vendredi 4 avril 2014
Attention, ne pas secouer : sur quels écueils (et quand) le couple Hollande-Valls pourrait-il exploser ?
S'ils affichent une certaine proximité idéologique, les deux piliers de l'exécutif ont des ambitions que l'on pourrait qualifier de contradictoires. Un fait qui pourrait poser problème à une majorité aux équilibres délicats, alors que les deux hommes ont 2017 en ligne de mire.
Olivier Rouquan : Les divergences ne se situent pas vraiment sur les grandes lignes politiques, Manuel Valls comme François Hollande étant clairement d'accord sur les réformes de compétitivité, dont le Pacte de responsabilité fait parti. Le Premier ministre a ainsi déjà eu l'occasion pendant la campagne des primaires d'illustrer cette vision socio-libérale sur le plan économique (notamment avec la question d'une modification des 35 heures, NDLR). Il sera du reste probablement contraint de rester ambivalent sur la question du libéralisme, thème sur lequel il ne pourra probablement pas aller trop loin alors que des personnalités marquées plus à gauche comme François Rebsamen sont là pour annoncer la couleur. On a ainsi bien vu dans l'intervention télévisée du 1er avril que le nouvel occupant de l’Hôtel de Matignon se plaçait sous la coupe de ces orientations en matière économique.
La question se pose d'avantage sur le style puisque l'on devine facilement que Manuel Valls occupera plus d'espace que Jean-Marc Ayrault, ce qui risque de pousser François Hollande a d'avantage d'activisme. Ce schéma s'est déjà retrouvé sous la Ve République, notamment avec le couple Fabius/Mitterrand, où l'exécutif s'était montré bien plus présent sur la scène médiatique, alors que le président était jusqu'ici critiqué pour sa distance.
Marika Mathieu : Si Manuel Valls a souhaité se démarquer assez tôt au sein du Parti Socialiste en campant une posture qualifiée parfois de « droitière » on ne peut raisonnablement pas dire que cet héritier idéologique de Michel Rochard soit en réelle contradiction avec l’apport social-démocrate de François Hollande au sein du parti. Les positions qu’ils ont respectivement défendues pendant la primaire socialiste de 2012 illustrent d’ailleurs assez bien cette proximité politique qui existe sur de nombreux sujets. Il ne faut dans ce contexte pas s’étonner d’avoir vu Manuel Valls décliner avec succès le discours du candidat Hollande en une communication efficace et convaincante. Loin d’être difficile à mettre en place, cette répartition des tâches a bien fonctionné et l’actuel couple exécutif compte d’une certaine manière réitérer l’opération. Il serait du reste difficile de trouver des points d’opposition politique concrets puisque François Hollande a développé depuis les années 80 un discours dépassant les chapelles politiques : il n’est pas l’homme d’un courant, mais celui capable de les parcourir tous. Manuel Valls s’inscrit d’une certaine manière dans la lignée de cette idée et il pourra être en conséquence un outil, parmi d’autres, de cette vision globale.
Marie-Eve Malouines : On ne dénote pas de différences fondamentales sur le fond entre un François Hollande proche de Jacques Delors et un Manuel Valls qui a commencé dans le sillage de Michel Rocard. C’est davantage dans le style qu’ils se distinguent l’un de l’autre, le président étant un amateur de la temporisation tandis que l’ex-ministre de l’Intérieur est connu pour sa réactivité adaptée au temps médiatique. La vision « sécuritaire » de Manuel Valls n’est du reste pas totalement inédite puisqu’elle s’inspire en bonne partie de celle que pouvait avoir Lionel Jospin (qui avait nommé Jean-Pierre Chevènement à l’intérieur, NDLR) avec qui Manuel Valls avait travaillé par le passé. Par ailleurs, s’il est vrai que c'est l'étendu du désastre aux municipales qui a contraint François Hollande a changer de Premier ministre, qui correspondait plus son inclination personnelle cela s’explique d’avantage par le fait qu’il ne souhaitait pas réellement se séparer de Jean-Marc Ayrault, avec qui il avait développé une affinité, tant personnelle que politique.
Marika Mathieu : Cette relation s’inscrit dans une complémentarité sur le plan politique et a effectivement pu s’éprouver tout au long de la campagne de 2012.François Hollande étant pour des raisons stratégiques l’homme du « flou », celui qui ne s’avance pas directement, il a besoin de trouver chez un autre une parole claire pour remplir le rôle indispensable du communicant. Contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, on a ainsi observé tout au long de la campagne présidentielle de 2012 une réelle complémentarité de style entre les deux personnages. Sans être identiques, ils ont su former un duo payant et c’est là quelque chose dont ils sont tous deux parfaitement conscients en dépit de leurs différences. Là ou Jean-Marc Ayrault avait une personnalité très similaire à celle du président, tant dans sa personnalité que dans sa culture politique, Manuel Valls incarne un contraire qui est loin d’être inutile. Si à l’avenir cette relation peut devenir risquée pour l’Elysée, elle permet pour l’instant d’offrir une vigueur nouvelle au quinquennat.
Au-delà des intérêts purement politiques, on peut néanmoins affirmer que cette relation ne s’entretient pas sans méfiance des deux côtés, les ambitions présidentielles de l’ancien ministre de l’Intérieur étant bien connues de tous depuis les primaires. On peut à ce titre qualifier le choix de Valls par Hollande d’assez « mitterrandien », puisque l’idée de nommer un quinquagénaire dynamique, expérimenté et ambitieux n’est pas sans rappeler le choix d’un certain Michel Rocard.S’il y a donc une concurrence évidente entre les deux personnages, le niveau de risque est, pour l’instant, équivalent au niveau de bénéfice pour François Hollande. A l’heure actuelle, les réussites de l’un et de l’autre sont intrinsèquement liées, ce qui rend la méfiance assez secondaire dans un premier temps.
Marie-Eve Malouines : Bien que Manuel Valls ait travaillé à Matignon du temps du gouvernement Jospin, les deux hommes se sont assez peu croisés jusqu’à un certain point. François Hollande traitait directement avec le Premier ministre et Jean-Pierre Jouyet, qui était alors directeur de cabinet adjoint. C’est seulement à partir de la primaire socialiste et et de la percée de Manuel Valls dans les médias que les deux hommes ont commencé à se connaitre, la campagne n’ayant que renforcé ce lien politique depuis.
