TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 22 mars 2011

Le front commun des hypocrisies

On savait depuis longtemps que le système approchait de son point de rupture. Cela faisait des années qu’il imposait au paysage politique de telles contorsions qu’il avait fini par le redessiner sur un mode très artificiel. Que sa boussole indiquant la droite, la gauche et les extrêmes s’affolait de plus en plus rendant illisible la carte des convictions et des idéologies. Et voilà qu’il se fissure au moment où l’on ne s’y attendait pas, au lendemain d’un premier tour des cantonales sans grand enjeu aux résultats déformés par l’abstention.

Elle est tellement dérisoire cette allumette «Front républicain» dont le soufre porte tout à coup à incandescence les contradictions, qui ne sont pas nouvelles, entre le chef de l’État et son Premier ministre ! Tellement décalée... Surtout aujourd’hui, au moment où on la ressort de la vieille boite à surprises de la présidentielle de 2002. Presque dix ans ont passé ! Complètement périmée, la flamme inquiétante qui avait mobilisé plus de quatre Français sur cinq derrière Jacques Chirac pour faire barrage au candidat Front national. Elle chauffe mais elle ne brûle plus.

Que d’énergie gaspillée à se déchirer sur l’opportunité du vade retro FN. Trop tard ! La frontière entre la droite dite républicaine et celle qui ne le serait pas n’existe déjà plus. Pourquoi redresser, au moment des élections, des barrières qui sont déjà tombées ? A l’UMP, de nombreuses voix et les esprits de milliers d’électeurs les ont renversées pour aller vagabonder sans complexe sur les territoires jadis interdits où l’étranger, forcément trop en nombre, est responsable de tous les maux, où la préférence nationale est revendiquée, où la méfiance envers la différence est proclamée, où le scepticisme envers l’euro et la mondialisation est décliné, où l’identité nationale veut résister à la diversité, où les boat people, hors la loi, pourraient être rembarqués sur leurs bateaux et renvoyés à la mer sans état d’âme... Existe-t-il vraiment une si grande distance entre les propos d’un respectable Claude Guéant évoquant - sincèrement ? - le sentiment des Français de «n’être plus chez eux» et ceux d’une Marine Le Pen qui, après son père, dénonce inlassablement «l’invasion maghrébine»?

Alors il est temps, pour la société française, de tomber les masques, de disloquer ce front commun des hypocrisies. Il est temps de mettre au jour la vraie frontière des valeurs qui sépare les uns et les autres au risque de faire exploser les confortables entités politiques. Pas pour empoisonner le débat public, déjà moribond de toute façon, mais pour le refonder, au contraire, sur des bases claires : il a besoin de repères authentiques. N’est-ce pas, après tout, le message que les électeurs de ce mois de mars 2011 - qui n’ont que faire de la polémique du ni-ni ou du «tous contre le Front» - ont glissé dans les urnes ?



Cantonales : le vrai score du Front National

Compte tenu du fait que le parti de Marine Le Pen n'avait présenté de candidats que dans 1.400 cantons, le cumul de ses voix au plan national ne reflète pas intégralement sa puissance de feu à quatorze mois des élections présidentielles. Les résultats fournis par le ministère de l'Intérieur ont permis à l'institut Viavoice de calculer que le FN a bénéficié, dans l'ensemble des circonscriptions où il disposait d'un candidat, de 19,2% suffrages soit deux points de plus que l'UMP.

Quel aurait été le score national du FN s'il avait présenté des candidats dans l'ensemble des 2026 cantons où les Français étaient invités à voter lors de ce premier tour des élections cantonales ? Difficile de répondre à cette question. Mais on peut en revanche avoir une bonne idée du véritable potentiel électoral du parti de Marine Le Pen en étudiant le rapport de forces dans les seuls cantons où il était présent. D'autant que ces derniers représentent 80% des électeurs convoqués à ces élections. Mécaniquement, le score du FN y apparaît à un niveau nettement supérieur aux 15% obtenus nationalement. Mais à combien ? L'institut Viavoice a procédé à un calcul des résultats fournis par le ministère de l'Intérieur en excluant les cantons où ce parti n'avait pas de candidats.
Le Front National est à 19,2%, l'UMP à 17,2%
Le score du FN (19,2%) y reste inférieure à celui du PS (24,10%) mais surpasse celui des candidats de l'UMP (17,2%). Si on y ajoute les suffrages obtenus par les candidats divers droite et centristes (NC et Modem), la droite républicaine se maintient néanmoins au-delà des 30%. Un score inférieur à celui, cumulé, des socialistes, des radicaux, des Verts (europe Ecologie) et des divers gauche qui atteint un peu plus de 38%.
Ces niveaux sont très différents des performances respectives des partis au plan national. Selon le dernier décompte du ministère de l'Intérieur, le PS arrive en tête avec 2.284.912 voix soit 24,94%, suivi de l'UMP (1.554.726 voix, 16,97%) et du FN (1.379.933 voix, 15,06%).  "En 2004, le FN faisait 12,1% au niveau national. Et 13,8% dans les seuls cantons où il était présent", souligne Bruno Jeanbart, directeur général adjoint de Viavoice interrogé par La Tribune. Et ce dernier de préciser que la performance du FN dans ces conditions est finalement tout à fait conforme celle que réalise Marine Le Pen dans les sondages où les Français ont été interrogés sur leurs intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle.
Plus de 30% des voix à Marseille
L'autre information importante de ce scrutin, c'est la très nette remontée du FN dans certaines régions de France. Il dépasse la barre des 20% dans plus de vingt départements, renouant avec des scores qu'il n'avait plus connus depuis le milieu des années 1980 dans certaines régions. Sa percée est surtout notable dans l'est, le centre et le nord du pays, ainsi que dans certains départements d'Ile-de-France, comme le Val d'Oise ou le Val-de-Marne.
A Metz, la candidate du Front national Françoise Grolet (26,4%) arrive même en tête devant le maire socialiste de la ville Dominique Gros (26,1%). A Marseille, le FN retrouve ses scores historiques du milieu des années 1980 en réalisant plus de 30% des voix. Et il sera présent au second tour dans la totalité des 11 cantons.
Cette situation pousse les dirigeants du FN à juger possible leur victoire dans plusieurs cantons. "Nous aurons très certainement des conseillers généraux" a insisté ce lundi Louis Aliot, le vice-président du FN qui est également le compagnon de Marine Le Pen.

