir son pays au-delà des limites les plus sombres. Les pleurs, grincements de dents et autres manifestations théâtrales qui ont accueilli sa disparition ne sont pas le signe d’un soupçon d’humanité et de sentiment au cœur d’une nation autarcique. Toute cette émotion démonstrative est au contraire la preuve – hélas – de la folie totale d’un système qui a réussi, en circuit fermé, à transformer ses citoyens en robots obéissants. L’effacement du maître qui les manipulait provoque une impression, sincère, de manque… Ce stade ultime de la lobotomisation des esprits a de quoi provoquer l’effroi tant il est mécaniquement organisé dans un état où les intelligences sont capables de maîtriser la technologie nucléaire.

On cherche en vain des raisons d’espérer dans la transition de longue date préparée par le défunt, de la même façon que son père, Kim Il-Sung, l’avait envisagée pour lui. Ces despotes de père en fils réussissent l’exploit de cadenasser l’univers concentrationnaire dont dépend leur pouvoir, et qui survit à leur règne. Toute forme de contestation, toute forme de contre-pouvoir moral ou religieux, toute forme d’autorité autre que la leur a été éradiquée, ruinant par avance toute perspective d’évolution.

L’Amérique et la Chine ne souhaitent d’ailleurs rien de plus que «la stabilité» de cette zone stratégique pour toute la région, et pour le monde. Même la Corée du Sud, qui souffre depuis plus d’un demi-siècle d’une partition bien plus douloureuse que ne fut de l’Allemagne, ne rêve plus vraiment de réunification… Comment adresser messages plus désespérants à un peuple abandonné par l’Histoire ?

L'enjeu nord-coréen

Kim Il-sung, le fondateur. Kim Jong-il, le père de l'État nucléaire. À présent, Kim Jong-un, le général méconnu. La dynastie nord-coréenne, seule dynastie communiste de la planète, prête souvent à sourire. Comme un curieux film muet projeté à distance de milliers de kilomètres. Avec son dictateur et les paillettes du régime. Avec ce peuple qui pleure sa mort à chaudes larmes, à la télévision comme dans la rue. Comme si, anthropologiquement, une zone de dépression affligeait tout un pays.

Le choix même des noms semble sorti d'un mauvais film. Kim Jong-un, qui va succéder au leader défunt, signifie « nuage vertueux » en coréen. La parodie est tentante, évidemment. Irrésistible même. Elle masque pourtant un régime dictatorial sans pitié, qui affame son peuple et dont l'arme nucléaire constitue une menace constante pour la stabilité du Pacifique nord.

Accueillie avec inquiétude à Washington, ravivant les craintes fondées de Séoul et Tokyo, l'annonce, hier, de la mort de Kim Jong-il rappelle à l'attention du monde la persistance du conflit irrésolu entre les deux Corée depuis 1953. Ce fut l'un des grands affrontements de la Guerre froide entre Soviétiques et Américains. C'est l'un des grands enjeux stratégiques entre Chinois et Américains, dans une région du monde, le Pacifique, devenue aujourd'hui centrale.

Depuis qu'ils ont supplanté les Soviétiques dans le soutien au régime coréen, les Chinois n'ont pas fléchi d'un pouce dans leur recherche de statu quo. Ils sont les seuls vrais alliés du régime. La réunification des deux Corée signifierait pour Pékin l'établissement d'une frontière directe avec un pays qui accueille d'importantes bases militaires américaines, où plus de 28 000 soldats sont stationnés. Aussi, les dirigeants chinois continuent-ils de tenir en vie cette étrange dynastie, mêlant héritage léniniste, peur de la bombe et culture traditionnelle.

Manifestement préparée, la transition en cours à Pyongyang a d'autant plus réveillé les craintes de déstabilisation, que le régime a choisi ce jour de deuil pour faire deux essais de missiles à courte portée. Les essais nucléaires de 2006 et de 2009 sont encore dans toutes les mémoires des capitales de la région, notamment au Japon.

La mort de Kim Jong-il intervient alors que Washington et Pyongyang étaient sur le point de relancer leur dialogue portant sur l'apport d'une aide alimentaire américaine en échange d'un gel du programme nucléaire. Alterner le chaud et le froid est le propre de tous les régimes dictatoriaux. On se souvient, au début des années 2000, des tentatives de rapprochement entre les deux Corée et des visites officielles à Pyongyang des responsables sud-coréens et japonais. Avant une nouvelle phase de gel des relations régionales.

Le changement à la tête de cet État-prison sans égal sur la surface du globe, avec toutes les incertitudes qui planent sur la réelle capacité de « nuage vertueux » à prendre les rênes du pouvoir, ouvre néanmoins une fenêtre diplomatique. Si l'état d'alerte était, logiquement, de mise hier en Corée du Sud, les responsables américains et chinois sont surtout prudents. Le maître mot est la stabilité. Autorise-t-elle une évolution ? C'est à Pékin que se joue l'ouverture au monde de cet État-prison. Autant dire une ouverture, si jamais, fatalement contrôlée.

Ne pas se plaindre, mais s'expliquer

La formule est très anglaise, il faut donc la citer en anglais : « Never complain, never explain. » Ne pas se plaindre, ne pas s'expliquer. Je fais ce que je dois, ou ce que je veux, sans avoir de comptes à rendre. Dans le premier cas, je suis conduit par ma morale ; dans le second par mon plaisir ; dans les deux, j'assume mes choix sans avoir à les justifier.