Olivier Rouquan : Les informations qui circulent ça et là semblent démontrer qu'un accord a déjà été trouvé sur ce sujet, notamment par le biais de la médiation parlementaire. Cela laisse entendre qu'un compromis a été trouvé pour concilier des positions jusqu'ici antagonistes. A partir de là, tout n'est qu'une question d'ajustement et de peaufinage des amendements. Cela finira toutefois par poser un problème puisque selon toute vraisemblance l'UMP risque de bondir face à l'adoption d'un tel projet, ce qui laisse envisager une bataille politique non négligeable. La question de la réforme du modèle social sera aussi des plus polémiques en fonction de ce qui sera précisé en termes de baisse des cotisations. Les prochains arbitrages budgétaires de la rentrée seront à ce titre très intéressants à observer en particulier sur la gestion du chantier de la dépendance engagé par Michèle Delaunay. Il s'agira là d'un exercice particulièrement compliqué pour la gauche, mais qui n'est pas inédit puisque François Mitterrand s'y était déjà adonné.
Marie-Eve Malouines : C’est effectivement un dossier des plus importants qui appellera probablement à un arbitrage présidentiel alors que la passe d’armes entre Christiane Taubira et Manuel Valls de l’été dernier n’avait pas laissé de « vainqueur » définitif. La politique du ministère de l’Intérieur devrait aussi être le sujet de frictions puisque l’on sait que Manuel Valls ne souhaitait pas lâcher le poste dans un premier temps. Bernard Cazeneuve, nouvel occupant de la fonction, a de son côté voulu montrer qu’il ne manquait pas de tempérament en réalisant son premier déplacement dans la circonscription d’Olivier Faure, député socialiste connu pour être proche de François Hollande et Jean-Marc Ayrault…
Olivier Rouquan : Le fait que Manuel Valls soit finalement assez "seul" représente paradoxalement sa meilleure chance, puisqu'il se place ainsi en dehors des logiques de cliéntélisation électorale incarnée par les différents courants du PS. Cela fait de lui un centre de gravité idéal pour piloter un gouvernement aux affiliations très diverses alors que les risques de divergences sont logiquement minimisés par la période difficile qu'expérimente le gouvernement aujourd'hui.
François Hollande reste par ailleurs le maître du jeu dans le contrôle des gauches et Manuel Valls n'a clairement pas les moyens de l'égaler actuellement sur ce plan. Au delà de l'outil gouvernemental, François Hollande pourra par ailleurs compter sur les parlementaires (et les liens privilégiés qu'il possède parmi certains d'entre eux) afin de contrer un Premier ministre qui deviendrait éventuellement trop présent sur le plan médiatique et politique. C'est notamment ce qu'avait su faire Pompidou contre Chaban-Delmas.
Marika Mathieu : En entourant Manuel Valls de cette équipe, François Hollande s’assure d’une certaine manière de maintenir l’aspect complémentaire du tandem de la campagne présidentielle. Du reste, l’actuel Premier ministre était parfaitement au fait du besoin que peut avoir François Hollande de s’entourer de fidèles pour assurer son autorité. Valls est encore une fois l’homme de la situation dans la séquence qui va suivre afin de traduire le message politique d’une équipe Hollande qui a su acquérir son assise en s’inscrivant dans la conquête des localités pendant les présidences de droite.
Si Manuel Valls décide à un certain moment de s’inscrire en rupture avec le président, celle-ci ne pourra pas se faire avant un certain temps, 2017 étant encore loin pour l’instant. François Hollande, en bon calculateur, table d’une certaine manière sur cette réalité, puisqu’il sait très bien qu’il n’y aura pas de Manuel Valls en 2017 s’il n’y en a pas un en 2014.
Marie-Eve Malouines : D’après moi, même s’il est impossible de prédire l’avenir,François Hollande reste convaincu qu’il saura garder le contrôle de la situation et conserver son autorité, bien que Manuel Valls ait probablement senti que sa nomination était une opportunité pour avoir les coudées franches. Si désaccord il y a, il se fera probablement sur la forme, la communication, et la gestion du tempo que sur des thématiques idéologiques, que ce soit sur des sujets comme l’Europe ou le redressement des comptes publics. On imagine de plus assez mal Manuel Valls remettre en cause la hiérarchie alors qu’il rappelle fréquemment la valeur des institutions républicaines.
Olivier Rouquan : François Hollande a été élu notamment sur la promesse d'infléchir la politique européenne en direction d'une Union plus sociale, bien que ce projet ait connu son lot de complications et de retards depuis. La composition de ce nouveau gouvernement semble toutefois indiquer qu'il souhaite poursuivre dans cet objectif en pariant sur une évolution de la position allemande et le retour de la croissance dans les pays du Sud qui leur offrira un meilleur poids politique. On peut deviner toutefois que les évolutions électorales dans l'ensemble des pays d'Europe finira par poser quelques défis à la majorité actuelle, avec les conséquences que cela peut avoir sur la suite de l'agenda politique. Le résultat du vote sera ainsi un événement à suivre.
Olivier Rouquan : Cette préférence pour la négociation et de la consultation devraient justement passer, d'après moi, au second plan avec l'arrivée de ce gouvernement, même si des projets comme le Pacte de responsabilité sont encore en cours d'élaboration. Manuel Valls a été nommé pour incarner cette accélération de l'exécutif qui en a bien besoin pour orchestrer les réformes structurelles à venir. Des chantiers comme la flexisécurité, les réformes fiscales, la loi sur la formation professionnelle ou encore la transition énergétique restent a mettre en œuvre et le temps manque pour consulter à tour de bras sur ces sujets.
Marika Mathieu : En tant que directeur de campagne de François Hollande, Manuel Valls a clairement compris ces réalités, et je ne crois pas que cela génère finalement une réelle contradiction. Cela lui laisse au contraire une place importante dans le dispositif, sa mission étant actuellement la mise en forme de l’agenda que François Hollande imposera sur les prochains mois.
Marie-Eve Malouines : Ce serait peu probable puisque cette vision de la politique par la négociation est clairement la clé de voûte du système Hollande depuis son arrivée à l’Elysée. S’il est vrai que Manuel Valls a jusqu’ici construit sa réputation sur la réactivité et la posture de l’homme fort en tant que ministre de l’Intérieur, l’occupation de Premier ministre de la Ve République se prête assez mal à ce type de posture, la prédominance du président étant par définition difficilement contournable.Le locataire de la Place Beauvau peut se permettre quelques incartades, mais certainement pas celui de Matignon. Il serait impossible d’entrer officiellement en désaccord avec l’Elysée sans démissionner, et cette démission serait à même de provoquer une crise interne, voire une dissolution, qui serait forcément préjudiciable à la gauche actuellement.
