TOUT EST DIT

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vendredi 9 mars 2012

Rama Yade assure qu'elle n'ira pas à Villepinte

L'élue radicale, qui cherche toujours à obtenir le soutien de l'UMP aux législatives, n'a pas encore décidé de faire campagne pour Sarkozy. 

Rama Yade n'a pas (encore) dit "oui" à Sarkozy. Après les rumeurs qui ont circulé en début de semaine sur sa venue, ce week-end, lors du grand meeting du président-candidat à Villepinte, la vice-présidente du Parti radical le jure : "Il n'est pas question que j'y aille. On ne me l'a même pas proposé." Elle enfonce le clou : "De toute façon, dimanche, j'ai un planning chargé à Asnières..." Elle a beau y être allée de son communiqué louangeur, la semaine dernière, au sujet des propositions en matière d'éducation du président sortant, l'ex-secrétaire d'État aux Droits de l'homme assure donc que rien n'est décidé. Première raison, la plus formelle : le congrès du Parti radical aura lieu samedi, la veille du meeting de Villepinte. Officiellement, les radicaux doivent décider à cette occasion, et seulement à cette occasion, de la position qu'ils adopteront pour 2012, à savoir soutenir Sarkozy ou pas. En réalité, l'issue du scrutin ne fait que peu de doute, mais les cadres du parti font, pour l'heure, mine de se ranger derrière le choix des militants.
La deuxième raison est plus prosaïque. Rama Yade brigue aux élections législatives de juin la circonscription d'Asnières-Colombes-Sud, la deuxième des Hauts-de-Seine, actuellement détenue par Manuel Aeschlimann. Candidat à sa réélection, ce proche du chef de l'État a été réinvesti par l'UMP, après avoir été condamné en appel à un an d'inéligibilité pour favoritisme. Parce qu'il s'est pourvu en cassation, sa sanction est en suspens, mais elle pourrait être confirmée avant les législatives. C'est la raison pour laquelle Rama Yade, bien qu'elle-même en proie à des démêlés avec la justice à cause de son adresse de domiciliation, espérait un soutien du parti majoritaire pour sa candidature. Elle a évoqué la question avec Nicolas Sarkozy à la mi-janvier, selon Paris Match. Sauf qu'Aeschlimann, particulièrement déterminé à ne pas laisser sa place à l'enfant chérie des sondages, a bien fait comprendre que son épouse, l'élue régionale Marie-Dominique Aeschlimann, pourrait être candidate à sa place...

Le Parti radical à la rescousse

Yade avait été prévenue. Fin 2010, alors qu'elle sondait tous les barons des Hauts-de-Seine en espérant succéder à Aeschlimann, le chef de l'État lui avait donné plutôt raison : "Politiquement et intellectuellement, c'est sensé", avait-il jugé, comme l'écrivait Le Point. Avant que Claude Guéant ne complète : "Mais psychologiquement délicat." Pourtant, Yade, toujours populaire et donc courtisée par l'UMP, ne lâche rien. Au mois de février, lorsqu'elle avait fait mine de s'intéresser au candidat centriste, François Bayrou, l'enfant terrible de la sarkozie avait été jusqu'à prévenir qu'elle "ne soutiendrait pas le candidat" à l'Élysée "qui couvrirait les agissements" d'Aeschlimann, qu'elle accuse de s'être ligué avec le maire socialiste de Colombes contre elle.
Aujourd'hui, le scénario d'un rapprochement avec le MoDem s'éloigne, mais le Parti radical prétend faire du sort de Yade l'une des conditions de son ralliement à Sarkozy. "Les conditions d'une investiture unique de Rama Yade dans les Hauts-de-Seine restent en suspens", fait valoir l'influent Patrice Gassenbach, président de la fédération de Paris du Parti valoisien, dans un communiqué, écrit à la suite des déclarations de Jean-François Copé sur la présence de Jean-Louis Borloo, à Villepinte, dimanche, jugées "prématurées". Et de conclure par cette formule délicieusement... radicale : "Adepte du partenariat, le Parti radical, s'il accepte de répondre à des invitations, refuse toujours de donner suite à des convocations." Traduire : la forme, ça compte. Tout comme pour Yade, d'ailleurs, qui a peu apprécié d'être comparée à Rachida Dati - l'ancienne ministre de la Justice a fait un retour en grâce remarqué lors du meeting de Nicolas Sarkozy à Lille. L'ex-secrétaire d'État aux Droits de l'homme juge réducteur d'être éternellement étiquetée "icône de la diversité". "De la diversité d'opinions, oui...", lâche celle qui préfère s'exprimer sur les questions d'éducation. Une "diversité d'opinions" qui est loin d'être regrettée par tous les membres de la majorité...
RAMA YADE N'APPORTERAIT RIEN AU SOUTIEN  À SARKOZY, IL N' A PAS BESOIN DE GIROUETTE.

Grande braderie ! Cherche entreprises étrangères pour racheter Grèce, état usagé, prix à débattre

La Grèce n'est pas à vendre ! C'est ce que proclamait une banderole devant le Parlement grec, sur la place de la constitution en mai 2010.
Reprise en mains des secteurs stratégiques par les gouvernements, politique volontariste pour créer de nouveaux secteurs industriels, nationalisations et prise en charge d'entreprises en faillite... En 1997, le secteur appartenant à l'État produit en Grèce 60% du PIB, 60% de la production industrielle et occupe près de 20% des actifs.

C'est alors que le gouvernement dans sa course à l'euro, comprend que la privatisation, au moins partielle des entreprises publiques est indispensable. Quand au début de l'année 2000 les ministres européens décident d'accepter la Grèce dans l'euro, tout en se félicitant des efforts accomplis, ils demandent néanmoins « la poursuite plus soutenue des privatisations pour alléger un secteur public peu performant, la libéralisation des marchés de l'électricité, de l'énergie et des transports, la réorganisation des caisses d'assurance-maladie, de retraites et la réalisation de profondes réformes structurelles ». C'est ce que vont exiger les différents plans « de sauvetage » de la Grèce depuis 2010.

En 2010, la Troïka fixe à 7 milliards d'euros le montant des privatisations à atteindre dans l'année, au printemps 2011 la somme passe à 50 milliards d'euros à trouver d'ici 2015, en janvier 2012, revenus à plus de réalisme, les Européens fixent des buts plus limités : 4,5 millions d'euros d'ici juin 2012, 7,5 millions d'ici la fin 2013, 15 millions à la fin 2015.

Vendre tout ou partie de quoi ?

Parmi les entreprises en difficultés, il y eût : 
  • Les chantiers navals de Syros, Skaramanga et Elefsina, les Olympic Airways, feuilleton célèbre d'une dizaine d'années jusqu'à ce que la compagnie, divisée et démembrée puisse trouver acheteurs (4 airbus restent encore à vendre) ;
  • Des banques... La Banque de Crète, la Banque de Macédoine et Thrace, la Banque de Grèce centrale, maintenant la Banque Postale, le Mont de Piété ;
  • Énergie et des mines... Compagnie d'électricité, compagnie du gaz naturel, société d’exploitation du nickel, unités de production de lignites, gisement de gaz naturel et mines d'or de Macédoine ;
  • Services publics... Les compagnies des eaux d'Athènes et de Salonique, Télécom, poste, la compagnie ferroviaire (elle aussi divisée), concessions d'autoroutes ou des grands ponts, extension du métro d'Athènes ;
  • Concession de droits de gestion sur tous les aéroports du pays, les ports du Pirée, de Salonique et d'Héraklion, certaines marinas, la Société de la Foire de Thessalonique, la société nationale des parcs d’exposition ;
  • La Société des jeux, les casinos, fréquences radio ;
  • Société immobilière d'État dont il faut déjà établir la liste exacte, la Société des sites olympiques, la chaîne publique d’hôtels XENIA et les nombreux sites possédés par l'Office du Tourisme concédés en plages privées ;
Au total, plus de 2 000 entreprises publiques vont ouvrir leur capital aux investisseurs privés, avec comme conséquence le licenciement de plus de 50 000 salariés en CDI et une augmentation des tarifs. L'accumulation des mesures provoquera un tollé d'autant plus que les journaux allemands, en manière de provocation, proposaient en juillet 2010 de vendre quelques-unes des 2 000 îles grecques désertes ou même le Parthénon !

Qui achète ?

Depuis deux ans, l'État, les fonctionnaires traînent les pieds, et la bureaucratie ralentit à plaisir la procédure. Par ailleurs, les acheteurs ne se pressent guère, attendant la baisse des prix.

