TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 21 mai 2011

Délire et déni

Les réactions à chaud d’un certain nombre de dirigeants socialistes à propos de DSK et du peuple de gauche au travers d’un sondage sont révélatrices d’une certaine maladie française, qui a tendance à s’aggraver au fil des ans, la maladie du délire et du déni.
Le délire des théories « conspirationnistes » relayé par la Toile a atteint des sommets sans précédent, puisque 57 % des personnes interrogées et 70 % des sympathisants de gauche penseraient que DSK est victime d’un complot. Qui serait le commanditaire de ce complot ? Le cabinet noir de Nicolas Sarkozy, bien sûr, en numéro un, les grandes banques américaines, la CIA et, comme le délire ne connaît ni limites ni frontières, on parle maintenant de Poutine et des services russes.

Réprimons nos envies de rire car ce n’est pas drôle, mais grave, quand le déni s’ajoute aux fantasmes. Pour le sociologue Denis Muzet, les Français ont eu recours au déni « pour réduire la distance entre l’empathie pour DSK et cet événement », pour son collègue Gérald Bronner, « les Français n’avaient pas envie que ce soit vrai ». Extraordinaire logique de raisonnement : je n’en veux pas, donc ça n’existe pas !

La victime présumée non plus n’existe pas et bravo à mon confrère Laurent Joffrin du Nouvel Observateur d’avoir oser remettre en place sévèrement l’icône de gauche Robert Badinter à ce sujet. Dans les démocraties et les Etats de droit comme la France et les Etats-Unis, la vérité des faits doit l’emporter sur toute considération personnelle amicale ou partisane, toute approche « complotiste » a des relents de stalinisme.

Le Loft à Manhattan

Aux États-Unis comme en France, la prison est un univers fondamentalement inhumain qui inflige à ses pensionnaires une peine bien plus lourde que la privation de liberté. On ne peut donc éprouver qu’un sentiment presque instinctif de soulagement pour ceux qui peuvent y échapper. La remise en liberté de Dominique Strauss-Kahn entre dans cette catégorie. Non parce que l’homme était respectable et puissant mais parce qu’il clame son innocence et que, malgré des faits accablants, un certain nombre de zones d’ombre empêchent, en l’état actuel du dossier, de lever totalement le doute sur sa culpabilité.

Légitime remise en liberté donc, qui lui permettra de se défendre dans de bonnes conditions. Certains décryptent, à tort, un privilège indu dans cet apparent «confort» juridique arraché par les avocats de l’ex-directeur du FMI au juge du tribunal de South Manhattan quand il n’est le plus souvent que la règle générale. On s’interroge déjà sur la logique d’une justice américaine qui, derrière des apparences brutales, serait finalement bien laxiste et surtout d’une indulgence sélective. Mais le système français, loué par comparaison ces derniers jours, serait-il plus enviable avec ses détentions provisoires trop souvent systématiques, interminables, voire abusives, qui broient des vies, elles aussi, avec, en supplément, la bonne conscience de notre État de droit ?

Il n’y a sans doute pas de bonne formule. D’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, la justice des hommes cherche son chemin dans un entrelacs de contradictions. Ainsi celle de l’Amérique, grande démocratie, veut à la fois garantir l’égalité des faibles et des puissants devant le droit. Elle protège les premiers, et elle le fait de façon spectaculaire, tout en privilégiant objectivement les seconds puisque l’argent peut acheter la liberté, et les énormes arrangements arrêter la marche d’un procès. Aux yeux de ce pays jeune, qui sacralise autant la réussite que le rêve américain, il n’y a pas d’incohérence.

Ainsi la «liberté» de DSK vaut donc un million de dollars, plus cinq garantis en hypothèque, et 200 000 euros par mois de frais de garde. On pourra toujours dire que l’adjectif libre n’a pas de prix, mais celui-ci est exorbitant. Surtout pour un fake. Une pâle copie. Un ersatz. La promesse d’un quotidien meilleur que celui des geôles de Rikers Island certes - et celles-là étaient gratuites - mais peu enviable. Qu’on y songe: un enfermement, à huis clos, avec trois membres de sa famille sous l’œil permanent des caméras. Le Loft à Manhattan, version noire, avec sa femme, et seulement un avenir brisé à partager. Le vertige d’un immense vide devant soi, et l’assurance que le ressentiment, forcément, surgira. C’est au-delà de toutes les folies de la télé-réalité. Le cauchemar d’Upper East Side.


EXCLUSIF. Les derniers mots de DSK avant son arrestation

L'ancien directeur général du FMI ne semblait absolument pas inquiet lorsqu'il a pris place à bord du vol New York-Paris. 

"Quel beau cul !" Cette interjection, à l'adresse d'une des hôtesses du vol New York-Paris AF023 du samedi 14 mai, d'autant plus leste que faite à voix haute devant le personnel navigant commercial, est la dernière phrase prononcée par Dominique Strauss-Kahn avant d'être invité par deux policiers à quitter le siège de la Business Class sur lequel il avait pris place pour se rendre à Paris. En effet, contrairement à ce qui a été dit, le type d'appareil, un Airbus A330-200, qui assure le vol de 16 h 40 au départ de l'aéroport Kennedy, n'est pas équipé sur Air France d'une classe First...
L'équipage s'est à peine rendu compte qu'il se produisait quelque chose d'anormal, car celui qui était alors encore directeur général du FMI l'avait averti qu'on devait lui rapporter son téléphone portable, oublié dans une chambre d'hôtel. Le commandant de bord avait cependant prévenu DSK qu'il ne pourrait retarder l'avion pour lui permettre de récupérer son bien si le précieux portable n'arrivait pas dans les minutes qui suivaient. Aussi personne n'a été plus étonné que cela quand deux hommes en civil se sont présentés à la porte de l'avion, portant le badge de la Port Authority et réclamant Dominique Strauss-Kahn. Ils semblaient avoir juste l'intention de lui faire une communication un peu confidentielle. Ce qui explique également que DSK les ait suivis sans appréhension, ni réticence apparente.
Un incident pourtant aurait pu mettre sur la voie les membres de l'équipage du vol New York-Paris. Quelques minutes avant que DSK soit extrait de l'avion, tous leurs téléphones portables sont devenus subitement muets. Ce qui pourrait bien, après coup, indiquer que les communications avec le vol AF023 ont été volontairement brouillées. Vraisemblablement, ou du moins peut-on le supposer, parce que la police ne voulait pas courir le risque que quelqu'un, depuis l'hôtel Sofitel ou d'ailleurs, avertisse DSK de ce que des policiers allaient venir interrompre définitivement, ce soir-là, son vol de retour vers la France.

Fitch abaisse sa note sur la Grèce et pourrait aller plus loin

Fitch a enfoncé vendredi encore un peu plus la note attachée à la dette souveraine grecque dans la catégorie spéculative, ajoutant que d'autres abaissements étaient à prévoir si l'Union européenne et le FMI ne présentaient pas un programme crédible pour résoudre la crise de dette du pays.

L'agence de notation a abaissé de trois crans sa note sur la Grèce, désormais en territoire "hautement spéculatif", à "B+", la ramenant ainsi à un niveau similaire à celui retenu par S&P et Moody's pour leurs notes grecques.

Un an après la mise au point par l'UE et le Fonds monétaire international (FMI) d'un plan d'urgence de 110 milliards d'euros - dont le pays reçoit des versements par tranches - la Grèce est engluée dans une sévère récession qui assèche ses recettes fiscales.

L'aggravation des difficultés du pays est à nouveau au coeur des préoccupations des dirigeants européens. Selon bon nombre d'analystes, la Grèce ne pourra pas échapper à une forme de restructuration de sa dette.

"L'abaissement de la note est le reflet des difficultés auxquelles est confrontée la Grèce dans le cadre de la mise en oeuvre d'un programme radical de réformes structurelles et budgétaires nécessaires à la solvabilité de l'Etat et aux fondations d'une reprise économique durable", précise Fitch dans un communiqué.

Réagissant à la décision de Fitch, la Grèce a estimé que cette dernière était influencée par les "rumeurs persistantes" dans la presse et qu'elle ne prenait pas en compte les nouveaux engagements pris par Athènes.

