La Grèce est le berceau de l'Europe, et la mère de nombreux mythes qui peuvent être recyclés en métaphores journalistiques. Le rocher de Sisyphe, les travaux d'Hercule, ou le tonneau des Danaïdes ont déjà beaucoup été utilisés pour éclairer la situation dans laquelle se trouve le pays et son gouvernement. Permettons-nous d'ajouter ici l'histoire de Dédale.
Comme l'architecte enfermé par le roi Minos, avec son fils Icare, dans le labyrinthe qu'il avait construit, l'Union européenne se retrouve coincée par la crise à un point où tous les chemins difficiles mènent à une impasse. D'un côté, la politique d'austérité imposée au Grecs depuis un an : non seulement, elle n'a eu pratiquement aucun effet sur la réduction des déficits et la réforme d'un système corrompu et inefficace mais, comme de nombreux experts l'avaient signalé, elle a annihilé les possibilités d'une croissance économique pourtant nécessaire pour sortir de la crise. De l'autre, les plans de sauvetage : les 110 milliards promis ont creusé le fossé psychologique entre Européens du Nord et du Sud, et entrainé un raidissement de l'Allemagne dans les négociations européennes sans pour autant soulager les Grecs et offrir de réelle perspective de sortie de crise.
Autre orientation possible, la restructuration de la dette grecque. Mais l'impasse est immédiate puisque les dirigeants européens craignent la réaction des marchés et une extension de la crise à d'autres pays de la zone euro. Dans le même temps, certains de ces mêmes dirigeants prennent la direction d'une plus grande intégration économique et d'un "fédéralisme de crise" menant vers la création d'euro-obligations et une coordination supranationale des politiques fiscales et budgétaires. Mais dans ce cas, leur démarche se heurte aux intérêts divergents des pays membres. Et en tout état de cause, l'approfondissement de l'intégration politique et économique est à contre-courant de l'opinion publique qui exprime son euroscepticisme dans les urnes.
Bref, où que l'on regarde, l'UE-Dédale est en bien mauvaise posture. Et comme le personnage du mythe, elle va devoir trouver un moyen de sortir par le haut du labyrinthe. De manière surprenante, c'est la Commission européenne que fournit un élément de la solution. Cette semaine, dans sa présentation du projet de budget pour les années 2014-2020, l'exécutif communautaire qualifie de "financements prioritaires" les "projets transfrontaliers dans les domaines de l’énergie, des transports et des technologies de l’information" et propose une "augmentation significative de l’enveloppe prévue au titre de la recherche et de l’innovation pour investir dans notre compétitivité, et des fonds supplémentaires en faveur de la jeunesse européenne".
C'est-à-dire qu'il identifie les domaines dans lesquels les Européens doivent investir (et s'investir) pour sortir du déclin économique et social dans lequel ils sont empêtrés.
Malheureusement, ces belles perspectives sont contradictoires aves les politiques imposées par Bruxelles et les Vingt-Sept aux pays en crise et même dans la plupart des pays européens. Et l'on sait très bien que les bonnes intentions affichées par la Commission avant les négociations qui vont débuter ne l'engagent à rien puisqu'elle pourra rejeter la responsabilité sur les Etats, voir sur le Parlement, si toutes ces ambitions étaient revues à la baisse.
Austérité réelle contre ambitions sur le papier : les dirigeants européens ne pourront pas longtemps gouverner sur cette contradiction que les peuples européens ressentent au quotidien. C'est en oubliant la réalité qu'Icare, le fils de Dédale, s'est brûlé les ailes.
samedi 2 juillet 2011
Mythe grec et budget bruxellois
La nouvelle journée new-yorkaise que la France a vécue hier laisse derrière elle une désagréable sensation de malaise. Avouons-le : on ne sait plus trop quoi penser de cette affaire dont le fait principal - une agression sexuelle dans une chambre d’hôtel - s’estompe peu à peu derrière l’écran des convictions intimes.
Les médias peinent tellement à reconnaître leur état de désorientation qu’ils se laissent aller volontiers à l’intensité des emballements successifs et désordonnés du feuilleton DSK. C’est sans doute une question d’oreille : hier, même si les reporters sont restés prudents, la tonalité des télévisions et radios, elle, a pratiquement disculpé l’ancien directeur du FMI. Elle a suggéré un lien mécanique entre les mensonges de son accusatrice et son innocence. À tel point que la décision du juge de lever l’assignation à résidence du Français a presque déçu : toute la journée, sur les ondes, n’avait-on pas fait monter le suspense en évoquant l’éventualité d’un abandon total des charges pesant sur lui ?
En donnant presque exclusivement la parole aux amis de DSK, le 20 heures de France 2, lui, a mutilé l’information. Si vous l’aviez pris en cours, vous pouviez croire qu’un acquittement avait été prononcé ! Et tant pis si dans le même temps la chaîne ne s’est pas gênée pour rediffuser la pénible séquence d’un DSK menotté, au mépris de toute éthique proclamée. Ce fut le triomphe d’une présomption d’innocence fourre-tout. Elle supplante, c’est vrai, la présomption de culpabilité. C’est même la marque d’un haut degré de civilisation. Une valeur fondatrice. Mais cette conception élémentaire de la justice ne saurait être défigurée par un dangereux simplisme. La vérité ne se livre jamais facilement. Elle peut-être complexe et contradictoire jusqu’à l’indéchiffrable. Même l’homme le plus honorable ne peut-être exonéré de tout soupçon quand les faits semblent accablants. Comment pourrait-il prétendre être totalement à l’abri de lui-même ?