Front républicain, ces mots qui fâchent

À droite, que de circonlocutions pour tenter de nier, ou de minimiser, la sanction des cantonales ! Parmi les éléments de langage distribués : vote défouloir, primauté de l'enjeu local, nécessité de relativiser le résultat au regard de l'abstention. Une secousse tellurique s'est pourtant produite dans le paysage politique, dont le centre de gravité s'est déplacé vers la droite. Et que d'embarras pour asseoir la stratégie de second tour ! Le « ni-ni » - ni front républicain, ni alliance avec le FN - sera la ligne officielle… de l'Élysée. En somme, l'électeur de droite est invité à se débrouiller, à godiller. Son application relèvera du numéro d'équilibriste, beaucoup se jouera dans la nuance. Renvoyer dos à dos extrême droite et socialistes, les mettre dans le même panier idéologique, c'est assumer le risque que la première tire les marrons du feu. Et s'il s'agit de refuser le front républicain parce qu'il inspire un sentiment de connivence avec l'adversaire PS, comme l'argumente l'UMP, l'absence de consigne de vote claire induit un sentiment de complaisance envers l'adversaire FN. Lequel sera opposé au PS dans 200 cantons, ce n'est pas un détail électoral. Décidément, l'UMP a un problème avec ces cantonales. Avant le premier tour, elle cachait son étiquette ; pour le second, elle ne dit pas explicitement comment il faut faire barrage au FN. De la part d'un Président qui revendique le parler vrai, et d'un patron de l'UMP qui se targue de délaisser la langue de bois, voilà qui ne manque pas de sel. Comme quoi la ligne Sarkozy-Copé jette le trouble : l'UMP a aussi un problème avec le chef de la majorité puisque François Fillon, hier soir, a donné un coup de canif dans le « ni-ni » et appelé à voter contre le FN. Droite républicaine en déroute cherche boussole…

La droite piégée par le FN

Le 1er tour des cantonales fut baroque : sur fond de guerre en Libye et de nuage radioactif japonais, un peu plus d’un électeur concerné sur deux s’est abstenu. Le Parti socialiste s’est bien tenu sans que l’on puisse parler de vague rose et la gauche tout entière rassemble de 48 à 50 %, comme elle l’a fait souvent par le passé à des élections locales. Le seul véritable événement se situe au sein de la droite et de l’extrême droite où l’on a assisté à un phénomène de vases communicants au profit du Front national. L’UMP proprement dite perd 3 ou 4 points et le parti de Mme Le Pen engrange en passant 15 %.
Le problème c’est que la droite de gouvernement est maintenant piégée par le FN. Dans un peu plus de 200 cantons il y aura dimanche un duel Parti socialiste-Front national. La gauche réunie a proclamé qu’elle adopterait une attitude de front républicain en votant le cas échéant UMP pour faire barrage au FN. L’UMP, par la voix de Jean-François Copé, a refusé de faire de même pour le PS.
Ce qui conduit un socialiste modéré, comme Manuel Valls, à évoquer « le déshonneur » de l’UMP, et ce qui provoque une divergence avec plusieurs ministres de culture chiraquienne et des centristes comme M. Borloo qui se déclarent prêts à voter PS pour battre le FN.
Le piège fatal c’est pour 2012. Si l’UMP fait un barrage strict au FN celui-ci se vengera contre Nicolas Sarkozy. D’où l’ambiguïté de M. Copé pour ne pas claquer la porte au nez des candidats FN. Sachant depuis le cardinal de Retz « qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ».

Confusion

Après trois jours de bombardements aériens sur la Libye, un premier objectif a été atteint. La ville de Benghazi n'a pas subi le massacre qu'une intervention des forces loyalistes au colonel Kadhafi rendait imminent. Des vies humaines ont été épargnées. Un bain de sang évité. La résistance libyenne protégée. On comprend la liesse et le soulagement de ses habitants. C'est un premier résultat, qu'il faut saluer.

Ce pourrait être, hélas, le seul si la confusion qui règne depuis quarante-huit heures autour de cette opération devait se prolonger. Sur la nature du commandement, le cadre opérationnel et les objectifs de cette mission autorisée par la résolution 1973 du Conseil de Sécurité, des divergences notables ont été exprimées dans les principales capitales concernées. Et même au sein de certains gouvernements.

À cette heure, la coalition, née pour une bonne part sous la forte impulsion politique donnée par la France, n'a toujours pas de commandement général défini. Ce qui a amené la Norvège à suspendre sa participation dès hier. Le nom même de cette opération n'est pas unifié. La nécessité de « faire vite », pour empêcher la chute de Benghazi, peut expliquer une certaine précipitation. Compte tenu de ses conséquences, elle ne peut justifier l'absence d'un cadre clair, dès lors que l'on s'engage dans une opération belliqueuse.

Sur le rôle de l'Otan, comme au sein de l'Union européenne, les positions divergent également. L'Allemagne et la Turquie ne veulent pas entendre parler d'une implication belliqueuse de l'Alliance. L'Italie, très exposée aux répercussions du conflit et aux possibles rétorsions libyennes, demande un commandement atlantique sous peine de repenser la mise à disposition de ses bases militaires, essentielles au dispositif. Paris, en revanche, plutôt isolée sur ce point, ne veut pas du sceau atlantique sur une opération censée accompagner et protéger le printemps arabe, et souhaite confiner l'Otan au rôle de « soutien ».

Quant aux objectifs, l'ambiguïté qui domine provoque déjà les premières fissures au sein de la coalition. Le mandat onusien parle de protection des populations civiles et rejette explicitement une intervention au sol. Pas un mot n'est dit sur le renversement du régime de Kadhafi, pourtant dans tous les esprits. C'est le point crucial de cette affaire. Paris et Londres ont dit, ici ou là, que c'est en fait le réel objectif. Washington, après tergiversation, ne l'explicite que comme but de long terme et veut réduire son rôle. La Ligue arabe, dont le soutien à la coalition a une valeur symbolique importante, freine sous la pression de ses membres.

À peine commencée, l'opération Libye laisse déjà poindre chez ses propres participants la crainte d'un enlisement. Le temps diplomatique, vital pour la légitimité de l'opération, a empêché de porter le coup qui aurait, peut-être, permis de tourner la page Kadhafi. La volonté d'agir vite, elle, a provoqué la confusion, déjà attisée par l'instabilité galopante du monde arabe. C'est sur la trahison de proches de Kadhafi et la montée en puissance des rebelles que reposent, en fait, les espoirs de succès de cette opération, qu'on ne peut que souhaiter. Sous peine, sinon, de devoir une fois encore négocier avec lui.

