TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

jeudi 13 décembre 2012

2012, le retour du tiers-état

Le tiers-état, après avoir donné sa sueur, a autrefois donné son sang ; demain, il se contentera de donner son congé.
Dans la France de l'Ancien Régime, le tiers-état finançait par l'impôt et le travail forcé la noblesse et le clergé. La noblesse par sa naissance, le clergé par sa vocation au service du salut de tous. Heureusement, cette France a disparu ; les privilèges ne sont plus, sauf ceux accordés à deux castes, récompensant la condition pour les uns et la vocation au service de l'intérêt général pour les autres ; et le tiers-état, une nouvelle fois composé des producteurs et créateurs de valeur, est heureux de contribuer au confort de ces deux castes, bien qu'on ne lui en laisse pas le choix.

La morale altruiste, inlassablement déclinée par un clergé dévoué corps et âme à l'intérêt général avec l'argent des autres, fait financer par les impôts toujours plus élevés du tiers-état le logement, la santé, l'éducation, l'improductivité, l'emploi d'une caste évidemment noble et irréprochable à laquelle sa naissance n'a accordé aucun avantage ou à laquelle des accidents de la vie ont permis de s'élever au rang d'improductifs chroniques. Il serait honteux que cette noblesse défavorisée n'en vienne à travailler, car gagner de l'argent par son propre effort ne lui rendra pas sa dignité.
A l'inverse des possibles succès du tiers-état pour lesquels il ne tirera aucun crédit, les privilèges consentis à la noblesse de condition par le clergé d'Etat sont à attribuer à sa bienveillance, bien qu'ils seront financés par le tiers-état. Ces intermédiaires entre le commun des mortels et l'intérêt général sont nécessaires au fonctionnement harmonieux de la société ; sans eux, point de salut, ni pour la noblesse de condition qui n'aurait aucun moyen d'imposer ses revendications de faire financer un confort toujours croissant par les autres, ni pour le tiers-état qui n'aurait alors aucun moyen d'atténuer un peu la culpabilité que sa compétence lui impose.
Le clergé peut accorder à l'envi les titres qui siéent à l'intérêt général de ses membres et surtout à ceux de la noblesse de condition : précaire, mère célibataire, chômeur, travailleur pauvre, famille nombreuse, serviteur de l'Etat, autant de titres donnant droit à des avantages sans contrepartie. Il fera financer les droits accordés par ces titres par le tiers-état qui, compte tenu de l'accroissement du nombre de titres, verra la pression fiscale augmenter progressivement, tirant les moins productifs vers la noblesse de condition, poussant les plus productifs à l'exil et laissant les autres à la merci des prochaines exigences de l'intérêt général.
Il se trouve même des membres du tiers-état pour chercher la proximité du clergé, ses faveurs et son appui, sacrifiant une partie de leur liberté pour bénéficier d'avantages que les autres membres du tiers-état paieront. Ces bourgeois, comme les membres du clergé, cherchent à pérenniser l'avantage qu'ils ont, ce qui suppose d'empêcher les autres d'accéder par leur effort à la même situation ; les barrières à l'entrée qui seront érigées contre les uns seront pour les autres une confortable forteresse.
Cet ensemble d'avantages, de droits acquis par la condition et de devoirs acquis par l'effort composent la société française d'aujourd'hui. On sait pourquoi l'Ancien Régime s'est achevé : le tiers-état n'en pouvait plus de financer les privilèges des autres castes. On se demande pourquoi celui-ci s'achèvera : le tiers-état en aura-t-il une nouvelle fois assez, ou les privilégiés se révolteront-ils contre ceux qui financent leurs avantages et ne parviendront plus à répondre à leur appétit toujours croissant ?
Quoi qu'il en soit, le tiers-état, après avoir donné sa sueur, a autrefois donné son sang ; demain, il se contentera de donner son congé.

Hugo et compagnie

Hugo et compagnie 


Jean-Marc Ayrault contre Depardieu (alias Jean Valjean dans Les Misérables) : le duel aurait sûrement passionné Victor Hugo. Seulement, « Jean Valjean » est devenu un acteur renommé qui, à l’entendre, a choisi sa valise plutôt que le cercueil fiscal. Depardieu, qui aime les rôles démesurés, ne peut guère prétendre au statut de bagnard en rupture de ban. Son adversaire, Jean-Marc Ayrault, n’est pas l’inspecteur Javert, même s’il roule des yeux pour impressionner les méchants capitalistes.
En revanche, une chose est sûre : il y a bien en France des pauvres, et ils sont de plus en plus nombreux. Ces « misérables » du XXI e siècle survivent, entre aumônes privées et plans d’urgence gouvernementaux, sans savoir vraiment s’ils réussiront à sortir de leur détresse. Leur avenir est d’autant plus incertain que l’Etat est pauvre et les Français, donateurs potentiels, plus démunis qu’auparavant.
Le gouvernement a annoncé qu’il compte, d’ici 2017, mettre 2,5 milliards d’euros sur la table pour éviter une paupérisation grandissante. Où trouvera-t-il cet argent ? Il y a fort à parier que les contribuables seront appelés à la rescousse, d’une manière ou d’une autre. Et, comme tous ceux qui sont abonnés au fisc n’ont pas les moyens d’aller en Belgique, ils n’auront d’autre choix que de payer.
D’emplois aidés en allocations diverses, le gouvernement tente de colmater les brèches sociales dans la coque du paquebot France, quitte à creuser d’autres trous en maniant la hache fiscale. Notre pays peine à créer de la richesse. Ce n’est pas nouveau. De gauche comme de droite, les majorités successives ont vécu d’expédients ou d’illusions, comme quand le président de la République répète que la crise de l’euro est derrière nous. Bien au contraire, nous sommes au cœur de la tempête. D’autres pays sont bien plus touchés que la France, d’accord. Mais cela ne réjouira pas les millions de pauvres et tous ceux qui craignent de le devenir.
La question est bien de savoir si la France a encore la volonté et la capacité de rebâtir une économie, faute de quoi, Marianne n’aura plus qu’à s’exiler, elle aussi en Belgique. Il reste encore de la place à Waterloo.

L’UMP : produits « avariés » ?

L’UMP : produits « avariés » ? 


Mardi soir François Fillon et Jean-François Copé se sont de nouveau rencontrés. Cinquième rencontre (pour la frime ?) depuis le 18 novembre, et qui, comme les précédentes, s’est conclue sur un constat de désaccord. Le matin même, Fillon avait lancé au micro d’Europe 1 un impérieux : « Ça suffit ! » Devenu jusqu’au-boutiste, l’ex-Premier ministre semble plus résolu que jamais à mettre la pression sur son rival. A travers notamment l’initiative de deux de ses partisans : Bernard Accoyer (ex-président de l’Assemblée nationale) et Gérard Larcher (qui présida lui le Sénat).
Les deux hommes réclament l’organisation dans huit jours d’un référendum auprès des élus UMP, qu’ils souhaitent réunir mardi prochain. Un référendum pour convaincre le président en titre de l’UMP – « imposteur » et « putschiste » – de se soumettre à un « nouveau processus électoral », qui se déroulerait, selon une déclaration de François Fillon, « dans un délai raisonnable, au printemps prochain, en tout cas avant qu’on n’entre dans la préparation de cette succession d’élections locales et nationales qui nous attend ». Mais Copé ne veut rien céder sur le calendrier.
Nous nous interrogions hier dans Présent : et si le « succès » – même guillemetté, comme disait Jacques Perret qui a développé toute une théorie sur l’art du guillemettage et de son bon ou mauvais usage en matière journalistique – des candidats de l’UMP lors des trois élections partielle ne faisait que conforter les deux sabreurs fous dans leur antagonisme belliqueux ? Supprimant du même coup « l’électrochoc » nécessaire qu’aurait pu être pour le parti de l’ex-majorité une débâcle électorale retentissante ? Limitée certes à trois circonscriptions, mais suffisante pour déclencher l’alerte rouge, même dans les cerveaux embrumés d’arrivisme et de fureur destructrice des deux Ostrogoths en guerre tribale… Au lieu de cela, cette « victoire » en trompe-l’œil (il ne s’agit certes que d’un premier tour, mais la gauche paraît dans l’impossibilité de renverser la tendance dimanche prochain) peut provoquer chez les dirigeants de l’UMP une illusoire impression d’euphorie… Et convaincre ainsi les deux duellistes enragés, puisque les électeurs n’ont pas tous déserté, qu’ils peuvent continuer leur baston de chefs de gang en toute impunité. Hypothèse vers laquelle les deux pugilistes se dirigent.
Oxygénation pour UMP oxydée
Fillon explique : « S’il s’agit de revoter avant l’été avec une réforme des statuts en ouvrant complètement le jeu à de nouvelles candidatures pour assurer une sorte de réoxygénation de notre parti politique, j’y suis favorable. » Il envisage même la perspective de n’être pas lui-même candidat : « Je ne me bats pas pour moi. Ce n’est plus le sujet. » Quel est donc le sujet ? « C’est un nouveau départ pour l’UMP. Il faut des nouveaux candidats (exit donc Copé), il faut une nouvelle campagne, il faut des nouveaux statuts qui fassent en sorte que cette élection puisse être irréprochable. » Fillon accepterait de n’être plus candidat à condition bien sûr que Copé se retire aussi.
Mais ce dernier reste sur la position qu’il a exprimée lundi soir à Chartres : « Le plus important, dans les quinze mois qui viennent, est de se mettre ensemble pour gagner, en 2014, les élections municipales. » Après quoi, parole d’Iznogoud, il remettra son mandat en jeu. Sauf bien sûr si l’UMP reconquiert des municipalités. Copé argumente : « Faut-il se retaper une deuxième fois ce que nous venons de vivre avec les mêmes statuts ? Les mêmes causes produiraient les mêmes effets, ce serait suicidaire. » Pour empêcher ces « mêmes effets » il suffirait peut-être de supprimer la triche, cause principale de tout ce chambardement ? Et sans doute, changer aussi les candidats… C’est le souhait semble-t-il de plus en plus de militants et de sympathisants au sein de l’UMP. Une suggestion qui agace Copé : « Je serais élu pour deux cents ans, je dirais “OK, il y a un problème” : mais là je le suis pour trois ans et je propose de couper mon mandat par deux. »
A ceux qui demandent sa démission, Copé leur répond par un slogan emprunté au film La vérité si je mens : « Donnez la chance au produit ». A quoi les fillonnistes répondent : « Pas la peine : le produit est trop avarié ». Leur champion n’est pourtant pas très frais lui non plus…
Les deux camps de l’UMP « échangent », se console un élu du mouvement… Mais ils « échangent » surtout des gnons (au sens métaphorique) plutôt que des idées.
Un navet indigeste
Le Monde de mercredi rapportait cette apostrophe d’un « vieux militant » à Jean-François Copé : « Pendant qu’on se bagarre les socialistes rigolent. Soit on revote, soit on se met d’accord, mais qu’on arrête notre cinéma. » Coupez ! comme disent les metteurs en scène mécontents. Il y a en effet trop de longueurs, trop de redites, trop de cabotinage de la part des deux premiers rôles pour ce scénario burlesque sur pellicule sépia… Les spectateurs déçus trépignent de colère ou pire encore, commencent à bâiller d’ennui. Certains commencent même à sortir de la salle sans attendre le dénouement… Et les plus furieux d’entre eux, s’estimant grugés, réclament d’être remboursés : ils avaient cru voter pour un remake de Nicolas Sarkozy et se retrouvent devant un navet indigeste et légèrement débile, signé par deux tâcherons irréconciliables.

mercredi 12 décembre 2012

François Hollande réussira-t-il à conserver une majorité politique jusqu’à la fin de son quinquennat ?

