vendredi 1 juillet 2011
A chaque pays ses richesses naturelles : le charbon en Pologne, le blé en France, le diamant en Afrique du Sud - et la princesse à Monaco. La richesse naturelle se cultive, s’entretient et, surtout, se renouvelle. Prenez le charbon, dont il a fallu revoir l’image salie par la pollution. Voyez aussi la princesse de Monaco : Grace, Caroline, Stéphanie, et aujourd’hui Charlene. Toutes somptueuses, toutes différentes. Glamour façon Hollywood avec Grace, le scandale coulé sous le tapis. Classe façon chic parisien avec Caroline, le drame en prime. Sexe façon disco avec Stéphanie, la rengaine en punition. Et maintenant beauté façon mondialisation people avec Charlene, l’enfant caché en buzz… N’en doutons pas, la saga « Albert et Charlene sur le rocher » ne fait que débuter. Nous en redemanderons, sans cesse, et ils fourniront, toujours très pros. L’exploitation de princesse, à Monaco, c’est un vrai métier.
Dans la caverne de Platon
Dans le cas grec, la multiplication des raisonnements absurdes dépasse l’entendement.
Pour la première fois, on a réussi par exemple à faire passer pour solvable un pays techniquement en faillite. L’UE insiste pour sauver un pays ruiné, avec un déficit budgétaire qui représente 10% du PIB et une dette de 350 milliards qui dépasse les 150% de toute la richesse produite en un an. Et elle veut nous faire croire que sans privatiser les actifs de l’Etat (en supposant que quelqu’un voudrait les acheter) on pourra éponger la dette.Cette aberration s’explique par une autre aberration encore plus énorme, qui consiste, selon Merkel et Sarkozy, à nous faire croire que nous prenons nous-même les décisions alors qu’en réalité on nous les impose. Et c’est ce qu’ont pu vérifier les banques allemandes et françaises qui ont été invitées à remettre une partie de la dette grecque. Au final, il n’y pas d’annulation de la dette au sens strict, mais bien un rééchelonnement généreux de la dette.
Autre paradoxe, ce réajustement qui n’en est pas un. La Grèce a reçu il y a un an 110 milliards qui n’ont servi à rien. Le gouvernement de George Papandréou, que tout le monde est si prompt à blanchir, devait appliquer un plan strict d’austérité. Mais malgré tout ce qu’on a entendu sur les tourments infligés aux Grecs, ce n’était apparemment qu’un écho déformé de la réalité. L’eurodéputé du PP Antonio López Istúriz a révélé il y a quelques jours de qu’au lieu de privatiser 55 entreprises publiques pour réduire la dette publique, Athènes en avait nationalisé 41 autres. Quatrième paradoxe : ce sauvetage va finir par couler le pays.
Le leader de l’opposition Antonis Samaras n’avait pas tort quand il disait que l’augmentation des impôts allait faire s’effondrer l’économie et augmenter encore plus la fraude fiscale. Si Papandréou avait été un peu plus audacieux, il aura réduit le nombre des fonctionnaires non de 15% mais de 25% et il ne se serait pas limité à privatiser 50 milliards d’actifs mais bien la totalité des 300 milliards d’actifs disponibles. Car pour corriger les comptes de cette fumisterie grecque, seules des mesures radicales s’imposent.
Dans l’allégorie de Platon, un esclave parvient à sortir de la caverne, il y découvre la réalité extérieure et retourne dans la caverne pour expliquer à ses compagnons que les ombres ne sont pas la vérité, qu’à l’extérieur existent des choses qui sont la cause et le fondement de ces ombres. Les esclaves commencent par se moquer de lui et comme il insiste, ils envisagent même de le tuer.
Samaras est le seul à être sorti de la caverne grecque et c’est pour cela qu’il a si mauvaise presse, Papandréou lui est encore à mi-chemin et la majorité des Grecs et des Européens sont derrière, aveuglés par le soleil.
OPINIONS
Oui à l'austérité pour tous
La Frankfurter Allgemeine Zeitung rend elle aussi hommage à "l'exemple grec", et en particulier au Premier ministre d’Athènes : "Aucun Premier ministre ne voudra payer le prix que le gouvernement Papandréou est obligé de payer", écrit ainsi le quotidien allemand : "le gouvernement grec à dû abandonner la souveraineté nationale dans une mesure qui dépasse de loin ce qui est habituel et nécessaire pour un Etat membre de l'Union européenne. Depuis des mois, les représentants du peuple grec, pourtant élus, ne peuvent plus prendre de façon indépendante des décisions cruciales."