"Elle (l'abaissement de la note) ignore les décisions supplémentaires déjà prises par le gouvernement grec pour atteindre ses objectifs budgétaires de 2011 et accélérer son programme de privatisations", a déclaré le ministère des Finances du pays.

Fitch, qui estime que l'objectif 2011 d'un déficit budgétaire représentant 7,5% du produit intérieur brut s'est encore éloigné, a déclaré que la note de la Grèce risquait de basculer dans la catégorie "CCC" en cas d'absence d'un plan crédible de l'UE et du FMI

REPROFILAGE ASSIMILÉ PAR FITCH À UN DÉFAUT

L'annonce de Moody's a pesé sur les Bourses européennes et sur l'euro vendredi, la monnaie unique ayant également pâti des craintes de voir le résultat des élections locales programmées ce week-end en Espagne émousser la volonté du gouvernement socialiste de mettre en oeuvre son programme d'austérité.

Alors que les ministres européens ont évoqué pour la première fois une restructuration "douce" de la dette grecque en début de semaine, via notamment un allongement de la maturité des titres de dette émis par le pays, Fitch a déclaré qu'elle assimilerait un tel "reprofilage" à un défaut. (voir

Peu avant l'annonce de Fitch, Jens Weidmann, nouveau président de la Bundesbank et membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), a indiqué que l'option du "reprofilage" priverait le pays de fonds fournis par la BCE dont le secteur financier grec a cruellement besoin.

Paul Rawkins, directeur chez Fitch, a estimé que la Grèce ne serait pas capable de retourner sur les marchés des capitaux avant mai 2013, date à laquelle le plan de 110 milliards d'euros déjà en place expire.

L'agence a déclaré que la note "B+" partait du principe que l'UE et le FMI allaient débloquer des fonds complémentaires, ce qui permettra d'éviter une restructuration "douce".

Cité par la presse autrichienne, Christine Lagarde a déclaré qu'il n'y aurait pas de rééchelonnement de la dette grecque, tout en disant que le pays risquait la faillite si son programme de privatisations n'avançait pas.

Les Européens espèrent mettre sur pied d'ici juin un nouveau paquet de mesures pour muscler le programme d'aide octroyé en mai 2010.

La décision finale sera arrêtée une fois que la mission conjointe UE-FMI actuellement à Athènes aura rendu un rapport complet et que la Grèce aura précisé son programme de privatisations et les mesures supplémentaires qu'elle est prête à prendre pour assainir les finances publiques.

vendredi 20 mai 2011

Le FMI change de directeur, pas de direction

C'est une page particulière du Fonds monétaire international qui a commencé à se tourner, hier. En annonçant sa démission, Dominique Strauss-Kahn a officialisé une décision rendue inévitable depuis ce week-end. Cette sortie achève, de façon rocambolesque, un mandat débuté de manière tout aussi surprenante. En 2007, celui qui était déjà considéré comme le principal espoir du Parti socialiste avait en effet été soutenu… par son principal adversaire de droite. Nicolas Sarkozy ayant vu là une belle occasion de déstabiliser la gauche et d'éloigner temporairement son concurrent. Un choix qui s'est avéré, quoi qu'il en soit, plutôt positif pour l'institution financière. DSK a fait un sans faute - sur le plan de sa gouvernance du moins - redonnant une légitimité à un organisme passablement discrédité et apparaissant même comme le principal sauveur de l'économie mondiale depuis la crise de 2008. En France, le FMI a même vu son blason doublement redoré, par un mélange de fierté chauvine et le souci, au PS, d'adoucir au maximum l'image ultralibérale associée au fonds. Mais aujourd'hui, les conditions du départ de DSK fragilisent les prétentions européennes à conserver une fois encore la direction de l'institution, face aux pressions croissantes des pays émergents. L'essentiel est cependant moins la nationalité de son futur directeur que la nature des mesures qui seront prises. Si la politique d'ajustement structurel forcené a été un peu assouplie, la logique des plans d'austérité demeure. Et rien n'indique qu'elle changera. C'est pourtant cela qui importe le plus aux peuples qui les subissent.

PS sonné cherche plan B

Après ce tsunami politique, droite et gauche font les comptes. A droite, le bilan est plutôt positif pour Nicolas Sarkozy, pas seulement parce qu’il échappe à un adversaire potentiel qui depuis des mois l’écrasait dans les sondages, mais aussi parce que le Parti socialiste a mal géré la crise. Les prises de position machistes totalement oublieuses de la femme de chambre présumée victime laisseront des traces dans l’électorat féminin. En outre, beaucoup de personnes âgées sont choquées, et les milieux populaires écœurés par le comportement d’une certaine élite politique. Cela devrait jouer en faveur d’une forme de retour aux valeurs traditionnelles, d’un rééquilibrage vis-à-vis de Nicolas Sarkozy mais aussi, hélas ! de l’extrême droite populiste.

A gauche donc, le bilan est globalement négatif, car le Parti socialiste n’a plus de candidat favori et s’apprête à entrer dans des primaires compliquées et conflictuelles. François Hollande a pour lui les sondages, on sait qu’il a vraiment l’envie et qu’il est présumé sérieux mais, en face, Martine Aubry contrôle l’appareil et peut être le dénominateur commun aux anti-Hollande de tout poil. Elle est handicapée par son pacte avec DSK, qui fait d’elle une sorte de candidate du plan B. Sera-t-elle assez forte et déterminée de sorte qu’une majorité de socialistes croit qu’elle en a vraiment envie, plus que son père, Jacques Delors, qui renonça en 1995 ? Clin d’œil de l’histoire, c’était à Sept sur sept face à Anne Sinclair.

Le commentaire politique de Christophe Barbier





Le fantasme strauss-kahnien

Dans quelques années, quand la poussière brûlante de cette affaire aura été essaimée par le vent de l’actualité, quelle image laissera Dominique Strauss-Kahn sur le tapis roulant de l’histoire? Elle ne lui appartient déjà plus, ballottée et emportée par les emballements de l’information. Mise en scène par les chaînes de télévision comme un suspense haletant, la séquence d’hier soir, au tribunal de New York, après celle de lundi soir, imprimera sans doute pour longtemps notre imaginaire politique. Forte, tellement plus forte, en effet, que celles du cinéma américain qui a si souvent choisi les prétoires pour être des chambres de vérité où au terme d’un long combat tombent les masques et se révèle l’âme des hommes.

Dans cette autre dimension, l’inculpation de l’ancien favori pour la présidentielle de 2012 a déjà débordé largement du champ judiciaire pour envahir la sphère de la société toute entière. Elle questionne et passionne tous les citoyens sur un sujet essentiel: le statut des puissants... et le respect des petits qui peuvent ici trouver leur revanche. Tout se fond dans un incroyable bouillonnement médiatique, comme sur la scène de l’hallucinant plateau de France 2 où les digues habituelles du débat ont cédé, libérant pêle-mêle la passion et la raison, l’émotion et la justice, le droit et l’amitié, la fidélité et le ressentiment. Au point de brouiller toutes les pistes dans un affrontement confus des convictions personnelles et de la morale.

Troublant, le soulagement avec lequel a été accueillie la remise en liberté de DSK, assortie d’une assignation à résidence, suffit à montrer que la réflexion s’est peu à peu déplacée vers le sentiment. On a salué un peu trop bruyamment une «victoire» de la défense, comme s’il s’agissait déjà du premier round d’un match de boxe. En cela, les télés hexagonales sont déjà rentrées dans le jeu et la logique de la justice américaine. Mais qu’y a-t-il à gagner? Qu’y a-t-il à perdre, sinon la crédibilité de la victime présumée, désormais dans les cordes. Tant pis pour elle, n’est-ce pas? Si elle a osé s’en prendre à une personnalité mondiale, elle devra prouver qu’elle a été agressée, même si les éléments du dossier plaident plus que raisonnablement en sa faveur. Elle subit une double peine en quelque sorte, mais qui s’en soucie?

DSK, lui, a obtenu un répit qui préserve sa dignité et lui permet de défendre l’innocence qu’il proclame. Rien de plus, rien de moins. Le voilà héros malgré lui d’un scénario qui le dépasse totalement et l’emporte dans une aventure tragique qui, seule sans doute, marquera le souvenir qu’il laissera à la postérité. En France, les sondages pour la présidentielle sont déjà insensibles à sa chute. Il n’y a pas, décidément, d’homme providentiel. Ce n’était qu’un fantasme.