L'autorisation du mariage gay et de l'adoption pour les couples homosexuels était l'une des promesses de campagne de François Hollande. En attendant la décision de l'Assemblée nationale le 26 décembre, le PS, par le biais de son Premier secrétaire, Harlem Désir, maintient la pression sur le président de la République en lançant une pétition.

Harlem Désir, le Premier secrétaire du Parti socialiste, a lancé une pétition en faveur du mariage et de l'adoption pour les couples homosexuels. Comment interprétez-vous ce geste ? S'agit-il d'un moyen de faire pression sur François Hollande qui semble temporiser sur le sujet ?

Gérard Grumberg : Pour le Parti socialiste, le mariage gay est l'occasion de reprendre un peu l'initiative compte tenu du fait qu'il ne pouvait la prendre sur la politique économique et européenne de François Hollande. D'autant plus que les socialistes craignent la mobilisation des adversaires du mariage homosexuel. Le souvenir de la situation de 1984, avec la mobilisation pour l'école privée, qui avait obligé le gouvernement de Pierre Mauroy à reculer, est toujours présent dans les esprits. Cette pétition est une manière pour le PS de déplacer le terrain du débat et de montrer qu'il existe.

Comme on l'a vu sur le dossier de Florange ou sur le pacte de compétitivité, François Hollande a choisi une orientation économique sociale libérale.  Du coup, est-il obligé de donner des gages à sa majorité sur les questions de société ?

Sur les questions de société, sur le mariage homosexuel comme sur le droit de vote des étrangers, François Hollande a été assez clair et assez en pointe durant sa campagne. Mais lorsque vous devenez président de la République, vous êtes plus sensible à désamorcer les débats qui peuvent diviser le pays. C'est ainsi qu'en 1984, François Mitterrand avait choisi d'abandonner son projet d'école unique. Je pense que le président de la République souhaite tenir ses promesses électorales sur ces questions. Mais, avec les problèmes économiques et sociaux qu'il rencontre, il se rend compte que ce sont de nouveaux champs de division dans le pays et aborde ses problèmes avec plus de précautions que le PS.
Même s'il a fait beaucoup de pas dans la direction sociale-démocrate, le Parti socialiste n'est pas vraiment enthousiasmé par la politique économique menée par François Hollande. Ce n'est pas dans sa culture. Par conséquent, le PS peut vouloir marquer sa différence en se battant sur les questions de société. Si le PS a bien compris que pour des raisons d'arithmétique parlementaire, le droit de vote des étrangers serait enterré, il veut être en pointe sur la question du mariage homosexuel.

Interrogé sur Europe 1, l'ancien conseillé de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson a jugé que "la base électorale de François Hollande était trop étroite" et que dans ces conditions "une dissolution était de plus en plus probable". Partagez-vous ce point de vue ?

Tant que le chef de l'Etat dispose d'une majorité favorable à l'Assemblée nationale, il n'a pas de problèmes absolument fondamentaux. Même s'il pourrait espérer une base électorale plus large, la manière dont fonctionne les institutions permet à François Hollande de gouverner dans la stabilité. Quant à la dissolution, Jacques Chirac nous a montré qu'il est toujours extraordinairement risqué de faire de nouvelles élections puisqu'en général on les perd.

Le président de la République va-t-il néanmoins devoir faire des concessions à l'aile gauche du PS et à ses alliés pour conserver une majorité unie ?

François Hollande est un président socialiste élu par la gauche. Il est bien obligé d'en tenir compte, mais il est aussi soumis, comme tous les dirigeants européens, à des pressions contradictoires : d'un côté la nécessité d'aller dans le sens de l'intégration européenne et donc de mener des politiques de rigueur, et de l'autre coté, les demandes de l'électorat et de son propre parti.
Certains pays ont résolu cette contradiction, au moins temporairement, en élargissant les bases du gouvernement aux grands partis du centre-gauche et du centre-droit. C'est ce qui s'est passé en Hollande ou en Grèce. C'est aussi,d'une certaine façon, ce qui s'est passé en Italie avec le gouvernement Monti. Les grands leaders sont soumis à des contradictions très fortes entre lesquelles ils doivent naviguer. C'est leur rôle et ce n'est jamais simple.

François Bayrou a justement lancé un appel à l'unité nationale. Le Modem peut-il intégrer la majorité ?

Le problème du Modem, c'est qu'il n'existe pas d'un point de vue parlementaire. François Hollande n'a donc aucun avantage à élargir sa majorité. Compte tenu des pressions qu'il subies de son aile gauche, ce serait très compliqué pour François Hollande d'assumer un tournant politique après son tournant économique. Pour l'instant, ce n'est pas de saison. Le problème vient du mode de scrutin spécifique à la France. Sans scrutin proportionnel, il est très difficile de sortir de l'affrontement droite/gauche. Il faudrait vraiment une crise majeure avec de nouvelles élections. Mais ce scénario n'est pas prévisible à court terme.

Non, Sarkozy n'est pas un conférencier barbu !


L'ancien président et son conseiller-oracle-politologue préféré étaient tous les deux devant les caméras mardi. Oh, pas au même endroit, bien sûr. L'un (Patrick Buisson, la voix cassée comme jamais) était dans un studio d'Europe 1 au micro de Bruce Toussaint ; l'autre (Nicolas Sarkozy, la voix vigoureuse) au micro du Forum mondial du sport à Doha. C'est un événement. Un double événement. Il faut bien voir que ni Sarkozy ni son conseiller le plus influent ne s'étaient exprimés publiquement depuis la défaite. Il est amusant qu'ils fassent leur première intervention officielle le même jour. D'autant plus que ce que Buisson a dit à la radio teinte d'une couleur très politique la prestation de Sarkozy quelques heures plus tard. Le Sarkozy ragaillardi dont on a vu les images sur le petit écran, celui qui a soigneusement évité de poser les yeux sur son ex-épouse Cécilia, présente à quelques mètres de lui, hé bien, ne vous y trompez pas : ce Sarkozy-là n'est pas un conférencier barbu de trois jours ayant fait le deuil de la politique, c'est au contraire l'homme qui discute avec Buisson du fait d'être un "éventuel recours" - c'est ce que Buisson a raconté.
En quoi est-ce une information ?
On aurait parié que Sarkozy songeait aux moyens de revenir au centre du jeu politique, bien sûr, mais maintenant on le tient de la bouche du grand manitou de Sarkozy - ce ne sont plus des spéculations invérifiables -, et ça change tout. Ce n'est pas comme si Buisson ne savait pas ce qu'il disait. Depuis sept ans qu'il conseille Sarkozy, les très, très rares fois où il a consenti à s'exprimer, il a pesé chacun de ses mots. Or, hier, il est allé loin. C'est bien simple : depuis la défaite de Sarkozy, aucun de ses proches n'est allé aussi loin. Tous (interlocuteurs, visiteurs ou amis de Sarkozy) jurent la main sur le coeur que l'ancien président ne leur fait aucune confidence sur ses intentions. Et ne voilà-t-il pas que Buisson affirme, en direct et en esquissant un rictus souriant : "Oui, on en parle." Cette déclaration survient quelques heures avant que Sarkozy n'arrive sur sa première estrade publique depuis sept mois. Avant que Sarkozy ne parle de sport l'air de rien, Buisson avait fait les sous-titres politiques.
Quel est l'état d'esprit de Sarkozy ?
Il est plus calme, mais le détachement, ce n'est pas maintenant. Il veut se tenir prêt au cas où quelque chose se passerait. Les "circonstances", comme dit Buisson. Il s'ennuie un peu. Sa capacité à s'indigner est restée intacte. Il n'en revient pas, a-t-il dit à un ami, de "l'indulgence des médias devant le mélange des genres" dans l'affaire des lettres - vous savez, la lettre écrite par François Hollande et celle écrite par Manuel Valls au tribunal de grande instance de Paris pour soutenir l'assignation déposée par Valérie Trierweiler contre les deux auteurs du livre La frondeuse. "Qu'aurait-on dit si c'était moi qui avais osé violer ainsi la séparation des pouvoirs !" peste Sarkozy. Il n'a pas tort.

