TOUT EST DIT

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mardi 20 décembre 2011

LVMH avance ses pions chez Hermès

C'est une annonce en forme de pied-de-nez : le numéro un mondial du luxe LVMH a encore accru sa part dans Hermès, alors que la famille Hermès vient de lancer une holding pour contrer les appétits du patron de LVMH, le milliardaire Bernard Arnault.
Entré par surprise en octobre 2010 dans le sellier, en prenant 17 % du capital, puis passé à 21,4 % malgré les protestations de la famille Hermès, LVMH détient désormais 22,28 % du capital et 16 % des droits de vote, selon une déclaration de franchissement de seuil publiée mardi par l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Il y a moins d'une semaine, les actionnaires familiaux d'Hermès, qui détiennent plus de 72 % du capital, avaient de leur côté annoncé le lancement d'une holding baptisée H51, arme anti-LVMH dans laquelle ils ont immobilisé 50,2 % de Hermès pour vingt ans, avec un droit de préemption sur 12,3 % supplémentaires. Seul le principal actionnaire familial n'y participe pas, Nicolas Puech, qui détient 6 %. Dans la foulée, Patrick Thomas, le gérant d'Hermès, assurait que "s'il y a eu une guerre [avec LVMH], elle est finie". Pour autant, ajoutait-il dans cette interview au Figaro, "nous avons toujours la même demande" envers LVMH… à savoir qu'il quitte le capital de Hermès.
MÉTHODE INDIGNE
Hors de question, répond aujourd'hui LVMH. Le groupe détient désormais, via des sociétés qu'il contrôle, plus de 23 millions d'actions Hermès sur un total de quelque 105 millions. Quant au franchissement du seuil de 15 % de droits de vote, il "résulte d'une réduction du nombre total de droits de vote de la société Hermès international", selon l'AMF. Et LVMH n'entend pas s'arrêter là. Dans sa déclaration au gendarme de la Bourse, il reconnaît "envisager de poursuivre, le cas échéant, ses achats d'actions Hermès international, en fonction des circonstances et de la situation du marché". Et d'évoquer un investissement "stratégique et de long terme", mais sans intention de "prendre le contrôle de Hermès International ou de déposer une offre publique d'achat", ni de demander un poste au conseil de surveillance. Dans les faits, si LVMH réclamait un tel poste, il se verrait sans nul doute opposer une fin de non-recevoir.
Aujourd'hui, la famille Hermès fait bloc et s'estime à l'abri de toute prise de contrôle hostile grâce à sa holding. Le flottant (actions en circulation en Bourse) se situe désormais autour de 5 %, la famille détenant plus de 72 % des actions de Hermès.
LVMH a indiqué à l'AMF détenir un contrat d'échange de flux financiers sur actions ("equity swaps"), qui porte sur l'équivalent de 205 997 actions Hermès, à échéance de moyen terme. C'est par le biais de ces produits dérivés, complexes instruments financiers, que le numéro un du luxe avait réussi l'an dernier son entrée par surprise dans Hermès, une méthode considérée comme indigne par la famille Hermès.
MOI QUI CONNAIS LA MAISON HERMÈS DEPUIS LONGTEMPS, JE TROUVE INDECENTE LA DÉMARCHE DE LVMH.
AXÉE SUR LE PROFIT PLUTÔT QUE SUR LA TRADITION.

Du toujours plus au bientôt moins

Comment les Français découvrent-ils soudain la réalité de leur état, sinon dans "d'étranges défaites", celles jadis de nos armes et aujourd'hui de nos finances ? Pour un de Gaulle, un Barre, les Français ne voient clair que tombés au fond du puits. Ils ne s'en sortent qu'avec la vérité.

Derrière les crises enchaînées de la dette, de l'euro et de l'Europe gît encore l'essentiel : la révolution d'un monde globalisé qui entre, chez nous, par portes et fenêtres. Un monde où des milliards de pauvres sortent peu à peu de leur mélasse, s'enrichissent et bousculent un ordre ancien où perduraient nos privilèges. Les agences de notation, comptables de l'économie de marché, sont, ce coup-ci, devenues oracles de notre destin. Pourquoi, sinon que son effarante dette publique a jeté la France sous leurs calculettes ?

En vérité, le seul déclassement qui devrait nous convaincre, c'est celui d'un double A : celui des "avantages acquis". Car ils ne sont plus acquis.

Le couple franco-allemand, avec une obstination méritoire, vient d'imprimer à l'Europe un pas réputé décisif en ce qu'il aborde avec son pacte de stabilité budgétaire les rudiments d'une gouvernance économique sans quoi l'euro n'existera plus.

Historique, alors ? Attendons ! On sait que la France fut plusieurs fois incapable d'ajuster ses dépenses à ses jactances. Et constatons que la défection insulaire de Londres aura, pour nous réconforter, bénéficié au concours de quelques pays qui, hors même les 17 de la zone euro, épousent le processus de peur de rater le train d'une nouvelle Europe.

Mais ce train lui-même ira-t-il à bon port ? Il rencontre d'emblée deux gros obstacles. On doute d'abord que les pays du Sud supportent une très sévère cure de désendettement. On craint que, privés de croissance, ils ne tombent de léthargie en catalepsie. Or, la récession menace. Devant elle, l'encadrement prescrit à Bruxelles n'abolira pas les diversités culturelles, et donc politiques, des nations. L'Allemagne, avec une industrie très exportatrice et, depuis 2003, de bonnes réformes accomplies, rallie à ses vues - et tant mieux ! - une approche vertueuse de l'Europe en confection. Mais la France, elle, n'est toujours pas réformée et se complaît encore dans des aménités sociales uniques au monde.

Contre l'accord de Bruxelles, l'opinion française se verra travaillée par la tentation souverainiste qui se déploie sur le Front de gauche et le Front national : elle fera de l'euro un bouc émissaire, porteur de tous les virus de régression sociale. C'est encore miracle de constater qu'avec Sarkozy, Hollande et Bayrou la triplette pro-européenne tient bon. Mais le monde - et les marchés - reste - on le voit - sceptique sur notre capacité politique (et syndicale) à réformer le panier percé de nos dépenses publiques. À passer sans drame du toujours plus au bientôt moins. Dans l'accablement de la crise, jamais, depuis la guerre, nos politiques n'auront affronté un si redoutable défi démocratique.

Le second obstacle tient à l'affaiblissement mental et moral de nos vieilles nations. Le conservatisme nationaliste, le mirage souverainiste y sont autant de rétractions, de replis hors de la planète où nous vivons. Au sein des pays riches, nous peinons encore à considérer la révolution qui travaille le monde depuis que les pauvres ont abandonné, avec le communisme, la condamnation marxiste de l'économie de marché.

À mes yeux, le jour qui, symboliquement, a tout changé est celui où Deng Xiaoping quitta le chat noir de l'anticapitalisme pour rallier le chat blanc de l'économie de marché. "Peu importe sa couleur, disait-il, pourvu qu'il attrape les souris." Depuis, la Chine ne cesse d'en attraper. La quasi-unanimité de ce qui fut le tiers-monde vogue dans ce sillage et devient le "tiers état" du monde nouveau.

S'y détachent les "émergents". Ils ont, dans leur enfance, vu arriver l'eau courante, l'électricité, la télé et la médecine. Ils trouvent la science généreuse et l'avenir prometteur. Ils se voient comme la jeunesse du monde. Ils tiennent nos nations pour autant de vieilles dames indignes, hypothéquant leur patrimoine aux pétromonarchies arabes et à la Chine. Le terrain où ces jeunes malabars nous entraînent, c'est celui de la compétitivité et de l'innovation. Nous n'y sommes pas infirmes, mais engourdis.

"Dans l'optimisme des émergents, il y a la griserie d'un pouvoir ascendant. Dans notre pessimisme, il y a la déprime d'un pouvoir déclinant" (Marc Ullmann) 1. Car les émergents devront, eux aussi, affronter un jour l'aspiration libertaire et la revendication sociale, comme on le devine déjà en Russie et en Chine. Mais nous connaîtrons, nous, un défi plus pathétique : celui de voir périr cette illusion que l'Histoire s'assoupirait avec nous.
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Claude Imbert


1.Lettre, toujours fertile, du Club des vigilants.

«Surmenage mental»

Le régime nord-coréen a un talent inégalable pour faire confiner le sinistre et le loufoque. La mort de son «Cher leader» lui a donné une occasion de se surpasser dans ce registre singulier. La qualification de la cause profonde du décès de Kim Jong-Il n’est pas la moindre des drôleries involontaires des plumes serviles de Pyongyang. «Surmenage mental»: cela pourrait tenir de l’humour décalé pour signer l’acte de décès d’un des chefs d’État les plus authentiquement paranoïaques de la planète.

Les rares témoins qui ont pu approcher le personnage parlent pourtant d’un homme au comportement étrangement normal en dépit d’une cinéphilie monomaniaque qui laissait transparaître une admiration baroque pour… Jean-Paul Belmondo. Ce tyran de carnaval a réussi, pourtant, à asservir son pays au-delà des limites les plus sombres. Les pleurs, grincements de dents et autres manifestations théâtrales qui ont accueilli sa disparition ne sont pas le signe d’un soupçon d’humanité et de sentiment au cœur d’une nation autarcique. Toute cette émotion démonstrative est au contraire la preuve – hélas – de la folie totale d’un système qui a réussi, en circuit fermé, à transformer ses citoyens en robots obéissants. L’effacement du maître qui les manipulait provoque une impression, sincère, de manque… Ce stade ultime de la lobotomisation des esprits a de quoi provoquer l’effroi tant il est mécaniquement organisé dans un état où les intelligences sont capables de maîtriser la technologie nucléaire.

On cherche en vain des raisons d’espérer dans la transition de longue date préparée par le défunt, de la même façon que son père, Kim Il-Sung, l’avait envisagée pour lui. Ces despotes de père en fils réussissent l’exploit de cadenasser l’univers concentrationnaire dont dépend leur pouvoir, et qui survit à leur règne. Toute forme de contestation, toute forme de contre-pouvoir moral ou religieux, toute forme d’autorité autre que la leur a été éradiquée, ruinant par avance toute perspective d’évolution.

