TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 2 juin 2012

Pourquoi l'Espagne est au fin fond de l'abîme


Aujourd'hui, l'Espagne pourrait mourir de sa double crise de solvabilité. Il y aurait bien trois remèdes, mais leur coût serait immense, et le pire, une sortie de l'euro, fait froid dans le dos.
Le cas espagnol est extrêmement inquiétant. C'est le seul grand pays de la zone euro incapable de rembourser ses dettes. Car il est empêtré dans une double crise de solvabilité. D'abord au niveau budgétaire, avec un déficit public plus important que jamais et qui ne cesse de s'aggraver. Ensuite au niveau externe, avec un déficit extérieur chronique et un taux d'endettement très élevé. Cette perte de solvabilité externe est la plus grave des deux: le Japon ou les Pays-Bas, qui ont un déficit public mais un excédent extérieur, peuvent compter sur l'épargne des particuliers pour financer l'Etat. Ce n'est pas le cas de l'Espagne. En outre, dans ce genre de situation, c'est habituellement le FMI qui opère, avec une forte dévaluation à la clé. Ce n'est bien sûr pas possible pour l'Espagne de par sa présence dans la zone euro. Pour rétablir sa solvabilité extérieure, seules trois possibilités s'offrent à elle.
La première est un ajustement réel. C'est la solution actuellement mise en oeuvre, sous la pression de l'Allemagne et de la Banque centrale européenne. Le retour à la solvabilité se fait via des politiques budgétaires très restrictives (encore près de 3% du PIB économisés en 2012) et une baisse des coûts salariaux. Ce dernier point permet de relancer un peu la compétitivité. Mais la baisse des prix ne suivant pas, les salaires réels chutent, la consommation et le PIB s'effondrent, et le taux de chômage explose (près de 30% prévu en 2013, plus de 60% pour les jeunes!). L'ajustement réel est donc très coûteux en emplois et accentue les tensions sociales.
Deuxième piste: un peu de solidarité. L'Europe, en particulier l'Allemagne, pourrait adopter une stratégie coopérative et aider les Espagnols à se financer à des taux d'intérêt plus bas. Car, aujourd'hui, plus personne ne veut prêter à l'Espagne, ce qui fait grimper les taux à dix ans sur la dette publique à plus de 6%, un niveau insupportable compte tenu de la récession (- 2% cette année). Cela étrangle l'économie, puisque cette hausse des taux se transmet aux coûts de financement des banques et des entreprises, et fait reculer le crédit. La stratégie coopérative permettrait aussi de favoriser le développement du secteur exportateur en Espagne, par exemple en subventionnant le capital qui accepterait d'y investir. Pour l'instant, les autres pays de la zone euro sont hostiles à cette piste.
La troisième solution fait froid dans le dos, car il s'agit ni plus ni moins de sortir de l'euro et de dévaluer pour résoudre la crise de solvabilité. Le coût serait immense, mais il faut bien voir que l'ajustement réel ne débouche sur rien, et que la trajectoire suivie par l'Espagne n'a pas de sens.

L'analyse des votes montre que la gauche a perdu le combat idéologique sur un tiers du territoire : les zones périurbaines. Faute de militants et cadres PS, le Front national a réussi à y faire ses meilleurs résultats. Pour garder une majorité électorale, la gauche devra parvenir à s'adapter à cet électorat, plutôt que de s'enfermer dans les villes.

Dans leurs travaux, plusieurs politologues comme Jérôme Fourquet ou Mathieu Vieira montrent que la gauche est en difficulté dans de grandes partie du territoire. Vous-même expliquez que le Parti socialiste est absent de certaines zones. Où se situent-elles ?

Gaël Brustier : Il s'agit des zones périurbaines, situées entre 30 et 80 kilomètres des métropoles de plus de 200 000 habitants. Elles concentrent un tiers de la population, majoritairement des employés et des ouvriers. Ce ne sont pas des zones vieilles, au contraire, on y trouve surtout des actifs de 35-80 ans. Nicolas Sarkozy y a résisté de manière vigoureuse et le Front national y est très fort.
On observe dans les zones périurbaines la naissance d'un imaginaire collectif très à droite. La confrontation politique n'y passe plus par la gauche, mais par la droite. Pourtant, ce sont des zones où les classes populaires sont massivement présentes.
Outre ce côté périurbain, on peut aussi ajouter le fait que certaines régions sont plus ou moins conservatrices : le périurbain du nord-est est plus sensible au FN que le périurbain du grand ouest. Mais on peut néanmoins diviser la France entre trois grandes zones : les métropoles, les zones périurbaines et la ruralité. Les métropoles sont très majoritairement à gauche ; les zones périurbaines massivement à droite et les zones rurales sont des zones d'affrontement. Le Front national y progresse fortement, mais la gauche arrive à être à l'offensive, notamment en s'impliquant dans la défense des services publics.

Comment s'explique cette désaffection des classes populaires pour la gauche ?

Il y a deux pistes d'explications. D'une part, la mutation de l'imaginaire collectif des classes populaires. Cette question là passe notamment par la modification sur les vingt ou trente dernières années de la consommation culturelle des milieux populaires, de l'influence d'un certain nombre de médias qu'ils utilisent et de la représentation du monde qu'ils en tirent.
Le deuxième grand aspect touche à la question de la droitisation de manière générale, notamment de la classe ouvrière et populaire. On constate en Europe qu'elle est enrayée dans les zones où l'encadrement traditionnel des forces de gauche est très fort. Ainsi, on trouve deux forces qui résistent très bien : le Parti socialiste de Wallonie et le Parti démocrate suédois, qui conservent un encadrement de base très fort.
Le problème pour la gauche, c'est que ces zones qui concentrent un certain nombre de difficultés sociales et économiques, qui ne sont ni la banlieue, ni la campagne, ni la ville, et qui concentrent un tiers de la population, reforment leur imaginaire sur une vision de droite.

Le PS est pourtant implanté localement : il dirige la majorité des départements et des régions. D'où viennent ces victoires ?

Il faut regarder qui vote à chaque élection. Aux Européennes de 2009, il y avait 40% de taux de participation, 50% aux régionales de 2010. Ce taux de participation n'est pas réparti uniformément dans la société. Un cadre supérieur des beaux quartiers de Paris a beaucoup plus de chance de voter qu'un ouvrier ou un employé qui habite à 80 kilomètres de là.
Sur toutes les élections intermédiaires, il y a un fort discriminant social concernant la participation au vote sur les élections intermédiaires. Or, l'électorat du PS est d'avantage un électorat de villes et de proche banlieue, plutôt éduqué, qui vote plus aux élections intermédiaires que l’électorat de droite.
De plus, il y a eu une inversion totale au niveau local depuis 20 ans. La droite avait depuis très longtemps un encadrement notabilier de la société française. Cet encadrement s'est effondré, il n'y a aujourd'hui plus d'élus locaux de droite coordonnés. Les socialistes, à l'inverse, se sont pleinement investis dans la gestion locale, en particulier depuis les élections de 1977. Ils ont donc développé des gestions locales cohérentes.

Qu'est-ce qui leur a fait défaut ?

Ce qui leur a longtemps fait défaut, c'est leur manque de vision nationale, visionnaire. Ils ont été capable d'avoir une projection dans l'avenir au cadre locale, mais une réelle difficulté à expliquer le monde, la mondialisation, la géopolitique.
Aujourd'hui se pose une question : si on fait la bonne analyse du résultat des élections, la mère de toute les batailles va être le combat que la gauche devra mener pour reconquérir les classes populaires, qui ont massivement adhéré à la droite.
Dans ces zones périurbaines, le PS ne dispose ni des ressources culturelles pour séduire cet électorat, ni d'un encadrement et de militants suffisant pour partir à leur reconquête. Ce n'est pas une affaire d'élus locaux, c'est une affaire de terrain.

N'est-ce pas un choix conscient du PS ? On a beaucoup parler notamment de la note de Terra nova, qui actait le divorce entre PS et classes populaires...

La note de Terra nova ne fait aucune prescription, elle ne fait qu'entériner une situation qui est défavorable à la gauche. Elle n'est ni plus ni moins que la théorisation de la rétractation progressive de la gauche sur les métropoles, où elle finira par être cantonnée et où elle disparaîtra.
Suivre cette voie, c'est prendre le risque majeur et inéluctable d'être vaincu par ses propres conquêtes. C'est à dire d'adhérer à un imaginaire, qui est celui des métropoles, qui entraînera le PS et la gauche en général sur la pente de l'incapacité à comprendre l'évolution culturelle des milieux populaires dans leur ensemble. Ils se reporteront à une somme de catégories plutôt qu'à l'ensemble du pays, et de fait se retrouveront minoritaires très vite, dès 2014 ou 2015. Le risque stratégique majeur est là. Croire que Terra nova prescrit quelque chose de viable, c'est faux. Terra nova fait un constat, celui de l'électorat socialiste actuel. Mais il ne peut être majoritaire que sur un malentendu.

Le Front national peut-il, dans ces zones, prendre la place laissée vacante par la gauche ?

La réponse, qui va rassurer tout le monde, c'est que le Front national ne dispose pas de cadres. Nous nous trouvons donc dans des zones où il y a une ébullition culturelle, mais personne pour y répondre. Le PS a une chance, c'est que même s'il a des faiblesses d'encadrement, le FN qui est fort dans ces zones là a aussi un déficit d'encadrement, tant en terme qualitatif que quantitatif.
Le PS a donc une opportunité majeure d'investissement dans ces zones là. Mais cela suppose qu'ils s'attachent à deux choses : développer une vision alternative du monde et qu'ils fassent le choix d'un investissement militant massif dans ces zones. Si Hollande le fait, il pourra s'assurer une majorité stable assez longtemps dans le pays.