Vidéo : Nicolas Sarkozy violemment agrippé par un spectateur
En déplacement à Brax, dans le Lot-et-Garonne jeudi, Nicolas Sarkozy a été violemment agrippé par une personne présente dans la foule. L'incident qui a eu lieu vers midi a été filmé par une caméra de télévision. Sur les images, on voit le chef de l'État serrer les mains de sympathisants amassés derrière une barrière lorsqu'un inconnu s'avance, empoigne Nicolas Sarkozy et l'attire vers les barrières, le déséquilibrant légèrement.
Immédiatement des gardes du corps encerclent le président pendant que quatre autres officiers de sécurité se jettent sur l'individu, le maîtrisant sans ménagement. A l'issue de cette interpellation, la personne, dont l'identité n'a pas été révélée, a été été placée en garde à vue dans les locaux de la Section de recherche de gendarmerie d'Agen, selon les gendarmes.
Agé de 43 ans et demeurant dans le Lot-et-Garonne, l'agresseur n'est pas connu des services de sécurité. Sur le plan judiciaire, ses faits peuvent être qualifiés en violences aggravées du fait de la qualité de dépositaire de l'autorité publique du chef de l'Etat. Un délit passible de trois ans de prison et de 45.000 euros d'amende.
Depuis son élection, c'est la première fois que le chef de l'Etat est physiquement pris à partie lors d'un déplacement public. Jusqu'alors, personne n'avait réussi à dépasser le dispositif de sécurité entourant le président Sarkozy pour s'en prendre physiquement à lui.En janvier 2009, lors d'une cérémonie de voeux dans la Manche, le cortège présidentiel avait été bousculé, mais pas le président lui-même. Le préfet et un haut responsable policier du département avaient ensuite été limogés.
jeudi 30 juin 2011
«Qu’est-ce que c’est doux !» Prononcée doctement en caressant le poussin jaune d’un élevage de volailles, hier à Sablé-sur-Sarthe, l’immortelle parole présidentielle fait figure d’antithèse modèle dans une campagne où la brutalité n’épargnera rien ni personne. Une merveilleuse surprise à l’image de cette visite du couple de l’exécutif – miracle de l’agenda élyséen – sur les terres du chef du gouvernement. De bien belles images bucoliques qu’on aimerait voir plus souvent, destinées à montrer comment ces deux-là, dont on dit qu’ils s’agacent souvent, forment, en définitive, un duo de choc. Une trouvaille de communication pour occuper un peu de terrain médiatique en ce jour qui devait laisser la part du lion à la très solennelle déclaration de candidature de la première secrétaire du PS.
Si on se place dans cette perspective, Martine Aubry n’aura pas eu de chance. Il faut dire qu’elle ne l’a pas forcée non plus avec ses… 13 (aïe !) minutes de discours sans originalité, ni inspiration, débitées laborieusement sans passion ni flamme. Des formules standard, des images éculées et un réquisitoire attendu contre le régime de Nicolas Sarkozy. Des mots, des phrases, des concepts qu’on aurait pu entendre il y a cinq, dix ou dix-sept ans tant ils étaient prévisibles, hélas. Le train-train de la fin du XX e siècle politique – dans une vieille gare du nord superbement réhabilitée tout de même – quand le suivant est déjà passé depuis onze ans. On soupire. La rhétorique électorale de celle que ses adversaires hautement spirituels persistent à nommer finement « la dame des 35 heures » est semblable à la mécanique d’une Pacific 231: bien huilée et souvent efficace mais pas franchement moderne. Ses amis, eux, l’auront complimentée, c’est humain. Mais au fond – lui dira-t-on ? – c’est une occasion ratée à laquelle nous avons assisté. Et la tentative d’ignorer l’obstacle des primaires pour parler directement aux Français avait la légèreté d’un char d’assaut AMX 30 (d’ancienne génération, donc).
Une autre femme lui aura même – un peu – volé la vedette. Un luxe à saluer dans une France politique qui demeure si sexiste. Christine Lagarde élue à la tête du FMI par 24 administrateurs masculins, c’est tout de même une bonne nouvelle en espérant qu’elle mettra «moins de testostérone» (l’expression est d’elle) que tous ses prédécesseurs dans les traitements de choc que son institution administrera aux pays en difficulté. Mais hier, c’était bombance à Paris avec une troisième femme en passe de forcer la main à l’actualité : Eva Joly, qui serait sur le point de l’emporter dans la primaire écologiste, face à Nicolas Hulot. Une probabilité qui, si elle se vérifiait, rendrait bien service à Jean-Louis Borloo. Addition, additions: l’addiction générale pour 2012?