Fissures


Sale temps pour notre Président. Printemps maudit, qui menace d’en annoncer un autre. Président impopulaire, il espérait regagner du crédit en chef de guerre, menant la coalition des démocraties contre l’infâme Kadhafi. Las ! les coalisés se débandent, ses alliés prennent leurs distances les uns après les autres : d’abord Angela Merkel, dont il s’est tant moqué, puis Silvio Berlusconi, maintenant David Cameron qui s’interroge... Fissures en Libye, fissures en Sarkozye. La majorité présidentielle fuit la défaite cantonale en ordre dispersé, et notre Président voit là aussi ses soutiens se dérober : Jean-Louis Borloo, qu’il croyait à sa main, Valérie Pécresse, qu’il avait tant louée, jusqu’à son collaborateur François Fillon... Ce n’est peut-être, pour notre Président, qu’un mauvais moment à passer. L’homme de la rupture a surmonté bien d’autres fissures. Tout de même, quelle usure...

FN, le plus grand commun diviseur

On ne parle plus de “peste brune”, l’heure de la diabolisation étant passée, mais d’un prurit fort tenace. La famille Le Pen, de père en fille, reste l’éternel poil à gratter de la politique hexagonale.

Le parti de “la France aux Français” n’aura sans doute, dimanche prochain, aucun élu dans aucun conseil général du pays. Avec 15,2 % des voix, présent au second tour sur près de 400 cantons, il va pourtant peser lourd.

Qu’entreprendre face au FN ? La droite classique tourne autour, comme une poule ayant découvert un couteau. L’objet paraît si étrange que nul ne sait comment l’appréhender.

Nicolas Sarkozy, rompant avec la stratégie chiraquienne, ne veut plus entendre parler de “front républicain”. Certes, les valeurs portées par “les gars de la Marine” ne furent jamais les siennes. Mais il refuse aussi de nourrir le score d’une gauche ennemie, à qui “les leçons de morale” ne coûtent pas cher.

En cas de duel entre un socialiste et un frontiste, le président recommande donc de ne pas choisir. Ni pour, ni contre, bien au contraire… Copé, sans lever l’ambiguïté, laisse le militant “libre de son bulletin.”

Au sein de l’UMP, l’affaire crée de sérieuses divisions. François Fillon et plusieurs ministres, brisant la ligne de l’Élysée, appellent à “faire barrage” aux candidats lepénistes — quitte à voter rose. Il faudrait savoir ! À l’horizon 2012, ce flottement des consciences et des tactiques ne présage rien de bon pour la majorité.

lundi 21 mars 2011

Va-t-on aller jusqu’au bout ?

L’opération « Aube de l’odyssée » est la plus importante intervention militaire dans le monde arabe depuis l’invasion de l’Irak en 2003. On ne pourra plus dire que la France est le dernier pays à soutenir les révolutionnaires arabes face aux dictateurs. Mais maintenant la coalition mandatée par la résolution 1973 de l’ONU instaurant une zone d’exclusion aérienne et un cessez-le-feu en Libye est condamnée à réussir. Or ce n’est pas gagné, car la résolution ne permet pas à la coalition d’intervenir au sol ou de renverser le régime de Kadhafi. Le président américain, Barak Obama, s’est clairement opposé à une intervention terrestre. Aussi les exemples de l’Afghanistan ou de la Somalie voisine nous rappellent-ils que de puissantes armées occidentales peuvent échouer face à plus faible si elles n’ont pas l’appui de leurs opinions publiques et si elles ne sont pas mandatées pour aller « jusqu’au bout », faute d’unité de vue au sein des Nations unies et d’objectifs militaires partagés. Or l’Europe est comme d’habitude divisée, l’Allemagne joue cavalier seul, tandis que la Chine et la Russie font pression pour ne pas renverser Kadhafi. Dans ce contexte, le dictateur libyen tente de rallier le tiers-monde en dénonçant une « agression croisée et coloniale », et menace de frapper « tout objectif civil ou militaire » en Méditerranée afin d’intimider l’opinion publique européenne. Rappelons qu’en 1986 Tripoli lança un missile contre l’île italienne de Lampedusa. Enfin, la Libye, qui a des armes chimiques, réactive les réseaux terroristes internationaux par lesquels elle perpétra les attentats de Lockerbie (270 morts) en 1988 ou contre l’avion DC10 d’UTA (Niger, 170 morts) en 1989. Enfin, ses troupes (entre 50.000 et 60.000 hommes) professionnelles ou d’élite sont supérieures en nombre et en équipement à celles des insurgés et sont bien préparées à la guérilla urbaine… Certains estiment donc que l’on pourrait interpréter de façon « extensive » la résolution onusienne, qui exclut l’occupation mais non les « incursions » militaires, d’autant que la coalition a déjà détruit des tanks libyens et que des forces spéciales occidentales ou des instructeurs égyptiens sont déjà sur place…

L’honneur de la France

Il n’est jamais trop tard pour sauver l’honneur de la France ; le général de Gaulle en a donné l’exemple en juin 1940, et qui pourrait aujourd’hui refuser à Nicolas Sarkozy la palme de l’honneur pour son attitude courageuse face à Kadhafi, le massacreur de son peuple ?
C’est le président français qui a le premier réclamé le départ du tyran, c’est lui qui avant tout le monde a reconnu l’opposition libyenne en la recevant à l’Elysée, même si certains chipotent sur le rôle de Bernard-Henri Lévy. C’est lui encore qui, avec Alain Juppé, a animé l’entente franco-britannique, fer de lance de l’action à venir. C’est la diplomatie française réhabilitée par le professionnalisme et l’activisme du ministre à l’ONU qui a entraîné des Américains lents à se décider, des Canadiens, des pays arabes, beaucoup de nations européennes, sauf l’Allemagne empêtrée dans les difficultés électorales de Mme Merkel. Bref la France a fait bouger les lignes et on ne peut qu’en être fier.

D’ailleurs un consensus national se dégage après les approbations des socialistes, Fabius, Aubry, Védrine, de Cohn-Bendit et de Villepin et même de Mélenchon dans cette guerre qui n’a d’autre but que de sauver des vies. Cela me rappelle la décision de François Mitterrand d’engager la France il y a vingt ans dans la guerre de libération du Koweït. Pour Nicolas Sarkozy au plus bas, c’est la démonstration que l’énergie, le courage au service de l’intuition politique juste est payant. Ce sera peut-être la première étape de sa reconquête de l’opinion.

Le «lâchage» des alliés fait polémique en Allemagne

Pour justifier son refus d'intervenir militairement, l'Allemagne a notamment avancé le risque de bavures que font courir aux Libyens les frappes aériennes.