Ce n'est plus une privatisation, mais une braderie. Les candidats au rachat sont le plus souvent des entreprises allemandes, hollandaises ou françaises (Vinci), rarement des consortiums grecs et souvent, le Qatar et la Chine. La Cosco Pacific ltd, a obtenu la concession de 2 terminaux au Pirée et veut en faire sa porte principale vers l'Europe, un nouveau Singapour ou Rotterdam, disait-elle.  De nouveaux investissements chinois sont prévus, dans les télécommunications, l'audiovisuel,  le tourisme et toujours au port du Pirée. Le Qatar investit dans les mines d'or, dans la nouvelle banque 1ère banque grecque, les terrains de l'ex-aéroport d'Hellinikon, des investissements immobiliers.
Cette mise en vente du pays va de pair avec un recul vertigineux des acquis sociaux :  baisse des retraites puis des retraites complémentaires, recul des services médicaux, suppression de classes ou même d'écoles dans les montagnes (70% du pays) du transport scolaire (l'État n'ayant pas payé les compagnies depuis longtemps), suppression des conventions collectives, baisse du salaire minimum à 440 euros/net par mois, baisse des salaires de 25 à 40% depuis deux ans au nom de la concurrence dont on vient de voir les effets sur Air Méditerranée.

Recette applicable à tous les Européens pour faire concurrence aux salaires moldaves ou chinois ?

Pourquoi certains créanciers de la Grèce pourraient préférer une faillite du pays au plan de sauvetage européen

Les créanciers de la dette grecque doivent décider ce jeudi s'ils acceptent de renoncer à leur mise de départ en échange de créances garanties par l'Union Européenne. Un arrangement moins alléchant qu'un défaut de paiement du pays.

C'est le jour J pour la Grèce... Son avenir financier est désormais entre les mains des créanciers privés détenteurs de sa dette. Ils devront au plus tard ce soir à 21 heures se prononcer sur un élément clé pour le sauvetage du pays : l'effacement de 105 milliards d'euros de dette sur un montant total de 355 milliards d'euros.

Concrètement, les gouvernements européens ont demandé au secteur privé de renoncer à 53,5 % de ses créances grecques en échange de nouvelles obligations à très long terme et d’obligations du FESF (Fonds européen de stabilité financière) pour les 46,5 % restants, avec une part de garantie européenne.

Quels sont les détenteurs de la dette grecque ?

Rappelons quels sont à ce jour les possesseurs des 355 milliards d'euros de la dette grecque :
  • environ 155 milliards d'euros sont détenus par le “secteur public international”, et ne seront pas décotés ;
  • environ 200 milliards d'euros sont détenus par des investisseurs privés, à qui on propose une décote.
 
Ces 200 milliards d'euros détenus par des privés se décomposent ainsi :
  • 50 milliards d'euros pour des banques et des assureurs internationaux ;
  • 80 milliards d'euros pour les banques et fonds de pensions grecs ;
  • 70 milliards d'euros pour des fonds d’investissements internationaux.

 

Quels sont les impacts de la restructuration de la dette ?

En réalité, ces nouvelles obligations proposées aux créanciers privés ont un taux si faible que cela revient pour eux à une perte finale d’environ 70 % (et non 50% comme tout le monde semble le laisser entendre).
 La vérité est que le ballon d’oxygène pour la Grèce est fort limité. En effet, dans un premier temps, la participation est censée être « volontaire ». On peut donc estimer que 100 % des banques grecques et 90 % des banques internationales participeront - car les gouvernements ont "tordu le bras" de leurs banques.
 

Certains détenteurs privés de la dette grecque n'ont aucun intérêt à accepter le plan de sauvetage européen

La question porte donc sur les 70 milliards d'euros détenus par des fonds d’investissements. Les fonds d'investissement ont en fait racheté ces derniers mois cette dette sur le marché secondaire à des banques bien heureuses de s’en débarrasser, même avec des pertes. Beaucoup de ces fonds font le pari suivant : ils ne se porteront pas volontaires, et du coup, la Grèce, utilisant les fonds européens, les remboursera à 100 %.  En fait, la plupart possèdent des CDS (contrats d'assurance) grecs, qui les protègeront en cas de défaut.
 
Ces derniers investisseurs n’ont donc aucun intérêt à être volontaires - ils ont même un fort intérêt au défaut grec... 40 % de participation serait donc un bon résultat, ce qui ferait autour de 77% de participation totale, soit une réduction colossale de 105 milliards d'euros.


L'objectif de la Grèce...

Le but de la Grèce est d'atteindre au moins 66 % de participation totale. En dessous, elle a déclaré qu'elle ne lancerait pas l'opération d'échange - on rentrerait alors dans un défaut brutal.
 
Au delà de 75 % de participation, elle a déclaré qu'elle pourrait appliquer des clauses d'actions collectives, ce qui revient à dire qu'elle forcera les non-volontaires à appliquer, et décottera donc 100 % de sa dette.
 
Nous avons vu que le taux de 75 % semble atteignable sous les hypothèses retenues. Toutefois, des rumeurs font état d'une participation à ce jour de 40 à 50 % de créanciers privés favorables à un effacement volontaire partiel de la dette.
 
Nous connaîtrons dans la nuit le résultat final de l'opération.

Tout ça pour ça...

Malheureusement, l'opération ne soldera pas par un effacement final de 105 Md€.
 
En effet, la participation des banques grecques entraînera leur faillite. Au moment de la restructuration, l’Union européenne va donc re-prêter de l’argent pour recapitaliser ces banques : environ 40 milliards d'euros de dette nouvelle, plus 23 milliards d'euros de prêts nouveaux du FESF pour aider le pays.
 
On aboutirait ainsi à un effacement de 42 milliards d'euros (= - 105 + 40 + 23), auquel il faut rajouter les 20 milliards d'euros de déficit public 2012.
 
Le bilan de toute cette opération sera au final un allègement de la dette d'environ 20 milliards d'euros au 31 décembre 2012, ne faisant passer le ration Dette / PIB que de 161 % à 159 % - le pays étant en plus en récession... En revanche, la part des prêts publics internationaux (et donc du risque) passera en un an de 155 à 242 milliards d'euros…


Attention au véritable montant des contrats d'assurance !

Ainsi, si la participation atteint 75 %, la Grèce obligera les non-volontaires à participer.

Dès lors, il y aura un vrai défaut qui déclenchera les fameux CDS. On essaie de faire croire que les montants sont limités - on parle de 3 milliards d'euros en net - mais le souci est qu’il convient de ne pas perdre les montants bruts, qui semblent avoisiner les 50 milliards d'euros et qui ne se compenseront peut-être pas facilement entre banques mises en difficulté....
 
Comme souvent - marchés boursiers, produits dérivés, bilans bancaires, bilan BCE (Banque centrale européenne), engagements hors-bilan -, l’opacité règne en maître, ce qui n’est jamais la meilleure façon de sortir d'une situation dangereuse…

Et l'objectivité ? Comment les médias ont été incapables d'analyser le débat Sarkozy/Fabius

Certes, tout est subjectif. Mais nul individu de bonne foi ne saurait nier la pugnacité remarquable, l’énergie et la capacité à maîtriser les dossiers démontrés par Nicolas Sarkozy. Sur France 2 mardi soir, il a enjambé les embûches des questions sur son comportement et les pièges des graphiques mettant en cause sa politique économique. Bien sûr, il ne fallait pas trop "gratter" ses réponses, notamment en matière de réduction des déficits, où le maintien de la règle de non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est sans commune mesure avec les économies qui restent à faire. Mais, d’un simple point de vue technique et cynique, il faut saluer la maestria de l’occupant actuel de l’Elysée pour retourner les questions à son bénéfice. 
Face à Laurent Fabius, ce succès a viré à la victoire par KO technique. Sonné dès les premiers échanges par un Sarkozy décidé à ne faire aucun cadeau à des dignitaires du PS peu habitués à se faire cogner de la sorte, Fabius était à la limite de l’inaudible. N’ayant aucunement adapté son intervention à ce qui avait été dit sur le plateau avant qu’il arrive, il a donné l’impression d’un rabâchage mou et fatigué de critiques éculées. A la fin, il a même dû concéder à Sarkozy des mérites sur la question prioritaire de constitutionnalité, hommage en total décalage avec le propos virulent et la condamnation sans appel du début de son intervention.
Face à ce que tout observateur un peu neutre devrait qualifier de victoire sarkozyste sans appel, comment ont réagi les médias acquis à François Hollande, et pas seulement eux ? 
D’abord, par ce qu’il y a de plus simple, de plus radical : l’évacuation. Libération.fr se souciait davantage le lendemain matin des primaires américaines et des scores de Mitt Romney que de Fabius et Sarkozy ! La "une" de la version papier du journal revenait sur la question de l’abattage rituel en présentant Sarkozy sous forme de poulet écorché.
Sur le Nouvel Obs.fr, là aussi, le sujet est vite noyé au milieu de thèmes aussi importants que "sous la droite dix ans de casse du sport français", les états d’âme de Jean-Louis Nadal, ancien procureur général de la cour de cassation, nommé par un gouvernement de droite et qui pourtant couine sa peur d’une justice soumise et d’affaires enterrées dont il ne dit rien de précis, ou encore le sort putatif de Nathalie Kosciusko-Morizet comme porte parole de Sarkozy.
Des déboires de Laurent Fabius, le Nouvel Obs ne dit pas grand chose. "La fin de l’émission est décevante", écrit simplement Baptiste Legrand, chargé de la commenter. Sans doute parce que l’affreux Sarkozy ne s’était pas montré sous un mauvais jour. 
Autre technique : reprocher au candidat-président une situation à laquelle il ne peut rien. "Sarkozy peine à imposer un duel avec Hollande", titre rapidement le Monde.fr. Sauf que ... c’est avec Fabius que Sarkozy débattait. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’il ait peiné à en découdre avec un absent !
Le Monde explore également une piste prometteuse, qui devrait dissiper toute crainte de son lectorat : de toute façon, la dynamique de la victoire de Hollande est engagée, elle ne peut être arrêtée et donc, au fond, cette émission ne pouvait servir à rien.