L'overdose fiscale est en train de provoquer un effondrement de l’économie française

La politique fiscale menée par le gouvernement va à l’encontre de la logique la plus simple de la création d'emplois. La tranche marginale de l’impôt sur le revenu atteint maintenant 64%, contre 27% en Allemagne !
Alors que nous sommes en train d’assister à un véritable effondrement de l’économie française, on continue à entendre des commentaires sur le rendement de l’OAT 10 ans tombé en dessous de 2%, qui serait le signe que les marchés apprécieraient beaucoup la politique économique menée par la France !
Malheureusement, pour créer des emplois, il faut un entrepreneur qui ait envie d’investir, un banquier qui ait envie et la possibilité de prêter de l’argent et un investisseur qui ait envie de prendre du risque, car il sait que si l’entreprise réussit,  il pourra en percevoir un retour sur investissement convenable.
La politique fiscale menée par le gouvernement va pourtant à l’encontre de ces idées simples. La tranche marginale de l’impôt sur le revenu atteint maintenant 64% (= tranche marginale à 45% + surtaxe de 3% pour revenu > 250 000€+ Prélèvements sociaux de 15,5%). En Allemagne on est à 27% !
Les plus values sur titres réalisées en 2012 seront taxées globalement à 39,5% soit le taux de 24% auquel s’ajoute 15,5% de prélèvements sociaux.
La taxation du capital est alignée alignée sur  celle du travail, on va arriver à 43% dans le meilleur des cas, ce qui est une zone confiscatoire. L’UMP en a rêvé, les socialistes l’on fait, dit Alain Madelin ancien Ministre de l’Economie.
Nous avons désormais le record du monde de la taxation de la matière grise !
Quant à l’ISF il prendra désormais en compte des revenus virtuels non distribués, notamment dans le domaine de l’assurance vie.  L’ISF devrait selon Alain Mathieu Président de Contribuables Associés être rebaptisé "Incitation à Sortir de France" car pour payer l’ISF il faudrait que les "riches" dont la France a tant besoin pour investir, soient assurés sur longue période d’un retour sur investissement de 9%, ce qui est quasiment impossible à réaliser dans l’environnement actuel !

Le retour du clown est peu probable en Italie


En Italie la démission de Mario Monti change la donne européenne. Les sources de risque systémique qui s’étaient éloignées au cours des derniers mois, grâce à l’effet Draghi peuvent revenir sur les marchés à la vitesse de la lumière.  Le fait que les élections italiennes soient avancées de pratiquement deux mois n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Mario Monti pourrait continuer à diriger l’Italie avec le support du Parti Démocrate de Pierluigi Bersani leader du Centre Gauche qui a battu Matteo Renzi le maire de Florence. Le retour du clown Berlusconi est toutefois, selon Anatole Kaletsky de GaveKal Londres et François Chauchat de GaveKal Paris, très peu probable.
En Espagne on attend que le pays fasse appel à l’OMT en janvier…
La Grèce est en train de procéder au rachat de sa propre dette dans les marchés. Les conditions proposées feraient que 60 à 70% des Hedge Fund qui sont des porteurs  de la dette accepteraient la proposition du gouvernement grec.
En France,  le Colloque Génération Entreprise Entrepreneurs Associés (GEEA) a eu lieu, la semaine dernière à l’Assemblée Nationale. Organisé par Olivier Dassault, député de l’Oise, il avait pour thème "Fuite des entreprises, des cerveaux, des capitaux : quel avenir pour la France ?". En écoutant les intervenants on se disait qu’au train où vont les choses, il ne devrait plus rester beaucoup d’entrepreneurs en France d’ici cinq ans….
Le Crédit Impôt Compétitivité Emploi (Cice), mesure phare adoptée à la suite du Rapport Gallois fait l’objet de nombreuses critiques dont celle de Michel Rousseau Président de la Fondation Concorde. Il fait remarquer que comme le dispositif concernera la masse salariale comprise entre 1 et 2,5 fois le Smic, il bénéficiera pour l’essentiel aux secteurs de la distribution, de l’hôtellerie, de la restauration et du bâtiment qui sont déjà les principaux bénéficiaires des allègements de charges. Le Cice aura donc pour effet paradoxal d’ancrer notre appareil productif dans le bas de gamme qui ne s’exporte pas, puisqu’il ne s’adresse qu’aux salaires inférieurs à deux fois le Smic !
En Suisse, la crise de la zone Euro obère la croissance suisse. Le PIB ne pourrait croitre que de 0,6% en 2013. Comme le montre bien l’article de Roland Rossier dans le Temps, les medias helvétiques sont pour le moment surtout concentrés sur "Rubik" qui est un système imaginé par les banques suisses pour proposer à leurs clients une stratégie de "conformité fiscale".   Cela permet à leurs clients de "solder le passé" en cas de fraude ou d’évasion fiscale et de préserver l’avenir avec un impôt libératoire de 35%. Il a été signé avec le Royaume et l’Autriche, mais vient d’être rejeté par l’Allemagne. François Hollande a confirmé cette semaine à Evelyne Widmer-Schlumpf Présidente de la Confédération Suisse que la France restait fermement opposée à ces arrangements fiscaux qui prévoient un prélèvement forfaitaire à la source mais préservent l’anonymat des détenteurs de compte.
En Grande Bretagne, le ministre de l’industrie anglais  a expliqué à Arnaud Montebourg que l’industrie sidérurgique  était en grande difficulté en Europe et obligeait les sociétés du secteur s’adapter. De façon très pragmatique le gouvernement britannique a l’intention de faire en sorte que les grandes sociétés américaines (Starbucks, Amazon, Google) payent des impôts sur leur activité en Grande Bretagne.
En Europe, la production industrielle a baissé pour le neuvième mois consécutif. Cela n’empêche pas le bilan boursier d’être très positif avec + 22,9% pour l’Allemagne, 14,1% pour la France, +12,9% pour la Grande Bretagne, +4,6% pour l’Italie et -7,7% pour l’Espagne. 

Le moment de la renaissance américaine


Aux Etats Unis l’indice ISM manufacturier est passé en dessous de 50 pour la première fois depuis le mois de juillet. L’indice de confiance calculé par l’Université du Michigan  est au plus bas depuis quatre mois. Cela s’explique en grande partie par les incertitudes sur le "Fiscal Cliff", le fameux mur de la dette.
En revanche les chiffres de l’emploi ont surpris dans le bon sens avec un taux de chômage à 7,7% au plus bas depuis quatre ans. Il faut toutefois prendre en compte le fait que de nombreux demandeurs d’emploi ont cessé toute recherche car ils sont quasiment sûrs de ne rien trouver.
La croissance pourrait être forte en 2013 selon Will Denyer de GaveKal.
Oubliez le "fiscl cliff" c’est le moment d’acheter a écrit Philip Stephens du Financial Times. Quant à Christopher Potts le stratégiste de Cheuvreux, il a expliqué aux clients institutionnels de la société de courtage du Crédit Agricole en voie de rapprochement avec Kepler qu’il était convaincu que le marché américain  serait la destination privilégiée des investisseurs en 2013.
En Chine, l’indice PMI s’est inscrit à 50,6 soit un plus haut depuis sept mois. Cela s’explique en grande partie par le fait que la transition politique en Chine semble s’être déroulée de façon satisfaisante.
Xi Jinping sera le futur numéro un chinois. Il a été Président  de l’Ecole Centrale  du Parti Communiste. Il va remplacer Hu Jintao non seulement à la tête du PCC, mais aussi au poste de Président de la République. Il est considéré comme le chef de file du « Parti des Princes héritiers » qui rassemble l’aristocratie rouge. Il est marié à Peng Liyuan une chanteuse de l’armée très connue. Il représenterait l’élite modernisatrice de Shangai.
Li Keqiang, le Premier Ministre aurait été choisi pour représenter les provinces de l’intérieur beaucoup moins ouvertes au monde moderne.
En revanche, les investisseurs sont plus hésitants comme le montre le comportement de l’indice Shangaï Composite qui était au plus bas depuis quatre ans. Il a toutefois rebondi cette semaine de plus de 4%.

mardi 11 décembre 2012

Patrick Buisson : "nous sommes dans un scénario inédit, c'est un scandale énorme"

L'ancien proche de Nicolas Sarkozy était invité sur Europe 1 ce mardi matin. L'ex-conseiller politique du président de la République en a profité pour expliquer pourquoi il porte plainte contre Christiane Taubira.
Sur la crise à l'UMP
"Pour l'instant, il n'y a pas de pilote dans l'avion. Ce que révèle la crise est intéressante, la vraie fracture se situe entre la base et la représentation parlementaire. C'est une fracture temporelle et sociologique. Le vote des motions a concrétisé la fracture. Il y a un déplacement du centre de gravité de la droite. L'UMP est en concurrence avec le Front national et ne s'en rapproche pas. Le problème d'une alliance avec le FN ne rentre pas dans une stratégie politique".
Sur Jean-François Copé
Sur cette campagne à l'UMP, j'ai eu des conversations avec Jean-François Copé mais aussi avec les membres de l'équipe Fillon. Le maire de Meaux a pris la bonne option dès le départ en s'adressant aux adhérents. 
Sur Nicolas Sarkozy
"Il respecte un devoir de réserve. Sur l'élection de 2012, il y a beaucoup à dire. Nous avons travaillé en parfaite harmonie. Nous sommes peut-être partis trop tard. Je n'ai pas de commentaire à faire sur un possible retour. Il décidera. Il est navré de ce qui se passe. Il ne sera ni chef, ni arbitre". Bruce Toussaint insiste en demandant s'il a parlé à Nicolas Sarkozy d'un retour. "(silence) Il nous est arrivé d'en parler. C'est la vie politique qui décidera" conclut-il.
Sur sa plainte contre Christiane Taubira*
"Cela fait trois ans que je subis une action ignominieuse contre moi. J'ai décidé de rentre coup pour coup.  Les sondages avec Nicolas Sarkozy ? Dans cette affaire, Madame Taubira est juge et partie. Elle confond tout. Elle a menti quand elle a dit qu'elle ne faisait plus partie de l'association Anticor et nous le prouverons. Nous sommes dans un scénario inédit. Un scandale énorme. Ce pouvoir à une proportion à intervenir dans la justice.
*Le conseiller de Nicolas Sarkozy accuse Christiane Taubira d'influer sur le cours de la justice dans l'instruction de l'affaire dite des sondages de l'Élysée. Expert ès sondages, il a été mis en cause par plusieurs plaintes de l'association Anticor, en février et novembre 2010 pour "favoritisme", puis en octobre 2012 pour "détournement de fonds". Or, Christiane Taubira serait toujours membre du comité de parrainage de l'association.