Un vote sur des charbons ardents
Nous avons vécu et nous vivons, en tout cas jusqu'à demain soir, 48 heures d'incertitude. Pour la Grèce et pour la zone euro. Même si le scenario d'un rejet du plan d'austérité par les députés semble s'éloigner, il ne faut rien exclure.
C'est la première fois qu'une telle situation se produit depuis le retour de la démocratie dans le pays [en juillet 1974]. Parce que nous sommes arrivés à la limite. C'est ce qui ressort de la pression qui pèse sur les députés qui sont appelés à se prononcer sur le plan d'austérité.
Bien entendu, le gouvernement se trouve confronté à une crise imprévisible. Parce que même si le plan d'austérité est voté (et ce sera grâce aux voix des députés de l'opposition vu la réticence des députés de la majorité socialiste), l'équilibre du gouvernement sera remis en cause.
Et ça, les députés du PASOK [le Parti socialiste au pouvoir, qui dispose d'une majorité de 155 députés sur 300] le savent bien. Ils sont sous pression : avec d'un côté leurs électeurs qui refusent les mesures drastiques prévues par le plan d'austérité, de l'autre ils ont le devoir de soutenir le gouvernement.
On sait cela aussi au siège du gouvernement, d'où est partie l'entreprise de persuasion du nouveau ministre des Finances Evangelos Venizelos pour convaincre la majorité parlementaire par la promesse d'un dialogue social.
Mais le problème grec perturbe aussi les centres du pouvoir européen. Tous concentrent leur attention sur la place Syntagma [où se déroulent les principales manifestations contre le plan d'austérité]. Les déclarations de Van Rompuy ou Barroso, d'Olli Rehn ou Wolfgang Schäuble expliquant que notre pays "n'a pas d'autre alternative" et qu'il "n'y a pas de plan B" peuvent comporter un élément de chantage. Mais aussi accroître l'incertitude.
D'un côté, il y a les dénégations catégoriques de responsables institutionnels que "il n'y a pas de plan B" pour la Grèce. De l'autre, des initiatives naissent comme en France et en Allemagne, sans que l'on en connaisse les détails, ni que l'on puisse déterminer quelle sera la réaction des marchés, que tout le monde craint.
Dans ce climat d'incertitude, et de retenue, les députés sont invités à dire simplement oui ou non…
Commentaire
Bruxelles ne plaisante pas
Le Parlement grec adopte le nouveau plan d'austérité
Athènes, correspondant - Le Parlement grec a adopté, mercredi 29 juin, le nouveau plan d'austérité proposé par le gouvernement sur l'insistance du FMI et de l'Union européenne. Le texte a obtenu 155 voix pour, 138 contre et cinq abstentions.
Les députés ont voté à main levée, égrénant chacun un "oui" ou un "non", dans une ambiance silencieuse au début, qui est devenu plus chahutée quand l'un des principaux opposants au plan, Alexandros Athanasiadis, est revenu sur son choix et a pris la parole pour annoncer qu'il votait oui, sous les applaudissements de ses collègues. (Retrouvez le récit du vote en direct)
"Faisons tout pour éviter au pays ce que signifie un défaut de paiement" avait demandé le premier ministre Georges Papandréou avant le vote. Plusieurs responsables européens avaient prévenu que la Grèce ne toucherait pas la prochaine tranche de 12 milliards d'euros, début juillet, si le plan de rigueur était rejeté.
Les députés doivent voter demain sur les lois d'application de ce plan à moyen terme qui prévoit de dégager 28 milliards d'euros d'économie d'ici 2015. Nouvelle Démocratie pourrait voter en faveur des lois mettant en œuvre les privatisations qui suscitent des réserves au sein du Pasok.
mercredi 29 juin 2011
La femme est le présent de l’homme. C’est l’actualité qui nous le dit, de Washington à Paris. Christine Lagarde devient la première femme directrice générale du FMI. Martine Aubry, qui fut la première femme à diriger le Parti socialiste, est maintenant sa favorite pour la candidature présidentielle. En concurrence avec une autre femme, Ségolène Royal, et certes un homme, François Hollande. Jusqu’à Eva Joly, dont tant se moquèrent, qui pourrait bien supplanter Nicolas Hulot chez les Verts... Oui, la femme est bien le présent de l’homme - mais pas encore son égale. Dans la réalité quotidienne, c’est toujours papa lit et maman coud, a constaté hier une conférence d’experts. Et sous le sapin de Noël, c’est voiture de course pour les garçons et chariot de ménage pour les filles... Ne nous y trompons pas: l’émancipation de quelques-unes ne fait pas l’égalité de toutes.