Scénario catastrophe
Ce n’est pas en changeant de fusible que le président mettra fin à la panne générale qui paralyse son camp…
S’il est un événement auquel l’adjectif “historique”, trop souvent galvaudé, s’applique rigoureusement, c’est bien la défaite essuyée par le PS les 23 et 30 mars derniers. Certes, on se relève de tout en politique. Mais on ne reconstruit pas en quelques mois ce qu’on a mis un siècle à tisser : ce maillage territorial dont les socialistes avaient su faire leur assurance vie en période de basses eaux électorales.
Si la vieille SFIO a pu survivre à la Ve République en se transformant, sous l’égide de Mitterrand, en Parti socialiste, et si ce même Mitterrand a pu surmonter tant et tant d’échecs, c’est bien parce qu’existait ce relais majeur qu’était le socialisme municipal. En 1983, Mitterrand sentit, c’est vrai, le vent du boulet. Mais le coeur du système fut épargné. Il ne l’est plus quand même une ville comme Limoges, socialiste depuis 1912, passe à droite.
Est-ce à dire que le PS est en coma dépassé ? Cela signifie à tout le moins qu’il aura beaucoup de mal à se réveiller avant 2017, chaque élection à venir (européennes de mai, sénatoriales de septembre, régionales de 2015) risquant fort de ressembler aux stations d’un chemin de croix.
Face à cette panne générale d’énergie, François Hollande s’est contenté de sortir un nouveau fusible de sa fameuse “boîte à outils”. Mais quand le compteur a sauté, le bricolage n’est plus de mise. Quinquennat oblige, le premier ministre ne protège plus le président de la déception des uns et de la colère des autres.
Pour un salaire minimum minimal
Bernard de Clairvaux enseignait déjà au XIIe siècle que le chemin qui mène à l’enfer est pavé de bonnes intentions. Le débat qui renaît autour du smic le montre une fois de plus. Il est louable, bien sûr, de lutter contre la pauvreté, réduire les inégalités, améliorer le pouvoir d’achat des défavorisés. La réalité est que le smic, parce qu’il est uniforme, parce qu’il est instrumentalisé par l’Etat, et surtout parce qu’il est trop élevé (relativement au niveau de productivité), crée des effets pervers devenus désastreux à l’heure du chômage de masse. Il plombe la compétitivité en alourdissant le coût du travail des entreprises de main d’œuvre ; il bloque l’entrée des jeunes sur le marché du travail ; il détruit des emplois en favorisant les délocalisations et les suppressions d’effectifs ; il évince les plus faibles du marché du travail. Perversité suprême, il oblige l’Etat, pour compenser ces effets négatifs, à concentrer les allègements de charges sur les bas salaires, alors qu’à l’heure de la mondialisation, c’est plutôt le coût du travail qualifié qu’il faudrait soulager.
Des propositions de bon sens sont aujourd’hui émises par un éminent socialiste, Pascal Lamy («Un petit boulot, c’est mieux que pas de boulot»), et par un proche de François Hollande, le brillant économiste Philippe Aghion, qui suggère dans un livre choc de geler le smic. Saluons ces initiatives! Les expériences menées à l’étranger montrent que c’est en réduisant de façon massive le coût du travail qu’on pourra inverser la courbe du chômage. Et en concentrant la formation sur les salariés les moins payés qu’on accroîtra la valeur ajoutée et donc le vrai prix du travail. Le Premier ministre Manuel Valls s’est prononcé, dans le passé, pour un marché du travail moins régulé. Il est au pied du mur.
Et si la droite devenait enfin lucide ?
Et si la droite devenait enfin lucide ?
Deux défis se posent maintenant à la droite après l’espérance qu’elle a fait naître. La fin des querelles intestines et la construction d’un vrai projet de société.
Ces élections municipales sont à marquer d’une pierre blanche sur le long chemin de la reconquête. La gauche a pris une raclée historique au cours de ces deux premiers dimanches de printemps. Certains de ses bastions ont désormais un maire de droite. Le président de la République est désavoué dans sa politique, son comportement, ses mensonges, sa légèreté et surtout pour l’insupportable division qu’il a créée au sein du pays. Et ce n’est pas son nouveau premier ministre qui va pouvoir changer la donne, tant sa feuille de route est impossible à tenir entre un cap social-démocrate confirmé et de nouveaux gages donnés à un électorat de gauche en perdition.
Tous ces éléments devraient sonner le réveil de la droite et sa mise en marche ordonnée pour une alternance dès 2017. Déjà un certain nombre d’hypothèques ont été levées avec ce scrutin. D’abord la conduite de l’UMP par Jean-François Copé ne souffre plus la moindre contestation. Le maire de Meaux avait demandé à être jugé à l’aune du résultat de ces municipales. Aujourd’hui ses amis n’ont plus qu’à le féliciter et ses détracteurs à cesser leurs mesquineries. Ensuite la ligne politique de la droite parlementaire, plus décomplexée qu’elle n’a été, mais intransigeante sur le refus du front républicain comme d’éventuelles alliances avec le Front national, a été plébiscitée par les électeurs. Non seulement ils ont donné leurs voix sans difficulté pour des candidats UMP, mais en plus ils ont voté utile en cas de triangulaire. Enfin la dynamique qui s’est créée devrait maintenant s’amplifier à l’occasion des européennes, des sénatoriales, puis des régionales. D’autant plus que Manuel Valls va vite se heurter contre le mur d’une réalité qui le dépasse. Et sa suffisance ne comblera pas son insuffisance en matière économique.
Malgré tout, un peu de lucidité n’est pas superflu. Le vote qui s’est exprimé à l’occasion des municipales est un vote de rejet, voire de colère, mais rarement un vote d’adhésion à des idées. D’autant plus qu’à l’heure qu’il est, les électeurs seraient bien en peine de définir les idées de la droite. Si elle en a. Bien sûr les ténors de l’UMP ont bâti à la fin de l’année passée une plate-forme économique pour redresser le pays en cas d’alternance, où figure un mélange de vieilles mesures, de voeux pieux et de bonnes intentions. Bien sûr un certain nombre de conventions ont permis aux élus de mettre à jour leur logiciel sur des sujets comme la défense, la famille ou la justice. Mais la droite, toute la droite, souffre toujours du même handicap que les électeurs expriment dans certaines enquêtes d’opinion et qui se traduit par la question suivante : pourquoi devrait-on croire à votre programme alors qu’entre 2002 et 2012 vous n’avez pas mis en oeuvre vos promesses ?
Deux défis se posent donc maintenant aux élus et responsables de droite après l’espérance qu’ils ont fait naître dans toute la France sous cette douceur printanière. Le premier, c’est de construire enfin l’union et de faire cesser les querelles intestines dont les Français n’ont rien à faire. Les ambitions personnelles ont naturellement toute leur place dans la vie politique. Les différences d’appréciation et de personnalité sont plus que souhaitables. En revanche, les combats de coqs, les coups bas, les guerres de clans sont devenus un véritable crime contre l’esprit à un moment où s’ouvre un boulevard pour la reconquête du pouvoir. Ceux qui entretiendraient la division porteraient une lourde responsabilité au moment où les sympathisants de droite devront choisir leur champion pour la présidentielle de 2017.