« Un nouveau chapitre » au Moyen-Orient


Il y a quatre mois, un vendeur ambulant d'une petite ville tunisienne déclenchait, par son sacrifice, le printemps arabe. Dans quatre mois, une majorité des États composant les Nations Unies pourraient donner leur reconnaissance à un État palestinien autoproclamé. Entre ces deux événements, porteurs de grands espoirs et en même temps lourds de nombreuses menaces, un discours politique planétaire manquait. C'est, fort de la capture récente de Ben Laden, que Barack Obama a comblé ce vide hier soir.

Moins inspiré que dans son fameux discours du Caire de juin 2009, mais plus contraint également par la complexité effective des situations et certaines contradictions américaines (à Barheïn notamment), Obama a davantage proposé un cadre et des principes directeurs pour accompagner et soutenir le printemps arabe, qu'une véritable doctrine.

Le cadre, c'est celui d'une Histoire en marche. Le constat est banal, mais c'est aussi un signal pour les régimes qui se crispent violemment contre leur propre jeunesse. « Rien ne pourra empêcher le changement », a déclaré le président américain. Le statu quo n'est plus possible. Pour personne. Ni à Damas ni au Yémen. Ni pour les Israéliens ni pour les Palestiniens.

L'accélération des événements, depuis la révolution tunisienne de janvier, est telle qu'elle vient de bouleverser les équilibres sur lesquels reposaient, depuis parfois des décennies, les stratégies politiques des principaux acteurs régionaux. Ces équilibres ne reviendront pas. La répression ne fonctionnera plus. Avertissement clair à la Syrie et au Yémen en particulier.

Ce constat vaut naturellement pour la Tunisie et l'Égypte. L'Amérique, et avec elle l'ensemble du G8, qui lui emboîtera le pas la semaine prochaine à Deauville, promettent des aides économiques pour ces deux pays. Obama a fait une comparaison criante. Sans le pétrole, les exportations de cette région de 400 millions d'habitants (Afrique du Nord et Proche Orient) sont équivalentes à celles de la seule Suisse.

Certains annonçaient un plan Marshall pour le monde arabe. La formule est séduisante, mais pas pertinente. Une Amérique très endettée, et une Europe sur la même pente, ne sont actuellement pas en mesure d'investir aussi massivement. Obama l'a laissé entendre hier, en insistant sur l'autodétermination des peuples et l'essor du commerce au détriment de l'assistance.

Depuis quatre mois, le conflit israélo-palestinien a pu paraître relégué au second plan, tant l'élan des jeunes Arabes a dominé la scène internationale. Mais la centralité de ce dossier revient chaque jour davantage. Le statu quo, là aussi, n'est plus possible. C'était, hier, le passage le plus attendu, et le plus délicat, du discours de Washington. À la veille d'une longue campagne électorale américaine, Obama a recherché un difficile point d'équilibre. En réaffirmant son soutien aux aspirations palestiniennes et aux frontières de 1967, mais en ménageant Israël, à la veille de sa rencontre avec Benjamin Netanyahou.

Si Bush prétendait, armes au poing, exporter la démocratie, Obama entend accompagner son éclosion. Soutenir les jeunes, les femmes, la rue, les démocrates et leur quête d'autodétermination. C'est une Amérique, certes, moins arrogante. De moins en moins puissante, aussi.



Avec Merkel, le populisme ne prend pas de vacances

Les Grecs, les Portugais et les Espagnols ont trop de vacances, assure la chancelière allemande. Mais en disant cela, déplore une éditorialiste portugaise, elle diffuse des fausses informations basées sur des clichés culturels et affaiblit les bases mêmes du projet européen. 

Nous allons payer au prix fort cette dérive populiste et xénophobe qui s’empare de l’Union européenne. Ce sont plus de cinquante ans de paix et de développement que nous sommes en train de détruire. Et les nations riches de l’Europe en portent une bonne part de responsabilité.
Les propos d’Angela Merkel sur le Portugal, l’Espagne et la Grèce ne peuvent pas même s’expliquer par l’inconséquence typique des campagnes électorales. La chancelière allemande vient de jeter de l’huile sur un feu qui crache déjà des flammes fort dangereuses.
Le message envoyé mardi 17 mai par Angela Merkel est terrible : dans des pays comme le Portugal, l’Espagne et la Grèce, a-t-elle déclaré, il n’est pas possible que les gens aient plus de congés, travaillent moins et partent à la retraite plus tôt que les Allemands.

Les Allemands recordmen d'Europe des congés

Quand bien même ces propos étaient fondés, elle n’aurait pas dû les tenir. Parce que ce n’est pas sur cela que repose le succès de la monnaie unique, et parce que de tels mots ne font qu’alimenter la mauvaise volonté de plus en plus marquée que mettent certains pays pour aider ceux qui, dans la zone euro, connaissent des difficultés financières.
Il suffit d’examiner les statistiques pour voir que rien de ce qu’a dit Angela Merkel ne correspond à la réalité. Ce sont les Allemands qui détiennent le record européen du nombre de congés. Les Grecs sont ceux qui travaillent le plus. Et si les Hollandais sont bien ceux qui partent le plus tard à la retraite, les Portugais les talonnent de près, en quatrième position. Déclarer qu’une union monétaire impose à tous d’avoir le même nombre de jours de congés, le même nombre d’heures de travail et le même âge de départ à la retraite, c’est contribuer à l’ignorance, qui n’est autre que la meilleure alliée des populismes et de la xénophobie. De telles harmonisations sont les conséquences, et non les conditions de la réussite de l’euro.
Ce qui fragilise la monnaie européenne, ce sont des mesures comme la suspension des accords de Schengen, qui garantit la liberté de circulation des personnes dans la zone euro, et l’absence d’instruments communs, budget, fonds ou mécanisme, qui permettent de faire face aux chocs asymétriques que nous vivons aujourd’hui.

Suspendre Schengen est bien plus néfaste que les pays endettés

Suspendre Schengen parce que des immigrés arrivent d’Afrique du Nord est bien plus néfaste pour la monnaie unique que les dettes du Portugal, de la Grèce, de l’Espagne et de l’Irlande réunies, et contribue à différer plus encore cette harmonisation du marché du travail qui préoccupe tant Merkel. L’absence d’accord pour soutenir de façon crédible les pays de la zone euro qui connaissent des difficultés financières (ou, comme disent les économistes, "touchés par un choc asymétrique") fragilise davantage l’euro que ces questions dont les populistes font leurs choux gras.
Si l’on s’en tient aux faits bruts, la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne sont les victimes d’un choc asymétrique au sein d’une union monétaire. Les raisons qui ont conduit ces pays, et pas d’autres, dans cette situation, sont diverses et variées, et tous les pays membres de la zone euro portent la responsabilité de ce qu’il s’est passé. D’ailleurs, si c’était par exemple les Pays-Bas qui étaient confrontés à un choc asymétrique, c’est sous cet angle que ce débat serait abordé, avec cette rationalité et sans le populisme de Merkel.
Nous ne voulons pas croire qu’il existe dans la zone euro des pays qui souhaitent récupérer la vieille thèse de ce ministre néerlandais qui, à la fin des années 1990, refusait que les Etats du sud de l’Europe ("le club Med", comme il disait) entrent dans l’euro. Nous ne voulons pas croire que les plans d’aide n’existent que pour expulser à terme leurs bénéficiaires de la zone euro. Angela Merkel doit faire honneur à la mémoire de Konrad Adenauer et à l'héritage d’Helmut Kohl.
Nourrir la bête populiste qui grossit dans l’Europe de l’euro, c’est ouvrir la boîte de Pandore, réveiller les spectres les plus menaçants du passé européen. Les Allemands le savent : le projet européen mérite mieux que des accès de populisme. Angela Merkel elle-même le sait : une élection vaut moins que l’avenir de l’euro.