Qu'en est-il du Front de gauche ?

C'est plus difficile, car il a une géographie électorale très peu périurbaine. C'est la France de la fierté d’être socialiste, il prospère grandement dans le sud-est et le sud-ouest, mais est en perte de vitesse dans les bastions communistes, comparé à Robert Hue en 1995.

Dans ces zones périurbaines, le vote de gauche est touché dans l'ensemble. 
Le Front de gauche n'est pas mieux placé que le PS pour aller les reconquérir.
ET C'EST TANT MIEUX 


Cinq cents ans d’occasions manquées

La crise bancaire actuelle puise ses racines dans la pensée anti-économique qui domine dans le pays depuis la Reconquista et la découverte de l’Amérique, et qui en a empêché le développement. Un état d’esprit auquel l’adhésion à l’Union européenne en 1986 n’a rien changé. Extraits.


Que se passe-t-il en Espagne ? Sous le mandat de premier ministre de José María Aznar (1996-2004), le pays faisait encore figure d’élève modèle de l’UE en matière de croissance. Les fonds structurels européens affluaient dans la quatrième économie de la zone euro à hauteur de 150 milliards d’euros.

Mais ce ne sont pas des entreprises florissantes qui sont sorties de terre sur les sols pauvres d’Andalousie et de Castille, mais des projets d’investissement ruineux dont les vestiges sont aujourd’hui aussi délabrés que les châteaux de l’époque du Cid. Les uns et les autres sont l’expression d’un modèle social anti-économique qui caractérise l’Espagne depuis un demi-siècle.
L’Espagne a vécu la période des temps modernes dans un isolement volontaire qui n’a pris fin que dans les années 1960, lorsque le dictateur Francisco Franco a ouvert le pays au tourisme. L’Espagne est donc entrée tard et laborieusement dans la modernité, "agitée et pressée comme un invité qui arrive dernier à un banquet et qui tente comme il peut de rattraper ce qu’il a manqué", écrivait Juan Goytisolo en 1969 dans un essai qui reste d’actualité, "L’Espagne et les Espagnols".
C’est avec le même empressement que l’Espagne a commencé, vingt années plus tard, à dépenser la manne tombée du ciel sous la forme de fonds structurels européens. Mais au lieu d’investir dans une société productive, elle a voulu faire partie de l’Europe le plus vite possible et se moderniser, ce qui voulait surtout dire avoir l’air moderne. L’argent a été utilisé avec discernement au départ, mais plus tard avec une précipitation nourrie par la politique foncière ultralibérale de José María Aznar.

Ruineuses latifundias

La marche triomphale de l’anti-économisme avait toutefois débuté dès 1492. A l’époque, l’Espagne n’avait pas seulement découvert l’Amérique, mais avait aussi conquis le dernier vestige de la domination arabe à Grenade, avant de chasser du pays les Juifs et les Maures dans les siècles qui suivirent. Or, les deux communautés tenaient les rênes de l’artisanat et du commerce. Alors que l’hidalgo chrétien, lui, avait le labeur en horreur : tout travail lui était interdit en vertu d’un étrange code d’honneur et il ne voyait de mission divine que dans la soldatesque.
Les richesses des colonies glissaient entre les doigts des Espagnols comme de l’or liquide. L’Europe centrale s’enrichissait de l’or inca pendant que la noblesse espagnole se reposait passivement sur les revenus de ruineuses latifundias.
Pendant trois siècles, tout ce qui s’apparentait à une activité productive faisait l’objet de poursuites pour hérésie de la part de l’Inquisition. Quiconque s’aventurait à faire de la recherche, à lire ou à bricoler courait le risque de finir sur le bûcher.
A la disparition de l’Inquisition, le flambeau de l’immobilisme a été repris par le catholicisme espagnol. La laïcisation du pays elle-même n’est pas parvenue à en briser la carapace. Ce n’est qu’au Pays Basque et en Catalogne que l’on a vu apparaître des sites industriels. On créait certes des liaisons de transport, mais tout en les entravant. Ainsi, il existait un réseau ferroviaire, mais l’écartement des rails n’était pas le même qu’en France pour ne pas approcher trop près de l’Europe. L’Europe s’arrête aux Pyrénées, disait-on désormais.

Mouvement anarchiste puissant 

Il a fallu attendre le XIXe siècle pour voir l’émergence timide d’une bourgeoisie dynamique, mercantile, politisée. L’Espagne est le seul pays du monde à avoir vu l’émergence d’un mouvement anarchiste puissant. Celui-ci revit aujourd’hui par le biais des indignés de la Puerta del Sol à Madrid, qui sont unis par la fronde anti-capitaliste mais qui ne parviennent pas à se fédérer.
L’anarchisme a triomphé dans les années 1930 avant d’être écrasé par Franco et son putsch pendant la guerre civile. Franco a brusquement ramené l’Espagne au temps de l’Inquisition. Pour faire régner le calme, il a délibérément promu l’immobilisme au lendemain de sa victoire. Le nombre de propriétaires a explosé grâce à la construction de logements et aux aides financières. Ce faisant, il posait la première pierre du boom spéculatif qui allait survenir plus tard.
Si elle a surmonté avec brio le bouleversement politique survenu à la fin de la dictature en 1975 et s’est dotée d’une société libérale, l’Espagne est en revanche restée bloquée à l’époque du bas moyen âge sur le plan économique.
Nombre de journaux et de blogs espagnols se caractérisent encore aujourd’hui par une rhétorique égocentrique et les chamailleries partisanes. L’esprit de clocher interdit à la Castille ou à l’Andalousie de prendre modèle sur le Pays Basque ou la Catalogne, deux régions pourtant plus productives et qui, à l’inverse, se refusent obstinément à faire partager leur savoir-faire au reste du pays.

Abattre la barrière des Pyrénées

Pour les Espagnols, écrit Juan Goytisolo, il s’agit moins de tirer un gain matériel d’une besogne que de s’y investir personnellement. Or, les marchés anglo-saxons, régis par la froide efficacité protestante, ne laissent pas le temps à une telle stratégie de porter ses fruits sur un plan commercial. Faute de budget, les mutations nécessaires pour refonder le système éducatif et la recherche en les axant sur la pratique sont impossibles aujourd’hui.
Tant que l’Europe ne se décidera pas à abattre la barrière des Pyrénées en débloquant des aides ciblées en faveur de la modernisation de l’économie et de l’éducation, l’Espagne se verra contrainte de se réfugier dans un de ses traits de caractère qui, d’après Juan Goytisolo, a toujours entravé son ascension : son manque d’ambition.
Les Espagnols savent endurer une crise. Ils l’ont fait pendant 500 ans.




Dieu nous garde de nos sauveurs

A en croire les sondages, le 17 juin, les électeurs grecs pourraient bien rejeter les partis proches de la technocratie et de la finance, qui sont en train de supplanter la démocratie. C’est pourquoi il faut les soutenir, affirme le philosophe Slavoj Žižek. 
Nous sommes dans un film d’anticipation américain qui dépeint une société pas si éloignée de la nôtre. Des hommes en uniformes patrouillent de nuit les rues désertes à la recherche d’immigrés, de délinquants et de vagabonds et brutalisent sans vergogne leurs victimes. Cette scène digne d’un film américain est pourtant une réalité en Grèce.

La nuit, les milices vêtues de noir du mouvement néo-fasciste et négationniste Aube Dorée (qui a remporté 7% des voix lors des dernières élections et qui a le soutien d’environ la moitié de la police athénienne) arpentent les rues pour lyncher les immigrés qui ont le malheur de croiser leur chemin: Afghans, Pakistanais, Algériens. C’est ainsi qu’on défend l’Europe en ce printemps 2012. Le problème, quand on dit défendre la civilisation européenne contre une menace immigrée, c’est que la férocité de la défense est plus dangereuse pour la “civilisation” que les musulmans, quel que soit leur nombre.
Avec des défenseurs aussi sympathiques, l’Europe n’a plus besoin d’ennemis. Il y a cent ans, G. K. Chesterton avait formulé l’impasse dans laquelle se trouvaient les adversaires des religions : “les hommes qui commencent à combattre l’Eglise au nom de la liberté et de l’humanité finissent par se débarrasser de la liberté et de l’humanité pourvu qu’ils puissent combattre l’Eglise… Les partisans du sécularisme n’ont pas détruit les choses divines  mais ils ont détruit les choses du monde, si cela peut les rassurer.”
De nombreux défenseurs du libéralisme font preuve d’une telle détermination pour combattre le fondamentalisme anti-démocratique qu’ils finissent par se dispenser de la liberté et la démocratie, pourvu qu’ils puissent lutter contre le terrorisme. Si les “terroristes” sont prêts à détruire ce monde par amour du prochain, nos combattants contre le terrorisme sont prêts à détruire la démocratie par haine des musulmans. Certains d’entre eux ont tellement à coeur la dignité humaine qu’ils sont prêts à légaliser la torture pour la défendre. C’est l’inversion du processus par lequel les défenseurs fanatiques de la religion commencent en attaquant la culture contemporaine séculaire et finissent par sacrifier leurs propres convictions religieuses afin d’éradiquer ces aspects du sécularisme qu’ils exècrent.

