TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 5 avril 2011

Le principe de loyauté

Loyauté ! C’était la devise d’un grand soldat, le maréchal Lyautey. C’est aussi le principe qui doit prévaloir à la tête de l’exécutif, comme l’a rappelé dimanche dernier Jean-Pierre Raffarin. Le sénateur Raffarin ne fut sans doute pas le plus éclatant des Premiers ministres, on s’est moqué parfois de ses « raffarinades », mais il connaît bien la politique et, comme il s’est entretenu avec le président Sarkozy dans l’avion de retour du Japon, on a compris que son message avait été encouragé au sommet. Ce principe de loyauté est la condition nécessaire pour permettre à Nicolas Sarkozy de retrouver des chances de réélection en 2012. Cela s’applique aux trois responsables du triangle dirigeant : le président, le Premier ministre et le chef du parti majoritaire. Le rappel à l’ordre vise au premier rang François Fillon, qui a cru bon à plusieurs reprises de se démarquer de la ligne officielle. « Il n’y a pas d’espace contre le Président dans le camp du Président », rappelle donc à juste titre M. Raffarin. Mais le rappel à l’ordre vise également un Jean-François Copé qui aurait dû éviter de s’en prendre à François Fillon sur un plateau de télévision. Peut-être même s’adresse-t-il à Jean-Louis Borloo, qui a des démangeaisons de candidature pour 2012. Nicolas Sarkozy par personne interposée serre les boulons, mais il devra aller au-delà, car la discipline n’est pas la condition suffisante de son éventuelle réélection. Il devra appliquer à lui-même la phrase d’Hernani, de Victor Hugo, en étant « une force qui va »… et qui sait où elle va !

La France piégée

Paris ne voulait pas se laisser entraîner dans la tourmente ivoirienne. Nicolas Sarkozy, qui a reconnu sans attendre la légitimité d’Alassane Ouattara, le président élu en novembre, avait refusé par la suite, avec constance, de jouer au gendarme, laissant à l’Onu et à l’Union africaine le soin de faire respecter le suffrage universel. Peine perdue. Comme lors des précédentes crises de la catastrophique ère Gbagbo, la diplomatie et l’armée française ont à nouveau dû monter en première ligne. Dimanche la Force Licorne a pris le contrôle de l’aéroport d’Abidjan. Elle ne cesse de recevoir des renforts et a ouvert le feu, hier soir, sur les troupes fidèles à Gbagbo.

Cinquante ans après les indépendances des anciennes colonies françaises, voici une nouvelle démonstration que la souveraineté africaine a des limites. Le néocolonialisme — la « françafrique » — n’est pas un vain mot, et Gbagbo a longtemps assis son pouvoir en exploitant les sentiments anti-français d’une partie de sa population. C’est pourtant lui qui est le grand responsable de cette crise qui ponctue dix ans de règne au cours desquels la Côte d’Ivoire n’a pas avancé d’un pas vers un avenir meilleur.

Pour se maintenir au pouvoir contre la volonté des électeurs, Gbagbo a misé sur la haine raciale, dressant les ethnies (il y en a une centaine en Côte d’Ivoire) les unes contre les autres. Diviser pour régner : la recette est vieille comme le monde. À Duékoué, elle s’est traduite par des massacres. Les deux camps ont du sang sur les mains, mais c’est incontestablement le mauvais perdant de la présidentielle qui a enclenché le mécanisme des tueries.

L’Onu et l’Union africaine se sont montrées impuissantes sur le plan politique, les troupes républicaines de Ouattara semblent incapables, après avoir conquis 90 % du pays, de faire tomber, seules, les derniers bastions d’un clan bunkérisé. La peur d’un carnage sans fin – et, il ne faut pas le cacher, la nécessité de protéger les 12 000 Français du pays — ne pouvaient que mener à une intervention militaire extérieure, finalement réclamée par l’Onu. C’est un constat d’échec pour la communauté internationale, et notamment pour Paris, piégé par les événements. Mais c’est aussi une assurance-vie pour des dizaines de milliers d’Ivoiriens. Que diraient les bonnes âmes d’un immobilisme des troupes françaises si le scénario du génocide rwandais se reproduisait en Côte d’Ivoire ?


Réalisme politique

Après l’effet bleu Marine des cantonales, les commentaires vont bon train sur les blogs et dans les revues cathos (de Famille chrétienne à Civitas, des Manants du roi à Liberté politique et bien d’autres encore). En vue des prochaines élections et en des sens souvent différents. Voici la réflexion que nous inspire globalement la lecture de cette revue de presse intéressante mais quelque peu contrastée. Jusque dans « la famille », comme aurait dit Serge de Beketch.
Les théories sont nécessaires mais ne font pas naître les institutions ici et maintenant. Il y a un discours philosophique et chrétien portant sur la concorde (le bien commun national) et la chrétienté, autant dire sur l’actuellement impossible, voire l’inopportun, mais qui deviendra un jour opportun et possible avec le concours des « militants » chrétiens, si Dieu le veut. Prenant acte de la dissociété aggravée de la nation depuis la Révolution et de sa sécularisation croissante, le réalisme chrétien commande aujourd’hui, en prudence politique, de ne pas s’en tenir qu’au discours, à la juste doctrine et à l’idéal, sans toutefois les oublier et les trahir.
Dans la division des croyances, le fameux « compromis nationaliste » de Maurras, souvent mal compris mais inspiré de son « empirisme organisateur », proposait justement une politique qui ne soit plus déduite des principes d’une philosophie ou d’une religion de plus en plus impuissantes à convaincre et rassembler les Français, mais induite de l’expérience historique et politique plus à même de mobiliser efficacement les hommes de bonne volonté qui croient encore charnellement à la France.
Par la même démarche inductive (qui part non pas d’une idée générale pour en tirer des conséquences mais des faits observés pour en tirer une idée générale), nous avons tenté d’expliquer pourquoi, dans la décadence accélérée de la culture (mondialiste) de mort conjuguée à l’invasion islamiste, le nationalisme à la française, malgré sa doctrine pertinente, ne suffisait plus lui-même à la tâche. Non pas, certes, pour rassembler et représenter les Français qui s’aiment encore, mais pour les protéger concrètement ici et maintenant. Et qu’il fallait descendre encore en deçà, si l’on peut dire : leur proposer plus outre, par la force des choses, la discipline et le comportement d’un sain et légitime communautarisme, national et chrétien. Comme dernier rempart précisément après la destruction des frontières et le polycommunautarisme (malsain) déduit de la laïcité ouverte au pouvoir…
Mal compris encore, ce nouveau concept pratique et analogique a été critiqué par des catholiques un peu trop dépendants d’une pensée univoque sinon unique, exclusivement déductive voire dialectique : ils ont prétendu qu’il n’était pas catholique (pour tous). Mais pas plus qu’il ne s’oppose au nationalisme à la française (ouvert à la civilisation universelle), le sain et légitime communautarisme bien compris ne s’oppose à la philosophie politique d’Aristote ni à la doctrine sociale de l’Eglise (à son principe de subsidiarité notamment et à sa civilisation de l’amour). Pas plus, par exemple, qu’il n’y a de contradiction interne chez Benoît XVI quand il développe d’une part une doctrine sociale très déductive jusqu’à la promotion idéale d’un bien commun temporel international (dans Caritas in veritate) et qu’il invite concrètement d’autre part les catholiques et les hommes de bonne volonté à la création d’îlots ou d’arches de chrétienté (dans Lumière du monde)…
« Nous savons, disait Maurras, que les besoins peuvent changer. Il peut y avoir un moment où les hommes éprouvent la nécessité de se garantir contre l’arbitraire par des articles de loi bien numérotés. Il y a d’autres moments où cette autorité impersonnelle de la loi écrite leur paraît duperie profonde. Dans le premier cas, ils réclament des constitutions. Dans le second, les statuts leur paraissent importer de moins en moins, c’est à la responsabilité effective et personnelle qu’on s’intéresse » (Action française, 10 avril 1913).
Entre l’idéal constitutionnel déduit de la philosophie chrétienne (actuellement inaccessible) et la possibilité concrète (personnelle ou communautaire) induite empiriquement, il n’y a pas contradiction même s’il n’y a pas, à l’évidence, équivalence. L’erreur est d’opposer dialectiquement les deux modes de besoin ou de n’en retenir qu’un à l’exclusion définitive de l’autre. Entre les micro-chrétientés vicariantes qui agissent tant bien que mal comme des anti-corps dans une dissociété nationale et le désir légitime d’un meilleur régime institutionnel pour tous, il y a la même préoccupation chrétienne du bien commun temporel et surnaturel. Et il peut même y avoir au confluent des deux démarches (à certaines conditions relatives au moindre mal et aux principes non négociables) un front national commun qui ne néglige évidemment pas l’élection républicaine…

