Monsieur le Président, vous avez été élu parce que vous avez inspiré confiance aux Français en leur disant que vous alliez vous occuper d'eux, de leur pouvoir d'achat, de leur rémunération, de leur liberté, bref, un discours d'efficacité pragmatique.
Vous avez su démontrer vos qualités lors de la crise financière, avec une attitude de haut vol, et vous admettez que, seule désormais, la croissance est l'objectif que la France doit poursuivre, pour s'en sortir honorablement.
On évoque souvent qu'il manque, en France, un tissu industriel de grosses PME, comme on peut le trouver en Allemagne. Et moi qui ai vécu vingt-cinq ans en Allemagne, je peux vous dire que cela ne se passe pas comme en France. Je vais vous exprimer ci-après les principaux freins que le patron de PME à vocation généraliste que je suis rencontre…
Savez-vous, Monsieur le Président, qu'il est quasiment impossible à une PME de décrocher un contrat auprès d'une administration ou d'une grande entreprise, voire même de concourir à un appel d'offres (une PME n'a pas les moyens de se payer les spécialistes du sujet). De la même manière, il est quasiment impossible d'affronter les services achats des grandes structures qui éliminent d'emblée les entreprises qui n'ont pas une certaine taille ou qui ne sont pas connues sur la place. Un référencement est donc vraiment très difficile à obtenir pour une société comme la nôtre, alors même que nos prestations sont porteuses d'une très forte valeur ajoutée.
Savez-vous combien il est compliqué d'obtenir une autorisation de découvert avec une banque ? Savez-vous ce qu'implique la gestion d'une PME de notre taille (70 à 90 personnes) quant au rapport avec les enquêtes de tous ordres, les cotations de la Banque de France, les déclarations, les délais de paiement de l'impôt, les innombrables paperasses à remplir à la moindre occasion, les contraintes liées aux handicapés.
Savez-vous que recruter un collaborateur à travers une offre d'emploi via l'Apec ou Pôle Emploi relève d'un véritable parcours du combattant, et, en plus, d'un parcours du combattant surréaliste vu les pratiques imposées et le fonctionnement de ces organismes qui ne répondent jamais au téléphone, ne sont jamais à leur poste, ne rappellent jamais quand on leur laisse un message, ne veulent pas passer des annonces qui n'entrent pas dans leur grille de critères préétablis sans grand rapport avec la demande… et qui exercent un ostracisme incroyable par rapport à un minimum de bon sens.
Savez-vous, Monsieur le Président, qu'aucune règle ne régit les investissements de formation qui sont faits sur des seniors ou des jeunes recrues, avec qualification ou pas, pour les voir, au bout de quelques semaines, quitter l'entreprise, sans contrepartie aucune et, mieux, pour retrouver une nouvelle fois leur droit au chômage et le doux statut d'allocataire, le plus souvent sans effectuer de préavis grâce à l'indulgence et la complicité du corps médical qui privilégie le clientélisme.
Enfin, Monsieur le Président, où avez-vous vu en France une représentation des PME, c'est-à-dire un patron réaliste, réellement préoccupé par les problèmes des petites et moyennes entreprises ? Un vrai patron qui ne s'occuperait pas, comme Mme Parisot, exclusivement du CAC 40, tout en prétendant le contraire, de façon opportuniste…
Savez-vous, Monsieur le Président, que le système d'heures supplémentaires que vous avez créé n'a pas du tout eu les conséquences qui ont été annoncées car, malheureusement, ces mesures ont été plus soucieuses de l'impact médiatique que de leur efficacité réelle.
Savez-vous, Monsieur le Président, qu'en qualité de patron d'une PME qui marche mais ne croît pas (ce qui est bien dommage puisqu'elle existe depuis vingt-cinq ans), j'ai écrit sur des aspects opérationnels réels, à pratiquement tous les responsables des domaines que je vous ai cités : Jean-François Copé, Xavier Bertrand, Christian Charpy, François Fillon, Brice Hortefeux, Christine Lagarde, Eric Woerth, et en désespoir de cause, à vous-même ; Monsieur le Président le seul qui m'ait répondu est Jean-François Copé quand il était à Bercy.
Comment voulez-vous alors, Monsieur le Président, dans de telles conditions, que les PME en France atteignent la taille et les caractéristiques des PME allemandes ? Il faut vraiment que vous vous occupiez de ce problème puisque, de notoriété publique, la croissance de la France est directement liée à la croissance de ses PME, seule solution pour éviter le pire !
MARIE-THÉRÈSE BERTINI EST PDG DE LA SSII MTB.
mardi 27 juillet 2010
Lettre ouverte au président de la République
Le terrorisme islamiste au cœur de l'agenda des pays africains
Simple coïncidence de l'actualité ou symptôme d'une "islamisation" du continent africain ? Au moment même où était annoncée, dimanche 25 juillet, l'exécution de l'otage français Michel Germaneau enlevé le 19 avril au Niger par "Al-Qaida au Maghreb islamique" (AQMI), une trentaine de chefs d'Etat de l'Union africaine (UA) étaient réunis à Kampala (Ouganda) pour préparer la riposte après les attentats revendiqués par les Shabab, des islamistes agissant en Somalie qui, le 11 juillet, ont causé la mort de 76 personnes dans la capitale ougandaise.
Le sommet de Kampala, prévu de longue date, devait être consacrée à la lutte contre un autre fléau africain, la mortalité maternelle et infantile. Mais son ordre du jour a été bouleversé. "Ces terroristes peuvent et doivent être vaincus, a lancé dimanche le président ougandais, Yoweri Museveni. Agissons de concert pour les chasser d'Afrique. Qu'ils repartent en Asie ou au Moyen-Orient d'où certains viennent d'après ce que je comprends".
Les chefs d'Etat africains, dont la réunion doit s'achever mardi, devraient décider de renforcer l'Amisom, la Force de l'UA déployée en Somalie, contre les Shabab, qui contrôlent presque la totalité de ce pays dépourvu d'Etat depuis près de vingt ans. Les 6 000 soldats ougandais et burundais déjà présents dans la capitale, Mogadiscio, devraient recevoir 2 000 hommes en renfort. Un nouveau mandat leur permettant de passer à l'offensive devrait leur être donné. Les Occidentaux devraient fournir des hélicoptères et l'Afrique du Sud un appui naval pour assurer un blocus du port de Kismayo qui, contrôlé par les islamistes, est la principale entrée pour les armes et les munitions.
L'UA CONDAMNE L'ASSASSINAT DE MICHEL GERMANEAU
Alors que les auteurs des attentats de Kampala revendiquaient le départ des troupes africaines de Somalie, leurs actes vont produire l'effet inverse. Mais la stratégie militaire suivie par l'UA avec le soutien américain et français, consistant à défendre le "gouvernement fédéral de transition" somalien fragile et corrompu, retranché dans quelques quartiers de Mogadiscio, est critiquée. Chacun a en mémoire la façon tragique dont l'armée américaine s'est cassé les dents en Somalie en 1993. Si les soldats de l'Amisom utilisent leurs nouveaux moyens de façon indiscriminée, "ils risquent de faire le jeu des Shabab" en faisant de nombreuses victimes civiles, estime Ernst Jan Hogendoorn, expert de l'International Crisis Group, une ONG spécialisée dans la prévention des conflits cité par l'AFP.
Focalisé sur la contagion islamiste en Afrique de l'Est, le sommet de Kampala ne s'est guère mobilisé sur la situation dans la zone sahélo-saharienne où a été tué l'otage français. Sa condamnation de cette exécution a été néanmoins "très énergique" : "Rien ne peut justifier l'exécution d'un otage, et certainement pas le refus de payer une rançon ni une opération légitime qu'un pays de la région peut conduire avec ses propres moyens et l'assistance d'une tierce partie", a déclaré, lundi, Ramtane Lamamra, commissaire à la paix et à la sécurité de l'UA. "Al-Qaida a montré le peu de respect [qu'il avait] pour la vie humaine (...). Ceci est une démonstration supplémentaire de ce comportement tout à fait barbare et inacceptable".
Les responsables africains présentent les combattants islamistes comme des étrangers à leur continent, venus notamment d'Afghanistan et du Pakistan. "Ces groupes ne partagent pas les valeurs de solidarité et de partage de l'Afrique", affirme ainsi Boubacar Diarra, représentant spécial en Somalie de Jean Ping, président de la Commission de l'UA, interrogé sur RFI. Pourtant, il est avéré que des Algériens figurent parmi les responsables de l'AQMI, appellation adoptée en 2007 par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien. Le rôle de certains chefs touareg dans l'enlèvement et la "revente" des otages aux islamistes est tout aussi connu.
D'autres réalités attestent d'une certaine porosité à l'islamisme de certaines sociétés africaines. En juillet 2009, la secte islamiste Boko Haram se réclamant des talibans afghans a tenté d'instaurer un Etat islamiste dans le nord du Nigeria. La répression de ce soulèvement a causé la mort de 800 personnes. Quant au président malien, Amadou Toumani Touré, il a dû suspendre l'examen de la réforme du code de la famille qu'il souhaitait engager afin d'assurer une meilleure égalité entre hommes et femmes, après les manifestations inédites organisées, durant l'été 2009 par des responsables musulmans contre ce projet "inspiré par l'occident".
lundi 26 juillet 2010
L'Allemagne est sous le choc. Mais déjà, au-delà des interrogations et des incompréhensions, pointe la polémique. Car, sur le papier, et en toute technocratie, l'organisation de la Love Parade paraissait sans faille. Les masses étaient canalisées dès leur arrivée en ville, l'autoroute urbaine avait été barrée pour permettre aux secours et aux forces de l'ordre de se déployer.
Certes, il y a ce tunnel, véritable goulet d'étranglement pour entrer ou sortir et surplombé par une rampe à forte pente (ou à forte déclivité, selon le sens) interdite par une simple barrière que beaucoup ont franchie. C'est à cet emplacement que le drame s'est produit. Les responsables de la sécurité s'imaginaient-ils avoir affaire à une foule disciplinée respectant les « Verboten » pour se rendre à une fête patronale ou la quitter ? Apparemment, il y a eu méconnaissance du facteur humain, méconnaissance des mouvements de masse dans une ambiance festive et, selon plusieurs témoignages, sous l'emprise de l'alcool et de la drogue chez de nombreux « raveurs ».