Pour une fois, les Grecs face à un véritable choix

Mais les défenseurs de l’identité grecque ne sont pas les plus dangereux : ils sont simplement les fruits honteux d’une autre grave menace : les politiques d’austérité qui ont entraîné la ruine de la Grèce. Le prochain tour des élections grecques aura lieu le 17 juin. L’establishment européen cherche à tirer la sonnette d’alarme : non seulement le destin de la Grèce est en jeu mais peut-être même le destin de l’Europe toute entière. Un seul résultat  – le bon avancent-ils – permettrait au douloureux mais nécessaire processus de sauvetage du pays par l’austérité de continuer. L’autre choix – si le parti “d’extrême gauche” Syriza venait à l’emporter – conduirait le pays au chaos et verrait l’avènement de la fin du monde (européen) tel que nous le connaissons.
Ces prophètes de malheur ont raison, mais pas dans le sens où ils le pensent. Les critiques de nos actuels arrangements démocratiques regrettent que les élections n’offrent pas vraiment de choix : tous ce que la démocratie a à nous offrir consiste en un choix entre un parti de centre-droit et un parti de centre-gauche dont les programmes sont pratiquement les mêmes. Le 17 juin pourtant, les Grecs seront confrontés à un véritable choix : l’establishment (Nouvelle démocratie et Pasok) d’un côté et Syriza de l’autre. Et comme c’est généralement le cas quand la démocratie propose un vrai choix, nos élites sont en panique et nous promettent chaos, pauvreté et violence si les Grecs ne font pas le bon choix.

Panique ou solidarité créatrice

La simple éventualité d’une victoire de Syriza ferait nous dit-on trembler les marchés. La prosopopée idéologique est à la mode : les marchés parlent comme s’il s’agissait de personnes, exprimant leurs “inquiétudes” au cas où les élections ne donneraient pas vainqueur un gouvernement soucieux de suivre le programme conjoint UE-FMI d’austérité budgétaire et de réformes structurelles. Les citoyens grecs n’ont pas le temps de s’inquiéter pour leur avenir : c’est leur quotidien qui les préoccupe car leurs conditions de vie ne cessent de se dégrader de manière inédite en Europe depuis des décennies.
Or il suffit de faire de telles prédictions pour qu’elles se réalisent immédiatement, entraînant la panique et le chaos contre lesquelles on voulait nous mettre en garde. Si Syriza venait à l’emporter, l’establishment européen espère que nous apprendrons dans la douleur combien il en coûte d’essayer de briser le cercle vicieux de cette complicité mutuelle entre la technocratie de Bruxelles et le populisme anti-immigrés. Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza, en est parfaitement conscient et a récemment déclaré dans un entretien que sa première priorité une fois élu serait d’enrayer la panique : “Les gens vont vaincre la peur. Ils ne se laisseront pas abattre, ils ne céderont pas au chantage.”
La tâche de Syriza est pratiquement impossible. Il ne s’agit pas de la voix “folle” de l’extrême gauche mais bien de la voix de la raison qui s’élève contre la folie de l’idéologie des marchés. En se portant volontaire pour assumer l’exercice du pouvoir, ils ont osé affronter la peur de la gauche de prendre le pouvoir, ils ont le courage de nettoyer les dégâts laissés par les autres. Il leur faudra faire preuve d’un formidable mélange de volonté et de pragmatisme, d’engagement démocratique et de rapidité d’action le moment venu. Même si leurs chances de réussite sont minces, ils auront besoin que toute l’Europe leur manifeste sa solidarité ; et pas seulement une solidarité de façade mais une solidarité créatrice, avec par exemple la promotion d’un tourisme solidaire cet été.

Une nouvelle “hérésie” pour sauver l’Europe

Dans Notes towards the Définition of Culture, TS Eliot faisait remarquer qu’il faut parfois choisir l’hérésie pour ne pas perdre la foi : c'est-à-dire quand le schisme est parfois la seule façon de garder en vie une religion. C’est ce qui se passe en Europe aujourd’hui. Seule une nouvelle “hérésie” (actuellement incarnée par Syriza) pourra sauver ce qui est digne d’être sauvé dans l’héritage européen : la démocratie, la foi en l’être humain, l’égalité et la solidarité etc. En cas de défaite de Syriza nous obtiendrons une “Europe avec des valeurs asiatiques” c'est-à-dire un capitalisme contemporain prompt à bafouer la démocratie.
La liberté de vote dans les sociétés démocratiques est paradoxale : tout le monde est libre de choisir à condition de faire le bon choix. C’est pourquoi, en l’absence de choix jugé éclairé (comme ce fut le cas quand l’Irlande a rejeté la constitution européenne), cette décision est considérée comme une erreur et nos élites réclament immédiatement que le processus “démocratique” soit réitéré afin de corriger cette regrettable erreur. Quand George Papandreou, alors Premier ministre grec, a proposé un référendum sur le plan de sauvetage de la Grèce fin 2011, son idée a été rejetée par crainte d’un mauvais choix.
La crise grecque nous est racontée différemment selon les médias : il y a l’histoire germano-européenne (les Grecs sont irresponsables, paresseux, ils dépensent trop et ne payent pas leurs impôts et il faut les surveiller de près et leur inculquer la discipline budgétaire) et l’histoire grecque (notre souveraineté nationale est menacée par la technocratie néolibérale imposée par Bruxelles). Mais quand il est devenu impossible d’ignorer le drame vécu par les Grecs, une troisième histoire a vu le jour : les Grecs sont désormais présentés comme des victimes humanitaires qui ont besoin d’aide, comme si une guerre ou une catastrophe naturelle avait frappé le pays. Si ces trois histoires sont fausses, la troisième est de loin la plus répugnante. Les Grecs ne sont pas des victimes passives : ils sont en guerre contre l’ordre établi économique de Bruxelles, et ils ont besoin que nous nous montrions solidaires de leur combat parce que c’est aussi notre combat.
La Grèce n’est pas une exception. C’est l’un des principaux terrains d’expérimentation d’un nouveau modèle socio-économique d’application potentiellement illimitée : une technocratie dépolitisée où les banquiers et autres experts sont autorisés à s’affranchir de la démocratie. En sauvant la Grèce de ses soi-disant sauveurs, c’est à l’Europe elle-même que nous portons secours.

vendredi 1 juin 2012

L’immigration, l’autre fardeau de la Grèce

Piégée entre une Turquie laxiste et le renforcement des frontières en Europe, la Grèce est devenue un véritable Etat-tampon pour les immigrés du monde entier qu'Athènes doit assumer seule, et en pleine récession.

12,5 kilomètres de barbelés, 3 mètres de hauteur, 25 caméras thermiques. Comme entre les Etats-Unis et le Mexique, le gouvernement grec tient sa solution pour bloquer l’afflux d’immigrés clandestins à sa frontière avec la Turquie. Un mur, acté début 2011, inauguré en février 2012, et dont les travaux de terrassement ont commencé début mai. Un chantier de 3 millions d’euros, entièrement assumé par le gouvernement grec, que l’Union européenne a refusé de financer, malgré le soutien de la France de Nicolas Sarkozy.

«Ce mur ne fera que repousser le problème. Les migrants passeront par le fleuve Evros», résume, amer, un policier grec aux frontières. Décrié par l’Europe, jugé inefficace par les observateurs et les habitants, car couvrant uniquement une petite partie terrestre de 200 kilomètres de frontière fluviale, le mur pourrait ne jamais être achevé. Comme le symbole d’une impasse, de l’impuissance d’une Grèce sans moyens, isolée, obligée de réguler la quasi-totalité de l’immigration européenne, en pleine crise économique.

La majorité des sans-papiers sont renvoyés à Athènes

Chaque jour, plus de 300 immigrés débarquent illégalement en Grèce par la Turquie. Ce qui représenterait entre 80% et 90% de l’immigration clandestine de l’Union européenne. Longtemps, la Grèce a pourtant été un pays d’émigration. «Dans les années 1980, il n’y avait pas d’hommes de couleur en Grèce», se souvient Diamando, enseignante et militante du collectif Stop Evros Wall («Arrêtons le mur de l’Evros»). En 1991, on recense 197.000 étrangers en Grèce, en majorité des Albanais. Dix ans plus tard, en 2001, le nombre d’immigrés franchit la barre du million. Aujourd’hui, pour un pays de 11 millions d’habitants, il y aurait 2 millions d’étrangers en Grèce, dont la moitié des clandestins.
En l’espace de cinq ans, les chemins de l’immigration en Europe se sont déportés de la Méditerranée, via l’Italie et l’Espagne, vers la Grèce et le fleuve Evros. Entre 2009 et 2010, selon Frontex, l’Agence européenne aux frontières, les routes de la Méditerranée centrale (Italie et est de l’Espagne) et de la Méditerranée occidentale (sud de l’Espagne), ont connu respectivement une baisse de trafic de 60% et 31%. Pendant ce temps, le chemin gréco-turc a enregistré une hausse de 345%. Ainsi, en 2010, près de 50.000 immigrés ont franchi cette frontière.
Face à cet énorme problème de flux humains, la Grèce paraît bien désunie. Aux portes de l’Union européenne, la Turquie, le rival de toujours, semble s’amuser en silence, et encaisse les bénéfices. En quelques années, Istanbul est devenu la plaque tournante d’un trafic d’êtres humains en Europe. Des cars de migrants, originaires d’Afghanistan, du Bengladesh ou du Pakistan, croisent dans la capitale turque des avions low-cost en provenance du Maghreb ou d’Afrique noire. Du pays d’origine jusqu’à Athènes, les passeurs, souvent turcs, demandent jusqu’à 10.000 euros, selon les cas, pour un voyage périlleux, parfois mortel.
En 2011, 48 corps ont été retrouvés dans le fleuve Evros. Parmi les migrants, des histoires d’impayés, de kidnapping et de morts de proches, circulent. La police et le gouvernement turcs laissent passer des étrangers, qui consomment, entretiennent une économie souterraine, et de toute façon, ne restent pas en Turquie. Car le problème reste avant tout diplomatique. Ankara a récemment ouvert un mini-espace de circulation, sans visa, avec des pays comme la Syrie, le Yemen, l’Iran, le Maroc ou la Tunisie.
En Europe, la Grèce n’en est pas moins isolée. Les conventions de Dublin, qui fixent les règles de l’immigration dans l’Union européenne, obligent le premier pays où le migrant débarque à traiter son cas. Autrement dit, un immigré illégal, qui passe par Athènes, mais se fait arrêter à Paris, sera renvoyé en Grèce. Dublin II, adopté en 2003, modifie légèrement cette clause en indiquant qu’il s’agit d'«identifier dans les plus brefs délais possibles l'Etat membre responsable».
Face aux difficultés économiques de la Grèce, certains pays comme la Norvège ou la Finlande ont limité les renvois. «Mais cela reste très rare, déplore Angélique Kotzamanis, chercheuse sur les questions d’immigration à l’université d’Athènes. La majorité des sans-papiers sont renvoyés en Grèce.»