L’Amérique et la Chine ne souhaitent d’ailleurs rien de plus que «la stabilité» de cette zone stratégique pour toute la région, et pour le monde. Même la Corée du Sud, qui souffre depuis plus d’un demi-siècle d’une partition bien plus douloureuse que ne fut de l’Allemagne, ne rêve plus vraiment de réunification… Comment adresser messages plus désespérants à un peuple abandonné par l’Histoire ?

L'enjeu nord-coréen

Kim Il-sung, le fondateur. Kim Jong-il, le père de l'État nucléaire. À présent, Kim Jong-un, le général méconnu. La dynastie nord-coréenne, seule dynastie communiste de la planète, prête souvent à sourire. Comme un curieux film muet projeté à distance de milliers de kilomètres. Avec son dictateur et les paillettes du régime. Avec ce peuple qui pleure sa mort à chaudes larmes, à la télévision comme dans la rue. Comme si, anthropologiquement, une zone de dépression affligeait tout un pays.

Le choix même des noms semble sorti d'un mauvais film. Kim Jong-un, qui va succéder au leader défunt, signifie « nuage vertueux » en coréen. La parodie est tentante, évidemment. Irrésistible même. Elle masque pourtant un régime dictatorial sans pitié, qui affame son peuple et dont l'arme nucléaire constitue une menace constante pour la stabilité du Pacifique nord.

Accueillie avec inquiétude à Washington, ravivant les craintes fondées de Séoul et Tokyo, l'annonce, hier, de la mort de Kim Jong-il rappelle à l'attention du monde la persistance du conflit irrésolu entre les deux Corée depuis 1953. Ce fut l'un des grands affrontements de la Guerre froide entre Soviétiques et Américains. C'est l'un des grands enjeux stratégiques entre Chinois et Américains, dans une région du monde, le Pacifique, devenue aujourd'hui centrale.

Depuis qu'ils ont supplanté les Soviétiques dans le soutien au régime coréen, les Chinois n'ont pas fléchi d'un pouce dans leur recherche de statu quo. Ils sont les seuls vrais alliés du régime. La réunification des deux Corée signifierait pour Pékin l'établissement d'une frontière directe avec un pays qui accueille d'importantes bases militaires américaines, où plus de 28 000 soldats sont stationnés. Aussi, les dirigeants chinois continuent-ils de tenir en vie cette étrange dynastie, mêlant héritage léniniste, peur de la bombe et culture traditionnelle.

Manifestement préparée, la transition en cours à Pyongyang a d'autant plus réveillé les craintes de déstabilisation, que le régime a choisi ce jour de deuil pour faire deux essais de missiles à courte portée. Les essais nucléaires de 2006 et de 2009 sont encore dans toutes les mémoires des capitales de la région, notamment au Japon.

La mort de Kim Jong-il intervient alors que Washington et Pyongyang étaient sur le point de relancer leur dialogue portant sur l'apport d'une aide alimentaire américaine en échange d'un gel du programme nucléaire. Alterner le chaud et le froid est le propre de tous les régimes dictatoriaux. On se souvient, au début des années 2000, des tentatives de rapprochement entre les deux Corée et des visites officielles à Pyongyang des responsables sud-coréens et japonais. Avant une nouvelle phase de gel des relations régionales.

Le changement à la tête de cet État-prison sans égal sur la surface du globe, avec toutes les incertitudes qui planent sur la réelle capacité de « nuage vertueux » à prendre les rênes du pouvoir, ouvre néanmoins une fenêtre diplomatique. Si l'état d'alerte était, logiquement, de mise hier en Corée du Sud, les responsables américains et chinois sont surtout prudents. Le maître mot est la stabilité. Autorise-t-elle une évolution ? C'est à Pékin que se joue l'ouverture au monde de cet État-prison. Autant dire une ouverture, si jamais, fatalement contrôlée.

Ne pas se plaindre, mais s'expliquer

La formule est très anglaise, il faut donc la citer en anglais : « Never complain, never explain. » Ne pas se plaindre, ne pas s'expliquer. Je fais ce que je dois, ou ce que je veux, sans avoir de comptes à rendre. Dans le premier cas, je suis conduit par ma morale ; dans le second par mon plaisir ; dans les deux, j'assume mes choix sans avoir à les justifier.

C'est l'expression de toute la superbe aristocratique, la manifestation orgueilleuse de l'autorité. Je suis votre chef ou votre roi, je ne vous dois rien et je ne vous demande rien d'autre que de me suivre sans rien attendre de moi. Évidemment, le principe fonctionne dans un régime autoritaire, moins dans une démocratie.Dans une société régie par la souveraineté du peuple, les élus doivent éviter de se plaindre et accepter de s'expliquer. Ce n'est pas toujours le cas. Il arrive que des responsables politiques, de premier plan ou pas, aux prises avec quelques difficultés judiciaires, s'empressent de se lamenter pour n'avoir pas à se justifier.

On a beaucoup plaint Jacques Chi-rac. Lui-même a indiqué qu'il ne ferait pas appel du jugement. « Je n'ai plus, hélas, les forces nécessaires pour mener, par moi-même, le combat pour la vérité. » Jacques Chirac, ou son entourage, utilise l'état de santé dégradé de l'ancien président de la République pour jeter l'éponge en s'appuyant sur la sympathie - très forte - de l'opinion.

Son grand âge, ses trous de mémoire, les services éminents rendus à la France devaient, pour certains, le dispenser de peine. C'est effectivement une triste fin de vie. L'homme et l'ancien chef de l'État méritaient mieux. Mais s'il avait accepté de s'expliquer plus tôt, de rendre les comptes qu'il devait aux Français, il n'aurait pas aujourd'hui à se plaindre que la justice le poursuive jusqu'au bout.

La démocratie est un combat quotidien contre de vieux réflexes. Nos élus, grands et petits, s'engagent, se battent, brûlent souvent leur vie au bénéfice de leurs mandats. On peut leur en savoir gré, on n'est pas obligés d'être ingrats. Mais on ne voit pas bien en quoi cet investissement personnel leur apporterait une immunité éternelle.

Élus, ils le sont parce qu'ils l'ont voulu. Élus, ils le sont aussi parce que nous l'avons voulu. Alors, quand leurs actions patinent un peu, quand leurs décisions surprennent, quand leur mandat s'achève, ils nous doivent des explications.

Et quand ceux qui font la loi, la votent et la défendent, se permettent de s'asseoir dessus, ils doivent bien quelques éclaircissements aux juges et au peuple. Et les fournir sans se plaindre.

Il arrive que des responsables politiques, de premier plan ou pas, s'empressent de se lamenter pour n'avoir pas à s'expliquer.

lundi 19 décembre 2011

Russie: Poutine fustige la corruption

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a fustigé aujourd'hui la corruption dans les entreprises publiques et le recours par des hauts-fonctionnaires à des structures offshore pour sortir de l'argent du pays.

"Sur 352 dirigeants de compagnies électriques, 162 responsables - c'est-à-dire environ un sur deux, sont affiliés à 385 organisations commerciales", nom désignant des juridictions offshore, a-t-il déclaré dans des propos retransmis par la télévision russe.
"Si nous voulons créer un climat d'investissement normal dans le pays, nous ne pouvons tolérer la pratique des schémas offshore dans le secteur des infrastructures", a-t-il affirmé.

La Russie souffre depuis le début de l'année d'une accélération de la fuite des capitaux: sur les onze premiers mois de l'année, la sortie nette de capitaux privés s'est établie à 74 milliards de dollars, soit plus du double de ce qui avait été observé en 2010.

Protestations contre la corruption généralisée

"Nous devons mettre fin à l'héritage des privatisations sauvages" des années 1990, au cours desquelles des fleurons de l'industrie du pays ont été vendus dans des circonstances troubles à des hommes d'affaires qui ont ensuite placé leur fortune à l'étranger, a-t-il ajouté.

L'homme fort de Russie a appelé à lancer des vérifications dans les grandes entreprises publiques.

Ces déclarations interviennent alors que Vladimir Poutine, qui se présente à l'élection présidentielle de mars 2012, fait face à une vague inédite de contestation après les élections législatives du 4 décembre, remportées par le parti au pouvoir Russie Unie mais entachées de fraudes selon l'opposition et des observateurs étrangers.
Des milliers de personnes sont descendues depuis dans la rue pour protester contre le résultat des élections mais aussi contre la corruption généralisée dans le pays.
IL SE FOUT DU MONDE !

« Go home » sur la pointe des pieds

Ils avaient déjà rangé les drapeaux, hier les derniers « boys » ont plié paquetage. Neuf ans après l'invasion de l'Irak, le départ de l'armée américaine, laquelle avait déployé jusqu'à 170 000 hommes au plus fort de l'insurrection, marque un soulagement. La guerre lancée par George W. Bush, sans la caution de l'ONU, était fondée sur un leurre. Elle s'achève sans gloire, en catimini. Il s'agissait en 2003 de renverser un dictateur, soupçonné de détenir des armes de destruction massive. Elles ne seront jamais trouvées ; les preuves jamais rapportées. D'une guerre de libération, de prévention, on était passé à une guerre d'occupation dirigée contre le terrorisme des talibans. Une croisade idéologique contre « l'axe du Mal » que symbolisait la coalition - imaginaire - unissant Saddam Hussein et Ben Laden. Le premier a été exécuté, le second éliminé. L'engagement s'est soldé par un désastre humain. Il a engendré un coût gigantesque, au point de devenir impopulaire. Impossible à assumer moralement, politiquement, financièrement. Barack Obama ne croyait pas en cette guerre « idiote ». Il a tenu parole. S'il tourne cette page sanglante de l'Histoire, c'est aussi parce qu'il a une élection à préparer et un budget à réaliser par temps de crise. L'opinion n'acceptait plus que l'Amérique, fût-elle une superpuissance, se pose en gendarme du monde. Il était pressé d'en finir. Ce retrait laisse un pays certes souverain mais ô combien fragile, dont la stabilité, entre l'influence néfaste de l'Iran et les déchirements religieux, est loin d'être assurée. La démocratie y a été installée. Pas la sécurité. Pas la prospérité. La vie à Bagdad y est plus dure, le tyran en moins.

