Les sorties de l’Euro de la Grèce et même du Portugal sont devenues inévitables. L’horreur superstitieuse qui saisissait les élites financières et politiques face à cette perspective s’est transformée en quasi-résignation, tant les voix de la raison démontrant l’impasse de la situation actuelle sont devenues chorus.lundi 23 janvier 2012
Bosser, ou dévaluer?
Les sorties de l’Euro de la Grèce et même du Portugal sont devenues inévitables. L’horreur superstitieuse qui saisissait les élites financières et politiques face à cette perspective s’est transformée en quasi-résignation, tant les voix de la raison démontrant l’impasse de la situation actuelle sont devenues chorus.Kathimerini - 22/01/2012 : Article commun franco-allemand
"L’Allemagne et la France célèbrent ce 22 janvier 2012, le quarante-neuvième anniversaire du traité de l’Elysée. Celui-ci a marqué une étape majeure dans notre histoire commune en scellant la réconciliation entre nos peuples, longtemps ennemis, et en fixant les objectifs d’une coopération accrue entre nos deux pays.
En près de 50 ans, la France et l’Allemagne ont noué tout un réseau de coopérations et de solidarités politiques, économiques et sociales, ont rapproché leurs sociétés, et notamment leurs jeunesses, ont fait mouvement l’une vers l’autre. Cela n’allait pas de soi car tant de traits les différencient : l’organisation des deux Etats, la structure de leur économie, les systèmes éducatifs, etc. Dès lors qu’Allemagne et France ont su, malgré leurs différences, s’entendre pour proposer le compromis auquel elles avaient abouti, elles ont pu apporter une contribution essentielle à la construction européenne.
Aujourd’hui, plus que jamais, l’Allemagne et la France, mais aussi l’ensemble des partenaires européens, doivent agir de manière unie et cordonnée pour protéger à la fois les acquis européens que la pression des marchés, la dérégulation financière et l’endettement excessif menacent, mais aussi surmonter, grâce à une plus grande intégration, les dysfonctionnements que la crise de la dette a révélés. Nous avons la conviction qu’une plus grande convergence de nos politiques économiques favorisera la mise en place d’une véritable gouvernance de la zone euro et renforcera de ce fait, la solidarité européenne.
La France et l’Allemagne ont l’ambition de montrer l’exemple de la convergence en proposant, dans la perspective du 50ème anniversaire du traité de l’Elysée l’an prochain, la mise en place d’un impôt sur les sociétés commun, dans son assiette comme dans son taux. Nos deux pays tiendront également des conseils des ministres franco-allemands pour la préparation des budgets afin de garantir que nous travaillons bien sur les mêmes principes d’élaboration dans le cadre du respect du pacte de stabilité et de croissance.
L’Allemagne et la France sont également déterminées à coopérer en vue de la création d’une taxe sur les transactions financières que le Président Sarkozy et la chancelière Merkel ont appelée de leurs vœux dès le sommet du G20 de Toronto l’an dernier. C’est ainsi qu’à l’initiative de nos deux pays, le Conseil européen de mars 2011 a souligné la nécessité d’explorer une telle perspective et que la Commission a établi fin septembre des propositions. Notre vœu est de rallier le plus grand nombre d’Etats à la nécessité d’introduire une telle taxe. Son objectif principal est de décourager les transactions risquées.
À côté des mesures budgétaires et régulatrices, la France et l’Allemagne souhaitent l’an prochain développer ensemble et pour l’avenir des propositions en vue d’une convergence et d’une compétitivité accrue de leurs économies nationales. Nous sommes, Français et Allemands, très engagés sur la croissance et sur l’emploi. Nous allons demander à la Commission que les fonds disponibles en Europe soient utilisés, notamment pour soutenir les PME et pour améliorer la force innovante de l’Europe et développer les réseaux, etc.
Les décisions prises par l’UE l’année dernière avaient pour objectif de préserver la stabilité de tous les États membres et de créer les conditions de la croissance. Pour que ceci aboutisse de manière rapide et durable, nous voulons nous montrer solidaires avec les efforts de réforme entrepris par les économies nationales particulièrement fragilisées et contribuer à rétablir une situation financière solide. Nous sommes fermement engagés aux côtés de la Grèce dans ses efforts de redressement budgétaire et de retour à la compétitivité.
La coopération qui s’intensifie dans les domaines économique et budgétaire a un effet d’entrainement au niveau politique. En ce sens, la crise fournit l’opportunité d’une consolidation européenne que nous devons saisir tous ensemble, et qui doit s’effectuer au bénéfice de tous les pays.
L’Allemagne et la France ont, en tant que grandes économies nationales au sein de l’Union européenne, une responsabilité particulière à l’égard de l’Europe. Grâce à une combinaison entre des finances saines et des incitations à la croissance, nous voulons témoigner de notre engagement au service de l’euro, de sa stabilité et également de notre volonté d’avoir une Europe forte et compétitive."
Le spectre de Mitterrand derrière le discours de Hollande
On pourrait appeler cela la querelle du modèle et des anti-modèle. Oui, il y avait bien quelque chose de cet ordre, dimanche 22 janvier, dans la prestation de François Hollande au Bourget. Comme une volonté de se démarquer de ceux qui, les trois dernières fois, ont perdu. Comme un souhait de s'inspirer du seul, qui, jusque-là, a ouvert à la gauche les portes de l'Elysée.
Eux, ce sont Lionel Jospin et Ségolène Royal. Candidat à la présidentielle, M. Jospin avait tenu ses premiers meetings plus tard : en 1995, c'était le 21 mars, à Lille ; en 2002, c'était le 7 mars, à Rennes. M. Hollande sait trop bien que les présidentielles se sont généralement "jouées" entre mi-janvier et fin février pour ne pas avoir retenu la leçon : mieux vaut mobiliser en janvier. Comme Nicolas Sarkozy en 2007.HOLLANDE N'A QU'UN SEUL MAÎTRE
François Hollande, en réalité, n'a qu'un seul maître : François Mitterrand. A deux jours près, trente et une années séparent leurs deux premiers grands discours de campagne. En 1981, c'est le 24 janvier que le premier secrétaire, tout juste investi candidat, s'était lancé dans la bataille.
Et qu'entendit-on, ce jour-là ? Une dénonciation du pouvoir personnel, de "l'arbitraire des hommes choisis par le chef de l'Etat pour informer et déformer". Une valorisation du Parlement et du premier ministre ("On le voit, mais à quoi sert-il ?"). La noire vision d'une France qui "bat en retraite". Une ode à la République autant qu'au socialisme. Un cri d'amour charnel au pays, à ses "routes", ses "maisons", ses métier
Une déclaration de guerre aux "privilèges des maîtres de l'argent". "Je m'émerveille [à] aimer les gens", disait Mitterrand. "J'aime les gens quand d'autres sont fascinés par l'argent", a assuré M. Hollande.
"Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne : cet adversaire, c'est le monde de la finance", a aussi lancé M. Hollande. Des propos qui rappellent ceux de Mitterrand, qui prônait la rupture avec "toutes les puissances de l'argent" au congrès d'unification des socialistes à Epinay en juin 1971.
Le député de la Corrèze le dit souvent : M. Sarkozy est dans la situation de M. Giscard en 1981, et lui, dans celle de Mitterrand à l'époque. Pas étonnant, dès lors, que, pour son premier grand meeting, le candidat d'aujourd'hui ait calqué ses mots et ses thèmes sur ceux du candidat d'hier.
Lors de ses primaires, le PS s’était choisi un candidat, mais ce n’est qu’hier que François Hollande a enfilé le costume qui va avec. Un moment délicat. On ne sort pas toujours indemne de cette mue qui, si elle est ratée peut vous laisser nu. Mais au Bourget, le favori des sondages a plutôt bien réussi la périlleuse opération. L’ancien premier secrétaire a réussi à faire oublier son absence de squelette gouvernemental pour se glisser directement dans le corps d’un éventuel président de la V e République.