«Frontex est utile comme l'aspirine au cancer»

En Grèce, aux frontières de l’Europe, l’absence de moyens, la crise économique, empêche toute tentative ordonnée de régulation de l’immigration. Dans la région de l’Evros, comme dans beaucoup de contrées rurales en Grèce, les routes sont inachevées depuis des années. Les salaires ont parfois été divisés par deux. Débordée, la police d'Orestiada, qui «contrôle» la frontière, délivre aux migrants un papier d'expulsion de territoire sous 30 jours. Un agent d'Orestiada:
«Ils se livrent à la police, nous les relâchons et ils partent tous à Athènes.»
Pour endiguer ce flux migratoire hors norme dans un pays en crise, l’Union européenne a dépêché dans la région du fleuve Evros, fin 2010, sa police aux frontières, Frontex. Un renfort qui stoppe l’hémorragie, mais qui ne la contrôle toujours pas. En 2011, avec une légère augmentation, 55.000 migrants ont mis le pied dans l’Union européenne par cette route. «Frontex est utile comme l’aspirine au cancer», lance avec cynisme une avocate de la région. «Avant, c’était la police grecque qui informait l’Union européenne de la situation. Aujourd’hui, c’est Frontex. Ils n’agissent pas», déplore Evanghelis Maraslis, maire-adjoint de Nea Vyssa. «Frontex n’a même plus d’argent pour le fuel de son hélicoptère thermique», sourit un soldat grec.
Sans moyens, la Grèce a été épinglée en 2011, par la Cour européenne des droits de l'homme pour la médiocrité de ses centres de rétention. «Les conditions ont été qualifiées d’inhumaines et dégradantes», rappelle Eva Cossé, franco-grecque et assistante de recherche à l’ONG Human Rights Watch. «Il y avait entre 400 et 500 migrants pour un centre qui doit accueillir 250 personnes», se souvient une ancienne pyschologue du centre de rétention de Fylakio, près de la frontière turque.
«Ils pouvaient rester jusqu’à 4 mois, presque toujours à l’intérieur des bâtiments. Plus ils restaient, plus ils étaient dépressifs. C’était une vraie prison.»
L'Union européenne a ainsi investi 250 millions d'euros dans la construction d'une trentaine de centres de rétention qui verront le jour en 2014. Mais cet apport financier apparaît plus comme une solution de court terme, répressive, que comme une réelle politique volontariste en matière d'immigration.
«Ce n’est pas la Grèce qui doit gérer le problème. C’est l’Europe», explique, modestement, Evanghelis Maraslis. Alors que l’Europe ne sait ou ne veut réagir sur le fond du problème, la situation prend des proportions de «drame humanitaire», comme le résume une salariée de Médecins du monde à Athènes.
Avec une bureaucratie figée et débordée, les procédures de titres de séjour prennent parfois des années. Les demandes d’asile, qui donnent le droit à une allocation et une sécurité sociale, sont presque toutes rejetées. En 2011, la Grèce reste le pays le moins généreux d’Europe en termes de statut de réfugié, avec seulement 2% de demandes acceptées.
«Le gros problème est l’accès au droit d’asile de ressortissants de pays en guerre. Très peu de demandes sont acceptées», confirme Eva Cossé, assistante de recherche pour la Grèce à l’ONG Human Rights Watch. L’obtention de la carte rose, titre de séjour de 6 mois qui permet de travailler légalement, reste de plus en plus compliqué à obtenir. Et surtout, de plus en plus long. L’administration, comme la police, n’ont ni les moyens, ni le recul ni l’organisation suffisants pour gérer le cas de tous les immigrés. Pour l’universitaire Angélique Kotzamanis, le problème de l’immigration, immense, est avant tout administratif et économique.
«A Athènes, pour 750.000 demandeurs de titres de séjour, il y a seulement 20 employés permanents au bureau de l’immigration…»
La plupart des étrangers sont donc condamnés à errer, illégaux mais tolérés, pendant des années, dans une capitale en crise.

«Un drame humanitaire»

Omonia, le quartier proche du centre-ville, s’illustre comme le paradis du marché noir. Par communauté, les étrangers s’organisent, se partagent les bénéfices, et refourguent appareils électroniques, cigarettes et vêtements de marque à des prix imparables. «Je te vends un appareil photo Canon reflex pour 180 euros», confie Mehdi*, un Algérien de 33 ans, alors que sort du magasin, paire de baskets sous le bras, un couple grec. Pour les étrangers comme pour les Grecs, dans une capitale sans emplois ni avenir, la contrebande est devenue une solution de survie. Ali, Pakistanais de 38 ans, est à Athènes depuis quelques jours:
«Je vais essayer de chercher un travail légal. Mais si je ne trouve pas, il faudra bien que je mange.»
Devant des portes d’immeubles délabrés, des maquereaux attendent sur des chaises en bois. «La prostitution est en hausse», explique Nathalie Simmonot, salariée de Médecins du monde, dans Omonia. De plus en plus originaires du Nigéria ou d'Amérique du Sud, les filles sont enrôlées par les mêmes réseaux de passeurs turcs que les immigrés.
«On retrouve toutes les nationalités, et le sida est de plus en plus présent.»
En 2011, selon le ministère grec de la Santé, l’incidence du sida a explosé, pour une hausse de 1.500% dans le centre d’Athènes. Un virus transmis surtout par les toxicomanes, via les seringues. Aujourd’hui, en plein jour, dans le centre-ville et devant des universités, des junkies se piquent, et meurent doucement en silence. «Ce sont surtout des étrangers, mais de plus en de Grecs tombent aussi dans la drogue», déplore Kristina Sanaratzi, porte-parole de Médecins du monde. «Ce que l’on voit à Athènes pour la drogue, en pleine scène ouverte, c’est absolument terrifiant. C’est le pire endroit d’Europe», alerte Nathalie Simmonot. Qui rappelle que l’ex-Premier ministre, Georges Papandréou, conscient de l’ampleur du problème, avait lancé l’idée de la dépénalisation.

La chasse aux migrants

Que fait la police? Au cœur d’Omonia, les agents sont assis en ligne sur des chaises en plastique, devant le commissariat, sirotant des cafés glacés. Ils observent en chien de faïence les étrangers, et parfois, prennent le risque de s’hasarder dans le quartier. Près du siège de Médecins du monde, un agent se confie.
«Tout est foutu ici. Le principal problème, c’est la drogue. Mais aussi, la prostitution, les trafics.»
Il lâche, blasé:
«Tu peux arrêter un, deux dealers. Mais d'autres reviennent le lendemain.»
Une police grecque impuissante, sans moyens et profondément corrompue. A Athènes, les bakchichs sont fréquents. «J’ai été pris à partie par un policier, qui m’a demandé mes papiers. Il m’a pris 200 euros et m’a insulté», s’indigne Mohamed. Mais les plaintes sont rares. «Si on parle de la violence de la police dans le quartier, ils vont nous menacer», glisse Mehdi, réaliste. Pour Kristina Sanaratzi de Médecins du monde, «la police ne nous aide pas car ils sont contre les migrants».
Le problème de l’immigration, couplé à une crise économique sévère, ont exalté les sentiments xénophobes. Les membres de l’Aube dorée, le parti néonazi qui a fait 7% aux dernières élections législatives, quadrille des quartiers de la capitale depuis des mois. La nuit, des groupes de vigilance se forment et attaquent, gratuitement, tout étranger qui se risquerait à une promenade nocturne. La police, souvent consentante, ferme les yeux. Un policier sur deux aurait même voté pour l’Aube dorée aux législatives.
«Nous sommes effrayés par les racistes. Nous n’osons plus sortir», explique Yasser, père de famille afghan, qui vit dans une chambre, avec 25 personnes. «Depuis mai 2011, les attaques contre les étrangers ont considérablement augmenté», analyse Eva Cossé de Human Rights Watch.
«On parle désormais de chasse à l’homme, de chasse aux migrants.»
Chaque jour a désormais son fait divers, son agression, sa violence raciste. Fin mai, à Patras, troisième ville du pays et important port au sud-est de la Grèce, les membres de l’Aube dorée ont attaqué, en pleine journée, après la mort d'un Grec assassiné par des Afghans, une usine où se réfugient des migrants. Bilan: 5 arrestations, 22 détentions, 8 policiers blessés.
Mathieu Martiniere et Emilien Urbano