Comptes de campagne de Sarkozy : l'erreur de calcul du PS

Les socialistes vont relancer cet après-midi à l'Assemblée la polémique sur les frais de campagne de Nicolas Sarkozy, qu'ils accusent de profiter du statut présidentiel pour faire campagne sur les fonds publics. Votre parti pris : en se focalisant sur les comptes du président-candidat, le PS fait une erreur de calcul. Expliquez-nous pourquoi.
D'abord, parce que c'est un calcul impossible : comment distinguer ce qui relève de l'exercice présidentiel de ce qui appartient au registre du candidat ? Dans l'absolu, on peut en effet déplorer que le chef de l'État profite de ses déplacements officiels pour faire campagne - il en a d'ailleurs nettement augmenté le rythme -, mais le problème est insoluble : il suffit qu'il se félicite de son bilan ou qu'il rappelle telle ou telle réforme et on dira que c'est le candidat qui parle. Même chose quand il remet des décorations à l'Élysée et que les petits fours sont payés avec de l'argent public. Quand il va à Marseille au chevet d'un policier blessé, c'est le président qui représente l'État et c'est aussi le candidat qui veut montrer son attachement à la sécurité. On ne peut pas diviser ce qui est indivisible.
Peut-être que ce serait plus simple si Nicolas Sarkozy se déclarait candidat. On lèverait au moins une ambiguïté...
Tout le monde sait qu'il est candidat. Et s'il se déclarait, ça ne réglerait pas le problème, puisqu'il serait toujours président ! L'ambiguïté existe dès lors que le chef de l'État se représente. Elle a d'ailleurs été reprochée à tous les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy - y compris De Gaulle. Quand Nicolas Sarkozy prononce deux discours sur la crise à Toulon, à trois ans d'intervalle, il est net que le deuxième a eu un ton plus politique, plus polémique que le premier. Ce sont quand même deux discours de président. Donc, toute l'organisation a été payée avec des fonds publics. Sur le principe, ce n'est pas différent des grands buffets offerts par tous les maires de France à l'approche des municipales. Est-ce qu'on veut réglementer ça aussi ? Il vaut mieux avoir des candidats obsédés par l'éthique que par l'arithmétique.
Ce qui agace les socialistes, c'est que le gouvernement veut aussi réduire de 5 % le remboursement des frais de campagne qui seront remboursés aux candidats. Ils ont tort ?
Disons que cette mesure a tout l'air d'un gadget pour flatter le poujadisme ambiant. Pour être vraiment significative, l'économie aurait dû aller jusqu'à 10 % ou 15 % : ça obligerait les candidats à diminuer sensiblement leurs dépenses. Il n'empêche que l'effort représente plusieurs millions d'euros et qu'en temps de crise le symbole n'est pas complètement inutile ; donc, le PS n'a pas grand-chose à gagner à le contester. Mais peut-être qu'à défaut de limiter ses apparitions, Nicolas Sarkozy pourrait aussi montrer l'exemple : en n'utilisant pas systématiquement l'Airbus présidentiel pour ses déplacements en province. Le TGV, c'est moins cher... et plus écologique.
Au total, vous trouvez que les socialistes cherchent une mauvaise querelle à Nicolas Sarkozy ?
En tout cas, c'est une polémique un peu mesquine. Bien sûr qu'être candidat en étant en fonction, ça offre des avantages : disposer, dans une certaine mesure, des moyens de l'État en est un. Représenter la France dans les réunions internationales en est un autre. Mais quand on est président et candidat, il y a une autre différence avec ses rivaux : on ne part pas seulement en campagne avec un projet, mais aussi avec un bilan. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, c'est plus probablement un handicap.

Grèce. Même les pères Noël mendient

A la veille de Noël, les Grecs n'ont pas le cœur à la fête. L'austérité imposée depuis plusieurs mois par l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, fait subir au pays une dépression collective.
Reportage cette semaine à Thessalonique, sur cette Grèce qui souffre et s'enfonce dans la pauvreté.
Le Père Noël s'appelle Christos. Il a 27 ans, porte un habit rouge de mauvaise feutrine avec une pauvre barbe d'ouate blanche. « J'essaye juste de survivre », dit-il en distribuant la carte de visite de la taverne Katériniotis, tandis que sa copine fait goûter gratuitement les boulettes de viande maison. Aubaine dont profite immédiatement un homme au visage cabossé par la rue…
Christos ? Dans le civil, il a un diplôme de marketing. Et à quelques jours du 25 décembre, il est le seul Père Noël visible, avenue Polytechnique, en plein centre ville. Un extra à « 30 € pour 12 heures de travail », précise-t-il, nerveux, parce que la patronne le regarde causer au lieu de héler le passant. La crise ? « Je ne sais pas où ça va s'arrêter, jusqu'où on va tomber. Je suis terrifié comme chacun », écourte-t-il alors la conversation, rhabillant son visage d'un grand sourire pour jeter son réglementaire Joyeux Noël : « Kala Xristùgena ! » Mais le cœur n'y est pas… L'oreille le sait.

"On fera la fête à Pâques"

Car à Thessalonique, la crise s'entend avant de se voir. Dans la capitale de la Macédoine, la rue s'est mise en sourdine. L'ébullition perpétuelle ? L'éternelle stridence des klaxons qui vous rappelaient qu'au nord du pays et face au Mont Olympe, cette métropole de 1,5 million d'habitants, deuxième ville de Grèce était aussi la porte de l'Orient, le port stratégique des Balkans ? Au ralenti. L'essence chère et l'argent rare ont calmé les ardeurs du trafic.
« Maintenant les gens prennent de plus en plus le bus ou marchent, les jeunes découvrent le vélo », explique Stavros. Quant à Noël, cette année, les cadeaux seront remis aux calendes grecques : « On fêtera Noël à Pâques », résume ce professeur d'université, marié et père de trois enfants. Il gagnait 2 500 € il y a deux ans contre 1 496 € désormais. Ses impôts ont explosé. Il a perdu 50 % de ses revenus. Comme tous ses compatriotes, il ne sait donc pas « de quoi demain sera fait ».
Ce demain qui peut soudain prendre le visage d'un cycliste à l'allure de cadre sportif plantant brutalement son VTT devant vous pour vous demander « 50 cents, s'il vous plaît ». À moins qu'il n'ait la tête de ce petit retraité fouillant les poubelles ou de ces dames tentant de garder leur dignité sur l'escalier de la soupe populaire. Car à Thessalonique, si la jeunesse dorée se prélasse encore aux terrasses du front de mer, deux rues derrière, les vitrines de magasins fermés disent « à vendre, à louer »… Une guirlande de rideaux tirés décore la ville tandis que Noël joue partout profil bas.

Adorateurs de la saignée

à l'heure où les comptes de millions de Grecs clignotent en rouge, les illuminations évitent en effet l'ostentatoire tandis que les bardages métalliques des affaires en faillite appellent à la révolte. « Ne fais plus carrière, fais un sabotage », « Université = parking à chômeurs », bombés en lettres écarlates… Ici, plus personne ne croit au Père Noël comme l'attelage franco-allemand, la Banque Centrale Européenne et le FMI ont livré le pays en cadeau aux marchés. Exsangue, la Grèce malade se rend compte qu'elle n'a pour médecins que des adorateurs de la saignée. Et chaque jour réserve sa nouvelle ponction.

« Les gens achètent à manger »

Aujourd'hui ? Quotidien régional, « Le Messager » annonce que « La Troïka veut des salaires à 450 € ». Pour sauver ce qui peut encore l'être avant les fêtes, les magasins font des promotions entre - 20 et - 70 %. Cela ne suffit pas. « Je n'ai jamais vu ça » confirme Théophile, vendeur de déco. « Les gens ne regardent même pas. Ils savent que c'est du superflu, ils achètent en fonction des priorités : d'abord à manger, puis de quoi s'habiller ». Sur les trottoirs encombrés, les sacs sont rares au bout des bras. Institution pâtissière de Thessalonique, Athanase Agapitos, 80 ans, n'en revient pas non plus. « Nous sommes à -50 %. Les gens n'achètent rien, ou juste ce qu'il faut. C'est-à-dire d'abord le pain. » Une clause de style ? Non. Deux cents mètres plus loin, Dimis Cohen tient une petite boulangerie. « Depuis quelques mois, je fais +20 % de chiffre d'affaires. Mes clients achètent plus de pain, ça remplit le ventre », reconnaît-il. Le seul à voir plus de monde ? Le « Paradis », brocante de 400 m2 de jouets, de bouquins, de bibelots. « On me snobe moins. Les gens veulent des trucs pas chers et j'ai doublé ma clientèle. Mais chacun n'achète que pour 3 ou 5 €», explique le patron.
Tiens ? Un couple de Père Noël installé à un feu rouge ? Lui marche avec des béquilles, elle lui rajuste la barbe tendrement… Ils sont roumains, mariés, un enfant. Pour la première fois, ils tentent de mendier déguisés, « mais on ne sait pas ce que ça va donner ». Un camionneur passe et lance goguenard : « C'est au Père Noël de faire des cadeaux, pas d'en recevoir ! » Kala Xristùgena… Il fait beau. Mais la misère n'est jamais moins dure, au soleil.

La fiscalité galopante des villes les plus dépensières

Entre les tramways, les nouveaux stades de foot et les gaspillages en tout genre, nos élus locaux continuent de flamber et de s’endetter comme jamais. Autant dire que nos impôts locaux n’ont pas fini d’augmenter.

