TOUT EST DIT

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jeudi 15 avril 2010

Retraites : la justice et l'efficacité


Il est légitime de s'interroger sur les projections du Conseil d'orientation des retraites (Cor) à l'horizon 2050. On ne saurait, en revanche, s'exonérer d'un constat immédiat : le système français des retraites est en quasi « faillite ». Pratiquer la politique de l'autruche sur un sujet aussi crucial est inconséquent. Personne ne doit désormais en douter : des décisions lourdes et urgentes sont à prendre, des mesures douloureuses et difficiles à assumer. Même s'il faut s'empresser de préciser qu'il faudra, dans leur application, donner du temps au temps, comme ont su faire les Allemands, entre autres.

Quoi qu'il en soit, la réforme des retraites ne sera pas un long fleuve tranquille. Encore moins en France que chez nos voisins qui ont eu, eux, le courage de la mener en temps opportun, en tout cas avant que le choc détonnant vieillissement démographique - crise économique ne provoque les ravages que l'on sait, susceptibles de saper la solidarité nationale si les politiques n'y prennent garde.

La messe n'est pas dite. Sous le couvert d'un discours volontariste, le pouvoir a tendance à donner des signaux contradictoires. C'est entendu, il veut aller au fond des sujets, mais en bousculant curieusement le calendrier. C'est promis, ce sera « la » grande réforme du quinquennat. Mais en se limitant d'entrée aux seuls leviers de l'âge et de la durée des cotisations, son format et sa portée se réduisent déjà singulièrement.

C'est juré, la justice et l'équité seront le fil rouge des décisions, mais l'Élysée ne paraît pas très pressé de mobiliser au-delà des salariés, de nouveaux contributeurs argentés et de nouvelles ressources : revenus patrimoniaux, financiers etc. La crainte d'une réforme a minima n'est finalement pas à écarter, d'autant que le précédent des régimes spéciaux n'est pas si lointain. Là aussi, la réforme était « vendue » comme emblématique. Or, elle est loin d'avoir prouvé sa pertinence.

Si le gouvernement avance sur des oeufs, ce n'est pas seulement à cause du retour en force du PS et de la gauche. De sondage en sondage, les Français confirment un refus obstiné de travailler au-delà de 60 ans. De communiqué en communiqué, les syndicats s'arc-boutent à un rejet déterminé du recul de l'âge légal. Il serait d'ailleurs hasardeux de croire qu'ils puissent lâcher leur totem des 60 ans pour appuyer la réforme gouvernementale. Chacun se souvient du lourd tribut de « fuite » militante payé la CFDT pour son soutien à la réforme Fillon de 2003.

Pour éviter de buter sur le mur politique du symbole de la retraite à 60 ans, le gouvernement sait qu'il doit contourner l'obstacle. Jouer sur le levier de l'allongement des cotisations, mais aussi donner des gages substantiels sur deux fronts : la justice et l'efficacité.

La pénibilité et l'emploi se retrouvent au carrefour de ces problématiques. La pénibilité offre une belle chance de baliser le chemin d'une retraite équitable, à la carte, qu'il faudra bien, de toute façon, ouvrir un jour ou l'autre. Et l'emploi est la première garantie du financement des retraites. Les seniors sont évidemment en première ligne d'un dossier qui mérite mieux que les incantations et les hypocrisies que patronat et syndicats nous servent depuis de longues années. En occultant la question qui fâche : pourquoi finalement tant de salariés aspirent, en France plus qu'ailleurs, à décrocher avant 60 ans ?

La bombe et le "clapotis"


Il est drôle, quand on y pense, notre Président. Il n'y a pas si longtemps, il s'énervait tout rouge à Londres en présence d'un journaliste qui l'interrogeait sur les rumeurs concernant sa vie privée : "Je n'ai pas une demi-seconde à perdre avec ces élucubrations". Dont acte et passons à autre chose. Sauf que non. Plus d'un mois après, on patauge encore au cœur du navrant vaudeville républicain. La faute à qui ? Pas à Internet, cette fois. Ni aux tabloïds british. Encore moins à une nouvelle bourde de Pierre Charon, le conseiller de l'Élysée qui avait crié un peu vite au "complot organisé". Non, c'est l'intéressé lui-même qui, au détour d'une question, a remis les pieds dans le plat médiatico-matrimonial. "Tout ce petit clapotis n'a pas d'importance pour nous. Cela fait partie de la vie moderne, d'un système. C'est comme ça, il n'y a pas lieu d'en faire de commentaires". Étrange, tout de même, cette façon d'invoquer la discrétion tout en ranimant soi-même le "buzz". En langage stylistique, on appelle ça parler par prétérition. Et pour ceux qui n'auraient pas compris qu'il ne faut plus évoquer les affaires "insignifiantes", Nicolas Sarkozy a glissé quelques confessions sur son couple illustrant exactement l'inverse : "Nous menons une vie très calme. Nous sommes très proches l'un de l'autre et tout ceci est très exagéré". Ouf, voilà donc la France définitivement rassurée, si tant est que Carla n'ait pas été assez apaisante mercredi dernier à la radio. La France et l'Amérique. Car cette déclaration d'une aussi haute importance n'a pas été proférée chez Jean-Luc Delarue ou chez Mireille Dumas, mais lundi soir à Washington, lors d'une interview à la chaîne CBS. Certes, le chef de l'État n'avait pas traversé l'Atlantique que pour cela. Il avait également un rendez-vous. Oh, un truc de trois fois rien. Un sommet sur la sécurité nucléaire dans le monde. Une question qui ne pèse pas lourd, on en conviendra, face à une préoccupation autrement plus cruciale. Le débat sur la non-prolifération des "clapotis".


Didier Pobel

La pénitence de Martine Aubry


La réforme des retraites s'annonce aussi pénible pour le Parti socialiste que pour le gouvernement. A vrai dire c'est toute la société politique française, d'un extrême à l'autre, qui a semblé abasourdie, sonnée, et presque pétrifiée, à l'annonce des prévisions du COR à l'horizon 2050. Tout le monde redoutait ces estimations, pourtant, et personne ne s'en est vraiment étonné. Mais une fois écrites noir sur blanc, sans espoir d'erreur, elles produisent un effet psychologique que peinent à masquer les postures très attendues des uns et des autres.
Plus ou moins 100 milliards d'euros annuels, c'est un vertige absolu. Il a déstabilisé jusqu'à un Éric Woerth, comptable pourtant, qui, hier matin à la radio, peinait à en faire le tour... La difficulté à se représenter cette montagne colossale, à la comparer avec des recettes, favorise un certain déni. C'est une valeur tellement irréelle qu'on ne parvient pas à l'appréhender. En affirmant que « le gouvernement cherche à dramatiser », Martine Aubry a joué une carte trop facile, trop pipée, pour la chef de l'opposition qu'elle est. Simpliste, l'argument n'est pas à la hauteur du débat, ni de ses propres réflexions quand elle évoque la nécessité de remettre la retraite dans la perspective de la vieillesse.
A travers la stratégie d'évitement de la première secrétaire se profile un débat par défaut où le parler-vrai risque fort de ne pas avoir sa place. Tourner autour du pot pour éviter soigneusement de considérer l'augmentation de la durée de cotisation comme un levier quasiment inévitable, hélas, c'est être prisonnière à la fois des vieux dogmes et de l'émotion sincère d'une majorité de salariés.
Elle n'a pas été la seule. Un Laurent Fabius, ancien Premier ministre a embrayé sur l'obole supplémentaire des banques comme si, à elle seule, elle pouvait effacer l'ardoise de l'allongement sans précédent de la durée de vie. Les appétits présidentiels sont décidément incompatibles avec la franchise...
Chacun est attaché, avec raison, au principe de la retraite à 60 ans. Mais la solidarité intergénérationelle ne peut plus justifier un discours mécanique sur la protection aveugle et générale de cet acquis. Pour nos retraites comme pour l'environnement, il va bien falloir commencer à penser autrement si nous voulons préserver longtemps le système par répartition.
En stimulant la recherche de solutions nouvelles, la crise peut être un formidable accélérateur de modernité. Mais le monde politique, directement concerné ne veut pas se saisir de cette opportunité. Allons-nous devoir attendre jusqu'après 2012 pour le voir plus libre de ses approches intellectuelles. La retraite le met au pied du mur, l'oblige à parler différemment. La droite est dans son rôle traditionnel. La gauche saura-t-elle dépasser le sien pour offrir d'autres solutions ?