Kadhafi envisagerait une issue diplomatique

Muammar Kadhafi semble chercher une voie diplomatique pour sortir du conflit, alors que les États-Unis ont cessé leurs frappes qui avaient été prolongées pendant le week-end, plus de deux semaines après le début de l'intervention internationale en Libye. Dans la nuit de lundi à mardi, le porte-parole du gouvernement libyen a affirmé que le régime était prêt à négocier toute forme de réforme politique, comme des élections ou un référendum, tout en rejetant un départ du colonel Muammar Kadhafi. "Le leader (Moammar Kadhafi) est la soupape de sécurité pour le pays et pour l'unité de la population et des tribus. Nous pensons qu'il est très important pour toute transition vers un modèle démocratique et transparent", a averti Moussa Ibrahim.
Lundi soir, le dirigeant libyen a fait une apparition en public dans sa résidence de Bab el-Aziziya, à Tripoli, qui a été la cible, le 20 mars, d'un missile de la coalition, a rapporté la télévision nationale libyenne. Il s'agissait de la première apparition publique du colonel Kadhafi depuis le 22 mars. La veille, le New York Times a rapporté que deux des fils de Kadhafi, de plus en plus isolé, Seif al-Islam et Saadi, avaient proposé une transition vers une démocratie constitutionnelle qui prévoirait le retrait du pouvoir de leur père. Selon le quotidien américain, citant un diplomate sous le couvert de l'anonymat et un responsable libyen informés du projet, la transition serait pilotée par Seif al-Islam.
Défections
Le Conseil national de transition (CNT), qui représente les rebelles, a aussitôt rejeté cette idée. "Kadhafi et ses fils doivent partir avant toute négociation diplomatique", a déclaré un porte-parole du CNT, Chamseddine Abdulmelah, à Benghazi (est), fief des insurgés. Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a, lui aussi, estimé que Muammar Kadhafi et sa famille devaient quitter le pouvoir en Libye et que la communauté internationale devait rester unie contre les tentatives diplomatiques du régime Kadhafi de s'en sortir.
Il se référait à la tournée qu'effectue actuellement le vice-ministre libyen des Affaires étrangères Abdelati Laabidi, qui a rencontré dimanche soir à Athènes le Premier ministre grec Georges Papandréou, lundi à Ankara le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu et dans la soirée à La Valette le Premier ministre maltais Lawrence Gonzi. Après la France et le Qatar, l'Italie a décidé de reconnaître le CNT comme "le seul interlocuteur légitime", alors que le pouvoir libyen a connu un nouveau revers avec la démission, dimanche, d'un conseiller du colonel Kadhafi, Ali Triki, doyen des diplomates, quatre jours après la défection du chef de la diplomatie Moussa Koussa. Le département du Trésor des États-Unis a par ailleurs annoncé que l'ancien ministre des Affaires étrangères libyen n'était plus visé par les sanctions économiques américaines contre le régime de Tripoli.
Redéploiements
Sur le plan militaire, depuis lundi soir, plus aucun avion de combat américain n'a effectué de sortie, a annoncé un porte-parole du Pentagone, qui a toutefois souligné que les appareils se tenaient prêts à intervenir "au cas où l'Otan en ferait la demande". L'armée américaine ne devrait plus fournir désormais que des avions destinés à effectuer des ravitaillements en vol et des missions de brouillage et de surveillance. Des combats entre insurgés et loyalistes ont de nouveau eu lieu lundi près du port pétrolier de Brega, à 800 km à l'est de Tripoli, où des familles entières fuyaient les bombardements en voiture. Les rebelles ont réussi à avancer jusqu'aux abords est de la ville avant d'être repoussés par des tirs d'artillerie et d'obus des forces pro-Kadhafi, mieux armées et mieux organisées.
Le régime du colonel Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans, est la cible depuis le 15 février d'une révolte populaire qui s'est transformée en guerre civile entre insurgés et forces loyales au dirigeant. Une coalition internationale, avec à sa tête les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, est intervenue en Libye le 19 mars, dans le cadre d'une résolution de l'ONU. L'Otan a pris, jeudi, le commandement des opérations. Le groupe de contact sur la Libye, chargé du "pilotage politique" de l'action militaire, se réunira "la semaine prochaine à Doha", a annoncé le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague. La Grande-Bretagne va renforcer les moyens aériens qu'elle a engagés, avec le déploiement dans "les prochains jours" de quatre avions supplémentaires, a indiqué le Premier ministre David Cameron, qui a effectué une visite-surprise lundi sur une base italienne où sont stationnés des appareils de la Royal Air Force, qui participent à l'opération internationale en Libye.
Misrata oubliée
Dans l'ouest du pays, les combats se poursuivaient dans le Jabal al-Gharbi, au sud-ouest de Tripoli, et à Misrata (200 km à l'est de Tripoli), ville assiégée et bombardée depuis 40 jours par les forces pro-Kadhafi où la rébellion réclame un appui aérien international. Les forces de Kadhafi bombardent "aveuglement" Misrata alors que "les avions de l'Otan, dont la mission est de protéger les civils, ne survolent même pas la région", a déploré un porte-parole des insurgés sous le couvert de l'anonymat. Dans le Jabal al-Gharbi, les pro-Kadhafi ont réussi à reprendre la ville de Ketla "après des bombardements intensifs, et maintenant, ils veulent prendre Nalout", a indiqué un habitant de Nalout.
Un navire affrété par Médecins sans frontières a quitté dimanche Misrata pour Sfax, en Tunisie, avec 60 blessés à bord. Un ferry turc, transformé en hôpital, a par ailleurs évacué dimanche 460 blessés et réfugiés de Libye, selon la presse turque, depuis Misrata et Benghazi. Les rebelles ont accusé les troupes de Kadhafi d'avoir endommagé un lieu de stockage du diesel sur l'installation pétrolière de Mislah (sud). Les prix du pétrole ont atteint de nouveaux sommets lundi à New York comme à Londres, où le baril a dépassé 120 dollars pour la première fois depuis août 2008 face à l'enlisement du conflit en Libye.

Le syndrome du hachis Parmentier

Qui eût cru que le sujet cent fois recuit pouvait encore réserver quelques surprises tardives comme un court-bouillon indéfiniment réchauffé ? La controverse sur la laïcité à la française réserve quelques instantanés savoureux.

Hier sur les ondes de France Inter, d’une bouchée fugitive, Nathalie Kosciusko-Morizet a tranché la question de l’opportunité du débat organisé ce matin par l’UMP : c’est la faute au hachis Parmentier ! C’est lui, dit-elle, qui empoisonne tant de maires confrontés à la problématique de la cantine laïque. Certains enfants ne mangeraient pas, soupçonnant la viande de ne pas être halal (ou cacher), et on apprend derechef qu’ils ne toucheraient même pas à la purée, elle-même jugée impure faute de séparation nette dans ce plat unique.

Une situation si insupportable, si on suit bien la ministre de l’Ecologie, qu’elle mérite à elle seule d’être inscrite tout en haut du menu des réflexions du parti majoritaire.

Vite, une disposition législative pour contraindre les récalcitrants à ne pas faire les difficiles — il faut empêcher les petits de s’affamer — ou une directive d’en haut pour proposer des préparations végétariennes ! La laïcité est en danger, citoyens, et le gouvernement doit intervenir, c’est ça ? Avec des décisions prises place Beauvau dès la semaine prochaine ?