Soyons réalistes avec Pékin
Le Premier ministre Wen Jiabao vient de se rendre en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Hongrie. Pourquoi la Hongrie ? En partie parce que c’est Budapest qui assure la présidence tournante de l’Union Européenne, mais aussi parce que Pékin y a considérablement investi et compte continuer — comme ailleurs en Europe du Sud et du Sud-Est. Une étude qui devrait bientôt être publiée par le Conseil européen des relations étrangères (ECFR) estime que 40 % des investissements effectués par la Chine dans l’UE sont à destination du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, de la Grèce et de l’Europe orientale.
L'Europe a besoin de l'argent chinois
Pourquoi un tel intérêt pour la périphérie ? Eh bien, on peut y réaliser des investissements prometteurs, et ces économies périphériques, plus modestes, offrent un moyen plus aisé d’accéder au marché unique et à ses 500 millions de consommateurs. Le marché de l’UE est beaucoup plus ouvert aux investisseurs de Pékin que son équivalent chinois ne l’est aux Européens. Et il est également rentable sur le plan politique d’investir vigoureusement dans ces pays. Ce n’est pas faire preuve de trop de cynisme que de supposer que la Chine se constitue une sorte de lobby au sein des structures décisionnelles de l’Union, où les Etats les plus petits ont, du moins en principe, autant de poids que les plus grands.Disposant des plus grandes réserves de devises étrangères de la planète — soit, actuellement, environ 3 000 milliards d’euros —, la Chine pourrait racheter la moitié des actifs publics grecs privatisables d’un claquement de doigt. Les Grecs devraient-ils se méfier de ces cadeaux chinois ? Ma foi, à cheval offert, on ne regarde pas les dents. Comme l’a déclaré, avec une exquise délicatesse, un spécialiste chinois de la géostratégie à l’un des auteurs du prochain rapport de l’ECFR : "Vous avez besoin de notre argent."
Toutefois, il ne faut pas non plus basculer dans la paranoïa. Quand on défend le libre échange et la loi des marchés, alors, il faut pratiquer ce que l’on prône. Il ne fait cependant aucun doute que la puissance économique chinoise a déjà atteint le cœur de l’Europe, et qu’elle s’y traduit par une influence politique.
Quelques-uns des voisins asiatiques de Pékin ont éprouvé à la dure l’ascension de la Chine. Si, en Europe, certains rêvent encore d’un monde postmoderne fait de souveraineté partagée, et où l’UE deviendrait le modèle d’une gouvernance planétaire, en Asie, la géopolitique ressemble de plus en plus à celle de l’Europe à la fin du XIXe siècle — plutôt qu’à celle de la fin du siècle suivant. Des puissances souveraines impatientes jouent des coudes pour la suprématie, se dotent de marines et d’armées, se disputent le contrôle de territoires (comme le Cachemire) et d’espaces maritimes. Les intérêts et les passions nationales passent avant l’interdépendance économique.
Si le rayonnement émergeant de la Chine a des facettes économiques et militaires, il compte aussi une dimension politique, culturelle, celle d’une "puissance douce". Yan Xuetong, un des principaux auteurs chinois dans le domaine des relations internationales, vient de publier un nouvel ouvrage fascinant intitulé Pensée chinoise antique, puissance chinoise moderne. Il y analyse les leçons de la pensée politique d’avant les Qin, autrement dit, antérieure à 221 avant notre ère, pour les adapter au rôle de la Chine dans le monde moderne. Yan affirme que l’on peut dégager deux images opposées de la puissance de l’Etat chez ces penseurs chinois antiques : l’hégémonie ou ce qu’ils définissaient comme "l’autorité humaniste". Avec cette dernière, la sagesse, la vertu et la bienveillance des dirigeants non seulement satisfont leur propre population, mais en attirent d’autres, diffusant du même coup leur vision des choses au-delà de leurs frontières.