Si la fidélité des amis de Dominique Strauss-Kahn - tout à coup plus nombreux - est estimable, leur certitude est dérangeante. Comme s’ils déniaient désormais à Nafissatou Diallo le droit de se plaindre parce qu’elle aurait menti. Comme si la jeune femme irréprochable défendue spontanément, il y a un mois et demi, par la direction du Sofitel, et ses voisins du Bronx n’avait jamais été, finalement, qu’une odieuse manipulatrice. Et voilà même qu’on moque ces féministes, forcément enragées, qui avaient pris fait et cause pour elle !
Hopla, un coup de gomme ! Et pourquoi pas, maintenant, DSK de retour dans la course des primaires quand il en est, à l’évidence, disqualifié? Une fébrilité coupable qui altère un peu plus l’image des journalistes, en réduisant à néant la distance que nous devons toujours nous efforcer de conserver par rapport aux événements.
DSK : dans le Bronx, on croit à la manipulation
Les habitants du Bronx ne croient pas aux mensonges de Nafissatou Diallo. Ils pointent la naïveté et la crédulité de la plaignante.
Et ce suspect n'a pas encore été jugé. Le ministère public est donc à l'affût de toute information susceptible de nourrir son dossier d'accusation. Selon le New York Times , la femme de chambre «a discuté de l'intérêt de poursuivre les accusations» contre Dominique Strauss-Kahn, moins de 24 heures après le début du scandale, la veille 14 mai.
C'est après cet appel intercepté que la police a été chargée d'enquêter sur les fréquentations de la femme du chambre du Sofitel ainsi que sur son compte en banque et les mouvements d'argent qu'on peut y lire. Entre l'importance des dépôts en liquide -de l'ordre de 100.000 dollars en deux ans (près de 69.000 euros)- et le fait qu'ils ont été effectués en plusieurs endroits des États-Unis, les enquêteurs pensent avoir reconnu un mode opératoire classique des trafiquants de drogue. En poussant un peu plus leurs recherches, les détectives sont tombés sur au moins quatre contrats de téléphone mobile chez divers prestataires, qu'elle alimentait régulièrement. Pourquoi tous ces téléphones, alors qu'elle a affirmé à la police n'en posséder qu'un? Ici encore, les agents du NYPD croient avoir reconnu une méthode familière des dealers: le portable rechargeable sans abonnement à long terme.
Vendredi, la police new-yorkaise refusait de livrer le nom du suspect incarcéré et ne voulait pas non plus donner d'informations sur ses origines géographiques.
Quant au procureur Cyrus Vance Jr., il n'a évoqué ni la conversation téléphonique, ni le compte en banque de l'employée du Sofitel. De son côté, dans une déclaration publique à la sortie du tribunal criminel de Manhattan, Kenneth Thompson, l'avocat de Nafissatou Diallo, a affirmé vendredi que sa cliente ignorait que ce détenu était un trafiquant de drogue.
Les dealers du Bronx
Selon ce que l'on a pu apprendre de cette Guinéenne de 32 ans, elle n'entretenait à New York que des relations au sein de la communauté africaine, notamment parmi les immigrés originaires de Guinée, du Sénégal et de Gambie.Le Bronx, en particulier ses quartiers sud où vivent ces Africains déshérités, abrite de nombreux gangs de dealers. Mais les rois du trafic y restent les Sud-Américains et les Portoricains. Toutefois, pour celui des produits moins rémunérateurs comme la marijuana, le «pot » comme on l'appelle à New York, des Africains se seraient emparés d'une partie du marché.
A Harlem, autour de la 116ème rue, où vivent de nombreux Guinéens, comme dans la partie du Bronx où Nafissatou Diallo habitait, l'incrédulité régnait vendredi. «Une petite paysanne peule comme elle ne savait rien de la drogue, dit Maladho Diallo, président de la mosquée Fouta Islamic Center (Bronx). Elle a été manipulée parce qu'elle était trop naïve», ajoute-t-il.
L’Europe sera cosmopolite ou coulera
Première thèse :
La refondation de l’Europe ne peut attendre car l’Union est aujourd’hui travaillée par trois processus autodestructeurs qui se renforcent mutuellement : la xénophobie, l’anti-islamisme et l’hostilité à l’Europe. Les critiques de "l’islam" – qui abuserait des libertés occidentales – parviennent à faire le lien entre la xénophobie et une forme de discernement. Il est tout d’un coup possible de se dire opposé à l’immigration au nom de la sagesse.Avec les plans de sauvetage des pays d’Europe du sud s’est développée une nouvelle forme de ressentiment nationaliste ainsi qu’une dangereuse logique de conflit et de répartition. Les pays renfloueurs doivent imposer des plans d’une telle rigueur que le remède semble pire que le mal pour Athènes. Les Grecs ont l’impression d’être soumis à un "diktat de l’UE" qui déroge à leur indépendance autant qu’à leur fierté nationales. Des deux côtés, le processus nourrit la haine de l’Europe.
De toutes parts, on s’en prend au "doux monstre de Bruxelles", pour reprendre la formule de Hans Magnus Enzensberger. Derrière ces mots se cache la conviction que nous faisons tout, tout seuls. Ce "nous" étant un "nous, Allemands", "nous, Français" et peut-être "nous, Luxembourgeois".