Vu d'Allemagne

Ne mélangez pas tout, Mme Merkel

Ne mélangez pas tout, Mme Merkel
Les déclarations d'Angela Merkel sur la durée des vacances ou l’âge de la retraite des Européens du Sud sont loin de réjouir la presse allemande, qui s'emploie à contredire, chiffres à l'appui, ses affirmations. Parmi eux, Die Welt titre "La bouillie de l’Europe" et explique pourquoi la chancelière a envoyé un mauvais signal. "Les paroles de la chancelière montrent dans quelle direction se dirige le train européen : le mot-clé, c’est ’harmonisation’".
Ainsi, écrit le quotidien conservateur, "les Irlandais sont priés de porter leurs impôts sur les sociétés à notre niveau. S'il est certes juste que les pays endettés doivent tout faire pour redevenir solides, ce serait une erreur de prescrire à tous le même médicament.Peut-être que la Grèce trouvera d'autres solutions que nous pour réduire les prestations sociales. La retraite à 67 ans ne constitue qu'une possibilité parmi d'autres. […] Chez nous, le vieillissement de la population est déjà beaucoup plus avancé qu'en Europe de Sud. D'où le fait que ici, les plus âgés sont indispensables sur le marché du travail, mais pas en Grèce. Et pour l'Irlande, c'est peut-être le système fiscal attrayant qui constitue le plus grand avantage compétitif et donc la plus grande chance de retrouver la croissance."


La Norvège suspend son aide à la Grèce

La riche Norvège a décidé de suspendre l'aide financière qu'elle versait à la Grèce empêtrée dans de graves difficultés financières, estimant qu'Athènes ne respectait pas ses obligations, a annoncé jeudi le chef de la diplomatie norvégienne, Jonas Gahr Stoere.

La Norvège, qui n'est pas membre de l'Union européenne, appartient en revanche à l'Espace économique européen (EEE) - les 27 pays de l'UE plus la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein - et verse à ce titre une contribution financière pour aplanir les différences économiques et sociales en Europe.

"Nous avons cependant rencontré des difficultés de mise en pratique avec la Grèce où les obligations ne sont pas remplies", a déclaré M. Stoere devant le Parlement.
"Nous sommes donc dans l'obligation de cesser jusqu'à nouvel ordre les paiements réalisés au profit de la Grèce dans le cadre de l'EEE", a-t-il dit.

Selon l'agence de presse NTB, la Norvège, mais aussi l'Islande et le Liechtenstein, soupçonnent que leurs contributions financières n'ont pas abouti aux destinataires prévus et la Grèce n'aurait pas non plus rempli son obligation de cofinancer à hauteur de 50% les projets soutenus par l'EEE.

Sur la contribution norvégienne de 248 millions de couronnes (plus de 30 millions d'euros) initialement destinée à la Grèce, seuls 13 millions ont été versés, le reste ayant été gelé jusqu'à nouvel ordre, toujours selon NTB.

La Grèce et la Norvège sont dans des situations économiques diamétralement opposées : alors que la première se débat avec de graves difficultés budgétaires qui lui valent la défiance des marchés, la seconde affiche de confortables excédents grâce notamment à sa richesse pétrolière.

Gauche, droite: l'après DSK




DSK libéré sous caution par la justice américaine

L'ancien directeur du FMI a été formellement inculpé par le grand jury de New York. DSK, qui va devoir verser une caution d'1 million de dollars, sera assigné à résidence sous la surveillance d'un garde armé et devra porter un bracelet électronique.


• Libération conditionnelle

Une cour de justice de New York a accepté jeudi la remise en liberté de Dominique Strauss-Kahn, mis en examen notamment pour tentative de viol et agression sexuelle. «Nous sommes dans une position bien meilleure que celle dans laquelle nous étions au début», s'est félicité son avocat William Taylor à la sortie du tribunal.
Le juge Michael Obus de la Cour suprême a fixé sa caution à un million de dollars, avec un dépôt de garantie de cinq millions. Dominique Strauss-Kahn passera la nuit de jeudi à vendredi une nouvelle fois à la prison de Rikers Island, avant que ses avocats ne versent la caution vendredi.
Une fois libéré, l'ancien patron du FMI sera assigné à résidence 24 heures/24 à Manhattan, avec un bracelet électronique - conditions qui avaient été proposées par ses avocats. Le juge a également demandé à Dominique Strauss-Kahn d'avoir en permanence avec lui (et à ses frais) un gardien armé. Il devra par ailleurs donner aux autorités américaines tous ses documents de voyage.
L'ancien ministre comparaîtra à nouveau devant la justice le 6 juin. Là, s'il plaide non-coupable, un procès sera alors organisé. A ce jour, la défense de Dominique Strauss-Kahn a toujours nié les charges qui pèsent contre lui. Si, au contraire, il décide de plaider coupable, il pourrait négocier sa peine avec la justice américaine et ainsi éviter le procès.
Le procureur revient sur la décision du grand jury :

• Le déroulé de l'audience

L'audience avait démarré à 20h34 (heure de Paris). Dominique Strauss-Kahn était arrivé, sans menottes, en veste et en chemise, au tribunal. Avant de s'asseoir, il a adressé un sourire à sa femme Anne Sinclair, assise au premier rang au côté de la fille de Dominique Strauss-Kahn, Camille, et son compagnon. Les deux femmes, qui se tenaient par la main, sont apparues très émues.
Avant de se prononcer sur une éventuelle remise en liberté, le procureur avait officiellement notifié à l'ancien ministre son inculpation par la justice américaine. Une mise en examen qui signifie que le grand jury (23 jurés populaires) a décidé d'appuyer les poursuites initiées par le procureur de New York. Les sept chefs d'inculpation déjà connus ont été confirmés (visibles ICI).
» Ces jurés qui vont décider du sort de DSK
Dans un second temps, l'avocat de Dominique Strauss-Kahn, William Taylor, a pris la parole pour demander la remise en liberté de son client. Mon client est un «homme respectable» et ne tentera pas de prendre la fuite si la justice lui accorde la liberté sous caution, a-t-il affirmé. Le parquet, de son côté, a fait valoir que Dominique Strauss-Kahn avait de «bonnes raisons de fuir». D'après lui, ce dernier disposerait «de moyens personnels, politiques et financiers pour fuir. C'est une personnalité internationale, qui jouit d'une influence dans le monde entier».

• La victime présumée se dit prête à témoigner


L'accusatrice de Dominique Strauss-Kahn, une femme de chambre guinéenne, est prête à venir témoigner devant les tribunaux face à DSK, a assuré mercredi son avocat, Jeff Shapiro. «Elle fait ça parce qu'elle pense qu'il faut le faire et elle va le faire», a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision NBC, rejetant toute théorie de complot.
Alors que les questions se multiplient autour de la personnalité de Nafissatou Diallo, le New York Post croit savoir qu'elle vivrait dans un appartement du Bronx, exclusivement loué aux adultes séropositifs par une association du quartier. Une information à prendre avec précaution, aucune source officielle ou médicale ne l'ayant confirmée. Le tabloïd n'est pas non plus en mesure de dire si Nafissatou, la victime présumée, est atteinte ou non du virus du sida.

Lors de son interview à NBC, l'avocat de la femme de chambre a formellement démenti ces informations, qu'il a jugées «scandaleuses». Les envoyés spéciaux du Parisien ont confirmé cette version. La jeune femme habiterait bien dans un immeuble du Bronx où certains logements sont loués aux séropositifs. Mais selon ses voisins, Nafissatou n'occupe pas un appartement réservé aux malades. Elle ne serait en outre pas rentrée chez elle depuis samedi, craignant pour sa sécurité et celle de sa fille, et changerait d'hôtel tous les jours.

• Le consentement de la femme de chambre, nouvelle ligne de défense ?

La presse new-yorkaise bruisse depuis mercredi d'une nouvelle stratégie de défense: la thèse de relations sexuelles consenties. Le New York Timeset le New York Post citent notamment une source «proche de la défense», affirmant que le rapport pouvait «avoir été consenti». Alors que la défense assure depuis le début que DSK nie en bloc toutes les accusations dont il est l'objet, cette thèse pourrait finalement amener les avocats à plaider coupable.
L'avocat de la femme de chambre a répondu à cette possible ligne de défense, avant même que sa cliente ne témoigne devant les jurés populaires mercredi. Il a ainsi affirmé sur NBC que sa cliente nierait catégoriquement devant la justice avoir eu une relation sexuelle consentie avec DSK. «Quand les jurés vont entendre son témoignage et la voir, quand elle pourra enfin raconter son histoire publiquement», ils vont se rendre compte que «leurs allégations faisant état d'une relation sexuelle consentie ou de rendez-vous sont fausses», a-t-il expliqué.

jeudi 19 mai 2011

DSK : Les Français face à la théorie du complot

Pourquoi succombons-nous à la thèse du coup monté ? Décryptage par un historien et un psychologue criminologue.