La classe politique regrette l'exil de Depardieu en Belgique

La classe politique française a regretté lundi le choix de Gérard Depardieu d'élire domicile en Belgique, dans la commune frontalière de Nechin, réputée pour accueillir des fortunes françaises à la recherche de cieux fiscaux cléments.
La ministre de l'Écologie Delphine Batho a indiqué que la décision de l'acteur français ne remettait pas en cause les choix gouvernementaux en matière d'imposition des plus grandes fortunes, notamment la taxe de 75% sur la tranche des revenus supérieurs à un million d'euros par an.
"Je préfère l'acteur à l'exilé fiscal", a-t-elle dit sur France Inter. "Quand on a les moyens de bien vivre, je pense qu'on doit contribuer au redressement des finances publiques."
La Belgique n'impose ni la fortune, ni les plus-values sur la patrimoine privé, ce qui en fait un havre fiscal pour certains contribuables français, même si l'imposition des revenus du travail y est beaucoup plus élevée qu'en France.
Lors du point presse du Parti socialiste, sa porte-parole, Frédérique Espagnac, a lancé un appel à l'acteur. "J'ai envie de dire à Gérard : 'reviens vite !'", a-t-elle dit.
Le porte-parole du Parti communiste français, Olivier Dartigolles, a de son côté dit voir dans le départ de Gérard Depardieu, qualifié d'"insupportable", le syndrome d'une "inquiétante épidémie".
Son annonce fait suite à la décision de la première fortune de France, le PDG de LVMH Bernard Arnault, de demander la nationalité belge en septembre. Il avait toutefois précisé à l'époque qu'il resterait domicilié fiscalement en France.
SYSTÈME FISCAL "DÉCONNECTÉ"
"Sa carrière, n'en déplaise à son talent, il la doit aussi à ses compatriotes", écrit Olivier Dartigolles dans un communiqué. "En refusant de payer ses impôts, de participer à la solidarité nationale, le très oubliable soutien de Nicolas Sarkozy durant la dernière campagne électorale, entache durablement son image auprès des Français".
Gilbert Collard, député apparenté Front national, a dit que cette décision le "choquait".
"Quand on gagne son argent en France, je crois que c'est quand même patriotique de rester en France", a-t-il dit sur France 2. "Surtout venant d'un talent si Français."
Pour l'opposition de droite, la décision de Gérard Depardieu est directement liée à la politique fiscale du gouvernement.
"La France est aujourd'hui finalement le seul grand pays européen qui observe, par son système fiscal, des délocalisations de fortunes. C'est regrettable", a dit lors d'un point presse le président proclamé de l'UMP, Jean-François Copé.
"Je suis pour que l'impôt soit progressif, que plus on gagne d'argent plus on paye plus d'impôts, c'est tout à fait normal", a-t-il ajouté. "Mais en même temps, je regrette que nous ayons un système fiscal aussi déconnecté de ce qu'il est dans des pays comme l'Allemagne, l'Italie ou la Belgique."
Le bourgmestre (maire) d'Estaimpuis, dont dépend le village de Néchin, où vivent 2.800 Français, a confirmé dimanche que Gérard Depardieu avait acquis une maison dans cette petite commune frontalière.
Daniel Senesael a dit à la presse ne pas être "naïf" quant aux motivations possibles de l'acteur mais a assuré que ce dernier avait eu "un coup de foudre pour l'aspect paysager de notre entité, sa convivialité et son bien vivre".

Les idées d’abord

Les idées d’abord



Comment à l’avenir surmonter les querelles individuelles, les « batailles d’ego » ? Comment répondre à l’attente de l’opinion publique qui ne supporte plus le pouvoir en place? La France a besoin d’une profonde transformation pour s’attaquer aux problèmes qui la minent depuis plus de trente ans, auxquels tous les gouvernements se sont heurtés : le chômage massif, l’insécurité, la maîtrise insuffisante de l’immigration, l’impuissance publique en général. Nous devons viser à sortir de la logique de la succession des alternances et des déceptions… Voici un projet républicain en sept axes, sans prétention, éminemment discutable, mais dans lequel 60% des Français, je crois, pourraient se reconnaître.
-          Créer une confédération européenne. L’Europe a besoin d’un profond bouleversement. Pour survivre, ne pas imploser et connaître le sort de l’URSS, il lui incombe de se transformer, de sortir de sa logique d’aveuglement bureaucratique pour se mettre aux services des Européens et de Nations indépendantes. Il faut que le pouvoir suprême en Europe incombe au seul directoire des chefs d’Etat et de gouvernement, que la Commission soit placée sous son autorité ; que le Parlement européen représente les peuples et non la nomenklatura, par un mode d’élection uninominal ; que les Etats disposent de la possibilité de s’affranchir d’une décision qui lèserait gravement leurs intérêts nationaux ; qu’enfin le partage des compétences entre la « confédération » et les Etats soit clarifié. Il nous faut transformer profondément l’Europe pour la rénover, et non en sortir, ce qui serait un non sens historique total.
-          Un plan mondial pour l’Afrique. Je ne peux rentrer d’Afrique sans éprouver une profonde tristesse. D’année en année, à l’inverse des discours et articles lénifiants sur les soi-disant progrès de ce continent, je trouve sa misère un peu plus insupportable, avec ses masses d’enfants et d’adolescents désœuvrés et démunis de tout, en particulier d’un avenir qui errent dans les rues. « Le destin de l’Afrique et de l’Europe sont liés » disait le président Sarkozy. La France devrait assumer sa responsabilité positive à l’égard de ses pays frères d’Afrique en plaçant le développement du continent au centre de sa politique étrangère et en engageant une campagne de mobilisation internationale pour les soutenir dans l’acquisition des outils de leur futur.
-          Restaurer la démocratie française. les institutions politiques françaises doivent être rénovées pour rompre avec la logique d’un fossé croissant entre le peuple et les élites. Comment remettre le peuple au centre du pouvoir ? Faciliter le recours au référendum d’initiative populaire, appliquer la démocratie directe, référendaire, pour toute décision impliquant l’avenir de la Nation, élire le Sénat au suffrage universel. Ces sujets concernent l’avenir de la démocratie. Il serait irresponsable, sinon criminel, d’en laisser le monopole aux « extrêmes » au seul prétexte de ne pas vouloir paraître « populiste ».
-          L’entreprise au cœur de la cité. Le rôle de l’entreprise privée comme source de toute création de richesse et à ce titre, trésor le plus précieux de la nation, doit être reconnu et le gouvernement devra se mobiliser sur une loi d’orientation, sa première grande mesure de politique intérieure, visant à supprimer les obstacles à la liberté d’entreprendre, de recruter et de gérer la main d’œuvre, les charges fiscales et sociales ou les réglementation qui paralysent la croissance économique, en particulier les 35 heures. En parallèle une action de réduction drastique des effectifs des deux fonctions publiques – l’Etat mais aussi les collectivités territoriales – sera mise en œuvre. Al’exception des personnes malades et handicapées, aucune ressource d’assistance ne pourra être allouée par la collectivité publique sans la contrepartie d’un travail ou d’un service rendu à la collectivité, en particulier le RSA.
 -          La responsabilité comme principe fondamental de la vie sociale. La société de l’avenir doit retrouver le principe de responsabilité et le placer au centre de son fonctionnement, dans tous les lieux de régulation et de socialisation. A l’école, au collège et au lycée, il faut des chefs d’établissements autonomes, pouvant recruter les enseignants et le personnel éducatifs, récompenser ou sanctionner les élèves, et être tenu responsable de la marche de leur établissement. Dans les tribunaux, les magistrats doivent devenir personnellement comptables des conséquences de chacune de leur décision, tout comme les préfets, les responsables publics dans tous les secteurs. Un chef d’entreprise qui échoue est automatiquement sanctionné. Il doit en être de même pour tout responsable public.
 -          Restaurer les principes de neutralité et de laïcité. Une « nouvelle société », selon les termes de Jacques Chaban-Delmas, devra sanctuariser le principe de neutralité, à tous les niveaux de communication ou de décision publique. Le service public de l’audiovisuel cessera de confondre information et propagande, sous le contrôle d’une commission indépendante. Une stricte égalité devra s’imposer dans la présentation des termes des débats de société et toute forme de message idélogique implicite à travers les émissions devra être banni. La laïcité en matière de religion devra être renforcée par la réforme des lois de 1901 et 1905 en prolongeant la logique de l’interdiction du voile à l’école en 2003 et de la burqa votée en 2011. Aucune prise en considération de la religion des personnes dans la vie publique et sociale – hors de la sphère cultuelle –  ne pourra être considérée comme acceptable (restauration, hôpital, programmes scolaires…)
-          L’ordre républicain. La restauration de l’ordre public et de la maîtrise de l’immigration passe avant tout par la rigueur dans l’application de la loi sous toutes ses formes, dans notre pays où s’est prise, de décennie en décennie, l’habitude de ne pas appliquer cette dernière. Bien sûr des réformes seront indispensables, pour réparer les dégâts de la politiques actuelle, par exemple la remise en vigueur des peines planchers et de la rétention de sureté, deux grandes réformes du précédent quinquennat. Le flux migratoire devra être strictement plafonné en fonction des capacités d’accueil du pays et de son marché du travail. Mais surtout, la réforme des réforme, dans ce domaine, consistera à créer (à moyens constants cela va de soi) un organisme chargé de dénoncer et de sanctionner tout manquement à la lettre et à l’esprit de la loi, par exemple les régularisations abusives de migrants illégaux qui devraient être une exception et sont devenues la règle, ou bien les non applications des peines de prison prononcées par la justice qui favorisent le sentiment d’impunité et expliquent en partie la montée de la délinquance.
Voilà, cela vaut ce que cela vaut, ce n’est qu’une modeste contribution d’un citoyen, appelant toute sorte de critique, voire de dérision, mais c’est le genre de projet ou de programme auxquels il est de la responsabilité des partis politique de réfléchir  plutôt que de s’entretuer, alors que jamais le besoin d’alternance n’aura été aussi fort dans notre pays malgré l’éloignement des échéances nationales.

Les patrons de presse français sont-ils tous mauvais ?