FESSEES - Y'en a qui se perdent

La fessée rendrait les enfants agressifs. C'est en tout cas ce qui ressort de l'étude réalisée par l'université Tulane (Louisiane). Ce châtiment corporel, devenu presque banal en France, aurait en réalité de graves conséquences sur le comportement futur de l'enfant
Quoi de plus efficace qu'une bonne fessée pour punir son garnement ? (AFP) Sur le moment effectivement, la douleur calme et l'enfant cesse bêtises et caprices. Mais à long terme, le châtiment physique ne ferait qu'empirer le comportement agressif de l'enfant, sans réellement le corriger. Difficile d'accepter que l'on s'y prend mal, pourtant, l'étude, sans vouloir culpabiliser les parents, est très claire sur les dégâts causés par cette violence familiale.


La fessée rend agressif
Le principal enseignement de cette étude américaine est que les enfants qui reçoivent une fessée à trois ans ont toutes les chances de devenir agressifs dès l'âge de cinq ans. L'expérience a porté sur un échantillon de 2.461 mères suivi entre 1998 et 2005 dans les vingt plus grosses villes des Etats-Unis. Près de la moitié (45,6%) ont affirmé ne pas avoir corrigé leur enfant d'une fessée au cours du mois précédant. Plus d'un quart (27,9%) l'avaient une ou deux fois et 26,5% d'entre elles l'avaient pratiqué plus de deux fois. Les enfants subissant régulièrement un tel châtiment ont montré davantage de signes d'agressivité dans leur comportement à partir de cinq ans. Des signes que nous connaissons bien : ''Insolence, cris, actes de cruauté et de méchanceté vis à vis des autres''. Catherine Taylor, chercheuse en santé publique à l'Université de Tulane, affirmait que ''certains se battent, exercent des menaces, voire détruisent des choses.'' La solution ne réside donc absolument pas dans le châtiment corporel. Seule la bonne vieille méthode du coin, parfois difficile à faire respecter, il faut bien le reconnaître, est recommandée par la très sérieuse American Academy of Pediatrics. L'enfant a ainsi le temps de réfléchir à son comportement et aux conséquences de ses actes.


Une correction banale en France
Une punition sans fessée, comment est-ce possible ? En France, la fessée est un acte jugé normal par une majorité de la population. On considère qu'une petite tape n'a jamais fait de mal à personne, elle forgerait le caractère, peut-on parfois entendre. Fin 2009, la député UMP et spécialiste de l'enfance, Edwige Antier avait déposé un projet de loi visant à faire interdire la fessée. Un échec puisque 82 % des Français sondés s'étaient déclarés hostiles à une telle loi. Récemment encore, d'après une enquête de l'Union des familles en Europe, 87 % des parents déclaraient avoir déjà donné une fessée, et 62 % la jugeaient ''bien méritée''. Même Dominique Versini, nommée Défenseure des enfants en 2006 (par décret du Président de la République), se dit ''hostile aux fessées à titre personnel'', mais ne voyait ''pas trop l'utilité de légiférer''. Depuis qu'elle a vu ''les trempes'' que recevaient certains enfants à la Réunion ou à Mayotte, Dominique Versini estime cependant qu' ''il n'y a qu'une loi qui peut arrêter ça''. Mme Antier expliquait : ''Il ne s'agit pas d'envoyer les parents en prison ni de les en menacer''. L'interdiction serait inscrite dans le Code civil, et ''l'article serait lu aux parents lors du mariage''. A titre argumentatif, elle ajoutait : ''Quand la Suède a interdit la fessée en 1979, 70% des parents y étaient opposés. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 10%".

La fessée, en plus d'avoir des conséquences sur le comportement futur de l'enfant, est aussi une forme de banalisation de la violence. 18 Etats européens l'ont déjà fait interdire. Les parents à la main leste feraient donc mieux de trouver un autre procédé de correction, car cette tape sans vertu éducative aucune, pourrait bien être amenée à disparaître.

Nos chers penseurs se comporteraient-ils désormais en censeurs ? J'en ai l'impression.

Présidentielle 2012 : quatre « jokers » en réserve pour la droite

La défaite des régionales et l'incapacité pour le moment du chef de l'Etat à reprendre la main ont libéré la parole des élus UMP, qui, à vingt-quatre mois de la présidentielle, se défient de plus en plus de Nicolas Sarkozy. Certains militent même ouvertement pour qu'un autre que lui soit candidat en 2012. Quatre outsiders se détachent.

Il y a quelques jours, le sénateur UMP Alain Lambert a ouvert une brèche : « Nicolas Sarkozy n'est pas en situation de faire gagner nos idées en 2012 », a-t-il asséné, critiquant « les méthodes » du chef de l'Etat « qui nous entraînent tout droit dans l'abîme ». L'ancien ministre du Budget n'est pas isolé : il a dit tout haut ce que nombre de parlementaires UMP susurrent sous couvert d'anonymat depuis la lourde défaite de la droite aux régionales. Aucun élu de la majorité ne croit réellement que Nicolas Sarkozy renoncera à briguer sa réélection. Mais certains se mettent à l'espérer, se tournant vers l'un des quatre « jokers » de la droite.

François Fillon, le recours

Son statut de présidentiable le flatte et l'embarrasse à la fois. Lorsqu'un premier sondage Ipsos paru début mars a fait de François Fillon le candidat à la présidentielle préféré des sympathisants UMP au cas où Nicolas Sarkozy ne se représenterait pas, le Premier ministre a commencé par sourire. Puis, très vite, pour calmer l'irritation du chef de l'Etat, il a cherché à couper court : « C'est de la science-fiction. » François Fillon candidat en 2012 ? L'idée est caressée par des parlementaires UMP qui se défient de plus en plus du style Sarkozy. Et, au Nouveau Centre, on explique que cette candidature-là serait « la seule » rendant inutile la présence d'un centriste au premier tour. Mais, voilà, des quatre « jokers » de la droite, François Fillon est le seul à dépendre - par sa fonction -de Nicolas Sarkozy. S'il a une endurance certaine, le chef du gouvernement ne peut ni ne veut jouer les rebelles. Lorsque le président lui demande de renoncer à participer au journal de 20 heures sur TF1 et à un vote de confiance au Parlement, il s'exécute. La seule différenciation qu'il s'autorise tient à ses plaidoyers répétés pour les réformes et la maîtrise de la dépense publique, car, au fond, le Premier ministre aimerait bien apparaître comme l'aiguillon réformateur du couple exécutif. En 2017, il aura soixante-trois ans, ce qui, même pour certains de ses proches, est jugé un peu vieux pour être candidat. Avant cela, François Fillon a une priorité : réussir sa sortie de Matignon, programmée pour l'automne.