La municipalité d’Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, aurait-elle pris la Grèce pour modèle ? On s’interroge, surtout depuis que sa dette a été dégradée par Fitch Ratings, l’agence de notation des collectivités locales, ce qui constitue une première pour une ville française. Rien, dans la gestion de la commune, n’a trouvé grâce aux yeux des analystes. Et le montant de ses emprunts toxiques leur a carrément donné des sueurs froides : indexés sur des valeurs hautement spéculatives, ces 50 millions d’euros de prêts (40% de l’encours total) risquent en effet de laisser une lourde ardoise aux Aubagnais, dont les impôts locaux ont déjà augmenté de 62% en dix ans.
Mais les élus communistes de la cité aux santons, qui pilotent aussi la communauté d’agglomération, ne sont pas prêts à renoncer aux délices de l’endettement. Ils sont sur le point d’emprunter de nouveau pour s’équiper d’un tramway, alors même que les lignes d’autobus, pourtant gratuites, sont loin d’être saturées. L’engin, surdimensionné pour une aire urbaine de 102 000 habitants, coûtera au bas mot 200 millions d’euros, soit environ 1 000 euros supplémentaires d’impôt par foyer fiscal. Encore un effort, camarades, vous pourrez faire appel au FMI…
Au train où vont les choses, les impôts locaux n’ont pas fini de flamber. Certes, en octobre dernier, les Français ont pu avoir l’impression d’une pause en recevant leur avis. Selon les calculs exclusifs de Capital, les ménages ne bénéficiant pas d’exonération ont vu leurs taxes d’habitation et foncière augmenter de 2,7% en un an. Mais il s’agit d’un simple répit. Depuis 2001, leur note a grimpé en moyenne de 42%, avec des pointes à 65,9% à Aubervilliers, 62,8% à Clermont-Ferrand ou 60,3% à Reims, alors même que l’inflation ne dépassait pas 19%. Et il n’y a aucune raison que cela se calme, car les édiles continuent de recruter du personnel à tour de bras et d’investir à fonds perdus dans des équipements pas toujours judicieux.
Voir aussi notre tableau :L’explosion des impôts locaux en France, ville par ville
La passion pour les palais pharaoniques, par exemple, a bien résisté à la crise financière. Après les hôtels de région et du département, voilà les hôtels d’agglomération. Les Perpignanais mettront par exemple vingt-cinq ans pour éponger les 25 millions d’euros que leur a coûté leur supermairie. Ceux d’Evry (Essonne) ne sont pas mieux lotis : leur intercommunalité, qui accumule 130 millions d’euros de dettes, n’a pas hésité à emprunter 16 millions supplémentaires pour s’offrir une audacieuse structure de verre, qui, à peine inaugurée cet été, s’est avérée trop exiguë…

Autre gouffre sans fond, les tramways. Ce ne sont pas les Parisiens, dont les impôts ont bondi de 53,5% en dix ans, qui diront le contraire : la construction de la deuxième tranche de leur T3 va coûter 61 millions d’euros le kilomètre, deux fois plus que la moyenne des autres villes, et celle de la troisième 74,5 millions. Encore plus absurde, le tram de Caen inauguré en 2002 va, pour sa part, être envoyé à la casse. Cet engin farfelu, doté de pneus et de moteurs Diesel, est chroniquement en panne. Aux 214 millions d’euros investis en pure perte pour le construire, Caen devra sûrement en ajouter 150 autres pour acquérir un nouveau matériel.
La gabegie vaut aussi pour les stades. A Nancy, par exemple, la communauté urbaine s’était lancée dans la construction d’une arène de 32 000 places, alors que son équipe de foot, qui se battait vaillamment pour décrocher la lanterne rouge de la Ligue 1, attirait en moyenne 14.000 spectateurs par match. Coût de ce bijou : 63 millions d’euros. Officiellement, l’Etat devait en apporter 8, tandis que l’agglomération empruntait 25 millions et le club local une trentaine. Mais si l’AS Nancy-Lorraine, qui est exsangue, se révélait incapable de rembourser, ce qui était tout à fait possible, la note (336 euros par foyer) aurait été transmise aux contribuables. Face à la bronca d’opposants locaux, André Rossinot, le maire de Nancy, a été contraint d’abandonner le projet. Les Marseillais, eux, paieront 322 euros pour leur stade, les Lillois 476 euros et les Niçois 634.
Passe encore si ces dépenses étaient financées avec des fonds propres. Mais, la plupart du temps, elles sont couvertes par des emprunts, souvent logés dans des structures parallèles afin de les dissimuler au grand public. Pour établir la véritable addition de chaque commune, nous avons donc dû mener une enquête de bénédictin dans les budgets annexes, les comptes des communautés urbaines ou des syndicats des eaux. Le résultat en valait la peine. Au total, selon la Cour des comptes, la dette globale des collectivités locales s’élevait en 2010 à 163 milliards d’euros, soit 8,3% du PIB.
Le plus consternant, c’est que près d’un tiers de ces prêts (50 milliards d’euros) est indexé sur des valeurs spéculatives. Ils ont été souscrits par des élus imprudents, et pas des moin¬dres. Gérard Larcher, l’ex-président du Sénat, en a pris lui-même pour 15 millions d’euros à Rambouillet, et François Hollande pour 6,7 millions dans sa ville de Tulle, en Corrèze. Selon Emmanuel Fruchard, un pro des salles de marché, le surcoût de ces emprunts toxiques pourrait atteindre 10 milliards d’euros. C’est exactement le montant de la taxe d’habitation perçu l’an dernier par les villes.

Comment Hollande va piéger Merkel

Ironique, partiale et souvent injuste, cette chronique du directeur délégué de la rédaction du Point est à consommer avec modération...

On le sait drôle. On le soupçonne d'être mou. Mais plus personne ne pourra désormais douter que François Hollande est redoutablement malin. L'accord entre le PS et les Verts le démontre spectaculairement. La droite l'attaque certes avec virulence : il ne serait qu'un piètre marchandage électoral dont le nucléaire français - donc l'intérêt national - ferait les frais. C'est une manière de voir. Mais il y en a une autre selon laquelle cet accord serait un modèle typiquement hollandien.

Que comprend-on en effet au texte signé ? Absolument rien. Sinon que les socialistes et les Verts sont pleinement d'accord pour dire qu'ils ne le sont pas. Ou, plus précisément, qu'ils ont un désaccord fondamental qui n'empêche en rien un accord dit global sur tout le reste. C'est très, très fort.

Personne n'a vu dans ce jeu de bonneteau pour aveugles un exercice réel de préparation à l'exercice du pouvoir. C'est là qu'intervient Angela Merkel. François Hollande, en effet, ne cesse de promouvoir pour sauver l'euro des idées (création d'euro-obligations, rôle accru de la Banque centrale européenne) qui ont tous les mérites de la terre, sauf celui d'être acceptées par les Allemands. C'est comme ça : ils sont butés, ne veulent rien entendre.
Bazar

On se demandait donc comment Hollande réussirait à tordre le bras d'Angela Merkel là où Sarkozy, qui n'est pas manchot, a échoué. Maintenant, on le sait. Envoyer à Merkel la même délégation socialo-verte qui s'est illustrée ces jours-ci et recommencer, mais avec elle cette fois, le même type de négociations. On discute des heures et des nuits, on n'est d'accord sur rien mais on signe quand même, puis on biffe nuitamment un fâcheux paragraphe, avant de le rétablir quand la partie adverse s'en aperçoit.

C'est à cela que le PS et les Verts se sont entraînés dans la perspective de leur arrivée au pouvoir. Donner le tournis à une délégation allemande qui ne peut humainement pas sortir indemne de pareil bazar. Une sorte de supplice où l'on ne sait plus ce que l'on pense ni ce que l'on signe. Autant dire que l'euro est sauvé et l'Allemagne ramenée à notre raison. Celle qui rend fou.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il est mort

Le fils du président de la Corée du Nord âgé de 69 ans, Kim Jong-Un, a été désigné pour prendre sa succession, ont annoncé les médias officiels du régime communiste.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il,dont la santé était réputée chancelante depuis des années, est mort samedi au cours d'un voyage en train à l'âge de 69 ans, a annoncé lundi la télévision d'Etat nord-coréenne. Une présentatrice vêtue de noir et en pleurs a déclaré que Kim, qui se faisait appeler «le cher dirigeant», était mort de surmenage physique et mental alors qu'il effectuait un déplacement pour aller délivrer des «conseils de terrain».
Kim, dont la mobilité était réduite depuis un accident cérébral en 2008, est décédé d'un «infarctus du myocarde sévère et d'une crise cardiaque» dans son train au cours d'un de ses traditionnels déplacements sur le terrain, a-t-elle ajouté, soulignant qu'une autopsie avait été réalisée dimanche.
Son fils, Kim Jong-Un, né en 1983 ou 1984, a été désigné pour prendre sa succession à la tête de l'unique dynastie communiste de l'Histoire, toujours selon l'agence officielle de Corée du Nord, qui a appelé les Nord-Coréens à le reconnaître désormais comme leur leader.
Funérailles fixées au 28 décembre
«Tous les membres du Parti (des travailleurs, ndlr), les militaires et le public devraient suivre fidèlement l'autorité du camarade Kim Jong-Un et protéger et renforcer le front uni du parti, de l'armée et du public», a annoncé l'Agence centrale de presse coréenne (KCNA), agence officielle nord-coréenne. Ses funérailles ont été fixées au 28 décembre à Pyongyang. Les autorités de l'Etat stalinien ont décrété un deuil du 17 au 29 décembre.
A Séoul, le gouvernement sud-coréen était placé en état d'alerte à l'annonce de la mort de Kim, les deux pays restant techniquement en état de conflit armée depuis l'armistice précaire signé à l'issue de la guerre de Corée (1950-53). Le Conseil de sécurité national sud-coréen devait se réunir en urgence lundi.
BON DÉBARRAS.

Qu'est-ce qu'un vrai bistrot?

Qu’est-ce qu’un bistrot? Qu’est-ce qui distingue un bistrot d’une brasserie et d’un restaurant? À quoi reconnaît-on un vrai bistrot d’un faux? Pas facile de répondre. Mais voici l’avis d’un expert : François Simon, le masqué chroniqueur gastronomique du Figaro and Co. Superbes photos à l’appui de sa démonstration, il passe en revue les dix "règles d’or" (locution décidément à la mode) ou les dix composantes qui font que l’on peut ranger sous le nom de bistrot le resto du coin.