Après sa démission énigmatique, Laurence Ferrari a présenté, hier soir, son dernier JT sur TF1. La jeune femme n’a pas connu de gros pic d’audience pour ses adieux, mais avec 6,7 millions de téléspectateurs, elle a toujours intéressé les Français plus que François Hollande, qui avait réalisé le score d’audimat humiliant de 6,2 millions de téléspectateurs pour sa première intervention télévisée en tant que président.
Laurence Ferrari aura eu sa petite revanche sur tous les socialistes qui voulaient qu’elle quitte le JT de TF1 car elle était trop proche de Nicolas Sarkozy. En effet, pour sa toute dernière présentation du célèbre journal, la journaliste a réussi à attirer plus de monde que François Hollande.
Quelques jours plus tôt, le président « normal » avait prouvé que les Français ne lui font pas confiance, ne s’intéressent pas à lui, ne croient absolument pas en son programme fantasque et que le socialiste a clairement profité (et joué) d’un referendum contre Sarkozy pour être élu président. Seulement 6 millions de téléspectateurs ont accepté de le regarder à la télévision.
Pour comparaison, en 2007, pour sa première apparition télé, Nicolas Sarkozy avait réuni 11,6 millions de téléspectateurs, soit près du double de son mou successeur.
Finalement, ce score d’audience pathétique est sans doute une chance pour le président de la France molle. La France ne plaçant aucun espoir en lui, il ne pourra pas décevoir et aura une chance d’être réélu en 2017 avec la complicité de la classe médiatique. En attendant, bien calé dans son château, il reprend tranquillement les kilos perdus…

Scandale : un patron de l’AFP nommé à Matignon

Le Directeur général adjoint de l’AFP depuis février 2011, Fabrice Bakhouche, a été nommé à Matignon comme conseiller médias et économique numérique de Jean-Marc Ayrault. Une information qui en dit long sur les rapports entre les journalistes et le PS… et qui illustre le traitement médiatique partisan de la dernière campagne présidentielle.
Avec trois ministres plus le Président de la république qui vivent en couple avec des journalistes, on savait que le PS et les médias français étaient de mèche. Il restait un doute sur l’Agence France Presse, organe censé être indépendant, ne pas pratiquer d’analyse et se contenter de relater des faits.
Il n’aura pas fallu bien longtemps au gouvernement de Jean-Marc Ayrault pour démontrer que l’AFP, comme tous les autres organes d’information, est à la botte du Parti socialiste. Le directeur général adjoint de l’agence de presse, Fabrice Bakhouche, est donc le nouveau surveillant du web pour Ayrault. Il sera chargé de contrôler que les internautes correspondent à l’idéologie ambiante de gôche.
Une récompense pour services rendus au pays pendant la campagne, où le comportement de l’AFP en faveur de Hollande a parfois été déroutant ? Le carnet d’adresse et l’influence de l’ancien journaliste permettront-ils au gouvernement de finaliser la prise de contrôle des cerveaux français ?
Cette nomination est une nouvelle provocation des socialistes, qui affichent clairement leur position et leur volonté d’annihiler toute parole dissidente, tout journaliste qui ne pense pas comme eux. Parallèlement, elle prouve la connivence incroyable qu’il y a entre le PS et les journalistes français. Une connivence qui leur a permis de gagner la présidentielle où, comme par hasard, tous les journaux reprenaient en Une une rumeur fumeuse initiée par un dictateur et un site web trotskiste mais ils refusaient d’évoquer un livre de journalistes, saturé de preuves et dont personne ne contestait la vérité, qui montraient les méthodes mafieuses du parti à la rose.

Avec la probable éviction d’Éric Zemmour et cette nouvelle nomination scandaleuse, il n’est plus exagéré de parler de propagande.
A QUAND LES PREMIERS CAMPS 
DE REDRESSEMENT CIVIQUE ???

Hollande et le PS, fâchés avec l’économie

Le gouvernement Hollande n’est sans doute plus marxiste mais l’économie lui reste une science étrangère. Considérons deux projets ou décisions imminentes, qui pourraient rapporter des voix à court terme mais asphyxieront la France à moyen terme : l’augmentation du SMIC et l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste.
Le gouvernement Hollande n’est sans doute plus marxiste mais l’économie lui reste une science étrangère. Considérons deux projets ou décisions imminentes, qui pourraient rapporter des voix à court terme mais asphyxieront la France à moyen terme: l’augmentation du SMIC et l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste.
Il est attesté que la progression du SMIC et ses répercussions sur les coûts de production accentuent le chômage des plus jeunes et des moins qualifiés. Le refus de l’indépendance énergétique par les gaz de schiste- en contraste avec l’accueil enthousiaste au gaz de Lacq par le Général De Gaulle, naguère- conduira à une augmentation des coûts de production, à une croissance de nos importations de gaz et à une baisse de notre compétitivité à l’exportation .
Au total, la démagogie, l’ignorance et la mythologie écologiste peuvent favoriser une victoire électorale mais condamnent les socialistes et leurs alliés à perdre dans cinq ans. Cinq ans perdus pour les Français ? Dommage.
—
Sur le web
Augmenter le SMIC, c’est augmenter le chômage (Par Gary Becker, Prix Nobel d’économie)

A Bruxelles, on a « tout mis sur la table » mais François Hollande a vite remballé

François Hollande aime bien l’expression. Quand les autres ne partagent pas ses vues, il demande qu’on mette « tout sur la table ». Mais à chaque fois les Européens n’en veulent pas.
François Hollande aime bien l’expression. Quand les autres ne partagent pas ses vues, il demande qu’on mette « tout sur la table ».

Mercredi soir à Bruxelles, il a mis sur la table les euro-obligations ou euro-bonds. Le jeu de cette émission d’emprunts garantis par les Etats de l’Union européenne consiste à « mutualiser la dette » : ceux qui ont perdu tout crédit et accumulé une dette astronomique peuvent se dispenser d’emprunter sur les marchés financiers à leur propre compte, parce que ce sont tous les Européens, créditeurs ou débiteurs, qui emprunteront, les bons élèves servant de caution aux mauvais. En clair, les Allemands et les quelques pays structurellement créditeurs (comme les Suédois) s’engageraient à payer pour les débiteurs invétérés. Tant que la France était du bon côté, l’opération était plausible Mais à son tour la France a perdu beaucoup de son crédit, de sorte que l’essentiel du risque pèserait sur les Allemands. Ils n’en veulent pas.
Après quoi, François Hollande a mis sur la table la taxe sur les transactions financières. Ici ce sont les Anglais qui la refusent, craignant à juste titre que la place de Londres soit désertée au profit de quelque paradis financier américain ou asiatique. De plus les Anglais utilisent beaucoup plus les fonds d’investissements que les banques pour financer les crédits longs, et seraient donc davantage touchés par une telle taxe.
Reste enfin la lancinante question des Grecs. Pour l’instant l’accord pour garder la Grèce dans la zone euro semble encore solide, mais en Allemagne, beaucoup d’amis d’Angela Merkel souhaitent la rupture. Les banques créancières des Grecs sont surtout françaises (le Crédit Agricole est fortement menacé), tandis que les pertes sur les crédits accordés par le Fonds Européen de Solidarité Financière seraient à la charge de l’Union entière (mais l’Allemagne a été le plus gros apporteur au Fonds).
Tous ces résultats paraîtront bien minces au regard des airs de Matamore du Président, qui voulait revoir tous les traités et toute la politique économique de l’Union. Les discours sur la finance, la spéculation, la nouvelle Europe solidaire, vont peut-être s’entendre quelques semaines encore, au moins jusqu’aux législatives. Puis on passera aux choses sérieuses, restées sous la table.

VIDEO. Juppé dément avoir dit être "le plus capé" pour diriger l'UMP



L'ancien ministre Alain Juppé a démenti "formellement" des propos qui lui sont prêtés dans Paris Match paru jeudi 31 mai, selon lesquels il se sentirait "le plus capé" pour diriger son parti, un mot qu'il n'utilise jamais, a-t-il noté.
"Je n'ai jamais tenu ces propos", "le mot capé n'est pas dans mon vocabulaire", a déclaré à France Info le maire de Bordeaux alors que l'hebdomadaire met entre guillemets dans sa bouche une phrase renvoyant Jean-François Copé et François Fillon dos à dos pour la présidence du parti : "pour l'instant je les laisse s'écharper entre eux, mais je vais me lancer, je suis le plus capé, il n'y a pas photo". "Je ne me retrouve absolument pas dans cet article", a corrigé l'ancien Premier ministre.

Grèce : Lagarde regrette "que ses remarques aient été mal comprises"

La directrice générale du Fonds monétaire international a dit devant son conseil d'administration qu'elle regrettait que ses remarques récentes sur la Grèce "aient été mal comprises et qu'elles aient offensé", a déclaré un porte-parole du Fonds à Washington, jeudi 31 mai.