Alain Juppé, l'outsider

Lui se pose ouvertement en recours pour 2012. Ouvertement - ce qui alimente l'hypothèse d'une autre candidature que celle de Nicolas Sarkozy -mais sans franchir le Rubicon : s'il « envisage » d'être candidat à des primaires pour la présidentielle de 2012, c'est seulement dans l'hypothèse où celui qu'il qualifie de « candidat naturel » ne se représenterait pas. « Je me sens un homme libre, aujourd'hui je n'ai de comptes à rendre qu'aux Bordelais. […] Mais je suis dans la majorité présidentielle, je souhaite que [le chef de l'Etat] réussisse », a-t-il expliqué vendredi sur Europe 1. L'ancien Premier ministre, âgé de soixante-quatre ans, qui demande « un effort de solidarité » des « très hauts revenus » dans la réforme des retraites, s'apprête à lancer son propre laboratoire d'idées, baptisé « Les Entretiens de Bordeaux ». Pour peser sur le fond en insistant notamment sur la justice fiscale et sociale. Son problème est qu'il n'apparaît pas aujourd'hui comme le mieux placé dans l'opinion. Selon un sondage Ifop, 65 % des Français et 54 % des sympathisants UMP estiment qu'il ne serait pas « un bon président de la République ». « Pour quelqu'un qui n'est pas très présent dans le débat national, cela constitue une bonne base de départ », a-t-il rétorqué dans « Le Monde » ce week-end, tout en réaffirmant n'avoir « jamais cru à la rupture » sarkozyste.

Jean-François Copé, l'aiguillon

Le chef de file des députés UMP, déjà dans la course pour briguer l'Elysée en 2017, continue de jouer les équilibristes, avec un objectif qu'il a jusqu'ici plutôt bien rempli : être au centre du jeu à droite. Convaincu que Nicolas Sarkozy se représentera en 2012 même s'il est en position difficile, soucieux de ne jamais apparaître comme celui qui pourrait faire perdre son camp (« Nous n'avons pas le droit de prendre le risque de la division »), Jean-François Copé s'est rapproché du chef de l'Etat et promet de faire campagne « à fond » pour sa réélection. Mais, comme il veut se faire entendre et démontrer aux électeurs qu'il a une colonne vertébrale plus forte que ses rivaux, il s'applique à défendre ses convictions. Quitte à faire entendre une voix discordante. C'est ce souci d'imprégner durablement l'opinion publique qui explique sa position sur la burqa, la parité hommes-femmes dans les conseils d'administration, la dette publique ou la publicité dans l'audiovisuel public (qu'il souhaite « plutôt » maintenir dans la journée). Non content d'utiliser son poste à l'Assemblée, où il surfe sur la réforme des institutions, l'ancien ministre du Budget dispose d'une autre tribune qui lui permet d'avancer ses idées et de tisser ses réseaux : son club Génération France. Lui a le temps : il fêtera le mois prochain ses quarante-six ans.

Dominique de Villepin, l'adversaire

Parmi les prétendants à la succession, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac est, à droite, un cas à part. Lui ne prend pas de gants. Lui est un rival déclaré de Nicolas Sarkozy et peut même le faire perdre. A cinquante-six ans, Dominique de Villepin se prépare à la bataille de 2012 en marge de l'UMP, que Nicolas Sarkozy se représente ou pas. Plus remonté que jamais contre le chef de l'Etat depuis le procès Clearstream, il met sur pied sa propre formation politique, qui verra officiellement le jour le 19 juin prochain, au lendemain du 70 e anniversaire de l'appel du général de Gaulle. Il travaille à un projet présidentiel (avec pour slogan « une République solidaire ») et, à défaut de s'être jamais frotté au suffrage universel, se montre « à l'écoute » des Français, avec un talent qu'on ne lui connaissait pas pour serrer des mains et tâter « le cul des vaches ». Depuis l'automne, il multiplie les déplacements sur le terrain, privilégiant pour l'instant banlieues et zones rurales. Vendredi, il était en Haute-Saône, sur les terres du député villepiniste Michel Raison, à l'occasion de l'assemblée générale des Jeunes Agriculteurs du département. Objectif : séduire les électeurs de droite déçus par Nicolas Sarkozy. Il est crédité par l'Ifop de 6 % des intentions de vote.
ELSA FREYSSENET ET PIERRE-ALAIN FURBURY, Les Echos

2012 – Ils ne pensent qu'à ça !


Les régionales étant passées, la prochaine échéance électorale sera présidentielle. En se rasant ou en ce maquillant le matin, une seule pensée dans la tête de nos politiques : 2012. A gauche, à droite et au centre, tous les chemins semblent mener à l'Elysée. Mais qui succèdera à Nicolas Sarkozy ?

N'en déplaise à l'ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, qui affirme que"la crise des Français" doit avoir la priorité sur"la crise politique", la course à la présidentielle est déjà sur toutes les lèvres.

Les opposants de gauche
Le Parti socialiste a décidé de reprendre son système de primaires mais cette fois-ci élargies à tous les partis de gauche satellitaires voulant y participer. Arnaud Montebourg, chargé de la rénovation du parti, a annoncé que le candidat socialiste devrait être connu à la mi-octobre 2011. Au total cinq candidats pourront se présenter aux primaires, s'ils obtiennent le parrainage et passent la"présélection avant l'été". Le concept n'est pas sans rappeler certaines émissions de téléréalité. Taper 1 pour Ségolène Royal, 2 pour Dominique Strauss-Kahn, 3 pour Martine Aubry, … La cote de popularité du président du FMI pourrait créer des surprises, s'il décide toutefois de quitter Washington. Face à la première secrétaire, la présidente du Poitou-Charentes laissera certainement tomber la fra-ter-ni-té et privilégiera la "bravitude" pour retenter sa chance après la défaite de 2007.
Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de gauche (PG), veut faire bande à part et se voit déjà candidat du Front de Gauche, même si les communistes du PCF ne sont pas prêts de le préférer à la plus discrète Marie-George Buffet.

Le centre revient à la charge
Le président du Nouveau Centre, mouvement centriste rattaché à l'UMP, Hervé Morin pense sérieusement à former un nouveau parti indépendant mais plus ou moins sur la même ligne politique que la majorité présidentielle. Ce parti de centre-droit permettrait de recréer un vivier de voix à la droite lors des prochaines élections, ce qui a cruellement manqué lors des dernières régionales. L'ancien ministre centriste souhaite rassembler la"diaspora centriste" aux dépens du MoDem de François Bayrou en pleine crise existentielle.

Les dauphins de la droite
L'ennemi juré Dominique de Villepin a déjà commencé sa tournée présidentielle alors que son parti ne sera officiellement lancé qu'en juin prochain sous le concept de "République solidaire". L'ancien Premier ministre casse son image trop proprette et parcourt les banlieues et le monde rural, alternant poignées de main aux jeunes et tapes sur le cul des vaches. Le chiraquien n'a plus rien à envier à son modèle. Un autre rescapé de la chiraquie, Alain Juppé,"envisage" de se présenter aux primaires de l'UMP si le chef de l'Etat décidait de jeter l'éponge."Je me sens un homme libre, aujourd'hui je n'ai de comptes à rendre qu'aux Bordelais", a précisé l'ancien Premier ministre, que 65% des Français, selon un sondage Ifop, ne verraient pourtant pas comme "un bon président de la République". Jean-François Copé, le patron des députés de la majorité, ne cache pas ses divergences avec le président et ses ambitions présidentielles. A seulement 46 ans, il pourrait cependant patienter jusqu'en 2017 pour se présenter. Le seul qui pourrait faire face au président d'après de récents sondages, reste le Premier ministre, François Fillon, populaire auprès des sympathisants UMP mais pas seulement. Pour les militants de gauche, le choix est vite fait entre un Sarkozy et un Fillon. L'intéressé, embarrassé par cette soudaine popularité, préfère parler de "science-fiction" que de réelle candidature.