Le second défi, c’est de bâtir enfin un programme qui soit à la hauteur de l’attente qui s’est exprimée dans le pays. Par leur vote, beaucoup de Français ont exprimé leur désarroi après deux ans de foutoir socialiste. Ils ont voulu montrer à quel point ils en avaient assez de voir leur revenu spolié par une fiscalité démoniaque, le chômage exploser et l’immigration battre tous les records. Ils ont aussi voté des deux mains contre les mesures sociétales si chères à François Hollande et à sa clique : le “mariage pour tous”, la fin de vie ou le laxisme en matière de politique pénale. De fait, ils ont exprimé qu’ils avaient besoin d’autorité et de responsabilité. Ils ont signifié qu’ils avaient besoin d’ordre, dans les comptes publics comme au contrôle des frontières. Ils ont indiqué qu’ils en avaient assez que la France chasse ses talents et serve de pompe aspirante à tous les professionnels de l’assistanat. À la droite maintenant d’apporter des réponses à toutes ces préoccupations. Des réponses fortes. Des réponses claires. Des réponses enfin crédibles.
L’improbable opération de sauvetage
L’improbable opération de sauvetage
Les commandes sont à l’Élysée. C’est François Hollande qui devrait se “remanier”. Le problème est qu’il devrait faire l’inverse de ce qu’il a fait depuis deux ans.
L’histoire retiendra sans doute que la préfiguration de la nomination de Manuel Valls à la succession de Jean-Marc Ayrault a eu lieu deux mois avant la “raclée” des municipales. C’était le lundi 3 février, au lendemain de la puissante mobilisation de La Manif pour tous à Paris et à Lyon. Manuel Valls fut le premier à annoncer, au micro de RTL, qu’il n’y aurait plus de loi sur la famille (PMA, GPA et autres sottises). Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, lui répondit aussitôt sur une autre antenne que le ministre de l’Intérieur ferait mieux de rester dans son rôle et de respecter la règle du jeu. Le même jour, Jean-Marc Ayrault déjeunait à l’Élysée et François Hollande trancha en faveur de Valls : il fallait en effet ajourner le projet de loi sur la famille.
Dans le Monde du lendemain, Valls expliqua la pensée de Hollande : « On ne peut pas faire comme si le débat sur le mariage pour tous et la filiation n’avait pas laissé des traces. Dans une société fracturée, François Hollande a décidé d’éviter des débats non maîtrisés qui représentaient un vecteur supplémentaire de perturbation dans les mois qui viennent. » C’était clairement dit, mais le mal était fait, on l’a vu par l’ampleur de la tempête électorale qui s’est produite les 23 et 30 mars. Une fois la vague retirée, la plage sur laquelle se présente Manuel Valls est couverte de débris.
Contrairement à ce qui se répète partout, le chômage et les impôts ne suffisent pas à expliquer ce désastre. La gauche doit en chercher les causes au plus profond de l’inquiétude des Français quant à leur identité, à leur idée de la famille, des fondements de leur histoire, de leur culture et de la vie en société. La théorie du genre, qui veut faire des petits garçons des petites filles et vice versa, associée à une débauche de campagnes publicitaires, d’émissions, de films et de feuilletons provocants et destructeurs, a autant contribué à la défaite que le chômage. De cette sanction justifiée, le nouveau gouvernement va-t-il tirer la leçon ? Au moins, François Hollande reconnaît-il cette « crise civique et même morale » dont souffre la France.
La dernière carte souvenir laissée par l’équipe Ayrault l’aura été sur le perron de l’Élysée par une ministre qui sera ainsi sortie de l’anonymat. Le soir même où la France venait d’offrir un dîner d’État en l’honneur du président chinois et de son épouse, Mme Nicole Bricq confiait à la femme du premier ministre, parlant du dîner qui avait été servi : « C’était dégueulasse. » Anecdotique ? C’était dit par une ministre de la République, qui plus est ministre du Commerce extérieur, et le mot allait naturellement faire le tour de la planète médiatique. Cela révélait non seulement la vulgarité, mais aussi la morgue d’un personnel politique qui se moque du rang du pays et du travail des autres. Rien n’est plus sensible à l’électorat populaire que ce langage qui n’aura fait rire que les électeurs de Mme Hidalgo. La vague bleue aura eu le mérite d’envoyer au piquet tous les “Bricq” au pouvoir.
M. Valls saura-t-il y mettre de l’ordre ? On lui reconnaît du caractère et de l’autorité. Son bilan de ministre de l’Intérieur ne plaide guère en sa faveur. Ancien directeur de campagne de François Hollande, formé au cabinet de Lionel Jospin, il a pu mesurer dans sa circonscription de l’Essonne la dimension de la défaite socialiste. Son député suppléant, Carlos Da Silva, qu’il avait soutenu par une activité intense, a mordu la poussière à Corbeil-Essonnes, sèchement battu par Jean-Pierre Bechter, l’héritier de Serge Dassault.
Quelle sera sa liberté ? François Hollande lui demande de sauver son “quinquennat à l’envers”. Mais à peine était-il nommé que le président de la République annonçait à la télévision qu’il ajoutait un pacte de solidarité pour compenser son pacte de responsabilité. Compenser, parce que la gauche n’a rien compris au pacte de responsabilité et que son aile gauche le combat. Or, la France n’a pas le moindre euro pour financer ce nouveau pacte alors que le précédent ne l’est toujours pas sans les 50 milliards d’économies. L’impasse est totale. La France n’a pas atteint ses objectifs de déficit, elle est sous “surveillance renforcée” à Bruxelles (seul État européen à l’être avec la Slovénie) et elle doit présenter sa trajectoire budgétaire le 30 avril devant la Commission.
Manuel Valls a pour seul atout d’être un nouveau premier ministre — pour le reste, il n’a rien. Les commandes sont à l’Élysée. « J’en assume la totale responsabilité », dit François Hollande. Il devrait donc commencer par se “remanier”. Le problème est qu’il devrait faire l’inverse de ce qu’il a fait depuis deux ans. C’est ce que les électeurs lui ont dit. S’il échoue avec Valls, il ne lui restera qu’une option : la dissolution.
Montebourg, Fabius et le Commerce extérieur : le 1er couac du gouvernement Valls ?