Policiers et pompiers accusent à mi mots. Ils avaient émis de sérieuses réserves et proposé des améliorations au plan de sécurité. Des avis dont la municipalité n'aurait pas tenu compte. Pourquoi ? « En raison de pressions économiques », laisse entendre un syndicat. Fortement endettée, la ville de Duisbourg qui connaît aussi un fort taux de chômage, se serait laissée infléchir par les organisateurs et les sponsors commerciaux. Et puis, dans cette mégalopole qu'est la Ruhr où les capitales industrielles se touchent et se concurrencent, chaque agglomération cherche à promouvoir son image. Interdire la Love Parade aurait été ringard.
Depuis des semaines aussi, la presse locale et les blogs sur Internet avaient attiré l'attention sur le danger potentiel représenté par le tunnel et par le terrain inadapté de l'ancienne gare de marchandises. En vain.
Reste à tirer les conclusions de ce drame. La justice s'en chargera. Mais il est déjà évident qu'il n'y aura plus de Love Parade et plus de manifestations de ce genre agglutinant un million et plus de personnes. En Allemagne, du moins. La vie humaine ne se remplace pas comme le mobilier urbain dégradé et ne se régénère pas comme les espaces verts saccagés : les dégâts habituels de ces fêtes techno. Jusqu'au drame de Duisbourg...
L’île d’Arros a-t-elle un propriétaire ? C’est la question du jour du feuilleton de l’été, le feuilleton Bettencourt. Les policiers s’arrachent les cheveux et multiplient les perquisitions jusque dans les hôpitaux pour percer le mystère : à qui donc peut bien être ce banc de sable paradisiaque des Seychelles ? Cette île du bout du monde a des airs de patate chaude. Les uns après les autres, les propriétaires supposés se défendent du moindre droit sur ce caillou de luxe estimé à 500 millions. À croire qu’Arros ne fut jamais une île de la tentation... Ou alors Robinson Crusoé ne suscite plus les vocations.
Brel, lui, revendiquait son île, une “île au large de l’espoir”. Mais c’était Brel...
Ainsi va donc l’affaire Bettencourt. Avec sa déclinaison Banier-Bettencourt et sa variante Woerth-Bettencourt. Un vrai roman de plage, à mettre sur le sable tous les libraires du littoral. Avec ses personnages typés, la milliardaire, l’artiste dandy, la fille héritière, le ministre-trésorier, la femme du ministre, les chevaux de la femme du ministre et le petit personnel. Ah le petit personnel, une saga à lui seul. Un majordome qui donne dans l’enregistrement clandestin et une comptable aux carnets secrets. Au prochain numéro, les mémoires du jardinier ou la vidéo du valet de chambre ne surprendront personne.
Ce qui serait surprenant en revanche serait que tout ce beau monde parte ensemble en vacances. Sur une île par exemple...
Son sacrifice n'aura pas été vain. Les libérations successives de prisonniers politiques à Cuba, depuis dix jours, doivent beaucoup à Orlando Zapata Tamayo. Ce militant des droits de l'homme est mort en prison, le 23 février, à 42 ans, épuisé par sept ans de détention dans des conditions indignes et par une grève de la faim qu'il aura menée jusqu'au bout. Dans l'indifférence générale de ses geôliers.
Cinq mois plus tard, les remises en liberté des détenus de conscience se succèdent. Elles sont le fruit d'un accord passé entre le régime de Raul Castro, l'Église catholique cubaine, très active derrière le cardinal Ortega, et le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos. Cet accord prévoit la libération de cinquante-deux prisonniers politiques d'ici à octobre. Tous appartiennent à un groupe de soixante-quinze militants emprisonnés depuis 2003. Le régime, sous la contrainte des événements et les pressions internationales, lâche enfin du lest.
Le contexte, il est vrai, ne lui donne qu'une très étroite marge de manoeuvre. La crise économique est aussi sévère que celle de la « période spéciale » qui suivit l'effondrement du soutien soviétique, au début des années 1990. Les cours du nickel, premier produit d'exportation, ont chuté. La production de riz et de sucre a pâti de la sécheresse et des ouragans. Le tourisme a baissé. Les devises des émigrés de Floride sont plus rares. La crise est en fait plus redoutable qu'un embargo.
En outre, la colère rentrée d'une frange importante de la population s'exprime de plus en plus ouvertement depuis quelques mois. Les maigres libéralités instaurées par Raul Castro, depuis qu'il a succédé à son frère, Fidel, en 2006, ont ouvert, par Internet et les lignes téléphoniques internationales, de nouveaux espaces d'échange. Le mouvement des « Dames en blanc », épouses ou mères des détenus politiques, a pris de plus en plus de force.
Si l'on ajoute à cela la vigueur des réactions internationales (américaine, européenne et même, plus inhabituelle, du Mexique) à la mort d'Orlando Zapata Tamayo, on mesure l'isolement du pouvoir castriste. Les libérations actuellement en cours sont une façon de desserrer l'étau que peut constituer la conjonction d'une pression internationale et d'une vague d'opposition interne.
Depuis l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro, en 1959, des tonnes d'articles et de livres ont prédit la chute prochaine du régime castriste. En vain. Chaque fois, la silhouette imposante et le verbe intarissable de Fidel se sont dressés contre l'ennemi. Résistant à l'embargo américain, à la CIA, aux réseaux cubains de Floride, à l'exode des jeunes boat people cubains et même à l'effondrement de l'URSS. Au prix, chaque fois, d'un durcissement de la dictature. Et au nom, toujours, de la Revolucion. Survivra-t-il à la crise en cours ?
Tout le monde a remarqué, en tout cas, l'incroyable retour sur la scène cubaine du Lider Massimo. À cinq reprises, Fidel Castro est apparu en public tel qu'on ne l'avait jamais vu depuis sa sérieuse opération chirurgicale en 2006. Comme un totem moribond, dont le charisme peut encore avoir une fonction politique. Il aurait probablement géré différemment la crise des dissidents, dit-on à La Havane. En évitant, par exemple, la mort d'un dissident, pour ne pas structurer l'opposition, ne pas créer une relève pour la suite. Une relève! Le plus bel hommage que l'avenir pourrait réserver à Orlando Zapata Tamayo.
dimanche 25 juillet 2010
"L'image du jeune fait peur aux adultes"
Les ados boivent-ils trop ? Fument-ils trop ? Se droguent-ils plus qu'avant ? Sont-ils plus violents ? Se sentent-ils mal dans leur peau ?… Combien de fois Marie Choquet a-t-elle été sollicitée pour répondre à ces questions qui ont envahi le champ médiatique ? Elle ne les compte plus.
Psychologue, épidémiologiste et directrice
de recherche à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), elle scrute, depuis 1969, les comportements à risque des adolescents. A 65 ans, après quarante ans de carrière, cette spécialiste du monde des ados prend sa retraite. L'occasion de faire le point sur des décennies de recherche.
Pour Le Monde Magazine, Marie Choquet a accepté de revenir sur tous ses sujets d'études. Les jeunes d'aujourd'hui sont-ils si différents de ceux des générations précédentes ? Qu'a-t-elle appris au fil des décennies sur cette population qui semble susciter de plus en plus d'inquiétude de la part des adultes ? La spécialiste remet les pendules à l'heure et prône la dédramatisation.
De quand datent les premières études sur les comportements à risque des adolescents ?
Après 1968, le ministère de la santé a demandé un état des lieux de la consommation de drogues. Mais à l'époque, on ne pouvait pas poser de questions sur la drogue illicite. L'idée selon laquelle en parler risquait de susciter le comportement était assez forte ! Donc, on a posé des questions sur l'alcool et le tabac et sur la "connaissance" des drogues. On a mis en évidence qu'il existait un lien entre cette "connaissance" et la consommation d'alcool et de tabac.
A l'époque, les données montraient que ces consommations étaient beaucoup plus fréquentes chez les garçons que chez les filles. Petit à petit, d'autres troubles ont été inclus dans les enquêtes (la dépression, la tentative de suicide…) et les différents modes d'expression des garçons et des filles étudiés. Nos premières enquêtes sur la consommation de drogues illicites datent de 1983, mais elles étaient locales ou régionales.
La première étude nationale (avec un échantillon représentatif de 12 000 jeunes âgés de 11 à 19 ans) date seulement de 1993. Elle portait sur la consommation de tabac, d'alcool et de drogue, mais aussi sur la tentative de suicide, la dépression, la violence, les troubles de conduites alimentaires. Elle donnait une photographie de l'adolescent ordinaire. Puis nos études se sont intégrées dans un dispositif européen, l'enquête Espad (European Survey Project on Alcohol and Other Drugs), réalisée tous les quatre ans.
On a donc peu de recul sur les comportements à risque des adolescents…
Effectivement. Les études épidémiologiques sont relativement récentes en France et, dans les années 1960, personne ne s'intéressait vraiment aux adolescents. Puis une psychiatrie de l'adolescent s'est développée. Peu à peu, cette période de la vie a été prise en compte comme une période durant laquelle des troubles pouvaient apparaître ; il fallait comprendre de quels troubles il s'agissait et ce qui était grave ou pas.
En quarante ans de carrière, qu'avez-vous appris sur les adolescents ?
Il faut comprendre qu'à une époque on ne les étudiait pas, on ne les voyait pas, alors que maintenant on les observe à la loupe. De ce fait, on perçoit des problèmes qu'on ne percevait pas auparavant. Avec comme conséquence le sentiment qu'ils sont nouveaux et que tout s'aggrave.
Je reste persuadée, au regard des données disponibles, que si des comportements comme la consommation de cannabis et la tentative de suicide ont certes augmenté, d'autres ont diminué (comme le tabagisme ou la consommation régulière d'alcool). On ne peut pas dire que tout va plus mal et que la jeunesse est de pire en pire. Seulement voilà, on met seulement l'accent sur ce qui s'aggrave…
La question de la violence est un exemple intéressant. On ne dispose de données que depuis 1993. Mais la question a été ignorée jusqu'aux années 2000 et maintenant on ne parle plus que de ça. C'est déconcertant. Regardons du côté des violences sexuelles subies. En 1993, on avait mis en évidence le fait que 1 % des jeunes avaient subi un viol. C'était considéré comme impossible, trop élevé… Or, depuis, on a "découvert" cette réalité, et on a l'impression qu'il s'agit d'un phénomène nouveau…
Des choses ont néanmoins changé. Il y a une précocité dans certains types de comportements, pour la simple raison que tout est de plus en plus précoce. Est-ce signe que notre jeunesse va plus mal ? Non. Cela dépend de ce que l'on considère. Si l'on prend le cannabis, oui. Sa consommation a augmenté dans les années 1990 – on a laissé cela s'installer, car durant ces années-là aucune action spécifique n'a été menée – mais on est plutôt aujourd'hui dans une phase de plateau, voire de diminution.