L'ambition diplomatique de l'Allemagne restera longtemps marquée par un refus «de convenance». En pointe sur le front des révolutions démocratiques arabes, Berlin s'était placé en première ligne aux côtés des foules tunisiennes, des manifestants de la place Tahrir au Caire et des insurgés réclamant le départ de Mouammar Kadhafi.
En s'abstenant vendredi, lors du vote du Conseil de sécurité de l'ONU, sur l'intervention en Libye, le gouvernement allemand a donné l'impression à ses plus proches alliés de se dérober face à ses responsabilités. Et il s'est attiré les foudres des médias allemands.
Un sondage publié dimanche reflète l'ambiguïté allemande. Quelque 62% des personnes interrogées estiment justifiée l'intervention déclenchée samedi par la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis pour empêcher Kadhafi d'attaquer les insurgés. Mais 65% des Allemands approuvent la décision du gouvernement de ne pas participer à l'opération militaire, alors que 29% estiment que les forces allemandes devraient se battre aux côtés de leurs alliés. Samedi, à Paris, lors du sommet international sur la Libye, Angela Merkel a réitéré son opposition à toute participation militaire directe de son pays. Elle a néanmoins indiqué que les forces américaines pouvaient utiliser leurs bases en Allemagne pour leurs opérations. La chancelière a aussi fait savoir que son gouvernement était prêt à demander au Parlement l'autorisation de participer aux opérations des avions radars Awacs en Afghanistan afin de permettre à d'autres membres de l'Otan de redéployer leurs moyens en Libye.

Risques de bavures

Cela ne suffira pas à sortir Berlin de son isolement. «L'Allemagne a voté contre les Américains, les Britanniques et les Français, mais avec la Chine, la Russie, le Brésil et l'Inde -contre ses alliés les plus importants en Occident, au côté des dictateurs, des autocrates et de deux démocraties lointaines», s'afflige le quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung. Jusqu'au bout, le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, a parié sur le rejet de la résolution, faisant preuve d'un certain autisme à l'égard de ses partenaires. Puis il a tenté de justifier la décision allemande en soulignant les risques de bavures que font courir aux Libyens les frappes aériennes et le danger des opérations militaires pour les soldats allemands déjà engagés en Afghanistan.
Le président du Bundestag, Norbert Lammert (CDU), a souligné que Berlin aurait pu «voter oui» à la résolution «par solidarité» sans être ensuite entraîné automatiquement dans une participation militaire. L'élue SPD Heidemarie Wieczorek-Zeul dit avoir «honte» de l'abstention allemande. À l'approche d'élections cruciales dans le Bade-Wurtemberg et face à une opinion dominée par le courant pacifiste, déjà éprouvée par le très impopulaire déploiement de la Bundeswehr en Afghanistan, cette décision «opportune» provoque une fracture qui transcende les partis… Seule l'ultragauche, Die Linke, approuve unanimement le gouvernement. La décision allemande est difficile à expliquer dans un pays où la morale joue un rôle important en politique. Elle fragilise la diplomatie allemande, compromettant ses chances d'obtenir le siège de membre permanent au Conseil de sécurité, tant convoité par Berlin.

Redoutables venins

Une participation faible, surtout en période morose, profite au parti qui mobilise traditionnellement le plus et à celui qui capitalise le mieux sur la grogne. Le taux d’abstention, c’était prévisible, a atteint un nouveau record hier, et dans un tel contexte, bingo, c’est bien entendu le Front national qui rafle la mise, confirmant les signaux délivrés par les récents sondages d’opinion. Surfant habilement sur le malaise social, la formation désormais conduite par Marine Le Pen a le vent en poupe, à quatorze mois de la présidentielle.


La principale composante de la gauche, le PS, réalise globalement un bon score, en tête de ce premier tour des cantonales, mais ses problèmes demeurent entiers, dans la perspective de l’élection suprême. Plusieurs prétendants à l’Élysée, un programme électoral qui reste à établir : les socialistes, flous, flous, flous, n’ont pas de quoi trop se réjouir.


Ou alors seulement parce que la droite va mal, très mal. Son chef de guerre, Nicolas Sarkozy a repris pied sur la scène internationale. Mais sur le terrain intérieur, l’enlisement du président de la République est tel que son camp va douter encore plus de ses chances de l’emporter en 2012. La stratégie ambiguë de ces derniers mois, qui était censée affaiblir l’extrême-droite en abordant des thèmes qui lui sont chers, s’est révélée désastreuse, puisque l’UMP est talonnée par le FN.


Davantage encore que les résultats chiffrés d’hier, c’est cette réalité qui empoisonnera la majorité dans la campagne qui se prépare. Redoutables venins !


L’intervention contre le dictateur libyen, qui datait de la veille, n’a pas pu avoir d’influence sur les votes d’hier. Imperceptible aussi, l’impact, dans ce scrutin, de la catastrophe au Japon. On aurait pu imaginer qu’elle apporterait des voix aux anti-nucléaires, les écologistes par conséquent, mais aucun effet direct ne semble mesurable dans les urnes.


Ce vote, rappelons-le, ne concerne que la moitié des cantons français et se déroule à plus d’un an de la confrontation majeure, une éternité. Tour de chauffe imparfait et lointain. Mais il va incontestablement modifier les trajectoires de tous les candidats. Et promet une campagne présidentielle aussi dure qu’incertaine.

L’ombre d’un doute

A première vue, tout va plutôt bien, non? Les trente premières heures de l’offensive dans le ciel de la Libye ont été sans nuage, ou presque. La zone d’exclusion aérienne prévue comme préalable à toute maîtrise de la situation est en place. L’étau qui refermait ses mâchoires sur les assiégés de Benghazi s’est déjà desserré. 20 des 22 cibles assignées aux premières salves ont été atteintes... Après le succès diplomatique de New York, le «succès» militaire semble déjà en bonne voie. On pourrait presque croire que l’histoire de cette intervention sera aussi simple que le récit d’une supériorité aérienne écrasante. Aussi caricaturale que la tragédie pathétique d’un colonel grotesque réduit à proposer un nouveau cessez-le-feu peu crédible au terme d’une journée où il avait clamé son intention de se battre jusqu’au bout. Pourquoi, alors, ce léger malaise qui jette un voile d’inquiétude sur ce premier bilan si encourageant?

Aïe! Voilà qu’on découvre que les membres de la coalition mandatée par les Nations unies ne poursuivent pas forcément les mêmes buts. La Ligue Arabe, dont Paris et Londres n’ont cessé de souligner l’importance symbolique de l’engagement, ne se reconnaît plus dans les actions qui dépassent de loin, à ses yeux, la simple protection des populations civiles. Et si Alain Juppé a affirmé sans détour que l’opération visait à faire tomber Kadhafi, les Américains, eux, n’ont cessé de répéter que tel n’était pas la finalité affichée de l’accord acté solennellement samedi à l’Élysée. Cette guerre, décisive pour l’équilibre de la Méditerranée, et qui suppose un parfait consensus entre ses partenaires se serait-elle engagée sur des bases bancales, des non-dits volontairement mal interprétés, et une vision à trop court terme des lendemains du pays?

