TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 15 décembre 2012

Battage sur l'accessoire, flou sur l'essentiel : quand donc François Hollande finira-t-il par s'attaquer aux réformes dont la France a besoin ?

Alors que François Hollande est au plus bas dans les sondages, Jean-Pierre Chevènement explique que le président ne s'occupe que de problèmes périphériques. Et les Européens, les entreprises et les agences de notation de s'impatienter.
Les semaines se suivent et la situation française n’en finit pas de se dégrader. Personne ne comprend ce qui se passe au niveau de l’Etat et de la haute administration.
François Hollande pourrait passer une partie de son week-end à éplucher les derniers sondages et regretter qu’il ne soit plus soutenu que par moins d’un tiers des Français que ça n’effacerait pas les erreurs politiques et l’absence de vraies décisions. C’est Jean-Pierre Chevènement qui a assez bien résumé la situation vendredi soir en regrettant que le chef de l’État ne s’occupe que de problèmes périphériques et marginaux. Bref il amuse la galerie et gagne du temps en permanence. La politique doit servir à autre chose qu'à dissimuler la poussière sous les tapis.
Et c’est vrai. Pourquoi se mêler des préoccupations judiciaires de sa compagne au point d’envoyer une lettre au juge chargé de traiter cette affaire de diffamation.  Plus grave encore, pourquoi demander à son ministre de l’Intérieur de témoigner par écrit de sa bonne foi. Tout cela est surréaliste. Pourquoi intervenir aussi maladroitement dans le dossier des aciéries de Florange au point de discréditer une décision qui n’était pourtant pas si mauvaise et de se mettre tout le monde à dos. Pourquoi s’entêter à présenter un projet de loi mal ficelé sur le mariage pour tous. Pourquoi s’abaisser à critiquer la décision de Gérard Depardieu de s’expatrier en Belgique sans s’interroger sur les vraies raisons qui poussent tant de Français à l’exil fiscal. Pourquoi menacer les riches. Faudra-t-il aussi un jour interdire aux jeunes diplômés français de partir à l’étranger prendre des jobs qu'ils ne trouvent pas en France ? (80% des effectifs sortis des grandes écoles en Juin 2012 sont partis s’installer hors de nos frontières). Faudrait-il empêcher les retraités de la classe moyenne de résider au Maroc comme ils le font de plus en plus…
Pourquoi accepter que l’équipe gouvernementale se contredise pratiquement tous les jours sur des sujets qui ne sont d’ailleurs pas primordiaux ce qui laisse l’impression d’un énorme désordre. Pourquoi le président accepte-t-il d’être aussi mal conseillé, d'avoir un entourage aussi absent au point de le laisser déraper à ce point.  
Moi, Président Je...............
La grande majorité des Français sont déçus par un gouvernement qui n’a pas pu réaliser les promesses de campagne mais il fallait s’y attendre. Ils sont surtout déçus par la politique économique qui ne répond pas aux nécessités de la situation. Ils sont déçus par la politique sociale qui se délite dans le nombre de chômeurs qui s’accroît.
L’annonce faite par Fitch que la France va pouvoir garder sa notation AAA n’a impressionné personne. D'abord parce que les autres agences ont dégradé la France depuis plus d’un an, ensuite parce ce que le propriétaire de l’agence, le Français Marc de la Charrière a été automatiquement soupçonné de complaisance, ce qui est peut-être injuste. Enfin, quand on lit les attendus de l’agence, le diagnostic est sévère (on attend les réformes) et la menace est claire (sans preuve que la dépense publique va baisser, il faudra dégrader la France). D'où les remarques cacophoniques gouvernementales. D'un côté Pierre Moscovici qui fait semblant de ne pas avoir lu les attendus se félicite de ce triple A. François Hollande, lui, a dû les lire et du coup le prend de haut en disant que "la France ne se fera pas dicter sa politique par une agence de notation".
Les Français seraient prêts à accepter tous les efforts budgétaires et les réformes de structures si douloureuses soient-elles s’ils avaient le sentiment que la politique puisse à terme améliorer la situation. Mais depuis quelques semaines, les Français ne comprennent pas que le gouvernement ne fasse rien d’autre que de traiter des problèmes sociétaux ou des questions de morale et d'éthique (certes importants mais pas forcément de la première urgence).
L’urgence des urgences serait de sécuriser l’évolution économique. Ça passe par la solidarité européenne. François Hollande n’a convaincu personne en claironnant que le dernier sommet européen avait été un "bon sommet". Contrairement à ce qu'il a affirmé, ce n’est pas le président français qui a arraché la mise en place de la régulation bancaire. Cette réforme très importante avait été initiée par Michel Barnier, le commissaire à la concurrence, soutenue par Nicolas Sarkozy, puis plus récemment par Mario Monti. Angela Merkel a accepté de défendre le projet contre la promesse de ses partenaires qu'ils tiendront leurs engagements de réformes. Et au final, la réforme a été adoptée grâce à l’habileté de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne qui est ainsi devenu le banquier en dernier ressort. François Hollande aurait pu se féliciter publiquement de l’action de la Banque centrale qui devrait nous permettre d’amortir un peu la brutalité de la rigueur allemande et de mettre en place des systèmes de financements qui sont très proches des euro bonds.
Mais s’il l’avait fait, c'eût été reconnaitre publiquement un nouvel abandon de souveraineté inacceptable pour une grande partie de sa majorité.
Pourtant les faits sont têtus.
Apres avoir consenti la réforme budgétaire qui contraint les États membres à soumettre leurs lois de finances au contrôle de Bruxelles, la France a accepté de déléguer la surveillance de ses banques à la Banque centrale européenne.
Les choses ne se sont pas très bien passées à Bruxelles quand le president français a déclaré qu'on était sorti de la crise… Angela Merkel aurait déclaré pendant le dernier diner qu'on sortira de la crise quand un pays  comme la France nous aura démontré qu'il est capable d’assainir ses finances publiques à l'image de ce qui se passe aujourd'hui en Italie… Angela Merkel n'a d’ailleurs pas ménagé ses efforts pour assurer Mario Monti de son soutien contre les manœuvres ridicules mais dangereuses de Sylvio Berlusconi. Lequel agace plus qu'il n'inquiète. Les chefs d'États et de gouvernement souhaitent et pensent que Mario Monti finira pas se présenter et qu'il sera élu.
François Hollande aussi et c’est pour cette raison que du bout des lèvres il a reconnu les efforts faits par l’Italie pourtant gouvernée par un chef de gouvernement qui n’appartient pas à la gauche.
Bref les Français trouvent le temps de plus en plus long à Bruxelles où on leur a reproché une fois de plus d’être flous sur la strategie de politique économique, vagues sur les réformes à venir et incertains quant à la capacité de reduire la dépense publique. Cette attitude a été d'autant plus mal vécue par nos partenaires quand la délégation française a essayé d’ouvrir des dossiers de l’harmonisation fiscale.
Pour Francois Hollande et Pierre Moscovici, il s'agissait bien sûr de profiter du bruit mediatique fait par Gerard Depardieu et signifier aux militants socialistes français qu'ils n’allaient pas "se laisser impressionner par quelques riches qui fuient leur responsabilités nationales", la morale toujours. Mais ils ont précisé que la solution était plus européenne que francaise. Les Anglais, les Belges, les Allemands et les Italiens ne se sont pas privés de renvoyer poliment les Français dans les méandres de leur propre fiscalité. Mario Monti, ancien professeur d’économie, rappelait le théorème de Laffer : "les hauts taux tuent les totaux".
On espère à l'Élysée que le dossier va se refermer. On n’a d’ailleurs modérément apprécié l’émotion de Michel Sardou qui a complètement oublié les années passées en Floride. On sait surtout qu'il voulait s'offrir une publicité à bon compte pour remplir Bercy, ce qui était loin d’être le cas.
Les "forces vives du pays" comme on dit au moment des vœux ne décolèrent pas. Les syndicats considèrent que la mauvaise gestion du dossier Arcelor les met dans une position difficile. Ils sont obligés de durcir leur position alors qu’ils étaient prêts à finaliser les accords proposés par Michel Sapin qui va être obligé de mouiller sa chemise une fois de plus.
Les chefs d'entreprises ne tolèrent plus d’être ainsi en permanence cloués au pilori. La loi de finances qui a été votée cette semaine est selon les termes d’un grand patron français parti à Genève "une loi d’étranglement fiscal, y compris pour les créateurs de start-up". Et pour cause, contrairement aux promesses, les pigeons n’ont pas obtenu une modification de la taxation des plus-values. Finalement les pigeons vont donc se faire plumer. La majorité des chefs d’entreprises ne peuvent pas déménager mais tous y pensent. Les états-majors des grandes entreprises du CAC 40 ont informé François Hollande qu'ils étudiaient des déménagements soit en Grande-Bretagne soit aux Pays-Bas où beaucoup ont déjà acheté des locaux.
Fidèle à sa méthode, le président de la République va essayer la semaine prochaine de calmer le jeu et de gagner du temps.
Au niveau du parti socialiste, il reçoit dès lundi matin Bruno Leroux qui a de plus en mal à tenir le groupe socialiste à l’Assemblée nationale. L’offensive des députés fidèles a Ségolène Royal pour préparer une arrivée au gouvernement empoissonne les conseillers de l’Elysée qui n’avaient vraiment pas  besoin de cela pour brouiller encore plus les cartes. D’autant que Jean-Marc Ayrault est de plus en plus handicapé. Sur Arcelor, comme sur l’affaire de l’aéroport de Nantes, il n’a pas réussi à reprendre la main.
Au niveau des entreprises, François Hollande a cédé à l’invitation pressante  de l'Afep de venir s’expliquer. L’Afep, l’association française des entreprises privées, est le cœur du réacteur patronal. Créée en 1982 par Amboise Roux au lendemain de l’élection de François Mitterrand, l’Afep est une association discrète des patrons des plus grandes entreprises françaises. Elle est devenue l’association la plus influente à Paris comme à Bruxelles pour peser sur les décisions politiques.
Les diners ne sont pas publics. François Hollande va donc rencontrer à huis clos  les membres de l’Afep mardi soir et de l’avis de tous ça risque d’être sportif. Pierre Pringuet, le PDG de Pernod Ricard qui a succédé à Maurice Levy pour animer cette société secrète, a été mandaté pour prévenir François Hollande de l’urgence de la situation. Tout va donc y passer, la fiscalité, le droit du travail, les déficits budgétaires, et surtout le climat d’hostilité permanente à l’encontre des chefs d’entreprise.
Les hasards de l’agenda ne permettront pas au président de terminer la semaine en toute quiétude. Jeudi, la visite officielle en Algérie, provoque et énerve. C’est une promesse faite pendant la campagne électorale mais le voyage indispose les autres pays du Maghreb qui ont beaucoup de mal à contenir la montée du radicalisme religieux. La Tunisie, la Libye, et le Maroc où François Hollande a envoyé Jean-Marc Ayrault pour rassurer les libéraux marocains. En vain.