Mais qui croira sérieusement que des solutions simples et respectueuses de tous ne peuvent être trouvées avec les prestataires de service à l’échelon de chaque collectivité locale ? Il est vrai que l’Education nationale n’a pas l’habitude de faire des efforts pour se préoccuper du contenu de l’assiette de nos enfants, et notamment de sa qualité diététique.

Pour que la recette concoctée ce matin par l’UMP soit bien cadrée, le ministre de l’Intérieur, lui, a été encore plus réducteur, comme on dit en cuisine.

« L’accroissement du nombre de musulmans pose problème », et il n’y a aucune raison « pour que la République leur accorde plus de droits qu’elle n’en a accordés » aux croyants des autres religions en 1905. On ne pourra pas reprocher à M. Guéant d’avoir pris des pincettes.

Il suggère sans périphrase que les musulmans pratiquants sont en faute. Qu’ils abusent. S’ils occupent la rue pour prier, c’est parce qu’ils veulent l’envahir, au mépris de leur propre dignité… Marine Le Pen avait déjà dit que l’ancien secrétaire général de l’Élysée était membre d’honneur du Front national. Il peut désormais prétendre à la carte Gold. Brice Hortefeux, décidément, n’était qu’un amateur.

Tous les arabophobes du pays — et au-delà ceux qui pensent gentiment « je n’ai rien contre les immigrés mais je trouve qu’il y en a trop » — applaudiront les petites phrases du ministre. Aideront-elles la France de 2011 à s’assumer comme elle est, et à être fière de ce qu’elle est ? C’est une autre affaire…

Le casse-tête nucléaire

Fukushima, la centrale maudite, fuit toujours. Et le pire peut encore advenir au Japon. Mais, quelle que soit l'ampleur finale du désastre, il interpelle tous les pays engagés dans le nucléaire civil ou qui s'apprêtaient à l'être.

L'Allemagne stoppe ses réacteurs les plus âgés. La Chine décrète un délai de réflexion. Les États-Unis hésitent. L'Inde suspend ses commandes à la France. L'Europe va revoir ses normes de sûreté. Quant au Japon, troisième pays nucléarisé au monde, troisième économie mondiale, il vacille.

En France, en pleine prébataille présidentielle, le débat est lancé. Le dogme national - c'est l'énergie la plus sûre, la plus propre et la moins chère - est ébranlé. André-Claude Lacoste, le patron de l'Autorité de sûreté nucléaire, qui n'est pas l'ennemi d'EDF, l'a rappelé : « On ne peut garantir qu'il n'y aura jamais d'accident grave en France. »

Une question se pose donc naturellement : le jeu nucléaire en vaut-il la chandelle ? Autrement dit, ne doit-on pas remettre en cause ces 58 réacteurs qui fournissent 75 % de l'électricité du pays, au prix le plus bas d'Europe, quoique le prix du kilowattheure, facturé au consommateur, soit déjà en surchauffe.

Nicolas Sarkozy, qui, comme tous ses prédécesseurs, tient à son sceptre nucléaire, militaire et civil, a répondu par avance. Et depuis le Japon afin de marquer les esprits. « La France a pris des engagements de réduction des gaz à effet de serre. Pour les remplir, il n'y a pas cent cinquante solutions, il y a le nucléaire. »

Le président de la République vise deux objectifs. Ne pas affaiblir les industriels français sur leur sol. Faire de la France le premier exportateur mondial de réacteurs, quand la vague émotionnelle de l'après-Fukushima sera dissipée. Illusion ?

Des conséquences planétaires

Après Tchernobyl, le nucléaire civil est entré en hibernation. Et, après Fukushima, il est menacé de glaciation. Mais rien n'est écrit, particulièrement dans notre pays, où l'opinion est circonspecte. Il est vrai qu'on ne lui a jamais demandé son avis.

Tous les partis de gouvernement ont indéfectiblement défendu l'option nucléaire, décidée la veille de la mort de Georges Pompidou, en réponse au premier choc pétrolier. L'électricien national, EDF, a, jusqu'à présent, maîtrisé ses centrales. Et son président, Henri Proglio, a beau jeu de rappeler que l'accident de Bhopàl en 1984, et ses milliers de morts, n'avait pas pour autant condamné l'industrie chimique tout entière.

Avec Fukushima, on entre toutefois dans une autre dimension, celle d'une catastrophe aux conséquences planétaires. La question de la sortie du nucléaire est donc parfaitement légitime.

Mais quel casse-tête, politique, économique, écologique. Nous allons assister à un affrontement central entre une UMP pronucléaire et une alliance socialistes et Verts, cette fois d'accord pour une sortie du « tout nucléaire » et une transition écologique.

En combien de temps ? Vingt, trente ou quarante ans. Le délai change singulièrement l'ambition initiale. Le programme des réacteurs de troisième génération sera-t-il stoppé ? Comment, budgétairement, préparer la relève tout en renforçant la sûreté des installations existantes ?

Le coût de l'énergie est le centre névralgique de ce débat. Le renchérissement des prix de l'électricité et du gaz frappe avant tout les classes populaires. Subir le risque du nucléaire, sans bénéficier de prix bas, est intenable. Et choisir la voie écologique, au détriment du social, est politiquement suicidaire.

Une nouvelle équipe à la direction des rédactions du "Monde"

Erik Izraelewicz, directeur du Monde, a présenté, lundi 4 avril, son équipe de direction pour la rédaction. "Cette équipe, renouvelée, rajeunie et diversifiée a pour mission de mettre en œuvre rapidement les priorités du projet sur lequel j'ai été désigné", explique-t-il dans un courrier.

Responsable éditorial du Monde, Erik Izraelewicz prend directement en charge la direction des rédactions du quotidien (Le Monde) et du site (lemonde.fr). Pour mener à bien les transformations du journal et du site, il a formé une équipe associant des journalistes du Monde et plusieurs renforts qui rejoindront le journal dans les jours ou les semaines qui viennent.
Sont ainsi nommés à ses côtés trois directeurs adjoints des rédactions : Serge Michel, Didier Pourquery et, le temps de la transition, Sylvie Kauffmann. Enfin la rédaction en chef sera constituée d'Eric Béziat, de Sandrine Blanchard, de Luc Bronner et de Jean-Baptiste Jacquin.
La nouvelle direction des rédactions ainsi constituée assurera la bonne marche du journal et du site au quotidien avec, en outre, les responsabilités suivantes :
  • Serge Michel est notamment chargé du rapprochement entre les rédactions papier et Internet
  • Didier Pourquery supervisera les transformations de l'offre du week-end
  • Eric Béziat aura la charge des changements dans le déroulé du journal
  • Sandrine Blanchard veillera à l'ouverture du journal à de nouvelles thématiques
  • Luc Bronner coordonnera le nouveau pôle société et le pôle politique
  • Jean-Baptiste Jacquin travaillera au renforcement du traitement de l'économie dans le journal
Sylvie Kauffmann, actuelle directrice de la rédaction, renforcera, une fois la transition assurée, l'équipe des éditorialistes. Elle réalisera des analyses, des éditoriaux, de grandes interviews internationales, des portraits, des enquêtes et reportages, en priorité sur l'international et supervisera les opérations spéciales internationales comme elle l'a fait avec WikiLeaks.
Cécile Prieur est chargée de créer au sein de la rédaction un service Société. Chef de ce service, elle aura aussi la responsabilité d'une équipe Investigation constituée, dans une première étape, de trois enquêteurs – Gérard Davet, Fabrice Lhomme et un troisième journaliste en cours de recrutement.
Franck Nouchi, rédacteur en chef, est nommé directeur du développement éditorial. Il aura en charge le développement des activités "hors-média" (conférences, voyages, édition, etc.) que le groupe souhaite développer activement ainsi que la coordination des déclinaisons papiers de la marque Le Monde, notamment la publication des hors séries et du mensuel.
Dans les jours qui viennent, l'organisation de la rédaction sera complétée et étoffée par de nouveaux recrutements afin de concevoir les transformations de l'offre week-end. Cette offre, remaniée et étoffée, sera un des axes importants du projet éditorial et l'occasion, en mariant les cultures du Monde Magazine et de M, de faire venir au Monde un public plus large – les jeunes et les femmes en particulier.
D'autres renforts seront également assurés très vite de manière à renforcer certains secteurs, et notamment la politique en vue de l'élection présidentielle.