Mme Lagarde et le FMI ont toujours dit qu'ils éprouvaient "un grand respect pour la Grèce et son peuple, et les sacrifices que de très nombreux Grecs consentent pour surmonter la crise économique", a ajouté ce porte-parole, Gerry Rice.
"Nous continuons de penser que si toutes les parties concernées assument leurs responsabilités et si les bonnes mesures politiques sont mises en œuvre, alors la Grèce pourra surmonter la situation et se construire un avenir meilleur", a dit M. Rice."Depuis quelques année, le FMI fait de gros efforts pour soutenir la Grèce", a-t-il encore rappelé.
PAYER SES IMPÔTS
Christine Lagarde, qui ne paie d'ailleurs pas non plus d'impôt sur les revenus, s'était attiré les foudres des Grecs, de nombreux internautes et de plusieurs personnalités françaises - de Jean-Luc Mélenchon à Laurence Parisot - vendredi dernier, en jugeant dans une interview au Guardian que "les Grecs devraient commencer par s'entraider mutuellement", et ce en "payant tous leurs impôts".
Ces propos lui avaient valu des milliers de commentaires sur sa page Facebook et de vives réactions de la part de politiques grecs - le chef de file du Pasok, Evangelos Venizélos, l'ayant notamment accusée d'avoir "humilié" le peuple héllène.
Le FMI a annoncé le 17 mai qu'il s'était mis en retrait de la Grèce, qu'il refusait de travailler avec le gouvernement transitoire à Athènes et qu'il attendait les élections de juin pour reprendre éventuellement le versement de son aide au pays, dont une nouvelle tranche aurait dû en théorie être débloquée jeudi.

Laurence Ferrari fait ses adieux au 20h de Tf1





VICTIME DE LA HOLLANDISATION DE LA TÉLÉVISION. 
VA-T-IL CASER SA RODVAILER ?

La valse des flics

Au grand mercato de printemps, ça déménage. Au sommet de la « grande maison », le remplacement le même jour par l’Etat socialiste des trois postes les plus importants de l’édifice policier, n’est pas une formalité administrative. Même François Mitterrand n’avait pas osé réaliser une telle purge. Et ce chamboulement au plus haut niveau hiérarchique et franc-mac va évidemment entraîner des nominations en cascades. C’est une valse à plusieurs temps. A gauche toute.
Choisis pour leur fidélité et leur allégeance, les trois promus sont surtout compétents pour avoir servi sous des ministres socialistes. Bernard Boucaut (64 ans, à un an de la retraite) est un haut fonctionnaire intime du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Il est nommé au poste éminent de préfet de police sans avoir jamais fait de police de sa vie. C’est un homme de cabinet. Il a conduit sa carrière au sein des cabinets ministériels socialistes (il a notamment dirigé celui de Daniel Vaillant). Le sérail policier s’est un peu ému de son manque de connaissance et de pratique en matière de police. Il accède à un poste très politique, la « PP » étant la tour de contrôle du dispositif de sécurité de toute l’Ile-de-France.
Bernard Squarcini, le directeur central du renseignement intérieur (DCRI) cède sa place à un ancien cadre de la DST (contre-espionnage) Patrick Calvar, 56 ans, qui a fréquenté les trois grandes boutiques historiques de la barbouzerie : RG, DST, DGSE. Aux Renseignements, Hollande place d’abord des hommes à lui. Comme pour le remplaçant de Frédéric Péchenard, Claude Baland, 61 ans, qui devient le nouveau DGPN, directeur général de la police nationale. Le grand taulier. A ce poste de big chef de la maison poulaga, lui non plus il n’a jamais été sur le terrain. Instituteur, agrégé de géographie, énarque, préfet, haut fonctionnaire et directeur de l’administration de la police nationale, il a couru davantage le risque de s’électrocuter avec son ordinateur que de croiser une bande de cités.
Certes on peut reprocher des choses à Frédéric Péchenard, l’ami d’enfance de Sarkozy, mais lui au moins avait une formation de commissaire de police puis de directeur de PJ des services actifs de la police.
Trente ans de police, il connaissait son boulot : ancien de la brigade de répression du banditisme puis de l’anti-terrorisme, de l’antigang (la prestigieuse BRI) et de la Crime, il avait joué un rôle actif dans le règlement de la prise d’otages de la maternelle de Neuilly.
On en vient à regretter ce grand flic à qui son père, avocat d’affaires richissime, avait déclaré en apprenant qu’il préparait le concours de la police : « J’hésite entre la honte que tu sois collé et la honte que tu sois reçu »…
Aujourd’hui, et ça sonne presque comme un gag de mauvais film, cet homme de terrain passé du mythique « 36 » (quai des Orfèvres) au « 11 » (rue des Saussaies, ministère de l’Intérieur), se retrouve « à la circulation ». A la Sécurité routière très exactement. La seule forme de répression sécuritaire, il faut bien le dire, dans laquelle Sarkozy a fait des étincelles avec son Kärcher.

Un président « normal » qui passe à la télé


Cette intervention était creuse et sans réelle avancé sur les sujets qui préoccupent la France.
Elle soulève pourtant toujours autant de questions … donc juste un exercice de style du nouveau président qui lui a permis de faire un peu de propagande pour le PS (normal pour le président de « tous » les Français ?) suivi par quelques 6 Millions de personnes dont moi qui ne partagent absolument pas ses idées intenables, ou alors à un prix qui pèserait lourdement, entres autres, sur les salariés Français…
Visiblement, la conjoncture législative ne se prête pas trop pour le président « Normal » à donner des réponses sur ses promesses de campagne, gageons toutefois qu’une fois cette échéance passée, « L’Europe » ne tardera pas à les lui imposer.

La rigueur, c'est maintenant 
 
Quel que soit l'élu, le prochain quinquennat sera celui de la rupture avec l'ère de la croissance à crédit.
Le déclin de la France n'a jamais été aussi marqué depuis les années 1930. 
 La croissance potentielle se situe désormais au-dessous de 1 % compte tenu de l'euthanasie de la production privée, du retard de l'investissement et de l'innovation provoqué par la chute des profits, de l'effondrement de la compétitivité dont témoignent la diminution des parts de marché mondial de 4,7 à 3,4 % depuis 2000 et un déficit commercial record de 70 milliards d'euros en 2011. La dette atteindra 90 % du PIB en 2012, seuil à partir duquel elle détruit l'activité et l'emploi. Le chômage touche 10 % de la population active depuis trois décennies. Le blocage de la croissance et le chômage permanent entraînent la paupérisation des Français, dont le revenu par tête est désormais inférieur à celui de l'Union européenne. La nation se désintègre et ne parvient plus à intégrer ni les jeunes - 20 % d'une classe d'âge étant rejetée chaque année du système éducatif sans formation aucune - ni les immigrés et leurs descendants. La dégradation financière de la France, loin d'être anecdotique, acte la perte de la maîtrise de son destin par un pays qui se trouve désormais placé sous la tutelle des marchés financiers et de l'Allemagne.
La préférence pour la dépense publique est au fondement du modèle de croissance à crédit qui a ruiné la France et en fait l'homme malade de l'Europe. 
Cinq ans après le choc de 2007, notre pays n'a pas retrouvé son niveau de production d'alors. Contrairement aux autres pays développés, son décrochage a été accéléré, mais non provoqué, par la crise. Il résulte d'un modèle de croissance par la dette publique où le seul moteur de l'activité réside dans la consommation, tirée par des transferts sociaux qui atteignent 33 % du PIB. L'Etat providence a phagocyté l'Etat régalien et la redistribution évincé la production. La montée parallèle des dépenses et des recettes publiques, qui culminent à 56,6 % et 49 % du PIB, minent la production et l'emploi marchands.
La France sera l'épicentre du prochain choc sur la zone euro. 
  En dépit du faux calme qui a prévalu depuis la dégradation de sa notation financière, le télescopage du mur de la dette se rapproche. La France doit lever 180 milliards d'euros en 2012 et 240 milliards en 2013 sur les marchés, dont 70 % auprès des investisseurs internationaux. Le ciseau entre l'ascension de la dette publique et la chute de la croissance se poursuit, tandis que le chômage frappe plus de 10 % des actifs. Notre pays est par ailleurs pris en étau entre l'Allemagne d'Angela Merkel, leader de l'Europe du Nord compétitive, et l'Italie de Mario Monti, symbole de l'Europe du Sud qui se réforme. Les investisseurs, y compris les banques françaises, ont déjà commencé à vendre massivement les titres de la dette française, avec pour conséquence une tension sur les taux d'intérêt et un écart de 125 points de base avec le Bund allemand. L'Espagne de Mariano Rajoy préfigure la situation de la France au lendemain de l'élection présidentielle. En dépit d'un effort d'économies de 27 milliards d'euros et de 12 milliards de hausses d'impôts, en dépit de la libéralisation du marché du travail au prix d'une grève générale, le dérapage du déficit budgétaire de 4,4 à 5,3 % du PIB a été violemment sanctionné par les marchés. Les taux d'intérêt sont remontés à 5,7 %, soit un niveau insoutenable pour une économie en récession où le taux de chômage atteint 23 %. La dette publique française constitue la prochaine cible. Avec à la clé un nouveau choc sur le système bancaire, dont les bilans sont intimement liés aux risques souverains, et la relance de la crise de l'euro, dont les mécanismes de secours, limités à 800 milliards, sont insuffisants pour garantir la dette française (1 700 milliards d'euros).
Volontaire ou subie, la rigueur s'imposera au prochain président de la République. 
 La rigueur passe par la baisse des dépenses publiques et non par la hausse des impôts, qui n'est jamais que la préférence pour la dépense poursuivie par d'autres moyens. Elle s'impose autant pour sauver l'euro que pour rétablir la souveraineté de la France, casser le cycle de son déclin, refonder la nation autour de perspectives d'avenir crédibles. Elle constitue la face cachée de la campagne électorale. Les programmes de retour à l'équilibre pour 2016 ou 2017 sont biaisés par des hypothèses de croissance exagérément optimistes (2 à 2,5 %, contre 1,2 % en moyenne depuis 2000), des hausses d'impôts massives (de 14 à 50 milliards d'euros) qui porteront les recettes publiques au-delà de 50 % du PIB, des promesses de dépenses nouvelles et un flou persistant sur d'éventuelles coupes budgétaires. Quel que soit l'élu, le prochain quinquennat sera celui de la rupture avec l'ère de la croissance à crédit. Le temps des déficits et de l'argent public abondant et bon marché est révolu. Voilà pourquoi le prochain président, de gré ou de force, devra s'inspirer de Gerhard Schröder et de Mario Monti. Voilà pourquoi il ne suffit pas de dire que l'on va baisser les dépenses, mais lesquelles et comment. Voilà pourquoi il faut assumer politiquement la rigueur. Dès maintenant.