Depuis son discours du Bourget, nous apprend le quotidien du soir : "le candidat socialiste semble comme en apesanteur. Il a réussi la mobilisation et chaque sondage vient renforcer le nombre de ceux qui croient que la victoire est possible. C'est l'effet boule de neige. Par ricochet, se crée dans le camp d'en face une forme de dépression ... La défaite redoutée crée une spirale négative qui renforce la possibilité d'une défaite". Telle est la mise en perspective rassurante que Le Monde fait du débat de mardi soir.
Face à  pareil a priori, une bonne performance de Fabius eût signé l’arrêt de mort de Sarkozy. Mais, hélas pour Le Monde et son effet boule de neige, la bête sarkozyste bouge encore ! Dommage, dommage …
Les médias moins systématiquement favorables à Hollande semblent eux-mêmes sensibles à ce tropisme. Pour le Point.fr, Sylvie Pierre-Brossolette, chargée de commenter le duel à chaud, concède à Sarkozy une combativité intacte mais reprend la formule de Fabius sur le boulet du bilan et conclut sur la difficulté, pour Sarkozy, de reconquérir le vote "à défaut du coeur" des Français. Il n'y a pas loin à nous expliquer que les dés sont jetés.
Résumons-nous : la victoire de Hollande est programmée, elle est donc souhaitable car, sinon, les médias, et pas seulement ceux de gauche, seraient pris en défaut, leur capacité prédictive démentie par le vote populaire. François Hollande, depuis les primaires socialistes, a toujours bénéficié d’un soutien journalistique évident. Faut-il y voir son talent pour s’attirer la sympathie de la presse par son sens de la petite phrase ? La conséquence de son compagnonnage avec une consoeur ?
La raison est plus profonde et classique. La presse teste, avec la candidature Hollande et, plus encore, avec le dénigrement de Sarkozy, l’étendue de sa propre puissance. Faiseuse de roi, elle conforte sa légitimité intellectuelle, politique et morale. Il faut la lire et l'écouter attentivement, puisqu’elle est capable de dire qui sera le vainqueur ! Cette dérive est inquiétante. Elle suffirait à donner envie de voter Sarkozy à quelqu’un qui n’est pas pour autant pleinement convaincu de le faire.

ET ENCORE, NICOLAS SARKOZY N'A PAS ÉVOQUÉ LE " RESPONSABLE MAIS PAS COUPABLE"

Sarkozy interpelle Hollande sur son salaire de président de conseil général

Nicolas Sarkozy a interpellé, jeudi 8 mars, son rival socialiste, François Hollande, sur son salaire de président du conseil général de la Corrèze, en se demandant pourquoi il ne l'avait pas réduit alors qu'il propose, en cas de victoire, de réduire de 30 % celui de chef de l'Etat.
"J'ai vu que François Hollande proposait de baisser les salaires. Ce que je ne comprends pas, c'est qu'alors qu'il est président du département le plus endetté de France, il ne l'a pas fait pour lui-même", s'est interrogé le président-candidat de l'UMP sur RMC/BFMTV. "Pourquoi dire qu'il le fera dans les années qui viennent ? Qu'il le fasse tout de suite", a-t-il lancé. Considérée comme une indemnité de fonction, la rémunération d'un président de conseil général, de 5 400 euros brut par mois, est fixée par la loi. Toutefois, si cet élu détient également un mandat de parlementaire, comme c'est le cas pour François Hollande, le total de ses indemnités est plafonné à hauteur de 1,5 fois l'indemnité parlementaire.

"SOLUTION"
Par ailleurs, M. Sarkozy rappelle au passage que le département présidé par M. Hollande est le département le plus endetté de France. Une précision destinée à décrédibiliser celui qui préside le conseil général de la Corrèze depuis 2008.
> Lire à ce sujet : Le mauvais exemple corrézien de l'UMP
"Même si chacun peut avoir son opinion là-dessus, je ne pense pas que c'est la solution. La solution, c'est d'avoir des responsables politiques honnêtes, compétents et qui s'engagent", a poursuivi M. Sarkozy. "Je ne pense pas que la rémunération du personnel politique dépasse en quoi que ce soit la rémunération des autres catégories", a-t-il conclu.
"François Hollande ne s'est pas auto-accordé, comme Nicolas Sarkozy au début de son mandat, une augmentation de salaire de 172 % !", a répliqué dans un communiqué Delphine Batho, l'une des porte-parole du candidat socialiste. L'indemnité nette mensuelle du président de la République était passée de 7 084 euros à 19 331 euros, à partir du 1er janvier 2008.
"CONTRE-VÉRITÉ"
Selon elle, Nicolas Sarkozy a également énoncé une "contre-vérité" en déclarant que son salaire avait été fixé sur celui du premier ministre, et que celui-ci avait été déterminé par Lionel Jospin, lorsqu'il était à Matignon.
Delphine Batho rappelle que M. Jospin avait déjà démenti en février 2008 de telles déclarations, en indiquant notamment que son salaire de premier ministre avait été fixé, comme celui des ministres, par un décret du président de la République.
"La République exemplaire que propose François Hollande commencera par une première décision : la baisse de l'actuelle rémunération du président de la République et des ministres", a souligné la porte-parole.
"Si je suis élu président de la République (...), il y aura une baisse de 30 % du salaire du président de la République et des ministres", avait promis M. Hollande le 7 novembre 2011.

Le keynésianisme devient-il hors-la-loi ?

L’Irlande sera le seul pays à soumettre le pacte fiscal de l’Union européenne au vote populaire. Mais ce qui se joue, en réalité, dénonce l’éditorialiste Fintan O’Toole, c’est la transformation de l’idéologie néolibérale en loi immuable.

“… le crime fondamental qui contenait tous les autres. Crime par la pensée, disait-on.
George Orwell, 1984
Dans le référendum que l’on nous annonce, la question est … ah, mais au fait, c’est quoi, la question ?

Il ne s’agit pas, comme Michael Noonan [le ministre irlandais des Finances] l’a affirmé à tort l’an dernier, d’un référendum pour savoir si l’Irlande devrait quitter la zone euro. (Ils ne peuvent pas nous flanquer dehors.) Ni, comme l’a clamé à diverses reprises le Taoiseach la semaine dernière, de parler de “reprise économique”, “d’emplois” ou de savoir si nous “souhaitons dorénavant participer à la communauté européenne, à l’euro et à la zone euro”. Il ne s’agit certainement pas non plus de définir un déficit structurel de 0,5 %. Si c’était le cas, ce serait la chose la plus étrange à soumettre à une consultation populaire.

Economies en surchauffe

Ce qui est en jeu, en revanche, c’est la création de l’idée de crimepensée. Il faut que soit proscrite une certaine façon de pensée. Cette dernière n’est pas le nazisme, ni le racisme ou quelque idéologie incitant à la haine. Non, c’est une façon de penser qui, pendant trente ans après la Seconde Guerre mondiale, a été le “sens commun” dominant d’une grande partie du monde développé : la philosophie de John Maynard Keynes. Cadre intellectuel du centre gauche européen et des démocrates du New Deal aux Etats-Unis, elle est sur le point d’être interdite par un traité international, au même titre que le trafic d’êtres humains ou la guerre chimique.
Interdire le keynésianisme dans le sillage du grand krach de 2007, c’est un peu comme réagir à une fusillade sanglante en interdisant les gilets pare-balles. L’Irlande en est un exemple parfait. Keynes considérait que les gouvernements devaient appliquer des politiques contre-cycliques, consentir à des déficits pour regonfler des économies chancelantes et réduire les dépenses pour calmer les économies en surchauffe.
Or, au cœur du traité fiscal se trouve la notion qu’un gouvernement devrait fonctionner comme un ménage, jeter l’argent par la fenêtre quand tout va bien et resserrer les boulons quand les temps sont durs. Dans cette optique, il est recommandé de ne même pas envisager une économie à la Keynes. Les politiques fiscales contre-cycliques sont taboues.