Beaucoup de « je » et beaucoup d’idées développées à la première personne du futur ont fait l’affaire et donné à cet expert des effets de tribune l’apparence d’une stature. M. Hollande a fait ça à l’ancienne maîtrisant à la fois le pupitre, le public et le phrasé dans une adresse classique, à la limite parfois d’un suranné mitterrandien. Une prestation qui a semblé parfois hors du temps, tant elle a fait abstraction, non seulement du nom du chef de l’État mais aussi de la comédie dramatique de ce début de campagne, et d’une certaine façon, de la crise.
C’est un François Hollande en suspension qui a parlé de lui-même avec une candeur parfois naïve jusqu’à en oublier totalement son habituelle subtilité. De la rime désespérément facile de son « j’aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent » à ses résolutions de chevalier Bayard partant en guerre contre « le monde de la finance », son « seul adversaire », l’impétrant n’a pas davantage fait dans la dentelle qu’un Bayrou prêt à en découdre, lui, avec « les quatre chevaliers de l’apocalypse ».
Quand les caisses de l’État sont vides, il faut croire que la parole peut rester d’or. Elle a eu quelques éclats sous les vivats quand elle a énoncé des grands principes chers à l’humanisme de gauche, les vertus d’une présidence modeste ou la nécessité de l’Europe. Mais elle a aussi enluminé à l’excès une histoire sombre, comme si le réel pouvait encore obéir à la volonté trop simpliste qui permettrait de créer un million de logements, de bloquer les loyers scandaleux ou de créer une taxe européenne sur les transactions financières. Sus à la chancelière... Sitôt élu, François-le-Téméraire traversera le Rhin : Angela me voilà !
Le champion de la synthèse a tricoté du synthétique avec savoir-faire. Reste le tissu des promesses. Un patch- work plus brillant que solide. Le made in France breveté H devra encore prouver qu’il peut résister à l’exportation.
Le mauvais score de Nicolas Sarkozy dans les sondages, l’élimination de DSK, l’échec de Nicolas Hulot, le retrait de Jean-Louis Borloo : les circonstances avaient tant joué en sa faveur que François Hollande n’avait pas eu à prendre beaucoup de risques pour gagner la primaire et monter dans les sondages.
Le danger, pour tout candidat, serait d’être élu faute de mieux et non pas pour ce qu’il promet et représente. Il ne suffit pas de gagner une présidentielle, il faut durer. Pour François Hollande, dont c’était hier la vraie entrée en campagne, l’enjeu était celui-là : montrer qu’il n’est pas le personnage flou et mou dont l’accusait Martine Aubry. Pas le porteur de projet vide, dont l’affublait Ségolène Royal. Pas la girouette que les couacs à répétition, grossis par la loupe sarkozyste, semblaient montrer. Il lui fallait prouver que sa gentillesse n’est pas une faiblesse déguisée.
Concurrencé par François Bayrou sur le terrain de la gouvernance, asticoté par un Jean-Luc Mélenchon qui s’érige en dépositaire de la vraie gauche, suspecté par les écologistes de faire peu de cas de l’environnement, il lui fallait borner son terrain électoral de repères visibles. Le niveau auquel il a situé son propos va sans doute rendre la tâche de ses compétiteurs plus rude. Et le débat plus passionnant.
Jean-Luc Mélenchon aura plus de mal à exploiter sa présumée indulgence envers la finance : c’est sur ce thème que François Hollande a été le plus sévère, à travers la fiscalité, la réforme des banques, la fin des stocks options.
François Bayrou aura plus de mal à cultiver l’exclusivité d’une autre gouvernance : le candidat socialiste promet une présidence participative et plus modeste, des pouvoirs partagés, une justice indépendante, une France plus décentralisée.
Sur le terrain international
Nicolas Sarkozy, dont la candidature ne pourra pas attendre éternellement, et même Marine Le Pen, devront l’affronter sur leur terrain favori après la promesse que la République rattrapera les caïds et les fraudeurs. Après son engagement à retrouver l’équilibre budgétaire avant la fin du mandat. Après les hymnes à la nation entonnés à maintes reprises.
Tous trouvaient le candidat socialiste trop franco-français, trop provincial ? Le voici qui s’avance sur le terrain international en Afghanistan, au Proche-Orient, en Europe bien sûr, promettant de renégocier le traité annoncé le 9 décembre, de renforcer la Banque centrale, de se battre pour la relance.
Sur la forme, enfin, François Hollande, par nature discret sur lui-même, soigne son portrait et expose l’histoire d’un homme volontaire, constant et convaincu. Il a tenté – réussi ? – de suggérer une image du président qu’il pourrait être.
Sur le papier, tout semble parfait. Cette construction ne vaut évidemment que si elle n’est pas démentie dès demain par des dérapages qui traduiraient des incohérences, des insincérités, des impossibilités à tenir tant de promesses. Elle ne vaut que si le chiffrage du projet ne déclenche pas la menace d’une nouvelle dégradation de la note française et un envol des taux d’intérêts. Elle ne vaut que s’il réussissait, une fois élu, à convaincre de sa capacité à associer les forces sociales et politiques au-delà de la gauche.
Autant de grain à moudre durant les trois mois, exactement, qui nous séparent du premier tour.
Devant toutes les générations socialistes réunies et une salle comble, attentive et enthousiaste qui aura rassuré sur la santé militante du PS, François Hollande a lancé sa campagne avec les pointes de lyrisme d’usage, les piques à l’adversaire de circonstance, quelques touches de programme et des tranches de vie personnelle inhérentes à ce scrutin égocentré.
Autour de l’égalité, de la laïcité et du combat contre le monde de la finance, le candidat du PS s’est appliqué à rassembler son camp, la gauche, sans effrayer la France du milieu. Celle qu’une Marseillaise finale rassure plus qu’une Internationale, celle qui a confiance dans la science et le progrès plus que dans la décroissance écologiste, celle qui au final fait gagner une présidentielle. Avec son petit secret bien préparé, « J’aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent », il ramène sans le citer Nicolas Sarkozy aux images bling-bling et au bouclier fiscal de son début de mandat.
Ce lancement classique, sans faute, ne bâtit pas un programme, ne donne pas une vision pour le pays. Et alors ? Qui aujourd’hui à part les populistes et ceux qui veulent briller dans les débats avec de belles formules peuvent promettre des projets miracle et se projeter sur une décennie ? Dans le monde tel qu’il se construit en 2012, sans frontières et à la vitesse du clic de souris, le dirigeant politique est confiné à une adaptation permanente aux événements et condamné à trouver des majorités au-delà de son pays pour corriger les dérives des sociétés mondialisées et limiter leur impact sur les peuples. Parler de vision, c’est jouer à Madame Irma.
Comme Nicolas Sarkozy lors de son sommet social,
François Hollande s’est résolument placé hier dans le camp des républicains réalistes. Il leur reste à marquer et à montrer leurs différences aux Français pour écarter les tentations populistes de ceux qui n’hésiteront pas à tout promettre sans regarder la réalité du monde qui les entoure.
À ce moment de la campagne, François Hollande est attendu au tournant. On lui reproche d'être en tête sans le vouloir, d'avancer vers une victoire annoncée sans la mériter, de peut-être devenir président de la République sans avoir été choisi.
Les tenants d'une mystique gaulliste de « la rencontre entre un homme et le pays » ne s'y retrouvent pas, le candidat ne s'étant pas encore offert à la nation, ni la nation au candidat. Les nostalgiques d'une gauche messianique sont déçus par un candidat qui n'a pas encore promis le nirvana social au peuple de gauche.