Petit rappel des chiffres de l'immigration à l'usage des naïfs, des ignorants et des idéologues

Philippe Manière, ancien directeur général de l’Institut Montaigne, a déclaré lors d'un débat télévisé que notre "petit flux d’immigration est non significatif", parlant de "flux migratoire extrêmement ténu, le plus ténu des pays de l’OCDE".
Lors d’un débat télévisé consacré à l’immigration, sur France 3 le 5 décembre 2012 , certains propos étaient tout simplement hallucinants. M.Philippe Manière, ancien directeur général de l’Institut Montaigne, l’une des personnalités influentes de l’intelligentzia française déclarait ainsi : "le petit flux d’immigration qu’on a est non significatif ", parlant de "flux migratoire extrêmement ténu, le plus ténu des pays de l’OCDE", enfin décrivant la France comme "un pays incroyablement fermé".
Les faits parlent pourtant d’eux-mêmes : notre pays délivre environ 200 000 "premiers titres de séjour" à des nouveaux migrants chaque année. Il est, de plus, le second au monde, après les Etats-Unis par le nombre de demandeurs d’asile qu’il accueille : 40 à 50 000 annuellement. Ces arrivées se produisent dans un contexte où il n’y a pas de travail disponible, avec plus de trois millions de chômeurs, dont un quart des jeunes. Le flux migratoire, en provenance de pays non-européens, de culture, de mode de vie, et de traditions profondément différentes des nôtres, nourrit ainsi la pauvreté, l’exclusion, le repli identitaire, la révolte.
Il représente dans ces conditions, en particulier dans les quartiers populaires, un facteur de déstabilisation profonde et de désintégration de la société aux conséquences dramatiques pour tout le monde, y compris les migrants eux-mêmes. La situation de certains collèges sinistrés de banlieue dont 80% des élèves sont issus de l’immigration est  un révélateur flagrant de l’impact des flux migatoires. Moi, je pense qu’il est infâme d’exploiter le thème de l’immigration à des fins électoralistes par des propos haineux et mensongers. Mais il est tout aussi odieux de nier l’évidence, les faits, la réalité, en se drapant dans une réputation d’intellectuel et de notable. On aimerait comprendre ce qu’a voulu dire M. Manière. Si vraiment, il n’est pas au courant de ce qui se passe dans le pays, c’est franchement préoccupant, compte tenu de ses références et de son niveau, cette ignorance exprimant le fossé entre les élites protégées et la réalité quotidienne des Français. S’il nie les faits en toute connaissance de cause, c’est encore plus grave: on est alors dans l’idéologie sinon la propagande.

Bruno Le Maire, la France et l’Allemagne

 ”Le mépris typiquement français pour les petits pays et leurs drames. Mais si ! Mais si, je le vois bien ! Vous ne devriez pas. Votre grande histoire ne vous donne aucun droit sur nous. Elle a été autant abîmée que la nôtre, votre grande histoire, seulement vous ne voulez pas le reconnaître, non ? Je me trompe ? Vous avez cru que votre histoire vous donnait des droits sur les autres, sur les petits, sur les vaincus. Vous faites une erreur. Vous faites une erreur grossière depuis des années. Les petits pays vous voient rapetisser à votre tour, certains, pour tout dire, avec une certaine jubilation. Et le grand pays vaincu ne vous reconnaît plus aucun droit sur lui. Vingt ans et quelques mois à Stuttgart. Je connais suffisamment les Allemands pour vous dire que leur conscience politique, si vous me permettez ce mot, ne vous accorde plus le moindre droit sur eux. Ils ne veulent plus que vous vous mêliez de leurs affaires, point final. Vous dites l’Europe ? Quelle Europe ? Votre Europe est une excuse pour conserver votre part du gâteau. Plus personne ne se laissera prendre à votre truc. Y compris les Allemands. Comprenez une fois pour toutes que les Allemands sont à la fois puissants et provinciaux, provinciaux et puissants. Quand cela les arrange, ils se replient sur eux et impossible de leur faire prendre la mesure de leurs responsabilités. Le lendemain, ils prennent deux ou trois décisions économiques qui écrasent leurs voisins. En toute bonne conscience. Et vous qui réclamez de leur part un sens universel ! Une vision du monde ! Vous êtes prisonniers de votre histoire et vous ne la connaissez pas. Autant que vous êtes aveugles à l’histoire des autres.”
 Bruno Le Maire, Musique absolue, Une répétition avec Carlos Kleiber, Gallimard, NRF, L’infini 2012

Sortie de crise progressive

 Sortie de crise progressive
 
Le pas peut sembler modeste.L’enjeu, la supervision bancaire,trop technique. Et pourtant. L’accord intervenu, à vingt-sept, dans la nuit de mercredi à jeudi, représente une étape importante pour la sortie de crise.

Politiquement, les dirigeants européens affichent, par-delà les nécessaires compromis, leur volonté de renforcer l’intégration européenne. Certes, le superviseur européen n’aura pas le droit de regard direct et immédiat sur l’ensemble des quelque 6 000 banques de l’Union, comme beaucoup le souhaitaient. Seuls les grands instituts seront dans le collimateur des contrôleurs. Angela Merkel a ainsi obtenu une sorte de bouclier pour ses petites et moyennes caisses d’épargne. Mais le principe est acquis. La Banque centrale européenne pourra exercer un droit de regard dont elle ne disposait pas jusqu’ici.

Quand on observe, en reparcourant les douze derniers mois, combien la BCE, sous la férule de Mario Draghi, a su se dissocier de l’orthodoxie que prêchait la Bundesbank en matière de dette souveraine, le pas en avant n’est pas si modeste. Ce sont bien les (premières) fondations d’une Union bancaire qui viennent d’être décidées.

En outre, si l’Allemagne a obtenu ce qu’elle voulait, cet accord sur les banques devrait aussi permettre plus de souplesse de la part de Berlin. Car la centralisation de la supervision, même si elle est tempérée par le maintien de superviseurs nationaux dont les prérogatives resteront amples, devrait permettre au Mécanisme européen de solidarité de venir en aide à des banques en difficultés sans nécessairement déclencher une spirale spéculative sur la dette souveraine de l’État concerné. Et donc, sur ses contribuables.

Le feu vert donné hier au refinancement de la Grèce, après des mois de tergiversations, va dans le même sens. L’année 2012 semble s’achever sur un double message qui n’avait rien d’évident en janvier. L’Europe résiste. Son processus de construction repart.

Un autre message est arrivé, hier, des négociations sur l’Union bancaire : la volonté de ne pas creuser le fossé entre les dix-sept membres de la zone euro et les dix autres membres de l’UE. Surtout, de ne pas laisser la dérive centrifuge de la politique britannique prendre un tour irrémédiable.

Ainsi, le pire semblerait derrière nous en ce qui concerne la crise de la zone euro. Difficile, pourtant, de brandir aux opinions publiques un sourire béat. Si des progrès sont accomplis sur les leviers permettant de sortir du tunnel, la crise, la vraie, celle qui rime avec chômage, licenciements, blocage des salaires, austérité, cette crise, elle, mord toujours. Plus que jamais, sans doute, en ce début d’hiver.

Les élites doivent donc prendre garde à ce déphasage entre leur action et la réalité vécue. Sans vision, sans projet, l’austérité est redoutable et potentiellement explosive. Certains citoyens se considèrent plus légitimes que d’autres. Certains Européens plus vertueux que d’autres. Chacun lorgne dans le portefeuille du voisin. Tous revendiquent leur indignation, voire leur colère.

Hier, Angela Merkel a, à juste titre, affirmé que l’Europe ne pouvait reposer sur les seuls services. Qu’il fallait une production industrielle.

Se réjouir ou envier la santé des entreprises allemandes ne suffit plus. Il faut prendre la chancelière au mot et lui proposer de grands projets industriels. Européens. Pour donner un sens politique et économique à cette union bancaire si éloignée des citoyens.

vendredi 14 décembre 2012

L’aveuglement

L’aveuglement


Lors d’un débat télévisé consacré à l’immigration, sur France 3 le 5 décembre 2012 , certains propos étaient tout simplement hallucinants. M.Philippe Manière, président de l’institut Montaigne, économiste renommé, l’une des personnalités influentes de l’intelligentzia française déclarait ainsi : «le petit flux d’immigration qu’on a est non significatif », parlant de « flux migratoire extrêmement ténu, le plus ténu des pays de l’OCDE », enfin décrivant la France comme « un pays incroyablement fermé ».  Les faits parlent pourtant d’eux-mêmes : notre pays délivre environ 200 000 « premiers titres de séjour » à des nouveaux migrants chaque année. Il est, de plus, le second au monde, après les Etats-Unis par le nombre de demandeurs d’asile qu’il accueille : 40 à 50 000 annuellement. Ces arrivées se produisent dans un contexte où il n’y a pas de travail disponible, avec plus de trois millions de chômeurs, dont un quart des jeunes. Le flux migratoire, en provenance de pays non-européens, de culture, de mode de vie, et de traditions profondément différentes des nôtres, nourrit ainsi la pauvreté, l’exclusion, le repli identitaire, la révolte. Il représente dans ces conditions, en particulier dans les quartiers populaires, un facteur de déstabilisation profonde et de désintégration de la société aux conséquences dramatiques pour tout le monde, y compris les migrants eux-mêmes. La situation de certains collèges sinistrés de banlieue dont 80% des élèves sont issus de l’immigration est  un révélateur flagrant de l’impact des flux migatoires. Moi, je pense qu’il est infâme d’exploiter le thème de l’immigration à des fins électoralistes par des propos haineux et mensongers. Mais il est tout aussi odieux de nier l’évidence, les faits, la réalité, en se drapant dans une réputation d’intellectuel et de notable. On aimerait comprendre ce qu’a voulu dire M. Manière. Si vraiment, il n’est pas au courant de ce qui se passe dans le pays, c’est franchement préoccupant, compte tenu de ses références et de son niveau, cette ignorance exprimant le fossé entre les élites protégées et la réalité quotidienne des Français. S’il nie les faits en toute connaissance de cause, c’est encore plus grave: on est alors dans l’idéologie sinon la propagande.