C'est l'expression de toute la superbe aristocratique, la manifestation orgueilleuse de l'autorité. Je suis votre chef ou votre roi, je ne vous dois rien et je ne vous demande rien d'autre que de me suivre sans rien attendre de moi. Évidemment, le principe fonctionne dans un régime autoritaire, moins dans une démocratie.Dans une société régie par la souveraineté du peuple, les élus doivent éviter de se plaindre et accepter de s'expliquer. Ce n'est pas toujours le cas. Il arrive que des responsables politiques, de premier plan ou pas, aux prises avec quelques difficultés judiciaires, s'empressent de se lamenter pour n'avoir pas à se justifier.

On a beaucoup plaint Jacques Chi-rac. Lui-même a indiqué qu'il ne ferait pas appel du jugement. « Je n'ai plus, hélas, les forces nécessaires pour mener, par moi-même, le combat pour la vérité. » Jacques Chirac, ou son entourage, utilise l'état de santé dégradé de l'ancien président de la République pour jeter l'éponge en s'appuyant sur la sympathie - très forte - de l'opinion.

Son grand âge, ses trous de mémoire, les services éminents rendus à la France devaient, pour certains, le dispenser de peine. C'est effectivement une triste fin de vie. L'homme et l'ancien chef de l'État méritaient mieux. Mais s'il avait accepté de s'expliquer plus tôt, de rendre les comptes qu'il devait aux Français, il n'aurait pas aujourd'hui à se plaindre que la justice le poursuive jusqu'au bout.

La démocratie est un combat quotidien contre de vieux réflexes. Nos élus, grands et petits, s'engagent, se battent, brûlent souvent leur vie au bénéfice de leurs mandats. On peut leur en savoir gré, on n'est pas obligés d'être ingrats. Mais on ne voit pas bien en quoi cet investissement personnel leur apporterait une immunité éternelle.

Élus, ils le sont parce qu'ils l'ont voulu. Élus, ils le sont aussi parce que nous l'avons voulu. Alors, quand leurs actions patinent un peu, quand leurs décisions surprennent, quand leur mandat s'achève, ils nous doivent des explications.

Et quand ceux qui font la loi, la votent et la défendent, se permettent de s'asseoir dessus, ils doivent bien quelques éclaircissements aux juges et au peuple. Et les fournir sans se plaindre.

Il arrive que des responsables politiques, de premier plan ou pas, s'empressent de se lamenter pour n'avoir pas à s'expliquer.

lundi 19 décembre 2011

Russie: Poutine fustige la corruption

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a fustigé aujourd'hui la corruption dans les entreprises publiques et le recours par des hauts-fonctionnaires à des structures offshore pour sortir de l'argent du pays.

"Sur 352 dirigeants de compagnies électriques, 162 responsables - c'est-à-dire environ un sur deux, sont affiliés à 385 organisations commerciales", nom désignant des juridictions offshore, a-t-il déclaré dans des propos retransmis par la télévision russe.
"Si nous voulons créer un climat d'investissement normal dans le pays, nous ne pouvons tolérer la pratique des schémas offshore dans le secteur des infrastructures", a-t-il affirmé.

La Russie souffre depuis le début de l'année d'une accélération de la fuite des capitaux: sur les onze premiers mois de l'année, la sortie nette de capitaux privés s'est établie à 74 milliards de dollars, soit plus du double de ce qui avait été observé en 2010.

Protestations contre la corruption généralisée

"Nous devons mettre fin à l'héritage des privatisations sauvages" des années 1990, au cours desquelles des fleurons de l'industrie du pays ont été vendus dans des circonstances troubles à des hommes d'affaires qui ont ensuite placé leur fortune à l'étranger, a-t-il ajouté.

L'homme fort de Russie a appelé à lancer des vérifications dans les grandes entreprises publiques.

Ces déclarations interviennent alors que Vladimir Poutine, qui se présente à l'élection présidentielle de mars 2012, fait face à une vague inédite de contestation après les élections législatives du 4 décembre, remportées par le parti au pouvoir Russie Unie mais entachées de fraudes selon l'opposition et des observateurs étrangers.
Des milliers de personnes sont descendues depuis dans la rue pour protester contre le résultat des élections mais aussi contre la corruption généralisée dans le pays.
IL SE FOUT DU MONDE !

« Go home » sur la pointe des pieds

Ils avaient déjà rangé les drapeaux, hier les derniers « boys » ont plié paquetage. Neuf ans après l'invasion de l'Irak, le départ de l'armée américaine, laquelle avait déployé jusqu'à 170 000 hommes au plus fort de l'insurrection, marque un soulagement. La guerre lancée par George W. Bush, sans la caution de l'ONU, était fondée sur un leurre. Elle s'achève sans gloire, en catimini. Il s'agissait en 2003 de renverser un dictateur, soupçonné de détenir des armes de destruction massive. Elles ne seront jamais trouvées ; les preuves jamais rapportées. D'une guerre de libération, de prévention, on était passé à une guerre d'occupation dirigée contre le terrorisme des talibans. Une croisade idéologique contre « l'axe du Mal » que symbolisait la coalition - imaginaire - unissant Saddam Hussein et Ben Laden. Le premier a été exécuté, le second éliminé. L'engagement s'est soldé par un désastre humain. Il a engendré un coût gigantesque, au point de devenir impopulaire. Impossible à assumer moralement, politiquement, financièrement. Barack Obama ne croyait pas en cette guerre « idiote ». Il a tenu parole. S'il tourne cette page sanglante de l'Histoire, c'est aussi parce qu'il a une élection à préparer et un budget à réaliser par temps de crise. L'opinion n'acceptait plus que l'Amérique, fût-elle une superpuissance, se pose en gendarme du monde. Il était pressé d'en finir. Ce retrait laisse un pays certes souverain mais ô combien fragile, dont la stabilité, entre l'influence néfaste de l'Iran et les déchirements religieux, est loin d'être assurée. La démocratie y a été installée. Pas la sécurité. Pas la prospérité. La vie à Bagdad y est plus dure, le tyran en moins.