Et Nicolas Sarkozy dans tout ça ?
Beaucoup d'élus de droite tiennent le président pour responsable de la débâcle des régionales."Il doit y avoir d'autres candidats que Nicolas Sarkozy", ose même déclarer le sénateur UMP de l'Orne Alain Lambert, qui a un petit faible pour Alain Juppé. La première dame, Carla Bruni-Sarkozy, ne serait pas non plus très enthousiaste à l'idée de passer 5 ans de plus à l'Elysée. Son père, peintre et écrivain, Pal Sarkozy, tient le même discours. Mais qu'en dit celui qui a tellement rêvé d'être président ? Les rumeurs, les sondages négatifs, les mécontentements face à sa politique ont-ils brisé ses ambitions d'un deuxième mandat ? Lors d'une interview accordée récemment à la chaîne américaine CBS, Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il déciderait de sa candidature à la présidentielle de 2012"à la fin de l'été ou au début de l'automne 2011". Que les prétendants au trône s'arment de patience, plus que 24 mois à tenir …


Damien Bouhours

mercredi 14 avril 2010

Le FMI souhaite encadrer les "mégabanques"

Le Fonds monétaire international (FMI) a préconisé mardi une ligne dure contre les plus grandes institutions financières, conseillant à ses Etats membres de se donner les moyens d'éliminer les risques qu'elles pourraient poser à l'ensemble du système. C'est le principe du "too big to fail" qui est directement visé.
La publication de ces recommandations intervient en plein débat législatif, aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, sur la réforme des structures de régulation financière. D'après le FMI, les propositions actuellement discutées ne vont pas assez loin pour empêcher une réédition de la crise qui avait suivi la chute de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers en septembre 2008. La faillite de la banque, que la Federal Reserve (banque centrale des Etats-Unis) avait refusé de sauver, avait entraîné un plongeon des marchés financiers.

POUVOIRS D'INTERVENTION

"Il y a eu un déluge de propositions de régulation après la crise financière", a relevé lors d'une conférence de presse à Washington un économiste du Fonds, Juan Solé. "Mais une caractéristique que nous avons remarquée dans la plupart de ces propositions est un manque de détails sur la conception et la mise en œuvre des mesures auxquelles appelaient ces propositions de réforme", a-t-il poursuivi. Dans un chapitre, publié mardi, de son "Rapport sur la stabilité financière mondiale" semestriel, le FMI se dit sceptique sur la création d'autorités surveillant le risque systémique si elles ne sont pas dotées de pouvoirs d'intervention suffisants.

En d'autres termes, il souhaite que les pouvoirs publics puissent supprimer à la racine tout risque de faillite pour des "mégabanques", qui sont des rouages essentiels à la fois dans l'activité de financement de l'économie et sur les grandes places financières du monde. "Il peut être nécessaire pour les régulateurs de concevoir la régulation de sorte à empêcher les institutions de poser des risques systémiques", a-t-il déclaré.

"LIMITER LA TAILLE DE CERTAINES ACTIVITÉS"

Le risque systémique, mis en lumière par le pic de la crise financière de l'automne 2008, illustre "l'idée que les difficultés que connaît un établissement financier peuvent avoir des retombées négatives sur d'autres", voire sur l'ensemble du système, rappelle le FMI. L'institution lance ainsi une proposition qui consisterait à "limiter directement la taille de certaines activités" des plus grandes institutions financières. Aucun exemple n'est cependant donné. En revanche, le FMI développe un mode de calcul de nouvelles normes de fonds propres pour les banques, pondéré en fonction des risques pris et posés par chacune. Le dispositif proposé augmente le niveau de capital immédiatement disponible exigé auprès des banques en fonction des actifs risqués qu'elles détiennent, ce niveau s'élevant automatiquement en période de tensions financières.

"A notre connaissance, c'est l'une des premières tentatives d'élaborer un mécanisme concret pour lier formellement les exigences en capital à la multitude des connexions systémiques d'une institution", a souligné la directrice de la division marchés de capitaux et monétaires du FMI, Laura Kodres.

Le FMI est membre du Conseil de stabilité financière, une institution de coordination entre régulateurs financiers de 24 pays associée aux travaux du comité de Bâle pour redéfinir le cadre réglementaire et comptable international s'appliquant aux banques.

Retraites: l'âge légal de départ est "évidemment en débat" (Woerth)

L'âge légal de départ à la retraite fixé à 60 ans est "évidemment en débat" dans le cadre de la prochaine réforme des retraites, a déclaré mercredi le ministre du Travail Eric Woerth qui a écarté toute hausse de cotisations.

"L'âge légal de 6O ans est évidemment en débat. (...) Au fond il ne faut pas avoir de tabou car c'est bien du sauvetage du système de retraites dont il s'agit", a souligné le ministre sur RTL.

"Quand vous vivez plus longtemps (...) vous devez passer plus de temps au travail, et vous passez aussi plus de temps à la retraite", a poursuivi le ministre avant d'ajouter: "mais vous devez aussi tenir compte des autres circonstances, notamment la pénibilité ou l'emploi des seniors".

Le conseil d'orientation des retraites (COR) doit officiellement rendre public ce mercredi son rapport, dont l'essentiel a déjà filtré, sur les besoins de financement des systèmes de retraite à l'horizon 2050 au lendemain du début de la concertation entre gouvernement et partenaires sociaux sur les pistes de réforme.

Le ministre a aussi écarté l'augmentation des cotisations comme possible financement supplémentaire.

"Quand vous regardez les chiffres du COR (...) vous oscillez entre 70 et 1OO milliards d'euros selon les circonstances à l'horizon 2050, donc on voit bien que ces chiffres ne sont pas atteignables par la fiscalité", a-t-il dit.

"L'impôt sur le revenu, c'est une cinquantaine de milliards d'euros (...) l'impôt sur les sociétés c'est à peu près pareil, donc il faudrait doubler ces impôts pour uniquement parvenir à l'équilibre", selon Eric Woerth.

"Quand il y a des problèmes de cette nature, structurelle, il faut passer par d'autres voies, et d'autres pays l'ont fait", a souligné le ministre.

Concernant la retraite des parlementaires, M. Woerth a estimé qu'on ne pouvait pas "demander un effort aux Français sans demander un effort aux parlementaires, ils en sont d'ailleurs bien d'accord".

"Je vais en parler avec Bernard Accoyer, Gérard Larcher (présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, ndlr) et les présidents de groupes dans les assemblées qui décident elles-mêmes de leur régime de retraite", a assuré Eric Woerth.

Interrogé sur des difficultés à reconstituer les carrières des fonctionnaires au delà de six mois, comme l'a avancé Jean-Luc Mélenchon, le président du Parti de gauche, le ministre a assuré qu'il n'en était rien.

"Il n'y a pas de problème pour reconstituer la carrière d'un fonctionnaire, ce n'est pas un sujet", a déclaré Eric Woerth.

Etaler de la crème solaire pour 850 euros la semaine

Le pôle touristique des Sables d’Olonne propose le « job de l’été 2010 » : étaler de la crème solaire sur les touristes, pour 850 euros par semaine, révèle le quotidien régional Ouest France. Les deux jeunes qui seront recrutés « viendront passer de la crème solaire et surtout conseiller les touristes sur la protection solaire », indique François Boche, directeur de l’Office du tourisme des Sables d’Olonne.
Des petites annonces devraient être diffusées dans les universités et les écoles supérieures liées à la santé pour recruter les deux étaleurs de crème solaire. Ils seront recruté via une agence d’intérim pour un job d’été qui durera du 10 juillet au 22 août, six semaines de travail rémunérées 5.000 euros.

Les deux étaleurs de crème seront installés sur la plage, dans un kiosque aux couleurs du partenaire qui fournira quelque 30.000 échantillons de crème solaire. Ils passeront de la crème en priorité aux enfants en présence de leurs parents, et sur le dos et les avant-bras des adultes.

Le site conçu pour le recrutement sera ouvert à partir du lundi 12 avril au soir, jusqu’au 26 mai. Les postulants pourront y poster leurs CVs et vidéos de 45 secondes. Ils devraient posséder quelques connaissances médicales, ainsi que des qualités d’animation.