Voilà le nouveau grand mensonge, la nouvelle "lucidité" allemande. Partout, on parle de l’Europe comme si l’Allemagne en était entièrement indépendante. La question est alors enfin posée : et si l’Union européenne s’effondrait vraiment ? Combien cela nous coûterait-il de recréer douze monnaies nationales, de réinstaurer des contrôles et des douanes aux frontières, de reformer vingt-sept espaces réglementaires ?
Deuxième thèse :
L’Europe ne souffre ni de la crise de l’euro, ni du manque de volonté pour une union politique, ni de l’absence de grand mouvement citoyen européen. Tout cela ne sont que les symptômes d’un autre mal, plus profond. L’Europe est victime d’un malentendu sur elle-même. En effet, le grand objectif "d’Etats-Unis d’Europe" transforme tous ses pays membres en rivaux implacables qui remettent en question leur existence réciproque. Tant que l’alternative sera "l’Europe ou les Etats nations" et qu’une troisième solution restera hors de question, tous les discours sur "l’Europe" ne pourront qu’inspirer la crainte.Troisième thèse :
La "troisième voie impossible" consisterait à faire une Europe et une Allemagne cosmopolites. Il s’agit alors de clairement établir la distinction entre nation et nationalisme. Tous ceux qui, face à la déliquescence de l’Europe, prônent un "retour à la nation", font preuve de naïveté autant que d’anti-patriotisme. Ils sont naïfs car ils omettent du parler du coût phénoménal que représenterait la disparition de l’UE, et leur comportement est anti-patriotique parce qu’il fait courir un danger à l’Allemagne alors que l’avenir de l’Allemagne est dans un cosmopolitisme, source de progrès tant pour l’Allemagne que pour l’Europe.Une Allemagne cosmopolite aurait besoin d’un nouveau concept de souveraineté. L’Europe, en effet, ne décourage pas les nations, elle les renforce. Les Etats membres peuvent faire entendre leur voix dans l’espace européen et au-delà. Ils peuvent directement influer sur les résultats de la politique européenne. La résolution de leurs problèmes nationaux – criminalité, immigration, environnement, agriculture, coopération scientifique et technologique – est possible grâce à la puissance cumulée de l’UE.
Une Allemagne cosmopolite aurait également besoin d’un nouveau concept identitaire et d’intégration permettant aux citoyens de vivre ensemble, au-delà des frontières, sans sacrifier les différences et les particularités de chacun sur l’autel de l’homogénéité nationale. La diversité de l’Europe en termes de langues, de modes de vie, d’art, de formes de démocratie, doit être synonyme d’ouverture au monde de la conscience nationale allemande, et non perçue comme une menace.
Il s’agit enfin de décider du sort de l’Union européenne, ou plus précisément du sort de la Grèce et de ses répercussions pour l’Allemagne. Pour reprendre la formule de Willy Brandt, les peuples "allemands et européens sont désormais, et espérons à jamais, inséparables".
Il est temps de transférer la Causa Europa des têtes nationales aux pieds du cosmopolitisme. L’éternelle crise européenne est une occasion à saisir pour les responsables politiques allemands ! Une nouvelle politique européenne, inventer un nouvel alphabet européen dans l’ABC des réglementations financières, environnementales et sociales, voilà qui pourrait être au cœur du projet d’une coalition gouvernementale rouge-verte. L’UE ne serait plus un "doux monstre" mais une Europe sociale des travailleurs et des citoyens, une Europe transparente et fondamentale aux yeux des citoyens, capable d’apporter sa propre légitimation démocratique et ses réponses politiques aux problèmes mondiaux. Une Europe qui rend leur voix aux citoyens. Mais où se trouve le Willy Brandt de l’Europe ?
vendredi 1 juillet 2011
A chaque pays ses richesses naturelles : le charbon en Pologne, le blé en France, le diamant en Afrique du Sud - et la princesse à Monaco. La richesse naturelle se cultive, s’entretient et, surtout, se renouvelle. Prenez le charbon, dont il a fallu revoir l’image salie par la pollution. Voyez aussi la princesse de Monaco : Grace, Caroline, Stéphanie, et aujourd’hui Charlene. Toutes somptueuses, toutes différentes. Glamour façon Hollywood avec Grace, le scandale coulé sous le tapis. Classe façon chic parisien avec Caroline, le drame en prime. Sexe façon disco avec Stéphanie, la rengaine en punition. Et maintenant beauté façon mondialisation people avec Charlene, l’enfant caché en buzz… N’en doutons pas, la saga « Albert et Charlene sur le rocher » ne fait que débuter. Nous en redemanderons, sans cesse, et ils fourniront, toujours très pros. L’exploitation de princesse, à Monaco, c’est un vrai métier.
Dans la caverne de Platon
Dans le cas grec, la multiplication des raisonnements absurdes dépasse l’entendement.
Pour la première fois, on a réussi par exemple à faire passer pour solvable un pays techniquement en faillite. L’UE insiste pour sauver un pays ruiné, avec un déficit budgétaire qui représente 10% du PIB et une dette de 350 milliards qui dépasse les 150% de toute la richesse produite en un an. Et elle veut nous faire croire que sans privatiser les actifs de l’Etat (en supposant que quelqu’un voudrait les acheter) on pourra éponger la dette.Cette aberration s’explique par une autre aberration encore plus énorme, qui consiste, selon Merkel et Sarkozy, à nous faire croire que nous prenons nous-même les décisions alors qu’en réalité on nous les impose. Et c’est ce qu’ont pu vérifier les banques allemandes et françaises qui ont été invitées à remettre une partie de la dette grecque. Au final, il n’y pas d’annulation de la dette au sens strict, mais bien un rééchelonnement généreux de la dette.