Des retraités poursuivis pour avoir envoyé des miettes à Hollande

Des retraités agricoles sont poursuivis par la justice pour avoir osé envoyer des miettes de pain à François Hollande, afin de sensibiliser le Président sur leurs conditions de vie indignes. Comment ne pas avoir la nausée en lisant ce fait divers répugnant :
Des agriculteurs retraités ont envoyé, le mois dernier, 500 courriers à l’Élysée, pour faire part à François Hollande de leur détresse économique, alors qu’ils ne touchent que 770 euros par mois. Les lettres contenaient, en symbole de la précarité de ces paysans à la retraite, des miettes de pain. Quelle insolence !! Quel outrage !!
Comme toujours dans notre état socialiste, les autorités ont été promptes à lancer la machine judiciaire. Ainsi, les retraités de Picardie doivent être auditionnés par la justice au commissariat de Laon, à la suite d’une enquête lancée par le parquet de Paris pour « offense au chef de l’état ». Sérieusement ?!?
Lundi 10 décembre, les premiers « suspects » ont été entendus, en commençant par l’instigateur de cette haute agression envers François Hollande, le président des Anciens exploitants de l’Aisne, Henri Carton, qui a tout de même passé près de 2 heures dans la gendarmerie. Les autres membres de l’association vont être entendus dans les jours qui viennent.

Henri Carton a expliqué à France 3 que « l’idée des miettes, c’est pour dire que lorsque le gâteau est partagé, il ne reste que des miettes pour les retraités », avant d’avouer qu’il ne voit « pas où est l’outrage ».
De son côté, comme toujours, l’Elysée dément formellement être pour quoi que ce soit dans ces interpellations. Selon un communiqué publié par la présidence de la République le même jour, «  la présidence de la République dément formellement avoir déposé plainte contre des retraités ayant envoyé des courriers contenant des miettes de pain« . La garde rapprochée de Hollande a ensuite justifié cette affaire scandaleuse en assurant  qu’une réponse adressée aux expéditeurs via le préfet de l’Aisne est à l’origine de la procédure.
Alors mystère… Et si c’était Valérie Trierweiler qui avait porté plainte contre les retraités par peur de voir son flan manger toutes les miettes de pain et reprendre du poids ?
On reconnaît ici toute la beauté du système socialiste : ces hommes ont travaillé toute leur vie, sans vacances, sans weekend, sans 35 heures sans RTT, pour un salaire de misère et maintenant ils se retrouvent comme des mendiants. Pire, ils sont traités par l’état socialiste de la même manière que des immigrés qui n’ont jamais cotisé. Et comment faire en sorte d’améliorer leur situation ? En les envoyant au poste comme de vulgaires racailles (en fait bien pire puisque la plupart des racailles ne sont même pas inquiétées par les forces de police qui ont trop à faire à entendre des agriculteurs retraités ou les rédacteurs de 24heuresactu). Une honte !
Les socialistes n’aiment plus depuis longtemps les travailleurs, ouvriers, paysans, artisans  ou employés. En revanche, les intermittents et autres parasites croulent sous les subventions…
Pour Anne Sinclair, Laurent Fabius et tous les millionnaires qui peuvent se permettre d’avoir des toiles de maîtres dans leurs salons, une niche fiscale. Pour les retraités paysans, des miettes et des poursuites judiciaires.
La justice sociale, c’est maintenant !

HOLLANDE LE MONARQUE ! 
HOLLANDE LE SALAUD !
HOLLANDE LE PETIT !
HOLLANDE LE NÉANT ! 

On vit très bien en France mais pour combien de temps ?

Le niveau de vie actuel des Français n'est qu'une illusion. Car plus la part de l’État dans l’économie est forte, plus la croissance est faible.
Les Français – au moins ceux qui vivent en France – me disent souvent que je suis trop sévère et que l’on vit très bien dans notre pays. Ils ont, bien sûr, tout à fait raison. On vit très bien en France, où la génération la plus stupide de l’Histoire, celle de Mai-68 (dont je fais partie), a déjà dépensé toute l’épargne accumulée par les générations précédentes, pour ensuite emprunter l’épargne future de leurs enfants et maintenant de leurs petits-enfants. Consommer en une génération l’épargne et du passé et du futur assure en effet un niveau de vie très agréable, mais à une seule génération, au mieux.
Permettez-moi de rappeler que cela ne me paraît ni sain, ni durable, ni démocratique… et que cette gabegie arrive probablement à son terme. Après tout, pourquoi ces petits-enfants se sentiraient-ils responsables d’un endettement qu’ils n’ont jamais voté, d’autant qu’il n’a pas servi à financer des investissements productifs générant des revenus ? Nos enfants, nos petits-enfants n’ont aucune raison ni légale ni morale de se sentir solidaires du paiement de nos retraites… aucune.
Et selon toute probabilité, ils ne le feront pas. Mais, hélas, ce n’est pas tout. L’excuse qui nous est servie à chaque augmentation de la part de l’État dans l’économie est bien entendu que c’est chose nécessaire pour «préserver l’emploi». Vérifions encore, par honnêteté scientifique, en mettant d’un côté la part de l’État dans l’économie et de l’autre le taux de chômage de la population active.
Nous découvrons que c’est exactement l’inverse qui se produit...

Comme le disait Bastiat, sans doute le meilleur économiste que la France ait connu, « en économie, il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas».
Ce que l’on voit, c’est un ou deux emplois qui ont été préservés par l’intervention de la puissance publique dans les mécanismes du marché du travail. Ce que l’on ne voit pas, ce sont les dizaines d’emplois qui ne seront jamais créés à cause de ces interventions. Si l’Union soviétique a sauté, au grand désespoir de toute l’intelligentsia de la rive gauche, c’est bien parce que les penseurs des Lumières avaient raison.
L’État n’est bon à créer ni richesse, ni liberté, ni emplois, ni croissance. Tout au plus des fonctionnaires. Courteline disait : «En France, on sème des fonctionnaires et on récolte des impôts.» Et chaque fois que l’on embauche un fonctionnaire – ce qui se voit –, entre trois et quatre emplois potentiels du secteur privé ne sont pas créés – ce qui ne se voit pas.
Cette triste réalité – objective – nous permet, peut-être, d’aller un peu plus loin. Nous avons constaté que le taux de croissance de l’économie française ne cessait de baisser structurellement. Peut-être est-il temps de donner une explication à ce qui apparaît encore comme un grand mystère à beaucoup de commentateurs ?
Considérons le graphique suivant.
Croissance structurelle du PNB français (échelle de droite) Ratio des valeurs ajoutées en francs courants selon l’Insee- Source : GaveKal Research.
Ce graphique est légèrement différent du précédent : au lieu de faire le rapport entre l’économie communiste et l’économie capitaliste – courbe qui montait –, le rapport est fait cette fois-ci entre l’économie capitaliste et l’économie communiste. Ce nouveau ratio, qui est donc l’inverse du précedent, baisse structurellement.
Depuis 1978, comme chacun peut le voir, la part de l’économie «libre» par rapport à celle de l’économie communiste ne cesse de baisser. La deuxième information, celle que nous cherchons à expliquer, apparaît sur l’échelle de droite (en pointillé). Il s’agit du taux de croissance moyen des sept dernières années (2002-2009) et qui constitue une bonne approximation du taux de croissance structurel de l’économie française. L’évidence est accablante : plus la part de l’État dans l’économie est forte, plus la croissance est faible. Plus la croissance est faible, plus le taux de chômage monte. Plus le taux de chômage monte, plus les dépenses de l’État augmentent.
Et plus la croissance est faible… Un cercle vicieux dans toute son horreur… Ce bon M. Keynes ne nous a jamais averti que l’intervention de l’État pour minimiser les effets d’une récession avait un prix. Et que ce prix était une baisse du potentiel de croissance sur le long terme.
Pendant encore combien de temps ?

Europe : Merkel remet les pendules à son heure

La chancelière s'est entretenue avec François Hollande avant l'ouverture du sommet à Bruxelles. Elle a douché les espoirs de Paris, Rome et Madrid d'une Europe financièrement plus généreuse

Entre euphorie et frustration, le sixième et dernier sommet européen de l'année a débuté, jeudi soir, dans un parfum de schizophrénie. Côté jardin, l'Europe se hisse enfin hors des urgences de l'euro. Elle a réussi à remettre un peu d'ordre en Grèce et s'apprête à imposer à 6000 banques un code de surveillance unifié. Mais côté cuisine, les feux franco-allemands de l'intégration paraissent plus glaciaux que jamais, au risque de laisser beaucoup de monde sur sa faim.
Les vingt-sept chefs d'État et de gouvernement ont eu de vraies raisons de se célébrer en arrivant à Bruxelles. La Grèce, toute proche du déraillement cet été, est revenue «sur les rails solides» de la monnaie commune. L'Eurogroupe, rassuré, va rouvrir dans les jours qui viennent les robinets d'une aide qui se compte en dizaines de milliards. À l'échelon supérieur l'UE espère briser enfin le cercle vicieux entre dette bancaire et dette d'États en imposant, dès l'an prochain, la surveillance de la BCE aux 6000 établissement de crédits de la zone euro.

Baliser la tâche des années qui viennent

François Hollande voit dans le compromis arraché au petit matin un «accord majeur» qui consacre la capacité des Européens à stabiliser la monnaie commune. Angela Merkel salue une entente «dont on ne peut surestimer l'importance». L'état-major bruxellois se réjouit de voir démentis les Cassandre qui annonçaient, début 2012, l'éclatement de l'euro.
Bref, le sommet permet de tourner en beauté la page d'une année épuisante, toute entière vouée à la gestion de crise. Dans le scénario idéal, le huis-clos des 27 devait aussi baliser la tâche des années qui viennent, avec sur la table le chantier d'une nouvelle architecture de l'euro. Pour François Hollande, cela signifie plus de solidarité, avec à la clef plus de croissance pour le Sud de l'Europe. Pour Angela Merkel, cela veut dire plus de compétitivité et de réformes sur le modèle nordique. Et aussi davantage de contrôles au niveau central.
Entre le Nord et le Sud, entre la chancelière chrétienne-démocrate et le président socialiste, le malentendu n'est pas nouveau. Il prend simplement un tour plus tranchant à mesure qu'approchent l'automne 2013 et les législatives en Allemagne. Angela Merkel, ultime rempart de la monnaie commune depuis quatre ans souffre de voir contestée sa vision d'avenir. Elle ne veut pas non plus effrayer l'électeur allemand par de grands projets trop coûteux. Pour combler le fossé qui se creuse avec François Hollande, il aurait sans doute fallu plus que le tête-à-tête d'une trentaine de minutes organisé au débotté, juste avant le sommet.