Comptes de campagne de Sarkozy : l'erreur de calcul du PS

Les socialistes vont relancer cet après-midi à l'Assemblée la polémique sur les frais de campagne de Nicolas Sarkozy, qu'ils accusent de profiter du statut présidentiel pour faire campagne sur les fonds publics. Votre parti pris : en se focalisant sur les comptes du président-candidat, le PS fait une erreur de calcul. Expliquez-nous pourquoi.
D'abord, parce que c'est un calcul impossible : comment distinguer ce qui relève de l'exercice présidentiel de ce qui appartient au registre du candidat ? Dans l'absolu, on peut en effet déplorer que le chef de l'État profite de ses déplacements officiels pour faire campagne - il en a d'ailleurs nettement augmenté le rythme -, mais le problème est insoluble : il suffit qu'il se félicite de son bilan ou qu'il rappelle telle ou telle réforme et on dira que c'est le candidat qui parle. Même chose quand il remet des décorations à l'Élysée et que les petits fours sont payés avec de l'argent public. Quand il va à Marseille au chevet d'un policier blessé, c'est le président qui représente l'État et c'est aussi le candidat qui veut montrer son attachement à la sécurité. On ne peut pas diviser ce qui est indivisible.
Peut-être que ce serait plus simple si Nicolas Sarkozy se déclarait candidat. On lèverait au moins une ambiguïté...
Tout le monde sait qu'il est candidat. Et s'il se déclarait, ça ne réglerait pas le problème, puisqu'il serait toujours président ! L'ambiguïté existe dès lors que le chef de l'État se représente. Elle a d'ailleurs été reprochée à tous les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy - y compris De Gaulle. Quand Nicolas Sarkozy prononce deux discours sur la crise à Toulon, à trois ans d'intervalle, il est net que le deuxième a eu un ton plus politique, plus polémique que le premier. Ce sont quand même deux discours de président. Donc, toute l'organisation a été payée avec des fonds publics. Sur le principe, ce n'est pas différent des grands buffets offerts par tous les maires de France à l'approche des municipales. Est-ce qu'on veut réglementer ça aussi ? Il vaut mieux avoir des candidats obsédés par l'éthique que par l'arithmétique.
Ce qui agace les socialistes, c'est que le gouvernement veut aussi réduire de 5 % le remboursement des frais de campagne qui seront remboursés aux candidats. Ils ont tort ?
Disons que cette mesure a tout l'air d'un gadget pour flatter le poujadisme ambiant. Pour être vraiment significative, l'économie aurait dû aller jusqu'à 10 % ou 15 % : ça obligerait les candidats à diminuer sensiblement leurs dépenses. Il n'empêche que l'effort représente plusieurs millions d'euros et qu'en temps de crise le symbole n'est pas complètement inutile ; donc, le PS n'a pas grand-chose à gagner à le contester. Mais peut-être qu'à défaut de limiter ses apparitions, Nicolas Sarkozy pourrait aussi montrer l'exemple : en n'utilisant pas systématiquement l'Airbus présidentiel pour ses déplacements en province. Le TGV, c'est moins cher... et plus écologique.
Au total, vous trouvez que les socialistes cherchent une mauvaise querelle à Nicolas Sarkozy ?
En tout cas, c'est une polémique un peu mesquine. Bien sûr qu'être candidat en étant en fonction, ça offre des avantages : disposer, dans une certaine mesure, des moyens de l'État en est un. Représenter la France dans les réunions internationales en est un autre. Mais quand on est président et candidat, il y a une autre différence avec ses rivaux : on ne part pas seulement en campagne avec un projet, mais aussi avec un bilan. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, c'est plus probablement un handicap.

Grèce. Même les pères Noël mendient

A la veille de Noël, les Grecs n'ont pas le cœur à la fête. L'austérité imposée depuis plusieurs mois par l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, fait subir au pays une dépression collective.
Reportage cette semaine à Thessalonique, sur cette Grèce qui souffre et s'enfonce dans la pauvreté.
Le Père Noël s'appelle Christos. Il a 27 ans, porte un habit rouge de mauvaise feutrine avec une pauvre barbe d'ouate blanche. « J'essaye juste de survivre », dit-il en distribuant la carte de visite de la taverne Katériniotis, tandis que sa copine fait goûter gratuitement les boulettes de viande maison. Aubaine dont profite immédiatement un homme au visage cabossé par la rue…
Christos ? Dans le civil, il a un diplôme de marketing. Et à quelques jours du 25 décembre, il est le seul Père Noël visible, avenue Polytechnique, en plein centre ville. Un extra à « 30 € pour 12 heures de travail », précise-t-il, nerveux, parce que la patronne le regarde causer au lieu de héler le passant. La crise ? « Je ne sais pas où ça va s'arrêter, jusqu'où on va tomber. Je suis terrifié comme chacun », écourte-t-il alors la conversation, rhabillant son visage d'un grand sourire pour jeter son réglementaire Joyeux Noël : « Kala Xristùgena ! » Mais le cœur n'y est pas… L'oreille le sait.