Ils seront présélectionnés sur Internet de mai à juin, puis dix postulants seront retenus pour une sélection de deux jours, mi-juin, aux Sables d’Olonne, devant un jury qui désignera les deux gagnants.

Invisible

Trop de grève tue la grève. Notre Président s'était naguère vanté d'avoir rendu les grèves invisibles, par la grâce de son service minimum. C'était prématuré, mais il vient de trouver un allié : Didier Le Reste, patron des cheminots CGT. Parti seul ou presque à la bataille du rail, il est aujourd'hui dans la posture ridicule des ténors d'opéra qui chantent « Marchons, Marchons », mais restent immobiles. « Grévons ! », tonne Didier Le Reste, « poursuivons et amplifions le mouvement »… et pendant ce temps, la direction de la SNCF annonce un retour progressif du trafic à la normale. Mieux encore, en manager exigeant de la grève, il critique ses collègues de Sud-Rail pour insuffisance d'engagement. Et ça se mesure comment, l'engagement - en nombre d'usagers mis dans la panade ? Etonnant Monsieur Le Reste. Il prendra en juin sa retraite. Décoré de la gratitude éternelle de notre Président.

La rumeur : clapotis et sparadrap C'est fini, on n'en parle plus ? avaient juré la direction de l'UMP et l'entourage du Président voilà dix jours. Hier matin pourtant, Nicolas Sarkozy devait encore répondre à la télévision américaine sur LA rumeur de supposés déboires conjugaux du couple présidentiel : « Un petit clapotis sans importance. Avec Carla, nous menons une vie très calme. Nous sommes très proches l'un de l'autre et tout ceci est très exagéré ». Le clapotis fait pourtant beaucoup de bruit. Lancée sur le réseau twitter et reprise par le site du JDD puis la presse britannique, la rumeur a été alimentée par le conseiller Pierre Charon, vertement tancé par l'Élysée pour avoir mouillé Rachida Dati dans la propagation de la fausse nouvelle. La réaction de l'ex-garde des Sceaux, la plainte du chanteur Benjamin Biolay, également concerné par la rumeur, l'intervention du numéro 2 de la police assurant qu'il y avait eu une enquête alors que Carla Bruni Sarkozy affirmait le contraire sur Europe 1, révèlent d'incroyables cacophonies de communication. L'Élysée ne parvient pas à éloigner ce sparadrap qui agace les élus de la majorité énervés par la pipolisation de l'Élysée.

La lutte finale de Carolis


Rien n'est plus frustrant qu'un téléfilm amputé de sa deuxième partie. C'est même rageant quand on en est soi-même le héros malheureux... et qu'on est président de France Télévisions. Choisi en 2005 pour la qualité de son projet, Patrick de Carolis pensait avoir deux mandats devant lui. Dix ans pour mener à bien ses plans. Sauf coup de théâtre de dernière minute, il n'en aura eu que cinq, obligé de laisser son fauteuil, en août prochain, à un favori de l'Élysée.
Homme de caractère, plus chêne que roseau, l'ancien présentateur des Racines et des ailes, paiera la facture de sa rébellion ouverte, en 2008, contre la réforme de l'audiovisuel, et de son opposition affichée au nouveau mode de désignation présidentielle pour son propre poste. Passé le premier orage dans sa relation avec le chef de l'État, après que celui-ci eut mis en doute la spécificité du service public, il avait bien tenté une politique d'apaisement au point que son remplacement annoncé n'était plus si sûr. Au château, on hésitait... Mais avec son coup d'éclat d'hier matin, Carolis a sans doute ruiné, délibérément, ses dernières chances d'être confirmé dans ses fonctions.
En faisant voter par son conseil d'administration le report sine die de toute privatisation de la régie publicitaire de France Télévisions, il a non seulement ridiculisé les cinq représentants de son actionnaire - l'État - mais aussi infligé du même coup un camouflet à leur inspirateur, le président de la République.
Pas franchement révolutionnaire, pourtant, l'insolent a osé, satisfaisant la gauche, évidemment, mais surtout... une large majorité de députés UMP. Avant de partir, l'ancien chef du service politique de TF1 se sera offert le luxe, rare, de faire l'union sacrée derrière lui à l'Assemblée nationale. Ou presque. Un must...
Au Palais-Bourbon, en effet, il reste bien peu de partisans de la suppression totale de la publicité sur les antennes publiques programmée, par la loi, à la fin 2011. La crise aidant, Jean-François Copé a beau jeu, depuis quelque temps, de critiquer le hara-kiri imposé à France Télévisions, obligée de se priver de 200 millions d'euros de ressources sans pouvoir bénéficier, en contrepartie, d'une hausse de la redevance jugée inenvisageable par le gouvernement. Les réclames en journée, chacun, désormais, voudrait les garder... La réforme pourrait bien attendre. N'y a-t-il donc d'autre priorité plus importante aujourd'hui que le pactole que s'apprêtait à récupérer Stéphane Courbit et Publicis ?
Les plans présidentiels contrés, la réforme honnie pourra cependant resurgir dans quelques mois sous l'autorité d'un successeur de Carolis forcément plus accommodant. Le tempérament et l'esprit de liberté, quand ils motivent la résistance à l'exécutif, sont moins que jamais des atouts pour gravir l'échelle du pouvoir.


Olivier Picard

Le Pen et son régime de retraite


Oh là, que se passait-il donc ce lundi d'avril ? Y avait-il pénurie d'événements ou s'ennuyait-on ferme dans les rédactions ? Voilà bien, en tout cas, la question qu'on pouvait se poser en découvrant la foule de journalistes, caméras, micros ou stylos en main, venus "couvrir" hier la conférence de presse de Jean-Marie Le Pen. Car enfin quoi, il n'y avait tout de même pas besoin d'être mage pour deviner ce qui allait en sortir. Le fondateur du Front National ne sera pas candidat une nouvelle fois à la tête de sa tonitruante formation. OK, il l'avait déjà annoncé. Il partira "sans remords, ni regrets, ni repentir". On s'en doutait, l'inverse n'est pas vraiment le genre de la maison. Il sera remplacé par sa fille Marine ou par le député européen Bruno Gollnisch. Quel scoop ! Aucune information à glaner, vraiment, à travers toutes ces déclarations ? Si, ne soyons pas injustes. On a appris les dates du prochain congrès du parti d'extrême-droite. Ce sera les 15 ou 16 janvier 2011. Ouf, ça laisse un peu de temps pour se retourner. Cela dit, pour ceux qui tendaient bien l'oreille, il y avait sans doute mieux. Réécoutons cette petite phrase : "Passer la main, c'est dans l'ordre des choses, je ne suis pas éternel hélas ! Encore que... On peut s'attendre à tout avec les découvertes modernes". On guettait le tribun sur le seul terrain politique, voire du côté des dérapages plus ou moins contrôlés, genre dont il s'est fait le spécialiste. Or, le voici, tout à trac, plaisantant avec les limites de l'âge, clin d'œil à l'appui à l'au-delà. Au fond, elle était peut-être là, la véritable actualité de Le Pen. Dans cette façon de s'inviter, à brûle-pourpoint, dans le débat du moment. Pas étonnant s'il y avait autant de médias pour écouter un futur retraité de 81 ans, toujours en quête du bon régime, et qui aura cotisé à tous les combats, y compris les plus douteux.


Didier POBEL

Dans les couloirs du sommet nucléaire


Le club des puissances nucléaires est un club bien spécial. On y trouve les cinq membres du Conseil de sécurité de l'Onu (États-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine) ; deux ennemis jurés du continent asiatique, l'Inde et le Pakistan ; Israël, même si aucun officiel israélien ne l'a jamais confirmé ouvertement ; et l'infréquentable Corée du Nord. Huit de ces neuf puissances étaient présentes, hier, à Washington.