Rapport Van Rompuy enterré

L'intransigeance allemande a fait une première victime en la personne du président du conseil Herman Van Rompuy, chargé depuis juin de dresser les plans d'avenir. Sa feuille de route «Vers une véritable union économique et monétaire», débattue depuis des mois par tout ce que Bruxelles compte d'esprits aiguisés, a été vidée de substance en moins de 36 heures. Sous la pression de Berlin. Exit l'ébauche d'un budget propre à la zone euro. Gommée l'esquisse d'un fond européen d'assurance anticrise. Rayée l'idée d'une émission de dette en commun. Disparu, le calendrier de mise en place sur trois ans.
Du coup, la discussion au sommet risque de tourner court. En remettant les pendules bruxelloises à son heure, Merkel douche brutalement les espoirs nourris à Paris, Rome ou Madrid. L'Élysée comptait sur la feuille de route Van Rompuy pour pousser vers une Europe financièrement plus généreuse et soucieuse de soutenir la croissance. Dès jeudi matin, la chancelière a opposé une fin de non-recevoir: elle est prête à aider ses partenaires à se réformer, par des aides temporaires et ciblées. Mais «cela ne doit pas servir de prétexte à mettre en place de nouvelles sources de financement» permanent dont Berlin ne veut pas.

jeudi 13 décembre 2012

2012, le retour du tiers-état

Le tiers-état, après avoir donné sa sueur, a autrefois donné son sang ; demain, il se contentera de donner son congé.
Dans la France de l'Ancien Régime, le tiers-état finançait par l'impôt et le travail forcé la noblesse et le clergé. La noblesse par sa naissance, le clergé par sa vocation au service du salut de tous. Heureusement, cette France a disparu ; les privilèges ne sont plus, sauf ceux accordés à deux castes, récompensant la condition pour les uns et la vocation au service de l'intérêt général pour les autres ; et le tiers-état, une nouvelle fois composé des producteurs et créateurs de valeur, est heureux de contribuer au confort de ces deux castes, bien qu'on ne lui en laisse pas le choix.

La morale altruiste, inlassablement déclinée par un clergé dévoué corps et âme à l'intérêt général avec l'argent des autres, fait financer par les impôts toujours plus élevés du tiers-état le logement, la santé, l'éducation, l'improductivité, l'emploi d'une caste évidemment noble et irréprochable à laquelle sa naissance n'a accordé aucun avantage ou à laquelle des accidents de la vie ont permis de s'élever au rang d'improductifs chroniques. Il serait honteux que cette noblesse défavorisée n'en vienne à travailler, car gagner de l'argent par son propre effort ne lui rendra pas sa dignité.
A l'inverse des possibles succès du tiers-état pour lesquels il ne tirera aucun crédit, les privilèges consentis à la noblesse de condition par le clergé d'Etat sont à attribuer à sa bienveillance, bien qu'ils seront financés par le tiers-état. Ces intermédiaires entre le commun des mortels et l'intérêt général sont nécessaires au fonctionnement harmonieux de la société ; sans eux, point de salut, ni pour la noblesse de condition qui n'aurait aucun moyen d'imposer ses revendications de faire financer un confort toujours croissant par les autres, ni pour le tiers-état qui n'aurait alors aucun moyen d'atténuer un peu la culpabilité que sa compétence lui impose.
Le clergé peut accorder à l'envi les titres qui siéent à l'intérêt général de ses membres et surtout à ceux de la noblesse de condition : précaire, mère célibataire, chômeur, travailleur pauvre, famille nombreuse, serviteur de l'Etat, autant de titres donnant droit à des avantages sans contrepartie. Il fera financer les droits accordés par ces titres par le tiers-état qui, compte tenu de l'accroissement du nombre de titres, verra la pression fiscale augmenter progressivement, tirant les moins productifs vers la noblesse de condition, poussant les plus productifs à l'exil et laissant les autres à la merci des prochaines exigences de l'intérêt général.
Il se trouve même des membres du tiers-état pour chercher la proximité du clergé, ses faveurs et son appui, sacrifiant une partie de leur liberté pour bénéficier d'avantages que les autres membres du tiers-état paieront. Ces bourgeois, comme les membres du clergé, cherchent à pérenniser l'avantage qu'ils ont, ce qui suppose d'empêcher les autres d'accéder par leur effort à la même situation ; les barrières à l'entrée qui seront érigées contre les uns seront pour les autres une confortable forteresse.
Cet ensemble d'avantages, de droits acquis par la condition et de devoirs acquis par l'effort composent la société française d'aujourd'hui. On sait pourquoi l'Ancien Régime s'est achevé : le tiers-état n'en pouvait plus de financer les privilèges des autres castes. On se demande pourquoi celui-ci s'achèvera : le tiers-état en aura-t-il une nouvelle fois assez, ou les privilégiés se révolteront-ils contre ceux qui financent leurs avantages et ne parviendront plus à répondre à leur appétit toujours croissant ?
Quoi qu'il en soit, le tiers-état, après avoir donné sa sueur, a autrefois donné son sang ; demain, il se contentera de donner son congé.

Hugo et compagnie

Hugo et compagnie 


Jean-Marc Ayrault contre Depardieu (alias Jean Valjean dans Les Misérables) : le duel aurait sûrement passionné Victor Hugo. Seulement, « Jean Valjean » est devenu un acteur renommé qui, à l’entendre, a choisi sa valise plutôt que le cercueil fiscal. Depardieu, qui aime les rôles démesurés, ne peut guère prétendre au statut de bagnard en rupture de ban. Son adversaire, Jean-Marc Ayrault, n’est pas l’inspecteur Javert, même s’il roule des yeux pour impressionner les méchants capitalistes.
En revanche, une chose est sûre : il y a bien en France des pauvres, et ils sont de plus en plus nombreux. Ces « misérables » du XXI e siècle survivent, entre aumônes privées et plans d’urgence gouvernementaux, sans savoir vraiment s’ils réussiront à sortir de leur détresse. Leur avenir est d’autant plus incertain que l’Etat est pauvre et les Français, donateurs potentiels, plus démunis qu’auparavant.
Le gouvernement a annoncé qu’il compte, d’ici 2017, mettre 2,5 milliards d’euros sur la table pour éviter une paupérisation grandissante. Où trouvera-t-il cet argent ? Il y a fort à parier que les contribuables seront appelés à la rescousse, d’une manière ou d’une autre. Et, comme tous ceux qui sont abonnés au fisc n’ont pas les moyens d’aller en Belgique, ils n’auront d’autre choix que de payer.
D’emplois aidés en allocations diverses, le gouvernement tente de colmater les brèches sociales dans la coque du paquebot France, quitte à creuser d’autres trous en maniant la hache fiscale. Notre pays peine à créer de la richesse. Ce n’est pas nouveau. De gauche comme de droite, les majorités successives ont vécu d’expédients ou d’illusions, comme quand le président de la République répète que la crise de l’euro est derrière nous. Bien au contraire, nous sommes au cœur de la tempête. D’autres pays sont bien plus touchés que la France, d’accord. Mais cela ne réjouira pas les millions de pauvres et tous ceux qui craignent de le devenir.
La question est bien de savoir si la France a encore la volonté et la capacité de rebâtir une économie, faute de quoi, Marianne n’aura plus qu’à s’exiler, elle aussi en Belgique. Il reste encore de la place à Waterloo.

L’UMP : produits « avariés » ?

L’UMP : produits « avariés » ? 