On reproche à François Hollande de n'être ni François Mitterrand, ni Ségolène Royal. Le premier n'avait pas hésité à promettre la lune, sur un arrière-plan de mythologies ouvrière et républicaine mélangées. La seconde pensait que son seul charisme suffirait à soulever les foules et à les tenir dans une attitude extatique jusqu'au jour sacré du vote.
Mais François Hollande n'est pas François Mitterrand, ni Ségolène Royal, et les moments ne sont pas les mêmes.
Dans un contexte de crise économique aiguë, il est le favori face à un président sortant donné, au-jourd'hui, largement battu. Il est sûr d'arriver premier, à condition de ne pas tomber. Or, il marche sur un fil tendu au-dessus du vide.
À droite l'attend Nicolas Sarkozy, qui imprime sa marque et son rythme. Il provoque le candidat socialiste, lui tend des pièges, l'invitant à se découvrir, à promettre et promettre encore pour mieux le lui reprocher ensuite.
À gauche l'attendent les plus radicaux, qui exigent du souffle social, du nerf idéologique, de l'audace politique, au risque de faire peur aux Français, qui savent que le pays ne peut plus tout se permettre.
Jean-Paul Sartre était prêt à taire la vérité du socialisme soviétique pour ne pas désespérer Billancourt. François Mitterrand à promettre une impossible rupture avec le capitalisme pour l'emporter en 1981. François Hollande est-il prêt à faire gagner la gauche sur un malentendu, ou prendra-t-il le risque de la faire perdre en ne promettant que ce qu'elle pourra tenir ?
Ses discours prochains et son programme bientôt dévoilé le diront.
C'est un tournant pour le Parti socialiste français et la social-démocratie européenne.
Ou bien mener une campagne à gauche toute pour mobiliser son camp par d'audacieuses promesses, et gagner, avant de décevoir et de repartir dans l'opposition pour vingt ans.
Ou bien faire campagne sur un projet équilibrant l'économique et le social, prêchant la patience et un minimum d'efforts, tout en se démarquant d'une austérité de droite, et ne pas être sûr du résultat.
François Hollande commence à fendre l’armure
La salle était archicomble , les applaudissements et les "Hollande président" explosaient à intervalles réguliers. Mais au-delà de la mise en scène , peut-on dire que François Hollande a réussi son rendez-vous du Bourget, dimanche 22 janvier ? La réponse est oui. Il commence à fendre l'armure.
Pour densifier son personnage, François Hollande a emprunté tous les registres : l'émotion – "j'aime les Français, quand d'autres sont fascinés par l'argent" –, l'évidence – "trente ans de socialisme, une fidélité, une ténacité " –, son histoire personnelle et l'Histoire avec un grand H. Il a évoqué quelques noms : Mendès France, Mitterrand et quelques dates 1981, 2002. Mais il s'est surtout servi de Nicolas Sarkozy comme d'un contre-modèle pour défendre sa "présidence normale". Jamais, il n'a cité le nom du président de la République mais, constamment, il s'y est référé dénonçant "la voracité", "les zig-zags", le système "clanique" qui ont, selon lui, marqué le quinquennat. Il y a opposé "la dignité de la fonction", la "quête de l'intéret général", le rejet des pompes et des ors, la concertation. Les Français, martèle-t-il, veulent "l'apaisement, le respect, une constance."
Pour densifier son projet, François Hollande s'est servi du "rêve républicain" en se fixant comme objectif que la jeunesse de 2017 vive mieux que celle de 2012. L'invocation de la République lui permet de déborder du seul cadre de la gauche et d'intensifier encore ses critiques contre le sarkozsyme, qu'il cherche visiblement à présenter comme une simple parenthèse dans l'histoire française. Il dénonce "les puissances de l'argent" , la "sécession des riches", brandit "l'égalité", "la justice", défend "la laicité", promet d'inscrire dans la constitution la loi de 1905 et vante la République diverse "où chacun trouve sa place".
A-t-il gauchi son discours pour plaire à ceux qui, à gauche, le trouvent trop mou ? Oui dans ses tirades contre les dérives de la finances, dans l'annonce d'une loi bancaire dès le début du quinquennat, dans sa volonté d'encadrer les honoraires médicaux ou de bloquer les loyers dans les zones où les prix deviennent exorbitants. Non, dans sa volonté réitérée de revenir à l'équilibre des finances publiques en 2017 ou dans son refus de créer des postes de fonctionnaires, tout devant se faire par redéploiement. Pour prouver qu'il est de gauche, Hollande préfère la méthode Mendès à celle de Mitterrand : le temps long pour les réformes de structure comme la fiscalité, et quelques urgences comme l'emploi, le logement, la santé.
Au Bourget, François Hollande a commencé à revêtir son habit de candidat à la présidentielle avec cependant un gros angle mort : l'Europe. Le sujet, visiblement, ne passionne pas ses troupes. C'était le moment de son discours où la salle a failli décrocher. François Hollande a du mal à convaincre qu'un nouveau traité de l'Elysée qu'il souhaite conclure avec l'Allemagne remettra l'Europe sur le chemin de la prospérité. C'est la limite de son opération présidentialisation. Il s'est crédibilisé sur la scène nationale mais pas sur l'échiquier européen.
Retraite à 60 ans ? Impossible ! Comment la financer ? Quasiment tous les pays europ. sont à 65 ans voir 67 ans !!
Engager 60 000 profs en 5 ans ? Comment ?! Il y a de moins en moins d’étudiants pour réussir les concours ! L’an dernier, il y a eu moins d’embauches que prévus car les étudiants n’étaient pas assez qualifiés !
Une banque d’investissement française ? Qui va mettre sur la table les milliards nécessaires ?
Un impôt de 45 % sur les revenus sup annuelles à 150 000 euros ? Ok ! : Multiplication des niches fiscales + !
Aucun mot sur la note de Fitch sur la france Lundi alors que 3 jours avant, c’était la catastrophe ! RIDICULE
Bref, si il passe, dans 3-4 ans on saura au niveau de l’Espagne ou du Portugal..
Bref, un candidat qui veut diminuer la dette française ? Qu’on me laisse rire…
Et dans six mois le France s'appellera FRANCIA CONCORDIA
Sarkozy cible Hollande et se voit président après mai
Nicolas Sarkozy a multiplié dimanche à Cayenne les attaques contre le candidat socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande, qui prononçait au même moment au Bourget, à 7.000 km de là, son premier grand discours de campagne.
Le chef de l'Etat, qui briguera probablement un second mandat, adressait ses voeux à la France d'Outre-mer et a paru, tout au long de son discours, ne pas envisager d'autre issue que sa réélection, bien que les sondages le donnent battu.
Sans jamais nommer François Hollande, il a invité les Français d'Outre-mer, qui représentent environ 4% de l'électorat, à ne pas faire confiance à un homme qui "dirait toujours oui, parce que ça cacherait quelque chose".
Il a qualifié d'"un peu folklorique" la visite d'une demi-journée effectuée lundi dernier par le candidat du PS à Cayenne.
Lors de sa récente tournée aux Antilles, François Hollande avait estimé que le mot "endogène" faisait penser à "indigène" - un jeu de mot dénoncé par le chef de l'Etat - "Il ne faut pas plaisanter avec ça", a-t-il dit.
Nicolas Sarkozy a également opposé sa vision d'un système d'incitation fiscale pour stimuler l'économie, auquel il dit ne pas vouloir toucher, à la conception, prêtée à la gauche, d'une politique de subventions directes.
"ICI CE N'EST PAS LE FAR WEST"
Plus généralement, il a accusé la gauche d'ambiguïté envers les indépendantistes des Dom-Tom.