lundi 4 avril 2011

Admettons-le : La Grèce, l'Irlande et le Portugal ont fait faillite

Les politiciens européens semblent être passés maîtres dans l’art de s’en laisser conter. Angela Merkel a ainsi décrit le dernier sommet européen comme un "grand pas en avant", alors qu’un "gros ratage" aurait certainement mieux convenu à la situation, selon "The Economist". Certes, ils se sont mis d’accord sur la mise en place d’un mécanisme permanent pour 2013, mais n’ont pas su le financer pleinement. Bien peu de choses ont été faites pour aider la Grèce, l’Irlande et le Portugal, et la situation de ces pays empire.
La notation du Portugal s’est effondrée le 29 mars, et les taux d’intérêt des obligations à 10 ans se sont élevés de 8% tandis que les investisseurs redoutent de plus en plus que le pays ne soit contraint de réclamer l’aide du FMI et de l’Union Européenne pour obtenir davantage de prêts. Les économies de la Grèce et de l’Irlande, qui, elles, ont déjà bénéficié d’un plan de sauvetage, se réduisent plus rapidement que prévu, et les taux d’intérêt des obligations restent encore très élevés, à presque 13% pour la Grèce et 10% pour l’Irlande, témoignant du manque de confiance des investisseurs dans leurs capacités à reprendre le dessus.
Pour The Economist, ils ont raison, malgré leurs plans de rigueur draconiens, héroïques, même, selon le journal. Sur l’insistance des pays de l’Europe, ils se sont concentrés sur la réduction de leurs déficits budgétaires sans trop envisager ses conséquences sur la croissance. Mais tandis que l’austérité fait plonger leurs économies, leurs dettes astronomiques (160% du PIB pour la Grèce, 125% pour l’Irlande et 100% pour le Portugal), semblent encore plus impossibles à rembourser, alimentant une spirale infernale fondée sur ce doute qui provoque l’emballement des taux de rendement des obligations. Et comme si cela ne suffisait pas, la Banque Centrale Européenne a décidé de relever ses taux d’intérêts le 7 avril prochain, ce qui va renforcer l’Euro et miner en conséquence la compétitivité des pays de la zone.
Les dirigeants européens imposent à tous les pays qui auront besoin d’aide en 2013 de restructurer leurs dettes, et ces dettes rééchelonnées, ou les emprunt les plus récents, seront alors prioritaires dans le dispositif de prêt. Mais ces mesures alimentent davantage les inquiétudes des investisseurs, qui craignent que leurs prêts n’en fassent pas partie, et les incitent à conserver les taux de rendements des obligations à un niveau élevé.
The Economist a toujours prêché pour une réduction rapide de la dette de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal. Et il considère que cela est plus nécessaire jamais, non seulement parce que la politique menée jusqu’ici a échoué, mais aussi parce que les possibilités de restructuration s’éloignent. La possibilité de contagion à un autre pays, comme l’Espagne, s’est affaiblie, et la plupart des banques pourraient parfaitement supporter le choc, selon lui. Mais tant que les politiques y seront opposés, y compris dans les pays concernés, comme la Grèce, qui pense pouvoir encore faire face à ses dettes, cette restructuration de la dette ne pourra pas avoir lieu. A moins que le FMI, dont certains de ses économistes affirment déjà en coulisse qu’ils n’envisagent plus d’autres choix, n’adopte ouvertement ce choix, en refusant de prêter en l’absence de renégociations.

En attendant mieux...

La communication finira par tuer la politique. Si ce n’est déjà fait...

Le parti socialiste a réussi le tour de force de rendre parfaitement fade la présentation de son programme pour la présidentielle. Il attendait ce moment clé depuis des mois et voilà qu’il le banalise en laissant le JDD en dévoiler le contenu deux jours avant la date prévue. Il faudra rappeler à Martine Aubry, si prompte à critiquer l’avidité de la presse, les vertus de la patience et les lois du teasing...

L’événement de mardi n’en sera donc pas un et la trentaine de propositions mises au point par les élus et les responsables du mouvement après de longs mois de débats et de forums aura, déjà, la tiédeur des plats laborieusement réchauffés.

Quand elle s’achève, l’attente, on le sait bien, génère souvent de la frustration . Le texte du PS n’échappe pas à cet effet pervers. Sur le fond, surtout, il souffre de l’approximation des manifestes généraux: des tissus de bonnes intentions dont on peine à mesurer la faisabilité réelle. Même si les experts de la rue de Solferino ont pris bien soin de prévoir, fût-ce à grands traits, le financement des principales mesures, le document reste dans un flou artistique qui rappelle la prose allégorique de feu l’union de la gauche des années 70. Sur la forme, c’est une édition supplémentaire des bons vieux catalogues électoraux, dont la crédibilité s’est pourtant érodée au fil des consultations et des alternances.

Tant de mois pour concocter ce manuel qui reste superficiel, cela fait beaucoup. Sur la méthode, il a le parfum vintage de... 1997, comme une profession de foi qui voudrait prendre le contre-pied du quinquennat Sarkozy. La limitation des hauts salaires des PDG des entreprises publiques est assurément un thème porteur mais essentiellement symbolique. Quant aux 300.000 emplois d’avenir promis aux jeunes, ils produisent invariablement un effet père Noël qui n’offre pas pour autant une vision durable de la lutte contre le chômage. Et laisse planer la problématique du remboursement de la dette française.

Il y a toutes les chances, de toutes façons, que ce programme reste purement indicatif. Le candidat qui sortira vainqueur des primaires en fera ce qu’il voudra: en 2007, Ségolène Royal l’avait royalement ignoré. Le PS ne peut même pas spéculer sur le profil du champion qui pourrait le porter tant François Hollande, qui gagne rapidement du terrain et dépasse désormais la première secrétaire du parti, est loin d’avoir partie perdue contre DSK.

Les nécessaires alliances pour le second tour compliqueront un peu plus la rédaction finale. Car Cécile Duflot, par exemple, a annoncé la couleur: elle monnayera la participation des Verts à un gouvernement de gauche contre un engagement de ses partenaires à sortir du nucléaire. Le type de condition-massue qui promet, à coup sûr, de sérieuses turbulences.


Un programme pour quel candidat ?

C'est ce lundi que le bureau national du Parti socialiste prendra connaissance de l'embryon de programme que Martine Aubry a dévoilé aux jeunes socialistes et au Journal du dimanche, hier. Alors comme ça, pendant que les ténors - souvenez-vous, on les appelait les éléphants face à Ségolène Royal, en 2007 - se déchirent pour déterminer lequel sera le meilleur candidat, la patronne travaille sur le fond. Un programme pour quoi ? Pour habiller le candidat ? Les idées ne sont pas très neuves et on retrouve même le recyclage des emplois jeunes. Les idées sont résolument roses, avec un État très présent, incitateur et stratège. Sans aller jusqu'aux nationalisations d'entreprises des années quatre-vingt cependant, mais en renforçant son pouvoir de contrainte, par exemple en obligeant les jeunes médecins à démarrer dans un désert médical. Les idées sont écolos aussi, mais opportunistes, avec l'idée d'une sortie du « tout nucléaire » à programmer. Les idées sont sociales enfin, sans oublier la sécurité, la justice ou l'éducation. Bref, les idées « sérieuses » fusent et sont assez ouvertes pour être portées par tout candidat, déclaré ou non. Or l'élection présidentielle est celle d'un nom. D'une figure. D'un personnage incarné. Le projet est moins important - qu'on le veuille ou non - que celui qui le porte. Car il faut que les Français sentent que l'élu(e) sera capable de mettre en œuvre sa politique. L'être - ou le paraître - pèse plus que le contenu. Martine Aubry le sait. Son projet en vingt pages concises est un coup fin pour garder le contrôle du parti, capter l'attention, et maîtriser l'impatience des troupes en attendant le vrai scoop : la désignation de celui ou celle qui ira seul au charbon en 2012.