Dominique Strauss-Kahn serait « victime d'un complot ». C'est ce que pensent 57% des Français, et 70% des sympathisants socialistes, selon un sondage CSA réalisé lundi, publié mardi. Naïveté, incrédulité, déni, paranoïa ? Christian Delporte, historien (*), et Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue, apportent leur éclairage.

Pourquoi adhérons-nous à la théorie du complot ?
Christian Delporte : « Ce sondage a été réalisé lundi, avant la comparution de Strauss-Kahn. On était alors sidérés face à cette nouvelle incroyable, sans précédent. On ne voit jamais d'homme politique menotté, encadré de policiers. DSK bénéficiait d'une charge affective importante, les sondages le donnaient quand même à 60% en cas de second tour ! Comme lors de catastrophes naturelles, lorsqu'on ne comprend pas, on cherche une explication, et celle-ci n'est pas forcément rationnelle. Les mots “tsunami” ou “chaos” ont d'ailleurs été employés pour décrire son arrestation. »
Jean-Pierre Bouchard : « J'ai suivi des centaines d'affaires d'agressions sexuelles. L'agresseur cache le plus souvent sa déviance derrière une vie sociale très ouverte. La défense classique suit cette règle : il commence par nier les faits, puis quand les preuves tombent, tente de s'en sortir avec des arguments du type “Elle est folle, elle était consentante, elle se venge, c'est un complot...” En face, les gens sont tellement surpris qu'ils ne croient pas à la culpabilité de ce “bon père de famille”. Il suffit qu'on leur fournisse une explication le disculpant pour qu'ils y adhèrent. »

Quels éléments nourrissent la thèse du coup monté ?
Christian Delporte : « On ne l'a pas entendu lui, ni ses avocats, on ne sait rien de sa défense. Moralement, c'est assez inacceptable de n'avoir qu'un son de cloche. Cela crée un phénomène d'empathie, qui mène à la thèse du complot, elle-même renforcée par un faisceau de raisons. La réputation de séducteur de DSK, c'était sa vulnérabilité. Or cet événement survient au moment où il apparaît déjà comme l'homme à abattre, après l'histoire de la Porsche et des costumes. Cela pousse à croire qu'il a été piégé. Et puis les faits se déroulent aux États-Unis. Cet éloignement nourrit l'imaginaire. Devant les images du tribunal, on se croit dans une mauvaise fiction, comme on en voit tous les soirs à la télé. Alors où est la réalité ? »
Jean-Pierre Bouchard : « On a aidé les gens à y croire. De nombreux leaders du PS ont argumenté à fond sur le déni. Ils ont dit que “ça ne collait pas”, et balancé cette thèse dans les médias. En réalité, les vrais complots sont rarissimes. »

Pourquoi cette empathie à son égard, et ce manque de compassion pour la victime présumée?
Christian Delporte : « On s'identifie toujours aux hommes politiques. En quelques heures, Strauss-Kahn est passé du statut d'homme providentiel, celui qui allait sortir le pays de la crise, à celui de criminel présumé. On n'a jamais vu une telle dégringolade pour une histoire de moeurs. Ce choc psychologique est si fort qu'il balaie tout. Comment s'avouer qu'on s'est trompé ? A qui faire confiance après cela ? Les gens de gauche sont d'autant plus incrédules qu'ils avaient placé une charge affective très forte sur ses épaules, après une série de déconvenues depuis 1995 : la sortie de Delors, la défaite de Jospin, l'éviction de Royal... On cherche toujours des raisons à ce qui sonne comme une fatalité. »
Jean-Pierre Bouchard : « Quand on est novice en matière de justice, on se fie à la tête du client. Le public s'étonne du décalage entre cette image qu'on lui vend, celle du super homme politique, économiste, socialiste, et celle du supposé prédateur. Quant aux sympathisants de gauche, ils continuent de soutenir celui qu'ils voulaient comme leader pour des raisons politiques, pour protéger leur mouvement. »

L'Adam va-t-elle faire tomber Hermès dans les griffes de LVMH ?

L'action judiciaire de l'association des actionnaires minoritaires (Adam), contestant le verrouillage du capital d' Hermès, risque, en cas de succès, d'offrir à LVMH, actionnaire minoritaire contesté par la direction, l'occasion de contrôler l'assemblée générale, a estimé ce jeudi le groupe familial.

Hermès a fait savoir ce jeudi que l'association de défense des actionnaires minoritaires (Adam) avait assigné en référé la société et les membres du groupe familial "afin de priver ces derniers de l'essentiel de leurs droits de vote lors de l'assemblée générale" du 30 mai.
Hermès, dans un communiqué, dénonce cette procédure en expliquant que la demande de l'Adam aboutirait au transfert du contrôle de l'assemblée d'Hermès à LVMH, qui détient 20% du sellier de la rue du Faubourg Saint-Honoré.
Hermès rappelle que les conditions dans lesquelles LVMH est entré à son capital font actuellement l'objet d'une enquête de l'Autorité des marchés financiers (AMF).
"Hermès International considère cette assignation sans fondement et constate dans cette tentative de déstabilisation de son assemblée une nouvelle agression", poursuit le groupe. Il "confirme à l'ensemble des actionnaires et du personnel d'Hermès son contrôle de la société et sa détermination à le conserver durablement".
LVMH avait dévoilé en octobre dernier avoir pris 17% d'Hermès via des instruments financiers (equity swaps) qui lui ont permis de ne pas déclarer les franchissements de seuils réglementaires. Il a depuis porté sa part à 20%, en assurant ne pas vouloir prendre le contrôle d'Hermès.
Les héritiers du fondateur Thierry Hermès, qui détiennent environ 73% du capital du groupe Hermès mais ne sont liés par aucun pacte d'actionnaires ou droits de préemption, ont organisé la riposte en obtenant de l'AMF une dérogation pour sécuriser leur participation via la création d'une holding détenant plus de 50% du capital du sellier sans avoir à lancer une offre publique d'achat sur le solde du capital.
L'Adam conteste la décision de l'AMF.

Le déni et la douloureuse évidence

Pourquoi les Français ont-ils eu autant de mal à accepter l’hypothèse, de plus en plus sérieuse, d’une culpabilité de Dominique Strauss-Kahn ? Lundi, en dépit de charges apparemment accablantes contre le directeur général du FMI, ils étaient encore 57 % à croire à une machination pour le faire tomber.

Comme s’il était inconcevable qu’un favori à la présidentielle puisse être capable d’une tentative de viol ! Il était forcément victime d’une manipulation... Ou alors, il y avait une provocation. Forcément une explication pour expliquer un geste «qui ne lui ressemble pas»: comme si on ressemblait à la face la plus sombre de sa personne ! Quant à la prudence de nos élites et de certains médias, au nom de la très respectable présomption d’innocence, elle a étonné nos voisins, surpris par la gêne et les périphrases des commentaires bien obscurs au pays des Lumières. Comme l’a souligné justement l’avocate et féministe Gisèle Halimi, la classe politique, toute en retenue, a donné l’impression d’être en quelque sorte solidaire du calvaire de l’un des siens honteusement livré en pâture aux caméras du monde entier «comme n’importe quel justiciable» (horreur suprême ?).

Cette attitude dominante a mis en évidence un trait psychologique embarrassant. Une certaine indulgence gauloise pour le «séducteur» un peu trop insistant dans lequel on refusait de reconnaître le harceleur occasionnel. Et une certaine insensibilité pour sa victime, une simple femme de chambre ravagée par l’assaut de son agresseur, et dont on met en doute la véracité du récit. Le scénario de la suite 2 805 du Sofitel de Times Square, pourtant, est probablement l’histoire tragique d’une obsession banale qui, cette fois, sous le jeu des circonstances, aura mal tourné.