Autre paradoxe, ce réajustement qui n’en est pas un. La Grèce a reçu il y a un an 110 milliards qui n’ont servi à rien. Le gouvernement de George Papandréou, que tout le monde est si prompt à blanchir, devait appliquer un plan strict d’austérité. Mais malgré tout ce qu’on a entendu sur les tourments infligés aux Grecs, ce n’était apparemment qu’un écho déformé de la réalité. L’eurodéputé du PP Antonio López Istúriz a révélé il y a quelques jours de qu’au lieu de privatiser 55 entreprises publiques pour réduire la dette publique, Athènes en avait nationalisé 41 autres. Quatrième paradoxe : ce sauvetage va finir par couler le pays.
Le leader de l’opposition Antonis Samaras n’avait pas tort quand il disait que l’augmentation des impôts allait faire s’effondrer l’économie et augmenter encore plus la fraude fiscale. Si Papandréou avait été un peu plus audacieux, il aura réduit le nombre des fonctionnaires non de 15% mais de 25% et il ne se serait pas limité à privatiser 50 milliards d’actifs mais bien la totalité des 300 milliards d’actifs disponibles. Car pour corriger les comptes de cette fumisterie grecque, seules des mesures radicales s’imposent.
Dans l’allégorie de Platon, un esclave parvient à sortir de la caverne, il y découvre la réalité extérieure et retourne dans la caverne pour expliquer à ses compagnons que les ombres ne sont pas la vérité, qu’à l’extérieur existent des choses qui sont la cause et le fondement de ces ombres. Les esclaves commencent par se moquer de lui et comme il insiste, ils envisagent même de le tuer.
Samaras est le seul à être sorti de la caverne grecque et c’est pour cela qu’il a si mauvaise presse, Papandréou lui est encore à mi-chemin et la majorité des Grecs et des Européens sont derrière, aveuglés par le soleil.
OPINIONS
Oui à l'austérité pour tous
La Frankfurter Allgemeine Zeitung rend elle aussi hommage à "l'exemple grec", et en particulier au Premier ministre d’Athènes : "Aucun Premier ministre ne voudra payer le prix que le gouvernement Papandréou est obligé de payer", écrit ainsi le quotidien allemand : "le gouvernement grec à dû abandonner la souveraineté nationale dans une mesure qui dépasse de loin ce qui est habituel et nécessaire pour un Etat membre de l'Union européenne. Depuis des mois, les représentants du peuple grec, pourtant élus, ne peuvent plus prendre de façon indépendante des décisions cruciales."
Vidéo : Nicolas Sarkozy violemment agrippé par un spectateur
En déplacement à Brax, dans le Lot-et-Garonne jeudi, Nicolas Sarkozy a été violemment agrippé par une personne présente dans la foule. L'incident qui a eu lieu vers midi a été filmé par une caméra de télévision. Sur les images, on voit le chef de l'État serrer les mains de sympathisants amassés derrière une barrière lorsqu'un inconnu s'avance, empoigne Nicolas Sarkozy et l'attire vers les barrières, le déséquilibrant légèrement.
Immédiatement des gardes du corps encerclent le président pendant que quatre autres officiers de sécurité se jettent sur l'individu, le maîtrisant sans ménagement. A l'issue de cette interpellation, la personne, dont l'identité n'a pas été révélée, a été été placée en garde à vue dans les locaux de la Section de recherche de gendarmerie d'Agen, selon les gendarmes.
Agé de 43 ans et demeurant dans le Lot-et-Garonne, l'agresseur n'est pas connu des services de sécurité. Sur le plan judiciaire, ses faits peuvent être qualifiés en violences aggravées du fait de la qualité de dépositaire de l'autorité publique du chef de l'Etat. Un délit passible de trois ans de prison et de 45.000 euros d'amende.
Depuis son élection, c'est la première fois que le chef de l'Etat est physiquement pris à partie lors d'un déplacement public. Jusqu'alors, personne n'avait réussi à dépasser le dispositif de sécurité entourant le président Sarkozy pour s'en prendre physiquement à lui.En janvier 2009, lors d'une cérémonie de voeux dans la Manche, le cortège présidentiel avait été bousculé, mais pas le président lui-même. Le préfet et un haut responsable policier du département avaient ensuite été limogés.
jeudi 30 juin 2011
«Qu’est-ce que c’est doux !» Prononcée doctement en caressant le poussin jaune d’un élevage de volailles, hier à Sablé-sur-Sarthe, l’immortelle parole présidentielle fait figure d’antithèse modèle dans une campagne où la brutalité n’épargnera rien ni personne. Une merveilleuse surprise à l’image de cette visite du couple de l’exécutif – miracle de l’agenda élyséen – sur les terres du chef du gouvernement. De bien belles images bucoliques qu’on aimerait voir plus souvent, destinées à montrer comment ces deux-là, dont on dit qu’ils s’agacent souvent, forment, en définitive, un duo de choc. Une trouvaille de communication pour occuper un peu de terrain médiatique en ce jour qui devait laisser la part du lion à la très solennelle déclaration de candidature de la première secrétaire du PS.