Des fils de Kadhafi évoqueraient le départ de leur père

Selon le New York Times, deux fils du dictateur libyen auraient proposé une transition vers une démocratie constitutionnelle.

Au moins deux fils du colonel Kadhafi proposent une transition vers une démocratie constitutionnelle qui prévoirait le retrait du pouvoir de leur père, rapporte dimanche soir le New York Times. Citant un diplomate sous le couvert de l'anonymat et un responsable libyen informés du projet, le quotidien américain indique que la transition serait pilotée par l'un des fils de Kadhafi, Saif al-Islam el-Kadhafi.
Le Times ne précise pas si le colonel Kadhafi, 68 ans, souscrit à cette proposition appuyée par ses fils, Seif et Saadi el-Kadhafi. Mais une personne proche de ses fils a indiqué que le père semblait être d'accord, poursuit le journal. Les deux frères "veulent avancer pour faire changer le pays" sans leur père, relève le Times, citant une personne proche de Seif et de Saadi.
Selon le Times, la proposition d'une transition peut traduire les différences existant de longue date entre les fils de Kadhafi. Alors que Seif et Saadi ont été à l'école occidentale, leurs frères, Khamis et Mutuassim, sont considérés comme des partisans de la ligne dure, indique encore le journal. Khamis Kadhafi est à la tête d'une milice pro-gouvernementale. Quant à Mutuassim, conseiller de la sécurité nationale, il est considéré comme un rival pour Seif dans la compétition à la succession de leur père, ajoute le New York Times.

La France Maginot

De ces cantonales poussives seule Marine Le Pen, avenante et carnassière, sort à son avantage.

Sous sa tutelle, le Front national devient le premier haut-parleur du mécontentement populaire. Il reste le premier de ces partis tribuniciens qui, à droite et à gauche, asticotent les deux grands partis de gouvernement sans jamais être parvenus à les chasser du pouvoir. Dans le duel final d'une présidentielle, l'adversaire, quel qu'il soit, du FN aurait partie gagnée.

Nous en sommes encore là. Mais le Front national s'étoffe. Il sème à droite dans les sillons de l'antisarkozysme, à gauche dans les plates-bandes de la classe moyenne. Le Front national change de visage et aussi de génération, avec la fille succédant au père. Il change également en profondeur. Il laisse ses bottes au vestiaire. Cependant, son néonationalisme, moins sulfureux mais plus démagogue, veut sortir la France de l'Europe. Le FN moins dangereux ? Non, plus !

Le Front national se familiarise. S'efface dans l'opinion l'aura d'un parti contaminé par une extrême droite française qui sombra dans l'Occupation et l'antisémitisme. Pendant un demi-siècle, la dénonciation, chez le Front national, d'un "fascisme" rampant s'alimentait chez Jean-Marie Le Pen de l'à-peu-près révisionniste et de boutades de mauvais aloi. Mais 80 % de Français sont nés dans l'après-guerre...

Et surtout, Marine Le Pen ne cesse de gratter les "tags" du père."La Shoah, dit-elle,est un sommet de la barbarie", et non "un détail de la Seconde Guerre mondiale". Quant à l'opinion, elle ne voit pas qu'en cinquante ans le Front ait songé, dans la rue, à renverser la République. Il agit en parti dit républicain, acceptant les élections et leurs verdicts. En fait, l'opinion se lasse du microsillon rayé ressassant le péril "fasciste". Elle ne voit plus très bien pourquoi l'hygiène républicaine permet de fréquenter Besancenot et pas Marine Le Pen.

Cela dit, le Front national sent encore le fagot dans sa dénonciation des ravages de l'immigration. Il flatte ce courant d'opinion qui épouse les anxiétés ou fantasmes anti-islamiques de plusieurs populismes européens. Sur l'immigration, Marine Le Pen pose, disait Fabius à propos du père, de "bonnes questions". Mais ses réponses ne sont pas crédibles.

Car, si la direction du FN défend à bon droit les résistances laïques contre les prétentions minoritaires d'un islamisme militant, son refus obstiné d'une immigration nécessaire tourne à l'obsession xénophobe. Le FN refuse toujours cette évidence que "l'identité française" n'est pas un bloc défini et intangible, mais qu'elle n'a cessé et ne cessera d'évoluer au fil de l'Histoire. Il se monte le bourrichon en suggérant que 10 % de Français musulmans menacent la cohésion nationale des 90 % restants.

Il faut dire que la guérilla forcenée des sentinelles de la bien-pensance fortifie le Front national, tant sont insupportables les censures acides infligées aux esprits libres qui, sur l'islam ou l'immigration, ne pensent pas "dans les rails". Elles donnent des ailes à la "droite Zemmour". Et si les thèses simplistes du Front national reçoivent, hélas, de plus en plus d'adhésion, on mesure que l'anathème ne suffit pas pour les combattre.

Enfin, et surtout, le peuple français, recordman avéré du pessimisme, remâche une séquelle d'adversités : la crise économique, le chômage de masse, le risque nucléaire, le remue-ménage mondialisé, la couche d'ozone, le djihadisme, et j'en passe... Contre ces fatalités, le FN crie "Aux abris !". Il ouvre le sien.

C'est le néonationalisme ! Loin du libéralisme anti-étatique de son père, Marine Le Pen veut "un retour à l'Etat, composante essentielle de l'âme de la France". Elle se réclame d'une République patriote, qui prêcherait le social-étatisme d'un Mélenchon ou d'un Chevènement. Son slogan, c'est "Mort à l'euro, mort à l'Europe !".

Ce credo-là n'est pas, hélas, sans écho dans la gauche. Et au-delà, chez notre peuple devenu craintif, casanier et qui a peur du grand large. Déjà, d'autres nations européennes surendettées, qui, comme nous, vécurent au-dessus de leurs moyens, bronchent devant la diète. L'Europe, qui les sauva, devient le bouc émissaire de leurs misères.

Marine Le Pen, parlant, ces jours-ci, de son projet d'une France délivrée de l'Europe, m'évoquait étrangement la tentation de François Mitterrand. Lui aussi, à l'autre extrême, fut durant deux ans tenté d'installer sa "rupture d'avec le capitalisme" sur une navigation nationale et solitaire. Dans une France aux abois, il y renonça en 1983 afin de ne rompre "ni avec l'Europe ni avec l'Alliance atlantique"...

Marine Le Pen ne croit pas, elle, à la ruine - pour moi certaine - d'une France Maginot. Elle veut rallier les flageolants du sarkozysme. A moins, bien sûr, qu'elle ne mette, pour finir, du compromis dans son europhobie. Comme l'huile dans le vinaigre de papa.

Sortir du cycle de la violence


Les troupes d'Alassane Ouattara ont mis à peine quatre jours pour gagner Abidjan. L'information sur les tueries perpétrées dans leur sillage, à Duékoué, une semaine. La vérité est plus lente que les armes, mais les témoignages finissent toujours par arriver. Ce que tout le monde redoutait, ces dernières semaines, est en train de se produire. Le refus de Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir et de se conformer au résultat des urnes, aux résolutions des Nations unies et aux pressions de la communauté internationale, est en train de rallumer le terrible incendie des violences intercommunautaires.

Avec un million de personnes déplacées, plus de 100 000 réfugiés au Libéria, une économie totalement déprimée et la peur qui habite à chaque coin de rue, la Côte d'Ivoire est dans un état de délitement particulièrement préoccupant. Ce processus ne date pas des derniers rebondissements électoraux. Il est, en grande partie, à mettre au compte du cycle de violences inauguré par la crise déclenchée en 2002, mais aussi de la dérive inégalitaire et de l'éclatement du sentiment d'appartenance nationale qui a caractérisé l'après-Houphoët-Boigny, mort en 1993.