"On fera la fête à Pâques"

Car à Thessalonique, la crise s'entend avant de se voir. Dans la capitale de la Macédoine, la rue s'est mise en sourdine. L'ébullition perpétuelle ? L'éternelle stridence des klaxons qui vous rappelaient qu'au nord du pays et face au Mont Olympe, cette métropole de 1,5 million d'habitants, deuxième ville de Grèce était aussi la porte de l'Orient, le port stratégique des Balkans ? Au ralenti. L'essence chère et l'argent rare ont calmé les ardeurs du trafic.
« Maintenant les gens prennent de plus en plus le bus ou marchent, les jeunes découvrent le vélo », explique Stavros. Quant à Noël, cette année, les cadeaux seront remis aux calendes grecques : « On fêtera Noël à Pâques », résume ce professeur d'université, marié et père de trois enfants. Il gagnait 2 500 € il y a deux ans contre 1 496 € désormais. Ses impôts ont explosé. Il a perdu 50 % de ses revenus. Comme tous ses compatriotes, il ne sait donc pas « de quoi demain sera fait ».
Ce demain qui peut soudain prendre le visage d'un cycliste à l'allure de cadre sportif plantant brutalement son VTT devant vous pour vous demander « 50 cents, s'il vous plaît ». À moins qu'il n'ait la tête de ce petit retraité fouillant les poubelles ou de ces dames tentant de garder leur dignité sur l'escalier de la soupe populaire. Car à Thessalonique, si la jeunesse dorée se prélasse encore aux terrasses du front de mer, deux rues derrière, les vitrines de magasins fermés disent « à vendre, à louer »… Une guirlande de rideaux tirés décore la ville tandis que Noël joue partout profil bas.

Adorateurs de la saignée

à l'heure où les comptes de millions de Grecs clignotent en rouge, les illuminations évitent en effet l'ostentatoire tandis que les bardages métalliques des affaires en faillite appellent à la révolte. « Ne fais plus carrière, fais un sabotage », « Université = parking à chômeurs », bombés en lettres écarlates… Ici, plus personne ne croit au Père Noël comme l'attelage franco-allemand, la Banque Centrale Européenne et le FMI ont livré le pays en cadeau aux marchés. Exsangue, la Grèce malade se rend compte qu'elle n'a pour médecins que des adorateurs de la saignée. Et chaque jour réserve sa nouvelle ponction.

« Les gens achètent à manger »

Aujourd'hui ? Quotidien régional, « Le Messager » annonce que « La Troïka veut des salaires à 450 € ». Pour sauver ce qui peut encore l'être avant les fêtes, les magasins font des promotions entre - 20 et - 70 %. Cela ne suffit pas. « Je n'ai jamais vu ça » confirme Théophile, vendeur de déco. « Les gens ne regardent même pas. Ils savent que c'est du superflu, ils achètent en fonction des priorités : d'abord à manger, puis de quoi s'habiller ». Sur les trottoirs encombrés, les sacs sont rares au bout des bras. Institution pâtissière de Thessalonique, Athanase Agapitos, 80 ans, n'en revient pas non plus. « Nous sommes à -50 %. Les gens n'achètent rien, ou juste ce qu'il faut. C'est-à-dire d'abord le pain. » Une clause de style ? Non. Deux cents mètres plus loin, Dimis Cohen tient une petite boulangerie. « Depuis quelques mois, je fais +20 % de chiffre d'affaires. Mes clients achètent plus de pain, ça remplit le ventre », reconnaît-il. Le seul à voir plus de monde ? Le « Paradis », brocante de 400 m2 de jouets, de bouquins, de bibelots. « On me snobe moins. Les gens veulent des trucs pas chers et j'ai doublé ma clientèle. Mais chacun n'achète que pour 3 ou 5 €», explique le patron.
Tiens ? Un couple de Père Noël installé à un feu rouge ? Lui marche avec des béquilles, elle lui rajuste la barbe tendrement… Ils sont roumains, mariés, un enfant. Pour la première fois, ils tentent de mendier déguisés, « mais on ne sait pas ce que ça va donner ». Un camionneur passe et lance goguenard : « C'est au Père Noël de faire des cadeaux, pas d'en recevoir ! » Kala Xristùgena… Il fait beau. Mais la misère n'est jamais moins dure, au soleil.

La fiscalité galopante des villes les plus dépensières

Entre les tramways, les nouveaux stades de foot et les gaspillages en tout genre, nos élus locaux continuent de flamber et de s’endetter comme jamais. Autant dire que nos impôts locaux n’ont pas fini d’augmenter.

La municipalité d’Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, aurait-elle pris la Grèce pour modèle ? On s’interroge, surtout depuis que sa dette a été dégradée par Fitch Ratings, l’agence de notation des collectivités locales, ce qui constitue une première pour une ville française. Rien, dans la gestion de la commune, n’a trouvé grâce aux yeux des analystes. Et le montant de ses emprunts toxiques leur a carrément donné des sueurs froides : indexés sur des valeurs hautement spéculatives, ces 50 millions d’euros de prêts (40% de l’encours total) risquent en effet de laisser une lourde ardoise aux Aubagnais, dont les impôts locaux ont déjà augmenté de 62% en dix ans.
Mais les élus communistes de la cité aux santons, qui pilotent aussi la communauté d’agglomération, ne sont pas prêts à renoncer aux délices de l’endettement. Ils sont sur le point d’emprunter de nouveau pour s’équiper d’un tramway, alors même que les lignes d’autobus, pourtant gratuites, sont loin d’être saturées. L’engin, surdimensionné pour une aire urbaine de 102 000 habitants, coûtera au bas mot 200 millions d’euros, soit environ 1 000 euros supplémentaires d’impôt par foyer fiscal. Encore un effort, camarades, vous pourrez faire appel au FMI…
Au train où vont les choses, les impôts locaux n’ont pas fini de flamber. Certes, en octobre dernier, les Français ont pu avoir l’impression d’une pause en recevant leur avis. Selon les calculs exclusifs de Capital, les ménages ne bénéficiant pas d’exonération ont vu leurs taxes d’habitation et foncière augmenter de 2,7% en un an. Mais il s’agit d’un simple répit. Depuis 2001, leur note a grimpé en moyenne de 42%, avec des pointes à 65,9% à Aubervilliers, 62,8% à Clermont-Ferrand ou 60,3% à Reims, alors même que l’inflation ne dépassait pas 19%. Et il n’y a aucune raison que cela se calme, car les édiles continuent de recruter du personnel à tour de bras et d’investir à fonds perdus dans des équipements pas toujours judicieux.
Voir aussi notre tableau :L’explosion des impôts locaux en France, ville par ville
La passion pour les palais pharaoniques, par exemple, a bien résisté à la crise financière. Après les hôtels de région et du département, voilà les hôtels d’agglomération. Les Perpignanais mettront par exemple vingt-cinq ans pour éponger les 25 millions d’euros que leur a coûté leur supermairie. Ceux d’Evry (Essonne) ne sont pas mieux lotis : leur intercommunalité, qui accumule 130 millions d’euros de dettes, n’a pas hésité à emprunter 16 millions supplémentaires pour s’offrir une audacieuse structure de verre, qui, à peine inaugurée cet été, s’est avérée trop exiguë…