La presse française est sous perfusion de l’État, mais certains ne veulent pas voir que c'est là que se trouve la cause de sa déchéance.
Jean Stern, journaliste français auteur d'un livre intitulé Les patrons de la presse nationale tous mauvais était interviewé hier matin sur la RTS (Radio publique suisse).
Stern, qui a étudié son sujet, reconnait que le système de cogestion entre État-Patrons-Syndicats qui régit la presse en France depuis la libération est à bout de souffle. Mais savez-vous quel est son diagnostic ? Ce qui ne va pas c'est qu'on ferme trop de kiosques, et que les patrons préfèrent investir dans leurs autres activités plutôt que dans le développement des médias dont ils sont actionnaires. Ainsi la crise de la presse française, selon Jean Stern, "c'est l'échec du capitalisme". On croit rêver.
On aurait aimé que les journalistes de l'émission Médialogues (Thierry Fischer et Mathieu Chevrier) soient moins complaisants, et signalent au journaliste français que la presse romande se porte bien mieux que la française. Il y a pas loin d'une dizaine de quotidiens en Suisse Romande pour seulement un million et demi d'habitants !
Des deux côtés de la frontière, la presse subit la concurrence d'internet. Alors, pourquoi la presse est-elle dans ce triste état en France, et va-t-elle mieux en Suisse ?
Une Presse étatisée
La première différence qui saute aux yeux, c'est que la presse française est sous perfusion de l’État. Et si c'était là la cause de sa déchéance ?
Pour s'attirer les bonnes grâces des journaux, les gouvernements français successifs accumulent depuis 1945 les aides directes ou indirectes. Les subventions et autres fonds de soutien représentent au total plus de 10% du chiffre d'affaires des médias, soit plus d'un milliard d'euros par an. Sans compter la très controversée niche fiscale des journalistes, qui peuvent déduire 7.650 euros de leur revenu imposable. Un tel niveau d'ingérence étatique dans la presse est unique dans le monde occidental.
Droguée à l'argent public, cette presse n'est plus une industrie normale, capitaliste. Moins elle vend, plus elle touche de subventions. Dans une telle situation, ses dirigeants ont davantage intérêt à consacrer leur énergie à copiner avec les politiques qu'à imaginer les médias de demain. Les Français, sans connaître nécessairement les chiffres, savent confusément que le Pouvoir achète la presse. Ils voient également les relations incestueuses qui existent entre certain(e)s journalistes et des hommes politiques, et au final se méfient des journalistes.
De plus, comme l'interviewé de la RTS le soulignait, la presse française n'est pas tellement intéressée par les faits, et peu capable de faire des enquêtes sérieuses. C'est surtout une presse d'opinion. Le problème, c'est que son opinion est uniforme : au-delà des étiquettes de gauche et de droite, elle est à peu près unanime pour défendre le système, et particulièrement l’État-Providence qui la nourrit.
Uniformité idéologique
Une presse perçue comme faisant partie du système, dépendante et non indépendante, qui se limite trop souvent à commenter les dépêches AFP dans une morne uniformité idéologique : comment voulez-vous que les lecteurs ne s'en détournent pas ?
Il y a heureusement quelques exceptions, des journalistes libres, de nouveaux médias fiers de refuser les subventions, parmi lesquels Mediapart ou Contrepoints. Internet libère la parole et les initiatives. L'influence des blogueurs, ces journalistes sans carte de presse, ne fait que croître.
Pour que la presse française redresse la barre, il faudrait qu'elle réapprenne à faire son boulot. Se libérer de la tutelle de l’État. Rechercher et diffuser de véritables infos, même et surtout quand elles dérangent. S'affranchir de la pensée unique, et des nombreux tabous qui vont avec, ces sujets dont on ne doit pas parler ou alors à mots couverts. Respecter davantage la pluralité des opinions. Innover. Il faudrait aussi s'inspirer de ce qui marche hors des frontières de l'hexagone...
La presse de Suisse romande, avec ses petits moyens, est diverse et plutôt innovante. La qualité du Temps tient la comparaison avec celle du Monde, et cet excellent journal genevois a l'avantage d'être moins orienté politiquement. Je lis aussi volontiers la Tribune de Genève, et l'Agefi, un excellent journal économique, libéral (un gros mot en France dans le milieu journalistique). Un journal populaire comme Le Matin est capable de produire le week-end un contenu d'une richesse absolument remarquable, dans le format du quotidien et non dans un format magazine. C'est un régal le week-end.
À bien y réfléchir, il n'y a pas de raison de penser que les patrons de presse et les journalistes français sont plus mauvais que les autres.

La presse française a juste besoin de sortir de l'assistanat et d'apprendre à vivre libre.

Manifs réussies… et interrogations

Manifs réussies… et interrogations



Une dizaine de milliers de participants à Bordeaux, presque autant à Lille, plusieurs milliers à Nancy, au Mans et à Reims : la mobilisation réussie contre le « mariage » des homosexuels dans ces villes samedi, vient, après les marches des 17 et 18 novembre, confirmer que, pour le bien commun, les Français sont prêts à descendre dans la rue. Voilà qui laisse augurer d’une mobilisation sans précédent le 13 janvier prochain à Paris et qui, davantage encore, est le signe d’une fierté retrouvée de l’Eglise catholique en France. Combien d’évêques, le 13 janvier ? Mgr Centène, évêque de Vannes, Mgr Aillet, évêque de Bayonne, Mgr de Germiny, évêque de Blois, pour ne nommer qu’eux, ont annoncé leur venue. Le dernier nommé assure même être « entré en résistance ».
Sans être confessionnelles, puisque tous les opposants au projet Hollande-Taubira ne sont pas catholiques, loin s’en faut, les manifestations affirment qu’on le veuille ou non une morale naturelle, le respect de la loi naturelle, que l’Eglise catholique affirme et défend. De même, les très nombreuses familles présentes – souvent des familles nombreuses – donnent le ton – elles qui sont chargées précisément de transmettre cette loi naturelle à leurs enfants à qui elle ne vient pas toujours… naturellement.
C’est cela, l’identité des partisans du mariage vrai. Même si – fort heureusement – il est aussi des homosexuels proclamés qui dénoncent l’agitation du lobby LGBT et l’accuse d’abuser de sa position pour prétendre représenter l’ensemble d’entre eux. Xavier Bongibault, président de « Plus gay sans mariage », participait à la marche de Bordeaux, rappelant que « le peuple de France n’est pas pour ce projet de loi » et que « les personnes qui s’opposent à ce projet de loi ne sont pas homophobes ». « C’est l’homosexuel que je suis qui le dit »…
Le problème vient non de ces affirmations justes, mais de la revendication d’un style de vie qui n’est pas, par exemple, celle du catholique Philippe Ariño qui de manière confuse mais courageuse reconnaît l’enseignement moral de l’Eglise sur le sujet et, souffrant d’une tendance dont il n’est pas responsable, a choisi la chasteté.
Mais tel est le poids des médias et du politiquement correct, tel est le souci de Frigide Barjot, qui apparaît comme la figure de proue de la manifestation du 13 janvier, que des étrangetés y apparaissent, des limites dont on souhaiterait que les évêques, au nom de leur autorité morale et de leur devoir d’enseignement, disent clairement l’existence. Car si le projet du prétendu « mariage pour tous » est contré grâce à la mobilisation massive des gens de bonne volonté – et il faut qu’il le soit ! – le lobby LGBT aurait déjà gagné une manche décisive si c’était au prix d’une soumission aux exigences de la lutte contre l’homophobie.
Celle-ci, nous l’avons déjà dit, entretient une ambiguïté fondamentale entre le respect des personnes, sur laquelle tous peuvent être d’accord, et l’approbation des actes homosexuels qui est le véritable objectif des partisans du « mariage » pas gai du tout.
Lors des marches de samedi, Frigide Barjot avait renouvelé ses appels à répondre aux provocations par un large sourire. Ce qui peut être très bien – sauf quand des harpies dépoitraillées vident des extincteurs sur des enfants et des poussettes en arborant des slogans violemment antichrétiens sur leurs seins nus. Sourire et silence, aussi, face à la presse, pour laisser répondre les responsables rompus à l’argumentation pour ne pas être taxés d’homophobie. Soit… Mais cette défiance à l’égard des braves gens a décidément quelque chose de méprisant, et signifie une crainte révérencielle à l’égard du politiquement correct. On voit bien où Frigide Barjot veut en venir : éviter toute dénonciation médiatique des marcheurs comme « extrémistes » ou « intégristes ». Mais cela fait des années que nous crevons de cette peur panique de l’« amalgame » avec ceux que les médias eux-mêmes désignent ainsi sans aucun souci de la vérité ou des nuances…
De même, comme en novembre, Frigide Barjot avait demandé d’« applaudir » les couples homosexuels qui feraient de la provocation sur le parcours en s’embrassant sous les yeux des manifestants. Elle a même suggéré, au cas où des activistes de Femen fassent irruption « en petite tenue » (et même moins, en fait), que les manifestantes « se déshabillent aussi pour être en situation d’entamer un dialogue équitable ».
On hésite entre la bêtise, la complaisance, l’inconscience… Non, on n’a pas besoin de céder à la vulgarité pour plaire aux médias, même si eux en vivent. Oui, on a encore le droit d’exister sans se soumettre à la mode du jour !
Frigide Barjot fait circuler depuis cette fin de semaine des « consignes pour tous » en vue de la manifestation du 13 janvier. Pour « refuser toute récupération politique ou religieuse ». Afin de « prévenir toute récupération, tout dérapage, toute intrusion et assurer la sécurité des familles et des manifestants, toutes les banderoles et les pancartes autres que celles autorisées (…) seront retirées du cortège, ainsi que leurs éventuels porteurs récalcitrants », poursuit le texte qui fournit une liste de slogans autorisés et suggère un « dress-code » décontracté.
Ce totalitarisme ne dissuadera certainement pas le grand nombre de venir manifester, car c’est l’objectif qui est important. Mais il n’est pas interdit d’en parler, de le critiquer, et de rappeler que le rejet et l’ostracisme ne sont pas les meilleurs outils pour forger l’unité !