Fraîchement nommé ministre de l’Economie, du Redressement productif et du Numérique, Arnaud Montebourg était déjà en train de s’écharper mercredi avec son collègue en charge des Affaires étrangères et du Développement international, Laurent Fabius. Les deux hommes se disputaient le Commerce extérieur. Plus de détails.

Ils voulaient tous les deux la même chose, mais au final un seul l’a obtenue Alors que la composition de la nouvelle équipe gouvernementale "resserrée" a été annoncée mercredi, certains ministres n’auraient pas été pleinement satisfaits de leurs attributions. Nommé en charge de l’Economie, du Redressement productif et du Numérique, Arnaud Montebourg louchait en effet sur le Commerce extérieur. Et il n’était pas le seul. Laurent Fabius, à la tête des Affaires étrangères et du Développement international souhaitait également avoir ce ministère sous son aile.
Dans le flou jusqu'à ce jeudi matin
Mais alors que l’identité de celui ou celle qui serait en charge le Commerce extérieur n’a pas été dévoilée mercredi, dans la foulée de l’annonce des 16 nouveaux ministres, Arnaud Montebourg a pris les devants. En effet, son entourage a rapidement fait savoir à l’AFP que le nouveau ministère dont il venait d’hériter incluait le Commerce extérieur. Problème, car moins d’une heure après le ministère de Laurent Fabius informait à son tour l’agence de presse que c’était lui qui en avait la charge. Un véritable flou s’est alors installé dans la sphère politique. Les deux ministres se disputant la même part du gâteau sans que personne ne soit ne mesure de dire à qui celle-ci revenait. "Les décrets d’attribution des compétences des ministres sont en cours de rédaction et c’est très délicat car des pans de Bercy vont passer sous le contrôle du quai d’Orsay", avait d’ailleurs confié une source de l’Economie
Mais alors que l’identité de celui ou celle qui serait en charge le Commerce extérieur n’a pas été dévoilée mercredi, dans la foulée de l’annonce des 16 nouveaux ministres, Arnaud Montebourg a pris les devants. En effet, son entourage a rapidement fait savoir à l’AFP que le nouveau ministère dont il venait d’hériter incluait le Commerce extérieur. Problème, car moins d’une heure après le ministère de Laurent Fabius informait à son tour l’agence de presse que c’était lui qui en avait la charge. Un véritable flou s’est alors installé dans la sphère politique. Les deux ministres se disputant la même part du gâteau sans que personne ne soit ne mesure de dire à qui celle-ci revenait. "Les décrets d’attribution des compétences des ministres sont en cours de rédaction et c’est très délicat car des pans de Bercy vont passer sous le contrôle du quai d’Orsay", avait d’ailleurs confié une source de l’Economie
Mais c’est finalement Laurent Fabius qui a obtenu gain de cause. Invité d’Europe 1 ce jeudi matin, le nouveau porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a en effet assuré que l’ancien portefeuille de Nicole Bricq sera finalement sous la tutelle du Quai d’Orsay. "Le Commerce extérieur est désormais du domaine de l’international", a-t-il affirmé.
Vidéo sur le même thème : la stratégique nomination d'Arnaud Montebourg à Bercy
Trois raisons d’être optimiste
Trois raisons d’être optimiste
Le ton "pessimiste" de mes billets m’est parfois reproché. Je récuse totalement ce mot: observant la vie politique, comme tant d’autres, je suis tout simplement pétrifié par ce que je vois. J’ai le sentiment d’être réaliste et non pessimiste. Une question fondamentale me vient à l’esprit: se rendent-ils compte de l’impression générale qu’ils suscitent? Franchement, je n’en sais rien. On est soit dans le cynisme, soit dans l’aveuglement. Je préfererais quand même la seconde hypothèse. Pour sortir un peu de la morosité et de la révolte, cherchons trois raisons, cette fois, hors de la sphère politique, d’être "optimiste":
Première: sans verser dans la démagogie ni généraliser à l’excès, j’ai le sentiment que la nouvelle génération, celle des jeunes actuels (moins de trente ans), apporte un souffle nouveau: rejetés, condamnés par le chômage de masse, ils manifestent une volonté et et une lucidité étonnante, sans illusion, comptant sur leur caractère et leur courage pour s’en sortir. Je parle d’expérience personnelle, en particulier au contact de mes étudiants.
Deuxième: derrière la morosité sinon le désespoir ambiants, la France prend toute sa part à l’innovation, à l’essor des technologies de pointes, à la création d’entreprises dans le secteur numérique. L’économie et la science françaises remportent des succès impressionnants dont on parle peu (voir le dernier n° d’Alternatives Economiques, avril 2014)
Troisième: un phénomène majeur passe inaperçu, celui du décollage économique du continent africain, avec un taux de croissance de plus de 5% par an depuis une décennie, l’augmentation du cours des matières premières, l’essor de l’industrialisation des technologies et d’une classe moyenne. Bien sûr, ce phénomène touche inégalement les régions, mais quand même, le dynamisme nouveau du continent africain, auquel nous les Français sommes particulièrement attachés pour des raisons historiques, linguistiques, culturelles, est une excellente raison de croire en l’avenir.
Remue-ménage(s)
Remue-ménage(s)
Manuel Valls a étrenné médiatiquement, hier soir, ses habits de Premier ministre sur le plateau du JT de TF1. Il s'y est montré décidé et énergique, mais sans la moindre aspérité, très respectueux du verbe présidentiel dont, pour l'essentiel, il a repris les grands axes. Rien qui ne rappelle ses incartades passées. Rien sur ce vaste remue-ménage(s) des dernières heures qui a finalement débouché sur la banale reconduction d'une majorité de ministres sortants. Douloureux pour Jean-Marc Ayrault qui, plus que jamais, est apparu comme la seule victime expiatoire du désastre électoral. Bien pire, certains ont pris du galon, sans doute en récompense de leurs bons et… déloyaux services.
Rien non plus sur les choix imposés par l'Élysée et les subtils dosages politiques. Tout simplement parce que Manuel Valls a dû payer sa « captation » du poste de Premier ministre d'un effort de soumission aux desiderata de François Hollande. Manuel Valls s'est accommodé, si vous nous passez l'expression, de la constitution d'un gouvernement « tuyau de poêle » avec instauration de « couples » improbables ou de raccommodages spectaculaires.
Disant cela, on ne pense pas spécialement au retour singulier de Ségolène Royal, autorisé par la liberté retrouvée du père de ses enfants. On visera plutôt cet assortiment de Michel Sapin, l'orthodoxe, aux Finances, avec Arnaud Montebourg, l'iconoclaste antimondialiste. Arnaud Montebourg qui n'a pas tardé à jouer des coudes. On y ajoutera le maintien sans « bavures » de l'icône Christiane Taubira à la Justice, malgré de lourds contentieux avec son nouveau « patron ».