Autre gouffre sans fond, les tramways. Ce ne sont pas les Parisiens, dont les impôts ont bondi de 53,5% en dix ans, qui diront le contraire : la construction de la deuxième tranche de leur T3 va coûter 61 millions d’euros le kilomètre, deux fois plus que la moyenne des autres villes, et celle de la troisième 74,5 millions. Encore plus absurde, le tram de Caen inauguré en 2002 va, pour sa part, être envoyé à la casse. Cet engin farfelu, doté de pneus et de moteurs Diesel, est chroniquement en panne. Aux 214 millions d’euros investis en pure perte pour le construire, Caen devra sûrement en ajouter 150 autres pour acquérir un nouveau matériel.
La gabegie vaut aussi pour les stades. A Nancy, par exemple, la communauté urbaine s’était lancée dans la construction d’une arène de 32 000 places, alors que son équipe de foot, qui se battait vaillamment pour décrocher la lanterne rouge de la Ligue 1, attirait en moyenne 14.000 spectateurs par match. Coût de ce bijou : 63 millions d’euros. Officiellement, l’Etat devait en apporter 8, tandis que l’agglomération empruntait 25 millions et le club local une trentaine. Mais si l’AS Nancy-Lorraine, qui est exsangue, se révélait incapable de rembourser, ce qui était tout à fait possible, la note (336 euros par foyer) aurait été transmise aux contribuables. Face à la bronca d’opposants locaux, André Rossinot, le maire de Nancy, a été contraint d’abandonner le projet. Les Marseillais, eux, paieront 322 euros pour leur stade, les Lillois 476 euros et les Niçois 634.
Passe encore si ces dépenses étaient financées avec des fonds propres. Mais, la plupart du temps, elles sont couvertes par des emprunts, souvent logés dans des structures parallèles afin de les dissimuler au grand public. Pour établir la véritable addition de chaque commune, nous avons donc dû mener une enquête de bénédictin dans les budgets annexes, les comptes des communautés urbaines ou des syndicats des eaux. Le résultat en valait la peine. Au total, selon la Cour des comptes, la dette globale des collectivités locales s’élevait en 2010 à 163 milliards d’euros, soit 8,3% du PIB.
Le plus consternant, c’est que près d’un tiers de ces prêts (50 milliards d’euros) est indexé sur des valeurs spéculatives. Ils ont été souscrits par des élus imprudents, et pas des moin¬dres. Gérard Larcher, l’ex-président du Sénat, en a pris lui-même pour 15 millions d’euros à Rambouillet, et François Hollande pour 6,7 millions dans sa ville de Tulle, en Corrèze. Selon Emmanuel Fruchard, un pro des salles de marché, le surcoût de ces emprunts toxiques pourrait atteindre 10 milliards d’euros. C’est exactement le montant de la taxe d’habitation perçu l’an dernier par les villes.

Comment Hollande va piéger Merkel

Ironique, partiale et souvent injuste, cette chronique du directeur délégué de la rédaction du Point est à consommer avec modération...

On le sait drôle. On le soupçonne d'être mou. Mais plus personne ne pourra désormais douter que François Hollande est redoutablement malin. L'accord entre le PS et les Verts le démontre spectaculairement. La droite l'attaque certes avec virulence : il ne serait qu'un piètre marchandage électoral dont le nucléaire français - donc l'intérêt national - ferait les frais. C'est une manière de voir. Mais il y en a une autre selon laquelle cet accord serait un modèle typiquement hollandien.

Que comprend-on en effet au texte signé ? Absolument rien. Sinon que les socialistes et les Verts sont pleinement d'accord pour dire qu'ils ne le sont pas. Ou, plus précisément, qu'ils ont un désaccord fondamental qui n'empêche en rien un accord dit global sur tout le reste. C'est très, très fort.

Personne n'a vu dans ce jeu de bonneteau pour aveugles un exercice réel de préparation à l'exercice du pouvoir. C'est là qu'intervient Angela Merkel. François Hollande, en effet, ne cesse de promouvoir pour sauver l'euro des idées (création d'euro-obligations, rôle accru de la Banque centrale européenne) qui ont tous les mérites de la terre, sauf celui d'être acceptées par les Allemands. C'est comme ça : ils sont butés, ne veulent rien entendre.
Bazar

On se demandait donc comment Hollande réussirait à tordre le bras d'Angela Merkel là où Sarkozy, qui n'est pas manchot, a échoué. Maintenant, on le sait. Envoyer à Merkel la même délégation socialo-verte qui s'est illustrée ces jours-ci et recommencer, mais avec elle cette fois, le même type de négociations. On discute des heures et des nuits, on n'est d'accord sur rien mais on signe quand même, puis on biffe nuitamment un fâcheux paragraphe, avant de le rétablir quand la partie adverse s'en aperçoit.