Mardi soir François Fillon et Jean-François Copé se sont de nouveau rencontrés. Cinquième rencontre (pour la frime ?) depuis le 18 novembre, et qui, comme les précédentes, s’est conclue sur un constat de désaccord. Le matin même, Fillon avait lancé au micro d’Europe 1 un impérieux : « Ça suffit ! » Devenu jusqu’au-boutiste, l’ex-Premier ministre semble plus résolu que jamais à mettre la pression sur son rival. A travers notamment l’initiative de deux de ses partisans : Bernard Accoyer (ex-président de l’Assemblée nationale) et Gérard Larcher (qui présida lui le Sénat).
Les deux hommes réclament l’organisation dans huit jours d’un référendum auprès des élus UMP, qu’ils souhaitent réunir mardi prochain. Un référendum pour convaincre le président en titre de l’UMP – « imposteur » et « putschiste » – de se soumettre à un « nouveau processus électoral », qui se déroulerait, selon une déclaration de François Fillon, « dans un délai raisonnable, au printemps prochain, en tout cas avant qu’on n’entre dans la préparation de cette succession d’élections locales et nationales qui nous attend ». Mais Copé ne veut rien céder sur le calendrier.
Nous nous interrogions hier dans Présent : et si le « succès » – même guillemetté, comme disait Jacques Perret qui a développé toute une théorie sur l’art du guillemettage et de son bon ou mauvais usage en matière journalistique – des candidats de l’UMP lors des trois élections partielle ne faisait que conforter les deux sabreurs fous dans leur antagonisme belliqueux ? Supprimant du même coup « l’électrochoc » nécessaire qu’aurait pu être pour le parti de l’ex-majorité une débâcle électorale retentissante ? Limitée certes à trois circonscriptions, mais suffisante pour déclencher l’alerte rouge, même dans les cerveaux embrumés d’arrivisme et de fureur destructrice des deux Ostrogoths en guerre tribale… Au lieu de cela, cette « victoire » en trompe-l’œil (il ne s’agit certes que d’un premier tour, mais la gauche paraît dans l’impossibilité de renverser la tendance dimanche prochain) peut provoquer chez les dirigeants de l’UMP une illusoire impression d’euphorie… Et convaincre ainsi les deux duellistes enragés, puisque les électeurs n’ont pas tous déserté, qu’ils peuvent continuer leur baston de chefs de gang en toute impunité. Hypothèse vers laquelle les deux pugilistes se dirigent.
Oxygénation pour UMP oxydée
Fillon explique : « S’il s’agit de revoter avant l’été avec une réforme des statuts en ouvrant complètement le jeu à de nouvelles candidatures pour assurer une sorte de réoxygénation de notre parti politique, j’y suis favorable. » Il envisage même la perspective de n’être pas lui-même candidat : « Je ne me bats pas pour moi. Ce n’est plus le sujet. » Quel est donc le sujet ? « C’est un nouveau départ pour l’UMP. Il faut des nouveaux candidats (exit donc Copé), il faut une nouvelle campagne, il faut des nouveaux statuts qui fassent en sorte que cette élection puisse être irréprochable. » Fillon accepterait de n’être plus candidat à condition bien sûr que Copé se retire aussi.
Mais ce dernier reste sur la position qu’il a exprimée lundi soir à Chartres : « Le plus important, dans les quinze mois qui viennent, est de se mettre ensemble pour gagner, en 2014, les élections municipales. » Après quoi, parole d’Iznogoud, il remettra son mandat en jeu. Sauf bien sûr si l’UMP reconquiert des municipalités. Copé argumente : « Faut-il se retaper une deuxième fois ce que nous venons de vivre avec les mêmes statuts ? Les mêmes causes produiraient les mêmes effets, ce serait suicidaire. » Pour empêcher ces « mêmes effets » il suffirait peut-être de supprimer la triche, cause principale de tout ce chambardement ? Et sans doute, changer aussi les candidats… C’est le souhait semble-t-il de plus en plus de militants et de sympathisants au sein de l’UMP. Une suggestion qui agace Copé : « Je serais élu pour deux cents ans, je dirais “OK, il y a un problème” : mais là je le suis pour trois ans et je propose de couper mon mandat par deux. »
A ceux qui demandent sa démission, Copé leur répond par un slogan emprunté au film La vérité si je mens : « Donnez la chance au produit ». A quoi les fillonnistes répondent : « Pas la peine : le produit est trop avarié ». Leur champion n’est pourtant pas très frais lui non plus…
Les deux camps de l’UMP « échangent », se console un élu du mouvement… Mais ils « échangent » surtout des gnons (au sens métaphorique) plutôt que des idées.
Un navet indigeste
Le Monde de mercredi rapportait cette apostrophe d’un « vieux militant » à Jean-François Copé : « Pendant qu’on se bagarre les socialistes rigolent. Soit on revote, soit on se met d’accord, mais qu’on arrête notre cinéma. » Coupez ! comme disent les metteurs en scène mécontents. Il y a en effet trop de longueurs, trop de redites, trop de cabotinage de la part des deux premiers rôles pour ce scénario burlesque sur pellicule sépia… Les spectateurs déçus trépignent de colère ou pire encore, commencent à bâiller d’ennui. Certains commencent même à sortir de la salle sans attendre le dénouement… Et les plus furieux d’entre eux, s’estimant grugés, réclament d’être remboursés : ils avaient cru voter pour un remake de Nicolas Sarkozy et se retrouvent devant un navet indigeste et légèrement débile, signé par deux tâcherons irréconciliables.

mercredi 12 décembre 2012

François Hollande réussira-t-il à conserver une majorité politique jusqu’à la fin de son quinquennat ?

L'autorisation du mariage gay et de l'adoption pour les couples homosexuels était l'une des promesses de campagne de François Hollande. En attendant la décision de l'Assemblée nationale le 26 décembre, le PS, par le biais de son Premier secrétaire, Harlem Désir, maintient la pression sur le président de la République en lançant une pétition.

Harlem Désir, le Premier secrétaire du Parti socialiste, a lancé une pétition en faveur du mariage et de l'adoption pour les couples homosexuels. Comment interprétez-vous ce geste ? S'agit-il d'un moyen de faire pression sur François Hollande qui semble temporiser sur le sujet ?

Gérard Grumberg : Pour le Parti socialiste, le mariage gay est l'occasion de reprendre un peu l'initiative compte tenu du fait qu'il ne pouvait la prendre sur la politique économique et européenne de François Hollande. D'autant plus que les socialistes craignent la mobilisation des adversaires du mariage homosexuel. Le souvenir de la situation de 1984, avec la mobilisation pour l'école privée, qui avait obligé le gouvernement de Pierre Mauroy à reculer, est toujours présent dans les esprits. Cette pétition est une manière pour le PS de déplacer le terrain du débat et de montrer qu'il existe.

Comme on l'a vu sur le dossier de Florange ou sur le pacte de compétitivité, François Hollande a choisi une orientation économique sociale libérale.  Du coup, est-il obligé de donner des gages à sa majorité sur les questions de société ?

Sur les questions de société, sur le mariage homosexuel comme sur le droit de vote des étrangers, François Hollande a été assez clair et assez en pointe durant sa campagne. Mais lorsque vous devenez président de la République, vous êtes plus sensible à désamorcer les débats qui peuvent diviser le pays. C'est ainsi qu'en 1984, François Mitterrand avait choisi d'abandonner son projet d'école unique. Je pense que le président de la République souhaite tenir ses promesses électorales sur ces questions. Mais, avec les problèmes économiques et sociaux qu'il rencontre, il se rend compte que ce sont de nouveaux champs de division dans le pays et aborde ses problèmes avec plus de précautions que le PS.
Même s'il a fait beaucoup de pas dans la direction sociale-démocrate, le Parti socialiste n'est pas vraiment enthousiasmé par la politique économique menée par François Hollande. Ce n'est pas dans sa culture. Par conséquent, le PS peut vouloir marquer sa différence en se battant sur les questions de société. Si le PS a bien compris que pour des raisons d'arithmétique parlementaire, le droit de vote des étrangers serait enterré, il veut être en pointe sur la question du mariage homosexuel.

Interrogé sur Europe 1, l'ancien conseillé de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson a jugé que "la base électorale de François Hollande était trop étroite" et que dans ces conditions "une dissolution était de plus en plus probable". Partagez-vous ce point de vue ?

Tant que le chef de l'Etat dispose d'une majorité favorable à l'Assemblée nationale, il n'a pas de problèmes absolument fondamentaux. Même s'il pourrait espérer une base électorale plus large, la manière dont fonctionne les institutions permet à François Hollande de gouverner dans la stabilité. Quant à la dissolution, Jacques Chirac nous a montré qu'il est toujours extraordinairement risqué de faire de nouvelles élections puisqu'en général on les perd.

Le président de la République va-t-il néanmoins devoir faire des concessions à l'aile gauche du PS et à ses alliés pour conserver une majorité unie ?

François Hollande est un président socialiste élu par la gauche. Il est bien obligé d'en tenir compte, mais il est aussi soumis, comme tous les dirigeants européens, à des pressions contradictoires : d'un côté la nécessité d'aller dans le sens de l'intégration européenne et donc de mener des politiques de rigueur, et de l'autre coté, les demandes de l'électorat et de son propre parti.
Certains pays ont résolu cette contradiction, au moins temporairement, en élargissant les bases du gouvernement aux grands partis du centre-gauche et du centre-droit. C'est ce qui s'est passé en Hollande ou en Grèce. C'est aussi,d'une certaine façon, ce qui s'est passé en Italie avec le gouvernement Monti. Les grands leaders sont soumis à des contradictions très fortes entre lesquelles ils doivent naviguer. C'est leur rôle et ce n'est jamais simple.

François Bayrou a justement lancé un appel à l'unité nationale. Le Modem peut-il intégrer la majorité ?

Le problème du Modem, c'est qu'il n'existe pas d'un point de vue parlementaire. François Hollande n'a donc aucun avantage à élargir sa majorité. Compte tenu des pressions qu'il subies de son aile gauche, ce serait très compliqué pour François Hollande d'assumer un tournant politique après son tournant économique. Pour l'instant, ce n'est pas de saison. Le problème vient du mode de scrutin spécifique à la France. Sans scrutin proportionnel, il est très difficile de sortir de l'affrontement droite/gauche. Il faudrait vraiment une crise majeure avec de nouvelles élections. Mais ce scénario n'est pas prévisible à court terme.

Non, Sarkozy n'est pas un conférencier barbu !


L'ancien président et son conseiller-oracle-politologue préféré étaient tous les deux devant les caméras mardi. Oh, pas au même endroit, bien sûr. L'un (Patrick Buisson, la voix cassée comme jamais) était dans un studio d'Europe 1 au micro de Bruce Toussaint ; l'autre (Nicolas Sarkozy, la voix vigoureuse) au micro du Forum mondial du sport à Doha. C'est un événement. Un double événement. Il faut bien voir que ni Sarkozy ni son conseiller le plus influent ne s'étaient exprimés publiquement depuis la défaite. Il est amusant qu'ils fassent leur première intervention officielle le même jour. D'autant plus que ce que Buisson a dit à la radio teinte d'une couleur très politique la prestation de Sarkozy quelques heures plus tard. Le Sarkozy ragaillardi dont on a vu les images sur le petit écran, celui qui a soigneusement évité de poser les yeux sur son ex-épouse Cécilia, présente à quelques mètres de lui, hé bien, ne vous y trompez pas : ce Sarkozy-là n'est pas un conférencier barbu de trois jours ayant fait le deuil de la politique, c'est au contraire l'homme qui discute avec Buisson du fait d'être un "éventuel recours" - c'est ce que Buisson a raconté.
En quoi est-ce une information ?
On aurait parié que Sarkozy songeait aux moyens de revenir au centre du jeu politique, bien sûr, mais maintenant on le tient de la bouche du grand manitou de Sarkozy - ce ne sont plus des spéculations invérifiables -, et ça change tout. Ce n'est pas comme si Buisson ne savait pas ce qu'il disait. Depuis sept ans qu'il conseille Sarkozy, les très, très rares fois où il a consenti à s'exprimer, il a pesé chacun de ses mots. Or, hier, il est allé loin. C'est bien simple : depuis la défaite de Sarkozy, aucun de ses proches n'est allé aussi loin. Tous (interlocuteurs, visiteurs ou amis de Sarkozy) jurent la main sur le coeur que l'ancien président ne leur fait aucune confidence sur ses intentions. Et ne voilà-t-il pas que Buisson affirme, en direct et en esquissant un rictus souriant : "Oui, on en parle." Cette déclaration survient quelques heures avant que Sarkozy n'arrive sur sa première estrade publique depuis sept mois. Avant que Sarkozy ne parle de sport l'air de rien, Buisson avait fait les sous-titres politiques.
Quel est l'état d'esprit de Sarkozy ?
Il est plus calme, mais le détachement, ce n'est pas maintenant. Il veut se tenir prêt au cas où quelque chose se passerait. Les "circonstances", comme dit Buisson. Il s'ennuie un peu. Sa capacité à s'indigner est restée intacte. Il n'en revient pas, a-t-il dit à un ami, de "l'indulgence des médias devant le mélange des genres" dans l'affaire des lettres - vous savez, la lettre écrite par François Hollande et celle écrite par Manuel Valls au tribunal de grande instance de Paris pour soutenir l'assignation déposée par Valérie Trierweiler contre les deux auteurs du livre La frondeuse. "Qu'aurait-on dit si c'était moi qui avais osé violer ainsi la séparation des pouvoirs !" peste Sarkozy. Il n'a pas tort.