Mais, à l’instar de BHL, nombreux sont ceux qui peinent encore à admettre qu’un surdoué puissant, brillant et apprécié de ses amis pour son tempérament sympathique - bref un membre de la caste dirigeante - puisse basculer dans quelques minutes de folie et se transformer en violeur.

Il s’agit bien d’un double déni. Celui qui serait prêt à passer en pertes et profits d’une ambition suprême, un de ces abus ancestraux que les femmes subissent dans toutes les civilisations. Et l’autre, qui refuserait d’envisager froidement le pire : la réalité d’une agression gravissime commise par un homme de pouvoir.

Cette attitude, à la fois machiste et corporatiste sans le dire, ne peut qu’accentuer la méfiance de l’opinion à l’égard d’un personnel politique désormais soupçonné de dissimuler ses pires turpitudes derrière de grands principes protecteurs. Et de faire corps en cas de tempête. Une vague d’interrogations qui déferle au pire moment sur une démocratie française fatiguée, vulnérable à tous les discours simplistes et prête, par lassitude, à se laisser abuser.

Aux États-Unis, le casse-tête de la dette


Ces jours-ci, les États-Unis feront officiellement faillite ! Cela ne changera rien dans l'immédiat parce que, comme chacun de nous lorsque nous atteignons la limite des crédits permis par notre carte bleue, le Trésor va repousser les échéances, prenant de l'argent dans d'autres paniers. L'agence de notation qui a tiré la sonnette d'alarme sur la situation américaine l'a fait, non à cause de la dette elle-même, mais de l'incapacité de la classe politique à s'attaquer au problème. Il faut distinguer entre la dette nationale et le déficit budgétaire, bien qu'ils soient reliés.

Depuis 1917, au moment où les États-Unis décident de participer à la Première Guerre mondiale, le Congrès a fixé une limite à la dette nationale, façon de réaffirmer la responsabilité du Président devant les représentants du peuple. Or, le pays est actuellement engagé dans deux, voire trois guerres. Cette fois, le Parti républicain menace de refuser d'augmenter le plafond de la dette si le Président et son Parti démocrate qui contrôle le Sénat n'acceptent pas des coupes drastiques dans les dépenses courantes. Leur argument est que le poids de la dette ruinera le pays dont hériteront nos enfants.

Comment est-on arrivé à cette extrémité ? Quand Bill Clinton a quitté le pouvoir, au début de 2001, le budget montrait un surplus de 230 milliards de dollars, et la dette nationale avait été réduite de 360 milliards. La direction s'est inversée sous George W. Bush, qui fit voter deux réductions massives des impôts. Dans la foulée du 11-Septembre 2001, il avait aussi augmenté massivement le budget de la défense, avant d'engager le pays en Afghanistan et d'envahir l'Irak. S'ajoutèrent, en 2008, le coût du premier sauvetage de l'économie, puis les mesures prises sous la présidence Obama.

Le Parti républicain joue sur la peur d'une faillite pour remettre en question la réforme du système de santé votée par les démocrates en 2010. Mais ce n'est qu'un début. Le budget qu'ils proposent pour 2012 entamerait la législation sociale votée sous Roosevelt pendant la Grande Dépression et étendue sous Kennedy et Johnson pendant les années 1960.

Le Président, et son parti au Sénat, résistent aux coupes trop dures. Ils sont d'accord avec les républicains sur le danger d'une dette excessive, mais ils soulignent que ceux-ci veulent attaquer le système social dans son ensemble. Les démocrates veulent des investissements pour l'avenir. Or investir, c'est dépenser, disent les républicains ! Mais, répondent les démocrates, la dette diminuera avec la croissance économique qui apportera de nouveaux revenus fiscaux.

Le débat devient âpre, mais chacun oublie que le déficit annuel aussi bien que la dette nationale peuvent être réduits par une augmentation des impôts. Pourquoi ? Parce que chaque Américain croit au fond de son coeur qu'un jour il sera riche. Et il ne voudrait pas payer des impôts pour soutenir un gouvernement fainéant ! En attendant, on va voir comment réagiront les marchés. Peut-être la pression imposée par la limite légale de la dette contraindra les partis à la négociation. Dans ce cas, on peut imaginer un compromis qui éliminera des niches fiscales sans augmenter le barème individuel de l'impôt. Mais cela ne sera qu'une façon de reculer les échéances.



Le casse-tête de la dette grecque

Restructurer la dette pour sauver la Grèce : peu à peu l'idée fait son chemin, même si les économistes et les gouvernement ne sont pas tous d'accord. Pour la presse européenne, il est avant tout urgent de trouver une solution durable.
C’est par un euphémisme que les ministres des Finances de la zone euro ont ouvert la voie à une restructuration de la dette grecque, le 17 mai. “Reprofilage” : un mot choisi pour ne pas faire peur aux créanciers, il signifie que l’Eurogroupe pourrait opter pour une "restructuration light", remarque en Une le Handelsblatt. 


Pour le quotidien économique, 4 sorties de la crise grecque sont possibles :
- de nouveaux prêts pour permettre à la Grèce de renouer avec la croissance, c’est-à-dire la poursuite de la même politique, un scénario jugé irréaliste par les économistes ;
- une “restructuration douce” où les créanciers accordent volontairement un plus long délai de remboursement et des intérêts moins élevés ;
- une restructuration plus dure de la dette, par laquelle une partie des créances est effacée ;
- la sortie de la zone euro.


Pour les créanciers, le compte à rebours vers une participation à une restructuration, et donc à des pertes, est lancé, assure le Handelsblatt. Le gouvernement allemand aurait même commencé à s’entretenir avec les banques, les assurances et autres fonds détenant des obligations grecques.
En interne, la Deutsche Bank a accepté de renoncer à ses créances à hauteur de 20 à 30% [...] et s’est préparée à des pertes. [...] Mais cette restructuration light – il n’y a pas de consensus entre Etats membres pour procéder de manière plus radicale – n’est qu’un pas intermédiaire vers des mesures plus dures. Il n’y presque plus d’économistes pour recommander l’effacement partiel de la dette. 

Incertaine, la situation actuelle constitue un "test de patience pour les investisseurs", remarque de son côté le Financial Times Deutschland. Mais pour l’autre grand quotidien économique allemand, le plan de restructuration "douce" de la dette a échoué avant même d’avoir été adopté.


La prolongation du délai de remboursement ne peut pas résoudre les problèmes du pays. Pour cela le soulagement [financier ] est trop faible. On ne peut pas attendre grand-chose des Grecs. Même si le gouvernement aime affirmer lors de ses visites à Berlin et Bruxelles qu’il veut économiser plus, il n’y réussira guère. Plus que sur les Grecs, il faudrait alors compter sur le reste des Européens – et surtout sur l’Allemagne. Ce n'est que si ces derniers affirment clairement qu’ils prennent au sérieux le sauvetage de la Grèce et qu’ils rejettent une 'restructuration dure’ que les investisseurs auront de nouveau confiance dans le débiteur grec sur les marchés financiers. Pour cela, il faut aussi de nouveaux prêts, mais surtout pas d’intérêts élevés.
A Athènes, ces discussions sont observées avec inquiétude. Ta Nea évoque en Une "les jeux européens pour le consentement". Car l'UE exige que les conservateurs, le principal parti d'opposition, accepte les mesures de rigueur avant d'octroyer un nouveau prêt de 50 à 60 milliards d’euros. "Bruxelles joue avec le feu", considère l'éditorialiste Giorgos Papachristos.
Pour la première fois le président de l’Eurogroupe [Jean-Claude Juncker] parle d’un éventuel rééchelonnement de la dette, mais avant cela, il faut des mesures, plus de privatisations et surtout un consentement. Le consentement de l’opposition conservatrice. En accentuant la pression sur la nécessité d’un consentement de la classe politique, Bruxelles en fait une condition. Mais en cas d’échec, nous aurons des élections législatives anticipées.
Vu de Londres, il est pourtant urgent de trouver une solution. Car la Grèce, estime The Guardian, pourrait être "le prochain Lehman Brothers", la banque dont la faillite en 2008 déclencha la crise financière. Le journaliste Larry Ellliot voit deux manière de procéder :


La première est de transformer l’union monétaire en union politique, et de créer les mécanismes budgétaires pour transférer les ressources dans un espace fiscal unique. Cela satisferait l’ambition des concepteurs de l’euro et admettrait que l’actuel compromis est par nature instable. 
La seconde serait d’admettre la défaite en annonçant des plans prudemment élaborés pour une Europe à deux vitesses, dont la partie périphérique serait liée au noyau par des taux de changes fixes mais ajustables.
 Aucune de ces options ne semble probable, même si la chute de Lehman montre les limites du bricolage actuel. L’avenir de la zone euro ne sera pas décidé à Athènes ou Lisbonne mais à Paris et en Allemagne. Les deux poids lourds ont investi des tonnes de capital politique dans "le Projet" et insistent pour qu’ils n’y ait ni faillite ni sortie du club.