"J'appartiens à une famille politique qui n'a jamais considéré qu'il fallait accompagner les Outre-mer vers l'indépendance. Je n'ai jamais été l'allié d'un parti indépendantiste et je ne le serai jamais", a-t-il dit.
Le chef de l'Etat a longuement défendu sa politique envers les Dom-Tom mais s'est aussi attaché à "tracer des perspectives pour l'année qui vient", comme si la défaite, le 6 mai, était pour lui exclue. Un message qu'il s'est d'ailleurs efforcé de distiller tout au long de sa visite de deux jours en Guyane.
"Je suis là et je reviendrai encore", a-t-il ainsi déclaré samedi matin à des Amérindiens du Haut-Maroni.
"La Guyane, j'y viens très souvent et j'ai bien l'intention de continuer", a renchéri le soir, devant des gendarmes et des militaires, Nicolas Sarkozy, qui est venu six fois dans ce Dom en tant que ministre de l'Intérieur et chef de l'Etat.
Et d'annoncer dimanche qu'il irait dans l'Océan indien et à La Réunion "au premier semestre de cette année", sans préciser si ce serait pendant la campagne ou après l'élection.
Dans un département, la Guyane, où faits divers sanglants et règlements de compte entre orpailleurs clandestins défrayent régulièrement la chronique, il a par ailleurs renoué avec les thèmes sécuritaires qui lui avaient permis en 2007 d'y devancer son adversaire socialiste de l'époque, Ségolène Royal.
"Le combat (...) contre les mafias de l'orpaillage clandestin comme contre les mafias de la délinquance quotidienne sera sans relâche", a-t-il lancé. "Ici, ce n'est pas le Far West et ça ne deviendra jamais le Far West."
Il a promis de ne pas laisser les chercheurs d'or illégaux, en majorité brésiliens comme les neufs orpailleurs qui se sont entretués vendredi, importer sur le territoire de la République française "des pratiques mafieuses."
Dans un Dom où les étrangers représentent 37% de la population, il a réaffirmé son opposition au vote des ressortissants non-communautaires aux élections locales, défendu de nouveau par François Hollande dans son discours du Bourget.
Mais Nicolas Sarkozy a également multiplié les promesses à l'adresse des Dom-Tom, comme le développement de l'offre de formation dans ces territoires en proie à un chômage plus de deux fois plus élevé qu'en métropole, ou la négociation de réductions de tarif avec les opérateurs de téléphonie mobile.
Les créanciers privés de la Grèce ont fait leur "offre maximale"
Le représentant des créanciers privés de la Grèce a déclaré dimanche que ces derniers avaient atteint les limites des pertes qu'ils étaient prêts à concéder dans le cadre d'un échange de dette "volontaire", ajoutant que la balle était désormais dans le camp des bailleurs de fonds internationaux d'Athènes.
La Grèce négocie depuis des mois avec ses créanciers les modalités de l'effacement d'une partie de sa dette, condition essentielle à la mise en place d'un deuxième plan d'aide de 130 milliards. Du fait de longues formalités d'application, le pays a besoin d'un accord sur ce plan de participation du secteur privé (PSI) dans les tout prochains jours, sous peine de faire défaut dès la fin du mois de mars.
Pour y parvenir, le gouvernement grec doit trouver un accord avec le secteur privé, mais aussi obtenir le feu vert de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI), qui insistent sur le fait que l'endettement grec soit suffisamment réduit pour redevenir viable.
Des sources proches des pourparlers ont rapporté ce week-end qu'Athènes et ses créanciers obligataires se rapprochaient d'un accord mais que de nombreux détails devaient encore être réglés. Selon elles, les discussions s'orientent vers une perte de 65 à 70% pour les investisseurs privés.
La Grèce et ses créanciers se sont globalement mis d'accord sur le fait que les nouvelles obligations auraient une maturité de 30 ans et un taux d'intérêt progressif atteignant 4% en moyenne.
"Ce sur quoi je suis confiant, c'est que notre proposition, qui a été transmise au Premier ministre (Lucas Papadémos), est la proposition maximale par rapport à un PSI volontaire", a déclaré Charles Dallara, directeur général de l'Institut de la Finance internationale (Ifi), le lobby bancaire qui représente les créanciers privé dans les négociations.
S'exprimant au micro de la chaîne Antenna TV, il n'a pas donné de détails sur l'accord ou le niveau du coupon.
Le caractère "volontaire" de la restructuration de la dette est important car il doit permettre d'éviter que l'opération soit considérée comme un événement de crédit, ce qui déclencherait le paiement des 'credit default swaps' (CDS), assurances contre le risque d'un défaut grec.
PRESSIONS DU FMI
L'attention va désormais se porter sur la réunion des ministres des Finances de la zone euro lundi, le marché se demandant si les Européens et le FMI considéreront que le niveau de décote négocié est suffisant.
"Maintenant tout repose sur la réaction des institutions européennes et bien sûr le FMI à cette proposition", a ajouté Charles Dallara.
Le FMI insiste pour qu'un accord permette à la dette grecque d'être réduite à 120% de son produit intérieur brut (PIB) contre 160% actuellement, comme décidé lors d'un sommet européen en octobre. Le Fonds a également averti que des efforts supplémentaires devaient être entrepris, soit par les créanciers privés, soit par les Etats, pour compenser la détérioration des perspectives économiques grecques.
Une source bancaire proche des discussions a déclaré que le FMI souhaitait que le coupon des nouveaux titres soit inférieur à la moyenne de 4% évoquée par Athènes et ses banques.
"Le FMI fait pression pour un coupon plus bas sur les nouvelles obligations", a dit la source.
Après plusieurs séances de négociations de mercredi à vendredi, Charles Dallara et son conseiller spécial Jean Lemierre ont quitté Athènes samedi mais les tractations devaient se poursuivre par téléphone durant le week-end.
"Nous sommes à la croisée des chemins et je reste plutôt optimiste", a déclaré Charles Dallara dimanche soir.
Un des points clés reste de savoir si les créanciers adhéreront massivement à ce plan de participation volontaire.
"Nous travaillons avec le gouvernement grec, les bailleurs de fonds européens et internationaux et nous pouvons mobiliser une très, très forte participation (du secteur privé)", a dit le patron de l'Ifi.
Avec George Georgiopoulos, Jean Décotte pour le service français
dimanche 22 janvier 2012
La Berd met en garde contre un débat sur la sortie de la Grèce de l'euro
Le patron de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement estime que les conséquences seraient "désastreuses".
Le patron de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), Thomas Mirow, met en garde contre l'ouverture d'un débat sur la sortie de la Grèce de la zone euro, dans un entretien à paraître lundi. "Je considère comme particulièrement spéculatif et dangereux le débat sur une sortie de l'euro et un retour de la Grèce à la drachme. Personne ne sait quelles réactions une telle décision provoquerait", a dit l'Allemand Thomas Mirow au quotidien allemand Handelsblatt. Selon lui, "les investisseurs hors d'Europe verraient une sortie de la Grèce de la monnaie unique comme une raison de remettre en cause l'architecture de l'espace monétaire".
Un tel débat aurait des conséquences désastreuses sur l'avenir de la zone euro et pourrait provoquer une panique bancaire, ajoute-t-il, dans cet entretien partiellement rapporté au style indirect. Thomas Mirrow estime par ailleurs que la Grèce nécessitera pendant des années des aides financières, étant donné les réformes de longue haleine qu'elle doit entreprendre. "Il faut des réformes structurelles. Cela ne se fait pas en quelques mois, cela dure des années", a-t-il dit.