L'overdose fiscale est en train de provoquer un effondrement de l’économie française

La politique fiscale menée par le gouvernement va à l’encontre de la logique la plus simple de la création d'emplois. La tranche marginale de l’impôt sur le revenu atteint maintenant 64%, contre 27% en Allemagne !
Alors que nous sommes en train d’assister à un véritable effondrement de l’économie française, on continue à entendre des commentaires sur le rendement de l’OAT 10 ans tombé en dessous de 2%, qui serait le signe que les marchés apprécieraient beaucoup la politique économique menée par la France !
Malheureusement, pour créer des emplois, il faut un entrepreneur qui ait envie d’investir, un banquier qui ait envie et la possibilité de prêter de l’argent et un investisseur qui ait envie de prendre du risque, car il sait que si l’entreprise réussit,  il pourra en percevoir un retour sur investissement convenable.
La politique fiscale menée par le gouvernement va pourtant à l’encontre de ces idées simples. La tranche marginale de l’impôt sur le revenu atteint maintenant 64% (= tranche marginale à 45% + surtaxe de 3% pour revenu > 250 000€+ Prélèvements sociaux de 15,5%). En Allemagne on est à 27% !
Les plus values sur titres réalisées en 2012 seront taxées globalement à 39,5% soit le taux de 24% auquel s’ajoute 15,5% de prélèvements sociaux.
La taxation du capital est alignée alignée sur  celle du travail, on va arriver à 43% dans le meilleur des cas, ce qui est une zone confiscatoire. L’UMP en a rêvé, les socialistes l’on fait, dit Alain Madelin ancien Ministre de l’Economie.
Nous avons désormais le record du monde de la taxation de la matière grise !
Quant à l’ISF il prendra désormais en compte des revenus virtuels non distribués, notamment dans le domaine de l’assurance vie.  L’ISF devrait selon Alain Mathieu Président de Contribuables Associés être rebaptisé "Incitation à Sortir de France" car pour payer l’ISF il faudrait que les "riches" dont la France a tant besoin pour investir, soient assurés sur longue période d’un retour sur investissement de 9%, ce qui est quasiment impossible à réaliser dans l’environnement actuel !

Le retour du clown est peu probable en Italie


En Italie la démission de Mario Monti change la donne européenne. Les sources de risque systémique qui s’étaient éloignées au cours des derniers mois, grâce à l’effet Draghi peuvent revenir sur les marchés à la vitesse de la lumière.  Le fait que les élections italiennes soient avancées de pratiquement deux mois n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Mario Monti pourrait continuer à diriger l’Italie avec le support du Parti Démocrate de Pierluigi Bersani leader du Centre Gauche qui a battu Matteo Renzi le maire de Florence. Le retour du clown Berlusconi est toutefois, selon Anatole Kaletsky de GaveKal Londres et François Chauchat de GaveKal Paris, très peu probable.
En Espagne on attend que le pays fasse appel à l’OMT en janvier…
La Grèce est en train de procéder au rachat de sa propre dette dans les marchés. Les conditions proposées feraient que 60 à 70% des Hedge Fund qui sont des porteurs  de la dette accepteraient la proposition du gouvernement grec.
En France,  le Colloque Génération Entreprise Entrepreneurs Associés (GEEA) a eu lieu, la semaine dernière à l’Assemblée Nationale. Organisé par Olivier Dassault, député de l’Oise, il avait pour thème "Fuite des entreprises, des cerveaux, des capitaux : quel avenir pour la France ?". En écoutant les intervenants on se disait qu’au train où vont les choses, il ne devrait plus rester beaucoup d’entrepreneurs en France d’ici cinq ans….
Le Crédit Impôt Compétitivité Emploi (Cice), mesure phare adoptée à la suite du Rapport Gallois fait l’objet de nombreuses critiques dont celle de Michel Rousseau Président de la Fondation Concorde. Il fait remarquer que comme le dispositif concernera la masse salariale comprise entre 1 et 2,5 fois le Smic, il bénéficiera pour l’essentiel aux secteurs de la distribution, de l’hôtellerie, de la restauration et du bâtiment qui sont déjà les principaux bénéficiaires des allègements de charges. Le Cice aura donc pour effet paradoxal d’ancrer notre appareil productif dans le bas de gamme qui ne s’exporte pas, puisqu’il ne s’adresse qu’aux salaires inférieurs à deux fois le Smic !
En Suisse, la crise de la zone Euro obère la croissance suisse. Le PIB ne pourrait croitre que de 0,6% en 2013. Comme le montre bien l’article de Roland Rossier dans le Temps, les medias helvétiques sont pour le moment surtout concentrés sur "Rubik" qui est un système imaginé par les banques suisses pour proposer à leurs clients une stratégie de "conformité fiscale".   Cela permet à leurs clients de "solder le passé" en cas de fraude ou d’évasion fiscale et de préserver l’avenir avec un impôt libératoire de 35%. Il a été signé avec le Royaume et l’Autriche, mais vient d’être rejeté par l’Allemagne. François Hollande a confirmé cette semaine à Evelyne Widmer-Schlumpf Présidente de la Confédération Suisse que la France restait fermement opposée à ces arrangements fiscaux qui prévoient un prélèvement forfaitaire à la source mais préservent l’anonymat des détenteurs de compte.
En Grande Bretagne, le ministre de l’industrie anglais  a expliqué à Arnaud Montebourg que l’industrie sidérurgique  était en grande difficulté en Europe et obligeait les sociétés du secteur s’adapter. De façon très pragmatique le gouvernement britannique a l’intention de faire en sorte que les grandes sociétés américaines (Starbucks, Amazon, Google) payent des impôts sur leur activité en Grande Bretagne.
En Europe, la production industrielle a baissé pour le neuvième mois consécutif. Cela n’empêche pas le bilan boursier d’être très positif avec + 22,9% pour l’Allemagne, 14,1% pour la France, +12,9% pour la Grande Bretagne, +4,6% pour l’Italie et -7,7% pour l’Espagne. 

Le moment de la renaissance américaine


Aux Etats Unis l’indice ISM manufacturier est passé en dessous de 50 pour la première fois depuis le mois de juillet. L’indice de confiance calculé par l’Université du Michigan  est au plus bas depuis quatre mois. Cela s’explique en grande partie par les incertitudes sur le "Fiscal Cliff", le fameux mur de la dette.
En revanche les chiffres de l’emploi ont surpris dans le bon sens avec un taux de chômage à 7,7% au plus bas depuis quatre ans. Il faut toutefois prendre en compte le fait que de nombreux demandeurs d’emploi ont cessé toute recherche car ils sont quasiment sûrs de ne rien trouver.
La croissance pourrait être forte en 2013 selon Will Denyer de GaveKal.
Oubliez le "fiscl cliff" c’est le moment d’acheter a écrit Philip Stephens du Financial Times. Quant à Christopher Potts le stratégiste de Cheuvreux, il a expliqué aux clients institutionnels de la société de courtage du Crédit Agricole en voie de rapprochement avec Kepler qu’il était convaincu que le marché américain  serait la destination privilégiée des investisseurs en 2013.
En Chine, l’indice PMI s’est inscrit à 50,6 soit un plus haut depuis sept mois. Cela s’explique en grande partie par le fait que la transition politique en Chine semble s’être déroulée de façon satisfaisante.
Xi Jinping sera le futur numéro un chinois. Il a été Président  de l’Ecole Centrale  du Parti Communiste. Il va remplacer Hu Jintao non seulement à la tête du PCC, mais aussi au poste de Président de la République. Il est considéré comme le chef de file du « Parti des Princes héritiers » qui rassemble l’aristocratie rouge. Il est marié à Peng Liyuan une chanteuse de l’armée très connue. Il représenterait l’élite modernisatrice de Shangai.
Li Keqiang, le Premier Ministre aurait été choisi pour représenter les provinces de l’intérieur beaucoup moins ouvertes au monde moderne.
En revanche, les investisseurs sont plus hésitants comme le montre le comportement de l’indice Shangaï Composite qui était au plus bas depuis quatre ans. Il a toutefois rebondi cette semaine de plus de 4%.

mardi 11 décembre 2012

Patrick Buisson : "nous sommes dans un scénario inédit, c'est un scandale énorme"

L'ancien proche de Nicolas Sarkozy était invité sur Europe 1 ce mardi matin. L'ex-conseiller politique du président de la République en a profité pour expliquer pourquoi il porte plainte contre Christiane Taubira.
Sur la crise à l'UMP
"Pour l'instant, il n'y a pas de pilote dans l'avion. Ce que révèle la crise est intéressante, la vraie fracture se situe entre la base et la représentation parlementaire. C'est une fracture temporelle et sociologique. Le vote des motions a concrétisé la fracture. Il y a un déplacement du centre de gravité de la droite. L'UMP est en concurrence avec le Front national et ne s'en rapproche pas. Le problème d'une alliance avec le FN ne rentre pas dans une stratégie politique".
Sur Jean-François Copé
Sur cette campagne à l'UMP, j'ai eu des conversations avec Jean-François Copé mais aussi avec les membres de l'équipe Fillon. Le maire de Meaux a pris la bonne option dès le départ en s'adressant aux adhérents. 
Sur Nicolas Sarkozy
"Il respecte un devoir de réserve. Sur l'élection de 2012, il y a beaucoup à dire. Nous avons travaillé en parfaite harmonie. Nous sommes peut-être partis trop tard. Je n'ai pas de commentaire à faire sur un possible retour. Il décidera. Il est navré de ce qui se passe. Il ne sera ni chef, ni arbitre". Bruce Toussaint insiste en demandant s'il a parlé à Nicolas Sarkozy d'un retour. "(silence) Il nous est arrivé d'en parler. C'est la vie politique qui décidera" conclut-il.
Sur sa plainte contre Christiane Taubira*
"Cela fait trois ans que je subis une action ignominieuse contre moi. J'ai décidé de rentre coup pour coup.  Les sondages avec Nicolas Sarkozy ? Dans cette affaire, Madame Taubira est juge et partie. Elle confond tout. Elle a menti quand elle a dit qu'elle ne faisait plus partie de l'association Anticor et nous le prouverons. Nous sommes dans un scénario inédit. Un scandale énorme. Ce pouvoir à une proportion à intervenir dans la justice.
*Le conseiller de Nicolas Sarkozy accuse Christiane Taubira d'influer sur le cours de la justice dans l'instruction de l'affaire dite des sondages de l'Élysée. Expert ès sondages, il a été mis en cause par plusieurs plaintes de l'association Anticor, en février et novembre 2010 pour "favoritisme", puis en octobre 2012 pour "détournement de fonds". Or, Christiane Taubira serait toujours membre du comité de parrainage de l'association.