Si on se place dans cette perspective, Martine Aubry n’aura pas eu de chance. Il faut dire qu’elle ne l’a pas forcée non plus avec ses… 13 (aïe !) minutes de discours sans originalité, ni inspiration, débitées laborieusement sans passion ni flamme. Des formules standard, des images éculées et un réquisitoire attendu contre le régime de Nicolas Sarkozy. Des mots, des phrases, des concepts qu’on aurait pu entendre il y a cinq, dix ou dix-sept ans tant ils étaient prévisibles, hélas. Le train-train de la fin du XX e siècle politique – dans une vieille gare du nord superbement réhabilitée tout de même – quand le suivant est déjà passé depuis onze ans. On soupire. La rhétorique électorale de celle que ses adversaires hautement spirituels persistent à nommer finement « la dame des 35 heures » est semblable à la mécanique d’une Pacific 231: bien huilée et souvent efficace mais pas franchement moderne. Ses amis, eux, l’auront complimentée, c’est humain. Mais au fond – lui dira-t-on ? – c’est une occasion ratée à laquelle nous avons assisté. Et la tentative d’ignorer l’obstacle des primaires pour parler directement aux Français avait la légèreté d’un char d’assaut AMX 30 (d’ancienne génération, donc).
Une autre femme lui aura même – un peu – volé la vedette. Un luxe à saluer dans une France politique qui demeure si sexiste. Christine Lagarde élue à la tête du FMI par 24 administrateurs masculins, c’est tout de même une bonne nouvelle en espérant qu’elle mettra «moins de testostérone» (l’expression est d’elle) que tous ses prédécesseurs dans les traitements de choc que son institution administrera aux pays en difficulté. Mais hier, c’était bombance à Paris avec une troisième femme en passe de forcer la main à l’actualité : Eva Joly, qui serait sur le point de l’emporter dans la primaire écologiste, face à Nicolas Hulot. Une probabilité qui, si elle se vérifiait, rendrait bien service à Jean-Louis Borloo. Addition, additions: l’addiction générale pour 2012?
Un vote sur des charbons ardents
Nous avons vécu et nous vivons, en tout cas jusqu'à demain soir, 48 heures d'incertitude. Pour la Grèce et pour la zone euro. Même si le scenario d'un rejet du plan d'austérité par les députés semble s'éloigner, il ne faut rien exclure.
C'est la première fois qu'une telle situation se produit depuis le retour de la démocratie dans le pays [en juillet 1974]. Parce que nous sommes arrivés à la limite. C'est ce qui ressort de la pression qui pèse sur les députés qui sont appelés à se prononcer sur le plan d'austérité.
Bien entendu, le gouvernement se trouve confronté à une crise imprévisible. Parce que même si le plan d'austérité est voté (et ce sera grâce aux voix des députés de l'opposition vu la réticence des députés de la majorité socialiste), l'équilibre du gouvernement sera remis en cause.
Et ça, les députés du PASOK [le Parti socialiste au pouvoir, qui dispose d'une majorité de 155 députés sur 300] le savent bien. Ils sont sous pression : avec d'un côté leurs électeurs qui refusent les mesures drastiques prévues par le plan d'austérité, de l'autre ils ont le devoir de soutenir le gouvernement.
On sait cela aussi au siège du gouvernement, d'où est partie l'entreprise de persuasion du nouveau ministre des Finances Evangelos Venizelos pour convaincre la majorité parlementaire par la promesse d'un dialogue social.
Mais le problème grec perturbe aussi les centres du pouvoir européen. Tous concentrent leur attention sur la place Syntagma [où se déroulent les principales manifestations contre le plan d'austérité]. Les déclarations de Van Rompuy ou Barroso, d'Olli Rehn ou Wolfgang Schäuble expliquant que notre pays "n'a pas d'autre alternative" et qu'il "n'y a pas de plan B" peuvent comporter un élément de chantage. Mais aussi accroître l'incertitude.
D'un côté, il y a les dénégations catégoriques de responsables institutionnels que "il n'y a pas de plan B" pour la Grèce. De l'autre, des initiatives naissent comme en France et en Allemagne, sans que l'on en connaisse les détails, ni que l'on puisse déterminer quelle sera la réaction des marchés, que tout le monde craint.
Dans ce climat d'incertitude, et de retenue, les députés sont invités à dire simplement oui ou non…
Commentaire
Bruxelles ne plaisante pas
Le Parlement grec adopte le nouveau plan d'austérité
Athènes, correspondant - Le Parlement grec a adopté, mercredi 29 juin, le nouveau plan d'austérité proposé par le gouvernement sur l'insistance du FMI et de l'Union européenne. Le texte a obtenu 155 voix pour, 138 contre et cinq abstentions.
Les députés ont voté à main levée, égrénant chacun un "oui" ou un "non", dans une ambiance silencieuse au début, qui est devenu plus chahutée quand l'un des principaux opposants au plan, Alexandros Athanasiadis, est revenu sur son choix et a pris la parole pour annoncer qu'il votait oui, sous les applaudissements de ses collègues. (Retrouvez le récit du vote en direct)
"Faisons tout pour éviter au pays ce que signifie un défaut de paiement" avait demandé le premier ministre Georges Papandréou avant le vote. Plusieurs responsables européens avaient prévenu que la Grèce ne toucherait pas la prochaine tranche de 12 milliards d'euros, début juillet, si le plan de rigueur était rejeté.