La riposte de l'UMP contre celui "qui n'a de Mitterrand que le prénom"
Comme l'indiquait samedi Le Monde, la "cellule riposte" de l'UMP, animée par l'ancien ministre de l'intérieur Brice Hortefeux, était réunie ce dimanche 22 janvier au siège de l'UMP, à Paris, pour dégainer ses arguments contre le candidat socialiste au moment même où il prononçait son discours.
Ce fut fait au moment où François Hollande s'exprimait, avec la publication, sur le site www.lechangementcestmaintenant.fr d'un faux "discours du Bourget" de "François... euh Hollande", reprenant l'essentiel de l'argumentaire de l'UMP contre le candidat socialiste depuis son investiture.>> Lire : Le récapitulatif des propositions de François Hollande
- La laïcité, "déjà dans la constitution"
"La Constitution dispose déjà que la France est une République laïque", a affirmé M. Guéant à l'AFP. De plus, selon lui, "l'ensemble des textes qui existent sur la laïcité – et il en est bien d'autres que la loi de 1905, nous avons récemment fait un recueil que nous allons baptiser 'code de la laïcité et de la liberté religieuse' – suffisent à faire vivre la laïcité".
Enfin, il a estimé que "la portée du propos de M. Hollande serait forte si lui et ses amis avaient voté un texte aussi laïc que celui interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public". Lors du vote de la loi interdisant le port du voile intégral dans l'espace public, le PS n'avait pas pris part au vote.
Sur Twitter, le secrétaire d'Etat au logement, Benoist Apparu, a également posé la question de l'Alsace et la Moselle, sous concordat : "Loi de 1905 dans la constitution ? Quid de l'Alsace et Moselle ou cette loi ne s'applique pas ?"
- Les attaques contre la finance, "idiotes"
- Le blocage des loyers, "vraiment démago"
Il s'est en revanche déclaré "d'accord" avec la proposition de renforcer les sanctions contre les communes ne respectant pas la loi SRU, qui impose d'avoir 20 % de logements sociaux.
"IL N'A DE MITTERRAND QUE LE PRÉNOM"
D'autres critiques ont visé plus directement le candidat socialiste, lui reprochant une nouvelle fois ses "incohérences", son "flou".
Sur Twitter, Guillaume Peltier, membre de la "cellule riposte" de l'UMP, secrétaire national chargé des sondages, a estimé : "On attendait un souffle d'avenir, on a eu le vent du passé ; on attendait le rêve de 2012, on a eu le songe de mai 68 et 81."
Marc-Philippe Daubresse, secrétaire général adjoint de l'UMP a estimé que "dans ce discours fondateur, François Hollande n'a pas fendu l'armure et aura surtout fait la démonstration qu'il n'avait de Mitterrand que le prénom." Dans un communiqué, il reproche au discours de n'avoir apporté "aucun élément nouveau, beaucoup d'annonces non financées, numéro de théâtre autour du thème de l'égalité, beaucoup de formules creuses".
Philippe Juvin, secrétaire national de l'UMP, a de son côté jugé dans un communiqué que "l'incantation, même faite avec réel talent, ne remplace pas un projet de société. François Hollande a d'abord beaucoup parlé de lui. Puis, comme à son habitude, il a beaucoup promis mais en ne disant jamais comment il y parviendrait. La montagne a accouché d'une souris. En une phrase : tout ça pour ça."
HOLLANDE "ESSAYE DE FAIRE SON DISCOURS DU 14 JANVIER"
Dimanche matin, la porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse, avait estimé sur Radio J que François Hollande,"obsédé" par Nicolas Sarkozy, était "en train d'essayer de faire son discours du 14 janvier" 2007.
Le 14 janvier 2007, Nicolas Sarkozy avait prononcé à la porte de Versailles un discours considéré comme celui qui lui a permis de prendre l'ascendant, auprès de l'électorat, sur sa principale concurrente, Ségolène Royal. Après ce discours, le rapport de force dans les sondages s'était définitivement établi en faveur du candidat de l'UMP.
"On a l'impression qu'on a un candidat socialiste qui veut parler de lui, mais je crois que ça n'intéresse pas les Français", a encore affirmé la ministre du Budget sur le sujet.
Lors de son discours du 14 janvier 2007, Nicolas Sarkozy avait pourtant beaucoup parlé de lui. C'est à cette occasion qu'il avait lancé son fameux "j'ai changé", répété à dix reprises.
Le secret du succès danois
Comment y est-il parvenu ? En concentrant ses efforts sur les enfants et les jeunes. Quel est l’intérêt de dépenser l’argent du contribuable pour subventionner des films ? Pourquoi ne peuvent-ils pas "prendre soin" d’eux-mêmes ? Henrik Bo Nielson, le directeur du Det Dansk Filminstitut (Institut du cinéma danois), nous explique que les politiciens ont déjà répondu à ces questions de manière convaincante et dans une perspective à long terme au début des années 1970.
Au Danemark, ce furent des questions importantes, mais qui ne font plus débat. De plus, les réponses prenaient en considération les ambitions que l’on se fixait par rapport aux citoyens et, notamment, aux enfants.
60 spectateurs par séance
Cela se reflète parfaitement dans la loi qui, dans les années 1980, a établi qu’un quart du montant total des subventions versées chaque année au cinéma – environ 70 millions d’euros – devait être investi dans des activités et des productions visant les enfants et les jeunes.Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque année, au Danemark, il se vend près de 13 millions de billets dans les 162 salles de cinéma du pays, ce qui fait une moyenne de 60 spectateurs par séance. Dans le Top 20 des films les plus vus, le nombre de productions danoises varie entre cinq et huit en fonction de l’année.
L’Etat finance en moyenne 25 longs-métrages et 30 documentaires ; le budget moyen par film est de 2,5 millions d’euros, et l’Etat finance près de 33% des dépenses. Au Portugal, en 2010, il s’est vendu 16,5 millions de tickets ; 22 longs-métrages nationaux ont vu le jour, mais aucune production portugaise est entrée dans le Top 40. Le marché cinématographique danois, qui inclut la projection dans les salles obscures et la diffusion sur les chaînes de service public, compte près de 22% de films nationaux (au Portugal, ce pourcentage est de 2,5%).
Bo Nielsen n’a aucun doute sur le fait que ces chiffres sont le fruit de la qualité atteinte par le cinéma danois, des aides financières, mais surtout du "talent" et du "plaisir" qui ne cessent de grandir depuis des années. "Si c’est ce qu'on souhaite, poursuit-il, alors il est nécessaire de mettre en place une politique cinématographique nationale, avec des subventions. Il nous est impossible de vivre de la marchandisation actuelle du cinéma tout en produisant des films de bonne qualité.
Heureusement, presque tous les pays européens considèrent qu’un soutien financier est nécessaire. L’idée, qui traverse toute l’Europe, est que chacun veut avoir la possibilité de raconter sa propre histoire. On constate que les citoyens danois qui financent les films par leurs impôts profitent de ces derniers, comme le montrent les chiffres de fréquentation."
L'attention portée aux plus jeunes
Mais cette histoire à succès a commencé lorsque l’attention portait sur la formation des professionnels du secteur, bien avant que cette politique de subventions n’entre en vigueur. L’Ecole de cinéma danoise, qui a reçu d’énormes subventions de l’Etat, a fleuri dans les années 1970. Les années exceptionnelles, elle arrive à lancer six réalisateurs sur le marché, dont un ou deux viennent d’un autre pays scandinave. Cela crée un climat de compétition qui attire des jeunes créatifs."Il n’est pas nécessaire de consacrer la majeure partie du budget à des films que la plupart des gens vont voir, dit Bo Nielson. Si on le faisait, les aides financières seraient presque toutes consacrées aux comédies familiales et aux films de vampires. Comme pour les aides aux arts, il faut se concentrer sur ce que le marché tend à snober. Avoir des politiciens qui acceptent d’investir près de 1,5 million d’euros dans un film que peu de gens voient, à condition qu’il soit artistiquement intéressant, continuera à faire progresser le cinéma."