D’abord le patron dont la gouaille, ou la bonhomie, ajoute au tropisme du lieu si la cuisine est bonne. On vient aussi pour lui, surtout s’il trône en majesté et en familiarité au bar, lequel "fait partie des confessionnaux des temps modernes". Le chef du bistrot est un "saint homme" pris entre la tyrannie du patron et l’impatience de la clientèle. Il n’est pas là pour inventer, s’éclater, ajouter des fruits tropicaux ou des herbes du Mékong aux recettes françaises traditionnelles. Il est aux fourneaux pour réaliser avec justesse des plats canailles, de l’œuf mayo et des harengs pommes à l’huile à la sole meunière, au lapin à la moutarde et au bœuf bourguignon. Après quoi, fromages, un vrai plateau, puis desserts : paris-brest, tarte Tatin, île flottante, etc.

L’ardoise est nécessaire parce que la cuisine, qui dépend des produits du marché, change tous les jours. On n’achète pas à n’importe quel prix comme dans les adresses étoilées. C’est une cuisine du moment, opportuniste, tout en restant classique. On l’accompagne de vins - eux aussi bénéficient souvent de l’ardoise au mur - qui ne sont pas des châteaux armoriés mais des appellations gouleyantes de comptoir, des vins de copains, des crus modestes, choisis avec amour dans l’extraordinaire diversité de nos terroirs. Les serveurs ont de la tchatche et de l’esprit (François Simon ne dit pas comment il les préfère habillés : tablier noir? tablier blanc? gilet?). Ils participent à l’atmosphère du lieu, comme les larges serviettes, les assiettes blanches, les célèbres chaises bistrot et tout le décor. Les clients apportent leur bonne humeur et leur appétit. Ils parlent haut et fort, ils rient volontiers, ils sont gourmands, ils sont heureux, de sorte qu’il serait stupide d’ajouter de la musique au brouhaha. Enfin, un bistrot se reconnaît à ses odeurs. "Lorsqu’on y entre, c’est comme soulever le couvercle d’une cocotte."

C’est à travers le Bistrot Paul Bert (où je ne suis jamais allé), de son ami Bertrand Auboyneau - qui signe aussi l’album -, que François Simon, avec son habituel style vif et imagé, a dressé l’inventaire du bistrot. D’autres fameuses adresses, avec leurs patrons hauts en couleur, complètent la démonstration : L’Ami Jean, Le Baratin, Le Comptoir, Philou, Le Verre volé, Le Villaret, etc. À quoi il faut ajouter de nombreuses recettes qui font de ce livre un régal de papier. S’il y a des familles culturelles et littéraires (comme le montrait Marie-Laure Delorme dans le dernier JDD avec le portrait croisé des Tesson père et fils), il existe aussi, plus nombreuses, des "familles de bouche".

On s’y transmet de génération en génération un savoir-faire en cuisine, au laboratoire, en boutique. Ainsi les Bras, les Marcon, les Haeberlin, tous cuisiniers de père en fils et tous trois fois étoilés au Michelin. Ainsi la mère et les filles Sibilia, charcutières à Lyon, les familles chocolatières Hirsinger, à Arbois, et Bernachon, encore à Lyon, etc. Tous sont dans l’excellence. Et tous maintiennent, en les ajustant, en les rénovant, des recettes qui perpétuent un héritage d’autant plus fragile qu’il est glorieux. Pour dessert de cette chronique un petit livre : Le Chocolat. À croquer. Délicieusement documenté. Le chocolat dans la littérature, dans les dictionnaires, dans l’histoire, dans les expressions, dans la médecine, etc.

Bistrot, Bertrand Auboyneau et François Simon, photographies de Christian Sarramon, Flammarion, 220 p., 29,90 euros.


Le Goût transmis, Catherine Ruedin et Vincent Tasso, Rouergue, 224 p., 32 euros.


Le Chocolat, Nicole Cholewka avec la collaboration de Jean Pruvost, Honoré Champion, 141 p., 9 euros.

A bas le Smic

Comment vivre avec 1.093 euros net par mois? Le smic sera revalorisé de seulement 0,3% le 1er janvier, soit 2,4% sur un an. C’est le minimum. L’inflation, et rien de plus! Zéro "coup de pouce". Pas terrible, surtout quand on s’est fait élire sur le thème du pouvoir d’achat!a

Et pourtant, pour un gouvernement, il n’y a rien de plus facile que d’augmenter le smic. Et pour cause, ce n’est pas l’État qui paie, ce sont les entreprises. Confortablement assis dans son fauteuil, le Premier ministre pourrait, d’un trait de plume, décréter une hausse – très populaire – de 10% du smic… Et dire ensuite aux petits patrons : "Maintenant, débrouillez-vous pour augmenter vos smicards, sans oublier de régler les charges qui vont avec"! Facile, mais un peu lâche.

En poussant un peu le bouchon : imaginons un gouvernement très, très "généreux" qui porterait le smic à… 2.000 euros! Bingo! Sauf que les supermarchés se dépêcheraient de supprimer les emplois de caissière et de généraliser les caisses automatiques. Idem sur les autoroutes. Fini les petits boulots. Partout la machine remplacerait l’homme. Plus déprimant : aujourd’hui, un salarié sur dix est au smic. C’est beaucoup. Et plus on augmente le salaire minimal, plus on "smicardise" la société qui se fait rattraper par ce plancher légal. Pas très gratifiant d’être "tout en bas de l’échelle". Quand un petit jeune arrive, il est payé comme vous. Une façon de vous dire, en pleine face : "Vous n’avez aucune compétence!" C’est le nivellement absolu par le bas.

Le smic est – et doit rester – une voiture-balai. Et une voiture-balai doit rester derrière le peloton. C’est au patron d’augmenter les salaires, pas au Premier ministre! On n’est pas en URSS! Citons plutôt le modèle allemand (décidément très à la mode en ce moment) : en Allemagne, il n’y a pas de smic. Mais il y a des patrons qui savent partager les fruits de la croissance avec leurs salariés.

Russie : la fin du contrat poutinien

De la place Tahrir à la place Rouge, la route paraît bien longue, voire improbable. Les comparaisons lapidaires affluent entre les révolutions arabes et le "printemps slave" qu'aurait lancé la mobilisation de dizaines de milliers de Russes contre les fraudes commises lors des élections législatives du dimanche 4 décembre. La prudence s'impose. Mais il est clair que ce réveil civique inattendu est un poison lent pour le pouvoir.
Les suites du mouvement ont beau être imprévisibles, rien ne sera plus comme avant. Dans une improvisation qui en dit long sur sa panique, le régime prétend répondre aux aspirations libérales d'une partie de la population en téléguidant la candidature du milliardaire Mikhaïl Prokhorov à l'élection présidentielle de mars 2012. Cela n'écarte pas la menace d'une "pékinisation" de Moscou pour policer Internet, même si Vladimir Poutine a rejeté cette idée, jeudi à la télévision.

Internet est le premier lieu de débats en Russie. Les regards se tournent vers le blogueur Alexeï Navalny. Il achèvera ses quinze jours de détention à temps pour prendre la tête de la manifestation du 24 décembre. Il pourrait être consacré leader de la rue. Fort de son charisme, ce pourfendeur du pouvoir et de la corruption se muera-il un jour en alternative ?
Une leçon majeure peut déjà être tirée : on assiste à la fin du contrat poutinien. Sur le Net russe, on en résume les termes ainsi : saucisses contre démocratie. Depuis 2000, les Russes ont été invités à voyager, à s'enrichir, à se distraire, à plonger tête baissée dans le consumérisme. Vous voulez partir ? Partez. Vous voulez rester ? Respectez alors les règles du jeu. La politique, la vraie, se joue en petit comité intouchable. Un comité qui ne rend pas de comptes, si ce n'est lors de messes cathodiques scénarisées.
Dans ce système - "l'Etat de droit du plus fort" -, les élections sont une validation symbolique ; les élus de la majorité se plient aux ordres ; l'opposition tolérée est composée de partenaires du pouvoir. La justice, elle, est instrumentalisée. Quant aux médias, à part de rares poches de résistance, ils ne sont qu'une courroie de transmission. Les mots sont vidés de leur substance et le cynisme règne. Voilà pourquoi, pendant une décennie, par réflexe de survie et par lassitude, en souvenir aussi des années 1990 tourmentées, une majorité de Russes s'est repliée sur la vie quotidienne, sur le cercle familial.
On dit souvent que les Russes forment un peuple apathique. En réalité, les ratures sur ce contrat étaient apparues avant le 4 décembre. Mais la taille du pays, la puissance de la propagande et un désintérêt pour la Russie en Occident n'ont pas permis d'en mesurer l'ampleur. Et puis, ce contrat, les dirigeants européens et américains l'ont aussi paraphé, dans l'espoir que la Russie devienne un partenaire fiable.
Or la société civile s'est réanimée depuis plusieurs années. Des mouvements de citoyens ordinaires, hors des organisations non gouvernementales (ONG) ou des partis, ont émergé et menacé le pouvoir, qui assimile toute contestation à une désertion. Il y eut les automobilistes, en Extrême-Orient, protestant contre de nouvelles taxes sur les voitures importées. Il y eut les défenseurs de la forêt de Khimki, près de Moscou, que devait défigurer un projet d'autoroute. Il y eut, aussi, ces accès de fièvre sur la Toile, lorsque l'impunité d'un fonctionnaire ou d'un élu était documentée.
Les foules qui ont manifesté le 10 décembre à Moscou et à Saint-Pétersbourg, mais aussi à Novossibirsk ou à Arkhangelsk, si loin du pouvoir central, ne voulaient pas la révolution, mais le respect de leurs droits. Mus par la colère et l'humiliation, les manifestants se sont reconnus, comptés et encouragés sur Internet, avant de sortir au grand jour. Pour la plupart, c'était leur toute première fois. Leurs moqueries vis-à-vis du régime rappellent irrésistiblement celles qui ont accompagné, il y a vingt ans, la fin de l'URSS.
Les fraudes en Russie sont une pratique ancienne. Pour être réélu en 1996 face au communiste Guennadi Ziouganov, Boris Eltsine y avait eu recours, alors que les médias organisaient sa promotion effrénée. Mais, cette fois, l'ampleur des malversations, en contraste avec l'impopularité du parti Russie unie, a enflammé les réseaux sociaux. Fin septembre, l'annonce d'un échange de postes au printemps 2012 entre le premier ministre, Vladimir Poutine, et le président, Dmitri Medvedev, avait tué l'hypothèse d'une libéralisation douce du système.
L'idée d'un scénario politique dicté d'en haut a exaspéré la Russie urbaine, jeune, ouverte sur le monde. Ce n'est pas toute la Russie. Il y a aussi l'autre, celle des retraités craintifs et disciplinés ; celle des fonctionnaires profitant de la corruption sans précédent ; celle des centaines de milliers d'agents de l'appareil répressif ; celle de Rosneft et Gazprom, les conglomérats pétrolier et gazier. Bref, la Russie qui s'accommode fort bien de la fameuse stabilité (lire : stagnation), vantée par Vladimir Poutine.
Mais l'autre Russie, celle qui gronde, a placé le pouvoir dos au mur. On souligne souvent, en Occident, les tendances autoritaires du régime russe. Elles sont réelles, mais elles ne disent pas tout. Ce pouvoir est aussi faible, essoufflé, incapable de former une administration moderne, de penser une décentralisation efficace. Un système reposant sur la force plutôt que sur le droit, sur des rapports féodaux plutôt que sur des institutions, porte les germes de sa perdition. Mais à quelle échéance ?