C'est à cela que le PS et les Verts se sont entraînés dans la perspective de leur arrivée au pouvoir. Donner le tournis à une délégation allemande qui ne peut humainement pas sortir indemne de pareil bazar. Une sorte de supplice où l'on ne sait plus ce que l'on pense ni ce que l'on signe. Autant dire que l'euro est sauvé et l'Allemagne ramenée à notre raison. Celle qui rend fou.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il est mort

Le fils du président de la Corée du Nord âgé de 69 ans, Kim Jong-Un, a été désigné pour prendre sa succession, ont annoncé les médias officiels du régime communiste.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il,dont la santé était réputée chancelante depuis des années, est mort samedi au cours d'un voyage en train à l'âge de 69 ans, a annoncé lundi la télévision d'Etat nord-coréenne. Une présentatrice vêtue de noir et en pleurs a déclaré que Kim, qui se faisait appeler «le cher dirigeant», était mort de surmenage physique et mental alors qu'il effectuait un déplacement pour aller délivrer des «conseils de terrain».
Kim, dont la mobilité était réduite depuis un accident cérébral en 2008, est décédé d'un «infarctus du myocarde sévère et d'une crise cardiaque» dans son train au cours d'un de ses traditionnels déplacements sur le terrain, a-t-elle ajouté, soulignant qu'une autopsie avait été réalisée dimanche.
Son fils, Kim Jong-Un, né en 1983 ou 1984, a été désigné pour prendre sa succession à la tête de l'unique dynastie communiste de l'Histoire, toujours selon l'agence officielle de Corée du Nord, qui a appelé les Nord-Coréens à le reconnaître désormais comme leur leader.
Funérailles fixées au 28 décembre
«Tous les membres du Parti (des travailleurs, ndlr), les militaires et le public devraient suivre fidèlement l'autorité du camarade Kim Jong-Un et protéger et renforcer le front uni du parti, de l'armée et du public», a annoncé l'Agence centrale de presse coréenne (KCNA), agence officielle nord-coréenne. Ses funérailles ont été fixées au 28 décembre à Pyongyang. Les autorités de l'Etat stalinien ont décrété un deuil du 17 au 29 décembre.
A Séoul, le gouvernement sud-coréen était placé en état d'alerte à l'annonce de la mort de Kim, les deux pays restant techniquement en état de conflit armée depuis l'armistice précaire signé à l'issue de la guerre de Corée (1950-53). Le Conseil de sécurité national sud-coréen devait se réunir en urgence lundi.
BON DÉBARRAS.

Qu'est-ce qu'un vrai bistrot?

Qu’est-ce qu’un bistrot? Qu’est-ce qui distingue un bistrot d’une brasserie et d’un restaurant? À quoi reconnaît-on un vrai bistrot d’un faux? Pas facile de répondre. Mais voici l’avis d’un expert : François Simon, le masqué chroniqueur gastronomique du Figaro and Co. Superbes photos à l’appui de sa démonstration, il passe en revue les dix "règles d’or" (locution décidément à la mode) ou les dix composantes qui font que l’on peut ranger sous le nom de bistrot le resto du coin.


D’abord le patron dont la gouaille, ou la bonhomie, ajoute au tropisme du lieu si la cuisine est bonne. On vient aussi pour lui, surtout s’il trône en majesté et en familiarité au bar, lequel "fait partie des confessionnaux des temps modernes". Le chef du bistrot est un "saint homme" pris entre la tyrannie du patron et l’impatience de la clientèle. Il n’est pas là pour inventer, s’éclater, ajouter des fruits tropicaux ou des herbes du Mékong aux recettes françaises traditionnelles. Il est aux fourneaux pour réaliser avec justesse des plats canailles, de l’œuf mayo et des harengs pommes à l’huile à la sole meunière, au lapin à la moutarde et au bœuf bourguignon. Après quoi, fromages, un vrai plateau, puis desserts : paris-brest, tarte Tatin, île flottante, etc.

L’ardoise est nécessaire parce que la cuisine, qui dépend des produits du marché, change tous les jours. On n’achète pas à n’importe quel prix comme dans les adresses étoilées. C’est une cuisine du moment, opportuniste, tout en restant classique. On l’accompagne de vins - eux aussi bénéficient souvent de l’ardoise au mur - qui ne sont pas des châteaux armoriés mais des appellations gouleyantes de comptoir, des vins de copains, des crus modestes, choisis avec amour dans l’extraordinaire diversité de nos terroirs. Les serveurs ont de la tchatche et de l’esprit (François Simon ne dit pas comment il les préfère habillés : tablier noir? tablier blanc? gilet?). Ils participent à l’atmosphère du lieu, comme les larges serviettes, les assiettes blanches, les célèbres chaises bistrot et tout le décor. Les clients apportent leur bonne humeur et leur appétit. Ils parlent haut et fort, ils rient volontiers, ils sont gourmands, ils sont heureux, de sorte qu’il serait stupide d’ajouter de la musique au brouhaha. Enfin, un bistrot se reconnaît à ses odeurs. "Lorsqu’on y entre, c’est comme soulever le couvercle d’une cocotte."

C’est à travers le Bistrot Paul Bert (où je ne suis jamais allé), de son ami Bertrand Auboyneau - qui signe aussi l’album -, que François Simon, avec son habituel style vif et imagé, a dressé l’inventaire du bistrot. D’autres fameuses adresses, avec leurs patrons hauts en couleur, complètent la démonstration : L’Ami Jean, Le Baratin, Le Comptoir, Philou, Le Verre volé, Le Villaret, etc. À quoi il faut ajouter de nombreuses recettes qui font de ce livre un régal de papier. S’il y a des familles culturelles et littéraires (comme le montrait Marie-Laure Delorme dans le dernier JDD avec le portrait croisé des Tesson père et fils), il existe aussi, plus nombreuses, des "familles de bouche".