Spéciales, les règles du jeu le sont à plusieurs égards. Ce que ces pays nucléaires ont en commun, c'est aussi ce qu'ils gardent le plus secrètement. Ce qu'ils affirment vouloir combattre ¯ la prolifération ¯, c'est en fait ce qui leur a permis d'entrer dans le club. Ce qu'ils acceptent de voir soumis à un contrôle extérieur, c'est en général ce qui est technologiquement obsolète. En outre, le modérateur du débat ¯ la puissance américaine ¯ est aussi le seul à avoir à ce jour utilisé la bombe.

On devine le résultat. La complexité du dossier nucléaire le dispute à sa dangerosité. Et c'est davantage dans les couloirs qu'en assemblée générale que les discussions tenues hier à Washington, entre les quarante-sept leaders qui avaient fait le voyage, revêtaient le plus d'importance.

L'objet premier de ce sommet était de trouver des réponses aux menaces que les organisations terroristes, notamment Al Qaida, font peser sur un certain nombre de sites nucléaires à travers le monde. Un sujet qualifié de prioritaire par l'administration américaine. La rencontre aura permis de réaffirmer l'engagement d'une cinquantaine de pays à sécuriser les stocks nucléaires sensibles. Et de voir l'Ukraine, le Canada et le Chili montrer l'exemple en annonçant qu'ils allaient se défaire de leurs stocks d'uranium enrichi.

Pour autant, c'est surtout le dossier iranien qui a retenu l'attention. Et pour cause, c'est la nouvelle frontière du risque de prolifération. Téhéran travaille à la bombe et aspire à devenir la dixième puissance nucléaire. Ni les précédents trains de sanction, ni la main tendue américaine, ni les menaces israéliennes d'intervention militaire n'ont fait reculer d'un pouce le pouvoir iranien. Or, de l'avis de nombreux experts, un Iran nucléaire réveillerait la course à la bombe au Moyen Orient.

L'histoire le montre, l'effet domino est redoutable en matière de prolifération. En 1964, la Chine procéda à son premier essai nucléaire, déclenchant aussitôt, par rivalité stratégique, le programme de l'Inde qui, dix ans plus tard, procédait elle aussi à son premier essai. Le Pakistan, humilié par sa partition en 1971, emboîta le pas à New Delhi, et devint même le carrefour du marché noir de la bombe. Jouant un rôle décisif dans les programmes nucléaires de la Corée du Nord et de l'Iran.

Au demeurant, la récente signature du nouveau traité Start, entre les États-Unis et la Russie, ne solde qu'en partie l'héritage de la Guerre froide. Car la bombe pakistanaise et tous ses avatars sont aussi le fruit des alliances et retournements d' alliances de cette époque.

Est-il encore possible de stopper Téhéran ? Les Russes et les Chinois, dont l'appui est crucial à l'Onu, acceptent enfin de parler de sanctions, mais avec encore trop de bémols pour espérer en une action commune rapide. On a pu mesurer, hier, les bienfaits et les limites du multilatéralisme restauré par l'administration américaine. Si le monde devait compter une dixième puissance nucléaire à la fin de son mandat, Obama aurait perdu son pari.

Chirac et Strauss-Kahn personnalités politiques préférées des Français

L'ancien président Jacques Chirac et le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn sont les personnalités politiques préférées des Français avec 76% d'opinions positives, selon un sondage Ifop pour Paris Match à paraître jeudi.

Dans cette étude réalisée trois semaines après le second tour des régionales, M. Strauss-Kahn gagne trois points par rapport à mars, tandis que M. Chirac, qui était seul en tête le mois dernier, est inchangé.

Ils devancent l'ancien ministre socialiste Jack Lang (72%, +2) et le maire PS de Paris Bertrand Delanoë (69%, +3). Viennent ensuite avec 65% le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner (-1) et la première secrétaire du PS Martine Aubry (+4), à son meilleur niveau jamais atteint.

Après Jacques Chirac, la première personnalité de droite à figurer dans le classement est la benjamine du gouvernement Rama Yade (64%, -1), puis le Premier ministre François Fillon (63%, +2).

A gauche, Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, réalise la meilleure percée, gagnant sept points à 39%. Les ex-Premiers ministres Lionel Jospin (61%, +3) et Laurent Fabius (45%, +4) réalisent également de belles progressions.

A droite, c'est le nouveau ministre du Travail Eric Woerth qui enregistre la plus forte hausse (+9 points à 35%). Et l'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati la chute la plus importante (-5 à 48%).

Nicolas Sarkozy de son côté passe de la 35ème à la 40ème place du classement, avec 38% d'opinions positives (-2).

L'Ifop souligne la "progression générale des cotes de popularité des personnalités socialistes" et la "poursuite des progrès enregistrés dès le mois dernier par les personnalités écologistes".

Elle relève aussi "que l?écart entre les deux têtes de l?exécutif continue à croître au profit de François Fillon tandis que le président de la République perd encore deux points de bonnes opinions".

Par ailleurs, M. Strauss-Kahn reste le favori des Français face à Mme Aubry dans des "duels de préférence", 57% des personnes interrogées préférant le premier contre 41% la seconde, inchangé par rapport à juillet 2009.

En revanche Mme Aubry (58%) est préférée à Ségolène Royal (35%).

Ces duels de préférence, souligne l'Ifop, ne sont pas des intentions de vote.

Sondage réalisé par téléphone ou à domicile les 8 et 9 avril, auprès de 956 personnes de 18 ans et plus (méthode des quotas).

Normal, le premier ne peut plus faire de mal aux Français, le second n'en fait pas encore directement.

Réforme des retraites: Mélenchon, "la main de fer", ferait payer les riches

Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de gauche (PG), a affirmé mardi sur RTL que s'il avait à s'occuper de la réforme des retraites, il agirait d'une "main de fer" et que les riches paieraient.

"Si c'est moi qui m'en occupe, il y aura la main de fer pour que la répartition se fasse dans l'autre sens. Avec moi, les riches paieront. Je pense qu'ils entendent le message", a déclaré le député européen qui a fait un pas de plus lundi vers la présidentielle de 2012, en se disant "capable" d'être le candidat commun du Front de gauche.

"Les riches ne sont pas utiles en tant que riches. La richesse du pays doit être répartie autrement", a-t-il jugé.

"Certains Français s'enrichissent de plus en plus vite. Le déséquilibre est de plus en plus grand entre ceux qui captent tout et ceux qui ont de moins en moins", a ajouté M. Mélenchon.

Interrogé sur sa propre retraite d'ancien sénateur, M. Mélenchon a indiqué qu'il la liquiderait "le moment venu". Ne niant pas que le montant est confortable, l'élu entend "en effet en profiter".

"Je suis assez heureux d'avoir pu avoir ça mais mes pauvres parents n'ont pas eu la même chose ni mon grand-père qui est mort à la tâche", a ajouté l'ancien ministre de Lionel Jospin.

Dans un communiqué, M. Mélenchon dénonce également "une campagne d'affolement et de conditionnement" après l'annonce des premiers chiffres, non encore validés, du Conseil d'orientation des retraites (COR).

"L'hypothèse d'une population active stable jusqu'en 2050, le maintien au niveau actuel de l'emploi des femmes (15 points en dessous des hommes), un niveau de fécondité d'ores et déjà démenti par les faits (1,9 enfant par femme jusqu'en 2050 pour le COR alors qu'on était dès 2009 à près de 2,1 enfants par femme!), tout cela rend suspect tout le reste des affirmations et calculs de ce rapport", selon l'eurodéputé.

mardi 13 avril 2010

Lisibilité et équité


Éric Woerth a eu, hier, l’occasion de le mesurer en recevant successivement les dirigeants des organisations syndicales et patronales : la réforme des retraites – dont personne ne nie la nécessité – ne bénéficiera pas d’un accouchement sans douleur. La discussion sera rude. Il ne faut ni s’en étonner, ni s’en affliger. Le droit à profiter de la vie après des décennies de travail est un des plus grands et un des plus heureux progrès sociaux du XXe siècle. Un sujet aussi important pour l’équilibre à venir de la société française mérite que toutes les parties prenantes défendent clairement et même vigoureusement leur point de vue. C’est une étape obligatoire pour faire avancer les esprits.