Wen Jiabao, un homme réfléchi, "authentiquement séduisant"
S’il ne semble pas totalement hostile à l’hégémonie pure et simple, Yan suggère que la Chine devrait aspirer à cette version plus ambitieuse du pouvoir politique en s’efforçant, entre autres, de "rénover constamment le système politique". Si sa formulation paraît un rien elliptique sur ce point, il avance par ailleurs que “la Chine doit faire du principe moral de la démocratie un de ceux qu’elle défend”.Disons-le, en 2011, la Chine est bien loin de cette "autorité humaniste". Elle peut prétendre, en remontant au grand réformateur Deng Xiaoping, avoir arraché à la misère des centaines de millions de ses habitants. Aux yeux des pays en développement de par le monde, son modèle de capitalisme d’Etat représente un défi idéologique pour le modèle désormais ravagé par la crise du capitalisme de marché.
En la personne de l’homme qui se rend en Europe, Wen Jiabao, elle dispose d’un numéro deux réfléchi, authentiquement séduisant, qui fait preuve d’une remarquable ouverture d’esprit pour débattre des questions critiques avec les étrangers, et qui est populaire même auprès de la jeunesse chinoise, extrêmement critique. Mais depuis deux ans, le parti communiste se montre nerveux.
A la veille de la passation de pouvoir de 2012, il est revenu à une forme d’autorité qui n’a rien d’humaniste — du traitement réservé aux minorités ethniques du pays à la détention de l’artiste Ai Weiwei. Face au spectre du Printemps arabe, il a manifesté une inquiétude a priori injustifiée, si l’on en croit la plupart des observateurs.
Il est impossible de dissocier les trois facettes, économique, militaire et politique, de la puissance chinoise. Toutes évoluent. Des relations critiques, comme David Cameron et Angela Merkel espèrent en établir avec l’admirable M. Wen, sont souhaitables. Mais soyons réalistes, l’influence extérieure sur le développement de cette superpuissance émergeante restera limitée. Par conséquent, autant mettre de l’ordre chez nous, garder l’œil ouvert, et ne pas perdre espoir.
Crise de la dette
Les milliards de Pékin n’ont pas de prix
A quoi tient l'avenir de la Grèce?
L'austérité ou la faillite. Voilà l'alternative peu alléchante qui devrait convaincre le Parlement grec de voter oui d'ici jeudi au plan de rigueur. Le programme pluri-annuel prévoit 28,4 milliards d'euros de mesures d'économies et 50 milliards d'euros de privatisations. La majorité des Grecs n'en veulent pas et ont entamé mardi une grève générale de 48 heures pour le faire savoir. Sauf que si le projet de loi budgétaire ne passe pas, le pays n'obtient pas la dernière tranche de l'aide de l'UE et du FMI et ne peut donc pas faire face à ses prochains remboursements de dette. En somme, il fait défaut. Voici les différents scénarios qui pourraient se dérouler dans les prochains jours, décisifs pour l'avenir de la zone euro.
... Et les créanciers privés adoptent la proposition française de restructuration Une autre solution a été proposée lundi par le Trésor et les banques françaises. Elle se traduirait par un renouvellement sur 30 ans de la moitié des engagements des créanciers privés. De quoi laisser du temps au pays pour redresser ses finances publiques.
Concrètement, les établissements français réinvestissent, chaque fois qu'une obligation grecque est remboursée au cours des trois prochaines années, 70% de la somme qui leur est restituée. Sur ces 70%, 50% seulement vont directement dans des obligations à 30 ans de l'Etat grec. Les 20% restants sont investis dans des obligations à zéro coupon achetées auprès d'un ou plusieurs Etats, institutions supranationales ou agences européennes, notés AAA. Le taux des nouvelles obligations grecques est proche de ceux obtenus par le Fonds de stabilité européen (FESF), qui bénéficie d'une notation "AAA".
Toute la difficulté est d'éviter que la formule adoptée ne soit interprétée comme un défaut de paiement. Il faut pour cela qu'elle soit perçue comme vraiment volontaire de la part des banques. Ce qui est loin d'être garanti.
La France souhaite que ce plan serve de modèle pour les autres pays. Les représentants de plusieurs banques mondiales et des responsables gouvernementaux l'ont évoqué lundi lors d'une réunion à Rome, mais n'ont pas pris de décision. Les ministères des Finances allemand et néerlandais ont salué l'initiative, mais les banquiers allemands ont fait savoir qu'ils préféreraient des échéances plus courtes, de 10 ou 15 ans.