La clé du succès est l’attention portée aux plus jeunes. Un quart du budget total annuel pour du secteur cinématographique est investi dans des films pour enfants. Cela a un impact colossal. Cela veut surtout dire qu’il devient plus facile de financer des productions d’autres genres quand le nombre de spectateurs augmente. En 2010, par exemple, un quart des centaines de milliers de spectateurs de la Cinémathèque de Copenhague avait moins de 7 ans.
Il y a donc une stratégie établie, une stratégie qui s’étend jusqu’au marketing et la distribution des films, régulièrement projetés dans des séances réservées aux écoles. Chaque année, les programmes sont élaborés pour s’assurer que tous les enfants d’âge scolaire ou préscolaire y ont bien accès. Il y a des guides pour les professeurs (également accessibles aux parents), pour que les films puissent être étudiés. Une importante collection de plusieurs centaines de courts-métrages et de documentaires peuvent être téléchargés gratuitement sur le site géré par l’institut.
Pour Bo Nielsen, l’aide au cinéma pour les jeunes et les enfants est également une question de justice sociale. "Il est évident que les enfants des classes moyennes et supérieures vont souvent au cinéma. Ils reçoivent une bonne éducation. Mais les enfants des classes plus défavorisées auront-ils l’opportunité d’aller au cinéma si l’Etat n’intervient pas ? La réponse est non, ils ne l’ont pas.”
Un cinéma très récompensé
Vers l’Union sans enthousiasme
Les Polonais ont ainsi prouvé que l’Europe actuelle, secouée par la crise, les doutes et les divisions, peut et doit être l’Europe des valeurs communes, de la joie et de l’espoir. Bruxelles a tendu la main à la Croatie, mais la Pologne a ragaillardi l’âme croate.
Les Polonais sont eux-mêmes entrés dans l’Europe en nourrissant de nombreuses craintes, notamment celle de la perte de leur souveraineté et de la mort des paysans. Comme en Croatie, l’Eglise catholique polonaise a plaidé pour l’Europe avec la crainte à peine dissimulée que les grands pays voisins ne se mettent à refaçonner le passé et l’avenir du pays.
Les Croates, plus européens que l'Europe
Contrairement à ces craintes, la Pologne a montré qu’on peut réussir son adhésion à l’UE au moment où la plupart des grands pays, puissants et riches, traversent une crise profonde. La Pologne est restée Pologne et est devenue Europe. Il n’a pas été nécessaire de créer une nouvelle Euroslavie dans les Balkans pour que la Croatie obtienne son ticket d’entrée dans l’UE.L’histoire des négociations d’adhésion, aussi longues que pénibles, a été pavée des préjugés, d’idées reçues, de peurs et d’ignorance, en jouant les cordes catastrophiste, xénophobe, nationaliste et provinciale, mais également cosmopolite et supranationale.
Ainsi, l’ancien président Tudjman, qui plaidait pour l’Europe a-t-il claqué la porte dans un excès d’orgueil en refusant de rejoindre le Groupe de Visegrad (composé de la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la Slovénie), en considérant que la Croatie n’avait pas besoin de s’allier avec les anciens satellites de la Russie.
D’autres, en revanche, à l’instar de l’ancien Premier ministre Sanader, ont été prêts à accepter n’importe quoi pour accélérer l’adhésion, au prix de fausses promesses, comme celles selon laquelle la Croatie allait entrer dans l’UE en même temps que la Bulgarie ou la Roumanie.
L’Europe ne tolère plus d’adhésion au rabais, mais elle n’a pas “détesté tout ce qui était croate”, comme certains ont voulu le croire. Cette Europe s’est employée à pacifier la poudrière balkanique, mais elle n’a pas hésité à reconnaître les acquis de chaque pays sur la voie du respect des conditions imposées.
Après la Slovénie, c’est la Croatie qui a amarré le plus rapidement dans le port européen sans devoir attendre ses voisins.
L’Europe actuelle n’est pas un pays de cocagne. Dans le contexte de la crise, même les plus grands pays, comme l’Allemagne ou la France, ont accepté de se priver d’une part de leur souveraineté.
Une jeunesse libérée des mythes toudjmaniens
Dans cette Europe, personne ne plaide pour la refondation d’une nouvelle Yougoslavie ni pour la résurrection du communisme. Dans cette Europe, la langue croate est reconnue comme une langue officielle, et Zagreb a le droit de demander la protection de tout ce qui relève de son patrimoine, sa tradition ou ses particularités.Après la signature du traité d’adhésion, de nombreux mythes nationalistes se sont écroulés et les préjugés régionaux sont devenus caducs. Le référendum se prépare sans bagage mythomane, mais avec certaines nouvelles questions posées par la jeune élite intellectuelle, libérée des mythes toudjmaniens. Toutefois, cette dernière propose des réponses qui ne sont pas moins dangereuses.
Dans ses généralisations simplistes cette élite affirme que l’Europe a depuis longtemps trahi ses principes, voire qu’elle s’est elle-même balkanisée bien avant que les Balkans ne deviennent européens, de même que la Croatie s’est balkanisée avant de devenir européenne.
D’après ce courant de pensée, on n’a pas besoin de cette Europe enfoncée dans la crise économique, ni de celle des valeurs, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Bref, on exige une Europe parfaite pour une Croatie qui est elle-même loin de cet idéal.
Ces nouveaux Croates “irréprochables” se montrent plus arrogants que les Français, plus têtus que les Anglais et plus irresponsables que les Grecs. Ils ne s’excuseront jamais de leurs prophéties ratées, mais ils sont prêts à condamner la Croatie tout entière à un avenir stérile en se considérant comme étant plus européens que l’Europe.
Jadis, on se vantait d’être “le plus ancien des peuples européens” ; aujourd’hui, on est fiers d’être “le peuple le plus exigeant”.
Le “oui” sur la bonne voie
Les adversaires de l’adhésion à l’UE, qui pourraient recueillir 31% des suffrages dimanche, se recrutent parmi les partisans des petits partis de la droite nationaliste et les sympathisants de la gauche anticapitaliste. Le oui mène largement dans la population diplômée, gagnant 500 euros ou plus, et vivant dans la capitale Zagreb et dans la province d’Istrie. Les enquêtes prévoient une participation au référendum d’environ 60%.
François Hollande : "Je serai le Président de la fin des privilèges"
Le monde de la finance serait en effet "son veritable adevsrsaire", d'où une batterie de mesures à l'échelle européenne pour tenter de le "maîriser", où figurent la création d'"une agence publique de notation" et d'"une taxe sur toutes les transactions financières" qui ne serait pas "le rétablissement de l'impôt de bourse mais une véritable taxe avec ceux en Europe qui voudront la mettre en place avec nous". Une Europe dont il veut faire "une Europe de croissance, de solidarité, de protection", qui s'appuierait sur "l'élaboration d'un nouveau traité franco-allemand, un demi-siècle après le traité de de Gaulle et Adenhauer", qu'il compte lui-même proposer à Angela Merkel d'ici janvier 2013.
"Je serai le président de la fin des privilèges parce que je ne peux pas admettre que pendant que certains s'enrichissent sans limite, 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, dont beaucoup trop d'enfants. L'égalité, ce n'est pas l'égalitarisme, c'est la justice ; ce n'est pas l'assistanat, c'est la solidarité. Les Français n'ont rien à craindre de l'égalité, de la redistribution", a-t-il, au passage, mis en avant. Promettant alors que "le livret A verra son plafond doublé afin que tous les Français puissent financer le logement social". Puis que des "zones de sécurité prioritaires" seront créées "là où il y a les taux de délinquance les plus élevés", pour que "ceux qui ont pu croire que la loi ne les concernait pas" ne lui échappent plus.