À cet égard, la Convention de la société civile ivoirienne, qui regroupe de nombreuses associations et ONG, rappelle quelques éléments utiles. Depuis l'accession à l'indépendance, la superficie fertile a été divisée par cinq, pendant que la population était, elle, multipliée par cinq. Le nombre de pauvres, en une génération, a été multiplié par dix. Après l'Afrique du Sud, la Côte d'Ivoire est l'un des pays les plus inégalitaires du continent.

Si la fin du monopartisme, dans les années 1990, ne pouvait qu'être saluée comme une bonne nouvelle sur le chemin de la démocratie, il faut bien reconnaître que l'avènement du multipartisme a favorisé les prédateurs de l'économie.

La politique, en Côte d'Ivoire, dopée par la rente des revenus des matières premières et les soutiens étrangers sans le contrepoids d'une stabilité institutionnelle, génère de la violence. Pour accéder au pouvoir, et pour s'y maintenir. C'est ce qu'est en train de faire le sortant Laurent Gbagbo, assiégé avec ses fidèles dans Abidjan. C'est malheureusement ce que fait aussi Alassane Ouattara. Il devait être l'homme de la rupture de ce cycle, celui qui allait accéder à la présidence par la seule force des urnes. Ce formidable tournant a été raté. C'est par les armes qu'il est en train de réclamer son dû électoral. Avec maintenant, en sus, des soupçons de massacres perpétrés par ses fidèles.

Au coeur de ces violences, la France est dans une position délicate et contradictoire. Elle ne pouvait mettre Ouattara sur le trône sans être accusée d'ingérence et redevenir une cible, comme elle le fut en 2004. Elle ne peut à présent regarder, inerte, les violences perpétrées, alors que 12 000 Français et près de 1 500 soldats sont présents sur le sol ivoirien. Il faut désormais tout faire pour chasser Gbagbo. C'est ce à quoi, manifestement, Paris s'emploie tout en protégeant nos compatriotes. Mais il faut aussi conditionner toute aide à Ouattara au seul engagement qu'attendent, d'abord, les Ivoiriens : la sortie du cycle de la violence.

Raser


L’augmentation du gaz n’aura plus lieu. Après les 5,2 % d’aujourd’hui, les prochaines hausses seraient gelées… C’est Noël ? Non, c’est les élections, dans un an. Et tous ceux qui en rêvent le matin en se rasant sont tentés de nous promettre dès aujourd’hui qu’ils vont nous raser gratis. C’est juré, le chômage baissera, le soleil brillera, le pouvoir d’achat croîtra… Évidemment, nous avons un peu de mal à y croire. Car nous avons bien entendu jeudi que notre dette s’élevait maintenant à mille milliards et demi d’euros, que nos déficits atteignaient 136 milliards, et qu’il allait falloir éponger tout ça en quatre ou cinq ans… Dur d’imaginer qu’on y parviendra sans souffrir. Alors, si vraiment le gaz n’augmente pas ces prochains mois, un conseil : mettez l’économie réalisée de côté, elle servira à payer l’augmentation d’après la présidentielle.

La politique de bistrot

Alors que Georges Clemenceau était à l'article de la mort, son ancien disciple Georges Mandel décida de lui rendre visite. A la gouvernante qui lui annonçait son arrivée, le Tigre répondit, avec son sens de la formule qui tue : "Déjà les vers !"

L'univers des politiciens est si impitoyable que les vers s'attaquent souvent à eux de leur vivant. C'est ce qui donne sa dimension shakespearienne au vaudeville qui se joue actuellement dans la majorité. On dirait que l'heure de la succession de Nicolas Sarkozy a sonné alors même que la nouvelle de sa mort politique semble très exagérée, en tout cas prématurée.

Tels sont les retours du destin ou, ce qui revient au même, de bâton. Après avoir beaucoup humilié les siens, le chef de l'Etat récolte aujourd'hui ce qu'il a semé. Il ne fait plus peur. Et tout le monde se lâche. Notamment à propos de son idée de grand débat sur l'islam.

La ficelle était certes très grosse. Jadis, les empereurs romains organisaient les jeux du cirque pour occuper le bon peuple. Désormais, sous le 6e président de la Ve République, le peuple a droit à des débats. Des débats d'Etat fixés en haut lieu, sous le contrôle d'un ministrion, dans le plus pur style jacobin.

Après le débat sur l'identité nationale, voici le débat sur l'islam, rebaptisé débat sur la laïcité. Demain, pourquoi pas des débats d'Etat sur le sexe des anges, sur celui des mille vierges ou sur les racines chrétiennes de l'Europe? S'ils fréquentaient plus souvent les bistrots, les princes qui nous gouvernent sauraient que les Français ne les ont pas attendus pour parler de tout cela. C'est pourquoi cette conception de la politique, illustrée par les propos de Claude Guéant, ne peut se résumer qu'en une formule: la politique de bistrot.

Les couacs du calendrier politique

Les Verts sont enfin d’accord sur leur calendrier politique : les primaires des écologistes auront lieu en juin. Eva Joly est soulagée : il lui tarde d’en découdre avant que sa cote de popularité ne crève le plancher. En revanche Nicolas Hulot fait la grimace : avant de se pencher sur les affaires de la planète, l’animateur doit liquider les siennes. Septembre lui aurait permis de se retourner avant la séquence élection. D’ici à ce que ses concurrents lui reprochent de soigner ses sponsors avant de sauver l’humanité…

Au PS, le calendrier fait également des grincheux. Et vu le nombre de candidats, cela fait du monde. Le plus marri est DSK. S’il se lance enfin, Dominique Strauss-Kahn ci-devant patron du FMI sera présent au G8 de Deauville en juin mais le G20 de novembre à Cannes se passera de lui. Les Grecs qu’il vient d’accuser “de truander un maximum” et “d’être dans la m…” tiennent leur revanche… Il est vrai que de Sarcelles, la voix porte moins que depuis Washington.

Même Carla Bruni-Sarkozy paye son écot au calendrier politique. La Première dame commence à connaître la musique politicienne. Pour éviter le télescopage avec la campagne électorale, elle repousse la sortie de son prochain album à l’année prochaine. Et que l’on n’aille pas s’imaginer que l’enthousiasme soulevé par son précédent opus dicte cet excès de précaution. Elle s’épargne simplement tout risque de couac. L’année présidentielle sera suffisamment riche en fausses notes…

dimanche 3 avril 2011

Comme un Guéant

On ne s'improvise pas homme de l'ombre. Les coulisses sont une longue patience. Il y a un art de rester derrière : c'est le contraire de celui de se mettre en avant. Parler aux masses s'apprend comme une langue étrangère. Guéant a oublié que les mots sont d'autant plus lourds qu'ils tombent dans des millions d'oreilles. Le drame de Claude Guéant : celui d'avoir dû jouer les premiers après être devenu un second. Il a perdu la tête qu'il n'avait plus sur les épaules solides de Nicolas Sarkozy. Il a voulu se faire aussi gros que le beauf. C'est le pot-au-Hortefeu.

On ne se doute pas du nombre de micros, d'appareils photo et de caméras qui suivent les moindres faits et gestes de nos hommes politiques. C'est Natalie Portman sur le tapis rouge des oscars, sauf que c'est tous les jours. Le moindre des propos, des sourires ou des soupirs d'un homme politique est reproduit à l'infini sur les chaînes info et Internet. Il habite à l'intérieur d'une caisse de résonance. Ce ne sont plus ses enfants qui ne l'écoutent pas, c'est le peuple entier qui l'entend. Griserie de voir le monde nous accorder autant d'attention que nous en avons pour nous-mêmes depuis que nous sommes au monde. L'injustice que nous avons subie - ne pas être reconnus comme le centre de l'univers - est enfin réparée : nous sommes au centre de l'univers, aussi appelé poste de télévision. La tentation est alors trop forte de dire la vérité qui nous offrira le rôle final de prophète. Et la vérité, pour Guéant, c'est qu'on n'est plus chez nous.