Orthodoxie à la mode

Même si l’on estime que l’approche keynésienne est erronée, est-ce vraiment une bonne idée d’accorder à une orthodoxie à la mode le statut de loi immuable ? C’est la preuve de la stupidité d’une idéologie qui refuse d’admettre l’ombre de l’éventualité qu’elle puisse se tromper. C’est du vulgaire opportunisme idéologique, qui profite de la crise pour transformer une vision partisane de l’économie en un fait incontestable.
Le traité fiscal n’a rien à voir avec les “faits”. C’est une opinion de droite à laquelle on confère force de loi. Le “déficit structurel” est une interprétation extrêmement controversée de données complexes – vouloir en faire un concept légal est une absurdité. Mais surtout, la question de savoir s’il existe ou non un niveau acceptable de dette publique est largement sujette à caution. La réponse dépend toujours de circonstances comme la croissance économique, la démographie, la stabilité politique.
Au Japon, la dette publique représente 230 % du PIB – près de quatre fois plus que le plafond de la zone euro. Les marchés, dont les avis sont censés être pour nous parole d’évangile, n’ont pas l’air de s’en soucier : le rendement des obligations japonaises à dix ans est inférieur à 1 %. Ce sont les circonstances, et non le niveau absolu de la dette, qui déterminent si l’on est ou non en crise.

Règles arbitraires

Le traité fiscal, lui, part du principe que les circonstances sont sans importance. Il adopte des règles pour l’essentiel arbitraires sur la dette et les métamorphose en idoles devant lesquelles il nous oblige à tous nous prosterner. Il prétend que les circonstances et le contexte n’existent pas  – un seul niveau de dette est adapté à toutes les époques et tous les pays. Il ne se donne même pas la peine d’expliquer la logique supposée des limites particulières qu’il sacralise. En gros, le consensus parmi les économistes est qu’une dette publique supérieure à 80 % du PIB porte tort à la croissance. Or, la limite de la zone euro est de 60 %  – chiffre choisi uniquement parce qu’il sonne bien.
En d’autres termes, on nous demande de voter pour une tentative mal ficelée de s’arroger le pouvoir tout en réduisant au silence l’une des deux voix du dialogue sur la politique fiscale. C’est le même genre de paradoxe que la “der des ders” – un débat démocratique pour mettre hors-la-loi le débat démocratique sur l’une des questions fondamentales de la politique, un vote afin de limiter le sens même du vote.
 



jeudi 8 mars 2012

Sarkozy-Fabius: Christophe Barbier refait le débat 


LA RUSSIE DE POUTINE


Bon appétit !

Il serait trop facile d’écarter d’une chiquenaude les polémiques liées à la viande halal. Elles sont effectivement dérisoires par rapport aux enjeux du chômage, de la pauvreté ou de l’illettrisme. Il faut pourtant y prêter attention car les réactions en chaîne qu’elles ont suscitées en disent long sur les frontières internes de la société française.

Le Front national a lancé le bouchon, le ministre de l’Intérieur s’en est saisi, Nicolas Sarkozy s’est transporté chez les bouchers de Rungis et le Premier ministre a cru bon d’évoquer les « traditions ancestrales ». Ceux qui adorent stigmatiser les musulmans en ont crié d’aise. Puis, patatras, les délégués juifs se sont indignés, ce qui a jeté un froid ; chacun a alors pris conscience qu’on promenait un sacré brûlot.

Le piège de ce débat vicié était pourtant évident : autour du halal, du casher et de l’abattage avec ou sans étourdissement se dessinerait une hiérarchie odieuse dans laquelle les Français musulmans ou juifs seraient réputés moins républicains que les autres. On comprend que, FN mis à part, les apprentis sorciers s’emploient maintenant à éteindre le feu. 

Les interdits alimentaires sont vieux comme le monde, chaque religion a les siens. On a le droit de s’en moquer au nom du rationalisme. Mais impossible de les ignorer tant l’alimentation est un sujet sensible.

 En la matière, personne n’a de leçon à donner, excepté sans doute les végétariens qui se font un devoir d’écarter la viande par refus de se nourrir d’un animal tué à cette fin. Personne n’a non plus à imposer ses codes alimentaires. Ou à les croire supérieurs. Ou à les instrumentaliser à des fins électorales. 

Le marché halal est une réalité sociologique et économique, au même titre que le bio ; il doit être contrôlé comme les autres. Mais il serait stupide d’en faire le grand problème du moment. Dans les cantines scolaires et autres lieux de restauration collective, cela peut être géré par des menus alternatifs. Mieux vaut manger ensemble des cuisines différentes que de picorer dans son coin en haïssant celui qui n’a pas pris la même chose que vous. La cuisine est une affaire sérieuse mais il est sage de ne pas en faire tout un plat.

La journée de la femme de... 


Les femmes ont attendu 1945 avant de voter dans ce pays et 1998 pour obtenir la parité en politique. A suivre cette présidentielle 2012, le combat pour la place des dames en politique n’est semble-t-il pas terminé. Eva, Marine, Nathalie et Corine sont en droit de formuler une revendication en ce 8 mars: l’égalité entre la candidate et la femme du candidat. Les compagnes sont tellement en campagne, que ces messieurs se présentent à deux contre une. Prenez le livre sur François Bayrou.Un chapitre consacré à Babeth nous apprend qu’elle aurait aimé que son mari élève des moutons plutôt que des pur-sangs. Message subliminal: François déteste l’esprit grégaire.
Regardez les meetings de François Hollande. Valérie Trierweiler est placée au premier rang face aux caméras. Elle distille confidences aux confrères et tweets aux followers. Même les ex s’invitent dans la campagne et pas seulement les és-qualité comme Ségolène Royal. Le Président a passé 20 minutes sur ses déboires conjugaux de 2007 avec Cecilia mardi sur France 2. Et le buzz du jour est assuré par Carla Bruni-Sarkozy assurant: «Nous sommes des gens modestes». On avait en effet remarqué cette discrétion chez les femmes de...

PSA et Renault à la croisée des destins 

L'atonie persistante d'un marché européen mature et saturé ne doit pas tromper. L'automobile est une industrie mondiale florissante et d'avenir, quoi qu'on puisse en penser. La profusion et la diversité des nouveaux modèles présentés au salon phare de Genève nous le rappelle avec force. Quitte à tamponner quelques idées reçues. Les gros 4x4 agressifs n'ont pas dit leur dernier mot face aux écologistes.

Plutôt bien armés à court terme sur le terrain des nouveautés, Renault et PSA sont confrontés, aujourd'hui, à des mutations majeures.
- Le déplacement du centre de gravité du marché mondial vers les pays « neufs », Chine et Inde en tête : c'est à Pékin et New Delhi que l'avenir se dessine et s'écrit, pas à Sochaux.
- La primauté grandissante de vrais poids lourds mondiaux, capables de dégager les économies d'échelle sur l'amont de la fabrication et des rentabilités solides sur l'aval d'une commercialisation intercontinentale.
- La montée en ligne progressive d'une production hybride (thermique-électrique) destinée à pallier la fin inéluctable du pétrole. On doit aussi, pour faire bonne mesure, prendre en compte la flexibilité et la réactivité accélérées d'une industrie qui a vu l'américain General Motors se régénérer à une vitesse foudroyante grâce à des fermetures brutales d'usines... et à une recapitalisation massive de l'État, deux recettes apparemment inexportables en France.
Dans ce contexte mouvant et hyperconcurrentiel, nos champions français ont des atouts non négligeables de savoir-faire (industriel, commercial) et de créativité (gamme DS de Citroën, low cost Dacia de Renault) mais aussi des handicaps assez lourds. Ils sont encore trop concentrés sur le territoire national et européen, peu présents (PSA) ou absents (Renault) sur le marché-locomotive de Chine, trop focalisés sur un bas de gamme sensiblement moins rentable, quasiment éjectés du haut de gamme, chasse bien gardée des Allemands.
Bref, les deux groupes tricolores sont condamnés à accélérer leur mutation. Renault a pris une longueur d'avance en rachetant, il y a treize ans, le japonais Nissan qui lui permet de mutualiser efficacement achats, équipements, assemblage et de rapatrier des profits substantiels. Le souci, c'est que la filiale nipponne, requinquée, est devenue plus importante et plus rentable que la maison mère française. Ce n'est pas forcément durable en l'état.
Farouche partisan de l'indépendance et adepte de l'union libre au travers de coopérations techniques limitées (moteurs avec BMW, usine avec Toyota), PSA vient de franchir, avec l'entrée de Général Motors à son capital, une étape vers un partenariat plus conséquent. Et vers une mutualisation accrue des moyens, a priori intéressante. Mais prudence, souvenons-nous de Daimler-Chysler, de GM-Fiat... Trop d'alliances ont capoté, ces dernières années, pour croire aux rapprochements miracles.
Il reste que PSA comme Renault ont un défi de proximité plus immédiat. Ils sont piégés par le débat un peu irrationnel sur le made in France et les délocalisations. Dans une économie mondialisée qui profite largement à la production française, personne ne peut, raisonnablement, laisser croire que les constructeurs ont vocation à tout fabriquer en France. Économiquement, c'est irréaliste et suicidaire. Politiquement, c'est de la démagogie.