La proposition française comprend aussi une autre possibilité selon Reuters: les participants investiraient un minimum de 90% - un taux de 100% est souhaité - du montant qu'ils recevraient dans de nouvelles obligations de l'Etat grec d'une échéance de cinq ans et portant un intérêt de 5,5%.
Dans les deux cas, un accord avec les banques ne résoudrait qu'une partie du problème. Car les banques commerciales ne détiennent que 27% de la dette grecque, 43% étant détenue par d'autres types d'investisseurs, 14% par la BCE et 16% par l'UE et le FMI, selon le Financial Times.
Le Parlement rejette le planAlors l'UE et le FMI ne versent pas les 12 milliards d'euros prévus, Athènes ne rembourse pas les 2,4 milliards d'euros dus le 15 juillet prochain, et la Grèce est en défaut de paiement. Et là le pire est à craindre. Le parallèle avec la faillite de Lehman Brothers est d'ailleurs souvent évoqué pour mettre en garde contre les effets de contagion planétaire qu'aurait la faillite de l'Etat. Car non seulement les banques grecques s'effondrent, mais les banques européennes détentrices de dette grecques subissent aussi de lourdes pertes. Et les banques américaines qui avaient assuré, via des CDS, leurs consoeurs européennes contre le risque de défaut, se retrouvent également exposées. Surtout, les investisseurs craignent que les autres maillons faibles de la zone euro fassent défaut aussi et se mettent donc à vendre en masse leurs obligations publiques portugaises et irlandaises mais aussi espagnoles et italiennes. Cela fait exploser les taux d'intérêt exigés à ces pays, qui ont par conséquent plus de mal encore à se refinancer. Le FSFE est insuffisant pour renflouer tous les pays à la fois. Plus rien ne les empêche de faire défaut et de quitter la zone euro pour retrouver une monnaie plus compétitive.
Le Parlement rejette le plan, mais il y a un plan B Officiellement, il n'y en a pas. Mais d'après le Financial Times, Berlin aurait poussé pour un plan alternatif qui procurerait suffisamment de liquidités à la Grèce pour éviter le défaut de paiement en juillet au cas où le vote grec serait négatif. Parmi les options possibles pour répondre à une telle situation, il y a "la question de la réactivation du FESF", qui peut prêter de l'argent à un Etat en grande difficulté, indique un diplomate européen. Mais, selon lui, il serait difficilement imaginable que les partenaires de la Grèce acceptent de mettre au pot sans le FMI et sans contrepartie de la Grèce sous forme d'un nouveau plan d'austérité. Une autre solution serait d'utiliser ces fonds publics pour racheter à bas prix des obligations grecques aux banques. Ce qui revient à une restructuration volontaire de la dette.
Christine Lagarde à la tête du FMI
En tant que ministre française de l’Economie, puis pendant sa campagne, celle qui devient la première directrice générale du Fonds monétaire international a plaidé pour un «libéralisme tempéré».
«Le libéralisme est une affaire de règles bien appliquées», aime-t-elle aussi théoriser.
Selon un ancien collaborateur à Bercy, Christine Lagarde se situe à mi-chemin entre les défenseurs d’une dérégulation totale et ceux d’une économie ultra-réglementée.
«Sa vision a gagné du poids avec la crise. Elle garde un certain recul sur le modèle américain, qu’elle connaît bien et auquel elle adhère en grande partie», dit-il.
L’ex-avocate d’affaires n’a pas de formation académique en économie. Certains voient là sa principale faiblesse, au moment où elle devient le médecin et le gendarme d’une économie mondiale convalescente.
«Elle n’a pas vraiment une capacité autonome de réflexion sur ces questions», estime Charles Wiplosz, directeur du Centre international d’études monétaires et bancaires de Genève.
A ses yeux, ce n’est pas un défaut: «Christine Lagarde a une capacité remarquable à absorber ce que son staff lui dit et un talent unique pour le vendre à qui il faut. C’est très bien pour le FMI.»
«Fine diplomate»
«Fine diplomate» et «négociatrice incroyable» sont des qualificatifs qui mettent tout le monde d’accord, y compris ses détracteurs, lorsqu’il s’agit de décrire la Française.
«Une de ses grandes qualités consiste à trouver des consensus là où ça paraissait impossible», explique Agnès Bénassy-Quéré, directrice du Centre français d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).
Christine Lagarde va donc surtout s’appuyer sur les équipes «très qualifiées» du Fonds qui, relève Charles Wyplosz, «ont pour l’essentiel été mises en place par Dominique Strauss-Kahn».