Néanmoins, il ne faut pas oublier que l'offre est quasiment sans limites et que la majorité des jeunes savent où s'en procurer. Pourquoi voulez-vous, dans ce contexte, qu'il y ait une diminution de la demande ? Actuellement, la mode est moins au tabac, dont la consommation baisse, qu'à l'alcool et au cannabis.
Ce qui me choque le plus, c'est que l'on a construit une image du jeune qui fait peur aux adultes. Il y a une vraie dévalorisation des adolescents, ainsi que de leurs parents.
Cette précocité ne contribue-t-elle pas à susciter l'inquiétude ?
Si, d'autant que la précocité est en soi un facteur de risque. On a voulu que nos jeunes soient très vite conscients de tout, très vite responsables et autonomes. Or on a oublié de les accompagner davantage entre 12 et 18 ans, car le monde dans lequel ils vont vivre est de plus en plus complexe.
Il faut donc renforcer davantage la protection. Par exemple, il est inconscient de laisser un appartement avec bar grand ouvert pour une fête ou un anniversaire à 14 ans. On pousse ainsi à la précocité et on oublie qu'elle va de pair avec le risque. L'âge du risque, c'est le collège. Parler du collège uniquement à travers l'"acquisition des connaissances", c'est totalement déconnecté de la réalité. Quand un collégien va mal, sa scolarité est fichue, et souvent il n'y a pas de deuxième chance.
Y a-t-il une utilisation politique de ces représentations pessimistes sur la jeunesse ?
Evidemment. Et ce sont les jeunes qui en font les frais. Par exemple, on s'inquiète des jeux dangereux. Est-ce fréquent ? On comptabilise 13 décès sur un an. Ce sont toujours treize décès de trop, évidemment, mais peut-on pour autant parler d'un phénomène national ? Pendant ce temps, 500 jeunes se suicident chaque année, et de cela on parle peu. Il existe un décalage important entre ce dont on parle – et qui accuse toujours les adolescents – et la vraie vie.
Avez-vous le sentiment qu'en quarante ans l'incompréhension entre les générations s'est aggravée ?
Entre ce que nous dit la télé et la situation dans les familles, il existe un gouffre. Dans bon nombre d'entre elles, cela se passe plutôt bien. Les parents communiquent plus avec les enfants, s'en occupent mieux, partagent davantage d'activités avec eux, mais ce travail au quotidien n'est pas reconnu. Dès qu'il y a un problème, les parents sont mis en accusation, on les traite de démissionnaires.
Reste que certains d'entre eux vivent des situations difficiles et qu'on ne porte pas un regard compréhensif sur eux. Les femmes aujourd'hui travaillent, ont des enfants et s'occupent souvent en plus de leurs propres parents… On cherche le bouc émissaire des problèmes de la société, on a trouvé les jeunes et leurs parents, et on n'en démord pas.
N'est-ce pas inhérent à la jeunesse de tester les interdits ?
C'est inhérent à l'être humain. Les plus gros consommateurs d'alcool et de tabac, ce sont les adultes ! Il faut arrêter de croire que ce sont uniquement les jeunes.
Mais désormais l'accès aux drogues est devenu très facile…
Oui mais ce n'est pas pour cela qu'ils en consomment tous. Tous les produits sont actuellement disponibles pour celui qui les veut et qui est prêt à payer. L'offre de tout est totale. Et l'on n'a pas vraiment préservé les jeunes de cette nouvelle donne.
Il y a quand même les discours de prévention…
Est-ce en informant sur les dangers que l'on va prévenir les comportements ? Toutes les études prouvent que la réponse est non. La question est de savoir comment diminuer l'envie, faire en sorte que les jeunes soient mieux dans leur peau et qu'ils n'aient pas besoin de fumer, de boire ou de se droguer pour être bien. Mais les adultes montrent tout à fait le contraire ! Alors pourquoi les jeunes seraient-ils une exception par rapport à la société ?
En 1990, une étude sur le stress scolaire devait être menée dans les classes prépas. Elle n'a jamais été réalisée. Pourquoi ?
Nous n'avons jamais eu ni l'argent ni l'adhésion des grandes écoles pour le faire. Un grand tabou demeure encore, celui de réaliser des études sur les enfants des milieux favorisés. Autant étudier les pauvres ou les élèves de ZEP dans tous les sens ne pose de problème à personne, autant il est difficile de faire des enquêtes auprès des élèves des grandes écoles ou des prépas. Autre tabou, la question du stress scolaire, qui est plus fréquent dans l'enseignement général que professionnel. Il existe un lien important entre stress à l'école et dépression.
En quarante ans, comment ont évolué les différences de comportement entre les filles et les garçons ?
Les filles ont adopté certains comportements qui étaient auparavant typiquement masculins (tabac, alcool, etc.) alors que l'inverse n'est pas vrai. Les tentatives de suicide, les dépressions, les troubles alimentaires restent plus que jamais des problèmes féminins. Les filles sont plus dans le mal-être corporel, les inquiétudes, l'angoisse, mais on parle beaucoup moins de ces troubles-là. Elles se font du mal à elles-mêmes, les garçons à autrui ou aux règles établies.
Politiquement et médiatiquement, en fait-on trop sur la violence scolaire ?
Prenez les bagarres en milieu scolaire. Déjà, il y a trente ans, ça se bagarrait pas mal entre garçons. La violence faisait partie du quotidien et on essayait de la gérer. Aujourd'hui, toute violence est devenue intolérable, le "risque zéro" est passé par là… On a perdu un peu de bon sens entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas.
On a aussi renoncé à éduquer sur ce sujet. Le seul outil, c'est la répression. Désormais, on parle beaucoup de la violence, mais on fait peu pour la prévenir, sauf à mettre des caméras de surveillance. Or, on ne travaille pas sur la racine de la violence avec des caméras.
A propos des addictions, comment distinguer les jeunes qui vont mal de ceux qui consomment dans des occasions festives ?
Malheureusement, on ne fait pas du tout la différence. Sur la consommation d'alcool, par exemple, on a complètement perdu la mesure. Entre consommer un peu, consommer beaucoup, consommer pour s'enivrer occasionnellement ou tout le temps, on ne fait plus la part des choses. Est-ce que chaque ivresse est pathologique ? Il faut distinguer la consommation festive, qui peut avoir une valeur de lien social, de celle qui est excessive et répétée… La différence réside dans le contexte de vie des jeunes. Lorsque le jeune a besoin d'une forte dose d'alcool pour exprimer son malaise familial, scolaire ou personnel, il y a danger… pas seulement de coma éthylique, mais aussi de tentative de suicide, d'échec scolaire...
On devrait aussi s'occuper du lien entre sport et alcool. On nous montre largement des victoires arrosées et, en même temps, on interdit les apéros géants ; franchement, je ne comprends pas. Finalement, cette angoisse est très liée au fait que cela échappe aux adultes. Cela rejoint la peur de la jeunesse et le besoin d'avoir le contrôle sur elle.
Qu'est-ce qui distingue les jeunes Français des jeunes Européens ?
Nous nous situons dans la moyenne européenne pour la consommation de tabac et d'alcool ; en revanche, nous sommes en tête pour celles du cannabis, des autres drogues illicites et des médicaments psychoactifs. Il est intéressant de noter que nous sommes les seuls en Europe à considérer comme "consommation régulière de cannabis" le fait de fumer dix joints et plus dans le mois (on prend le même critère pour l'alcool que pour le cannabis), alors que, dans la majorité des pays d'Europe, le critère diffère selon qu'on considère un produit licite ou illicite…
Bizarrement, en France, on est plus tolérant vis-à-vis du cannabis que vis-à-vis de l'alcool ! Pas dans les familles, mais dans les politiques publiques. Quant aux médicaments, la France est en tête de la consommation, chez les adultes comme chez les jeunes. Pourquoi en parle-t-on si peu ? Est-ce parce que le pouvoir médical est en cause ? Sur ces sujets – cannabis, médicaments –, on est davantage dans l'idéologie que dans la réalité.
Peut-on dire que la jeunesse d'aujourd'hui va plus mal que celle des années 1970 ?
Nous sommes passés de 10 % à 15 % de jeunes qui cumulent au moins trois troubles (consommation régulière de substances psychoactives, dépressivité, fugue, tentative de suicide...). Il y a une détérioration pour cette minorité-là. Mais dans l'ensemble, la majorité des jeunes vont bien, et c'était déjà comme cela avant.
Ce qui est grave, c'est lorsque les troubles se chronicisent, sont précoces et se cumulent, c'est-à-dire lorsque les garçons adoptent des conduites traditionnellement féminines (comme les plaintes somatiques et la tentative de suicide) ou que les filles adoptent des conduites traditionnellement masculines (comme la consommation d'alcool, les conduites de violence).
Les médias ont-ils une part de responsabilité dans la perception négative que la société a des jeunes ?
J'en suis persuadée. On préconise la modération – toutes les études montrent que ce sont les modérés, et non ceux qui s'interdisent tout, qui vivent bien et longtemps –, mais la modération ne fait pas vendre, elle n'est pas porteuse. On a le sentiment que les adolescents changent et vont très mal, parce qu'on nous parle un jour des jeux dangereux, le lendemain de l'ivresse ou de la violence. On met toujours l'accent sur des extrêmes.
Quand la famille va, le jeune va bien…
C'est certain. Deux facteurs sont déterminants : être bien dans sa famille et être bien à l'école. Le niveau social en soi n'est pas un facteur de risque. L'erreur fondamentale a été de penser que ceux qui allaient mal étaient les pauvres ; à force, on a oublié les jeunes de la classe moyenne. Une politique de la jeunesse devrait porter l'ensemble des jeunes. Je m'insurge contre le misérabilisme.
Pourquoi la société porte-t-elle un regard pessimiste sur les adolescents ?
Essayer de comprendre un comportement ne signifie pas être laxiste. Or, la compréhension des phénomènes est assimilée au fait de laisser faire. Pourtant, si on ne comprend pas un comportement dans son contexte, on ne peut pas réaliser de prévention efficace. En assimilant la compréhension au laxisme – ce qui n'a rien à voir –, on est passé, en termes de discours, au répressif.
On ne parle que de ce qui inquiète la société, sans pointer ce qui peut être à l'origine de la souffrance des adolescents. Comme si la répression allait diminuer les phénomènes en tant que tels… Les études montrent bien que les gosses très violents ont souvent subi eux-mêmes des violences. L'écoute est un premier acte avant d'agir. La compréhension n'est pas indépendante de la punition.