Il faut tout mettre sur la table : l’âge légal du départ à la retraite, la durée de cotisation, le niveau des pensions, les régimes spéciaux de la fonction publique, le montant des prélèvements sociaux. Autrement dit : les contributions que pourront apporter les actifs mais aussi les retraités, les entreprises et les détenteurs de patrimoines à la pérennisation d’un système assurant des pensions décentes. Aucune piste ne sera suffisante à elle seule mais aucune ne doit être taboue.

In fine, la réussite de la réforme se jouera sur deux points : la lisibilité et l’équité. Le meilleur des projets perd de son efficacité s’il n’est pas compris par ceux auquel il est destiné. Il faut souhaiter que tous les acteurs du débat aient le souci de la simplicité des futurs dispositifs. D’autant plus que la complexité est souvent un moyen de dissimuler des inégalités. Or, c’est le second point, la réforme sera condamnée à l’échec si les Français n’ont pas la conviction que les efforts – dont chacun sait qu’ils seront nécessaires – ne sont pas équitablement répartis.

Les Verts: un parti stalinien comme les autres

Les Verts se revendiquent souvent comme un parti dénonçant la politique politicienne. Pourtant, le blogueur Super No remarque que les amis de Daniel Cohn-Bendit peuvent aussi être ceux de la droite! Vous avez dit paradoxal?
Musardant en ce dimanche après-midi, je me suis mis à lire le dernier numéro de «La Décroissance».
Toujours la même observation, ils deviennent un peu lourds à force de consacrer un article sur deux à descendre en flammes Dany Cohn Bendit ! Je pense que tous les lecteurs de «La Décroissance» ont compris depuis des lustres qu’il est libéral, écotartuffe, partisan de la «croissance verte» et dangereux, et qu’au vu de son influence, sa «popularité» et son aura médiatique, il mène le mouvement écologiste droit dans le mur… Du coup on aimerait bien pouvoir l’oublier un peu le temps de lire un autre article.

Néanmoins, on déniche fréquemment des perles. C’est ainsi que ce mois-ci, page 10, Teresa Maffeis, une candidate aux régionales sur la liste Europe-Ecologie de PACA, conduite par Laurence Vichnievski, raconte son calvaire et la manière assez particulière de «faire de la politique autrement» qui semble y prévaloir. Démocratie, transparence, qu’ils disaient.

Cet article est passionnant et terriblement révélateur : l’auteur y raconte son parcours de militante indépendante, les appels du pied des Verts pour qu’elle s’engage, ses hésitations puis son acceptation sous conditions… Une des conditions était d’avoir une place éligible… Ce qui lui fut accordé… Avant qu’on n’essaie de lui imposer une rétrogradation vers une position inéligible… pour laisser la place à une «parachutée» d’une «ex de la fondation Hulot», dotée d’un pedigree très «Vert», puisqu’elle fut candidate aux européennes de 1999 sur la liste de Sarkozy, Madelin et Hortefeux ! Ils ont même été obligés de bidouiller à la hâte sa «page Facebook», pour en supprimer les faits d’armes les plus compromettants, comme de vulgaires staliniens…

Il paraît que la présence de personnes de droite est une volonté imposée «d’en haut», par… Dany Cohn-Bendit ! Ah, merde, encore lui !

Teresa Maffeis a préféré s’exclure d’elle-même du mouvement plutôt que de cautionner cette mascarade… Et la morale est sauve, puisque l’écolo de droite a été tranquillement élue…

C’est curieux, puisqu’en Lorraine il y avait aussi une ex-candidate de la liste Longuet sur la liste «Europe-Ecologie», puis sur la liste PS de Masseret après la fusion… Cette candidate de droite a elle aussi été élue sur la liste de «gauche»…

Pas étonnant cette affinité entre «Europe-Ecologie» et le Modem, ces alliances à venir : il veulent tous «faire de la politique autrement»… C’est à dire exactement comme les autres…

Depuis Brice Lalonde, les Verts ont toujours été la risée de la politique, vendangeant leur potentiel par des querelles ridicules et des leaders qui auraient mieux fait de rester dans le rang. Il est assez désespérant de constater que le premier qui a réussi à mettre tout le monde au pas derrière lui a complètement sacrifié le côté écolo au profit de l’efficacité (et de la soupe) électorale.

Finalement ils ont raison à «La Décroissance» : tant que cet hurluberlu et sa clique de vendus imposeront leurs idées abracadabrantesques au principal mouvement “écologiste” français, le seul qui pourrait faire la nique au PS et entamer un vrai changement dans la manière de faire de la politique, il n’y a paradoxalement aucun changement à en attendre, seulement le désespoir de voir continuer à prospérer les petites ambitions minables, les calculs d’épicier à deux balles, les reniements, et pour finir le libéralisme qui continuera de plus belle, tout juste repeint en vert pâle.

Il semble qu’il y ait encore de vrais écolos chez les Verts et à Europe Ecologie : qu’ils se réveillent, et qu’ils l’expulsent, leur imposteur malfaisant… Avant qu’il ne soit trop tard…

NICOLAS SARKOZY SUR CBS EN VO


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Le rêve de la règle d'or


Pour graver dans le marbre de notre pacte républicain l'obligation d'avoir des comptes publics équilibrés, point n'est besoin de modifier la Constitution. Il suffirait d'inscrire dans une loi organique ce principe que l'on appelle aussi communément qu'abusivement la « règle d'or » des finances publiques. Ce serait aussi efficace et moins aventureux. Voilà l'astucieuse recommandation que s'apprête à faire à Nicolas Sarkozy la commission présidée par l'ancien directeur général du FMI, Michel Camdessus, auquel il a été demandé de plancher sur la faisabilité de cet engagement présidentiel réitéré en début d'année 2010.

Faire de l'excédent structurel, après trois décennies de déficits chroniques, la norme de tout exercice budgétaire et le préalable de toute politique publique, l'objectif n'est naturellement pas contestable. Le moyen envisagé laisse, en revanche, dubitatif. Qu'elle figure dans la loi constitutionnelle ou dans une loi organique, une règle d'équilibre budgétaire risque fort d'être à la fois inappliquée, incohérente et inopportune.

La promesse de sa mise en oeuvre effective serait crédible si l'exécutif appliquait les règles, pourtant moins contraignantes, dont il s'est déjà doté. L'une d'elles impose de compenser chaque dépense fiscale nouvelle par une économie de dépense. Or, quoi que l'on pense du bien-fondé de la baisse de la TVA dans la restauration, les 3 milliards d'euros qu'elle coûte à l'Etat n'ont pas été gagés.

Une autre de ces règles, édictée en 2004 par Nicolas Sarkozy alors ministre de l'Economie et des Finances, oblige à affecter les plus-values de recettes fiscales à la baisse des déficits. Cela ne fut pas le cas à l'été 2007 et cela pouvait se comprendre dans le contexte économique de reprise. Mais l'exécution du budget 2010 servira de test de vertu.

L'application d'une même loi d'équilibre à l'Etat, à la Sécurité sociale et aux collectivités territoriales poserait aussi un problème de cohérence. Car si l'on conçoit bien que le budget puisse, voire doive, être en déficit en fonction du cycle économique, il n'en est jamais de même de l'assurance-maladie, des régimes de retraite et des allocations familiales, dont les prestations ont vocation à être intégralement couvertes, en temps réel, par des cotisations. Or cette règle de notre « Constitution sociale » sommeille depuis plus d'un quart de siècle.