lundi 10 décembre 2012

À l'écoute

À l'écoute 


Une interlocutrice se faisait, tout récemment, cette remarque étonnée : « C'est bizarre : plus on communique et moins on s'écoute ! » Paradoxale, en effet, cette situation dans laquelle voisinent un tsunami de communications et un sentiment de mortelle solitude. La peur d'être seul porte à être en permanence relié à son réseau et une simple heure de déconnexion finit par donner l'impression de ne plus exister.
On estime à une centaine le nombre des textos et messages SMS envoyés chaque jour par les plus jeunes. Ce qui fait un bon rendement horaire, au risque de provoquer des tendinites du pouce ! Un signe : pour la première fois, cette année, j'ai dû prier certains de mes étudiants d'éteindre leurs écrans le temps du cours. Leur esprit était ailleurs.
Mais plus se multiplient les messages et plus s'accroît, dans bien des cas, le sentiment de solitude qui pousse alors à les surmultiplier jusqu'à la pathologie addictive. « Jamais seul », telle est la devise qui vire en fait à la complète illusion. La raison en est simple : on émet des informations sur un mode plutôt simplifié, on parle et on entend, mais on n'échange guère et cela, au fond, parce qu'on ne s'écoute pas.
N'exagérons pas : ce n'est pas un problème que l'on découvre aujourd'hui. Lorsque Plutarque estimait au IIe siècle que « le commencement du bien-vivre, c'est de bien écouter » et que Pasteur, au XIXe, ajoutait « guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours », ils signalaient un problème universel. Mais à l'heure actuelle, il s'est notoirement aggravé, dans la vie ordinaire comme dans le monde du travail, privé et public.
Un rapport remarqué de Lachmann, Larose et Pénicaud - « Bien-être et efficacité au travail » (février 2010) - souligne, parmi ses propositions d'amélioration, l'urgence de « redonner de la place à l'écoute sur les lieux de travail », d'instituer, « à côté des managers, des responsables des ressources humaines de proximité » et de réserver « du temps au dialogue au sein des équipes ». Ce qui fait écho aux intuitions du sociologue Michel Crozier dans son ouvrage de 1989, L'entreprise à l'écoute.
Il y a, sans nul doute, un apprentissage technique de l'écoute. Il demande la mise en oeuvre de savoirs adaptés. Mais rien ne se passe tant qu'on ne comprend pas qu'elle est d'abord une affaire de disposition de l'être tout entier dans sa relation à autrui. Une forme d'hospitalité supposant de laisser disponible, en soi-même, un espace de résonance pour sa parole. Pas d'écoute possible sans cet « après vous » que l'on dit au passage d'une porte, sans cette capacité à se taire pour entrer en vraie sympathie attentive à ce qui se dit et justifie d'être à son tour entendu.
Hemingway a exprimé cela : « J'ai beaucoup appris en écoutant attentivement. La plupart des gens ne sont jamais à l'écoute. » Et le théologien Maurice Bellet va encore plus loin lorsque, à propos d'un ami psychanalyste, il écrit : « Cet homme n'a fait que m'écouter, et pourtant, c'est de lui que j'ai reçu l'essentiel. » Étonnant.
Et c'est parce que cette disposition est assez rare qu'il faut exprimer notre gratitude à celles et ceux qui, soit par métier, soit par engagement associatif, se donnent pour mission d'être « à l'écoute ». Avec ici une pensée toute particulière pour SOS Amitié, qui vient de couronner son action, discrète et si indispensable, par une troisième journée nationale sur le thème « Face à l'exclusion, l'écoute ».

Plus « unionistes » qu’eux !

Plus « unionistes » qu’eux !


L'UMP disposerait-elle d'électeurs que ses chefs ne méritent pas ? C'est la question, mais aussi la leçon, que l'on peut tirer de ce premier tour des législatives partielles de ce dimanche. Dans la sixième circonscription de l'Hérault, mais aussi dans la treizième des Hauts-de-Seine, les deux candidats de l'UMP sont arrivés largement en tête. Une constatation s'impose, donc : les électeurs de l'UMP sont beaucoup plus « unionistes » que leurs pitoyables dirigeants. C'est une leçon donnée à François Fillon et Jean-François Copé, dont les conciliabules s'éternisent lamentablement à l'abri des regards militants.
À leur façon, les électeurs de droite ont exprimé ce qu'ils en pensaient. Et cela a infiniment plus de poids que les injonctions de Nicolas Sarkozy, au demeurant renvoyé à ses lucratives conférences et à son impérieux devoir de neutralité comme membre du Conseil constitutionnel. Il faut reconnaître que les résultats d'hier ont ainsi apporté leur lot de surprises. Et pas forcément là où on les guettait.
Ce n'est pas le taux record d'abstention qui interpelle. Il fallait s'y attendre et il est, à lui seul, un avertissement général à la classe politique. Non, ce qui n'était pas forcément prévu, en revanche, c'est que le vote sanction serait beaucoup plus fort pour la gauche que pour la droite. Dans l'Hérault, le candidat « copéiste » UMP, Elie Aboud, a nettement devancé la socialiste Dolorès Roqué, arrivée en tête en juin. Bien plus, la candidate frontiste, qui espérait offrir une victoire par procuration à Marine Le Pen, a été éliminée du second tour.
Bref, la démobilisation a été plus importante à gauche qu'à droite. Le désaveu de la politique gouvernementale a été plus fort que l'impact de la guerre des chefs à l'UMP. François Hollande devra forcément en tirer les enseignements. L'avertissement est sérieux pour l'exécutif, même si ces élections ne constituaient qu'un test en grandeur… partielle.

Trierweiler. Lettre de Hollande et Valls au tribunal : «Stupéfaction » à l'UMP

L' a exprimé sa «stupéfaction» devant les lettres de Manuel Valls et François Hollande pour soutenir la compagne du chef de l'Etat, versées au dossier dans le procès qu'elle intente lundi aux auteurs d'une biographie sur elle, «La Frondeuse».

Secrétaire national de l'UMP et soutien de Jean-François Copé, Bruno Beschizza estime que ces courriers «peuvent légitimement être considérés comme un moyen de pression tant sur le tribunal de grande instance de que sur l'ensemble des journalistes couvrant l'événement» «Intervention ahurissante et choquante du chef de l'Etat et du ministre de l'Intérieur auprès du TGI de Paris dans l'affaire Trierweiler», commente sur son compte twitter Eric Ciotti, député R-UMP, soutien de François Fillon.







«Mélange de genres ? Confusion des pouvoirs ?», s'interroge Bruno Beschizza. Le responsable relève que «dans les 60 engagements de François Hollande, au titre de l'engagement n°53, celui-ci avait promis d'interdire les interventions du gouvernement dans les dossiers individuels. Ce n'est finalement qu'un énième reniement de plus», conclut-il.

Avant l'audience au Tribunal de grande instance de Paris, l'avocat de la défense, Me Olivier Pardo, a jugé que «la séparation des pouvoirs (avait) été violée». Contactés par l'AFP, l'Elysée et l'Intérieur n'avaient pas réagi en fin de matinée.

A QUOI SERT DONC UN TRIBUNAL ? LA JUSTICE DE GAUCHE N'EST ELLE PAS PLUS "LIBRE" ? 
SURTOUT DE FAIRE CE QUI PLAIT AU ZIGOTO QUI NOUS SERT DE BOUFFON.

Ce que cache le sentiment de pauvreté des Français

Alors que la conférence nationale de lutte contre la pauvreté s'ouvre ce lundi, un baromètre CSA pour Les Echos publié jeudi dernier révèle que près d'un Français sur deux (48%) se considère aujourd'hui comme pauvre ou en passe de le devenir.

Selon un baromètre CSA pour Les Echos, le sentiment de pauvreté des Français s'aggrave. Interrogés sur leur "situation sociale personnelle", 11% des sondés se disent pauvres et 37% affirment qu'ils sont en train de le devenir. Le sentiment des Français reflète-t-il la réalité ?

Romain Poulizac : Tout d’abord, il faut souligner d’un point de vue méthodologique que ce baromètre existe depuis une dizaine d’années. Tous les ans ou tous les deux ans, on interroge les Français sur leur perception de la pauvreté et de son évolution. Il s’agit de quelque chose de difficile à évaluer.
Il existe en gros trois façons d'évaluer la pauvreté. Tout d’abord, la pauvreté absolue (ce dont vous disposez pour acheter le minimum), la pauvreté relative (quel est votre revenu par rapport au revenu médian) et enfin la pauvreté perçue. Cette dernière renvoie à trois éléments au moins : la difficulté qu’ont les gens à finir les fins de mois, le sentiment d’avoir moins que d’autres (et qui est quelque chose de très subjectif), et enfin le sentiment de ne plus pouvoir améliorer votre situation.
L’Union européenne conduit régulièrement une grande enquête pour connaître la situation de la population européenne vis-à-vis de la pauvreté. Selon la dernière enquête Eurostat du mois de décembre, les Français considérées comme présentant un risque de pauvreté (ceux dont les revenus se situent en dessous de 60% du revenu médian) représentent 14%. Ainsi si 11% de la population française se dit pauvre, les chiffres européens, eux, disent plutôt 14%. Les gens qui se disent pauvres sont donc effectivement pauvres.
Ce qui est plus intéressant, c'est la proportion de Français qui pense qu'ils vont devenir pauvres (37%). On peut constater ici une vraie spécificité française, pour ne pas dire une anomalie française. De tous les pays européen, la population française est celle qui le plus peur de devenir pauvre. Et pourtant, si on regarde les chiffres, la France est parmi les pays qui luttent de la manière la plus efficace contre la pauvreté. Il existe un immense hiatus entre la perception des Français et les données statistiques.
Un enquête avait interrogé les Français il y a quelques années pour savoir s’ils pensaient un jour risquer de devenir SDF - ce qui est quand même le dernier degré de la pauvreté. Ils étaient en 13 et 15% à considérer qu’ils pouvaient un jour devenir SDF. En réalité, le risque de devenir SDF est infime.

Ces chiffres révèlent l'anxiété des Français quant à leur avenir. Comment expliquer cette angoisse alors même que la réalité n'est pas aussi sombre ? 

Les Français sont extrêmement attachés à leur système de protection sociale et ont toujours eu une très grande croyance en l’efficacité de ce système pour les protéger. Or, quelque chose autour de la perception de l’Etat providence tel qu’il a existé au cours des trente dernières années s'effrite. Les Français ont l’impression qu’il ne va peut être plus exister sous cette forme dans les décennies à venir ne serait-ce qu'à cause de l’état des finances publiques.
Un phénomène plus objectif est celui du poids des dépenses pre-engagées, celles sur lesquelles les ménages ne peuvent pas faire d'impasse (faire le plein d’essence, payer le loyer, les impôts etc.) La part des dépenses pré-engagées a bondi ces dernières années et représente aujourd’hui 75% des dépenses d’un ménage. Plus on est pauvre, plus la part des dépenses pré-engagées représente la majorité des dépenses d’un ménage. Cela influence beaucoup la manière dont les gens se perçoivent par rapport au risque de pauvreté.
Par ailleurs, les pauvres ont toujours été confrontés au problème de privation matérielle, mais la classe moyenne s'estimait jusqu'à aujourd'hui relativement préservée. Or, du fait du renchérissement des loyers, de l’immobilier, des matières premières notamment de l’essence, ce n'est plus le cas. Ainsi, vous avez toute une catégorie de personnes qui d’un point de vue statistique n’est pas vraiment pauvre mais qui se sent menacée du fait de l’explosion des dépenses. Voilà qui explique pourquoi une part conséquente de la population craint de devenir pauvre.
La situation du marché du travail explique également cet écart entre la perception et les faits. Le basculement se fait dans tous les pays développés : le risque de chômage pour les personnes qui se trouvent sans diplôme est devenu une réalité. Malgré le système de protection, le chômage demeure un des grands facteurs de pauvreté.