Il est à craindre que seul le plus facile ait été accompli. Les périls d’une intervention décidée tardivement et laborieusement vont maintenant se concrétiser. A l’ouest du pays, autour de Tripoli, Kadhafi dispose d’un soutien populaire beaucoup plus consistant qu’on ne l’avait imaginé. La distribution de milliers de kalachnikovs à des partisans fanatisés est lourde de menaces. Elle est annonciatrice d’un rapport de forces avec les insurgés beaucoup moins déséquilibré que prévu. Cette surenchère porte en germe les risques d’une guerre civile aux conséquences d’autant plus incalculables que «le guide» conservera, quel que soit son sort, un pouvoir de nuisance considérable.

Dans le meilleur des cas -celui d’une victoire rapide- comment les «rebelles» pourront-ils exercer une fragile autorité sur un pays grand comme trois fois la France, un vaste territoire où Aqmi n’attend que de profiter du chaos pour étendre ici son rayon d’action? Le ballet des avions qui excite tant l’Occident ne serait-il qu’une ultime récréation avant les vraies épreuves?

C. Barbier "la France se durcit'




La majorité bousculée par le FN

À quatorze mois de la présidentielle, la victoire de la gauche et la chute de l'UMP aux cantonales constituent une photographie indiscutable de l'opinion. Mais si le FN talonne le parti présidentiel, il est trop tôt pour tenter une projection à partir du premier tour d'un scrutin qui concerne la moitié des électeurs, qui reste par nature en partie local et qui résulte d'une piètre participation, de l'ordre de 45 %, comme aux régionales.

Le taux - historique - d'abstention confirme les prévisions : à défaut de connaître leur conseiller général et ses compétences, les Français savent qu'il n'existera plus, dans trois ans. Ce système suranné n'encourage pas à voter, surtout quand il fait beau, que l'on distingue mal l'étiquette de certains candidats et que l'angoissante actualité relativise l'importance du vote.

On peut, malgré tout, vérifier si les glissements vers les thèmes d'extrême droite, l'audace risquée de Nicolas Sarkozy en Libye ou la catastrophe nucléaire de Fukushima modifient le score du Front national, de la majorité ou des écologistes.

Deux constantes se confirment. Les scrutins intermédiaires défavorisent la majorité en place : l'UMP, en dépit de l'activité de Nicolas Sarkozy sur la scène internationale, en fait les frais. Et l'abstention profite aux petites formations à forte identité : le Front national et le Front de Gauche l'illustrent. Et c'est ce double mouvement qu'il faut retenir des résultats d'hier soir.

Pour la droite, il signifie que le FN, absent des assemblées départementales, va se retrouver dimanche face à l'UMP ou au PS dans plus de deux cents duels - mais seulement cinq dans l'Ouest - malgré le relèvement du seuil d'accession au second tour. L'enracinement du parti de Marine Le Pen va priver la majorité de réserves de voix, et renforcer mécaniquement la gauche, qui préside déjà 58 départements sur 100.

En appelant à refuser à la fois toute alliance avec le FN et tout front républicain avec la gauche, Jean-François Copé risque même d'accentuer l'abstention et la montée de ses rivaux. Il pourrait aussi accroître les dissidences entre l'aile dure et l'aile sociale-chrétienne de son parti. Ce sera le talon d'Achille de la majorité lors de la présidentielle et des législatives qui suivront.

Pour la gauche, le constat est double. D'une part, le PS gagne, mais par défaut. En pourcentage, il conserve son score de 2008. Mais en raison de l'abstention, il arrive en tête avec moins de voix. Même dans la Corrèze de François Hollande, sa victoire ne sera pas un raz-de-marée. On retrouve le phénomène observé par les enquêtes d'opinion : un net rejet de la majorité sans une vraie adhésion au PS.

Mais à la différence de l'UMP, le PS peut compter sur des réserves importantes à travers des alliances avec les écologistes, dont les idées sont validées par l'actualité, et avec le Front de Gauche - en réalité, surtout le Parti communiste - qui réalise un bon score pour ce genre d'élection. Leader incontestable devant deux alliés de poids comparable, le PS est en situation de faire l'union.

Divisions certaines à droite, rassemblement possible à gauche : après sa victoire aux régionales, l'opposition peut rafler plusieurs présidences de départements et, en attendant un candidat et un projet, se donner un élan supplémentaire.
Lire aussi : le blog Politiquement chaud

Original


Drôle de soirée, hier, pour notre Président. Un œil sur les cartes d’état-major détaillant les mouvements de l’aviation française, l’autre sur la carte des cantons se couvrant de petits drapeaux PS et FN. Une oreille pour recueillir les compliments du monde, une autre pour entendre monter la complainte de l’UMP assiégée… Notre Président nous expliquera bien sûr que le succès en Libye, c’est lui, et l’échec aux cantonales, c’est les autres. Mais on doute que les battus de son camp en soient convaincus.


Car, si la déroute est cantonale, la stratégie était nationale. C’est notre Président qui a lancé la course au peuple,


et qui vient d’être distancé au premier tour de piste.


Le peuple a préféré hier l’original à la copie, ou simplement choisi hier de rester chez lui. Mais, tous les militaires vous diront qu’il n’y a rien de plus périlleux qu’un changement de stratégie


en pleine bataille…

La tête ailleurs...

Rarement élections auront été marquées par une telle indifférence. Il est bien légitime d’avoir la tête ailleurs. La préoccupation du moment se trouve plus au Japon et en Libye que dans le fond des urnes. Et certains ne manquent pas de s’interroger sur le crédit à accorder aux résultats d’un scrutin local qui a vu se déplacer moins d’un électeur sur deux ? Il n’empêche. En ce jour de printemps, beaucoup ont l’intention de se servir de ce dernier baromètre électoral pour prendre la température de 2012. Et de vérifier in situ les prédictions des tout récents sondages. “L’effet” Marine Le Pen semble avoir largement joué dans cette élection qui n’est d’ordinaire pas favorable au Front national, parti dépourvu de tout élu jusque-là. Conséquence de cette poussée de l’extrême-droite, le recul sensible de l’UMP qui fait sans doute les frais d’un vote sanction lié aux difficultés économiques et sociales de ces derniers mois et de l’impopularité du Président. L’avertissement, s’il se confirme au second tour, va créer le doute et la confusion au sein du parti de la majorité sur la question du “bon” candidat à la présidentielle. Question qui va également se poser au Parti socialiste mais dans des termes différents. La victoire annoncée du PS, qui conforte son ancrage local sur le territoire en volant de succès en succès dans les scrutins locaux, sera aussi celle de Martine Aubry. Qui ne voudra peut-être pas se faire voler la vedette par un certain DSK ?...