Plus contrariant encore, les ministres écolos ont tourné les talons en dédaignant l'offre aguichante de Manuel Valls, resté muet sur le sujet hier soir. Cécile Duflot, qui faisait pourtant bon ménage avec François Hollande, s'est dérobée pour mieux servir sa stratégie personnelle, ignorant les intérêts d'EELV. Au total, le gouvernement unicolore de Manuel Valls, à l'incertain soutien parlementaire, porte bien la « patte » hollandaise : celle de la synthèse des… impossibles.
Modèle social? Quel modèle?
Savez-vous ce qu’est un marronnier ? Dans le monde de la presse, tel l’arbre qui produit chaque année ses fruits, c’est un sujet qui paraît régulièrement dans les colonnes d’un journal. Le monde politique a lui aussi ses marronniers, parmi lesquels le fameux modèle social, terme autrement plus évocateur et attirant — surtout depuis l’étranger — que celui d’État providence. François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande : tous ont, un jour ou l’autre, vanté les mérites du modèle social français. Le 31 mars, venu annoncer la nomination de Manuel Valls, François Hollande a rappelé qu’il fallait certes « mettre en oeuvre le programme d’économies budgétaires » mais qu’il fallait surtout « préserver notre modèle social ». Mais de quoi parle-t-on exactement ?
Financé à coup de milliards d’euros, quitte à augmenter l’endettement français jusqu’à près de 2 000 milliards (soit 93,5 % de la richesse nationale), le modèle social permet surtout de maintenir le couvercle sur une marmite portée à ébullition depuis des années, d’acheter la paix sociale. Le prix à payer est très élevé… Les comptes de la Sécurité sociale sont fortement déficitaires, comme ceux des différents régimes de retraite et ceux de l’assurance chômage…
Les (maigres) résultats, on les connaît… Vit-on mieux ? Non ! Le taux de chômage, durablement installé au-dessus de 8 % depuis vingt ans, est aujourd’hui supérieur à 11 %, il se monte à 25 % chez les jeunes de moins de 25 ans ; la peur de perdre son emploi est à son maximum chez les salariés ; le nombre de personnes vivant en France au-dessous du seuil de pauvreté ne fait qu’augmenter ; 20 % des élèves entrent au collège en ne sachant pas lire ou en ayant une compréhension insuffisante du texte. Le moral des Français et des entreprises n’a jamais été aussi bas.
Parce que les gouvernements successifs n’ont pas engagé les réformes nécessaires, le fameux modèle social français, celui que tout le monde nous envierait, n’a jamais soigné… Au mieux, il entretient la précarité, au pire, il l’aggrave, car il rend la pression de plus en plus intolérable sur ceux qui le financent.
C’est-à-dire nous,
les contribuables.
Le fascisme selon Belkacem…
Sectarisme. La phrase de Najat Vallaud-Belkacem qui avait estimé, au soir du premier tour des élections municipales, que les futurs maires Front national « obliger[aient] les enfants à manger du jambon à la cantine » et « abonner[ aient] les bibliothèques municipales à Minute », a suscité nombre de sarcasmes.
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| La petite fachiste. |
Au Front national, en revanche, on s’amuse de la grande discrétion de la ministre sur les politiques ultra-communautaristes développées par les maires de gauche au niveau local. Et certains cadres du FN de citer les créneaux horaires mis en place par Martine Aubry à Lille « pour que ces femmes [musulmanes] gagnent et acquièrent leur émancipation », la réquisition par le maire PS de Décines-Charpieu, dans la banlieue de Lyon, du gymnase du lycée pour l’Aïd el-Kébir, en octobre 2013, la remise en cause de la loi sur la burqa par certains élus de la majorité lors de la flambée de violences à Trappes, en juillet 2013, etc.
Mauvais augure
Mauvais augure
Pendant quelques heures, entre la nomination du Premier ministre et celle du Gouvernement, j’ai ressenti comme une bise fraîche et légère venue des sommets, un air mystérieux, impalpable, lointain de début de renouveau possible de la vie politique française. Sans parler de miracle, de révolution, d’une ère nouvelle ou d’homme providentiel, cette petite sensation de printemps, souffle presque imperceptible, me faisait plaisir. N’étant pas quelqu’un de sectaire (mot synonyme à mes yeux de crétin), j’ai ressenti un vague espoir, le commencement d’une infime lueur d’espérance. A 11 heures et quart, découvrant la liste des ministres, je suis retombé comme une masse de mon nuage. Mes commentaires n’auraient ici aucun intérêt: tout a déjà été dit. Ah si, un point! Je suis en total désaccord avec ceux qui comparent cela à la IVe République. Ce que nous vivons aujourd’hui est pire que les moments les plus dégradés de la IVe République. Au moins, les fautes, le ridicule et les échecs étaient sanctionnés. Je ne sais pas comment, ni quand, mais j’ai désormais l’impression que la dernière chance vient de passer et que tout cela, je le crains fort, va inéluctablement mal finir.
jeudi 3 avril 2014
Quelle tambouille !
Quelle tambouille !
L’hyperactif Manuel Valls finira-t-il dévoré par le hollandisme émollient ? Déjà corseté par une feuille de route stricte, placé sous haute surveillance par Bruxelles, le nouveau Premier ministre se retrouve à la tête d’un gouvernement qui fleure bon la cuisine élyséenne. Une dose de revival mitterrandien avec un gouvernement « resserré » de 16 ministres, 16 comme à l’époque de Pierre Mauroy après le tournant de la rigueur. Un zeste d’esprit de congrès avec cet art consommé de la synthèse entre courants du PS, d’équilibrisme entre soutiens de l’Elysée et de Matignon. Un doigt de nouveauté pour assurer aux Français que « le message a été entendu » via l’entrée de deux éléphants en gage de professionnalisme et la promotion de deux hussards de l’aile gauche à l’adresse des classes populaire. Quelle tambouille !
Du classique, diront les vieux briscards de la Ve République. Mais si au même titre que le choix du Premier ministre, le casting gouvernemental est un signal, comment ne pas s’interroger sur cette « nouvelle étape » et ses priorités quand tant d’experts voient la France au bord de l’abîme ? La bataille de l’emploi : reléguée au huitième rang protocolaire. Le redressement des finances publiques : confié à un troisième ministre en moins de deux ans. La cohésion de Bercy : à la merci d’une cohabitation interne délicate. La modernisation du millefeuille administratif : laissée en jachère. Pour le combat contre le chômage, la croissance molle et l’angoisse sociale, les symboles de mobilisation sont ténus. Au fond, le départ bienvenu des ministres écologistes constitue le seul choc. De quoi simplifier - un peu - la tâche d’un exécutif bien mal né.