On s’y transmet de génération en génération un savoir-faire en cuisine, au laboratoire, en boutique. Ainsi les Bras, les Marcon, les Haeberlin, tous cuisiniers de père en fils et tous trois fois étoilés au Michelin. Ainsi la mère et les filles Sibilia, charcutières à Lyon, les familles chocolatières Hirsinger, à Arbois, et Bernachon, encore à Lyon, etc. Tous sont dans l’excellence. Et tous maintiennent, en les ajustant, en les rénovant, des recettes qui perpétuent un héritage d’autant plus fragile qu’il est glorieux. Pour dessert de cette chronique un petit livre : Le Chocolat. À croquer. Délicieusement documenté. Le chocolat dans la littérature, dans les dictionnaires, dans l’histoire, dans les expressions, dans la médecine, etc.

Bistrot, Bertrand Auboyneau et François Simon, photographies de Christian Sarramon, Flammarion, 220 p., 29,90 euros.


Le Goût transmis, Catherine Ruedin et Vincent Tasso, Rouergue, 224 p., 32 euros.


Le Chocolat, Nicole Cholewka avec la collaboration de Jean Pruvost, Honoré Champion, 141 p., 9 euros.

A bas le Smic

Comment vivre avec 1.093 euros net par mois? Le smic sera revalorisé de seulement 0,3% le 1er janvier, soit 2,4% sur un an. C’est le minimum. L’inflation, et rien de plus! Zéro "coup de pouce". Pas terrible, surtout quand on s’est fait élire sur le thème du pouvoir d’achat!a

Et pourtant, pour un gouvernement, il n’y a rien de plus facile que d’augmenter le smic. Et pour cause, ce n’est pas l’État qui paie, ce sont les entreprises. Confortablement assis dans son fauteuil, le Premier ministre pourrait, d’un trait de plume, décréter une hausse – très populaire – de 10% du smic… Et dire ensuite aux petits patrons : "Maintenant, débrouillez-vous pour augmenter vos smicards, sans oublier de régler les charges qui vont avec"! Facile, mais un peu lâche.

En poussant un peu le bouchon : imaginons un gouvernement très, très "généreux" qui porterait le smic à… 2.000 euros! Bingo! Sauf que les supermarchés se dépêcheraient de supprimer les emplois de caissière et de généraliser les caisses automatiques. Idem sur les autoroutes. Fini les petits boulots. Partout la machine remplacerait l’homme. Plus déprimant : aujourd’hui, un salarié sur dix est au smic. C’est beaucoup. Et plus on augmente le salaire minimal, plus on "smicardise" la société qui se fait rattraper par ce plancher légal. Pas très gratifiant d’être "tout en bas de l’échelle". Quand un petit jeune arrive, il est payé comme vous. Une façon de vous dire, en pleine face : "Vous n’avez aucune compétence!" C’est le nivellement absolu par le bas.

Le smic est – et doit rester – une voiture-balai. Et une voiture-balai doit rester derrière le peloton. C’est au patron d’augmenter les salaires, pas au Premier ministre! On n’est pas en URSS! Citons plutôt le modèle allemand (décidément très à la mode en ce moment) : en Allemagne, il n’y a pas de smic. Mais il y a des patrons qui savent partager les fruits de la croissance avec leurs salariés.

Russie : la fin du contrat poutinien

De la place Tahrir à la place Rouge, la route paraît bien longue, voire improbable. Les comparaisons lapidaires affluent entre les révolutions arabes et le "printemps slave" qu'aurait lancé la mobilisation de dizaines de milliers de Russes contre les fraudes commises lors des élections législatives du dimanche 4 décembre. La prudence s'impose. Mais il est clair que ce réveil civique inattendu est un poison lent pour le pouvoir.
Les suites du mouvement ont beau être imprévisibles, rien ne sera plus comme avant. Dans une improvisation qui en dit long sur sa panique, le régime prétend répondre aux aspirations libérales d'une partie de la population en téléguidant la candidature du milliardaire Mikhaïl Prokhorov à l'élection présidentielle de mars 2012. Cela n'écarte pas la menace d'une "pékinisation" de Moscou pour policer Internet, même si Vladimir Poutine a rejeté cette idée, jeudi à la télévision.