A Madrid, El País note que 
:
Le paradoxe de l’ajustement fiscal qui tourmente la Grèce et angoissera probablement l’Irlande :  la rigueur fiscale exigée réduit la possibilité de croissance et donc limite les possibilités de remboursement de la dette des pays sauvés. Il n'y a qu'une sortie à cette impasse : une forte réduction des salaires réels dans les pays sauvés qui doit accompagner les ajustements et les réformes.
 Bruxelles redoute que la Grèce ne soit l’avant-garde de ce qui peut arriver à l’Irlande et au Portugal. Mais ce qui est certain, c’est que Berlin et Paris ne peuvent accepter l’échec du sauvetage grec. Ce serait un précédent démoralisateur. Et pour cette raison, ils commencent à se montrer 'compréhensifs' envers un plan additionnel de sauvetage de la Grèce.
Mais à Amsterdam, le juriste et historien Thierry Baudet et l'économiste David Hollanders rappellent dans le Volkskrant que :
La plupart des citoyens néerlandais, allemands, britanniques et finlandais – ce qui n’est pas complètement négligeable – ne croient pas vraiment à la solvabilité des Grecs. (…) Pour éviter des crises de ce genre à l’avenir, il faudrait, comme l’a écrit [l'économiste néerlandais] Harrie Verbon, envisager une ‘instance puissante’ pour imposer une discipline budgétaire. (…) Petit à petit, nous nous dirigeons vers des Etats-Unis européens. Est-ce bien ça ce que nous voulons ? Si c’est le prix à payer pour une monnaie unique, il est peut-être trop élevé.

La vérité mise aux voix

Selon un sondage CSA pour BFM-TV, RMC et 20 Minutes (*), la plupart des Français (57 %) estiment que Dominique Strauss-Kahn est victime d’un complot, contre 32 % qui rejettent cette thèse. Ce résultat contredit l’opinion, parfois étayée par d’autres « baromètres », que les Français auraient, globalement, une mauvaise opinion de leurs hommes politiques.

Dans cette affaire, la tentation pourrait être grande de jeter l’opprobre sur un haut responsable français de dimension internationale, impliqué, qui plus est, dans des politiques économiques des plus rigoureuses, donc impopulaires. Au lieu de cela, la majorité des citoyens, d’après l’échantillon interrogé, dédouane donc le suspect et lui manifeste sa sympathie. En fait, cette enquête est cohérente avec tous ces sondages qui faisaient de M. Strauss-Kahn le favori du scrutin présidentiel de 2012.

Mais elle n’a pas d’autre signification. En matière de consultations, passe encore de demander au public si l’équipe de Bémol va battre celle de Bécarre ; cela s’appelle un jeu de pronostics. Mais lui demander, comme cela arrive, si la guerre va éclater entre deux pays voisins permet, au plus, de mesurer le niveau d’inquiétude des gens, mais ne détermine pas comment l’histoire va évoluer. En matière pénale, les sondages ne nous disent rien non plus de la vérité qui est recherchée. Certes, la justice est rendue au nom des peuples, à travers les jurés. Mais ceux-ci ne se prononcent qu’après avoir vécu tout un procès ; reçu les arguments de l’accusation et ceux de la défense ; écouté des réponses à des questions précises ; vu, entendu et peut-être ressenti le ou les justiciables. Ce qui ne les met néanmoins pas à l’abri d’une erreur de jugement.

Dans l’affaire DSK, force est de rappeler qu’à ce stade des événements, et à notre niveau, nous ne savons rien. Il n’y a pas d’autre mot. Cela est maigre pour se forger une opinion.

(*) Sondage réalisé par téléphone, le 16 mai, auprès d’un échantillon national représentatif de 1007 personnes âgées de 18 ans et plus, dont ont été extraites 838 personnes inscrites sur les listes électorales en France selon la méthode des quotas, après stratification par région et catégorie d’agglomération.

Fossés franco-américains

Dominique Strauss-Kahn menotté. Les images ont choqué en France. Pas aux États-Unis, où la compassion n’est pas, comme de ce côté de l’Atlantique, pour le directeur général du FMI mais pour la femme de chambre qui l’accuse d’agression sexuelle et de tentative de viol. Le cas DSK est révélateur de nombreux fossés entre l’Amérique et nous…

Fossé judiciaire : là-bas, les célébrités ne sont pas traitées avec plus de mansuétude que les citoyens ordinaires ; elles le sont même plus durement quand on leur impute des délits, des crimes ou tout simplement des écarts sexuels. Souvenons-nous de l’affaire Clinton !

Les Français sont les premiers à se plaindre d’une justice à deux vitesses, sévère avec les pauvres, tendre avec les puissants. Étrangement, c’est le VIP qui touche leur cœur quand il est arrêté sur des charges pourtant très lourdes. Dominique Strauss-Kahn est présumé innocent, pas plus, ni moins, que la jeune femme qui affirme avoir été agressée. Faut-il la passer par pertes et profits sous prétexte que le FMI perd un patron irremplaçable (tout le monde l’est) et que le PS est privé de son champion ?

Fossé politique : la police et la justice américaine seraient-elles à ce point incompétentes qu’elles sauteraient à pieds joints dans le piège d’un prétendu « complot international » ? Les séries américaines sont très prisées en France. À la télévision elles font passer de bons moments. Quand elles deviennent réalité, et quand, de surcroît, le rôle principal, mais peu glorieux, est tenu par un Français, elles scandalisent ou inquiètent.

Fossé culturel enfin : pays latin, la France s’arc-boute sur le tabou de la vie privée, tout en considérant avec indulgence – et d’un œil grivois — les frasques de ses dirigeants. Comme si les « exploits plumardiers » de la France d’en haut rejaillissaient sur l’ensemble de ses mâles. Les Anglo-Saxons, eux, sont à la fois prudes et inquisiteurs. Ils prônent la morale par l’exemple. C’est hypocrite ? Sans doute. Chez nous on préfère le cynisme, voire le sexisme. Les deux visions sont irréductiblement antagonistes.

Qui a raison ? Qui a tort ? En l’espèce, la réponse n’est pas subjective, mais dépend des résultats de l’enquête et du procès qui visent Dominique Strauss-Kahn. De quelque côté des fossés franco-américains que l’on se place, il n’y a qu’une solution, c’est de laisser la justice suivre son cours.

Le scénario d'une restructuration de la dette grecque se précise

Le Premier ministre du Luxembourg a jugé ce mardi que la Grèce pourrait finalement être contrainte de restructurer sa dette. Jean-Claude Juncker, qui préside également l'Eurogroupe, penche pour une "restructuration douce".