Russie : Medvedev estime qu'une refonte du système politique est nécessaire

Les conséquences des importantes manifestations qui ont eu lieu en Russie se font encore sentir. Alors que l'actuel premier ministre et futur candidat à l'élection présidentielle Vladimir Poutine avait laissé entendre que des réformes électorales étaient possibles, l'actuel président et potentiel futur premier ministre Dmitri Medvedev a confirmé qu'une refonte du système politique était nécessaire.

Devant des membres du parti Russie unie, M. Medvedev a annoncé qu'une "nouvelle étape dans le développement du système politique a commencé et nous ne pouvons fermer les yeux", selon une retranscription mise en ligne sur le site du Kremlin. Le président russe n'a cependant pas précisé quelles réformes il pensait mettre en oeuvre, ni quand.
"QU'EST LA RUSSIE SANS GOUVERNEMENT ? CE SERAIT 1917"
M. Medvedev est revenu sur les manifestations sans précédent qui ont eu lieu après les élections législatives, mais a estimé qu'elles n'étaient qu'une étape d'un processus et pas son origine. "Cela n'a pas débuté par des manifestations, a-t-il maintenu. C'est juste sous la surface, comme de l'écume en quelque sorte. C'est le signe du mécontentement des gens. Cela a commencé car l'ancien modèle qui a servi notre pays fidèlement, honnêtement et justement ces dernières années -et nous l'avons tous défendu- a largement été épuisé".
"La rue, c'est l'humeur du peuple, a-t-il ensuite poursuivi. Les autorités doivent dire de façon responsable et directe que c'est également leur humeur. L'humeur du peuple doit être respectée. Il est absolument inacceptable que les autorités soient délégitimisées car pour notre pays cela signifie l'effondrement de l'Etat. Qu'est la Russie sans gouvernement ? Chacun a en mémoire les livres d'Histoire. Ce serait 1917."
Dmitri Medvedev, qui a promis une enquête sur les allégations de fraudes après la victoire contestée de son parti aux législatives, a toujours rejeté ces accusations. Au président américain Barack Obama, qu'il a eu au téléphone vendredi, il a laissé entendre, selon l'agence Interfax, que les critiques internationales étaient tout simplement inutiles. "J'ai bien sûr dû lui dire une chose : vous pouvez considérer nos élections comme vous le voulez, c'est votre affaire. Pour parler franchement, nous n'y accordons aucune importance"

dimanche 18 décembre 2011

Nicolas Sarkozy rend hommage à un "ami" de la France

Plusieurs responsables politiques français ont rendu hommage, dimanche 18 décembre, à l'ancien président tchécoslovaque Vaclav Havel, décédé le même jour.

Nicolas Sarkozy lui a rendu hommage, voyant en lui un "Européen engagé" et "ami" de la France, qui incarnait "un engagement infatigable en faveur de la démocratie et de la liberté". "Son accession à la présidence de la République après la Révolution de velours en 1989 a couronné une vie tout entière vouée au combat contre le totalitarisme et pour la défense des valeurs qui inspiraient son action – la tolérance, la promotion des droits de l'Homme et la lutte contre l'oppression", écrit le président de la République dans une lettre à son homologue tchèque.

Selon Nicolas Sarkozy, "avec la disparition de Vaclav Havel, la République tchèque perd l'un de ses grands patriotes, la France perd un ami, l'Europe perd l'un de ses sages". "Cet Européen engagé, convaincu de l'unité profonde et de la solidarité nécessaire de notre continent, restera dans la mémoire des Français", conclut le chef de l'Etat.
De son côté, le premier ministre François Fillon souligne, dans un communiqué, que "par son opposition constante au régime communiste, par son rôle décisif lors de la Révolution de velours, puis par ses treize ans à la présidence de la République, Vaclav Havel aura marqué près d'un demi-siècle de l'histoire et de la vie de son pays". "Grande conscience européenne, père de la République tchèque contemporaine, ayant préparé l'adhésion de son pays à l'Union européenne, Vaclav Havel restera un modèle de courage politique et moral et de fidélité aux valeurs humanistes de notre continent", écrit François Fillon.
"Avec lui, nous perdons une grande conscience européenne", a estimé de son côté le ministre des affaires étrangères Alain Juppé, qui "salue la mémoire d'un combattant de la liberté". "Les Français n'ont pas oublié la rencontre du dissident et de ses compagnons avec le président Mitterrand, à Prague, le 9 décembre 1988", rappelle-t-il.
Le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, salue un "dramaturge totalement engagé dans son art comme dans la vie de la cité". "Depuis plusieurs années, Vaclav Havel luttait contre la maladie et la mort avec le courage que lui connaissaient déjà ses compagnons de combat, écrit Frédéric Mitterrand. Homme de lettres et homme d'Etat, artiste et homme d'action, il savait que les mots peuvent être des armes."
"UNE DES VOIX LES PLUS ADMIRABLES DE NOTRE HISTOIRE"
François Hollande, candidat socialiste à l'élection présidentielle, a rendu hommage à "une des voix les plus puissantes, les plus singulières et les plus admirables de notre histoire contemporaine". "Vaclav Havel laissera dans l'histoire le souvenir exemplaire d'un homme qui avait fait de ce qu'il nommait 'la politique antipolitique' un instrument implacable de libération et de progrès, écrit François Hollande dans un communiqué. Sa mémoire, pour les Tchèques bien entendu, pour les Européens à l'évidence mais, au-delà, pour l'humanité toute entière, restera une source vivante de probité, de courage et d'espoir."
Eva Joly, candidate d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a salué celui qui, "comme dissident, écrivain ou homme d'Etat, n'a jamais cessé de revendiquer les droits de la conscience morale individuelle et collective, à défendre les droits humains partout où ils étaient menacés, à commencer par la Tchéquie, son pays, qu'il a su intégrer dans l'Union européenne".
Le président du Mouvement démocrate (MoDem) et candidat à la présidentielle, François Bayrou, a estimé que M. Havel, au "parcours original et même unique", représentait "le plus formidable amour de la liberté". "Celui qui vient de s'en aller a été pour notre génération et toute la famille de pensée des démocrates dans le monde, un inspirateur et un repère. Il représentait le plus formidable amour de la liberté", a déclaré M. Bayrou.
Pour Dominique de Villepin, fondateur de République solidaire et lui aussi candidat à la présidentielle, "cet homme de liberté et d'engagement a su faire de son immense culture une exigence de tous les instants au service de l'homme". "C'est avec lui comme avec Jorge Semprun une génération de témoins et de bâtisseurs qui s'efface pour passer le relais de l'espérance à une nouvelle génération, plus épargnée par les tragédies, les persécutions et les guerres. Charge à elle d'être digne de ces grands exemples", poursuit M. de Villepin.
L'"IMMENSE CHAGRIN" DE JACK LANG POUR SON "AMI"
L'ancien ministre socialiste de la culture Jack Lang a fait part de son "immense chagrin" après le décès de son "ami" Vaclav Havel, dont la vie a été "une exemple de courage, d'honnêteté intellectuelle et de fidélité". Jack Lang avait fait sa connaissance par le théâtre dans les années 1970, au moment où Vaclav Havel s'était "imposé comme un des dramaturges les plus féconds et les plus brillants de sa génération".
"Un seul désaccord nous a momentanément séparé" à propos de la création d'une confédération de la grande Europe, à laquelle le président tchèque était opposé, note Jack Lang dans son communiqué. "A ceux qui parfois aujourd'hui doutent de la politique, Vaclav Havel offre un exemple de la noblesse et de la dignité de la vie civique", poursuit-il.
Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a salué "la mémoire du cofondateur de la Charte 77 qui aspirait à ce que 'l'amour et la vérité vainquent la haine et le mensonge'". "Hier dissident du régime communiste, puis premier président de la Tchécoslovaquie post-socialiste, monsieur Havel ne ménageait pas aujourd'hui ses critiques à l'égard du libéralisme. Son humanisme ne se satisfaisait d'aucun dogme politique quel qu'en soit le nom", déclare Pierre Laurent dans son communiqué.

Eva Joly : "L'économie verte" peut créer "un million d'emplois"

Eva Joly a détaillé son programme, notamment ses quatre priorités, ce samedi devant quelque 300 membres du parti EELV.

Eva Joly, candidate d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à la présidentielle, a détaillé ce samedi ses priorités pour 2012, devant l'Agora d'EELV réunissant plus de 300 délégués et « coopérateurs ». Elle a souligné que le projet du parti, qui doit être adopté dimanche, était une « boussole pour (le) mouvement », base de son « contrat écologique pour la République » qui sera présenté le 11 février prochain à Roubaix (Nord).