Les députés doivent voter demain sur les lois d'application de ce plan à moyen terme qui prévoit de dégager 28 milliards d'euros d'économie d'ici 2015. Nouvelle Démocratie pourrait voter en faveur des lois mettant en œuvre les privatisations qui suscitent des réserves au sein du Pasok.
mercredi 29 juin 2011
La femme est le présent de l’homme. C’est l’actualité qui nous le dit, de Washington à Paris. Christine Lagarde devient la première femme directrice générale du FMI. Martine Aubry, qui fut la première femme à diriger le Parti socialiste, est maintenant sa favorite pour la candidature présidentielle. En concurrence avec une autre femme, Ségolène Royal, et certes un homme, François Hollande. Jusqu’à Eva Joly, dont tant se moquèrent, qui pourrait bien supplanter Nicolas Hulot chez les Verts... Oui, la femme est bien le présent de l’homme - mais pas encore son égale. Dans la réalité quotidienne, c’est toujours papa lit et maman coud, a constaté hier une conférence d’experts. Et sous le sapin de Noël, c’est voiture de course pour les garçons et chariot de ménage pour les filles... Ne nous y trompons pas: l’émancipation de quelques-unes ne fait pas l’égalité de toutes.
Soyons réalistes avec Pékin
Le Premier ministre Wen Jiabao vient de se rendre en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Hongrie. Pourquoi la Hongrie ? En partie parce que c’est Budapest qui assure la présidence tournante de l’Union Européenne, mais aussi parce que Pékin y a considérablement investi et compte continuer — comme ailleurs en Europe du Sud et du Sud-Est. Une étude qui devrait bientôt être publiée par le Conseil européen des relations étrangères (ECFR) estime que 40 % des investissements effectués par la Chine dans l’UE sont à destination du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, de la Grèce et de l’Europe orientale.
L'Europe a besoin de l'argent chinois
Pourquoi un tel intérêt pour la périphérie ? Eh bien, on peut y réaliser des investissements prometteurs, et ces économies périphériques, plus modestes, offrent un moyen plus aisé d’accéder au marché unique et à ses 500 millions de consommateurs. Le marché de l’UE est beaucoup plus ouvert aux investisseurs de Pékin que son équivalent chinois ne l’est aux Européens. Et il est également rentable sur le plan politique d’investir vigoureusement dans ces pays. Ce n’est pas faire preuve de trop de cynisme que de supposer que la Chine se constitue une sorte de lobby au sein des structures décisionnelles de l’Union, où les Etats les plus petits ont, du moins en principe, autant de poids que les plus grands.Disposant des plus grandes réserves de devises étrangères de la planète — soit, actuellement, environ 3 000 milliards d’euros —, la Chine pourrait racheter la moitié des actifs publics grecs privatisables d’un claquement de doigt. Les Grecs devraient-ils se méfier de ces cadeaux chinois ? Ma foi, à cheval offert, on ne regarde pas les dents. Comme l’a déclaré, avec une exquise délicatesse, un spécialiste chinois de la géostratégie à l’un des auteurs du prochain rapport de l’ECFR : "Vous avez besoin de notre argent."
Toutefois, il ne faut pas non plus basculer dans la paranoïa. Quand on défend le libre échange et la loi des marchés, alors, il faut pratiquer ce que l’on prône. Il ne fait cependant aucun doute que la puissance économique chinoise a déjà atteint le cœur de l’Europe, et qu’elle s’y traduit par une influence politique.
Quelques-uns des voisins asiatiques de Pékin ont éprouvé à la dure l’ascension de la Chine. Si, en Europe, certains rêvent encore d’un monde postmoderne fait de souveraineté partagée, et où l’UE deviendrait le modèle d’une gouvernance planétaire, en Asie, la géopolitique ressemble de plus en plus à celle de l’Europe à la fin du XIXe siècle — plutôt qu’à celle de la fin du siècle suivant. Des puissances souveraines impatientes jouent des coudes pour la suprématie, se dotent de marines et d’armées, se disputent le contrôle de territoires (comme le Cachemire) et d’espaces maritimes. Les intérêts et les passions nationales passent avant l’interdépendance économique.
Si le rayonnement émergeant de la Chine a des facettes économiques et militaires, il compte aussi une dimension politique, culturelle, celle d’une "puissance douce". Yan Xuetong, un des principaux auteurs chinois dans le domaine des relations internationales, vient de publier un nouvel ouvrage fascinant intitulé Pensée chinoise antique, puissance chinoise moderne. Il y analyse les leçons de la pensée politique d’avant les Qin, autrement dit, antérieure à 221 avant notre ère, pour les adapter au rôle de la Chine dans le monde moderne. Yan affirme que l’on peut dégager deux images opposées de la puissance de l’Etat chez ces penseurs chinois antiques : l’hégémonie ou ce qu’ils définissaient comme "l’autorité humaniste". Avec cette dernière, la sagesse, la vertu et la bienveillance des dirigeants non seulement satisfont leur propre population, mais en attirent d’autres, diffusant du même coup leur vision des choses au-delà de leurs frontières.