Le pays a changé, certes, depuis notre lointaine enfance blanche, et il y a sans doute en chacun de nous - nous, les Français de plus de 50 ans, comme Claude Guéant - le désir de retourner dans cet univers idyllique où les mamans étaient décolorées et non teintes, où les papas avaient une situation et non un emploi, où la télé était en noir et blanc et non à la carte et où les banlieues étaient rouges et non noires. A l'école primaire, il y avait des maîtres, pas des instits ; au lycée, des professeurs, pas des enseignants. On sent bien dans l'entourage quinquagénaire et sexagénaire du président, et chez le président lui-même, cette nostalgie d'une société où les jeunes parlaient bien et s'habillaient mal, alors qu'aujourd'hui c'est l'inverse. Ces grands premiers de la classe des années 70 et 80 semblent vouloir refuser la planète telle qu'elle erre désormais entre guerres civiles et désastres financiers, massacres religieux et brutalités politiques, exodes et génocides, catastrophes et famines, fabriquant expulsés et réfugiés à tire-larigot. Jaurès avait bien dit que le capitalisme, c'était la guerre, mais on ne l'a pas laissé finir son croissant au café. Je me souviens d'une visite de Poto-Poto, quartier de Brazzaville, en 2006, et du commentaire de mon chauffeur : "C'est le quartier des immigrés d'Afrique de l'Ouest ." Comment les aurais-je reconnus ? Guéant se décidera-t-il à admettre que ces masses de jeunes Français ni blancs, ni chrétiens, ni très bons à l'école, sauf exception, sont chez eux chez nous ?

Pour certains commentateurs, Claude Guéant, militaire dans l'âme, ou missionnaire dans l'arme, ou mercenaire en larmes, serait allé au casse-pipe pour Nicolas Sarkozy afin de provisionner en voix FN le compte du futur candidat de la droite à l'élection présidentielle. C'est trop compliqué pour moi. Ce que je vois, c'est que Nicolas Sarkozy sera réélu en 2012 par une France qui a, pour reprendre l'expression du regretté et visionnaire Georges Marchais, glissé à droite. Le Pen ? Dans notre pays sexiste, on a toujours saccagé les femmes politiques : Garaud, Cresson, Barzach, Dati, Royal et même l'idole posthume Françoise Giroud. Ainsi que l'idole anthume Simone Veil, soigneusement tenue éloignée de la tête de l'Etat depuis sa loi sur l'avortement. C'est un vrai cimetière marin dans lequel Mlle Le Pen aura bien du mal à ne pas s'allonger. DSK ? La seule chose qu'il ait de gauche, c'est sa démarche.

Affaire Tapie : Lagarde pourrait poursuivre les députés PS qui l'accusent

La ministre de l'Économie est accusée par l'opposition d'"abus d'autorité" dans le règlement de l'affaire.

La ministre de l'Économie Christine Lagarde a annoncé samedi qu'elle envisageait de poursuivre en justice les députés socialistes qui l'accusent d'"abus d'autorité" dans le règlement de l'affaire Tapie/Crédit lyonnais. "Christine Lagarde examine les actions judiciaires susceptibles d'être engagées à l'encontre des auteurs" d'une lettre adressée à Jean-Louis Nadal, procureur près la Cour de cassation, selon un communiqué de son ministère.
Dans ce courrier, des députés PS visent expressément le choix de Christine Lagarde d'avoir recouru à un tribunal arbitral en 2008 plutôt que de s'en remettre à une cour d'appel pour régler l'affaire. C'est ce tribunal qui, après plus de 15 ans de bataille judiciaire, a condamné en 2008 le Consortium de réalisation (CDR, gérant le passif du Crédit lyonnais) à verser 285 millions d'euros de réparations à M. Tapie, dont 45 millions pour le seul préjudice moral. Les députés, qui dénoncent "la complaisance et la connivence du pouvoir" dans ce qu'ils jugent être "une affaire d'État", demandent une saisine de la Cour de justice de la République, seule habilitée à juger des ministres dans l'exercice de leur fonction.
"Ni dissimulation d'information, ni falsification"
Christine Lagarde "est déterminée à défendre très fermement sa position dans ce dossier", affirme son entourage, sans fournir plus d'indications sur le type d'action en justice envisagé. Dans son communiqué, Christine Lagarde défend point par point une "procédure transparente et respectueuse du droit" qui "ne recèle (...) ni dissimulation d'information, ni falsification". "Le recours à l'arbitrage ne constitue en aucune façon un 'abus d'autorité'", ajoute la ministre, en réaffirmant que son choix "a été fait pour sauvegarder les intérêts de l'État". "L'objectif de cette procédure était de mettre un terme de manière globale et définitive aux nombreuses procédures coûteuses (...) engagées depuis de nombreuses années et qui auraient pu se poursuivre encore plusieurs années", dit-elle. Le risque financier encouru "s'élevait à plusieurs milliards d'euros", fait-elle encore valoir.
Elle souligne que "le recours à l'arbitrage par le CDR a été jugé régulier par le tribunal administratif de Paris le 8 octobre 2009, décision confirmée en appel par la cour administrative d'appel de Paris le 31 décembre 2010", ajoutant qu'un pourvoi est en cours devant le Conseil d'État. "Au vu de ces éléments techniques et juridiques, l'accusation de détournement de fonds publics n'a pas de sens", estime la ministre. Selon elle, "toutes les sommes payées par le CDR aux liquidateurs du groupe Tapie l'ont été en vertu d'une condamnation prononcée par le tribunal arbitral dans le respect des formes et règles de droit applicables", soulignant que "cette sentence (...) a l'autorité de la chose jugée".

Hollande ou l'éternité


Pourquoi ce trouble quand François Hollande affirme à Tulle qu’il aura un destin? Rien à voir avec lui – pas seulement – mais tout à voir avec ce pays pétri d’éternels retours. La figure du notable de province et de progrès, une revendication du bon sens commun et d’une décente modération, et l’écoute du peuple, jurer qu’on nous rendra la fraternité, et la France en avant…


Et ce discours, surtout, d’où le monde et les soubresauts d’ailleurs sont absents. La Chine puis le Brésil prétendent secourir le Portugal, le monde émergent renverse l’Europe, les peuples arabes se ruent vers la liberté, la Terre se réchauffe, mais Hollande nous parle comme on nous parlait il y a trente ans, un siècle, comme si la tradition ne s’épuisait jamais de ces humanistes de préfectures, et la République n’en finissait jamais de se reproduire à l’identique.


Hollande est ainsi, ou ce qu’il en montre, tenant l’équilibre entre Chirac et Mitterrand. Il prend des notes en visite chez des marins pêcheurs, il dit "la jeunesse" comme on a toujours dit dans les banquets républicains. Rien n’est faux, mais tout est déjà vu. Peut-être at- on besoin de cela, cette éternité émolliente, cette revendication d’une normalité sans contenu défini, pour se guérir de la brutalité versatile du sarkozysme. Mais on ne se protégera pas du monde en l’ignorant. Il y a autre chose dans la geste de Hollande, que l’on devine, et qui affleure dans ses mots. Nous sommes moins l’enjeu de cette bataille que lui-même: en reconquête d’estime après avoir été tant brocardé. Son discours est une thérapie. Son introspection, ce corps reconquis à force de privations, ce sérieux devenu une seconde nature, forcé parfois, et l’on se demande alors ce qui était vrai dans ses jovialités d’antan, au temps de l’intelligence et des occasions perdues.


On a cette impression d’un homme que la vie et la politique ont martyrisé, et qui s’est fait violence, et qui nous prend à témoin de son courage, et notre écoute nourrira sa guérison. Il y a comme une supplique quand il insiste sur sa volonté de gagner, ou l’idée d’un examen qu’il passerait, devant les médias d’abord, les sondés ensuite, et qu’il atteindrait au statut de véritable candidat en épousant les canons du genre, talentueux jusque dans l’imitation. Et validé, il pourrait revivre. Cette supplique est belle mais perdue pour la politique, et l’on attend Hollande là où elle fait mal. L’Europe éclatée, les finances ruinées, le tissu social déchiré, qu’en ferait-il? En tristesse, il dit peu, quand il ne disait rien jadis au temps de la gaieté. C’est un autre invariant de la République que cette offrande de soi-même et de son rachat en guise de projet. Rarement, cette offrande aura été aussi émouvante et embarrassante que dans ce retour d’un faux gentil, vrai écorché, de notre République.