Sombre dimanche pour Nicolas Sarkozy

Enfin un sondage grandeur nature non suspect de trucage ! Tout juste sera-t-on en droit d'objecter que l'échantillon ne rassemblait qu'une moitié de Français, que ceux-ci avaient la tête ailleurs, à Fukushima ou à Tripoli, et qu'à l'évidence ils n'étaient pas motivés pour désigner des représentants du suffrage universel appelés à disparaître dans le tourbillon d'une réforme absconse. Il s'agissait du dernier test avant la mère des batailles et ce tour de chauffe permet de sentir l'humeur du pays. Sans conteste, elle est à la défiance envers l'offre politique puisque l'abstention reste le premier parti. Quels qu'en soient les ressorts, cette désaffection massive souligne le doute et le désenchantement des Français. Elle doit certes inciter à la prudence dans l'analyse, beaucoup ayant considéré ces cantonales comme une non-élection, mais elle sanctionne Nicolas Sarkozy. Le chef de l'État reçoit un nouvel et sévère avertissement, dans la lignée des régionales, et continue de glisser sur une pente savonneuse. Le score de l'UMP marque un échec de sa stratégie de parti unique, lequel ne semble guère disposer de réserves de voix. Compte tenu de la consigne assez vague donnée hier soir par Jean-François Copé - ni front républicain, ni alliance avec le FN -, il se prépare un entre-deux-tours compliqué. La droite est bel et bien prise en tenaille entre un Front national qui défend ses thèmes identitaires et un PS qui capte le mécontentement social. Le premier réussit une percée historique dans ce type de scrutin qui, faisant la part belle aux notables, ne l'avantage pourtant pas, et tire bénéfice de la popularité de son chef de file. Le second - et au-delà la gauche - profite à plein de la démobilisation de l'électorat. Son bon score pourrait même donner quelques idées à Martine Aubry...

dimanche 20 mars 2011

La France imbéciles!

En portant la France contre Kadhafi, Nicolas Sarkozy nous a épargné un remords. Il y avait l’Espagne républicaine, la Tchécoslovaquie, Srebrenica, le Rwanda. Il n’y aura pas Benghazi. Cela n’annule aucun grief, mais cela peut aussi justifier un mandat. Un homme de pouvoir, à l’arrivée, ce sont quelques gestes, quelques choix, qui vous placent du côté de l’honneur ou du regret. Et ce n’est pas un hasard si Sarkozy, dans l’honneur, a retrouvé Bernard-Henri Lévy. Le philosophe trimbale ses rires et ses scories. Mais quand vient l’essentiel, il est du bon côté. Ça justifie une vie.
À cette aune, Claude Guéant, serviteur de l’État, est en danger. Deux petites phrases – "Les Français veulent que la France reste la France", "les Français ne se sentent plus chez eux"– l’installent en Gribouille politique. De quelle France parle-t-on, et de quels Français? France paysanne, prolétaire, d’avant l’exode rural ou les délocs? Qui fumait des gauloises? Quand les rugbymen avaient du bide mais aussi des couilles? Quand Bataves et Britanniques ne rachetaient pas le Sud-Ouest? D’avant le jazz? Sans grands ensembles? Sans Europe? Sans mondialisation? D’avant l’orgie télévisuelle et le rire qui cautionne les petites saloperies de la peur? Jean Nohain, lui, n’aurait pas pris Zemmour?

Chacun a des raisons de virer mécontemporain. Un pays change, tout le temps, et c’est pénible, ou excitant. L’Amérique s’est irlandisée, coréanisée, judéisée, polonisée, elle est devenue italienne et noire et hispanique sans cesser d’être. Quant à la France, Claude Guéant la manipule. Ou il n’y a pas pensé. Ses représentations datent. Ses raisonnements boitent. Ce n’est pas l’immigration "sans contrôle" qui nous transforme: c’est la vie. L’immigration aussi. L’immigration légale, installée. Musulmane aussi. Qui n’est plus une immigration mais une part de ce pays, un élément de nous-même. Halal à Paris, c’est cacher à Brooklyn, ou paki à Londres.

C’est la France réelle que ses gouvernants devraient chérir au lieu de la nier. Et tant de "Muslims" s’en foutent d’ailleurs, du halal, et le seul enjeu est de vivre. Pas seulement vivre ensemble, cohabitants d’une république délitée, mais vivre. Pouvoir le faire: l’économie, imbéciles! Le suggéré de Guéant et les acrobaties de l’UMP posent de côté quelques millions de Français, présumés antithétiques de leur propre pays. C’est odieux. Et bête, parce que c’est vain. La folie de tout ça : en allant secourir les Libyens, Sarkozy sort la France du sam’suffit mental qui sous-tendait nos non-interventions. Nous seuls, et que crève le monde entier ! Il n’y avait pas que des principes, mais aussi des moisissures dans nos indépendances, Irak inclus. Mais ces moisissures rongent ce que le même Sarkozy fait ou laisse faire à une partie de la France. Souffle de Benghazi, viens balayer nos miasmes!

Moment français

Savourons ce moment où la France a fait basculer l'Histoire.

Evidemment que c’est tard! Et que la première démarche, solitaire et intempestive, avait braqué nos partenaires. Mais entre jeudi soir à New York et samedi à Paris, la communauté internationale se trouve mobilisée pour les droits du peuple libyen. Il a fallu l’inspiration de Bernard- Henri Lévy. Envoyé spécial en Libye (pour le JDD…), il a convaincu, de Benghazi, le président français de prendre la tête de ce combat. Comme il avait convaincu, il y a trente-six ans, Valéry Giscard d’Estaing d’accueillir les boat people et, il y a vingt ans, François Mitterrand de soutenir la Bosnie. Il a fallu le professionnalisme d’Alain Juppé, qui a mobilisé la machine diplomatique française pour entraîner. Et donner à l’action contre Kadhafi la légitimité indispensable de l’ordre juridique international. Il a fallu la concentration exceptionnelle de Nicolas Sarkozy. L’homme qui provoque des tensions et vit dans l’urgence se trouve à son meilleur quand la crise rencontre l’Histoire. Il n’existe jamais de bataille gagnée d’avance, même si les peuples partent à la guerre la fleur au fusil. Muammar Kadhafi n’a pas perdu sa capacité de rebond. La bataille de Benghazi risque de durer plus longtemps qu’espéré. Et notre pays pourra subir des pertes. Mais savourons ce moment où la France a fait basculer l’Histoire. La parole française se trouve applaudie à la fois au Moyen-Orient et aux États-Unis. "Plus nous avons du passé derrière nous, plus (justement) il faut le défendre, le garder pur", écrivait Péguy. Mais cette guerre a déjà sa victoire: la bataille pour le peuple libyen n’est pas un combat occidental. Menée sous l’égide des Nations unies, elle est appuyée par les instances du monde arabe. Ce n’est pas la guerre des civilisations. Mais un combat pour la civilisation.