Wen Jiabao, un homme réfléchi, "authentiquement séduisant"
S’il ne semble pas totalement hostile à l’hégémonie pure et simple, Yan suggère que la Chine devrait aspirer à cette version plus ambitieuse du pouvoir politique en s’efforçant, entre autres, de "rénover constamment le système politique". Si sa formulation paraît un rien elliptique sur ce point, il avance par ailleurs que “la Chine doit faire du principe moral de la démocratie un de ceux qu’elle défend”.Disons-le, en 2011, la Chine est bien loin de cette "autorité humaniste". Elle peut prétendre, en remontant au grand réformateur Deng Xiaoping, avoir arraché à la misère des centaines de millions de ses habitants. Aux yeux des pays en développement de par le monde, son modèle de capitalisme d’Etat représente un défi idéologique pour le modèle désormais ravagé par la crise du capitalisme de marché.
En la personne de l’homme qui se rend en Europe, Wen Jiabao, elle dispose d’un numéro deux réfléchi, authentiquement séduisant, qui fait preuve d’une remarquable ouverture d’esprit pour débattre des questions critiques avec les étrangers, et qui est populaire même auprès de la jeunesse chinoise, extrêmement critique. Mais depuis deux ans, le parti communiste se montre nerveux.
A la veille de la passation de pouvoir de 2012, il est revenu à une forme d’autorité qui n’a rien d’humaniste — du traitement réservé aux minorités ethniques du pays à la détention de l’artiste Ai Weiwei. Face au spectre du Printemps arabe, il a manifesté une inquiétude a priori injustifiée, si l’on en croit la plupart des observateurs.
Il est impossible de dissocier les trois facettes, économique, militaire et politique, de la puissance chinoise. Toutes évoluent. Des relations critiques, comme David Cameron et Angela Merkel espèrent en établir avec l’admirable M. Wen, sont souhaitables. Mais soyons réalistes, l’influence extérieure sur le développement de cette superpuissance émergeante restera limitée. Par conséquent, autant mettre de l’ordre chez nous, garder l’œil ouvert, et ne pas perdre espoir.
Crise de la dette
Les milliards de Pékin n’ont pas de prix
A quoi tient l'avenir de la Grèce?
L'austérité ou la faillite. Voilà l'alternative peu alléchante qui devrait convaincre le Parlement grec de voter oui d'ici jeudi au plan de rigueur. Le programme pluri-annuel prévoit 28,4 milliards d'euros de mesures d'économies et 50 milliards d'euros de privatisations. La majorité des Grecs n'en veulent pas et ont entamé mardi une grève générale de 48 heures pour le faire savoir. Sauf que si le projet de loi budgétaire ne passe pas, le pays n'obtient pas la dernière tranche de l'aide de l'UE et du FMI et ne peut donc pas faire face à ses prochains remboursements de dette. En somme, il fait défaut. Voici les différents scénarios qui pourraient se dérouler dans les prochains jours, décisifs pour l'avenir de la zone euro.
... Et les créanciers privés adoptent la proposition française de restructuration Une autre solution a été proposée lundi par le Trésor et les banques françaises. Elle se traduirait par un renouvellement sur 30 ans de la moitié des engagements des créanciers privés. De quoi laisser du temps au pays pour redresser ses finances publiques.
Concrètement, les établissements français réinvestissent, chaque fois qu'une obligation grecque est remboursée au cours des trois prochaines années, 70% de la somme qui leur est restituée. Sur ces 70%, 50% seulement vont directement dans des obligations à 30 ans de l'Etat grec. Les 20% restants sont investis dans des obligations à zéro coupon achetées auprès d'un ou plusieurs Etats, institutions supranationales ou agences européennes, notés AAA. Le taux des nouvelles obligations grecques est proche de ceux obtenus par le Fonds de stabilité européen (FESF), qui bénéficie d'une notation "AAA".
Toute la difficulté est d'éviter que la formule adoptée ne soit interprétée comme un défaut de paiement. Il faut pour cela qu'elle soit perçue comme vraiment volontaire de la part des banques. Ce qui est loin d'être garanti.
La France souhaite que ce plan serve de modèle pour les autres pays. Les représentants de plusieurs banques mondiales et des responsables gouvernementaux l'ont évoqué lundi lors d'une réunion à Rome, mais n'ont pas pris de décision. Les ministères des Finances allemand et néerlandais ont salué l'initiative, mais les banquiers allemands ont fait savoir qu'ils préféreraient des échéances plus courtes, de 10 ou 15 ans.
La proposition française comprend aussi une autre possibilité selon Reuters: les participants investiraient un minimum de 90% - un taux de 100% est souhaité - du montant qu'ils recevraient dans de nouvelles obligations de l'Etat grec d'une échéance de cinq ans et portant un intérêt de 5,5%.
Dans les deux cas, un accord avec les banques ne résoudrait qu'une partie du problème. Car les banques commerciales ne détiennent que 27% de la dette grecque, 43% étant détenue par d'autres types d'investisseurs, 14% par la BCE et 16% par l'UE et le FMI, selon le Financial Times.
Le Parlement rejette le planAlors l'UE et le FMI ne versent pas les 12 milliards d'euros prévus, Athènes ne rembourse pas les 2,4 milliards d'euros dus le 15 juillet prochain, et la Grèce est en défaut de paiement. Et là le pire est à craindre. Le parallèle avec la faillite de Lehman Brothers est d'ailleurs souvent évoqué pour mettre en garde contre les effets de contagion planétaire qu'aurait la faillite de l'Etat. Car non seulement les banques grecques s'effondrent, mais les banques européennes détentrices de dette grecques subissent aussi de lourdes pertes. Et les banques américaines qui avaient assuré, via des CDS, leurs consoeurs européennes contre le risque de défaut, se retrouvent également exposées. Surtout, les investisseurs craignent que les autres maillons faibles de la zone euro fassent défaut aussi et se mettent donc à vendre en masse leurs obligations publiques portugaises et irlandaises mais aussi espagnoles et italiennes. Cela fait exploser les taux d'intérêt exigés à ces pays, qui ont par conséquent plus de mal encore à se refinancer. Le FSFE est insuffisant pour renflouer tous les pays à la fois. Plus rien ne les empêche de faire défaut et de quitter la zone euro pour retrouver une monnaie plus compétitive.