CES "ARTISTES" QUI VOTERONT HOLLANDE
"Dans la zone euro, c'est le marché qui gouverne"
La politique ne se fait pas à la corbeille", lançait le général de Gaulle le 28 octobre 1966 quand la Bourse plongeait, après avoir exagérément monté, en 1962. L'économiste André Orléan, directeur de recherche au CNRS, rappelle cette formule pour montrer, dans un entretien au Monde, que le pouvoir politique est aujourd'hui assujetti aux décisions des marchés financiers. De la même façon, il trouve "disproportionné" l'affolement qui a suivi la dégradation de la note de la France par l'agence de notation Standard & Poor's.
André Orléan, 61 ans, vient de recevoir le prestigieux prix Paul-Ricoeur pour son ouvrage L'Empire de la valeur. Refonder l'économie (Seuil, 2011). Il déploie dans ce livre une critique de fond des économistes "néoclassiques", qui veulent faire croire à l'"objectivité" des valeurs financières, quand lui décrit un système subjectif. Pour éviter les fausses évaluations, les crises et les krachs cycliques, mais aussi les politiques de rigueur imposées aux populations, André Orléan affirme qu'il faut repenser la notion de valeur, en comprendre les limites, redonner sa force au pouvoir politique.Qui gouverne en Europe ?
Dans la zone euro, c'est le marché. Le pouvoir politique se conforme à ses priorités et craint ses évaluations. On le voit encore avec la dégradation de la note de la France par Standard & Poor's. En même temps, le marché financier est un souverain profondément erratique et incohérent. Il n'est jamais satisfait, comme on le constate avec ces politiques de rigueur qui s'accompagnent d'une croissance faible, elle-même source de nouvelles difficultés. Au final, on a l'impression que, dans la zone euro, la confiance ne reviendra jamais.
Historiquement, la primauté du politique, c'est-à-dire sa capacité à encadrer les intérêts financiers, a eu comme instrument essentiel la banque centrale. Il ne faut pas perdre de vue cette réalité : c'est par le biais de la puissance monétaire qu'il a été possible de faire prévaloir l'intérêt collectif. Mais cela suppose que la banque centrale soit placée sous l'autorité du pouvoir politique. C'est ce qu'on constate dans les grandes démocraties. Cependant cette architecture, qui a fait ses preuves, n'a pas été adoptée par la zone euro. Une Banque centrale européenne (BCE) coupée du politique est une très mauvaise chose. Elle est, en elle-même, l'expression d'une crise très profonde de la démocratie européenne, de son impuissance congénitale.
D'ailleurs, il serait plus exact de dire que l'autonomie radicale de la banque centrale, plus que le résultat d'une doctrine, est la conséquence du fait qu'il n'existe pas de facto de souveraineté européenne. Car l'histoire montre qu'un véritable souverain sait capter à son profit l'institut d'émission, quel que soit son statut juridique. Autrement dit, le premier geste d'un véritable pouvoir politique européen serait de placer la banque centrale sous son autorité.
Quand on entend que "les marchés imposent leurs vues", de quels marchés est-il question ?
Quand on dit "les marchés", on ne dit pas l'économie de marché, ni les marchés de biens. On parle des marchés financiers. On en parle comme s'ils résumaient toute l'économie, et qu'ils étaient rationnels et stables. S'ils étaient aptes à produire des estimations correctes des valeurs et des prix, leur rôle serait utile. Le problème vient du fait qu'il n'en est rien. Ils sont, de ce point de vue, très différents des marchés de biens. Ceux-ci traitent de marchandises réelles, ayant une utilité que les consommateurs peuvent juger, alors que les marchés financiers reposent sur des paris subjectifs, spéculatifs. Ce sont des marchés de promesses. On y vend et achète des anticipations. Leur logique est d'une nature mimétique : chaque investisseur se positionne en fonction de ce que les autres vont faire. Ils ressemblent fortement à ces médias qui cherchent à découvrir non les informations importantes mais celles susceptibles d'être appréciées par le public.
Pour cette raison, un marché financier est par nature mobile, instable, plein de dérapages incontrôlés. Il s'y produit inévitablement des bulles, qui explosent quand l'écart à la réalité devient trop énorme pour être nié. Or la théorie libérale veut nous faire croire que les marchés financiers donnent des valeurs pertinentes, des prix objectifs, et qu'au final l'autorégulation va l'emporter. C'est ainsi que la financiarisation a été vendue aux populations.
Cette construction a été démentie par les crises qui se succèdent, depuis 1987 jusqu'au tsunami financier de 2007 et à la crise d'aujourd'hui. On ne peut se fier aux prix financiers, que ce soit un taux d'intérêt, un taux de change ou le prix d'une action.
Pourquoi leur stratégie finit-elle toujours par l'emporter ?
Il n'en a pas toujours été ainsi. Nous vivons même une situation complètement originale. Dans les capitalismes qui l'ont précédée, qu'ils soient "fordien", "rhénan", "managérial" ou autre, le contrôle des entreprises était soit dans les mains de leur propriétaire, soit, lorsque le capital était trop dilué, dans les mains des directions d'entreprise. Il s'ensuivait une forte diversité des points de vue et des évaluations. Dans ces capitalismes, seul le "flottant" était laissé au marché, le reste était géré au sein d'institutions spécifiques, que ce soient des familles, des banques, à la manière du capitalisme rhénan, ou l'Etat, comme dans le cas français.
A partir des années 1980, on a liquidé progressivement les blocs de contrôle, jugés trop coûteux, et parce que les jeux du marché faisaient apparaître de fortes opportunités de profit. Ce faisant a émergé une forme nouvelle de capitalisme, financiarisée, où la diversité des points de vue est bien moins marquée car le marché y constitue le coeur des évaluations économiques.
Le capital financier finit-il par englober toute l'activité ?
Que ce soit le marché des actions, qui définit la norme de rentabilité exigée, le marché des changes, qui détermine la valeur de l'euro, ou le marché de la dette, qui impose une rigueur budgétaire, la sphère financière domine tous les choix. Or, à la différence des marchés de biens, la finance a une dimension directement collective. Elle saisit l'économie dans sa totalité à partir d'une analyse de sa macroéconomie, de ses institutions et de sa politique. En conséquence, la primauté du politique sur le terrain de l'évaluation globale se trouve battue en brèche par la finance. C'est une situation inédite, qui met en danger la vie démocratique.
Ainsi, Standard & Poor's justifie sa dégradation de la note française en estimant que l'accord européen du 9 décembre 2011 sur la "règle d'or" budgétaire ne constitue pas "une avancée suffisamment importante" pour sortir la zone euro de la crise. Il n'y a pas lieu de s'offusquer d'un tel jugement : la démocratie suppose la liberté des opinions, et Standard & Poor's peut estimer que la politique suivie met en danger le remboursement de la dette publique.
Ce qui pose problème, c'est le poids disproportionné qui est accordé à cette opinion. A-t-on oublié que ces agences se sont trompées à de multiples reprises - lors de la crise du Sud-Est asiatique en 1997, lors de l'affaire Enron ou lors de l'évaluation des produits titrisés à l'origine de la crise actuelle ? Ce poids disproportionné est le reflet de l'impuissance des autorités politiques à faire valoir une autre vision du monde que celle des intérêts financiers.
Si vous deviez donner un exemple du pouvoir des marchés, ce serait lequel ?