Hollande et la marée mondiale 


Dans la mondialisation expliquée aux nuls - mon viatique ! -, on sait tout du gouffre de notre dette, de l'enchaînement infernal de la faillite grecque sur un euro menacé d'implosion. On glose sur la nécessité de stimuler la croissance afin que la seule austérité ne mette les endettés sur le flanc. Et l'on entend les vertueux du Nord inquiets que les paniers percés du Sud n'y respirent une aubaine pour prolonger leurs vices. La controverse, c'est entendu, se dénouera après les élections françaises et grecques.
Mais, à ce tableau, il manque, je le crains, l'affichage du grand basculement mondial. Celui qui voit les "damnés de la terre" émerger d'une longue détresse et tailler des croupières à l'Occident. Plus de 2 milliards d'hommes conquièrent une place au soleil. Qu'en sera-t-il de la nôtre ? Dans une planète surpeuplée, ce séisme bouge les plaques tectoniques de la démographie et des migrations. Il élève des continents (l'Asie, l'Afrique, l'Amérique latine), il ébranle le nôtre. Il déclasse les anciens logiciels du commerce mondial. Dans notre crépuscule, les pauvres parmi les pauvres découvrent l'aurore.
Chez nous, cette marée mondiale jette au chômage des malheureux chassés d'entreprises délocalisées vers des salariés exotiques aux revenus étiques. Elle envahit nos pays de marchandises venues d'Asie où la camelote et la contrefaçon cèdent désormais le pas aux produits sophistiqués de la génération d'Internet. Une invasion qui suscite, chez nos peuples, la réaction protectionniste. Elle fait lever, dans toute l'Europe politique, les chimères populistes. Mauvais souvenirs !
Défile donc le troupeau des boucs émissaires. En tête, le capitalisme financier. Comme la démocratie, le capitalisme est le pire des systèmes... à l'exception de tous les autres. Il a ses maladies. Elles ont, dans la crise, éclaté au grand jour. Une spéculation hystérique, l'embardée du virtuel, les effarantes disproportions des revenus de la rente et du travail ont désespéré les classes salariées et dévalué la maîtrise des politiques. En Europe, leur incurie dans la gestion de l'euro n'aura rien arrangé. Contre cette déglingue, des traitements variés sont entrepris. Plus qu'on ne dit, moins qu'il ne faut. Mais tous ces travers ne menacent nullement une pratique qui rallie peuples et continents. Dans nos pays riches, l'ère Reagan-Thatcher a sans doute perdu de sa superbe. Mais le capitalisme se régénère... chez les pauvres. Pas chez les nôtres. Chez ceux d'ailleurs.
Ni la démocratie ni l'économie de marché ne sont peut-être, dirait un sage, le but ultime de l'aventure humaine. Mais la planétarisation de l'économie de marché en fait, à notre siècle, le phénomène majeur. Depuis que Deng Xiaoping en a libéré le flux, l'essor chinois fait rêver l'univers. La chute du communisme, avec ses pénuries avérées de biens et de libertés, et son tsunami de victimes, a désenchanté pour longtemps ces illusions.
Comment, en France, affronter le basculement mondial ? On peut nier son importance, douter de son rythme. On peut échafauder - mais dans quel avenir ? - à l'échelle européenne - avec quelle Europe ? - des écluses de protection relative. Mais si on calcule et anticipe ses effets - ce que font les marchés -, les annonces électorales de notre nouveau pouvoir donnent le bourdon.
Elles perpétuent un modèle de développement qui court à la ruine. Il est tiré, à grandes guides, par le quadrige infernal du déclin français : l'endettement massif, le boulet de la dépense publique, l'effondrement industriel de la compétitivité et le record des prélèvements obligatoires. Non seulement la France s'écarte des directions de nos voisins, mais va depuis trente ans à contre-courant (35 heures, régime de retraites, etc.). Elle sanctifie le budget social (par rapport à la richesse nationale) le plus élevé de la planète.
Pour s'en tenir au commerce, et si l'on ne s'aveugle pas sur les profits que les champions d'un CAC 40 réalisent... hors de France, le décor est sinistre. Les exportations françaises baissent continûment depuis quatorze ans. Aggravant cette faible compétitivité productrice, le Hollande électoral se propose d'abaisser notre compétitivité fiscale en accablant les entreprises "du choc fiscal le plus violent depuis la Seconde Guerre mondiale" (1).
Bref, l'ultime niche de l'espérance française, c'est désormais que Hollande arbitre contre ses chimères électorales. Des social-démocraties qui marchent, l'Europe en connaît. Accoucher, à leur exemple, d'une social-démocratie française, fût-elle rénovée dans la douleur, ce serait, pour Hollande, couronner devant l'Histoire un insolite destin national. Le socialiste a vainement rêvé, pour nous, un avenir impossible. Il nous reste à rêver, pour lui, un avenir d'homme d'État.

1. Christian Saint-Étienne.

Mme Lagarde face au choeur des hypocrites 


Un humoriste a dit qu'il n'y a qu'une chose à faire quand on a une femme qui adore dépenser de l'argent : il faut adorer en gagner.
L'Europe est prévenue. L'Allemagne en tête, il va lui falloir travailler plus dur encore pour payer les folies de la Grèce, qui a fait de la fraude fiscale l'un de ses sports nationaux.
Dans ce contexte, Mme Lagarde a commis une faute impardonnable en mettant en cause tous ces Grecs, fort nombreux, qui "essaient de ne pas payer d'impôts". Des propos honteux que notre classe politique, unanime, a dénoncés avec un courage qu'on ne se lassera pas de saluer.
De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par François Bayrou et Najat Vallaud-Belkacem, tout le monde s'est indigné, tandis qu'Internet se déchaînait contre la directrice du Fonds monétaire international. On attend maintenant que le MRAP et SOS Racisme engagent les poursuites judiciaires qui s'imposent, avant que soit saisi le Tribunal pénal international, dont on ne comprend pas qu'il tarde tant à lancer un mandat d'amener contre Mme Lagarde.
En effet, si les Grecs travaillent dur à ne pas payer d'impôts dans un système économique où règnent le clientélisme et la kleptocratie, grand bien leur fasse, il ne faut surtout pas leur dire la vérité, comme l'a fait Mme Lagarde, mais, au contraire, continuer à les subventionner : l'Allemagne paiera, elle est là pour ça.
Pour redevenir sérieux, on ne peut qu'être consterné par ce tollé général contre Mme Lagarde, qui a eu le mérite de se demander s'il est bien normal d'accorder une aide faramineuse à chaque Grec (33 000 euros), alors que nous ne distribuons que des clopinettes aux Africains dans le besoin. Merci, madame Lagarde !

Hollande plus banal que normal


Pour sa première intervention télévisée, le président de la République a semblé content de lui et de ses premiers pas. Tant mieux !
Faute de pouvoir l'apprécier sur les actes, et pour cause puisqu'il n'est à l'oeuvre que depuis trois semaines à peine, c'est sur ses paroles, ses manières d'être, son style qu'on se voit contraint pour l'instant de limiter le jugement sur le nouveau président. On apprend peu à peu à le connaître dans son nouveau statut de chef de l'État, en attendant de l'évaluer dans sa nouvelle stature, à l'aune des résultats de sa politique. C'est ainsi qu'hier soir, à la faveur de sa courte intervention sur France 2, il a livré à l'opinion quelques signes propres à nous éclairer sur sa psychologie. Des signes en vérité assez minces. Il avait peu à dire, du fait d'un calendrier qui le place actuellement dans une position de transition, à quelques jours des élections législatives, et alors qu'il ignore encore sur quelle majorité parlementaire il pourra s'appuyer. Sera-t-elle forte, sera-t-elle homogène ? On peut même rêver : sera-t-elle là ?