Le Parlement rejette le plan, mais il y a un plan B Officiellement, il n'y en a pas. Mais d'après le Financial Times, Berlin aurait poussé pour un plan alternatif qui procurerait suffisamment de liquidités à la Grèce pour éviter le défaut de paiement en juillet au cas où le vote grec serait négatif. Parmi les options possibles pour répondre à une telle situation, il y a "la question de la réactivation du FESF", qui peut prêter de l'argent à un Etat en grande difficulté, indique un diplomate européen. Mais, selon lui, il serait difficilement imaginable que les partenaires de la Grèce acceptent de mettre au pot sans le FMI et sans contrepartie de la Grèce sous forme d'un nouveau plan d'austérité. Une autre solution serait d'utiliser ces fonds publics pour racheter à bas prix des obligations grecques aux banques. Ce qui revient à une restructuration volontaire de la dette.
Christine Lagarde à la tête du FMI
En tant que ministre française de l’Economie, puis pendant sa campagne, celle qui devient la première directrice générale du Fonds monétaire international a plaidé pour un «libéralisme tempéré».
«Le libéralisme est une affaire de règles bien appliquées», aime-t-elle aussi théoriser.
Selon un ancien collaborateur à Bercy, Christine Lagarde se situe à mi-chemin entre les défenseurs d’une dérégulation totale et ceux d’une économie ultra-réglementée.
«Sa vision a gagné du poids avec la crise. Elle garde un certain recul sur le modèle américain, qu’elle connaît bien et auquel elle adhère en grande partie», dit-il.
L’ex-avocate d’affaires n’a pas de formation académique en économie. Certains voient là sa principale faiblesse, au moment où elle devient le médecin et le gendarme d’une économie mondiale convalescente.
«Elle n’a pas vraiment une capacité autonome de réflexion sur ces questions», estime Charles Wiplosz, directeur du Centre international d’études monétaires et bancaires de Genève.
A ses yeux, ce n’est pas un défaut: «Christine Lagarde a une capacité remarquable à absorber ce que son staff lui dit et un talent unique pour le vendre à qui il faut. C’est très bien pour le FMI.»
«Fine diplomate»
«Fine diplomate» et «négociatrice incroyable» sont des qualificatifs qui mettent tout le monde d’accord, y compris ses détracteurs, lorsqu’il s’agit de décrire la Française.
«Une de ses grandes qualités consiste à trouver des consensus là où ça paraissait impossible», explique Agnès Bénassy-Quéré, directrice du Centre français d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).
Christine Lagarde va donc surtout s’appuyer sur les équipes «très qualifiées» du Fonds qui, relève Charles Wyplosz, «ont pour l’essentiel été mises en place par Dominique Strauss-Kahn».
Si le patron démissionnaire a infléchi la doctrine de l’institution de Washington, lors de la crise, en faveur d’une intervention publique accrue, Christine Lagarde devrait donc suivre ses pas.
«J’ai le sentiment qu’elle poursuivra les réformes entreprises, elle a l’autorité nécessaire», confirme Eswar Prasad, économiste à la Brookings Institution.
D’autant qu’avec la crise, «les différences dogmatiques se sont beaucoup atténuées», souligne Agnès Bénassy-Quéré, le gouvernement de droite dont Christine Lagarde était membre en France s’étant distingué par «une intervention très forte de l’Etat pour relancer l’économie».
Sa déclaration de candidature résume ses positions: elle n’annonce pas de révolution mais entend «renforcer» la «légitimité» du FMI, avec une meilleure représentation des puissances émergentes, son «efficacité», notamment en matière de «surveillance» des déséquilibres mondiaux, et enfin «sa capacité à répondre aux besoins des pays membres».
«Elle devra gagner la confiance des pays émergents en mettant en oeuvre les réformes de son prédécesseur et en allant plus loin», prévient Eswar Prasad. La marge de manoeuvre est étroite, car il lui faudra «convaincre les Européens» au moment où, avec la sortie de crise, «l’élan réformateur faiblit».
Sur la régulation, les flux de capitaux ou le système monétaire, le FMI et la présidence française du G20, incarnée jusqu’ici par Christine Lagarde, sont plus ou moins au diapason.
Mais c’est le dossier brûlant de la crise de la dette en Europe qui l’attend dès sa prise de fonctions. Alors que le Fonds est en première ligne en Grèce, celle qui revendique «un rôle clé» joué en tant que ministre écarte tout risque de «bienveillance» vis-à-vis de la zone euro.
Selon Charles Wyplosz, la Française devrait «prendre ses distances par rapport aux Européens», justement pour faire oublier ses origines à des pays émergents agacés de voire l’Europe monopoliser la direction du FMI. «Beaucoup trouvent que la zone euro n’a pas bien géré la crise de la dette», relève-t-il.




