Usage abusif d'Internet ou de jeux vidéo, de nouvelles addictions se sont développées…
Bien sûr. Elles apparaîtront dans les futures études. Le problème est de savoir ce qui est pathologique : le nombre d'heures ? Le contenu de ce qui est visionné ?… En 2001, j'avais rédigé un rapport sur la pornographie dans les médias et sur Internet pour le CSA. Ce dernier l'a laissé dans un tiroir. Cette étude montrait que la pornographie était une forme de violence subie. Le CSA n'a pas du tout aimé les résultats, parce qu'il voulait que soit prouvé que ce sont les gosses en difficulté qui regardaient la pornographie. On préfère toujours montrer que ce sont les jeunes (et leurs familles) qui sont en cause et continuer de croire que la responsabilité de la société est quasi nulle. Alors qu'elle n'est pas innocente.
Propos recueillis par Sandrine Blanchard
"Les stress tests arrivent trop tard"
Parus vendredi après-midi, les résultats des stress tests menés par le Comité européen des contrôleurs bancaires (CEBS) sur 91 banques européennes, représentant 65 % du secteur bancaire de l'UE, n'ont pas contredit les pronostics. Seules sept banques ont échoué, dont cinq espagnoles, une grecque et une allemande. Les quatre banques françaises ont, elles, comme prévu, passé les tests haut la main. Des résultats satisfaisants qui
ne sont pas forcément une bonne nouvelle, comme l'explique au Point.fr l'analyste financier Éric Vanpoucke.
Les stress tests auront-ils les effets escomptés sur les marchés ?
Éric Vanpoucke : Les résultats des stess tests n'inverseront sûrement pas la tendance à long terme. D'abord parce que les résultats ont été largement anticipés par les marchés et qu'il n'y a pas de surprise majeure, d'autant plus que beaucoup d'analystes y accordaient déjà peu d'importance puisqu'ils considèrent que les critères requis pour établir les scénarios de crise de ces tests n'ont pas été assez sévères. Ensuite, les tests interviennent trop tard, contrairement à ce qui s'était passé avec les stress tests aux États-Unis en 2009, où ils avaient servi de base de calculs pour les recapitalisations des grandes banques, dont 10 sur 19 avaient été recapitalisées au final. En Europe, les recapitalisations ont déjà eu lieu, la situation économique évolue à toute vitesse et il aurait fallu faire des tests il y a bien longtemps, en pleine crise... Enfin, aujourd'hui encore, même en sortie de crise, les valeurs bancaires sont erratiques et il y a une telle volatilité sur les marchés qu'il ne faudra pas compter sur un effet à long terme.
Quels sont les éléments qui décrédibilisent les stress tests ?
Le premier élément, je le répète, c'est qu'ils arrivent trop tard, et je ne parle même pas de la Grèce, où la crise a déjà éclaté et où ils ne révéleront strictement rien. Ensuite, les critères choisis sont insuffisants, puisqu'ils devaient être appliqués à toute l'Europe, alors que les situations varient considérablement d'un pays à l'autre. L'enjeu politique était trop important, et ce sont donc des critères a minima qui ont été choisis, qui prennent insuffisamment en compte les questions de dette souveraine. Pour les banques françaises, par exemple, beaucoup de questions restent en suspens. D'autre part, les tests de résistance ont été faits dans un cadre particulier qui est celui de Bâle II (accords publiés sous l'égide de la Banque des règlements internationaux, établissant des règles sur les risques bancaires et, en particulier, sur la question des fonds propres). Un cadre complètement dépassé. Enfin, ces tests reposent sur une anticipation trop optimiste de la reprise économique que beaucoup de stratégistes remettent en cause.
Les tests de résistance auront-ils servi à quelque chose ?
Les stress tests serviront au moins à mettre la pression sur certains acteurs récalcitrants. Ils permettront également, d'une certaine façon, de faire patienter les acteurs de la finance avant les accords de Bâle III, envisagés pour 2012. Reste à voir de quelle façon les autorités et les banques vont communiquer.
Sortir de l'euro ? Le rapport qui fait peur
Nous sommes en janvier 2012. La zone euro a explosé et la monnaie unique est un échec. C'est une note de 30 pages. Elle contient des centaines de chiffres. Son auteur, Mark Cliffe, est l'économiste en chef d'ING, banque néerlandaise. Sous le titre Quantifier
l'impensable, le chercheur a tenté de mesurer, pour les clients de sa banque, l'impact économique de deux scénarios évoqués par certains au plus fort de la crise grecque.
1/ La sortie de la Grèce de la zone euro.
2/ L'éclatement pur et simple de la zone euro.
L'économiste ne se prononce pas sur la probabilité de ces deux hypothèses (ni sur ses convictions personnelles vis-à-vis de la monnaie unique), mais, puisque le débat est sur la table et que certains l'évoquent ouvertement, "quelqu'un doit faire le sale boulot", dit-il ironiquement. Il a donc mesuré aussi scientifiquement que possible l'impact des deux scénarios, en faisant tourner ses logiciels.
Des monnaies dévaluées
Et le constat de Mark Cliffe est édifiant ! Même si l'éclatement de la zone euro est préparé suffisamment en amont pour ne pas affoler les marchés, celui-ci aurait un très grave impact sur toute l'économie européenne. Même sur l'Allemagne. Dès 2012, la production baisserait de 4 % à 9 % dans les États membres - mais aussi en Grande-Bretagne et en Europe centrale -, tandis que la plupart des nouvelles monnaies nationales perdraient la moitié de leur valeur.
Outre les aspects légaux sur lesquels Mark Cliffe ne s'étend pas et l'inévitable crise de confiance que cela provoquerait sur les marchés (qui prêtent beaucoup d'argent à la zone euro puisqu'aucun pays n'est en excédent budgétaire), l'économiste explique que, dans le second scénario, celui d'une implosion de la zone euro, les gouvernements de chaque pays auraient rapidement à défendre leur crédibilité devant les acteurs financiers qui seraient d'autant plus cruels avec des nations européennes dont la plupart n'ont pas été de bons élèves ces dernières années. Pour convaincre les marchés, chaque pays devrait évidemment accentuer les mesures de rigueur un peu partout en Europe.
La France perdrait 5 % de PIB
Jusque-là, tout cela relève de l'analyse. Mais la partie la plus intéressante de cette étude, ce sont les hypothèses chiffrées contenues dans la note de l'économiste.
Dans le cas d'une sortie de la Grèce de la zone euro, l'économiste table sur une baisse de 7 % du PIB grec au bout d'un an. Autant dire le grand plongeon. L'impact sur les autres pays serait, en revanche, beaucoup plus limité (vu le poids économique de la Grèce dans les échanges intracommunautaires). La France et l'Allemagne ne souffriraient ainsi que d'une baisse de leur PIB respectif de 1 %. Le second scénario, celui d'une implosion de la zone euro, fait, en revanche, froid dans le dos. Cliffe estime qu'il "coûterait" 9 % de PIB à la Grèce ou à l'Irlande. Et près de 4 % à l'Allemagne. Quant à la France, son PIB perdrait en deux ans 5 % de PIB ! Des pays comme la Belgique ou les Pays-Bas, les plus ouverts sur leurs voisins, seraient dans une situation encore plus périlleuse.
Autres conséquences : la baisse des cours de Bourse, des prix de l'immobilier, ainsi qu'un séisme pour les banques européennes, aujourd'hui toutes très engagées dans tous les pays européens. Les différents pays ne pourraient plus emprunter sur les marchés dans des conditions favorables (à l'exception de l'Allemagne) et devraient financer leurs déficits en empruntant à des taux dignes de l'usure, et ceci, quel que soit le scénario retenu. Et pour cause ! La sortie de la Grèce de la zone euro jetterait la suspicion sur tous les autres pays en difficulté. Et, bien évidemment, sur le concept même de zone euro.
Déflation en Allemagne et en France
Il reste les aspects monétaires. Dans le scénario un, la Grèce dévaluerait sa nouvelle monnaie de 80 % vis-à-vis de l'euro. En cas d'implosion de la zone euro dans son ensemble, la monnaie grecque serait dévaluée de 50 % par rapport au nouveau deutsche mark, le "nouveau franc", de 11 %, et la "lire", de 22 %. Quant au chômage, les prévisions de Mark Cliffe parient sur un taux de chômage de 13,8 % en France (25 % en Espagne). L'Espagne et le Portugal auraient à combattre une inflation proche de 10 %, tandis que l'Allemagne et la France seraient, elles, face à un choc déflationniste qui gagnerait ensuite les États-Unis.
Conclusion de Mark Cliffe : "Nous n'évoquons pas les avantages et inconvénients à long terme d'un éclatement de la zone euro et on peut toujours discuter des chiffres. Mais ce qui est sûr, c'est que les conséquences immédiates d'un tel choix provoqueraient un tel traumatisme que ceux qui proposent la fin de l'union monétaire comme solution à la crise doivent l'avoir en tête."
Adidas réclame un dédommagement après le fiasco des Bleus
Le fabricant du maillot des bleus Adidas s'estime lésé par le parcours de l'Equipe de France lors de la Coupe du monde de football. Il réclame 10 millions d'euros de dédommagement après l'annulation de plusieurs commandes à la suite de l'élimination des Bleus au premier tour de la compétition.
Le manque à gagner est trop gros. Adidas ne veut pas le supporter seul. Le fabricant du maillot de l'Equipe de France réclamerait 10 millions d'euros de dédommagement à la Fédération Française de Football (FFF), selon le magazine France Football. Soit l'équivalent de ce qu'il lui paye en un an.
La marque avait vendu environ 500.000 maillots de bleus en France en 2006. Quatre ans plus tard, les ventes seraient de quasiment 50% inférieures.
L'élimination de l'Equipe de France au premier tour de la Coupe du monde de football le 22 juin a stoppé net la vente de maillots de football en France. Plusieurs grandes enseignes ont annulé des commandes. Parmi elles : Go Sport. "Les derniers camions de livraison de maillots ont fait demi-tour la veille du match d'élimination", raconte François Neukirch, directeur général du groupe Go Sport.
L'enseigne du groupe Rallye aurait soulevé des clauses de son contrat d'achat pour annuler des commandes. "La Coupe du monde a eu un bon impact sur les ventes pendant 15 jours. Puis, tout s'est effondré", indique ce dernier. Seul le ballon officiel de la coupe du monde se serait bien vendu. Les distributeurs auraient aussi annulé des commandes destinées aux rayons montés lors de la prochaine rentrée des classes, forte période de vente de chaussures de football.