Passation sans effusion
Passation sans effusion
Entre Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, ce fut une passation sans effusion. Pas de chaleureuse étreinte entre les deux hommes, mais juste ce qu'il fallait de courtoisie républicaine. C'était beaucoup mieux comme cela, car personne n'aurait cru à ces accolades aussi démonstratives qu'hypocrites qui dissimulent trop souvent les rivalités de personnes. Ce fut donc sobre dans la forme et assez rondement mené. Assez pour que l'on sente que les tensions des dernières heures n'étaient pas encore retombées. Une pointe de ranc'ur affleura même dans les propos de Jean-Marc Ayrault lorsqu'il souligna n'avoir agi qu'au seul service de la France, conformément aux orientations du président de la République.
Tout était dit par rapport à son ambitieux successeur dont, nullement dupe, il écouta le discours convenu avec un sourire figé et vaguement narquois. Au fond, Jean-Marc Ayrault aura péché par excessive docilité et loyauté envers François Hollande. Il fut un Premier ministre aux ordres à qui il manqua seulement… des ordres clairs. Il aura été victime de cette incertitude où le laissèrent trop souvent les arbitrages flous du président.
Rien de tel ne devrait arriver avec Manuel Valls, capable de décider pour deux. C'est tout le pari hasardeux tenté par François Hollande. C'est aussi la raison des oppositions farouches à l'avènement de l'ancien locataire de la place Beauvau. Et cela explique les difficultés éprouvées pour constituer le prochain gouvernement.
Que de tractations, de marchandages et parfois de chantages ! Mais là encore, toute la confusion provient de l'absence de clarté d'une ligne politique que François Hollande a, dans la précipitation, réorientée vers le social sans abandonner sa vision plus libérale. D'où les pressions des Verts, champions des manigances, et de l'aile gauche du PS. Tout volontaire qu'il soit, Valls pourra-t-il composer un gouvernement pluriel avec une majorité qui l'est de moins en moins ? Seul, il ne saurait y parvenir. Osera-t-on dire que, sous la V e, il ne peut y avoir de bon Premier ministre sans bon président.
Tournant de la vigueur
Tournant de la vigueur
Fin de la Valls hésitation ! Au terme d'une journée particulièrement pagailleuse, qui en dit long sur l'absence d'anticipation de la déroute électorale, François Hollande a annoncé la nomination de Manuel Valls à Matignon au cours d'une brève allocution télévisée. En l'occurrence, c'est tout l'habituel protocole entourant un changement de gouvernement qui a été « enjambé ». Point d'annonce officielle, mais une lettre de démission de Jean-Marc Ayrault acheminée par porteur à l'Élysée et un communiqué lapidaire d'une ligne. Preuve d'un congédiement ressenti comme un peu brutal par le trop loyal Ayrault, évincé… par Valls.
Parce qu'on a le sentiment que c'est un peu Manuel Valls qui s'est nommé à Matignon, tant l'ex-ministre de l'Intérieur avait mis d'ardeur, depuis longtemps, à anticiper le remaniement et à se positionner. Si François Hollande a paru tergiverser jusqu'à la dernière minute, c'est qu'il ne connaît que trop les inconvénients d'un choix qui est le pire de tous… à l'exception de tous les autres. Dans un contexte de traumatisme post-électoral, Manuel Valls disposait des meilleures armes.
Voilà pourquoi, en dépit des risques, François Hollande a choisi Valls pour conduire un « gouvernement de combat » « resserré, cohérent, soudé ». Sûr que le nouveau Premier ministre se laissera moins « contourner » que son prédécesseur par le chef de l'État, mais il sera, par affinité, le solide garant de la ligne sociale-démocrate. Car l'important a tenu dans la réaffirmation par François Hollande de la nécessité du pacte de responsabilité.
Pas sûr, cependant, que « l'inflexion » promise par François Hollande pour répondre à la revendication pavlovienne de « justice sociale » suffise à calmer une aile gauche du PS et des Verts prêts à faire sécession. Le « clivant » et renfrogné Manuel Valls va devoir consentir des efforts pour se montrer socialo-écolo-compatible. Et puis, après la constitution du gouvernement, promise à quelques soubresauts, il restera le plus dur à faire pour l'exécutif : s'assurer d'une majorité pour soutenir ce nouveau tournant… de la vigueur !
Au ministre inconnu
Au ministre inconnu
Tout remaniement a un avantage certain : il permet de découvrir des ministres qui viennent d’être remerciés et dont personne n’avait jamais entendu parler. Leur gloire nait de leur insignifiance et ils disparaissent sans être apparus, ce qui est assez fort. Cette situation est plus importante que l’on ne le croit : quelques cinq cents personnalités différentes ont occupé des postes ministériels dans les trente-six gouvernements de la Vème République. Si la mémoire se souvient d’un dixième, c’est le bout du monde. Aux oubliettes, les autres. Il faut en finir avec cette injustice. Aussi serait-il moral d’ériger un monument contenant le tombeau du ministre inconnu. L’idéal serait l’Arc de Triomphe. Mais la place est déjà prise. Et rien n’assure que tous sont morts au combat.
Couac au gouvernement: Ségolène Royal veut rester présidente du Poitou-Charentes
Avec la nouvelle ministre de l'Ecologie Ségolène Royal, le Poitou-Charentes s'invite au gouvernement... Sans Mia Electric mais avec une polémique à la clé: elle souhaiterait cumuler son nouveau titre avec le mandat de présidente de région.
Ségolène Royal est fière du Poitou-Charentes. Elle a fait de nombreuses allusions à sa région de coeur lors du discours qu'elle a prononcé à l'occasion de son installation au ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie. Et ce n'est pas son nouveau statut de ministre du gouvernement de Manuel Valls qui pourra la faire renoncer au mandat de présidente de cette région.
"On continue comme avant", indique Maryline Simoné, porte-parole de la région et vice-présidente du Conseil régional, interrogée par Sud-Ouest. Interrogée par France Bleu La Rochelle, cette dernière l'a encore confirmé dans la journée.
François Hollande fera-t-il une exception à la règle du non-cumul pour son ex-compagne? "Moi, président de la République, les ministres ne pourraient pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local (...) parce que je considère qu'ils devraient se consacrer pleinement à leurs tâches", avait-il pourtant déclaré le président de la République lors du débat de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2012. Le non-cumul des mandats relève de la "morale politique", avait souvent souligné Ségolène Royal... avant d'entrer au gouvernement.