Si le patron démissionnaire a infléchi la doctrine de l’institution de Washington, lors de la crise, en faveur d’une intervention publique accrue, Christine Lagarde devrait donc suivre ses pas.
«J’ai le sentiment qu’elle poursuivra les réformes entreprises, elle a l’autorité nécessaire», confirme Eswar Prasad, économiste à la Brookings Institution.
D’autant qu’avec la crise, «les différences dogmatiques se sont beaucoup atténuées», souligne Agnès Bénassy-Quéré, le gouvernement de droite dont Christine Lagarde était membre en France s’étant distingué par «une intervention très forte de l’Etat pour relancer l’économie».
Sa déclaration de candidature résume ses positions: elle n’annonce pas de révolution mais entend «renforcer» la «légitimité» du FMI, avec une meilleure représentation des puissances émergentes, son «efficacité», notamment en matière de «surveillance» des déséquilibres mondiaux, et enfin «sa capacité à répondre aux besoins des pays membres».
«Elle devra gagner la confiance des pays émergents en mettant en oeuvre les réformes de son prédécesseur et en allant plus loin», prévient Eswar Prasad. La marge de manoeuvre est étroite, car il lui faudra «convaincre les Européens» au moment où, avec la sortie de crise, «l’élan réformateur faiblit».
Sur la régulation, les flux de capitaux ou le système monétaire, le FMI et la présidence française du G20, incarnée jusqu’ici par Christine Lagarde, sont plus ou moins au diapason.
Mais c’est le dossier brûlant de la crise de la dette en Europe qui l’attend dès sa prise de fonctions. Alors que le Fonds est en première ligne en Grèce, celle qui revendique «un rôle clé» joué en tant que ministre écarte tout risque de «bienveillance» vis-à-vis de la zone euro.
Selon Charles Wyplosz, la Française devrait «prendre ses distances par rapport aux Européens», justement pour faire oublier ses origines à des pays émergents agacés de voire l’Europe monopoliser la direction du FMI. «Beaucoup trouvent que la zone euro n’a pas bien géré la crise de la dette», relève-t-il.
Christine Lagarde félicitée pour sa nomination
Dès les premières minutes qui ont suivi sa nomination à la tête de la FMI, de nombreuses personnalités ont félicité Christine Lagarde.
Egalement en lice pour succéder à Dominique Strauss-Kahn, Agustin Carstens, gouverneur de la banque centrale du Mexique, a adressé ses vœux de réussite à Mme Lagarde. "Je salue le choix de Christine Lagarde comme directrice générale du FMI ; je lui souhaite le meilleur et elle a tout mon soutien", a-t-il dit dans un communiqué.
Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, estime qu'il s'agit "d'une fierté pour la France" et "une chance pour l'Europe". Dans un communiqué, M. Copé rend hommage à la "femme exceptionnelle qui a toutes les qualités et les compétences requises pour faire une remarquable directrice générale du FMI".
Côté socialiste, François Hollande s'est félicité de la nomination de Christine Lagarde, l'invitant à s'inspirer de son prédécesseur. "Christine Lagarde est une Française, elle a des qualités", a déclaré le candidat à la primaire socialiste. "Je devrais donc me féliciter, mais elle n'est pas de la même orientation que son prédécesseur et il faut qu'elle comprenne qu'elle n'est plus ministre de Nicolas Sarkozy." "Nous aurons à travailler avec elle après 2012. Je lui dis 'travaillez avec le souci de la continuité'", a-t-il ajouté.
Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a jugé que la nomination de la Française était "un excellent choix". L'Allemagne avait apporté son soutien à la candidature de Mme Lagarde à la tête de l'institution internationale, affirmant notamment qu'elle était "une personne dotée d'une grande compétence".
Le président de la Commission européene, José Manuel Barroso, a salué un "excellent choix" pour le FMI. "Par cette nomination qui fait de vous la première femme à la tête de cette institution, le Fonds monétaire international a fait un excellent choix, celui de l'expertise, de l'expérience et du talent", a affirmé M. Barroso dans un communiqué. M. Barroso a également salué le "rôle décisif" joué selon lui par la ministre française de l'économie sur "les dossiers économiques et monétaires européens" au cours de ces cinq dernières années, "qui ont vu l'éclatement de la plus grave crise financière et économique qu'ait connu le monde depuis un siècle". Le ministre des finances britannique, George Osborne a estimé qu'il s'agissait d'une "bonne nouvelle pour l'économie globale et pour la Grande-Bretagne". "C'est la personne la plus qualifiée pour le poste, et c'est la raison pour laquelle la Grande-bretagne a été l'un des premiers pays à proposer son nom", a-t-il poursuivi.