Par ricochet, Adidas se retournerait contre la Fédération Française de Football. "Le détail de l'accord et des échanges entre Adidas et son partenaire [la FFF, ndlr] sont confidentiels ; Adidas n'a pas pour habitude de dévoiler le contenu de ses accords", a réagi aujourd'hui l'équipementier. De fait, la marque allemande peut s'autoriser cette liberté. Car, son contrat de sponsoring vit ces derniers mois. Fin 2010, elle sera remplacée par son grand rival Nike.
Lors du renouvellement de contrat, en 2008, la Fédération Française de football a choisi les 42 millions d'euros mis sur la table par l'Américain plutôt que de poursuivre un contrat établi en 1972 avec Adidas. Ce que le groupe allemand, talonné par Nike sur le marché européen du football, avait vécu comme une énorme trahison.
Juliette Garnier
Marée noire : une nouvelle opération envisagée, la démission du patron de BP évoquée pour mardi
La plateforme de forage de secours qui travaille à colmater la fuite de brut dans le golfe du Mexique est revenue samedi sur sa zone d'intervention, qu'elle avait évacuée à cause de la tempête tropicale Bonnie. La presse évoque le départ du patron de BP
à l'occasion des résultats semestriels du groupe, mardi prochain. L'enquête sur l'explosion à l'origine de la marée noire a apporté de nouveaux éléments, surprenants.
La plateforme de forage Development Driller 3, plateforme de secours qui travaille à colmater la fuite de brut dans le golfe du Mexique, est retournée samedi sur sa zone d'intervention. Elle travaillait au forage de deux puits de dérivation pour colmater la brèche qui, depuis avril, suite à l'explosision sur la plateforme Deepwater Horizon exploitée par BP, déverse des millions de barils dans l'océan.
Development Driller 3 a été temporairement évacuée en raison des craintes liées à la dépression tropicale Bonnie. L'arrivée de Bonnie a également obligé le gros des équipes luttant contre la pollution à quitter vendredi la zone située à quelque 80 km au large des côtes de Louisiane (sud). La tempête tropicale a faibli samedi à mesure qu'elle avançait dans le golfe du Mexique pour se transformer en dépression, permettant à la compagnie britannique d'annoncer le retour de Development Driller 3.
Les opérations de lutte contre la marée noire avaient déjà été perturbées fin juin par Alex, le premier ouragan de la saison dans l'Atlantique. L'entonnoir récemment installé par BP sur la fuite de brut en eaux profondes est conçu pour résister à de telles conditions climatiques, alors que la saison cyclonique dans l'Atlantique promet de battre des records.
"Nous nous attendons [...] à ce que Bonnie aide à dissoudre le pétrole à la surface, à réduire la taille des billes de goudron, ce qui permet une dégradation plus rapide", a souligné Jane Lubchenco, sous-secrétaire au Commerce chargée de l'Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA).
Une nouvelle opération prévue dans les jours qui viennent
Avec le départ de Bonnie, BP a également annoncé qu'elle espérait tenter une nouvelle tentative pour boucher définitivement le puits. Si le puits a été fermé, récemment, grâce à la pose d'un entonnoir, ce n'est en effet que de manière provisoire. La nouvelle manoeuvre, sur laquelle planchent depuis plusieurs jours les ingénieurs du groupe, consisterait à injecter un mélange d'eau et de matières solides par la tête du puits avant de le sceller avec du ciment.
L'opération pourrait commencer dans "trois à cinq jours à partir de maintenant [samedi, Ndlr], c'est une estimation brute", a déclaré l'amiral Thad Allen, qui supervise la lutte contre la marée noire pour le compte de l'administration américaine. Baptisée "Static kill", l'opération ressemble cependant fort à celle tentée, sans succès, fin mai.
Le départ du patron de BP interviendrait "avant mardi"
Les efforts de BP sont encore loin de suffire à stopper les critiques à l'encontre du directeur général du géant pétrolier, Tony Hayward, pour sa gestion de la crise. Le journal britannique Sunday Telegraph a annoncé ce dimanche qu'il quitterait ses fonctions dans les prochains jours. Selon le journal, Tony Hayward est résolu à démissionner avant l'annonce, mardi, des résultats semestriels du groupe.
Mercredi, le Times de Londres avait indiqué qu'il allait annoncer sa démission dans les dix prochaines semaines afin d'aider le groupe à repartir du bon pied.
Nouveaux éléments d'enquête
Par ailleurs, dans l'enquête américaine sur les causes de la marée noire, un ingénieur de forage de la plateforme Deep Horizon a fait des déclarations surprenantes vendredi aux enquêteurs. Selon lui, une alarme aurait été volontairement désactivée. Cette alarme aurait pu détecter la formation d'une poche de méthane dans la conduite montante, à l'origine de l'explosion du 20 avril qui a déclenché la pollution, a précisé Mike Williams.
Les responsables de la plateforme "ne voulaient pas que les employés soient réveillés à trois heures du matin par de fausses alertes", a-t-il déclaré devant les six membres d'une commission d'enquête fédérale, lors d'une audience à Kenner, en banlieue de la Nouvelle-Orléans.
Les déclarations de Williams semblent contredire des témoignages écrits recueillis auprès d'autres employés et que Reuters a pu consulter. "Au moment de l'accident, j'étais dans la salle de contrôle des moteurs en train d'effectuer mes tâches de nuit. Plusieurs alarmes au gaz ont alors retenti", a ainsi raconté Douglas Brown, mécanicien en chef de la plat-forme. Selon Transocean, le propriétaire de la plateforme, "la configuration générale des alarmes sur Deepwater Horizon était intentionnelle et conforme aux pratiques maritimes en vigueur".
Le groupe ajoute que la plate-forme disposait de "centaines d'alarmes distinctes contre l'incendie et le gaz, qui avaient toutes été testées, se trouvaient en bon état et étaient contrôlées depuis le poste de commandement. Aucune n'avait été désactivée".
Après une semaine d'audiences de responsables de Transocean à Kenner, la commission d'enquête doit se réunir à Houston du 23 au 27 août pour entendre les dirigeants du groupe ainsi que ceux de BP.
Réformer les retraites en France, quel que soit le réglage contribution/prestation pour y parvenir, est loin d'épuiser le sujet de la vie après le travail. En admettant que la durée de vie moyenne reste ce qu'elle est aujourd'hui, ce qui n'est pas garanti, on compterait 1,2 million de personnes dépendantes dans notre pays en 2040 contre 800 000 aujourd'hui, soit une croissance de 50%. Il y aura en France dans trente ans plus de dix millions de personnes âgées de 75 ans et plus. De quoi faire exploser les cadres budgétaires les mieux établis, changer aussi notre manière de concevoir les prises en charge du grand âge.
Comme en bien d'autres domaines de l'existence, les Français ne sont pas égaux devant la perspective de dépendance, le 5e risque dans le jargon des experts. Ainsi, l'âge moyen d'entrée en dépendance serait de 78 ans pour les hommes, dont l'espérance de vie est moindre, et de 83 ans pour les femmes qui se retrouvent donc plus souvent seules au grand âge. Avoir fait des études longues diminue le risque, de même qu'être parent de deux ou trois enfants vivants.
La question de la dépendance ne peut bien évidemment pas s'envisager sous le seul angle statistique ou financier. La France n'est pas vraiment en retard dans le traitement apparent du problème. La création en 2002 de l'allocation personnalisée d'autonomie, gérée par les départements, a constitué une avancée significative et égalitaire. Mais le fonctionnement de ce dispositif, dont le financement va vers un mur, ne rend pas compte de l'étendue du problème de la dépendance. Ni du rôle que jouent les familles dans la prise en charge. Du reste, la responsabilité des descendants a été inscrite dans le droit bien avant la mise en place de ces financements. Encore faut-il que les couples tiennent et que les enfants soient là.
A la différence des retraites, bâton de dynamite politique bien connu, la montée en puissance du 5e risque et la question de sa prise en charge ne feront peut-être pas descendre les Français dans la rue. Et pourtant le sujet est indissociable d'une juste réforme des retraites. Discutée depuis plusieurs années, la refonte du financement de la dépendance est indispensable. Le curseur principal doit-il reposer sur l'individu et l'assurance privée ? La hantise de certains est que le patrimoine des personnes soit davantage sollicité. Il semble difficile de l'éviter, même en maintenant le principe de solidarité, d'autant que les biens en question sont rarement le fruit d'une seule génération.
Opacité face aux marchés, précipitation et risque de distorsion de concurrence : les trois erreurs de l'Europe
Et maintenant ? Et si la publication des tests de résistance des banques européennes n'atteignait pas son but : restaurer durablement la confiance perdue des marchés financiers ? La question est sensible puisque la confiance est l'une des composantes essentielles de la reprise économique. Or elle se pose de manière brûlante, au vu des risques pris par les Européens pour conduire cet exercice délicat et compliqué.
Trois grandes erreurs ont été commises. La première porte sur l'absence d'échange préalable avec les marchés financiers (les investisseurs en Bourse, les analystes, les agences de notation, etc.) sur la méthodologie employée.
A la différence des Etats-Unis - qui, certes, ont subi une crise bancaire bien plus forte mais qui, sur ce point, peuvent être pris comme référence -, l'Europe n'a pas préparé les marchés à la lecture des scénarios et des critères retenus pour fonder les tests (ampleur de la récession économique, chutes de valeur des dettes publiques des différents pays européens, etc.).
Cet exercice pédagogique était pourtant capital pour empêcher les doutes et les mises en cause sur le bien-fondé des scénarios et leur supposée "complaisance", comme on l'entend déjà.
Il n'était pas si difficile d'expliquer, dans un document publié en amont des tests, comme l'a fait l'administration Obama (30 pages publiées deux semaines avant l'échéance), pourquoi, par exemple, les hypothèses de pertes sur les dettes publiques détenues par les banques restaient limitées.
L'accord politique né de la crise de l'euro n'a-t-il pas établi qu'aucun Etat, y compris la Grèce, ne ferait faillite ? Au lieu de cela, on laisse naître et s'installer un débat sur la crédibilité des tests.
Ensuite, les Européens ont commis l'erreur de travailler dans l'urgence, annonçant en juin que les tests seraient publiés en juillet ! Un mois pour forger un consensus à vingt pays - quand les Etats-Unis étaient seuls ! - sur des sujets aussi importants que le degré de détail des informations à communiquer aux marchés était bien insuffisant.
Il en a résulté une regrettable cacophonie sur ce qui serait publié ou pas, certains pays comme l'Allemagne et la France ayant bataillé jusqu'au dernier moment pour que ne soit pas révélé le niveau d'exposition détaillé, banque par banque, et pays par pays, aux dettes souveraines. Les banques françaises détiennent à elles seules 52 milliards d'euros de créances publiques et privées en Grèce, et les banques allemandes 44,2 milliards.