"Gouvernement de combat: ministres à plein temps?", s'est aussitôt interrogé Jean-Pierre Raffarin, sénateur UMP de la Vienne, sur Twitter. "Je demande à Madame Royal d'être cohérente avec sa ligne de conduite du non cumul de mandat! J'espère qu'elle se respectera!", a renchéri la conseillère régionale UMP de Poitou-Charentes Sally Chadjaa.
Marais poitevin et Mia Electric
La nouvelle ministre a aussi profité de son discours pour faire des clins d'oeil appuyés au Poitou-Charentes. En déroulant son CV écologique locale, elle a notamment évoqué la préservation du marais poitevin et le secteur de la voiture électrique made in France... sans citer nommément la Mia Electric, fabriquée dans sa région.
Le constructeur, liquidé le 12 mars dernier, est toujours à la recherche d'un repreneur. Ce qui fait dire à Dominique Bussereau, député UMP de Charente-Maritime, sur Twitter: "La médiocre politique écologique de Ségolène Royal en Poitou-Charentes illustrée par l'échec de la Mia électrique sera-t-elle transposée?" Et d'ajouter sur France Bleu La Rochelle: "J'avoue que le bilan écologique de Mme Royal en Poitou-Charentes me laisse dubitatif. La région est classée 18ème sur 23".
Ségolène Royal avait d'ailleurs promis d'arriver dans l'hôtel du 246, boulevard Saint Germain équipée de sa Mia... "J'arriverai en Mia Electric", avait-elle confié à La Nouvelle République dans la matinée. Mais elle a finalement laissé ce véhicule au garage au profit d'une Berline Renault plus classique. Renoncera-t-elle aussi facilement à la présidence de la région Poitou-Charentes pour éviter un premier couac au nouveau gouvernement de Manuel Valls?
Mamère et Filoche en colère contre le nouveau gouvernement
Coup de gueule. Pour Valeurs actuelles, ce sont deux poids lourds de la gauche qui confient leur sentiment face au nouveau gouvernement : Gérard Filoche, membre du bureau national du PS, et Noël Mamère, Vert, député de Gironde et maire de Bègles.
La « grande gueule » Gérard Filoche, à la gauche du Parti Socialiste, est très sévère contre Manuel Valls : «Le choix d’un premier ministre qui n’a fait que 5 % des voix à la primaire socialiste est hardi. Surtout que, dans les sondages est davantage apprécié par la droite que par la gauche (…) Cela ne ressemble pas à (…) une carte de transition, à griller dans les mauvais jours ou le quinquennat à la recherche du « redressement » ne rencontre pas de résultats » et d’estimer que « le gouvernement, le PS, et toute la gauche à leur suite, vont dans le mur ». Il juge également sévèrement la politique d’Hollande : « C’est une politique de soumission à la finance au nom du prétendu « redressement » à la mode de la troïka UE, BCI, FMI. C’est une politique qui fait mal au peuple, aux salariés et qui est tournée vers la séduction du Medef et des banquiers ».
La « grande gueule » Gérard Filoche, à la gauche du Parti Socialiste, est très sévère contre Manuel Valls : «Le choix d’un premier ministre qui n’a fait que 5 % des voix à la primaire socialiste est hardi. Surtout que, dans les sondages est davantage apprécié par la droite que par la gauche (…) Cela ne ressemble pas à (…) une carte de transition, à griller dans les mauvais jours ou le quinquennat à la recherche du « redressement » ne rencontre pas de résultats » et d’estimer que « le gouvernement, le PS, et toute la gauche à leur suite, vont dans le mur ». Il juge également sévèrement la politique d’Hollande : « C’est une politique de soumission à la finance au nom du prétendu « redressement » à la mode de la troïka UE, BCI, FMI. C’est une politique qui fait mal au peuple, aux salariés et qui est tournée vers la séduction du Medef et des banquiers ».
Le nouveau gouvernement n’est pas le plus important pour Gérard Filoche : «Le casting du gouvernement est secondaire. 14 ministres sur 16 étaient déjà au cœur de toute la politique appliquée depuis 20 mois (…) Bonne chance à Ségolène Royal pour défendre une transition énergétique – sans les écologistes d’EELV. Et espérons que François Rebsamen corrigera les bévues de Michel Sapin (…)».
Sur le départ de Jean-Marc Ayrault, le constat est moins sévère : «A la lumière de ce qui s’annonce, j’ai presque tendance à avoir des regrets. C’était un premier ministre droit et de qualité, honnête et travailleur même si je ne partage pas l’orientation qu’il a été amené à mettre en œuvre » et Gérard Filoche de conclure : « J’ai peur maintenant pour l’avenir car il semble que le cap ne soit toujours pas mis vers la gauche (…) Le choix devant nous c’est : cap à gauche ou cap suicide ».
L’écologiste Noël Mamère : « ce qui nous était proposé n’était qu’un piège »
Le député de Gironde ne regrette pas l’absence des Verts dans le nouveau gouvernement : « (…) Cette organisation me confirme que les Verts et les écologistes ont eu raison de ne pas participer à ce gouvernement. Il suffit de regarder l’importance accordée à monsieur Montebourg (…) pour se rendre compte que ce qui nous était proposé comme un grand ministère de l’écologie n’était qu’un piège. » et Noël Mamère de poursuivre : « Oui, je parle de piège ! Rien n’a changé dans le discours du président de la République au lendemain de la raclée de dimanche, et on reste toujours sur des orientations qui ne sont pas conformes à ce que nous attendions ».
L’accord avec le Parti Socialiste en 2011 ? « C’est le manche du râteau qui nous revient dans la figure »
Il juge également bancal l’accord passé avec le Parti Socialiste en 2011 : « On est en train de découvrir toutes les ambiguïtés et tout le malentendu de l’accord que nous avons passé avec le parti socialiste en 2011, qui s’était attaché à mettre de côté nos désaccords et qui était plus un accord électoral que programmatique. Aujourd’hui, le manche du râteau nous revient dans la figure (…) La gauche « hollandaise » n’a pas intégré le logiciel écologique ».
Lorsqu' on demande ce qu’il attend du nouveau gouvernement mis en place aujourd’hui, sa réponse est claire : « Malheureusement, je n’attends plus grand-chose. Nous avons attendu 22 mois, nous n’avons rien vu venir, je ne pense pas que ce soit aujourd’hui, où la majorité est extrêmement fragilisée, que nous verrons venir beaucoup de choses ». Quid de leur collaboration avec les socialistes ? « C’est en fonction de ce qui se passera, des politiques qui sont menées. Nous sommes un soutien sans participation. Comme l’a dit Madame Emmanuelle Cosse, nous sommes des partenaires vigilants. Tenus par rien ni par personne ».
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