Fin décembre 2011, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de prêter 489 milliards d'euros aux banques au taux très bas de 1 %. Dans le même temps, un pays comme l'Italie doit emprunter, aux banques cette fois, à 5 % ou 6 %. Beaucoup de citoyens s'étonnent de cette différence de traitement au profit des banques. La BCE est bien la véritable puissance financière en Europe. Près de 500 milliards d'euros, c'est considérable, et des prêts à 1 %, pour trois ans, c'est du jamais-vu ! Pourtant, les banques ne se prêtent plus entre elles, leurs notes ont été dégradées, leurs bilans sont encore opaques, la défiance règne. Et de plus, elles n'ont pas vu venir la crise des subprimes, elles ont montré une incompétence notable, et elles ont été sauvées par l'argent public... Nous sommes loin du dogme d'autorégulation des marchés financiers ! En outre, pour une part importante, le financement octroyé aux banques européennes ne va nullement à l'économie réelle mais reste stocké sur des comptes auprès de la BCE !
Pourquoi ces 489 milliards de la BCE vont-ils aux banques et non directement aux Etats ?
La BCE a les moyens d'intervenir pour racheter de la dette. Mais dès qu'il s'agit de soutenir les Etats en difficulté, nos dirigeants et économistes protestent : "Cela va faire de l'inflation, nous allons plomber les actifs de la BCE." Lorsqu'il s'agit des banques, on ne parle plus des risques inflationnistes ou de solvabilité... On met les Etats endettés entre les mains des marchés financiers, qui vont fixer à leur guise le prix de leur aide : actuellement, pour dix ans, 6,5 % pour l'Italie et 5 % pour l'Espagne. Les pays du Sud européen sont condamnés à consacrer une part considérable de leurs recettes budgétaires au remboursement de leur dette, produisant une réduction drastique des dépenses publiques, dramatique pour leur population.
La BCE n'a donc pas le droit de prêter aux Etats. Doit-on le regretter ?
Oui. C'est un choix discutable. Il existe un dogme de l'indépendance de la BCE vis-à-vis des Etats, en vérité imposé par l'Allemagne. Or, il serait rationnel de soutenir des pays solvables qui connaissent des difficultés du fait de l'instabilité des marchés. D'ailleurs, c'est ainsi qu'agissent tous les grands pays, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, mais pas l'Europe. Racheter de la dette ne résoudrait pas tous les problèmes. Mais cela changerait profondément le climat actuel.
L'Allemagne impose l'indépendance de la BCE parce qu'elle craint l'insolvabilité de pays du Sud. Se trompe-t-elle ?
On confond crise de solvabilité et crise de liquidités. L'Italie a des dettes importantes mais elle reste solvable. Il est stupide et dangereux de laisser ce pays payer des intérêts élevés. Si la BCE rachetait de la dette publique, les taux d'intérêt se détendraient immédiatement. On pourrait alors aborder les questions fondamentales, sociales, écologiques, sans oublier la croissance.
Mais nous sommes paralysés par l'intransigeance allemande. Nous sommes dans une situation proche de l'entre-deux-guerres, quand déjà les pays européens menaient des politiques déflationnistes, ce qui a conduit au chômage de masse. Il en est ainsi parce que l'Europe reste très marquée par son adhésion au capitalisme financiarisé.
Comment redonner toute sa force à la gouvernance politique ?
Les historiens nous apprennent que la démocratie ne s'identifie pas à des règles formelles. Si le suffrage universel est un élément important de la vie démocratique, il ne suffit pas de convoquer tous les ans le Parlement européen pour avoir une véritable démocratie. Celle-ci reste formelle si elle ne réussit pas à produire une véritable communauté. Or, rien de tel n'existe en Europe - c'est la juxtaposition de 27 corps politiques qui jamais ne se mêlent. La politique européenne se réduit à des rencontres d'experts dominées par les questions techniques - voyez la "règle d'or" - sans que la question du consentement européen soit posée. Le seul modèle véritablement européen proposé à la discussion est celui qu'avancent les marchés financiers ! Il faut dire que l'Europe est intoxiquée par la financiarisation, ce dont témoigne l'omniprésence des hommes de la finance dans les lieux de pouvoir. Aujourd'hui, Goldman Sachs a supplanté l'ENA pour ce qui est des élites européennes.
Le repli nationaliste est-il une solution ?
Je comprends que la crise européenne puisse conduire certains à avoir la nostalgie de ce qui existait "avant" et même souhaiter y revenir : "Quittons l'euro, nous allons pouvoir faire bouger les taux de change, gérer la dette, décider d'une politique industrielle nationale, etc." Mais l'industrie s'est mondialisée. Les leviers dont nous disposerions en revenant à des communautés nationales ne seraient plus à la hauteur des problèmes. J'ai peur que nous n'ayons d'autres choix que de faire émerger une politique européenne.
En même temps, tout montre que c'est là un projet problématique. En supposant même que les gouvernements nationaux abandonnent leur engagement actuel en faveur d'une Europe financiarisée, il sera très difficile de faire en sorte que la juxtaposition de peuples aux destins séparés accouche d'un peuple nouveau. C'est affaire d'histoire commune, pas de gestion.
Ce manque de solidarité européenne ne provient-il pas aussi de la profonde crise sociale que connaissent les populations ?
Il y a certainement un grave malaise en Europe, l'idée que l'ascenseur social ne fonctionne plus, que les politiques ne protègent plus les populations et laissent les services publics se dégrader. La précarisation s'étend, la paupérisation aussi, on assiste à un délitement syndical, beaucoup de gens ont l'impression que rien ne peut être changé. Une sensation d'irrémédiable gagne. Cela joue dans la crise de la représentation politique européenne, qui apparaît de plus en plus comme déconnectée des réalités.
Pourquoi, avec d'autres, avoir fondé les Economistes atterrés et publié le livre "Changer d'économie !" ?
Malgré l'impact mondial de la crise des subprimes, le diagnostic dominant n'a jamais remis en cause le rôle central des marchés. Dans les différents G20, on a certes critiqué l'opacité des opérations financières, les bonus des traders, les erreurs des agences de notation, les paradis fiscaux, mais la financiarisation n'a jamais été remise en cause. Le mot d'ordre est celui d'une finance rendue efficace parce que devenue transparente. Aux Economistes atterrés, nous ne sommes pas d'accord. Côté transparence, les réformes avancent très lentement. On n'a pas vu grand-chose, si ce n'est l'obligation pour les banques de se constituer de nouveaux fonds propres. On voit surtout des lobbys bancaires qui résistent tant qu'ils peuvent. Notre diagnostic est que la finance a acquis trop de poids dans la macroéconomie.
Pour changer l'économie, je mets l'accent sur la promulgation d'un nouveau Glass-Steagall Act. Cette réforme qui fut adoptée aux Etats-Unis en 1933, puis abandonnée en 1999, institue une incompatibilité radicale entre les métiers de la banque de dépôt et de la banque d'investissement. Ce faisant, il s'agit de faire connaître publiquement la dangerosité de la spéculation et d'en protéger le circuit des dépôts et du crédit.
Une des propositions des Economistes atterrés est que les pays de la zone euro devraient pouvoir pratiquer des politiques budgétaires autonomes - cela implique que la BCE garantisse les dettes. Nous proposons aussi de réduire les niches fiscales et d'imposer plus fortement les plus hauts revenus. J'ajouterai que les banques doivent être incitées à faire leur métier, à savoir investir dans l'économie réelle, créatrice de biens et d'emplois. Il faut réorganiser le métier bancaire, le détourner de la spéculation. Et, chaque fois qu'est proposée une innovation financière, se demander si elle est bonne pour l'économie réelle. Ce serait là un complet changement d'orientation.































En effet, si la tempête se calme on peut changer de capitaine. Cependant, un capitaine de pédalo ne semble pas la meilleure solution pour gouverner le navire.
Bavardez moins pour travailler plus.
…… et vous verrez, tout ira mieux