On le savait pourtant, le succès des tests, conçus comme une opération vérité sur l'état de santé des banques, nécessitait une transparence totale. Une transparence réclamée aussi bien par les investisseurs que par les économistes et les experts du Fonds monétaire international (FMI), trois ans après le début de la crise financière de 2007 et trois mois après celle des finances publiques de la zone euro.
Il est dangereux de décevoir les attentes des marchés qui, désormais, ne croient que ce qu'ils voient. Comme il est malhabile de ne pas prendre le temps de régler les dissensions entre pays européens et d'exposer au grand jour le désarroi européen.
Enfin, une question a été oubliée, qui va aussi alimenter la polémique, celle des distorsions de concurrence entre secteurs bancaires. Certaines banques, notamment en Espagne, en Allemagne et en Grèce, ne doivent leur réussite aux tests qu'aux aides publiques qui leur ont été fournies après la crise.
Là encore, l'expliquer eût été de bon aloi. L'on parvient, en effet, à cette situation baroque où des banques malades et sous perfusion d'Etat - qui devront, de plus, rembourser les aides - obtiennent de bonnes notes quand d'autres, restées debout malgré la crise, passent tout juste l'examen. Aux marchés d'apprécier !
Ainsi, il ne faudrait pas qu'à cause de ces faux pas, l'Europe gâche l'occasion qui lui est offerte de rattraper le retard pris par rapport aux Etats-Unis pour résoudre la crise bancaire et apaiser les marchés.
Un risque que l'économiste Nicolas Véron, fervent partisan des tests européens, résume d'une phrase : "Il faut se réjouir que l'Europe soit sortie du déni de réalité en décidant de publier ses tests. Mais attention, il s'agit d'un fusil à un coup !"
A. Mi.
samedi 24 juillet 2010
Mon unique lecture de l'été sera donc la liste, parue dans Challenges de juillet, des plus grosses fortunes françaises." Les riches sont différents de nous ", disait Fitzgerald à Hemingway. Qui répondait : " Oui, ils sont plus riches . " Dans les années 50, l'auteur de " Pour qui sonne le glas " a écrit plusieurs livres et ne les a pas publiés. La raison : il refusait d'engraisser le fisc. L'auteur le plus cabochard de sa génération perdue. Au lieu d'envoyer le manuscrit à son éditeur, il le déposait à la banque, dans un coffre. Ce qui nous a donné la plus belle oeuvre posthume de tous les temps : " Iles à la dérive ", " Le jardin d'Eden ", " La vérité à la lumière de l'aube ", " L'été dangereux " et " Paris est une fête ".
La fortune de Mme Bettencourt a progressé de 40 % en un an. J'espère que ça a consolé Liliane des avanies qu'on lui a faites ici ou là dans les journaux. Je crois, moi, que tout le monde est content d'être le centre d'intérêt des médias, surtout les gens timides et réservés. Ils sont délivrés de la souffrance d'être timides et réservés. Même les braqueurs aiment avoir de bonnes critiques, le lendemain de l'attaque d'un fourgon blindé à l'arme de guerre. Le mal qu'ils se sont donné. Le succès financier ne leur suffit pas, il leur faut aussi les félicitations de la presse. Jean-Claude Decaux encore plus fort : sa fortune a doublé en 2009. Elle est désormais de 3 milliards 200 millions d'euros. Il pourrait faire un geste envers les Parisiens : la gratuité du Vélib', par exemple. Patrick Ricard, un prénom et une boisson chers à mon coeur, a gagné huit places dans le classement de Challenges : il était 24e, il est 16e. Devant les frères Bouygues. Je suis sûr, en plus, qu'il ne regarde jamais la télé.
Grâce aux gens du Nord , Jérôme Seydoux, le producteur de " Bienvenue chez les Ch'tis ", a pris vingt places, passant devant Elisabeth Badinter, elle-même à la tête de 650 millions d'euros. On se demande pourquoi, dans ces conditions favorables, elle se fatigue à écrire des best-sellers contre les mères de famille. Stéphane Courbit possède lui aussi 650 millions avec son groupe LOV. All you need is 650 millions. Guy Debord, l'un de ses auteurs de chevet, serait fier de sa situation, faute de l'être de son situationnisme.
A la 75e place, le choc : Didier Daeninckx et sa famille, avec 500 millions. C'était un simple problème de lunettes. Il fallait lire Didier Deconinck. Les comptes du pharmacien Pierre Fabre se sont redressés, ça doit être parce qu'il a laissé tomber l'édition. Il faut être un génie des affaires comme Antoine Gallimard pour gagner de l'argent avec des livres. Il en est où, d'ailleurs, dans la liste de Challenges, Antoine ? 178e. Ce n'est pas terrible, mais il a gagné quarante-six places. Grâce à une réduction des à-valoir ?
Un Besson : Luc (105 millions). A égalité avec mon ancien éditeur, Francis Esménard, PDG d'Albin Michel. Derrière eux, Pierre Bergé : 289e. Voilà ce qui arrive quand on dilapide ses sous avec des femmes politiques de gauche, la charité spectacle et des prix littéraires : on se retrouve avec 100 petits millions de rien du tout.
Les plus pauvres des riches s'appellent Pierre-Antoine Bernheim et Martine Orsini-Bernheim : 500 es avec 53 millions. Ils vont se faire chambrer tout l'été par les copains en meilleure position qu'eux. Il y a une explication : Pierre-Antoine écrit des livres.
La mondialisation a déclenché une nouvelle révolution agricole. Du côté de la demande, la consommation alimentaire explose avec la croissance et l'enrichissement de la population mondiale. La Terre comptera 9 milliards d'hommes en 2050 contre 2,5 milliards en 1950, dont une majorité de citadins ; leurs exigences alimentaires ne cessent de progresser en quantité (un Chinois consomme 59 kilos de viande contre 13 en 1980) mais aussi en qualité (laitages, fruits et légumes) et en sécurité. Du côté de l'offre, cinq évolutions se font jour. La tension entre la population et les ressources, notamment en Chine, qui abrite 25 % de la population mondiale mais ne dispose que de 9 % des terres arables et 7 % des réserves d'eau. Le développement d'une agriculture offshore avec l'achat ou la location de terres (20 millions d'hectares depuis 2006, en majorité en Afrique, qui représente 80 % des espaces disponibles) par la Chine, la Corée du Sud ou les pays du Golfe via leurs fonds souverains. L'émergence des superpuissances agricoles du Sud, à l'image du Brésil, qui se positionne comme le nouveau grenier du monde et plus largement de l'Amérique latine, dont les exportations vers l'Europe sont passées de 17 à 25 milliards d'euros depuis 2000. L'intensité de l'innovation dans un secteur décisif tant pour l'alimentation que l'énergie avec les substituts aux matières fossiles. Enfin, la contrainte écologique avec la nécessité de produire plus tout en protégeant les terres, les ressources en eau et en énergie, la qualité de l'air et la santé des consommateurs.
En dépit de leurs atouts et du dynamisme de la demande, l'agriculture et les agriculteurs français sont sinistrés. Le secteur, qui génère 4 millions d'emplois, constitue un pilier majeur de l'économie française. Il dispose du meilleur potentiel en Europe, alignant 30 millions d'hectares, des pôles d'excellence dans la consommation de masse et le luxe, une recherche traditionnellement forte, une industrie agroalimentaire et une distribution puissantes. Pourtant, ses performances se sont effondrées, avec une chute de 9,1 à 6 milliards d'euros de l'excédent commercial en 2009 qui ravale notre pays au troisième rang européen, très loin derrière l'Allemagne. Le décrochage est particulièrement brutal dans les céréales (- 24 %), les vins et champagnes (- 22 %, alors que la consommation mondiale a progressé de 15 % en une décennie), les produits laitiers et les fromages (- 16 %). Dans le même temps, le déficit se creuse fortement pour la viande (quand les exportations allemandes de porc ont bondi de 35 % en cinq ans) comme pour les fruits et légumes. La conséquence immédiate est une violente crise du revenu des agriculteurs, qui a diminué de 34 % en 2009 après avoir perdu 20 % en 2008, malgré le déversement de 11 milliards d'euros de subventions européennes. La compétitivité de l'agriculture française a été ruinée par l'étatisme, le malthusianisme et le protectionnisme promus par les pouvoirs publics et les syndicats. Au lieu de s'adapter à l'évolution inéluctable de la politique agricole commune en raison de l'élargissement et du redéploiement du budget de l'Union vers les politiques de soutien de la compétitivité, gouvernements et représentants du monde agricole ont lutté pour ériger l'agriculture et l'Europe en forteresses, coupées des marchés et des consommateurs. Les prix se sont envolés sous la pression des coûts du travail, de la multiplication des réglementations et des taxes, de la surévaluation de l'euro enfin. Le secteur est passé sous complet contrôle de l'Etat, qui mobilise un nombre de fonctionnaires supérieur à celui des exploitants pour gérer quelque 300 procédures de subventions accaparant le tiers du temps de travail des producteurs. L'économie subventionnée est allée de pair avec la promotion de l'agriculteur jardinier du paysage au détriment du producteur. Le Grenelle de l'environnement a porté le coup de grâce en interdisant de fait les OGM, provoquant le déclassement de la recherche française dans les biotechnologies.
L'agriculture, à l'image de l'appareil productif français, n'est nullement condamnée mais doit produire, investir et innover dans la mondialisation. Les exploitations doivent être concentrées et spécialisées, à l'exemple des pays d'Europe du Nord. Des filières de production ont vocation à être mises en place comme en Allemagne, avec une négociation contractuelle intégrant le partage de la valeur ajoutée. L'évolution des besoins et des goûts des consommateurs gagnerait à être prise en compte, notamment dans le secteur viticole, où la complexité des appellations et l'envolée des tarifs se sont conjuguées pour faire la fortune des exportations des Etats-Unis, de l'Argentine, du Chili et de l'Australie dont les parts de marché mondiales ont progressé de 20 à 31 % en dix ans. Les subventions européennes devraient être régionalisées, distinctes selon les types d'exploitations (intensives, intermédiaires, hors sol, touristiques...) et dirigées vers la production à travers le développement des mécanismes contractuels et des marchés. Enfin, la recherche et les investissements dans les biotechnologies doivent être libérés. L'étatisme et le corporatisme ont écarté l'agriculture comme la France du tournant de la mondialisation. Leur salut ne se trouve pas dans la réhabilitation de l'économie administrée, mais dans la reconstruction d'une offre compétitive tournée vers les consommateurs du XXIe siècle.