La classe politique regrette l'exil de Depardieu en Belgique

La classe politique française a regretté lundi le choix de Gérard Depardieu d'élire domicile en Belgique, dans la commune frontalière de Nechin, réputée pour accueillir des fortunes françaises à la recherche de cieux fiscaux cléments.
La ministre de l'Écologie Delphine Batho a indiqué que la décision de l'acteur français ne remettait pas en cause les choix gouvernementaux en matière d'imposition des plus grandes fortunes, notamment la taxe de 75% sur la tranche des revenus supérieurs à un million d'euros par an.
"Je préfère l'acteur à l'exilé fiscal", a-t-elle dit sur France Inter. "Quand on a les moyens de bien vivre, je pense qu'on doit contribuer au redressement des finances publiques."
La Belgique n'impose ni la fortune, ni les plus-values sur la patrimoine privé, ce qui en fait un havre fiscal pour certains contribuables français, même si l'imposition des revenus du travail y est beaucoup plus élevée qu'en France.
Lors du point presse du Parti socialiste, sa porte-parole, Frédérique Espagnac, a lancé un appel à l'acteur. "J'ai envie de dire à Gérard : 'reviens vite !'", a-t-elle dit.
Le porte-parole du Parti communiste français, Olivier Dartigolles, a de son côté dit voir dans le départ de Gérard Depardieu, qualifié d'"insupportable", le syndrome d'une "inquiétante épidémie".
Son annonce fait suite à la décision de la première fortune de France, le PDG de LVMH Bernard Arnault, de demander la nationalité belge en septembre. Il avait toutefois précisé à l'époque qu'il resterait domicilié fiscalement en France.
SYSTÈME FISCAL "DÉCONNECTÉ"
"Sa carrière, n'en déplaise à son talent, il la doit aussi à ses compatriotes", écrit Olivier Dartigolles dans un communiqué. "En refusant de payer ses impôts, de participer à la solidarité nationale, le très oubliable soutien de Nicolas Sarkozy durant la dernière campagne électorale, entache durablement son image auprès des Français".
Gilbert Collard, député apparenté Front national, a dit que cette décision le "choquait".
"Quand on gagne son argent en France, je crois que c'est quand même patriotique de rester en France", a-t-il dit sur France 2. "Surtout venant d'un talent si Français."
Pour l'opposition de droite, la décision de Gérard Depardieu est directement liée à la politique fiscale du gouvernement.
"La France est aujourd'hui finalement le seul grand pays européen qui observe, par son système fiscal, des délocalisations de fortunes. C'est regrettable", a dit lors d'un point presse le président proclamé de l'UMP, Jean-François Copé.
"Je suis pour que l'impôt soit progressif, que plus on gagne d'argent plus on paye plus d'impôts, c'est tout à fait normal", a-t-il ajouté. "Mais en même temps, je regrette que nous ayons un système fiscal aussi déconnecté de ce qu'il est dans des pays comme l'Allemagne, l'Italie ou la Belgique."
Le bourgmestre (maire) d'Estaimpuis, dont dépend le village de Néchin, où vivent 2.800 Français, a confirmé dimanche que Gérard Depardieu avait acquis une maison dans cette petite commune frontalière.
Daniel Senesael a dit à la presse ne pas être "naïf" quant aux motivations possibles de l'acteur mais a assuré que ce dernier avait eu "un coup de foudre pour l'aspect paysager de notre entité, sa convivialité et son bien vivre".

Les idées d’abord

Les idées d’abord



Comment à l’avenir surmonter les querelles individuelles, les « batailles d’ego » ? Comment répondre à l’attente de l’opinion publique qui ne supporte plus le pouvoir en place? La France a besoin d’une profonde transformation pour s’attaquer aux problèmes qui la minent depuis plus de trente ans, auxquels tous les gouvernements se sont heurtés : le chômage massif, l’insécurité, la maîtrise insuffisante de l’immigration, l’impuissance publique en général. Nous devons viser à sortir de la logique de la succession des alternances et des déceptions… Voici un projet républicain en sept axes, sans prétention, éminemment discutable, mais dans lequel 60% des Français, je crois, pourraient se reconnaître.
-          Créer une confédération européenne. L’Europe a besoin d’un profond bouleversement. Pour survivre, ne pas imploser et connaître le sort de l’URSS, il lui incombe de se transformer, de sortir de sa logique d’aveuglement bureaucratique pour se mettre aux services des Européens et de Nations indépendantes. Il faut que le pouvoir suprême en Europe incombe au seul directoire des chefs d’Etat et de gouvernement, que la Commission soit placée sous son autorité ; que le Parlement européen représente les peuples et non la nomenklatura, par un mode d’élection uninominal ; que les Etats disposent de la possibilité de s’affranchir d’une décision qui lèserait gravement leurs intérêts nationaux ; qu’enfin le partage des compétences entre la « confédération » et les Etats soit clarifié. Il nous faut transformer profondément l’Europe pour la rénover, et non en sortir, ce qui serait un non sens historique total.
-          Un plan mondial pour l’Afrique. Je ne peux rentrer d’Afrique sans éprouver une profonde tristesse. D’année en année, à l’inverse des discours et articles lénifiants sur les soi-disant progrès de ce continent, je trouve sa misère un peu plus insupportable, avec ses masses d’enfants et d’adolescents désœuvrés et démunis de tout, en particulier d’un avenir qui errent dans les rues. « Le destin de l’Afrique et de l’Europe sont liés » disait le président Sarkozy. La France devrait assumer sa responsabilité positive à l’égard de ses pays frères d’Afrique en plaçant le développement du continent au centre de sa politique étrangère et en engageant une campagne de mobilisation internationale pour les soutenir dans l’acquisition des outils de leur futur.
-          Restaurer la démocratie française. les institutions politiques françaises doivent être rénovées pour rompre avec la logique d’un fossé croissant entre le peuple et les élites. Comment remettre le peuple au centre du pouvoir ? Faciliter le recours au référendum d’initiative populaire, appliquer la démocratie directe, référendaire, pour toute décision impliquant l’avenir de la Nation, élire le Sénat au suffrage universel. Ces sujets concernent l’avenir de la démocratie. Il serait irresponsable, sinon criminel, d’en laisser le monopole aux « extrêmes » au seul prétexte de ne pas vouloir paraître « populiste ».
-          L’entreprise au cœur de la cité. Le rôle de l’entreprise privée comme source de toute création de richesse et à ce titre, trésor le plus précieux de la nation, doit être reconnu et le gouvernement devra se mobiliser sur une loi d’orientation, sa première grande mesure de politique intérieure, visant à supprimer les obstacles à la liberté d’entreprendre, de recruter et de gérer la main d’œuvre, les charges fiscales et sociales ou les réglementation qui paralysent la croissance économique, en particulier les 35 heures. En parallèle une action de réduction drastique des effectifs des deux fonctions publiques – l’Etat mais aussi les collectivités territoriales – sera mise en œuvre. Al’exception des personnes malades et handicapées, aucune ressource d’assistance ne pourra être allouée par la collectivité publique sans la contrepartie d’un travail ou d’un service rendu à la collectivité, en particulier le RSA.
 -          La responsabilité comme principe fondamental de la vie sociale. La société de l’avenir doit retrouver le principe de responsabilité et le placer au centre de son fonctionnement, dans tous les lieux de régulation et de socialisation. A l’école, au collège et au lycée, il faut des chefs d’établissements autonomes, pouvant recruter les enseignants et le personnel éducatifs, récompenser ou sanctionner les élèves, et être tenu responsable de la marche de leur établissement. Dans les tribunaux, les magistrats doivent devenir personnellement comptables des conséquences de chacune de leur décision, tout comme les préfets, les responsables publics dans tous les secteurs. Un chef d’entreprise qui échoue est automatiquement sanctionné. Il doit en être de même pour tout responsable public.
 -          Restaurer les principes de neutralité et de laïcité. Une « nouvelle société », selon les termes de Jacques Chaban-Delmas, devra sanctuariser le principe de neutralité, à tous les niveaux de communication ou de décision publique. Le service public de l’audiovisuel cessera de confondre information et propagande, sous le contrôle d’une commission indépendante. Une stricte égalité devra s’imposer dans la présentation des termes des débats de société et toute forme de message idélogique implicite à travers les émissions devra être banni. La laïcité en matière de religion devra être renforcée par la réforme des lois de 1901 et 1905 en prolongeant la logique de l’interdiction du voile à l’école en 2003 et de la burqa votée en 2011. Aucune prise en considération de la religion des personnes dans la vie publique et sociale – hors de la sphère cultuelle –  ne pourra être considérée comme acceptable (restauration, hôpital, programmes scolaires…)
-          L’ordre républicain. La restauration de l’ordre public et de la maîtrise de l’immigration passe avant tout par la rigueur dans l’application de la loi sous toutes ses formes, dans notre pays où s’est prise, de décennie en décennie, l’habitude de ne pas appliquer cette dernière. Bien sûr des réformes seront indispensables, pour réparer les dégâts de la politiques actuelle, par exemple la remise en vigueur des peines planchers et de la rétention de sureté, deux grandes réformes du précédent quinquennat. Le flux migratoire devra être strictement plafonné en fonction des capacités d’accueil du pays et de son marché du travail. Mais surtout, la réforme des réforme, dans ce domaine, consistera à créer (à moyens constants cela va de soi) un organisme chargé de dénoncer et de sanctionner tout manquement à la lettre et à l’esprit de la loi, par exemple les régularisations abusives de migrants illégaux qui devraient être une exception et sont devenues la règle, ou bien les non applications des peines de prison prononcées par la justice qui favorisent le sentiment d’impunité et expliquent en partie la montée de la délinquance.
Voilà, cela vaut ce que cela vaut, ce n’est qu’une modeste contribution d’un citoyen, appelant toute sorte de critique, voire de dérision, mais c’est le genre de projet ou de programme auxquels il est de la responsabilité des partis politique de réfléchir  plutôt que de s’entretuer, alors que jamais le besoin d’alternance n’aura été aussi fort dans notre pays malgré l’éloignement des échéances nationales.