"Dépenser moins pour vivre mieux"

Toute de blanc vêtue, Mme Joly a affirmé que sa « seule règle d'or serait de ne laisser personne au bord du chemin », avant de détailler ses « quatre priorités » dans un discours de 40 minutes. Candidate de la sortie du nucléaire, Eva Joly a d'abord parlé d'un « temps d'urgence sociale et écologiste pour sortir de la récession », refusant « les logiques mortifères de l'austérité ». En résumé, « dépenser moins pour vivre mieux ».

Le blocage des loyers

Très applaudie, elle s'est notamment prononcée pour le « blocage des loyers », relevant qu'« il y a même un petit pays où cela fonctionne, un petit pays exotique, l'Allemagne ! » Selon elle, alors que « la France est malade du chômage », il est possible de « créer un million d'emplois » dans « l'économie verte » d'ici à 2020. Le chiffrage de cette annonce ne sera dévoilé qu'en janvier prochain. « C'est le seul chemin pour sortir intelligemment et efficacement de la crise », a-t-elle dit, fustigeant la « toute puissance » des marchés financiers. « Les spéculateurs ne gagneront pas », a souligné l'ex-juge, experte en « combat contre les paradis fiscaux ». Évoquant le cargo échoué dans le Morbihan, l'eurodéputée a également proposé « une section au sein de la Cour pénale internationale chargée de poursuivre et réprimer sévèrement les crimes écologistes ».

"La xénophobie d'Etat made in France, ça suffit"

Deuxième idée, un « pacte de fraternité ». L'occasion de s'en prendre à « Hortefeux, Besson et Guéant qui n'ont eu de cesse de caresser le Front national dans le sens du poil, avec une expression bien de chez nous "expulsons français" ». Avant de lancer : « La xénophobie d'Etat made in France, ça suffit comme ça ! »

"En finir avec la Ve République"

Troisième priorité, « la République des biens communs » pour « en finir avec la Ve République », a poursuivi Eva Joly, s'attaquant aux « pratiques claniques et aux méthodes barbouzardes comme dans l'affaire des fadettes » du quinquennat de Nicolas Sarkozy. « Takieddine, Karachi, Marseille, Hénin-Beaumont », cela « relève du même processus délétère », a-t-elle jugé, faisant allusion à l'UMP comme au PS.

"Une préférence sociale et environnementale, pas nationale"

Enfin, elle s'est prononcée pour une Europe fédérale, persuadée que les Français « se refusent à une vision hexagonale et chauvine du monde ». A ceux qui parlent d'« acheter français », elle répond que la « réindustrialisation » doit se faire par les PME innovantes et écologiques, « pas contre, ni dans le dos de l'Europe ». « Ma préférence n'est pas une préférence nationale mais une préférence sociale et environnementale », a-t-elle résumé.
  
La candidate d'EELV a indiqué qu'elle proposerait « rapidement » avec Daniel Cohn-Bendit « un autre chemin » que celui d'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sur le Traité européen. Sous les « Eva présidente » scandés par une salle debout, elle a appelé à « voter juste » pour un projet de société « et non pas un rafistolage du système ».

Pour Cécile Duflot : "Un projet dense, ambitieux et réaliste"

La secrétaire nationale d'EELV, Cécile Duflot, avait pris la parole dans la matinée. Face à la « crise d'un système et d'un modèle de développement » fondé notamment sur « l'ultra-court terme », et « au moment où on essaie de nous faire croire que la seule solution est de renier les acquis sociaux et aller vers des sacrifices plus importants », c'est un « programme d'action pour les temps qui viennent » avec l'objectif de « s'attaquer à la racine de nos difficultés et présenter des solutions globales écologistes », a-t-elle dit. « Ni un petit livre vert ni une Bible », ce projet porte « l'étendard affirmé de vivre mieux » en « respectant la planète et les équilibres sociaux », a-t-elle ajouté, relevant que « l'originalité de l'écologie politique est d'avoir tiré les leçons de ce qu'il s'est passé au XXe siècle ». Ce projet « dense, ambitieux, large, synthétique, radical et aussi réaliste et fondamentalement écologiste », « apporte des nouvelles solutions » car il ne faut « pas se cantonner à des solutions dépassées », selon la patronne d'EELV.
CAUSE TOUJOURS !

Présidentielle 2012 : MAM attaque tous azimuts

Michèle Alliot-Marie s'est lancée dans la campagne pour la présidentielle 2012 en vantant son candidat favori Nicolas Sarkozy et en critiquant ouvertement ses rivaux, ce dimanche. Ainsi, François Hollande, Hervé Morin et Dominique de Villepin en ont pris pour leur grade. 

Cela faisait un moment que l'on n'avait pas entendu Michèle Alliot-Marie. Et pour marquer le coup, l'ancienne ministre des Affaires étrangères s'est chargée d'attaquer tous les rivaux de Nicolas Sarkozy ce dimanche lors du grand rendez-vous Europe 1-I-télé-Le Parisien. Pourtant, MAM n'hésite pas à pointer du doigt un problème de communication au sein du gouvernement sur l'éventuelle perte du triple A. « Ça m'est apparu comme une erreur de communication et je ne crois pas que Nicolas Sarkozy ait lui-même utilisé ces arguments. Pour moi, la dégradation du triple A n'a qu'un pouvoir limité », a-t-elle commenté dédouannant le Président de la république. Ce dernier trouve d'ailleurs grâce à ses yeux. « Je souhaite que Sarkozy soit candidat. Il est le candidat que je souhaite et que je soutiendrais de toutes mes forces », affirme celle qui a pourtant été débarquée en février dernier.

Hollande dans la ligne de mire de MAM

Et afin de soutenir son candidat à fond, Michèle Alliot-Marie a profité de son passage médiatique pour égratigner les rivaux du président sortant. À commencer par François Hollande. « Monsieur Hollande a une attitude irresponsable. Il ne sait pas comment se passe un conseil des ministres, à fortiori le conseil européen », a attaqué l'ancienne ministre avant d'en rajouter une couche. « Dans son attitude il a commis une faute. Il va dire à Berlin qu’il souhaite la défaite d’Angela Merkel, alors que s’il était élu, pendant des mois, il aurait à discuter avec elle. Comment voulez-vous que ce soit possible ? ».

Morin et Villepin également visés

Autre proie de MAM : le centriste Hervé Morin. « C’est quelqu’un qui parle pour lui et qui, si j’ai bien compris, représente entre 0,5 et 1% d’intentions de vote », a-t-elle taclé. Alliot-Marie affirme qu'elle « n’aime pas cet état d’esprit » n'acceptant « pas que l’on dénigre la France. Notre pays et solide, il est dans une tempête mondiale, et ce n’est certainement pas Hervé Morin qui est le bon capitaine. ». Enfin, Dominique de Villepin n'y aura pas échappé non plus. L'ancien premier ministre est accusé de prendre « une posture dont il pense qu’elle est gaullienne, mais il n’est certainement pas de Gaulle, et même certainement pas gaulliste, car être gaulliste, c’est d’abord l’intérêt général, avant des ambitions ou des egos personnels ». La sortie médiatique de MAM aura été généreuse. Tout le monde aura reçu sa critique acerbe.

Vaclav Havel est mort

L'ancien président tchèque, symbole de la résistance à l'oppression communiste devenu homme clef de la révolution de Velours en 1989, est décédé à l'âge de 75 ans. En 2008, L'Express l'avait rencontré. Entretien. 
Un héros de la révolution disparaît. Vaclav Havel, l'ex-président tchèque, est mort ce dimanche à l'aube à l'âge de 75 ans, a annoncé son office. 
A l'heure de la politique spectacle, Vaclav Havel offrait à L'Express en 2008 un entretien. Attablé au café Slavia, à Prague, haut lieu de l'âme tchèque, il contemple les scènes de rue de cette ville qui a connu tant d'événements dramatiques. Il y a quarante ans, dans la nuit du 20 au 21 août 1968, les chars du pacte de Varsovie écrasaient le Printemps de Prague. Jusqu'à aujourd'hui, l'itinéraire de Vaclav Havel symbolise à lui seul la résistance à l'oppression communiste.  
Courageux dissident, il s'est imposé d'évidence comme l'homme clef de la révolution de Velours, en 1989. "Président philosophe" de 1990 à 2003, homme de théâtre, "faiseur" de paix, il incarne l'âme d'un peuple, mais aussi une autre manière de faire de la politique et une haute vision de l'Europe. C'est pourquoi sa parole est d'or. Entretien. 
L'Express: "Vous avez connu trois chocs majeurs : l'occupation allemande, l'occupation soviétique puis l'éclatement de l'ancienne Tchécoslovaquie. Pouvez-vous dire aujourd'hui que le peuple tchèque est enfin heureux?
Vaclav Havel: Un homme peut rarement se dire complètement heureux. Il est vrai que notre pays a aujourd'hui atteint un niveau de sécurité qui n'a pas d'équivalent dans le passé. Maintenant que nous sommes membres de l'Union européenne et de l'Otan, nous sommes en sécurité. Nous avons toutes les libertés de base, un Etat indépendant, et la situation économique générale est bonne. Mais cela ne veut pas forcément dire que les gens sont heureux. 
Milan Kundera dit que "[votre] vie est une oeuvre d'art". Quel est désormais votre combat?
Durant ma période de dissidence, j'ai constaté à quel point le soutien international est important pour le combat en faveur des droits de l'homme. C'est là que je ressens l'obligation de m'engager. Je participe à des rencontres de dissidents de plusieurs pays (Birmanie, Cuba, Biélorussie, Iran...). Je les rencontre fréquemment et je fais partie de différents comités de soutien. Telle est ma mission. Car la défense de la démocratie est plus d'actualité que jamais. Souvenez-vous, par exemple, qu'il existe encore une vraie dictature en Europe, en Biélorussie. 
Justement, quel jugement portez-vous sur l'action et le style de Vladimir Poutine?