Sarkozy arrêtera la politique s'il perd


S'il perd l'élection présidentielle, il arrêtera la politique. C'est ce que le président-candidat Nicolas Sarkozy a déclaré ce matin, au micro de Jean-Jacques Bourdin sur RMC.
«Je ne me mets pas dans cette perspective mais (...) je ferai autre chose», a dit le président sortant, candidat à un second mandat. Prié de dire quelle activité il prendrait dans ce cas, il a répondu : "Je ne sais pas."
Ces propos viennent confirmer les premières confessions que le chef de l'Etat avaient faites -off the record - à des journalistes, lors d'un déplacement en Guyane en janvier.

Le président-candidat a par ailleurs proposé, s'il était élu, de lancer la carte Vitale biométrique pour lutter contre la fraude aux prestations sociales. Il a justifié ce changement par la nécessité de lutter contre la fraude. Selon Nicolas Sarkozy, "rien que cette année, le Fisc a récupéré 4 milliards d'euros par une lutte déterminée contre la fraude". La carte Vitale biométrique faisait partie de 53 propositions sur la fraude aux prestations et cotisations sociales faites par la Mission d'évaluation et de contrôle de la Sécurité sociale (Mecss) de l'Assemblée nationale, en juin 2011.

Il a aussi proposé la création d'une agence de recouvrement des pensions alimentaires "pour soulager les mères" de familles monoparentales "qui n'arrivent pas à s'en sortir".

Des souvenirs… et des regrets aussi !

 Mardi soir, Nicolas Sarkozy était l’invité de l’émission de David Pujadas, « Des paroles et des actes », sur France2. L’une des multiples interventions du chef de l’Etat durant cette semaine que les observateurs politiques ont décrétée, pour le président sortant, « cruciale ». Devancé dans les sondages, depuis le début de cette campagne, par le « capitaine de pédalo » François Hollande, Nicolas Sarkoy devait donc mardi soir essayer de combler son retard.


D’emblée, le président de la République, victime du désamour d’une partie de ses concitoyens, a tenté de dissiper les malentendus entre lui et les électeurs qu’il a déçus, en se livrant, durant 45 minutes, à une série de mea-culpa sur ce qu’il appelle « les erreurs de style » commises au début de son mandat – la soirée du Fouquet’s, ses vacances sur Le Paloma, le yacht de Vincent Bolloré – et qui ont contribué à lui forger une image de « président des riches ». Accusation qu’il estime être « un procès en sorcellerie ». Des maladresses certes… mais commises en plein désarroi sentimental pour tenter de sauver son couple en voie « d’explosion », Cécilia Siganer, la mère de son fils Louis, menaçant alors de le quitter. Ces errances de début de mandat seraient donc la faute de Cécilia, l’épouse infidèle… Le « bling-bling » c’était pour elle. Pour essayer de la retenir…

Cette prestation de mardi soir était très représentative de la tendance qu’ont de plus en plus les émissions de politique spectacle à ressembler à des sortes de séances de psychanalyse où les candidats sont priés de s’allonger sur le divan des journalistes intervieweurs pour nous dévoiler l’intimité de leur vie privée et de leurs émotions dans les moindres détails. Des émissions qui pourraient tout aussi bien s’intituler « Le grand déballage », ou mieux encore « Strip-tease », avec effeuillage psychanalytique à la clé… Un genre d’introspection médiatique où l’ego narcissique de Nicolas Sarkozy semblait, mardi soir, plutôt à l’aise… En tout cas, nous a confié ce dernier, s’il était réélu à l’Elysée, « il célébrerait sa victoire avec ses proches » car maintenant « il a une famille, une famille solide, et je sais où je pourrais fêter cette victoire : avec ceux que j’aime, avec ma femme et mes enfants et peut-être avec quelques amis ». Et un tacle de plus pour Cécilia…  

Ces hommes et femmes de gauche pleins aux as… 

Sur sa proximité avec de riches amis, Nicolas Sarkozy s’est défendu en rappelant « l’amitié de François Mitterrand avec Pierre Bergé ou André Rousselet ». Il aurait pu aussi évoquer la longue amitié de l’ancien président socialiste avec André Bettencourt, le défunt mari de Liliane, qui fut, depuis la fin des années quarante jusqu’à son entrée à l’Elysée, l’un des principaux sponsors de François Mitterrand. Nicolas Sarkozy a aussi rappelé à ses détracteurs de gauche que DSK et Anne Sinclair ne vivent pas « dans une pauvreté absolue », ou même Laurent Fabius, présent dans le studio, en qui il ne perçoit pas « l’incarnation d’une France pauvre ». Et que l’on ne vienne pas lui dire que sa politique fiscale a favorisé les riches : « C’est un mensonge, une malhonnêteté, une contre-vérité ! 

Du fait de la crise je n’ai pu baisser aucun impôt… » Et de s’engager, en revanche, à créer un impôt sur les grands groupes du CAC 40, dont il vient de s’apercevoir que certains d’entre eux étaient, en France, trop légèrement imposés. Peut-être parce qu’ils ne réalisent pas l’essentiel de leurs bénéfices en France ? Parmi la litanie des regrets il est revenu sur sa fameuse phrase « casse-toi alors, pauvre c… », qui l’a fait accuser de « désacraliser » la fonction présidentielle. 

Son regret le plus amer demeure toutefois l’affaire de l’Epad. Il aurait dû dire à son fils Jean, admet-il : « N’y va pas, ça va faire polémique… » Et personne, parmi ses conseillers courtisans, n’a eu le courage de lui dire qu’il commettait un impair ?  

Sa pseudo-« droitisation » ? Baliverne… 

 La droitisation de ses propos de campagne ? Il n’est pas du tout en compétition avec le FN, dont évidemment « il ne partage pas les idées », mais il annonce tout de même qu’il veut « diviser par deux le nombre d’étrangers accueillis chaque année en France ». Le débat avec Laurent Fabius fut parfois vigoureux. D’entrée de jeu, Nicolas Sarkozy rappel à l’ex-Premier ministre de François Mitterrand le peu d’estime qu’il portait à François Hollande, qu’il qualifiait de « fraise des bois » pour stigmatiser sa mollesse. Mais maintenant Fabius adore la « fraise des bois » dont il vante les vertus. Alors que pendant la primaire socialiste il ironisait encore avec mépris : « Franchement, vous imaginez François Hollande président ? On rêve… ». 

Mais le rêve est devenu réalité et menace maintenant de se transformer en cauchemar pour les Français. L’attaque de Fabius sur le chômage fut brutale : « Un million de chômeurs de plus en cinq ans. (…) Votre bilan, c’est votre boulet ». De son côté Nicolas Sarkozy a porté contre le député de Seine-Maritime quelques banderilles acérées : « Je n’ai pas de leçon de style à recevoir de la part d’une personne qui souhaitait porter Dominique Strauss-Kahn à la tête de l’Etat. » DSK, le copain de Dodo la saumure… 

L’émission, rappelons-le, s’appelle : « Des paroles et des actes ». Excellent comme toujours dans les paroles, Nicolas Sarkozy se voit en revanche pénalisé par ses actes manqués…

mercredi 7 mars 2012

Oubliez les sondages, les maths donnent Sarkozy gagnant au second tour

ET SI ON S'ELOIGNAIT DES SONDAGES DEUX MINUTES pour s'intéresser à un autre type de prévision du résultat de l'élection présidentielle?
Nous vous parlions déjà en novembre dernier des deux chercheurs d'ElectionScope, qui tentent de donner une estimation du résultat de mai prochain en utilisant deux variables: l'évolution de la popularité du président et du chômage sur un an. Leurs derniers calculs donnent Nicolas Sarkozy l'emportant au second tour avec 50,3% des votes, une tendance qui devrait se confirmer si le chômage ne remonte pas d'ici mai, expliquent-ils à L'Expansion:

«Si le chiffre du chômage était remonté au-dessus de 9,6%, Hollande aurait pu l'emporter, expliquent les deux chercheurs. Mais l'Insee a annoncé un taux de 9,4% le 1er mars. Quoi qu'il advienne, le score sera serré: un 57-43 en faveur de la gauche est totalement exclu.»
Autrement dit, les chercheurs excluent complètement les prévisions des différents instituts de sondages, qui donnent depuis début mars Nicolas Sarkozy entre 41 et 44% au second tour, contre 56% à 59% pour François Hollande. Sur un an, selon les derniers chiffres disponibles, le taux de chômage a légèrement augmenté (de 9,2% à 9,4% en métropole) et la popularité de Nicolas Sarkozy est montée de 2 points, selon l'Ifop.
Ce genre de modèle s’appuie sur un postulat de base, comme nous vous l'expliquions en février 2011: l’élection présidentielle serait essentiellement, selon les termes de Christine Fauvelle-Aymar, maître de conférence en économie à l'université de Tours, «un référendum sur la gestion du parti sortant», dans lequel la situation économique jouerait un grand rôle (comme le reflétait le slogan «It’s the economy, stupid!» «C'est l'économie qui compte, idiot!»– de la campagne Clinton aux Etats-Unis en 1992).
Bruno Jérôme et Véronique Jérôme-Speziari ont prédit avec succès le résultat des trois dernières élections présidentielles françaises (et américaines). Mais il faut noter que la présidentielle de 2012 n'intervient pas en situation de cohabitation (contrairement à 1995 et 2002) et voit le président sortant se représenter (contrairement à 2007).