Personne ne peut prétendre incarner aujourd'hui l'héritage politique gaulliste, mais le mythe national gaullien n'a jamais été plus resplendissant qu'en cette année 2010. Tout converge pour cela : le 70e anniversaire du 18 juin 1940 précède de quelques mois seulement le 40e anniversaire de la mort du Général. Dans un pays qui a toujours eu la passion des commémorations - elle va de pair avec l'obsession du déclin -, cela pourrait suffire. La violence de la crise financière et économique mondiale, la bataille de l'identité nationale, l'éternelle angoisse française, la litanie délétère des défaillances ministérielles additionnent également leurs effets pour exalter le culte de l'homme providentiel qui hissait comme personne la France vers le haut et méprisait si ostensiblement l'argent. Le spleen français fait rayonner le mythe gaullien.
Le grand intérêt de l'essai remarquable que consacre Sudhir Hazareesingh à la construction du mythe gaullien (1) est de démêler ce qui dans la religion gaullienne relève du fleuve de l'Histoire et ce qui appartient à la patiente architecture d'une entreprise politique. L'auteur, historien britannique d'origine mauricienne, enseignant à Oxford, offre l'avantage supplémentaire d'être également un spécialiste de la légende napoléonienne. Cela lui permet de rectifier l'absurde idée reçue selon laquelle Charles de Gaulle aurait rejeté l'héritage de l'Empereur. Il n'en est évidemment rien et Sudhir Hazareesingh établit au contraire qu'en 1969, juste avant d'être congédié par les Français, le Général préparait un grand discours à l'occasion du 200e anniversaire de la naissance de Napoléon Bonaparte. Nous n'en saurons jamais plus sur ce texte qui aurait été, à coup sûr, un morceau de bravoure homérique.
En revanche, grâce à l'universitaire d'Oxford, on mesure beaucoup plus clairement et méthodiquement les composantes du mythe gaullien. Outre une bibliographie immense, il utilise de nombreuses sources nouvelles, comme la correspondance gigantesque adressée au Général et maintes archives désormais ouvertes. Pour commencer, bien sûr, la rébellion fondatrice, le fameux discours du 18 juin 1940. Il fut peu entendu, il devient, magnifié par le mythe, la source glorieuse d'une épopée qui mène au premier, au plus incontestable pilier de la légende gaullienne, la figure de libérateur de la patrie. L'auteur distingue subtilement entre les périodes où le 18 Juin est célébré et celles où le Général impose la sobriété du souvenir pour écarter toute présomption de césarisme. Il y a aussi, cela va de soi, l'éclat du père fondateur revenant au pouvoir en 1958, jetant aussitôt avec Michel Debré les fondations de la Ve République. Entre-temps, il y a eu l'aventure avortée du RPF, que la mythologie efface pieusement, puis une cure de silence hautain rompue par la publication fracassante des " Mémoires de guerre " qui sont au gaullisme ce que le " Mémorial de Sainte-Hélène " fut au bonapartisme, à ceci près que le Général est son propre Las Cases. Il y a encore le chirurgien tragique qui met fin à la guerre d'Algérie (en passant par un considérable mensonge d'Etat), le président qui conduit l'Empire à l'indépendance, le souverain qui invente une politique étrangère épique, magnifiquement imprégnée d'un souverainisme utopique, d'ailleurs plus contestable et contesté que ne le relève l'auteur.
Il y a encore le législateur impérieux, prophète du nucléaire, le fondateur de la " participation " : à la fois novateur et conservateur, de droite mais au-dessus des clivages ordinaires, intransigeant ici, opportuniste là, plus sensible et humain qu'on ne le dit, plus implacable, voire cruel qu'on ne le montre. Touche ultime, sa défaite de 1969 nourrit un remords et prépare la consécration de l'icône que déclenche instantanément sa mort, jusqu'à devenir aujourd'hui la dernière religion laïque du pays : le plus grand Français du XXe siècle assurément, le mythe politique suprême désormais.
Personne n'est parfait, pas même Sudhir Hazareesingh. Si son essai est aussi étincelant qu'acéré, il inspire tout de même deux réserves : pour grandir majestueusement le Général (qui n'en a pas besoin), il diminue inutilement François Mitterrand, qu'il ne s'agit pas de placer à même hauteur, mais qui eut lui aussi de la grandeur (en politique étrangère, par exemple) et dont les derniers mois d'agonie furent aussi impressionnants que l'ultime enfermement de la Boisserie. De surcroît, Sudhir Hazareesingh, porté par son sujet et sa compréhensible admiration, participe lui-même à l'édification du mythe gaullien qu'il dissèque. Ainsi, faire du Général le symbole de l'éducateur civique ou du sage mériterait au moins débat : le moins que l'on puisse dire est que la Ve République gaullienne (1958-1969) n'a pas été un modèle démocratique, tant s'en faut. La justice, l'information, le Parlement ont été bousculés comme jamais. En ce sens, si la grandeur, le courage, le prophétisme du Général sont effectivement incomparables, ils sont porteurs de plus d'unicité que d'exemplarité
Les pom-pom girls, nouvelle passion française?
Culte aux Etats-Unis, le cheerleading fait des émules auprès des jeunes en France, où il recrute à tour de bras. Et enflamme les stades.
Quand les joueurs ont remonté leurs chaussettes, elles ont ajusté leur brassière. Quand ils ont enfilé leur maillot XL, elles ont vérifié coiffure et eye-liner. Et quand ils ont chaussé leurs crampons, elles ont attrapé leurs pompons. Le 11 juillet, à l'heure où la planète foot avait les yeux braqués
sur l'Afrique du Sud, les Eurogirls sont, elles aussi, entrées en scène... Mais à Marne-la-Vallée.
Sûr, ces Françaises auraient préféré être à Johannesburg plutôt qu'en Seine-et-Marne, siège d'un parc d'attractions et patrie de Mickey Mouse, où le match était retransmis sur les écrans du Sport's Bar à Eurodisney. Mais elles ont animé la soirée avec enthousiasme, misant sur leurs meilleurs atouts: chorégraphies millimétrées, sourires immuables et silhouettes impeccables. "On est toujours très bien reçu par le public, assure Malika, leur meneuse depuis près de vingt ans. On nous applaudit, on nous dit merci, les mères viennent en courant nous saluer avec leurs petites filles."
Les pom-pom girls, nouvelle passion française? Depuis quelques années, ces troupes de jeunes femmes tout en jupettes, paillettes, tee-shirts moulants et grands écarts faciaux ont envahi stades et gymnases.
La vulgarité n'est pas leur terrain de jeu
"Presque toutes les villes ont leur équipe de pom-pom girls", souligne encore Malika, qui a vu le phénomène prendre de l'ampleur au cours des vingt dernières années. Du basket au rugby, du hockey à la pétanque, en passant par le foot, ces majorettes modernes sont désormais de toutes les manifestations, insufflant un peu de leur féminité dans un univers gonflé à la testostérone.
"Au début, on nous
a un peu pris pour des extraterrestres, reconnaît Didier Barraud, porte-voix des Phoxy Girls, une équipe qui suit notamment l'AJ Auxerre. Mais, aujourd'hui, les gens en redemandent." Le rôle de ces reines assumées du kitsch? Accompagner les phases de jeu, mettre de l'ambiance, faire rêver les spectateurs. En somme, créer l'événement. "On évolue de plus en plus vers du sport-spectacle à l'américaine, observe Philippe Colin, directeur artistique de Media Drop, une société d'événementiel. Les clubs veulent diversifier leur public, proposer autre chose que du sport pur. Et sur ce créneau, les pom-pom sont une valeur sûre: on est certain qu'à leur arrivée le public va réagir et crier."
Tenues travaillées, décolletés, musique entraînante et jambes apparentes: la formule est imparable. Mais que les libidineux se refrènent: à chacune de leur prestation, les filles refusent de céder aux clichés. La vulgarité n'est pas leur terrain de jeu. "Nous ne sommes pas dans la provocation, soutient Erika Blain, présidente et coach des Pink Ladies. On ne boit pas d'alcool, on n'a pas de contact avec les sportifs, on ne met pas de string. On voit dans le public des gens plus dénudés que nous !"
Pas d'iPhone 4 blanc cet été
Les modèles blanc du téléphone star d'Apple sont « plus difficiles à fabriquer que prévu ». Seules les versions noires sont disponibles.
Apple joue avec les nerfs de ses fans. Lors de la sortie en grandes pompes de l'iPhone 4 le 24 juin dernier, ceux qui rêvaient de s'offrir le dernier smartphone de la firme à la pomme dans sa version à coque blanche ont été déçus : seul le modèle noir était disponible, le blanc ne devant arriver sur le marché qu'à la fin juillet « en raison de problèmes de production ».
Si beaucoup se sont rabattus sur l'iPhone 4 noir, contribuant à faire exploser les ventes du smartphone d'Apple, certains ont tout de même sagement patienté... En vain, vient de leur annoncer sans ménagement Apple aujourd'hui. Le fameux iPhone blanc ne sera en effet disponible que « plus tard dans le courant de l'année » car, indique succinctement le groupe, les modèles blancs « continuent d'être plus difficiles à fabriquer que prévu ». Pas question pour autant de faire son autocritique ou de présenter des excuses à ses fans : Apple précise juste que « la disponibilité du modèle plus populaire iPhone 4 noir n'est pas affectée ». OufDes explications limitées, un zeste de fanfaronnerie au lieu d'un profil bas attendu, des fans déçus... Tous les ingrédients semblent réunis pour créer un « white-iPhoneGate » alors que l'« Antennagate » agite encore le microcosme high-tech. Apple, dont les résultats traversent allégrement les tempêtes, devra peut-être étouffer l'incendie en distribuant, comme pour amadouer ceux qui se plaignaient de la mauvaise réception de leur iPhone 4, des housses... blanches, cette fois-ci.
Faut-il pousser le cocorico d'usage parce que quatre établissements français ont réussi avec mention « bien » le « stresstest » des banques européennes ? Mais pourquoi n'étaient présentés à l'épreuve que quatre « champions » ? L'Allemagne en avait quatorze dont un échec flagrant pour la Hypo Real Estate nationalisée en pleine restructuration : c'était prévisible.
Que cinq banques espagnoles aient fait preuve de leur incapacité n'est pas étonnant non plus. Madrid avait à tout prix voulu faire participer des établissements régionaux au test, sans doute pour démontrer leurs faiblesses et favoriser des réformes.