Le sentiment de pauvreté atteint son maximum chez les 50-64 ans : 8% se voient pauvres, 42% en train de le devenir, alors que l'on pourrait penser que les jeunes seraient les plus anxieux. Comment expliquer ce résultat ?

Je dois admettre que ces chiffres sont assez surprenants. Néanmoins, on peut essayer de les expliquer par deux grands phénomènes. Le principal accomplissement de la protection sociale après la Seconde Guerre mondiale a été d'éradiquer la pauvreté chez les personnes âgées. Grâce au système des retraites, du minimum vieillesse, des politiques de santé, on a sorti les personnes âgées de la pauvreté. Néanmoins, on observe depuis une dizaine d’années que cette situation évolue. Du fait de carrières extrêmement heurtées, la retraite ne garantit plus nécessairement un niveau de vie satisfaisant. L’autre phénomène, c’est que le temps où on préservait à tout prix les personnes âgées dans les arbitrages est peut-être révolu, et ils sentent clairement cela. 

On a beaucoup parlé du phénomène du déclassement, c'est-à-dire de vivre moins bien que la génération de ses parents. Ce sondage montre que les Français craignent la pauvreté en tant que telle. Est-on passé à une étape supérieure ?

Je ne le pense pas. Il faut vraiment relativiser le sentiment de pauvreté de ce qui se passe dans les faits. Aujourd’hui, le système français de protection sociale est efficace pour lutter contre la pauvreté, même s'il est clairement perfectible. La France figure parmi les pays européens qui ont le mieux résisté en termes d’augmentation du taux de pauvreté après la crise, bien mieux que l’Allemagne dont on célèbre pourtant le modèle.
Sur le sentiment de déclassement le problème est le même. Le sentiment de déclassement augmente comme le souligne Eric Maurin, néanmoins dans les faits l’ascenseur social fonctionne relativement bien en France par rapport à d’autres pays. Mais il est vrai que les mécanismes qui permettaient à des gens de réussir leur vie marche moins bien aujourd’hui. Devenir propriétaire, ce n’est plus la garantie de voir son niveau de revenus stabilisé et assuré jusqu’à la fin de ses jours. De même, avoir le bac n’est plus la garantie de trouver un emploi et d'avoir un bon niveau de vie.

La crise a-t-elle favorisé ces angoisses ? Quelles peuvent être les conséquences de telles angoisses sur la situation effective des individus ?

On observe très clairement une crispation qui s’accompagne d’un certain fatalisme. Les crispations sont également plus marquées à l’égard des "autres" : on a vite fait d’accuser les étrangers d’être responsables de la situation économique des Français.
On sent une forme de fatalisme vis-à-vis de la situation et du système de protection sociale. La question qu’il faut se poser est : est-ce que les gens attendent toujours autant de l’Etat pour les protéger, ou va-t-on assister à une revalorisation de la responsabilité individuelle ? Jusqu’à présent, la France se distinguait de ses voisins européens en étant sur un mode "l’Etat s’occupe de nous et nous protège". Les contreparties de la protection en termes de droits et de devoirs vont être beaucoup plus marquées.

 

L’analyse de Jérôme Sainte-Marie, directeur du département politique-opinion chez CSA :

Les résultats de ce sondage montrent la gravité de la perception des Français. La question posée aux sondés était extrêmement précise et brutale : "A propos de votre situation sociale personnelle, diriez-vous que : vous êtes pauvre / vous êtes en train de devenir pauvre / vous n’êtes pas pauvre et n’êtes pas en train de le devenir". Aujourd’hui, 11% des sondés pensent qu'ils sont pauvres. Or, le mot "pauvre" n’est pas anodin. En termes d’estime de soi, il n’est pas facile de se qualifier de "pauvre". Ces 11% pèsent lourd. Par ailleurs, 37% des sondés ont le sentiment de devenir pauvres, ce qui est considérable. La moitié des Français se situent donc du mauvais côté de la barrière.
En croisant ces résultats avec les caractéristiques des interviewés, on se rend compte que ce sont les catégories populaires (employés, ouvriers) qui se sentent le plus pauvres, ou en train de le devenir. Les employés broient tout particulièrement du noir, avec un taux qui grimpe à 60%, car ils comptent dans leurs rangs plus de femmes, de temps partiels et de contrats précaires. Les ouvriers sont légèrement moins pessimistes : 51% d'entre-eux se déclarant pauvres ou en passe de le devenir. Les cadres et les professions libérales se sentent plus à l'abri (3% se considèrent pauvres et 17% en train de le devenir). Ces résultats me semblent rendre assez fidèlement compte des réalités sociales.
On constate par ailleurs que le sentiment de pauvreté est moins élevé chez les 18-24 ans (14% se considèrent pauvres, 15% en train de le devenir), que chez les 25-34 ans (15% et 34%). Les 35-49 ans sont 10% à se voir pauvres, 40% en train de le devenir. 8% des 50-64 ans se voient pauvres, 42% en train de le devenir. La proportion est de 9% et 39% pour les 65 ans et plus. Les 18-24 ans affrontent souvent des difficultés réelles, mais ils vivent cette situation comme provisoire et restent assez optimistes quant à leur avenir. Les 35-49 ans qui sont en difficulté comprennent, eux, qu’ils sont dans une situation plus durable. Enfin, les plus de 65 ans comprennent que les jeux sont faits : l’ascenseur social ne montra pas plus haut pour eux. Devenir retraité n’est pas synonyme d’enrichissement.
Par rapport à la crise actuelle, ce sondage montre aussi que les Français n’ont pas uniquement le sentiment qu’ils affrontent des difficultés ponctuelles sur le pouvoir d’achat ou l’emploi. Ils savent que cette crise n’est pas seulement un mauvais moment à passer. Nous vivons dans un climat de crise depuis 1973. La grande nouveauté aujourd’hui, c’est que les gens ont l’impression que cette crise n’est pas transitoire mais durable. On n'est plus dans le sentiment de déclassement, mais dans celui de paupérisation. C’est un changement radical en termes de perception.

dimanche 9 décembre 2012

Merveilleux

Merveilleux 


Bien sûr, l’élection de Miss France n’a pas le même suspense que celle de Mister UMP, mais elle a ce je-ne-sais-quoi de charme, qui offre aux Français une petite trêve dans une actualité peu folichonne.
Trente-trois candidates ont concouru à la succession de la flamboyante Alsacienne, Delphine Wespiser, qui ne pouvait se représenter. Décidément, les reines de beauté nous offrent, en plus de leur plastique, une petite leçon de démocratie. C’est toujours bon à prendre. La gagnante de ce concours ne nous a pas promis d’être une « Miss normale », ce qui aurait singulièrement manqué de sérieux. Elle, au moins, n’a pas cherché à nous dire qu’en cette période de morosité, elle allait défiler en maillot de bain gris ou en peignoir éponge.
Histoire de nous en mettre un peu plus plein la vue, Alain Delon et Mireille Darc présidaient la fête. Tous deux incarnent une sorte de continuité bienvenue. Les héritiers du général ont dilapidé l’héritage et fracassé cinquante ans de gaullisme. Les deux artistes ont réussi à garder, eux, leur capital de popularité tout au long de ce demi-siècle. Les affolants dos nus de Mlle Darc sont l’un des derniers vestiges de la V e République à n’avoir pas été dévalués.
Les mythes ont la vie dure. D’ailleurs, ils font toujours rêver. Ce bon vieux Tolkien l’avait compris. Son Bilbo le Hobbit va nous offrir notre part de merveilleux sur grand écran. N’en déplaise aux grincheux, les bons sentiments ont encore des clients. On a quand même le droit d’aimer les magiciens qui changent le plomb en or, quand nos élus transforment leurs promesses en impôts. Ne croyez-vous pas que Manuel Vals n’aimerait pas recevoir un coup de main d’un superman quelconque pour mettre fin aux violences corses ?
Voilà pourquoi la période de Noël reste sans pareil. On s’accroche à des légendes, à de grandes histoires, venues de la nuit des temps ou inventées, pour tenter de rendre meilleure l’espèce humaine.
Et je vous en supplie, les enfants : ne dites pas à vos parents que le Père Noël n’existe pas. 
Ils ne s’en remettraient pas.

Sommes-nous aujourd'hui dans une situation économique pire qu'au sortir de la Seconde Guerre mondiale ?

Andrew Haldane, directeur exécutif de la Banque d'Angleterre, a récemment déclaré sur les ondes de la BBC que la crise a eu des conséquences économiques pires que la Seconde Guerre mondiale. Il affirme par ailleurs que nos petits-enfants paieront encore le prix de cette crise sans précédent.

Andrew Haldane, directeur exécutif de la Banque d'Angleterre, a récemment affirmé que la crise avait eu des conséquences économiques comparables à la Seconde Guerre mondiale. Partagez-vous son avis ?