Jean-Claude Juncker n'est pas homme à parler à la légère. Or ce mardi, le Premier ministre luxembourgeois a, en marge de la réunion des ministres des Finances de l'UE, laissé clairement entendre que le scénario d'une restructuration de la dette grecque devenait, à ses yeux, assez vraisemblable. "Si la Grèce fait tous ces efforts, alors nous devons voir s'il est possible de réaliser une restructuration douce pour la Grèce. Je suis totalement opposé à une restructuration majeure" a-t-il affirmé.
Les efforts mentionnés par Jean-Claude Juncker seraient la mise en oeuvre complète des réformes structurelles auxquelles Athènes s'est engagé lors de l'octroi d'un plan d'aide de 110 milliards d'euros en mai 2010 et une nouvelle série de mesures qui seraient annoncée dans les prochains jours. Les autorités grecques devront par ailleurs préciser très rapidement la nature et le calendrier de leur programme de privatisations de 50 milliards d'euros annoncé en début d'année.
Les propos du Président de l'Eurogroupe constituent un virage à 180 degrés dans le traitement de la crise grecque, mais plusieurs autres ministres européens se sont montrés plus réservés sur le sujet.  Christine Lagarde, la ministre française de l'Economie, a notamment indiqué qu'un rééchelonnement de la dette était exclu s'il s'apparentait à un "événement de crédit". "Toute restructuration ou rééchelonnement qui constitueraient un défaut, ce qu'on appelle un événement de crédit, est hors de question", avait-elle insisté lundi soir.
Ce mardi, plusieurs diplomates ont par ailleurs indiqué que Jean-Claude Juncker était allé trop loin en employant le mot "restructuration", d'autant que des discussions à ce sujet n'ont pas encore vraiment eu lieu. Lors de la conférence de presse finale de l'Ecofin, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn a d'ailleurs tenu à préciser que seul un "reprofilage" pourrait être envisagé.
"Si une restructuration de la dette ne fait pas partie des options, une initiative qui aurait pour but de maintenir l'exposition des investisseurs privés à la Grèce est possible", a-t-il déclaré. "Dans ce contexte, un allongement volontaire des maturités des créances, aussi appelé 'reprofilage' ou rééchelonnement volontaire, pourrait être examiné", a-t-il poursuivi.
70% de la dette est détenue à l'étranger
Quel que soit le scénario retenu par les responsables de la zone euro, les analystes estiment qu'il ne s'agit qu'une question de temps avant que la décision ne soit prise. Ils considèrent toutefois qu'il y a une différence importante entre une restructuration forcée impliquant une perte de valeur pour les créanciers et un rééchelonnement volontaire de la dette n'impliquant pas d'"événement de crédit" déclenchant le paiement de contrats d'assurance détenus sur la dette.
Les répercussions pourraient toutefois être de grande ampleur alors qu'environ 70% de la dette grecque est détenue à l'étranger, principalement par les banques françaises, allemandes et américaines, ainsi que par la Banque centrale européenne, qui est vivement opposée à cette perspective. Une restructuration de la dette grecque pourrait aussi immédiatement inciter les marchés à mettre la pression sur l'Irlande et le Portugal, qui bénéficient eux-aussi d'un plan d'aide international afin de réorganiser leurs finances publiques.

mercredi 18 mai 2011

Dix ans après

La décision de la juge américaine d'envoyer Dominique Strauss-Kahn en prison en attendant l'audience d'un grand jury a confirmé la gravité des charges retenues contre lui et le souci de le garder aux Etats-Unis jusqu'à son procès. Exit DSK comme candidat en France, ce qui justifie une fois encore le proverbe romain « La roche Tarpéienne (d'où l'on pousse les proscrits) est proche du Capitole », en l'occurrence de l'Elysée. La justice américaine a ses rigueurs et ses défauts, elle est très différente de la nôtre, mais elle traite de la même manière les puissants et les misérables, ce qui en soi est une différence positive. Les socialistes français sont donc orphelins de leur candidat favori des sondages et vont devoir lui trouver un remplaçant. François Hollande, qui était le challenger le plus sérieux de DSK, se retrouve donc en tête de la course, mais un front s'organise contre lui, et le « tout sauf Hollande » rassemble aussi bien Ségolène Royal, qui était prête à rallier DSK, que Laurent Fabius et Martine Aubry, qui avaient été les concepteurs du fameux « pacte de Marrakech ».Le hic, c'est que ce rassemblement, pour l'heure, n'a aucun candidat en situation de doubler François Hollande. D'où les tentatives pour sortir un inédit du placard : Bertrand Delanoë, par exemple, pourrait-il faire mieux que Hollande ? Cela reste à démontrer. Au fond, le seul candidat qui pourrait après ce drame rassembler derrière lui tous les socialistes s'appelle Lionel Jospin. Après le « vingt ans après » d'Alexandre Dumas, le « dix ans après » de Lionel Jospin, pourquoi pas !

Dette souveraine : Athènes ne s'en sort pas


L'hypothèse d'une nouvelle aide évoquée par les ministres hier à Bruxelles. Le scénario d'un rééchelonnement global de la dette n'est plus tout à fait tabou. 


Pendant que Dominique Strauss-Kahn comparaissait pour la première fois devant la justice américaine, les affaires européennes suivaient leur cours. Les ministres des Finances de la zone euro se sont réunis hier à Bruxelles pour aborder une nouvelle fois le problème des dettes souveraines, à commencer par celles du Portugal et de la Grèce. En l'absence du directeur général du Fonds monétaire international, qui joue un rôle clé sur ce dossier, c'est Nemat Shafik, directrice générale adjointe pour l'Europe, qui représentait l'institution à Bruxelles.

Selon des déclarations de diplomates, les ministres de la zone euro se seraient mis d'accord sans surprise sur un plan d'aide de 78 milliards d'euros au Portugal, qui s'était résigné fin mars à appeler au secours. Mais l'autre gros dossier de la soirée, celui de la Grèce, est a priori beaucoup plus épineux. Athènes a obtenu l'an dernier des engagements de 110 milliards d'euros, dont un tiers fourni par le FMI, pour faire face au remboursement de sa dette qu'elle risquait de ne plus pouvoir honorer.
La marée de la dette Mais, au fil des mois, l'hypothèse que ce premier plan d'aide soit suffisant a perdu de plus en plus de crédibilité. Car, tout en imposant une cure d'austérité très douloureuse à une bonne partie de la population, Athènes n'est pas parvenue à réduire son déficit 2010 dans les proportions qui lui étaient demandées. Bien qu'ayant fortement baissé par rapport à 2009 - où il atteignait 15 % -, il aurait encore été supérieur l'an dernier à 10 %.
Dans ce contexte, l'océan de la dette publique continue de grossir. Le seuil des 150 % du PIB (2,5 fois les objectifs du traité de Maastricht) devrait largement être dépassé. Dans ces conditions, les marchés bruissent de plus en plus de rumeurs d'une « restructuration » de la dette souveraine grecque, qui pourrait prendre la forme d'un allongement des délais de remboursement des obligations d'État ou d'une baisse des taux d'intérêt. Le tout, de préférence, dans le cadre d'une négociation internationale.
Un tel scénario n'irait pas sans dommage pour les détenteurs de titres d'État grecs, à commencer par la Banque centrale européenne ou de très nombreux établissements bancaires comme BNPParibas, engagée à hauteur de 1,2 milliard d'euros, et dont les créances se trouveraient partiellement dévalorisées.
Mais, dans le même temps, il paraît difficile de faire supporter aux Grecs beaucoup plus de sacrifices qu'il ne leur en est demandé depuis un an. Et ce, d'autant plus que, comme le souligne l'économiste Pascal Kauffmann, professeur à l'université de Montesquieu Bordeaux 4, la récession engendrée par cette cure d'austérité pèse sur les recettes fiscales de l'État.
Bijoux de famille en vente Dans ces conditions, même si elle n'est pas certaine, l'hypothèse d'un nouvel effort de la zone euro, prenant la forme d'une aide supplémentaire ou d'un allongement de la durée de remboursement des prêts octroyés l'an dernier, n'est plus tout à fait taboue. La ministre des Finances autrichienne, Maria Fekter, l'a évoquée hier devant la presse à Bruxelles. Son influent collègue allemand, Wolgang Schaüble, en avait parlé la veille en prévenant qu'en ce cas les créanciers privés (banques...) devraient eux aussi faire des sacrifices. Une façon comme une autre de mettre un scénario de restructuration globale sur le tapis. Il semble, cependant, qu'on n'en soit pas encore là pour autant. Une telle stratégie se heurte à l'opposition d'autres États en posture plus ou moins difficile (Espagne, Belgique), qui craignent de voir une restructuration de la dette grecque engendrer, par contagion, un surcroît d'attaques contre les leurs.
En attendant d'éventuelles décisions sur ce point et un nouveau concours européen, Athènes, qui a accueilli ces derniers jours une mission du FMI, va faire de nouveaux efforts. Le gouvernement va annoncer un nouveau programme de privatisations qui pourrait inclure des complexes olympiques, un opérateur téléphonique, etc. Mais cela ne suffira sans doute pas à calmer les marchés, ni peut-être à éviter un nouvel effort de Bruxelles, voire des créanciers privés.