Le président de la Banque mondiale, l'Américain Robert Zoellick, a rendu hommage à Mme Lagarde avec qui il a eu "grand plaisir de travailler en tant que ministre française de l'économie, des finances et de l'industrie, et en tant que présidente du G20 finances". "Le groupe Banque mondiale et le FMI ont travaillé en collaboration de plus en plus étroite ces dernières années pour soutenir les pays qui se remettent de la crise économique mondiale et prévenir des crises à l'avenir", a-t-il souligné.
Christine Lagarde nommée directrice du FMI
Sans surprise, le conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI) a désigné la Française Christine Lagarde directrice générale du FMI, mardi 28 juin, pour un mandat de cinq ans. Elle devient ainsi la première femme à occuper ce poste.
- Christine Lagarde préférée à Agustin Carstens
Christine Lagarde, 55 ans, a été préférée "par consensus", selon le communiqué du FMI, au gouverneur de la Banque du Mexique, Agustin Carstens, 53 ans. Celui-ci lui a adressé ses vœux de réuLa Française, qui prendra ses fonctions le 5 juillet, a fait part sur Twitter de son "honneur" et de sa "joie" d'être désignée directrice du FMI.
>> Lire l'analyse de Sylvie Kauffmann, directrice éditoriale du Monde, sur les forces et faiblesses de la candidature de Christine Lagarde et les réactions à sa désignation.
- Les dossiers qui l'attendent au FMI
Une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro "est un scénario du pire", qu'il faut "impérativement et par tous les moyens éviter", a ajouté Mme Lagarde. "Il faut que tous les prêteurs se penchent au chevet de la Grèce, mais il faut que la Grèce se prenne en charge de manière responsable", a relevé la nouvelle responsable du FMI. Cela implique toutefois de rester "attentif" aux "plus démunis".
Sur la régulation, les flux de capitaux ou le système monétaire, le FMI et la présidence française du G20, incarnée jusqu'ici par Christine Lagarde, sont plus ou moins au diapason. La Française devra également se pencher sur la question de la gouvernance du FMI, les pays émergents y réclamant plus de poids. Sa déclaration de candidature résume ses positions : elle n'annonce pas de révolution mais entend "renforcer" la "légitimité" du FMI, avec une meilleure représentation des puissances émergentes, son "efficacité", notamment en matière de "surveillance" des déséquilibres mondiaux, et enfin "sa capacité à répondre aux besoins des pays membres".
- Un remaniement ministériel en vue
Les noms de trois poids lourds de la majorité circulent pour lui succéder. Ceux de l'actuel ministre du budget, François Baroin, et de sa collègue de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse, reviennent régulièrement dans les cabinets ministériels ; celui du ministre de l'agriculture Bruno Le Maire est aussi souvent cité, mais ce proche du président est déjà très sollicité pour organiser la future équipe de campagne en vue de la présidentielle de 2012 et devrait donc passer son tour.
Selon plusieurs sources à l'UMP, M. Baroin aurait la préférence à présent du tandem exécutif, après que Mme Pécresse a tenu longtemps la corde.
Le remaniement sera aussi l'occasion de pourvoir le portefeuille des anciens combattants, vacant depuis le remaniement de novembre dernier, et celui de la fonction publique, après la démission fin mai du secrétaire d'Etat George Tron, inculpé pour viol et agression sexuelle. Le remaniement pourrait intervenir dès mardi soir ou mercredi matin, juste avant le départ du premier ministre, François Fillon, qui quitte Paris dans la soirée de mercredi pour un déplacement au Cambodge et en Indonésie.
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- Les démélés judiciaires auxquels elle doit encore faire face
Parallèlement, Mme Lagarde pourrait être éclaboussée par l'enquête ouverte mi-juin par le parquet de Paris sur le rôle de hauts fonctionnaires qui ont conclu l'arbitrage favorable à Bernard Tapie. Cette enquête pour "abus de pouvoirs sociaux" ne la cible pas directement, mais vise implicitement Jean-François Rocchi, le président du Consortium de réalisation (CDR), la structure publique où étaient cantonnés les actifs douteux de l'ex-Crédit lyonnais.
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