À la recherche du temps perdu

Nicolas Sarkozy voulait emballer la campagne présidentielle pour lâcher rapidement et irrémédiablement ses adversaires, par ses idées et ses propositions. On était loin, hier soir sur France 2, de cette ambition ! Rendons cette justice au président-candidat : David Pujadas et Nathalie Saint-Cricq l’ont enfermé pendant une bonne heure dans le coin du ring. Un coin nommé bilan, et même pas le bilan des réformes réalisées – elles sont tout de même nombreuses – mais sur les gestes manqués : le Fouquet’s, le yacht de Bolloré, le « casse-toi pov’con » du Salon de l’Agriculture en 2008. Depuis une semaine, le chef de l’État était à la remorque de Marine Le Pen sur la viande halal, et à la défensive face à François Hollande sur la fiscalité des super-riches. Il a été rattrapé hier soir par son propre « style », qu’il croyait avoir corrigé.
L’autocritique lui va mal au teint, avait prévenu Jean-Pierre Raffarin. Effectivement, la contrition n’est pas mobilisatrice. Sans doute était-elle indispensable, mais elle arrive bien tard. Le président, qui a admis avoir mis du temps à enfiler son costume de chef de l’État, aurait gagné à solder ses erreurs au fur et à mesure qu’il entrait dans ce fameux complet-veston. Comme pour la TVA sociale et pour la refonte de la prime pour l’emploi, il a reculé son examen de conscience jusqu’à l’extrême limite du calendrier électoral. Il est contraint de rattraper le temps perdu.
« Je ne suis pas le lapin Duracell », a-t-il lancé non sans humour. N’empêche : la tortue Hollande, elle, mène son petit bonhomme de chemin pendant qu’il s’échine encore à ajuster sa foulée. Et chaque fois qu’il place un démarrage, le fardeau du chômage alourdit sa course.
La combativité du candidat est intacte. Son talent oratoire n’est plus à démontrer, son habileté non plus. Il sait parler à la « majorité silencieuse » qui est sa cible principale. Il a de l’énergie à revendre et, comme il l’a souligné, il remplit les salles et mobilise les Français devant leur téléviseur. Son handicap réside en fait dans une phrase qu’il a prononcée hier, peut-être imprudemment : « La seule vérité, ce n’est pas ce qu’on dit, c’est ce qu’on fait. » Cette sentence s’adressait bien entendu à ses concurrents. Son problème, c’est que c’est lui qui est aux manettes, depuis cinq ans.

Crise financière : juger les responsables ?

Le procès de l'ancien Premier ministre islandais s’est ouvert le 5 mars. Geir Haarde est accusé de ne pas avoir su répondre à la crise financière qui frappé son pays en 2008. Faut-il suivre cet exemple dans d’autres pays ? El País a posé la question à plusieurs experts et journalistes.

L'ancien premier ministre islandais Geir H. Haarde comparait devant un tribunal spécial pour “grande négligence” dans le désastre financier de 2008. La crise s'est traduite en Islande par la faillite de trois banques, la suspension du remboursement de sa dette à l'étranger, la chute de la monnaie et une augmentation du chômage qui a atteint 10 %. Les gouvernements européens avaient-ils été alertés préalablement de la crise ? Quelle part de responsabilité incombe aux banques ? La justice doit-elle se montrer plus ferme à l'égard des acteurs politiques et des banquiers ?
Kattya Cascante, analyste de la Fundación Alternativas, proche du Parti socialiste espagnol
Pour demander des comptes aux politiques, il convient de pouvoir analyser l'efficacité des actions entreprises, mais aussi de comprendre pourquoi certains objectifs ont été choisis au détriment d'autres. En démocratie, le gouvernement a des obligations. Quant au parlement, il doit réaliser une véritable surveillance du contenu des décisions politiques et avoir accès à l'information nécessaire. Cette information, liée à l'impératif de transparence, devrait renforcer la confiance dans les institutions et augmenter le niveau d'exigence auprès des institutions publiques. Malheureusement, elle fait cruellement défaut dans tous les systèmes politiques.
Jordi Vaquer, directeur du groupe de réflexion en politique internationale CIDOB, à Barcelone
C'est une certitude : une fois leur immunité levée, les hommes politiques qui se sont placés dans l'illégalité doivent être traduits en justice. Mais cette obligation de rendre des comptes, pour des politiques, doit se faire avant tout par des mécanismes politiques. Cela passe par les élections, mais aussi par les parlements, qui dans bien des pays ne sont guère plus que le théâtre d'une mise en scène grossière des rivalités entre partis, ou internes. Ces mêmes partis se montrent d'ailleurs particulièrement incapables, muselés par une prétendue “loyauté”, de demander des comptes à leurs propres dirigeants.
Mais attention à ne pas idéaliser le cas islandais ! Avant la crise, l'Islande était sous l'emprise de réseaux de clientélisme et d'une connivence entre régulateurs et banques qui prenait une tournure quasi-mafieuse, c'est un pays où le vieux système refuse encore de tomber. Des dirigeants qui ont retardé des décisions politiques pour pouvoir vendre des actions ont ainsi échappé aux tribunaux. Geir Haarde a fait preuve de négligence, c'est incontestable, mais son ami David Oddsson, premier ministre pendant 20 ans puis gouverneur de la Banque centrale, et aujourd'hui directeur d'un des grands journaux islandais, non seulement s'est tiré d'affaire mais fait aussi pression pour entraver les enquêtes.
Gonzalo Fanjul, journaliste à El País
Nous nous réjouissons tous de voir un politicien confronté à la justice en raison de sa mauvaise gestion de la crise, mais je ne suis pas convaincu que ce soit la méthode la plus souhaitable. La prison, c'est pour les corrompus et pour les voyous. Les incapables, les sans scrupules et les imbéciles, c'est dans les urnes qu'il faut les sanctionner.
Ceci dit, je crois qu'il est tout à fait essentiel d'identifier les raisons qui ont poussé (et qui poussent encore) les dirigeants politiques à agir d'une façon et non d'une autre. A quels intérêts cèdent-ils ? Qui a accès à eux et à leurs lois, et qui non ? Dans certains cas, la responsabilité pénale ne doit absolument pas être écartée. En attendant, personnellement, je me contenterai d'excuses, ou au moins de l'expression d'un doute. C'est une première étape, mais qui nous est indispensable pour aller dans le bon sens.
Ana García Femenía, consultante en évaluation et planification des politiques publiques à l'Université Complutense de Madrid
Espérons que ce qui se passe aujourd'hui en Islande est le début d'une évolution tant attendue dans la considération de la politique, par ses acteurs et par les citoyens ! Si on en est arrivé là, c'est probablement en raison du refus sempiternel des politiques d'assumer leurs responsabilités. A un point tel que les citoyens sont entrés dans une sorte de lassitude à l'égard du système. Le fait qu'il faille qu'un politique soit jugé pour les conséquences de son action devrait nous pousser à réfléchir aux mécanismes intermédiaires de suivi et d'évaluation des politiques publiques, aux mécanismes de prise de décision, à ceux qui portent les responsabilités, aux instruments qui existent pour analyser et réorienter les politiques une fois qu'elles sont lancées, etc...
Antonio Elorza, analyste politique, professeur de sciences politiques à l'Université Complutense de Madrid
Les responsabilités dans cette crise, aux plus hauts échelons politiques et administratifs, doivent avant tout être rendues publiques. Ensuite, si la réglementation le permet, la condamnation des responsables constituerait effectivement un apport considérable à la démocratie.
Juan Arias, correspondant d'El País au Brésil
Je pense que le cas de Geir H. Haarde doit servir d'exemple et être appliqué à d'autres. Il n'est pas tolérable, face à des crises de cette ampleur qui touchent le quotidien de millions de personnes, qu’aucun coupable ne réponde de ses actes. Même dans la plus petite des entreprises, le directeur doit répondre en cas de faillite.
A mes yeux, plus encore que les banquiers et les chefs d'entreprise, les responsables en dernier ressort sont précisément les politiques, pour leur manque de vigilance, voire dans certains cas, pires encore, pour leur complicité avec les premiers. L'absence de coupables dans des crises comme celles que nous vivons, c'est le pire des mépris pour leurs victimes. Et personne n'en répondrait ? Moi je dis chapeau à l'Islande.