Enfin, la gestion des collectivités locales, empêchées de voter des budgets en déficit, montre que, loin d'être toujours vertueuse, une règle trop contraignante peut, parfois, entre de mauvaises mains, ou dans de mauvaises circonstances, conduire au vice de l'augmentation des impôts. Que la règle d'or dorme n'est pas forcément un cauchemar.

Laurence Parisot

La présidente du Medef a réussi une prouesse propre à donner des raisons d'espérer à tous les politiciens tombés au plus bas dans les baromètres de popularité. Critiquée pour son manque de réactivité face à la crise, vilipendée par la puissante UIMM, décriée pour son management autoritaire, l'ex-patronne de l'Ifop apparaissait en mauvaise posture au terme de bientôt cinq ans à la tête de l'organisation patronale. Mais voilà que « Lolo », après avoir frôlé la chute, vient de réussir un rétablissement aussi spectaculaire que ceux dont elle est coutumière sur ses skis nautiques, son sport de prédilection. A moins de trois mois des élections internes, la pugnacité de la célibataire aux yeux bleus a découragé les outsiders potentiels. Ce n'est pas pour rien que la biographie de cette fille d'un industriel du meuble, née en Franche-Comté il y a un demi-siècle, s'intitule « Une femme en guerre ». Elle a cédé à un fonds le fabricant de placards Optimum, mais va retremper son optimisme à Saint-Barth, où elle possède une maison et des intérêts dans le tourisme. Passionnée d'Art nouveau et de surréalisme, elle compte parmi ses dernières acquisitions une oeuvre de Quik, un tagueur. Pareille prédilection pour un art éphémère peut paraître logique de la part de celle qui déclara un jour : « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »

Trop tard ?


La réforme des retraites est-elle seulement possible en France ? La question peut paraître iconoclaste au lendemain de la première concertation entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Elle n'en est pas moins posée. Quand le décalage entre cet immense dossier d'avenir et le débat fossilisé qui s'annonce est aussi gigantesque, comment ne pas craindre un nouveau dialogue de sourds ?
Tout se passe comme si aucun des acteurs de cette négociation n'était décidé à faire aboutir un texte de progrès. Les trois leviers qu'on peut actionner pour assurer le financement des retraites sont bloqués : la hausse des cotisations est écartée d'emblée par le patronat et le gouvernement ; la modification de la durée de cotisation est rejetée par les syndicats. Quant à la diminution des pensions, n'en parlons même pas.
Le calendrier des discussions, pourtant, balaie un éventail assez large de situations. Chacun pourrait y trouver du grain à moudre, selon la célèbre formule d'André Bergeron... Mais ces rencontres viennent presque trop tard quand les positions des uns et des autres sont déjà figées par un quinquennat essoufflé, par la crise et par l'affaiblissement politique du président.
C'est au début de son mandat que le chef de l'État aurait dû mettre le problème sur la table, comme l'a fait, d'emblée, Barack Obama après son élection pour accoucher au forceps de sa réforme de la sécurité sociale. Certes, il est toujours plus facile de réécrire le film après coup, mais il y avait peut-être d'autres urgences, à l'été 2007, que le bouclier fiscal... Aujourd'hui, avec un capital de popularité aussi faible comment le président peut-il prétendre peser dans un jeu aussi complexe à deux ans d'un nouveau rendez-vous de la présidentielle ?
Le gouvernement, de son côté, semble déterminé à conclure un texte pour l'été. Cette fois, il faut avancer n'est-ce pas, comme le dit sans ambages Éric Woerth ? Et les données de l'équation sont connues depuis longtemps, effectivement. Certes. Mais en imposant d'emblée un compte à rebours invisible aussi contraignant, le ministre du Travail prête le flanc aux soupçons de ses interlocuteurs : une précipitation préméditée avec une accélération finale pendant la coupe du monde, quand les esprits sont ailleurs.
Dans la confusion d'hier, même la notion d'urgence a été remise en question. Autrement dit, on est reparti en arrière, au-delà, même, de la case départ... Seule la pression de la société toute entière pourrait faire pression sur les partenaires sociaux pour les contraindre à trouver un accord. Mais, elle-même confortée par l'exemple d'en haut, elle semble immobilisée par ses contradictions et ses frilosités : tout le monde est pour la réforme... à condition qu'elle ne change rien. Rien de nouveau sous le soleil..., hélas.

Face à la crise, penser collectif

Il y a quelques années, l'essayiste américain Jeremy Rifkin annonçait l'entrée dans une ère nouvelle : « L'âge de l'accès ». Les marchés laissent la place aux réseaux, les biens aux services, les vendeurs aux prestataires de services et les acheteurs aux utilisateurs. La notion d'accès se substitue à celle de propriété.

Dans l'économie immatérielle, celle d'Internet, l'important, expliquait Rifkin, n'est pas de posséder des biens mais d'accéder à des informations et services. Un exemple : au lieu d'acquérir le DVD d'un film, il est plus simple d'acheter le droit de le visionner à la demande. Pas d'encombrement et un coût quatre à cinq fois moindre. D'où sa prophétie : « D'ici à vingt-cinq ans, l'idée même de propriété paraîtra singulièrement limitée, voire complètement démodée, à un nombre croissant d'entreprises et de consommateurs. »

Si cette pratique se généralisait, on verrait la consommation de services se substituer à celle des objets qui les fournissent. On pense au Velib'(vélos en libre-service) et bientôt, sans doute, à l'Auto-lib', déjà expérimentée en Allemagne ou au Québec. À Londres, une entreprise propose des voitures accessibles dans de nombreux lieux, par simple carte à puce. Et un peu partout ¯ y compris en France ¯ se créent, dans certains éco-quartiers, des buanderies et même des chambres d'amis communes aux copropriétaires.

Le mouvement est lancé. Pourquoi ne pas l'amplifier ? C'est ce que suggère Paul Ariès : « Pourquoi, écrit-il, ne pas mutualiser ses achats quand on sait qu'on ne tond pas la pelouse tous les matins ? Qu'on peut partager livres, disques et DVD, ce qui permet non seulement de faire des économies, mais aussi de discuter par la suite de leur intérêt et du plaisir qu'on y a pris ? » (1).

Derrière cette économie « des biens partagés », percent une pensée et une pratique nouvelle de l'accès aux services. Ainsi, avec un souci de la qualité contre la « malbouffe », illustré par les Amap (Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne), des consommateurs s'engagent à acheter, toute l'année, des paniers de fruits et légumes à un producteur en s'associant au choix des produits.

Cette évolution pose de vraies questions. Et l'emploi ? dira-t-on. Dans l'industrie automobile, par exemple ? Elle devra inventer du neuf, non seulement de nouveaux modèles moins polluants, mais de nouveaux services de prestataires de transport automobile. Michelin n'est-il pas en train de développer la location de pneus performants dont la durée de vie a été multipliée par 2,5 ? C'est une piste intéressante.

Par ailleurs, la propriété collective n'est-elle pas une cause d'irresponsabilité et d'embrouilles ? Le problème est réel si l'on en juge par les dégradations infligées aux Velib'. La solution passe par le développement d'une culture de la gestion commune, alors que nous sommes imprégnés d'une culture de la propriété privée. L'éducation à un esprit de copropriétaire responsable, dès le plus jeune âge, peut permettre de parer aux dérives. Cela prendra du temps. La crise actuelle laisse-t-elle d'autres choix ?

Utopie ? Peut-être, mais elle devient nécessaire pour imaginer un avenir qui ne pourra pas être la simple reconduction du présent.

(1) « La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance », La Découverte, 2010.

(*) Professeur de droit publicà Brest.