Publié à l'heure où ferment les Bourses, le résultat de cet « examen » a surtout une fonction cosmétique car la crédibilité des banques européennes repose largement, à l'égard du marché mondial, sur l'« assurance-vie » de 750 milliards que garantiraient les États dans le cadre du plan de stabilisation arrêté en mai dernier. Toutefois, en traînant des pieds, les Européens se devaient de répondre à l'initiative du secrétaire d'État américain aux finances Timothy Geithner, inventeur de l'épreuve. Et le travail a été confié à la CEBS, un organisme communautaire confidentiel, constamment assiégé par les lobbies financiers et qui - à l'instar de toutes les institutions de l'UE - doit habiller Pierre sans déshabiller Paul en respectant les susceptibilités des États membres.
Pourtant, le test est sérieux. Comme si sur simulation d'ordinateur était expérimentée la résistance d'immeubles aux tremblements de terre sous les plus forts degrés de l'échelle de Richter. Toutefois, avec quelques curiosités. Ainsi, à la demande de plusieurs capitales, quelques « pièces » (celles renfermant par exemple certains emprunts d'État) ont été occultées avant de soumettre les « immeubles » aux secousses virtuelles.
Voilà qui ne semble faire ni chaud ni froid au monde de la finance car les résultats étaient connus dans leurs grandes lignes avant leur publication par le « Committee of European Banking Supervisors ». Sans créer de turbulences, du moins jusqu'à présent. Et l'euro frise de nouveau les 1,30 dollars.
Grâce à l'infinie générosité du contribuable, ultime garant du grand casino, la finance européenne chemine sur la voie de la guérison. On ne peut pas en dire autant de l'économie réelle fragilisée par l'aventurisme bancaire...
Seules 7 banques européennes sur 91 échouent aux tests de résistance
C'est un succès pour les établissements financiers européens : seules cinq banques espagnoles, une banque grecque et une allemande ont échoué à prouver leur capacité de résistance lors des "stress tests", au cours desquels les banques devaient prouver leur capacité à maintenir un ratio de fonds propres "Tier 1" d'au moins 6 % d'ici à la fin 2011, et
ce dans des scénarios de crise plus ou moins sévères.
* France
Les quatre banques françaises qui faisaient partie de la liste des banques européennes soumises à des tests de résistance afin de vérifier leur solidité financière ont réussi leur examen "avec succès", a annoncé vendredi la Banque de France. Les quatre banques concernées par ces tests sont BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et BPCE (Banque populaire Caisse d'épargne) La "marque des banques françaises est vraiment une capacité de résistance très forte", s'est félicité Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, en présentant les résultats de ces tests, commandés par la Commission européenne et organisés par le CECB (Comité européen des contrôleurs bancaires).
Avec ces résultats, les banques françaises montrent qu'elles "figurent parmi les plus solides d'Europe", indique encore la Banque de France. Ces résultats étaient "prévisibles" car ils sont "en ligne avec les résultats obtenus dans les tests régulièrement menés en France et la capacité avérée des banques françaises à traverser la crise récente", a-t-il ajouté. Les banques testées devaient conserver un niveau de fonds propres dit "Tier One" (fonds propres rapportés aux engagements de la banque) de 6 % pour que le régulateur considère qu'elles avaient réussi le test. Or les tests ont montré qu'en cas de tension lié à une crise financière importante, ce ratio cumulé des quatre banques françaises allait tomber à 9,3 % fin 2011, contre 9,9 % fin 2009.
Pour Christian Noyer, même en cas de "scénario adverse", les banques conservent un "niveau de revenus en 2010 et 2011 à peu près le même qu'en 2009". Les quatre banques françaises testées ont toutes reçu un important soutien de l'Etat au plus fort de la crise en 2008, après la faillite de Lehman Brothers. Trois de ces banques ont complètement remboursé cette aide ; la BPCE a encore un reliquat à rembourser.
La ministre de l'économie, Christine Lagarde, s'est aussitôt félicitée de ces résultats, estimant que les banques françaises avaient passé le test "haut la main". "C'est évidemment un sujet de satisfaction parce que ça signifie qu'elles vont pouvoir financer l'économie, les ménages, les entreprises, et que la défiance des marchés devrait maintenant disparaître", a-t-elle déclaré lors d'un point presse.
* Allemagne
La banque Hypo Real Estate a été la seule à échouer aux tests de résistance européens sur les quatorze établissements allemands qui s'y sont soumis, selon les résultats présentés vendredi par la Bundesbank et le BaFin, le gendarme allemand de la Bourse. Hypo Real Estate n'a pas résisté aux deux scénarios négatifs des tests, tombant dans les deux cas sous la barre des 6 % de fonds propres ramenés aux crédits accordés. Mais ce n'est pas une surprise pour l'institut de Munich, en profonde restructuration sous l'étroite direction de l'Etat fédéral, qui l'a nationalisé en 2009.
"Hypo Real Estate évolue presque en dehors de toute concurrence", a reconnu Jochen Sanio, le président du BaFin, lors d'une conférence de presse au siège de la Bundesbank à Francfort. Banque symbole de la crise financière en Allemagne, Hypo Real Estate s'était effondrée fin septembre 2008 à la suite de la chute de Lehman Brothers. Nationalisé depuis l'an dernier, l'établissement n'a jamais caché avoir encore besoin d'une injection de capital d'environ 2 milliards d'euros, qui a déjà obtenu l'aval du Soffin, le fonds allemand d'aide au secteur bancaire. Mais il manque le feu vert de la Commission européenne.
"La restructuration en cours d'Hypo Real Estate n'a pas pu être prise en compte par les tests", a expliqué le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble dans un communiqué. Il s'est félicité des résultats pour les banques allemandes, tout en précisant qu'il fallait "continuer à faire des efforts pour la consolidation des 'Landesbanken'", les banques régionales publiques allemandes, présentées comme le maillon faible du système bancaire du pays.
* Pays-Bas
L'examen est réussi pour les quatre banques testées.
Les 91 banques sous revue représentent 65 % du total des actifs bancaires de l'UE et au moins la moitié des actifs bancaires dans chacun des 27 pays membres. Tous les établissements ont dû passer des tests similaires, portant sur les risques sur les "trading books" (portefeuilles d'actifs financiers) et les "banking books" (portefeuilles bancaires), l'exposition au crédit immobilier, d'entreprises et aux prêts interbancaires ainsi qu'à la volatilité des taux d'intérêt et aux risques de crédit.
* Suisse
Sans grande surprise, les deux principales banques du pays, UBS et Credit Suisse, ont réussi les tests de résistance, ont indiqué vendredi les autorités de surveillance helvétiques. "Même dans le cas d'une crise majeure (...), les deux établissements conserveraient une base de capital solide, avec un ratio Tier 1 d'au moins 8 %", écrit l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma), dans un communiqué de presse.
Le "Tier 1" est la partie jugée la plus solide des capitaux propres des institutions financières, et est utilisé par les régulateurs afin de mesurer le degré de capitalisation des institutions financières. Le minimum requis, selon les accords de Bâle I, est de 4 %. Dans la pratique, la plupart des banques visent au moins 7 %.
Eau : les Parisiens invités à limiter leur consommation
Le préfet de Paris a appelé vendredi à un usage «raisonné» et «économe» de l'eau potable dans la capitale en raison du faible débit de deux cours d'eau, le Lunain en Seine-et-Marne et la Vanne dans l'Yonne. «Le préfet de Paris attire l'attention de tous
sur la sensibilité de la situation et sur la nécessité d'utiliser l'eau de manière raisonnée et économe.
Que l'on soit particulier, entreprise, service public ou collectivité, toute consommation d'eau a une incidence sur la ressource, que ce soit en terme de quantité ou de qualité», indique-t-il dans un communiqué.
En raison de la sécheresse estivale, le débit du Lunain est passé «en dessous du seuil d'alerte» et celui de la Vanne «en dessous du seuil de crise», est-il souligné. Les deux rivières servent à l'alimentation en eau potable de Paris, précise le communiqué de la préfecture de région.
«Sont ainsi réunies les conditions de déclenchement des mesures correspondant au seuil de vigilance à Paris, en application de l'arrêté préfectoral du 10 mai 2010 qui définit pour Paris des mesures coordonnées de limitation provisoire des usages de l'eau par principe de solidarité entre les usagers d'une même ressource en eau», ajoute le communiqué, qui évoque aussi les «niveaux très bas des nappes dans l'est du bassin parisien.»
Les vacances d’Obama critiquées
Barack Obama ira bien passer ses vacances en Floride lors du week-end du 15 août. Depuis le début de la marée noire dans le golfe du Mexique, le président américain et sa femme, Michelle, n’ont pas arrêté d’appeler leurs compatriotes à aller faire du tourisme dans la région pour la soutenir. Mais quand, la semaine dernière, la famille présidentielle est partie se détendre pendant
deux jours dans la petite ville de Bar Harbor, dans le Maine, les habitants du nord de la Floride et beaucoup d’Américains ont froncé des sourcils : pourquoi les Obama ne viennent-ils pas dans le golfe?
Du coup, les fréquentes vacances du 44e président reviennent souvent dans les discussions ces derniers temps.
Le parti républicain accuse Obama de s’accorder trop de temps libre et de ne pas consacrer toute son attention aux maux du pays. Le comité national républicain (RNC) a ainsi mis en place un site Internet détaillant toutes les activités non officielles d’Obama. D’après le RNC, le locataire de la Maison-Blanche est parti en vacances trois fois depuis le début de la marée noire, le 22 avril (à Ashville, à Chicago et à Bar Harbor), serait allé jouer au golf une dizaine de fois et est allé assister à un concert privé de Paul McCartney.
Pour couronner le tout, du 19 au 28 août, Obama sera en vacances avec famille et amis sur l’île très chic de Martha’s Vineyard, dans le Massachusetts. Les républicains posent alors avec malice cette question : le président préfère-t-il jouer au golf ou sauver le golfe? « Les présidents ont certainement le droit de partir en vacances, comme tout le monde, mais il y a un équilibre délicat à respecter sur la durée et l’endroit où ils doivent se rendre, explique Brad Blakeman, ancien membre du staff de George W. Bush. Les présidents doivent se rendre compte que leurs moindres faits et gestes sont observés. »
Les démocrates ont répliqué aux critiques des républicains en rappelant que durant ses deux mandats, Bush avait passé près de neuf cent soixante-dix-sept jours à Camp David et dans son ranch de Crawford (Texas). Ancien conseiller de Bill Clinton, Paul Begala a tenu à souligner que, même en vacances, « le président restait le président, et ce, peu importe où il se trouve. Les Américains peuvent ne pas apprécier la politique du président, mais ils ne doivent pas douter de son sérieux. Le président est un homme qui se donne à fond et travaille durement. » Il n’empêche : un président averti en vaut deux.