Carla Bruni-Sarkozy : "Nous sommes des gens modestes"

Ils ne se sont pas croisés avant le débat. Laurent Fabius a pris soin d'arriver le premier quelques minutes avant 20 heures et s'est rendu directement dans sa loge avec ses conseillers. Il a été suivi, dans la foulée, par Nicolas Sarkozy, le président candidat, accompagné de sa femme Carla qui a claqué la bise à Rémy Pflimlin, président de France Télévisions, venu les accueillir à l'entrée des studios de La Plaine Saint-Denis où est diffusée, en direct, l'émission de France 2 "Des paroles et des actes". > Lire la synthèse : Nicolas Sarkozy : beaucoup de défenses, un affrontement
> Revoir le duel tendu entre Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius
Personne ne s'est attardé trop longtemps sur le pas de la porte. "Il fait un froid de gueux", a tranché Carla Bruni-Sarkozy en rejoignant la loge de M. Sarkozy située juste en face de celle de M. Fabius. Sur une table basse, le couple présidentiel a pu y trouver fruits frais, légumes croquants, petits gâteaux, chocolats et une machine à expresso. Les choses avaient été bien faites.
Tout sourire et visiblement détendu, M. Sarkozy s'est enfermé quelques minutes avec Henri Guaino, son conseiller spécial à l'Elysée. Franck Louvrier, son conseiller pour la communication, arrivé bien avant pour repérer les lieux, les a rejoints. Cinq petites minutes de conclave pour caler quelques répliques.
"LES JOURNALISTES SONT TOUS DES PINOCCHIO"
Dans le couloir, Carla Bruni-Sarkozy devise avec M. Pflimlin et les journalistes de France 2. "Les journalistes sont tous des Pinocchio", dit-elle en rigolant et en faisant le geste du nez qui s'allonge.
A 20 h 30, M. Sarkozy, entouré comme un boxeur qui se rend sur le ring, monte vers le plateau de l'émission. Carla est à son bras. Il serre la main à tous ceux qu'il croise. Les hommes de la sécurité sont aux anges. Dans les coulisses du plateau, quelques minutes avant l'antenne, il parle à voix basse à sa femme et l'embrasse pour la plus grande joie des photographes. Cette fois-ci, pas de photos volées comme lors de sa déclaration de candidature sur TF1, le 15 février. Chacun joue parfaitement le jeu. "Je me sens bien !", dit-il.
Carla Bruni-Sarkozy rappelle que François Mitterrand avait dit de son mari qu'il était "un excellent débatteur". "C'est un beau compliment", concède M. Sarkozy en se recoiffant avec la brosse de sa maquilleuse personnelle. "Bon, on ne va quand même pas à un enterrement !", glisse-t-il avant d'entrer sur le plateau.
"IL A UNE BELLE VOIX"
C'est dans la loge, en compagnie de M. Guaino et d'une amie, que Carla Bruni-Sarkozy suit la prestation de son mari. Pianotant sans cesse sur le clavier de son téléphone portable pour envoyer des SMS, elle écoute d'une oreille distraite. "Il a une belle voix", assure-t-elle et s'offusque lorsque Nathalie Saint-Cricq demande, une nouvelle fois, à M. Sarkozy s'il regrette la soirée du Fouquet's. "Nous sommes des gens modestes", argumente-t-elle à haute voix. Puis, elle se tourne vers M. Guaino : "De temps en temps, ils donnent la parole à des journalistes de droite ?", lui demande-t-elle. Le conseiller spécial feint de ne pas entendre.
Vers 22 heures, M. Louvrier passe la tête avec un air ravi. Sur son téléphone portable, il voit que les chiffres d'audience de l'émission, calculés en direct, sont très bons. "Le président est vraiment très à l'aise", juge-t-il. Ce n'est pas l'avis de M. Fabius qui, en attendant d'entrer sur le plateau pour le débat, estime que le discours du président candidat est "très décousu".
Il est presque minuit. M. Fabius est déjà parti. L'émission vient de se terminer et M. Sarkozy se dit "enchanté". "Il s'est livré sans détour et c'est ce qu'il fallait faire", dit M. Guaino. "Je me suis senti très à l'aise car c'est vraiment une très bonne émission", confirme M. Sarkozy en s'adressant aux journalistes qui viennent de le passer sur le grill pendant près de trois heures. "J'attendais ce genre de débat depuis cinq ans car il y a une réelle liberté pour dire les choses", poursuit-il. Et lorsqu'on lui demande ce qu'il a pensé de son débat avec M. Fabius, il répond en affichant d'abord un sourire silencieux. Puis, il dit : "Je crois qu'il a accusé le coup lorsque je lui ai rappelé qu'il avait traité Hollande de 'fraise des bois'."

La viande halal, jusqu'à la nausée


La présidentielle ? Une boucherie où l'on s'étripe sur des sujets fantasmatiques. Une boucherie pour les idées, réduites en charpie, à un mot : halal. Oui, cette viande qu'on mange - ou pas -, et ne se caractérise même pas par un goût, a contaminé la campagne avant, nous disent les prophètes de malheur, de contaminer nos assiettes et nos enfants. Les abattages rituels menaceraient la France d'une déferlante communautariste. Allez expliquer cela aux sidérurgistes de Florange ou dans les fermes de l'Aubrac. À moins de 50 jours du choix- celui d'un président, non d'un imam -, la campagne nous sert l'une de ces polémiques recyclées qui consiste à semer la discorde, à stigmatiser les musulmans, désormais les juifs, à opposer les Français, à les faire s'écharper sur l'accessoire pour ne pas avoir à parler de l'essentiel (comment sortir de l'ornière de la crise ?). La faute à qui ? À Le Pen qui a allumé la mèche du mensonge et à ceux qui propagent l'incendie sur le thème de l'islamisation de la France : Guéant qui associe droit de vote des étrangers et coutume alimentaire ; Sarkozy qui, après une volte-face, propose d'étiqueter la viande en fonction de la méthode d'abattage ; Fillon qui se prend les pieds dans le tapis de la mosquée. Cette affaire est ridicule. Elle a juste pour effet d'attiser la colère de deux religions qui se sentent victimes d'une manipulation. Le malaise est général. Avec une viande dont le système de distribution demande en effet plus de transparence, on a hystérisé la campagne pour nous expliquer maintenant qu'elle laisse les Français sur leur faim. Ah bon !

Fêlures 


Dans les rangs de l’UMP, la déprime est proscrite («Je suis ainsi fait, je ne renonce jamais!», disait hier encore Nicolas Sarkozy), mais l’inquiétude pointe après trois semaines de candidature au grand jour.

C’est pour faire reculer les doutes de son propre camp que, face aux journalistes de France 2, Nicolas Sarkozy a hier soir largement joué sur la corde sensible, en rendant hommage à sa famille, en admettant son émotivité, en cherchant à faire apparaître l’homme derrière la fonction présidentielle, en n’esquivant pas les questions sur sa vie privée, en regrettant d’avoir trop vite poussé l’un de ses fils à une fonction politique en vue. Une dialectique qui avait mission de renouer le lien avec le pays. Comme il y a cinq ans, afin d’opposer sa sincérité aux attaques dont il est l’objet.

Mais si la volonté d’en découdre reste intacte, la force de conviction qui a fait des miracles en 2007 s’est émoussée. Le président sortant est souvent sur la défensive. Il est amené à se justifier de beaucoup de choses, ce qui transforme la défense de son bilan en plaidoyer pro domo et le place en position de victime là où il donnait l’habitude de partir à l’attaque, flamberge au vent. 

Parce que sa campagne patine, Nicolas Sarkozy semble à contre-emploi. Son message se brouille quand, à trois minutes d’intervalle, il défend « la générosité de la France » tout en esquissant l’idée d’un référendum sur les conditions juridiques de l’accueil des étrangers et en postulant que soit divisé par deux le nombre des étrangers accueillis en France. 

Le risque est que les propositions multipliées en tous sens (sur l’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives, l’imposition des grosses sociétés, le salaire des enseignants, une initiative de paix au Proche-Orient, etc.) apparaissent plus comme une salve de barrage que comme un programme cohérent.