Internet est le premier lieu de débats en Russie. Les regards se tournent vers le blogueur Alexeï Navalny. Il achèvera ses quinze jours de détention à temps pour prendre la tête de la manifestation du 24 décembre. Il pourrait être consacré leader de la rue. Fort de son charisme, ce pourfendeur du pouvoir et de la corruption se muera-il un jour en alternative ?
Une leçon majeure peut déjà être tirée : on assiste à la fin du contrat poutinien. Sur le Net russe, on en résume les termes ainsi : saucisses contre démocratie. Depuis 2000, les Russes ont été invités à voyager, à s'enrichir, à se distraire, à plonger tête baissée dans le consumérisme. Vous voulez partir ? Partez. Vous voulez rester ? Respectez alors les règles du jeu. La politique, la vraie, se joue en petit comité intouchable. Un comité qui ne rend pas de comptes, si ce n'est lors de messes cathodiques scénarisées.
Dans ce système - "l'Etat de droit du plus fort" -, les élections sont une validation symbolique ; les élus de la majorité se plient aux ordres ; l'opposition tolérée est composée de partenaires du pouvoir. La justice, elle, est instrumentalisée. Quant aux médias, à part de rares poches de résistance, ils ne sont qu'une courroie de transmission. Les mots sont vidés de leur substance et le cynisme règne. Voilà pourquoi, pendant une décennie, par réflexe de survie et par lassitude, en souvenir aussi des années 1990 tourmentées, une majorité de Russes s'est repliée sur la vie quotidienne, sur le cercle familial.
On dit souvent que les Russes forment un peuple apathique. En réalité, les ratures sur ce contrat étaient apparues avant le 4 décembre. Mais la taille du pays, la puissance de la propagande et un désintérêt pour la Russie en Occident n'ont pas permis d'en mesurer l'ampleur. Et puis, ce contrat, les dirigeants européens et américains l'ont aussi paraphé, dans l'espoir que la Russie devienne un partenaire fiable.
Or la société civile s'est réanimée depuis plusieurs années. Des mouvements de citoyens ordinaires, hors des organisations non gouvernementales (ONG) ou des partis, ont émergé et menacé le pouvoir, qui assimile toute contestation à une désertion. Il y eut les automobilistes, en Extrême-Orient, protestant contre de nouvelles taxes sur les voitures importées. Il y eut les défenseurs de la forêt de Khimki, près de Moscou, que devait défigurer un projet d'autoroute. Il y eut, aussi, ces accès de fièvre sur la Toile, lorsque l'impunité d'un fonctionnaire ou d'un élu était documentée.
Les foules qui ont manifesté le 10 décembre à Moscou et à Saint-Pétersbourg, mais aussi à Novossibirsk ou à Arkhangelsk, si loin du pouvoir central, ne voulaient pas la révolution, mais le respect de leurs droits. Mus par la colère et l'humiliation, les manifestants se sont reconnus, comptés et encouragés sur Internet, avant de sortir au grand jour. Pour la plupart, c'était leur toute première fois. Leurs moqueries vis-à-vis du régime rappellent irrésistiblement celles qui ont accompagné, il y a vingt ans, la fin de l'URSS.
Les fraudes en Russie sont une pratique ancienne. Pour être réélu en 1996 face au communiste Guennadi Ziouganov, Boris Eltsine y avait eu recours, alors que les médias organisaient sa promotion effrénée. Mais, cette fois, l'ampleur des malversations, en contraste avec l'impopularité du parti Russie unie, a enflammé les réseaux sociaux. Fin septembre, l'annonce d'un échange de postes au printemps 2012 entre le premier ministre, Vladimir Poutine, et le président, Dmitri Medvedev, avait tué l'hypothèse d'une libéralisation douce du système.
L'idée d'un scénario politique dicté d'en haut a exaspéré la Russie urbaine, jeune, ouverte sur le monde. Ce n'est pas toute la Russie. Il y a aussi l'autre, celle des retraités craintifs et disciplinés ; celle des fonctionnaires profitant de la corruption sans précédent ; celle des centaines de milliers d'agents de l'appareil répressif ; celle de Rosneft et Gazprom, les conglomérats pétrolier et gazier. Bref, la Russie qui s'accommode fort bien de la fameuse stabilité (lire : stagnation), vantée par Vladimir Poutine.
Mais l'autre Russie, celle qui gronde, a placé le pouvoir dos au mur. On souligne souvent, en Occident, les tendances autoritaires du régime russe. Elles sont réelles, mais elles ne disent pas tout. Ce pouvoir est aussi faible, essoufflé, incapable de former une administration moderne, de penser une décentralisation efficace. Un système reposant sur la force plutôt que sur le droit, sur des rapports féodaux plutôt que sur des institutions, porte les germes de sa perdition. Mais à quelle échéance ?

Russie : Medvedev estime qu'une refonte du système politique est nécessaire

Les conséquences des importantes manifestations qui ont eu lieu en Russie se font encore sentir. Alors que l'actuel premier ministre et futur candidat à l'élection présidentielle Vladimir Poutine avait laissé entendre que des réformes électorales étaient possibles, l'actuel président et potentiel futur premier ministre Dmitri Medvedev a confirmé qu'une refonte du système politique était nécessaire.

Devant des membres du parti Russie unie, M. Medvedev a annoncé qu'une "nouvelle étape dans le développement du système politique a commencé et nous ne pouvons fermer les yeux", selon une retranscription mise en ligne sur le site du Kremlin. Le président russe n'a cependant pas précisé quelles réformes il pensait mettre en oeuvre, ni quand.
"QU'EST LA RUSSIE SANS GOUVERNEMENT ? CE SERAIT 1917"
M. Medvedev est revenu sur les manifestations sans précédent qui ont eu lieu après les élections législatives, mais a estimé qu'elles n'étaient qu'une étape d'un processus et pas son origine. "Cela n'a pas débuté par des manifestations, a-t-il maintenu. C'est juste sous la surface, comme de l'écume en quelque sorte. C'est le signe du mécontentement des gens. Cela a commencé car l'ancien modèle qui a servi notre pays fidèlement, honnêtement et justement ces dernières années -et nous l'avons tous défendu- a largement été épuisé".
"La rue, c'est l'humeur du peuple, a-t-il ensuite poursuivi. Les autorités doivent dire de façon responsable et directe que c'est également leur humeur. L'humeur du peuple doit être respectée. Il est absolument inacceptable que les autorités soient délégitimisées car pour notre pays cela signifie l'effondrement de l'Etat. Qu'est la Russie sans gouvernement ? Chacun a en mémoire les livres d'Histoire. Ce serait 1917."
Dmitri Medvedev, qui a promis une enquête sur les allégations de fraudes après la victoire contestée de son parti aux législatives, a toujours rejeté ces accusations. Au président américain Barack Obama, qu'il a eu au téléphone vendredi, il a laissé entendre, selon l'agence Interfax, que les critiques internationales étaient tout simplement inutiles. "J'ai bien sûr dû lui dire une chose : vous pouvez considérer nos élections comme vous le voulez, c'est votre affaire. Pour parler franchement, nous n'y accordons aucune importance"