Gérard Bossuat : Sur le long terme du XXe siècle, ce n’est pas la première crise que l’Europe et le monde traversent. La première période d'après-guerre a connu l’éclatement d’une union douanière et monétaire autour de l’ex Empire austro-hongrois ; la crise de 1929 et l’incapacité des Etats à la régler en juillet 1933 a conduit le monde à un gigantesque conflit et une crise culturelle. L’Europe n’est plus alors le centre du monde. La situation post conflit en 1945-1950 montre que les moyens de production et de financement des économies européennes sont détruits ou largement obsolètes. C’est "Allemagne année zéro" de Roberto Rossellini, film de 1948, mais c’est aussi une France exsangue où les rations de pain ont diminué en 1947 par rapport à 1945 et où des grèves "révolutionnaires" menacent le pays ! Les conséquences économiques de la Seconde Guerre mondiale sont évidemment considérables en Europe et dans le monde. La production agricole est réduite ou stockée à des fins spéculatives, Le patrimoine immobilier est gravement touché, les ponts et les routes sont détruits ou surexploités. Les équipements, dédiés à la guerre, doivent être remplacés. Les ressources en devises rares (dollars essentiellement, livres sterling) sont inexistantes, les investissements de nationaux européens aux Etats-Unis ou dans l’Empire britannique sont souvent réquisitionnés. Comment payer les importations de l’Europe sinon en utilisant les réserves d’or des banques centrales ? Les réserves d’or de la France s’amenuisent davantage entre 1945 et 1949 que pendant la guerre elle-même. En raison des pénuries de devises le programme français d’importations essentielles est stoppé dans l’été 1947. Les devises ne sont plus convertibles. On doit donc recourir à des accords de clearing incertains, c’est-à-dire au troc. Tous les acteurs économiques se précipitent sur les mêmes denrées indispensables à la reconstruction : matières premières agricoles, ciment et acier, énergie, machines-outils que l’on trouve seulement aux Etats-Unis...
Une autre conséquence de la guerre est la répartition différente de la richesse existante. L’or européen est passé aux Etats-Unis, détenteurs de la quasi totalité du stock d’or mondial. Le dollar est devenu la monnaie reine puisqu’elle peut être échangée contre de l’or jusqu’en août 1971. Mais surtout les moyens de production modernes se trouvent aux Etats-Unis (et pour partie en Allemagne) ; les innovations technologiques ont été réalisées aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne (pour partie en Allemagne). La production de masse a transformé le paysage industriel et la société américaine. La reconstruction exige des travailleurs en grand nombre. La demande est telle que la relance économique conduit à la prospérité des années 50 à 70 ; ce sont les Trente Glorieuses selon le terme consacré, en France du moins.
Les conséquences de la guerre, en bref, ont conduit les Etats industrialisés à créer des organisations de régulation monétaire et économique : le FMI, la Banque mondiale, le GATT pour le monde, et des organisations proprement européennes, telle que l’Union européenne des paiements ou plus tard les Communautés européennes et une monnaie commune.
Revenons sur les propos d’Andrew Haldane. S’il veut dire que la crise bancaire et budgétaire, commencée en 2008, a eu des conséquences financières comparables à celle de la Seconde Guerre mondiale sur les revenus des familles, il est difficile de le suivre.
Jean-Marc Daniel : En 1947, le Royaume-Uni était endetté à hauteur de 300% du PIB. Si nous ne sommes pas à ces niveaux-là aujourd’hui, il convient de noter qu’à l’époque, les perspectives étaient bien différentes. D’abord, la cause de l’endettement était clairement identifiée et venait de disparaître puisque la guerre était finie. L’équilibre est donc assez vite revenu. Aujourd’hui, l’endettement résulte de la dérive structurelle des dépenses publiques. Ensuite, les perspectives de croissance au sortir de la guerre étaient assez fortes, alors qu’elles sont aujourd’hui très faibles. Y compris aux Etats-Unis, qui maintiennent leur croissance avec une politique monétaire très expansionniste. Enfin, les Etats qui étaient endettés avaient des actifs susceptibles de rembourser la dette, notamment au Royaume-Uni. Or nous ne sommes plus dans ce cas-là aujourd’hui.

Pas de croissance, pas de guerre, pas d’actifs : voilà la situation dans laquelle nous nous trouvons. Et face à cela, nous n’avons que peu de solutions. La seule réponse envisageable et possible, d’ailleurs utilisée à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, c’est de revenir à l’inflation et là, je crois qu’il y a un vrai débat. Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, estime ainsi qu’il existe une position médiane entre le taux d’inflation des années 1950 et les 2% que nous nous imposons. Autoriser 4% d’inflation pourrait être acceptable.
Les Britanniques se situent à mi-chemin entre cette position et celle de Paul Krugman, qui défend qu’il ne faut pas hésiter à monter à 7% d’inflation, tout en misant sur une épuration des comptes et sur le fait qu’il y aura eu de la croissance. Selon lui, il faudrait ainsi se laisser 10 ans et se dire qu’on ne peut pas présager de ce que sera la dette en 2020. Or, si on change en permanence l’objectif d’inflation, les anticipations sur la politique monétaire sont perturbées. Et cela, c’est dangereux.
La position allemande est radicalement différente : 2%, c’est 2%. Si vous faites 4% d’inflation, pour revenir à 2% quand vous aurez purgé les dettes, vous allez régénérer du chômage et de la dette, car vous serez obligés de mettre en place des politiques monétaires restrictives… que vous allez devoir compenser par une politique budgétaire extensive qui créera du déficit. Le discours allemand, qui consiste à dire que la solution du problème n'est pas l'inflation mais son report dans le temps, est cohérent.
L’inflation étant un mensonge, il faut trouver une autre méthode pour résorber la dette. Nous n’avons pas d’autre choix que celui d’une politique de sincérité.

Que serait une politique de sincérité pour la France ?

Jean-Marc Daniel : Au sortir de la guerre de 1870, notre dette était au même niveau qu’aujourd’hui (85-90% du PIB). Mais encore une fois, l’endettement et le déficit étaient identifiés : nous avions perdu une guerre et étions rançonnés par le vainqueur. Le déficit budgétaire a rapidement cessé de se creuser puis la politique de relance de 1880 a mis fin aux dégâts. Revenir à l’équilibre était facile, mais pour abaisser la dette, il a fallu un effort de 20 ans. La France a dû serrer ses budgets jusqu’aux Trente Glorieuses. Une dette élevée demande un effort, la France le sait, il est chiffré à 75 milliards d’euros.
Il existe trois pistes. Déjà, la France possède encore, contrairement au Royaume-Uni, des actifs publics susceptibles de lui permettre d’apurer une partie de son passif. C’est d’ailleurs ce qui est demandé à la Grèce dans son programme de redressement. Mais il ne faut pas le faire de façon précipitée : la stratégie, c’est de mettre ses actifs dans une caisse d’amortissement de la dette publique et de considérer que la mission de cette caisse, c’est de réduire la dette.
En deuxième lieu, la France doit arriver à un équilibre structurel et ne pas se donner des objectifs de politique budgétaire en terme de déficit en tant que tels, car il y a des phases conjoncturelles. Il faut donc baisser les dépenses publiques, accepter la baisse des prestations sociales et des allocations chômage et en France, on le sait, c’est assez délicat.
Une chose qui reste cependant inquiétante, c’est le niveau très bas des taux d’intérêts et donc la charge de la dette, qui reste à peu près maîtrisée. Mais pour combien de temps ?

En quoi la situation actuelle diffère-t-elle de celle des années 1945-1950 ?

Gérard Bossuat : La situation de guerre totale, de mobilisation des hommes pour la guerre et pour l’économie de guerre n’a rien à voir, à moins de vouloir tout simplifier à l’excès, avec la situation de crise actuelle. Les PIB stagnent ou se réduisent peu (sauf en Grèce et en Espagne). L’inflation est contenue par la BCE dans l’Union européenne mais le chômage augmente. Les problèmes budgétaires des Etats trouvent des solutions trop lentes mais réelles grâce à ces grandes organisations internationales créées après la Seconde Guerre. Et en Europe, grâce surtout à la mécanique de l’Union européenne, grâce, on veut le croire aussi, à l’accumulation des expériences et des échecs passés, capitalisés dans les réflexions et théories des économistes de la régulation, les responsables politiques se rencontrent "obligatoirement" pour inventer des réponses à la crise. Dans l’Union européenne des politiques de relance sont souhaitées par certains Etats. La complexité du système communautaire et les conflits doctrinaux entre Etats membres de l’Union n’ont pas encore permis de répondre à la crise sociale.
Toutefois l’historien insiste sur les singularités des situations. Si le terme de séisme peut caractériser la période de guerre et d’après-guerre, peut-elle qualifier celle que nous connaissons depuis 2008 ? Il y a une grande différence entre la guerre et la chute de Lehman Brothers ! Mais il est peut-être fructueux de comparer la manière dont on sort d’une crise. Nous ne sommes plus dans des économies administrées, le commerce international est puissant, les moyens de paiement abondants. La mondialisation est effective. La sortie de crise en 1945 a duré plusieurs années en Europe. Elle a consisté à augmenter par tous les moyens la production de base pour pouvoir ensuite laisser les acteurs politiques, industriels et le marché décider du type de produits mis à la disposition des consommateurs en Europe occidentale. En France, cette sortie de crise a été dirigée par le pouvoir politique qui a inventé le plan de modernisation et d’équipement, dirigé par Jean Monnet à la demande du général de Gaulle. Peu ou prou les pouvoirs politiques ont eu un rôle d’incitation au développement en RFA, en Italie, au Bénélux, selon des modalités variées mais discutées à l’OECE, organisation créée par le plan Marshall. Une puissante incitation extérieure est venue, en effet, renforcer le choix national, l’aide américaine du plan Marshall (1948-1951), accordée, sous conditions, à 17 pays européens. Rien de tel aujourd’hui. On note, de plus, une absence : celle d’une grande idée pour le développement et le bien-être social, celle de la modernisation qui s’imposait sans débat en 1945. La crise actuelle n’a pas permis de définir clairement ce que doit être la nouvelle économie "moderne". En 1945 les modernisateurs voulaient une industrialisation de masse capable de produire en abondance des biens d’équipement et de consommation. Le plein emploi s’était rapidement installé. Ils voulaient une augmentation rapide du pouvoir d’achat assise sur l’utilisation sans frein des matières premières. La crise actuelle demande un changement de paradigme économique et culturel dont les linéaments se dessinent lentement autour de l’économie verte, des nouvelles énergies, de l’innovation bio-technologique et numérique, sans que soit ébranlée la doctrine du développement capitaliste, à la différence de 1945 ! Nos contemporains ne savent pas où ils vont alors que la génération du baby-boom le savait.

Andrew Haldane affirme que nous laissons une dette que nos petits-enfants devront payer. Aurons-nous autant de mal que ça à sortir de cette crise ? Nos moyens d'actions sont-ils réduits en comparaison avec la situation de la Seconde Guerre mondiale ?

Gérard Bossuat : Il est commun de parler ainsi de la dette laissée à nos petits-enfants, soit une dette budgétaire, soit une dette sociale, soit une dette plus grave encore, liée à l’exploitation sans compter des ressources de notre monde. Les dettes budgétaires seront remboursées ou effacées par les instruments de régulation ou par des décisions politiques ; les dettes écologiques ou environnementales, nées de l’exploitation sans mesure de notre planète, sont plus difficiles à rembourser puisque cette question est posée, sans solution satisfaisante à la clef, depuis le rapport Meadows au Club de Rome de 1970 qui recommandait de stopper la croissance. Actuellement, la tendance serait de recommander une croissance d’un autre type, qu’il est possible d’installer si les opinions publiques en adoptent l’objectif.