Le compte est bon 


Peut-on télécharger l’application du jeu Des chiffres et des Lettres sur l’ipad troisième version ? Avec sa musique de western, le couple inséparable consonne-voyelle et Bertrand, l’homme qui cache une calculette sous sa moustache, l’émission culte et kitsch de la télévision française est la seule à avoir traversé autant d’époques depuis la France de Pompidou et la télé à deux chaînes.
Quarante ans après Armand Jammot, on a perdu Max Favalelli et les jeunes filles qui faisaient tourner les chiffres entre deux maternités ont été remplacées par des ordinateurs (peut-être des Mac). Mais on n’a « pas mieux » que vocabulaire et calcul mental pour résister au zapping. Chez Apple, la méthode est inverse : une génération ça dure un an. La tablette du jour est toujours plus jolie, plus performante que la précédente nous persuade le marketing. Ça marche : le compte d’exploitation est bon depuis 30 ans quand Steve Jobs créa le Macintosh 128D à disquette. Le génie d’Armand Jammot et de Steve Jobs, c’est chacun dans leur univers, pour leur public, d’avoir trouvé une idée simple, un objet qui séduit, divertit, culturellement et naturellement à sa place dans le salon familial. Un rêve de prétendant à l’Elysée qui doit penser qu’avec les voix des amateurs des chiffres et des Lettres et celles des acheteurs de Mac, le compte sera bon.

Présidentielle : Sarkozy, quel puncheur !

Nicolas Sarkozy, le "président-candidat" a été mardi soir l’invité, en direct sur France 2 et jusqu’à 23h 50, de l’émission "Des paroles et des actes". Un temps fort: son duel avec Laurent Fabius.

Que l’on  apprécie ou pas Nicolas Sarkozy, il est impossible à qui aura suivi mardi soir sa prestation de bout en bout de ne pas saluer son extraordinaire pugnacité et, bien souvent, sa forme de talent.  Mal placé dans les sondages, présenté par beaucoup comme d’ores et déjà battu, lourd d’un bilan que la crise a aggravé et cible en même temps depuis 2007  -du Fouquet’s au yacht de Bolloré- d’attaques personnelles récurrentes d’une extraordinaire violence, le candidat Sarkozy  -avec lequel tous les intervenants (ou presque) de France 2 semblaient avoir mardi soir une sorte de rapport quasi passionnel (négatif ou positif)- a « dégagé », comme  on dit, une impression à la fois de vitalité et de combativité. Est-ce cela changera les données du combat électoral ? Ca, c’est un tout autre chose. On verra.

"Vous êtes un Tartuffe", lance Sarkozy à Fabius

Celui qui a fait les frais de cette pugnacité, C’est Laurent Fabius qui, après sa tiède prestation, aura  vu s’éloigner (si elles existaient) ses chances d’accéder à Matignon si François Hollande est  élu président de la République.  Déstabilisé par le rappel (pourtant prévisible) de toutes les attaques qu’il avait lancées contre Hollande (qu’il surnommait « frais des bois ») avant de rallier son  panache quand il a été décrété vainqueur des primaires PS, Fabius –aimablement qualifié de « Tartuffe »-  a souvent boxé dans le vide et, comme on dit dans ce sport, n’a jamais trouvé la bonne distance. Il aura entendu Sarkozy dire de Hollande (en tentant, un peu laborieusement,  de se faire l’avocat de ce dernier) que « c’est quelqu’un qui ne sait pas dire non, qui ne sait pas trancher, qui a tendance à toujours dire oui  au dernier à qui il s’adresse  et pour qui le monde extérieur n’existe pas ». « Si vous étiez réélu », a pourtant lancé par deux fois Fabius.

"Mon fils à la tête de l’Epad, oui, c’était une erreur"

Répétant qu’en 2016 « les comptes de la France  seront en équilibre et que la France aura alors retrouvé la maitrise de son destin », Nicolas Sarkozy –parfois  agressif avec les journalistes- a entendu l’un d’eux regretter, de façon surprenante, que la « magie de 2007 » (sic) ne soit pas cette année au rendez-vous. S’affichant « au centre », le « président-candidat »  s’est scandalisé qu’on puisse parler à son propos de dérive extrême-droitière. Il a annoncé un impôt sur les bénéfices globaux des grands groupes du CAC 40. Il a confirmé un durcissement de sa politique d’immigration. Il a redit que les 35 heures avaient été, à ses yeux, « une catastrophe ». Il a confirmé » qu’il y aurait une réduction du nombre des députés,  et que serait instillé dans le scrutin législatif une dose de proportionnelle (« pour 10 à 15% des futurs élus »). Il est revenu sur la soirée du Fouquet’s et sur les 3 jours passés ensuite sur le yacht de Bolloré en suggérant que l’éclatement de son couple (qui a débouché sur un divorce) expliquait sinon tout, en tout cas beaucoup, tant il souffrait à l’époque. Et quand il a voulu mettre son fils à la tête de l’Epad, oui, c’était une « erreur », il en convient. Enfin il confié que, s’il était élu, son premier  déplacement, le soir même, serait pour Angela Merkel !

"Quand on m’insulte,  j’aime pas bien ça…"

Nicolas Sarkozy –plus Sarkozy que jamais et décidé cette fois à défendre son bilan (spécialement sa réforme des retraites)- n’aura pas convaincu loin s’en faut, tout le monde. Mais peut-être reconquis une partie des siens en proclamant qu’il « enrageait » de voir son pays « corseté  par  tant d’immobilismes », et en laissant entendre que, s’il a parfois tant de difficultés, ce serait parce qu’il n’appartient  pas « au monde des élites » » et n’en respecte donc pas leurs « codes ». Interrogé sur ses accès de... spontanéité violente au début de son quinquennat  (« Casse toi, pauvre con », par exemple, au Salon de l’Agriculture), Nicolas Sarkozy a regretté sa réplique, laissé entendre qu’il n’avait pas encore, à l’époque, pris l’entière mesure de sa fonction mais, se reprenant, il a eu aussi ces mots, très significatifs : « Je vais vous dire. Quand  on m’insulte, j’aime pas bien  ça. Mais, c’est vrai, je n’aurais pas du faire cela… ».

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Immigration et fiscalité : Les annonces de Sarkozy

Invité de l'émission "Des paroles et des actes", Nicolas Sarkozy a fait de nouvelles propositions mardi soir, notamment sur le thème de l'immigration ou en matière de fiscalité.

FISCALITÉ

Nicolas Sarkozy a annoncé que s'il était réélu il créerait un « impôt sur les bénéfices minimum pour les grands groupes » du CAC 40, dont il attend « 2 à 3 milliards d'euros de recettes » annuelles. Car « j'ai découvert quelque chose de pas normal », à savoir qu'ils « maximisent les avantages fiscaux » et « qu'une partie d'entre eux ne paient pas du tout d'impôt ». Citant le groupe pétrolier Total, Nicolas Sarkozy a souligné qu'une « entreprise localisée en France doit payer un impôt sur les bénéfices minimum ».

IMMIGRATION

Nicolas Sarkozy, qui a estimé qu'il y avait trop d'étrangers en France et que le système de protection sociale risquait « l'embolie », a annoncé qu'il souhaitait diviser par deux le nombre d'immigrés accueillis chaque année en France: « sur le quinquennat, je considère que pour relancer dans de bonnes conditions l'intégration, il faut diviser par deux le nombre de gens que nous accueillons, c'est-à-dire passer de 180.000 autour de 100.000 ».
Il veut aussi soumettre l'attribution à des étrangers du Revenu de solidarité active et du minimum vieillesse à certaines conditions: il faudra désormais avoir 10 ans en France et travaillé 5 ans. Actuellement, les étrangers résidant régulièrement en France ont droit aux mêmes droits sociaux que les Français. « Le RSA il y a 165.000 étrangers qui en bénéficient, et pour le minimum vieillesse 20.000 étrangers qui en bénéficient. Nous allons mettre pour les deux des conditions de présence sur le territoire et d'activité », a-t-il expliqué.

RSA

« Les efforts d'insertion » des bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA) seront « évalués tous les dix-huit mois ». Sarkozy a confirmé la généralisation des contrats de sept heures d'intérêt général pour les bénéficiaires du RSA qui n'ont aucune activité.

INSTITUTIONS

Une « dose de proportionnelle » sera introduite aux élections législatives et concernera « 10 à 15% des sièges ».
Par ailleurs, « si je suis réélu, je proposerai qu'au lieu d'un parrainage par les maires (des candidats à la présidentielle, NDLR) il y ait un parrainage par des citoyens français », par exemple par « 3% des électeurs inscrits »

INTERNATIONAL

Nicolas Sarkozy a promis de se rendre en Israël et chez les Palestiniens quelques jours après sa victoire, s'il est réélu, et de prendre une "initiative" de la France et de "toute l'Europe" pour faire de 2012 "l'année de la paix au Proche-orient.
Il a dit qu'il irait le soir même de sa réélection en Allemagne.