Une intervention habile

Le motif de cette apparition superflue sur les écrans répondait d'ailleurs au seul souci de peser sur le vote des électeurs, bien qu'évidemment il s'en soit défendu. Il a appelé en effet les Français à lui accorder "une majorité large, solide et cohérente" tout en feignant de se tenir éloigné de cette préoccupation en précisant qu'il n'était pas le chef de la majorité. Le procédé est classique dans cette République. Il faut noter cependant que François Hollande l'utilise de manière plus habile que ses "prédécesseurs". À ce propos, observons que c'est le mot qu'il utilise constamment pour désigner et pourfendre Nicolas Sarkozy, qu'il ne cesse d'invoquer, mais dont le nom lui écorche sans doute la bouche.
Cette habileté politique, qu'on a découverte au cours de la campagne, apparaît décidément comme un trait majeur du caractère de François Hollande. La mise en scène de l'intervention d'hier soir était parfaitement réglée. Dans la journée, le Premier ministre avait ouvert le dialogue social avec les syndicats. Dans la journée également, Jean-Marc Ayrault avait confirmé l'encadrement des salaires des grands patrons d'entreprises publiques. Il ne restait plus au président, le soir venu, qu'à ramasser la mise pour en faire mine de rien un argument de campagne électorale, en enrobant le cadeau dans un paquet flatteur d'autosatisfaction sur le rôle éminent de la France et sur le sens des responsabilités de son président.

Naïveté ou suffisance ?

Là encore l'habileté, mais cette fois un peu trop visible, trop appuyée. À l'entendre, son avènement est sur le point de bouleverser l'ordre mondial. Tout juste si en deux semaines il n'a pas convaincu Obama, ébranlé Merkel, séduit nos partenaires européens et si demain il ne circonviendra Poutine à propos de la Syrie. Diantre ! Naïveté ou suffisance ? Croit-il ce qu'il dit ou est-il dans la posture ? Joue-t-il les importants, obsédé par le fantôme de Mitterrand, ou a-t-il de réels talents que des années d'ambition refoulée auraient cachés ? Quelle est sa vérité sous ses airs de monsieur Tout-le-Monde ? Il dit trop qu'il veut "faire simple", et qu'est-ce que cela signifie "faire simple" ? Être simple ou faire comme si on l'était ?
Le temps dissipera ces ambiguïtés. Car il est vrai qu'il y a une ambiguïté Hollande. Assurément de l'intelligence et de l'adresse. Mais une complexité et une soif de pouvoir inattendues. Tout sauf la normalité.

Tous coupables

La plupart des Grecs considèrent que la zone euro et le FMI leur en demandent trop. Ils vont probablement, le 17 juin prochain, donner à nouveau la majorité de leurs suffrages aux partis opposés au plan d’austérité signé par le gouvernement. Mais ils ne pourront éviter les réformes trop longtemps repoussées, s’ils ne veulent pas sombrer à nouveau.
Trop brutalement sans doute, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a mis les pieds dans le plat ce week-end, dans un entretien au quotidien britannique The Guardian, en s’étonnant de ce sentiment d’injustice. Selon elle, la Grèce n’est pas particulièrement à plaindre : "Je pense davantage à ces enfants d'une école d'un petit village du Niger qui n'ont que deux heures de cours par jour, qui partagent une chaise pour trois et qui cherchent passionnément à avoir accès à l'éducation. Je pense à eux en permanence, parce que je pense qu'ils ont davantage besoin d'aide que la population d'Athènes". Pour Lagarde, "les Grecs devraient commencer par s'entraider mutuellement", et ce, en "payant tous leurs impôts".
Au-delà de la violence du propos, plutôt maladroit à trois semaines des nouvelles élections législatives grecques, la directrice générale du FMI appuie là où cela fait mal. Certes, les investisseurs ont commis une erreur en prêtant sans compter depuis vingt ans à la Grèce. Mais ils l’ont payé au prix fort en ayant dû consentir un abandon de plus de 70 % de leurs créances (dont une bonne partie concerne les investisseurs grecs eux-mêmes, banques, assureurs, caisses de retraite), soit 105 milliards d’euros. Il s’agit là de la plus grande restructuration de dettes de l’histoire du capitalisme (88 milliards de dollars "seulement" pour l’Argentine).
Par solidarité bien comprise, la chute de la Grèce risquant d’aboutir à un effondrement de la monnaie unique, la zone euro et le FMI ont prêté à Athènes 240 milliards en tout (à terme, l’ensemble de cette somme n’ayant pas encore été versé). À cela s’ajoutent les (au moins) 50 milliards d’obligations d’État grecques rachetées sur le marché secondaire (celui de la revente) par la Banque centrale européenne. Soit 290 milliards d’euros, environ 2,5 fois le montant annuel du budget communautaire pour un pays de 11 millions d’habitants pesant à peine 2 % du PIB de l’UE. Le FMI, qui a prêté à lui seul un tiers de cette somme, n’a jamais versé autant d’argent à un seul pays dans son histoire…

L'Europe soutient la Grèce depuis trente ans

Rappelons aussi que cette solidarité ne date pas de la crise : depuis son adhésion à l’Union, en 1981, et surtout depuis la création des fonds structurels (aides régionales) en 1988, la Grèce a reçu chaque année entre 3 et 4 % de son PIB en aides européennes. Sans compter que depuis 2002, date à laquelle elle a rejoint la zone euro, elle a pu emprunter sur les marchés à des taux allemands. Qu’a-t-elle fait de cet afflux sans précédent d’argent ? Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas servi à développer le pays, mais plutôt à entretenir une clientèle politique et à soutenir la consommation (la Grèce était l’un des principaux marchés européens pour les voitures de luxe allemandes)… On comprend donc l’agacement grandissant des Européens et du FMI face à ce qu’ils perçoivent comme de l’ingratitude de la part d’un pays qui a échappé de peu à une banqueroute qui aurait eu des effets infiniment plus dramatiques que la cure de rigueur sévère qu’il subit actuellement.
Le plan d’ajustement liste surtout toutes les réformes que la Grèce doit accomplir pour bâtir un État. Sa lecture, en creux, est édifiante : tous les secteurs de l’administration, du système de santé, de la fiscalité, du droit, des appels d’offres publics sont passés en revue et montre que la Grèce dispose d’un État moins efficace que celui de la Turquie.
Le problème est que la Grèce ne fait pas ses devoirs, à la fois par incompétence d’une grande partie du personnel politique et de l’administration, mais aussi par résistance de ceux qui ont tout à perdre si ces réformes voient le jour. Le premier Plan d’austérité négocié avec le FMI et l’UE au printemps 2010 n’a jamais été appliqué, comme l’a reconnu feu le gouvernement Papandréou, et le second est en panne depuis les élections du 6 mai dernier.
Votée il y a un an, la loi ouvrant plus de 150 professions à la concurrence n’est toujours pas appliquée, faute de volonté administrative. Créer une entreprise est toujours aussi difficile. Le cadastre n’est toujours pas achevé (pourtant l’Union le demande depuis 20 ans et a même payé pour aider les Grecs à en faire un). Et lorsque le fisc fait son travail, la justice, corrompue, lente et inefficace, ne fait pas le sien, ce qui permet aux fraudeurs d’échapper à l’impôt. Pour donner une idée de ce qui est en jeu, la fraude fiscale a été estimée, pour 2009, entre 15 et 20 milliards d’euros, soit trois quarts du déficit budgétaire de l’époque. Autant dire que l’économie noire (entre 30 et 40 % du PIB) demeure toujours aussi florissante.

Clientélisme et victimisation

Il y a en Grèce des gens qui souffrent, c’est indéniable : les baisses de salaires et de retraites, la récession (la Grèce a perdu 30 % de sa richesse nationale, certes acquise à crédit, mais cela n’en est pas moins douloureux), sont une triste réalité, mais il s’agit là d’un choix national: on préfère garder un système clientéliste (les partis qui veulent y mettre fin n’ont pas franchi la barre des 3 %) et on vote pour des partis qui promettent que l’on peut toucher l’aide internationale sans faire d’efforts. D’autres pays sont soumis à des cures de rigueur tout aussi dures (Portugal, Irlande, Espagne, Italie) et, pourtant on ne les entend guère. La différence ? Outre que la Grèce a toujours eu un penchant pour la victimisation, elle pense aussi avoir droit à un régime de faveur parce qu’elle est le berceau de la civilisation occidentale. Comme si Rome invoquait Cicéron ou Auguste lorsqu’on demande à l’Italie de réformer son marché du travail ou de lutter contre la mafia.
Alors que faire ? L’Europe n’a d’autre choix que de continuer à aider la Grèce qui peut faire couler à elle seule la monnaie unique. Mais il faut rappeler aux Grecs que le plan d’ajustement a été accepté par le gouvernement légitime de la Grèce et ratifié par les dix-sept parlements nationaux de la zone euro (y compris la Vouli, le Parlement grec), ce qui devrait empêcher de parler d’un « diktat allemand ». Et surtout, une remise en cause unilatérale de ce plan montrerait qu’on ne peut toujours pas lui faire confiance, une nouvelle majorité ne se sentant pas lié par les engagements conclus au nom du pays… Autant dire qu’une victoire de la gauche radicale enterrerait pour longtemps le saut fédéral pourtant nécessaire à la survie de l’euro.
Il est évident que les Européens ne reverront sans doute jamais la couleur de l’argent qu’ils ont prêté à la Grèce. Mais cet abandon inéluctable de créances ne doit pas se faire à n’importe quelle condition : la Grèce, qu’elle le veuille ou non, doit changer et se réformer en profondeur. Renoncer à nos prêts sans condition comme certaines belles âmes le proposent, alors qu’il s’agit d’un effort qui pèse sur l’ensemble des Européens, serait l’assurance que nous devrions remettre au pot grec dans vingt ans. Le tonneau des Danaïdes, voilà un héritage de la Grèce antique dont on se passerait bien.