Des frappes aériennes, et après ?

L'intervention tardive d'une coalition hétéroclite a donc commencé en Libye. On y trouve surtout des pays ayant de vieux comptes à régler avec le dictateur de Tripoli plus que des nations unanimement mobilisées pour défendre le droit à la démocratie d'une population en rébellion. Et à l'heure des premières frappes, chacun peut s'interroger sur la portée de cet engagement face à un adversaire dont la capacité de nuisance et l'habilité à rebondir ont fait leurs preuves depuis 40 ans. La seule zone d'exclusion aérienne ne suffit déjà plus, et le premier tir a eu lieu contre un véhicule terrestre menaçant la population. Les chars et lance-roquettes font en effet autant de victimes et de dégâts que des bombes d'aviation. Surtout ils occupent le terrain, à la différence des missiles et autres patrouilles de Rafale. Car l'axiome d'un conflit moderne demeure toujours le même, de la bataille d'Angleterre aux conflits en ex-Yougoslavie et à l'Afghanistan : une guerre contre un ennemi décidé, et Kadhafi a démontré qu'il l'est, se gagne et se consolide au sol. En s'engageant dans un affrontement armé, même légitime, la France et l'Angleterre ainsi que leurs alliés laissent beaucoup de questions sans réponses. Comment éviter des victimes collatérales ? Que veulent-ils et peuvent-ils faire concrètement en Libye ? L'objectif est-il d'obtenir le retrait de Benghazi, la destruction des armes lourdes du régime, ou le départ de Kadhafi et ses proches ? Comment réunifier le pays sans guerre civile ? Quelle politique avec les tribus et les actuels soutiens du satrape de Tripoli ? Comment maintenir l'ordre dans un pays désertique propice à la guérilla ? Les leçons de l'Irak devraient pourtant avoir été retenues. Dire qu'on veut instituer la démocratie ne suffit pas, il faut surtout en réunir les conditions locales. Cela aura un coût et exigera inévitablement du temps et des souffrances…

Le canton et les canons…

Les cantonales constituent l’ultime élection au suffrage universel direct avant la présidentielle de l’année prochaine. Ce dimanche (et le suivant, en cas de second tour), seule la moitié environ du corps électoral est appelée aux urnes: il sera difficile, par conséquent, de s’appuyer sur les résultats des 20 et 27 mars 2011, pour se projeter au printemps 2012. Mais tout de même : si des tendances lourdes apparaissent, les futurs candidats à l’Élysée ne pourront en faire abstraction.

Les analystes, ce soir, se pencheront notamment sur le taux de participation. En cas d’abstention forte – hypothèse très plausible -, cela favorisera les partis qui, habituellement, mobilisent mieux que les autres, et qui se situent plutôt dans les extrêmes.

Le rendez-vous de ce dimanche dégage surtout un parfum de nostalgie, car l’élection des conseillers généraux est la dernière du genre. Eux-mêmes et les conseillers régionaux seront remplacés, en 2014, par des « conseillers territoriaux », qui siégeront à la fois dans l’assemblée départementale et au conseil régional.

Une page d’histoire se tourne, puisque ce changement s’accompagnera d’un redécoupage et d’un élargissement des cantons. Né sous la Révolution, du temps où l’on se déplaçait à cheval, cet échelon de base de la démocratie française a traversé les siècles parce qu’il répond toujours à un besoin essentiel de proximité. Celle-ci est querelleuse parfois, comme dans les textes de Brassens où se battent « les femelles du canton », mais rassembleuse beaucoup plus souvent.

Avec des accents musicaux, le mot « canton » nous vient – merci Larousse - de l’ancien provençal où il signifie… le « coin ». Un Coin de paradis, dirait encore Brassens, un abri sécurisant dans un monde sans frontières. Contraste saisissant entre cette relative quiétude et les fracas de l’univers sur fond de crise armée en Libye. Les canons d’une part, le cocon de l’autre…

A la prochaine échéance, dans trois ans, le coin va s’agrandir, mais il reste et restera cher au cœur des citoyens. Alors, une manière simple, ce dimanche, de lui rendre hommage: déposer un bulletin dans l’urne. Son canton, quand on l’aime…

Une nouvelle donne géopolitique

L’opération aérienne lancée par la France au-dessus de la Libye au nom de la résolution 1973 de l’ONU marque aussi un tournant géopolitique. Un tournant pour la diplomatie française certes, enfin sortie de sa léthargie et désormais prête à passer de la parole à l’action, y compris sur le plan militaire. Mais le vrai tournant concerne toute l’Europe, avec des conséquences encore imprévisibles. Car il ne faut pas se leurrer. Malgré la participation des armées de l’air de plusieurs pays, dont des États arabes, la France et le Royaume-Uni sont aux avant-postes et mènent de facto la coalition.

Pas l’OTAN, reléguée au rang de l’intendance. Pas les États-Unis qui, volontairement, se tiennent en retrait, tirent leurs missiles de croisière de loin en fournissant aussi leurs avions ravitailleurs, les avions radar et, semble-t-il, toute leur capacité de brouillage électronique contre la DCA. Barack Obama, en voyage officiel au Brésil, ne veut en aucun cas endosser l’uniforme de commandant en chef. Il n’est pas question pour Washington, échaudé par l’Irak et l’Afghanistan, de s’engager directement, du moins pour l’instant. Et la secrétaire d’État Hillary Clinton l’a fait savoir à plusieurs reprises: la Libye est voisine de l’Europe.

Malheureusement, tous les Européens ne se sentent pas concernés. L’Allemagne qui, au Conseil de sécurité, s’était abstenue avec les voix de la Chine et de la Russie, manque à l’appel, sans doute pour d’obscures raisons de politique intérieure afin de ne pas effriter le ciment d’une coalition gouvernementale fragile avec le pâle ministre des affaires étrangères libéral Guido Westerwelle en quête de « profil ». Forte de sa puissance économique, Berlin tient le haut du pavé dans l’UE. Le faux-pas diplomatique à l’ONU que la chancelière Merkel tente vainement de rattraper pourrait changer la donne.

Reste d’abord à mener la mission libyenne à bien, en ne tombant pas dans les pièges de Kadhafi, en protégeant les populations civiles, sans dégâts collatéraux, en libérant les Libyens de leur dictateur et en commençant par ouvrir des zones à l’acheminement de l’aide humanitaire. Ce ne sera pas facile. Sauf si une révolution de palais devait renverser Kadhafi abandonné par ses mercenaires et ses prétoriens – et c’est aussi un but psychologique de l’intervention aérienne – il faudra du temps. Donc persévérer en sachant que plus longue sera l’opération, plus les risques seront grands... bien que tous les spécialistes s’accordent à dire que l’armée libyenne, en dehors du maintien sanguinaire de l’ordre, ne vaut pas tripette.