Avec Poutine, nous avons découvert un nouveau type de dictature, très sophistiqué. Ce n'est plus le communisme. Ce n'est plus le pur nationalisme. Il faut en parler ouvertement. On ne peut pas continuer à fermer les yeux. Ce régime tout à fait particulier va de pair avec une certaine expansion économique, ce qui n'est pas vraiment surprenant. L'éclatement de l'Union soviétique a été traumatisant et Poutine souhaite reconstruire, peut-être d'une façon nouvelle, cet ensemble dissolu. Il supporte très mal la diminution de la sphère d'intérêt de l'ancienne URSS. En réaction, le système qu'il a bâti est fondé sur une sorte de confrérie politique et économique. C'est un système clos où le premier qui viole les règles du jeu est envoyé en Sibérie. 
Quelle attitude adopter face à ce régime?
Je pense qu'il faut maintenir des relations amicales avec la Russie, mais rester exigeant. Il n'y a pas d'amitié possible en gardant les lèvres serrées. Il faut rouvrir le dossier de la démocratie, même dans des réunions officielles, les entretiens semi-officiels, etc. On ne peut pas laisser se perpétuer cette image d'une Russie forte, pays important et bien armé, qui a toutes les matières premières imaginables, devant lequel on se met à genoux dès qu'il hausse le ton. Non. Il faut toujours marcher droit en suivant nos principes. Même au risque de disposer de moins de gaz ou de moins de pétrole. 
Votre pays célèbre ces jours-ci les 40 ans du Printemps de Prague, le soulèvement du peuple tchèque, écrasé par les chars du pacte de Varsovie. Considérez-vous que ce type d'intervention appartient définitivement au passé?
Il me paraît très peu probable qu'un événement de ce type puisse se reproduire aujourd'hui. Mais il est évident que nos sociétés démocratiques sont menacées par de nouvelles formes de violence. Je pense en particulier au terrorisme. Il ne faut jamais perdre de vue notre sécurité. C'est pourquoi il faut vraiment bâtir des systèmes de défense adaptés. Il serait irresponsable de penser que l'on a gagné et que la paix régnera pour toujours. Il y a encore des menaces, mais elles sont différentes. 

Quelle mémoire gardez-vous de l'intervention soviétique, de ce qui s'est passé sur la place Wenceslas, tout près d'ici?
 Je ne peux pas oublier l'union absolue du peuple, la solidarité et la volonté de faire quelque chose pour autrui. Le fait de signer des pétitions pour les prisonniers avait beaucoup de force suggestive. Ceux qui ont vécu tout cela au coeur de l'action s'en souviendront toute leur vie. 
Depuis le non irlandais au référendum sur le traité de Lisbonne, on dénonce le fossé qui sépare les élites de Bruxelles et les peuples de l'Union. Qu'en pensez-vous?
Cela demanderait une analyse très pointue. Je pense que l'Union européenne a surmonté tant de situations compliquées, si diverses, depuis sa création, que le non irlandais n'est qu'un obstacle passager. Il y en aura d'autres; il me semble néanmoins que le processus d'intégration européenne est irréversible. 
En 2004, la République tchèque entrait dans l'Union. En 2008, le gouvernement est réservé, voire eurosceptique. Est-ce que l'Europe a déçu?
Il existe une tradition tchèque qui consiste à se plaindre. Mais il en est une autre qui s'ancre dans l'universalisme. Quand on invoque notre passé "impérial" pour expliquer parfois un certain scepticisme vis-à-vis des grands ensembles supranationaux, je réponds qu'il faut être particulièrement peu éclairé pour comparer les ensembles supranationaux dont nous avons fait partie et l'Union européenne. Le fait que les Irlandais puissent dire non à une majorité de 150 000 voix et bloquer tout le mécanisme de réforme de l'Europe est une preuve de l'esprit démocratique qui règne dans cet ensemble.
Croyez-vous vraiment que, sous l'Empire austro-hongrois ou au temps de la domination soviétique, quelque 150 000 personnes eussent pu forcer le pouvoir central à reconsidérer une décision politique? 
Tout de même, le président tchèque actuel a eu des formules féroces contre l'Europe, notamment en disant que "le traité de Lisbonne est mort"...

Notre président aime bien provoquer. Je prends ce qu'il a dit comme un discours provocateur, mais contradictoire. Le processus de ratification va continuer, même si l'Europe se trouve aujourd'hui dans une impasse. C'est très important parce que, même si ce traité n'entre jamais en vigueur, ce processus sera un témoignage sur lequel on pourra bâtir la phase suivante. D'ici à dix ou quinze ans, il faut établir une Constitution européenne très brève, compréhensible par tout le monde, contrairement au traité de Lisbonne, qui n'est pas vraiment conçu pour être lu par le grand public. Cette Constitution doit être un texte que les enfants puissent apprendre facilement à l'école. Tout le reste doit être renvoyé à des annexes réservées aux experts. Dès maintenant, dans un silence absolu, on devrait mettre en place une équipe de quatre ou cinq personnes pour essayer de rédiger un tel texte. 
Est-ce que l'Europe souffre d'un déficit de leaders?
Il est toujours bon qu'une structure soit dotée d'une tête. Cela peut être une fonction symbolique, ou pas, mais, ce qui compte, c'est que les gens sachent qu'il y a bien quelqu'un là-haut, au sommet de la pyramide. Du moment qu'ils connaissent son nom et son visage, les citoyens peuvent se raconter des blagues à son sujet, se moquer de lui ou le respecter ; peu importe, pourvu qu'ils se l'approprient. Quant au profil du dirigeant, la seule chose qui compte c'est qu'il délivre une vision du futur et incarne la dimension spirituelle de l'unification européenne. Il ne peut pas être uniquement le gardien des douanes, des quotas, des tarifs, etc. Aujourd'hui, l'Union européenne paraît être une institution bureaucratique qui ne s'occupe que de sujets techniques et administratifs. Or l'Union comporte une dimension culturelle, historique, traditionnelle, spirituelle. La tâche principale du "leader" devrait être de souligner cette profondeur. 
Vous avez soutenu l'intervention militaire en Irak, en 2003, qui divisait profondément l'Europe. Le regrettez-vous maintenant?

J'ai toujours partagé la même opinion au sujet de la guerre en Irak: l'homme ne peut pas être indifférent aux crimes qui s'accomplissent autour de lui ni rester passif. La vie d'un être humain représente une valeur plus importante que la souveraineté d'un Etat; c'est mon point de vue. Cela veut dire qu'on a le droit d'intervenir par la force là où s'accomplissent des crimes de masse, où le mal opprime les peuples. Mais il faut toujours bien peser ses choix avant d'agir. En l'occurrence, il fallait bénéficier d'un appui international, mobiliser les milliers d'experts dont disposait le gouvernement américain afin d'évaluer les suites d'une intervention éventuelle. Je l'ai toujours dit, y compris au président Bush, avant le début de l'intervention. Tout cela n'a pas été fait, ou mal fait dans le cas de l'Irak. 
Soutenez-vous l'initiative américaine, acceptée par Prague, d'installer un bouclier antimissiles en Pologne et en République tchèque?
Je ne pense pas qu'il y ait dans cette initiative quoi que ce soit qui aille contre l'esprit de l'Otan, ni contre les valeurs de l'Union ou l'esprit européen. Le fait que deux pays signent des accords bilatéraux est prévu par les textes en vigueur. Je ne suis pas un expert en matière balistique, mais je crois qu'en l'occurrence on peut se comporter comme de vrais alliés et aider les Etats-Unis dans leur projet. 
Votre adhésion au bouclier n'est-elle pas l'expression d'une vieille peur face à la Russie?
Cela fait partie d'un raisonnement beaucoup plus vaste, qui s'étend à l'ensemble de notre planète et répond à des menaces prévisibles ou potentielles. Un système de défense consiste à se défendre! Il est tout à fait absurde que la Russie y voie un motif de protestation. Elle ne fait que montrer que ce système de défense a une vraie raison d'être. Autrement, les Russes ne seraient pas gênés. 
Avez-vous fait un choix entre John McCain et Barack Obama dans la course à la Maison-Blanche?

Si j'étais encore président, je ne pourrais me prononcer. Citoyen, je peux en dire un peu plus. Je connais McCain en personne et c'est vraiment quelqu'un de très bien. Je ne connais pas Obama, mais, malgré tout, je voterais pour lui. Car, à ma manière, j'ai été de tout temps un démocrate américain. Idéalement, j'aimerais que Hillary devienne la vice-présidente d'Obama. 
Qu'attendez-vous de la présidence française de l'Union européenne, et que pensez-vous de Nicolas Sarkozy, au style si opposé au vôtre?
Je ne connais pas personnellement Nicolas Sarkozy. Je ne l'ai jamais rencontré. Mais j'ai l'impression qu'il est très dynamique en politique internationale. Il est omniprésent, très actif. Je trouve cela sympathique. En particulier, il essaie d'améliorer les relations entre la France et les Etats-Unis, ce qui est très important, car je me souviens d'avoir été témoin, à plusieurs reprises, lors de ma présidence, de la vive tension entre le président Chirac et les Américains. J'apprécie également l'intérêt de Nicolas Sarkozy pour l'Europe centrale. ll s'est rendu en République tchèque avec la ferme volonté de mener une politique européenne active. Il y a là un espoir au niveau de l'Union. Je souhaite que la présidence française donne une impulsion nouvelle, ravive la flamme. 
 EN QUELQUES PHRASES :
"Avec Poutine, nous avons découvert un nouveau type de dictature, très sophistiqué"

"La vie d'un être humain représente une valeur plus importante que la souveraineté d'un Etat"

EN QUELQUES DATES :
5 octobre 1936
Naissance à Prague. 
1968
S'engage dans l'opposition à la suite de l'écrasement du Printemps de Prague  
1977
Auteur de pièces de théâtre et cofondateur de la Charte 77, organisation de défense des droits de l'homme, il est emprisonné à plusieurs reprises. 
1989
Révolution de velours. Il devient président de la République. 
20 juillet 1992
Démissionne : il refuse de cautionner la partition de la Tchécoslovaquie. 
Janvier 1993-2003
Président de la République tchèque. 
2007
Il publie une pièce, Partir, sur l'abandon du pouvoir.