Les patrons de presse français sont-ils tous mauvais ?

La presse française est sous perfusion de l’État, mais certains ne veulent pas voir que c'est là que se trouve la cause de sa déchéance.
Jean Stern, journaliste français auteur d'un livre intitulé Les patrons de la presse nationale tous mauvais était interviewé hier matin sur la RTS (Radio publique suisse).
Stern, qui a étudié son sujet, reconnait que le système de cogestion entre État-Patrons-Syndicats qui régit la presse en France depuis la libération est à bout de souffle. Mais savez-vous quel est son diagnostic ? Ce qui ne va pas c'est qu'on ferme trop de kiosques, et que les patrons préfèrent investir dans leurs autres activités plutôt que dans le développement des médias dont ils sont actionnaires. Ainsi la crise de la presse française, selon Jean Stern, "c'est l'échec du capitalisme". On croit rêver.
On aurait aimé que les journalistes de l'émission Médialogues (Thierry Fischer et Mathieu Chevrier) soient moins complaisants, et signalent au journaliste français que la presse romande se porte bien mieux que la française. Il y a pas loin d'une dizaine de quotidiens en Suisse Romande pour seulement un million et demi d'habitants !
Des deux côtés de la frontière, la presse subit la concurrence d'internet. Alors, pourquoi la presse est-elle dans ce triste état en France, et va-t-elle mieux en Suisse ?
Une Presse étatisée
La première différence qui saute aux yeux, c'est que la presse française est sous perfusion de l’État. Et si c'était là la cause de sa déchéance ?
Pour s'attirer les bonnes grâces des journaux, les gouvernements français successifs accumulent depuis 1945 les aides directes ou indirectes. Les subventions et autres fonds de soutien représentent au total plus de 10% du chiffre d'affaires des médias, soit plus d'un milliard d'euros par an. Sans compter la très controversée niche fiscale des journalistes, qui peuvent déduire 7.650 euros de leur revenu imposable. Un tel niveau d'ingérence étatique dans la presse est unique dans le monde occidental.
Droguée à l'argent public, cette presse n'est plus une industrie normale, capitaliste. Moins elle vend, plus elle touche de subventions. Dans une telle situation, ses dirigeants ont davantage intérêt à consacrer leur énergie à copiner avec les politiques qu'à imaginer les médias de demain. Les Français, sans connaître nécessairement les chiffres, savent confusément que le Pouvoir achète la presse. Ils voient également les relations incestueuses qui existent entre certain(e)s journalistes et des hommes politiques, et au final se méfient des journalistes.
De plus, comme l'interviewé de la RTS le soulignait, la presse française n'est pas tellement intéressée par les faits, et peu capable de faire des enquêtes sérieuses. C'est surtout une presse d'opinion. Le problème, c'est que son opinion est uniforme : au-delà des étiquettes de gauche et de droite, elle est à peu près unanime pour défendre le système, et particulièrement l’État-Providence qui la nourrit.
Uniformité idéologique
Une presse perçue comme faisant partie du système, dépendante et non indépendante, qui se limite trop souvent à commenter les dépêches AFP dans une morne uniformité idéologique : comment voulez-vous que les lecteurs ne s'en détournent pas ?
Il y a heureusement quelques exceptions, des journalistes libres, de nouveaux médias fiers de refuser les subventions, parmi lesquels Mediapart ou Contrepoints. Internet libère la parole et les initiatives. L'influence des blogueurs, ces journalistes sans carte de presse, ne fait que croître.
Pour que la presse française redresse la barre, il faudrait qu'elle réapprenne à faire son boulot. Se libérer de la tutelle de l’État. Rechercher et diffuser de véritables infos, même et surtout quand elles dérangent. S'affranchir de la pensée unique, et des nombreux tabous qui vont avec, ces sujets dont on ne doit pas parler ou alors à mots couverts. Respecter davantage la pluralité des opinions. Innover. Il faudrait aussi s'inspirer de ce qui marche hors des frontières de l'hexagone...
La presse de Suisse romande, avec ses petits moyens, est diverse et plutôt innovante. La qualité du Temps tient la comparaison avec celle du Monde, et cet excellent journal genevois a l'avantage d'être moins orienté politiquement. Je lis aussi volontiers la Tribune de Genève, et l'Agefi, un excellent journal économique, libéral (un gros mot en France dans le milieu journalistique). Un journal populaire comme Le Matin est capable de produire le week-end un contenu d'une richesse absolument remarquable, dans le format du quotidien et non dans un format magazine. C'est un régal le week-end.
À bien y réfléchir, il n'y a pas de raison de penser que les patrons de presse et les journalistes français sont plus mauvais que les autres.

La presse française a juste besoin de sortir de l'assistanat et d'apprendre à vivre libre.

Manifs réussies… et interrogations

Manifs réussies… et interrogations



Une dizaine de milliers de participants à Bordeaux, presque autant à Lille, plusieurs milliers à Nancy, au Mans et à Reims : la mobilisation réussie contre le « mariage » des homosexuels dans ces villes samedi, vient, après les marches des 17 et 18 novembre, confirmer que, pour le bien commun, les Français sont prêts à descendre dans la rue. Voilà qui laisse augurer d’une mobilisation sans précédent le 13 janvier prochain à Paris et qui, davantage encore, est le signe d’une fierté retrouvée de l’Eglise catholique en France. Combien d’évêques, le 13 janvier ? Mgr Centène, évêque de Vannes, Mgr Aillet, évêque de Bayonne, Mgr de Germiny, évêque de Blois, pour ne nommer qu’eux, ont annoncé leur venue. Le dernier nommé assure même être « entré en résistance ».
Sans être confessionnelles, puisque tous les opposants au projet Hollande-Taubira ne sont pas catholiques, loin s’en faut, les manifestations affirment qu’on le veuille ou non une morale naturelle, le respect de la loi naturelle, que l’Eglise catholique affirme et défend. De même, les très nombreuses familles présentes – souvent des familles nombreuses – donnent le ton – elles qui sont chargées précisément de transmettre cette loi naturelle à leurs enfants à qui elle ne vient pas toujours… naturellement.
C’est cela, l’identité des partisans du mariage vrai. Même si – fort heureusement – il est aussi des homosexuels proclamés qui dénoncent l’agitation du lobby LGBT et l’accuse d’abuser de sa position pour prétendre représenter l’ensemble d’entre eux. Xavier Bongibault, président de « Plus gay sans mariage », participait à la marche de Bordeaux, rappelant que « le peuple de France n’est pas pour ce projet de loi » et que « les personnes qui s’opposent à ce projet de loi ne sont pas homophobes ». « C’est l’homosexuel que je suis qui le dit »…
Le problème vient non de ces affirmations justes, mais de la revendication d’un style de vie qui n’est pas, par exemple, celle du catholique Philippe Ariño qui de manière confuse mais courageuse reconnaît l’enseignement moral de l’Eglise sur le sujet et, souffrant d’une tendance dont il n’est pas responsable, a choisi la chasteté.
Mais tel est le poids des médias et du politiquement correct, tel est le souci de Frigide Barjot, qui apparaît comme la figure de proue de la manifestation du 13 janvier, que des étrangetés y apparaissent, des limites dont on souhaiterait que les évêques, au nom de leur autorité morale et de leur devoir d’enseignement, disent clairement l’existence. Car si le projet du prétendu « mariage pour tous » est contré grâce à la mobilisation massive des gens de bonne volonté – et il faut qu’il le soit ! – le lobby LGBT aurait déjà gagné une manche décisive si c’était au prix d’une soumission aux exigences de la lutte contre l’homophobie.
Celle-ci, nous l’avons déjà dit, entretient une ambiguïté fondamentale entre le respect des personnes, sur laquelle tous peuvent être d’accord, et l’approbation des actes homosexuels qui est le véritable objectif des partisans du « mariage » pas gai du tout.
Lors des marches de samedi, Frigide Barjot avait renouvelé ses appels à répondre aux provocations par un large sourire. Ce qui peut être très bien – sauf quand des harpies dépoitraillées vident des extincteurs sur des enfants et des poussettes en arborant des slogans violemment antichrétiens sur leurs seins nus. Sourire et silence, aussi, face à la presse, pour laisser répondre les responsables rompus à l’argumentation pour ne pas être taxés d’homophobie. Soit… Mais cette défiance à l’égard des braves gens a décidément quelque chose de méprisant, et signifie une crainte révérencielle à l’égard du politiquement correct. On voit bien où Frigide Barjot veut en venir : éviter toute dénonciation médiatique des marcheurs comme « extrémistes » ou « intégristes ». Mais cela fait des années que nous crevons de cette peur panique de l’« amalgame » avec ceux que les médias eux-mêmes désignent ainsi sans aucun souci de la vérité ou des nuances…
De même, comme en novembre, Frigide Barjot avait demandé d’« applaudir » les couples homosexuels qui feraient de la provocation sur le parcours en s’embrassant sous les yeux des manifestants. Elle a même suggéré, au cas où des activistes de Femen fassent irruption « en petite tenue » (et même moins, en fait), que les manifestantes « se déshabillent aussi pour être en situation d’entamer un dialogue équitable ».
On hésite entre la bêtise, la complaisance, l’inconscience… Non, on n’a pas besoin de céder à la vulgarité pour plaire aux médias, même si eux en vivent. Oui, on a encore le droit d’exister sans se soumettre à la mode du jour !
Frigide Barjot fait circuler depuis cette fin de semaine des « consignes pour tous » en vue de la manifestation du 13 janvier. Pour « refuser toute récupération politique ou religieuse ». Afin de « prévenir toute récupération, tout dérapage, toute intrusion et assurer la sécurité des familles et des manifestants, toutes les banderoles et les pancartes autres que celles autorisées (…) seront retirées du cortège, ainsi que leurs éventuels porteurs récalcitrants », poursuit le texte qui fournit une liste de slogans autorisés et suggère un « dress-code » décontracté.
Ce totalitarisme ne dissuadera certainement pas le grand nombre de venir manifester, car c’est l’objectif qui est important. Mais il n’est pas interdit d’en parler, de le critiquer, et de rappeler que le rejet et l’ostracisme ne sont pas les meilleurs outils pour forger l’unité !