Car même aérienne, même menée pour des raisons nobles, il s’agit bien d’une opération de guerre !

La morale à l'épreuve du feu

Le régime libyen a annoncé un cessez-le-feu, le 18 mars, quelques heures après un vote de l'ONU approuvant des opérations militaires contre lui. Cette décision va peut-être simplifier une situation que la presse européenne jugeait risquée tout en approuvant une guerre éventuelle. 
 "Enfin. La communauté internationale, qui pour une fois mérite son nom, a su adopter une position claire sur la Libye", se félicite Libération. Pour le quotidien français, "le forcing diplomatique des autorités françaises a payé. Apparemment isolée, avec la Grande-Bretagne, il y a encore deux jours, la France a finalement réussi à faire adopter par le Conseil de sécurité de l'ONU une résolution autorisant ‘les Etats membres […] à prendre toutes les mesures nécessaires […] pour protéger les civils et les zones peuplées de civils sous la menace d’attaques' de la part du régime libyen. Et à faire aboutir sa volonté de clouer au sol l’aviation de Kadhafi pour empêcher l’écrasement de l’insurrection."
Pour la presse française, le mérite de ce vote revient avant tout à Nicolas Sarkozy. “Pris à contre-pied par la révolution tunisienne, timoré face à celle qui a renversé Moubarak, Paris se retrouve en pointe sur le dossier libyen", remarque Libération. "Nicolas Sarkozy a rapidement saisi l’ampleur de la tragédie, y voyant une occasion de retrouver un rôle semblable à celui qu’il avait joué dans la crise géorgienne, en août 2008, alors qu’il présidait l’Union européenne." "Notre pays a joué pleinement son rôle en mobilisant la communauté internationale et en tirant les Etats-Unis de leur torpeur", ajoute Le Figaro. "Puissance méditerranéenne, la France se doit de contribuer à sauver le printemps arabe.”


"L'héritage de l'Irak hante chaque action"

"Il est d'une ironie amère de noter que l’anniversaire du début de la guerre en Irak tombe précisément ce week-end", rappelle outre-Manche The Independent. "Huit ans après les batailles de Bagdad et Bassorah, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne dans un autre pays arabe. L’héritage de l’Irak hante chaque action."
Mais face à Kadhafi, la communauté internationale, et les Européens en particulier, ne pouvaient pas se permettre de ne rien faire. "Il suffit d’un fusil ou même d’une corde pour tuer les gens dont nous voyons les visages souriants en Une des journaux et à la télévision", s'émeut Rzeczpospolita. "Espérons cependant que le monde n’agit pas trop tard. Espérons qu’il peut empêcher un nouveau Rwanda."
De fait, estime Le Figaro, "à Benghazi, l’impératif moral s’impose à tous. Adopté par les Nations unies en 2005, pour tirer la leçon du Rwanda et de la Bosnie, le 'devoir de protéger' les populations civiles menacées ne peut trouver d’application plus évidente. Il ne s’agit pas seulement d’altruisme. Le 'réalisme', que l’on oppose parfois à la morale, est, dans ce cas, du même bord."

Plus prosaïquement, note The Times, nous ne sommes pas "au Rwanda ou au Darfour, où nous pouvions laisser des centaines de milliers de gens se faire tuer, et que le seul impact était sur nos consciences. Ce qui se passe en Libye est plus proche, à beaucoup d’égards, de la Bosnie où nos intérêts étaient beaucoup plus en jeu."
Mais que de temps perdu pour en arriver là, déplore Le Temps. "Un temps précieux a été dilapidé en gesticulations diplomatiques”, regrette le quotidien, suisse. “Voilà à quoi ressemble notre monde de 'gouvernance douce' d’après la Guerre froide, d’après le grand mensonge américain en Irak. Plus aucun gouvernement n’a le courage d’intervenir ‘à l’ancienne’ et de larguer quelques barbouzes dans la brousse ou le désert pour épauler secrètement une guérilla ou un mouvement de libération. Le politiquement correct a gagné la géopolitique. La légalité a pris le pas sur la justice.”

Le maintien de Kadhafi : une humiliation pour tous les Occidentaux

Et maintenant ? "Le maintien au pouvoir de Kadhafi serait une humiliation pour tous les dirigeants occidentaux qui ont voulu sa perte, prévient Le Figaro. Ne nous trompons pas. Sauver Benghazi, c’est entrer en guerre."
En annonçant un arrêt de ses opération militaires, le 18 mars, le régime libyen a peut-être changé la donne. Mais s'il tentait tout de même de réprimer l'insurrection concentrée autour de Benghazi, la communauté internationale serait de nouveau face à une opération militaire qui s'annonce "hasardeuse", estime De Standaard. Que ferons-nous si les opérations aériennes échouent ?, interroge le quotidien belge. "Mettre le pied sur le sol libyen ? Et si Kadhafi utilise sa défense antiaérienne et ses tanks dans des zones peuplées et que des civils meurent pendant un bombardement ? Serons-nous surpris si nous sommes accusés de néocolonialisme alors que les pays arabes sont fiers de se libérer eux-mêmes ?
 (...) D’un point de vue moral, nous ne pouvons que soutenir la résolution de l’ONU", concède De Standaard.
Mais la zone d'exclusion est-elle la bonne solution ? "Depuis l’Irak, nous savons que la guerre est imprévisible dès le premier jour et ne mène pas à la démocratie. Ce n’est pas une invasion, mais, comme l’a démontré l’exemple du Kosovo en 1999, beaucoup de temps peut s'écouler avant qu’un dictateur ne change d’avis."

Union européenne

Cameron et Sarkozy, les généraux de l'UE

Avec un David Cameron "qui a effectué un virage à 180 degrés vers l’interventionnisme", et un Nicolas Sarkozy, qui est passé "du zéro à l'infini" en quelques jours, l'UE dispose d'un "axe franco-britannique [qui] aspire à diriger la sécurité européenne", constate José Ignacio Torreblanca dans El País. 
Les autres européens, en particulier l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, opposées à une intervention en Libye, vont maintenant se retrouver face "à un imbroglio", analyse le quotidien madrilène : "respecter les compromis [une intervention mais après un vote de l'ONU] ou  laisser les éventuelles opérations militaires entre les mains de ce mini-directoire franco-britannique". Une victoire du dictateur libyen serait difficile à supporter pour l’UE, avertit El País. "Son humiliation serait triple", à cause de "sa passivité initiale, par les divisions qu'elle a montrées" et "parce qu’elle devrait ensuite vivre avec le constant chantage énergétique et migratoire auquel Kadhafi la soumettrait".