La France moins à droite

C’est une idée reçue dans le monde politique: la France serait de plus en plus ancrée à droite. Cette tendance européenne constituerait la meilleure assurance pour Nicolas Sarkozy de conserver son poste l’an prochain. La percée du Front national aux cantonales exprime des relents autoritaires, un rejet de l’immigré et de l’autre. Une demande de plus de sécurité face à la montée des délinquances.

Pourtant, la France vote de moins en moins à droite à chaque élection depuis 2007. Ce fut le cas aux municipales, aux régionales, aux cantonales et pas seulement pour s’opposer au pouvoir en place. La gauche peine à recueillir les fruits du désamour sarkozyste. Et le FN progresse sur le terreau des valeurs du travail et du mérite, dévoyées par l’ostentation et l’argent roi. Mais le vote Front national n’est qu’en partie un vote de droite. Jean-Marie Le Pen avait déjà siphonné les voix des anciennes banlieues rouges. Marine Le Pen séduit des déçus de la gauche.

Elle attire les votes populaires par une défense des "petits". Les Français veulent se protéger du XXIe siècle. Plus qu’un besoin sécuritaire, les voix FN expriment une demande de sécurité économique et sociale face au déclassement. Les réponses à ces peurs peuvent être de droite: la responsabilité individuelle, l’ordre, la famille, la sécurité. Elles peuvent être de gauche: la justice, le partage, la solidarité collective, la liberté des moeurs. Depuis une vingtaine d’années, les idéologies se sont confondues au profit de valeurs fluctuantes. Cette "poussée à droite" n’est peut-être qu’une illusion d’optique. La clarté des choix sera une des clés de 2012. Pas la confusion.

TF1: "Donner au 20 Heures un nouveau rebond"

Comment Catherine Nayl, directrice de l’information de TF1, veut redynamiser son JT du soir. Interview. 
Le joker de Laurence Ferrari, Harry Roselmack, qui décide de quitter son poste, le rédacteur en chef du journal remercié, des audiences en dents de scie depuis janvier… Le journal de 20heures de TF1 – le premier d’Europe – a été bousculé ces dernières semaines. En février, sa part d’audience a reculé à 27 % (7,9millions de téléspectateurs). En mars, elle atteignait 26,8% (6,8millions de téléspectateurs), réduisant de plus en plus l’écart avec France 2. Catherine Nayl, la patronne de l’information de la chaîne, revient pour le JDD sur les changements en cours, destinés à enrayer la baisse. Et conforte Laurence Ferrari, qui animera le rendez-vous présidentiel mensuel de la chaîne.
Pourquoi y a-t-il une érosion des audiences du journal de 20 heures?
L’érosion des audiences du 20 Heures est sensible depuis janvier. Les causes sont structurelles, avec la multiplication depuis deux ans des canaux d’information: Internet, les chaînes d’information gratuites, les chaînes de la TNT qui se positionnent aussi sur ce créneau… Le paysage audiovisuel est recomposé, toutes les chaînes historiques ont baissé. Les JT ont plutôt mieux résisté, en particulier sur TF1, alors que le public est plus volatil et qu’il n’est pas ciblé. Les causes sont aussi conjoncturelles, avec une information politique et étrangère très présente depuis janvier. Cela constitue une perte de repères pour nos téléspectateurs. Lorsque le quotidien du monde est trop lourd à porter, la tentation est de se reporter sur les programmations frontales, de fiction, sur France 3 et M6. À nous de leur montrer que ces actualités sont en lien direct avec leur quotidien.
Quelles évolutions souhaitez-vous pour pallier cette baisse?
Il n’est pas question de changement éditorial profond ou de mesures drastiques. Nous avons discuté avec le patron de la chaîne, Nonce Paolini, de la durée du journal. Le raccourcir pour une question d’audience n’a pas été notre réponse. Les trente minutes du JT ont leur utilité comme carrefour de l’antenne. Nous avons néanmoins entamé avec les équipes une réflexion globale sur l’éditorial, l’habillage et le décor de nos journaux. Ces changements interviendront à la rentrée, pour apporter une cohérence supplémentaire à l’info.
Mais vous avez, d’ores et déjà, changé de rédacteur en chef pour le 20 Heures…
Nous voulions donner au journal un nouveau rebond. Michel Floquet est un très bon journaliste, qui a porté le 20 Heures avec Laurence Ferrari depuis le début. Son départ n’est lié à aucune faute: il fallait simplement redémarrer la machine, faire en sorte de recréer une nouvelle alchimie entre présentateur et rédacteur en chef. Michel Floquet exercera ses talents de grand reporter à Washington et est remplacé par Anne de Coudenhove, la rédactrice en chef du 13-heures.
L’arrivée sur TF1 de Laurent Delahousse, le présentateur de France 2, est-elle envisagée?
Non. Il n’a pas été approché. C’est un excellent journaliste, mais nous avons sur TF1 Jean-Pierre Pernaut, Claire Chazal et Laurence Ferrari, qui font les meilleures audiences d’Europe sur leurs JT respectifs. Je ne vois pas pourquoi nous les remplacerions. Ce serait un choix curieux, inenvisageable. Le 20 Heures de TF1 rassemble entre 1,8 et 2,5millions de téléspectateurs de plus que France 2. Laurence Ferrari et Claire Chazal font parfaitement le job.
Avez-vous de nouveaux projets pour Harry Roselmack, qui a choisi de ne plus rester joker de Laurence Ferrari?
Harry a souhaité se consacrer aux émissions Sept à huit et Harry en immersion. Il a pris sa décision dès le mois de septembre: nous en avons discuté pendant plusieurs mois, je me suis battue! Arrêter de présenter le 20 Heures est une décision qui peut paraître surprenante. Il l’a fait, même si ce n’était pas facile. Ce n’est pas un choix par dépit, c’est un choix mûri. Harry Roselmack est une figure emblématique de l’information à TF1. Nous réfléchissons à de nouveaux projets avec lui.
Gilles Bouleau, qui le remplace, fera-t-il la transition ou restera-t-il à ce poste à la rentrée?
Oui, il restera, ce n’est pas une transition. Gilles Bouleau a un profil complet de correspondant à Londres et Washington, de présentateur. Il prendra ses fonctions de joker en juin, pour remplacer Laurence Ferrari pendant ses congés d’été. Il occupera également un poste au côté du directeur de la rédaction, comme appui éditorial.
Le joker de Laurence Ferrari, Harry
Roselmack, qui décide de quitter
son poste, le rédacteur en chef du
journal remercié, des audiences en
dents de scie depuis janvier… Le
journal de 20heures de TF1 – le premier
d’Europe – a été bousculé ces
dernières semaines. En février, sa
part d’audience a reculé à 27 %
(7,9millions de téléspectateurs). En
mars, elle atteignait 26,8% (6,8millions
de téléspectateurs), réduisant
de plus en plus l’écart avec France
2. Catherine Nayl, la patronne de l’information
de la chaîne, revient pour
le JDD sur les changements en
cours, destinés à enrayer la baisse.
Et conforte Laurence Ferrari, qui
animera le rendez-vous présidentiel
mensuel de la chaîne.
Pourquoi y a-t-il une érosion des
audiences du journal de 20 heures ?
L’érosion des audiences du 20 Heures
est sensible depuis janvier. Les
causes sont structurelles, avec la
multiplication depuis deux ans des
canaux d’information: Internet, les
chaînes d’information gratuites, les
chaînes de la TNT qui se positionnent
aussi sur ce créneau… Le paysage
audiovisuel est recomposé, toutes
les chaînes historiques ont
baissé. Les JT ont plutôt mieux résisté,
en particulier sur TF1, alors
que le public est plus volatil et qu’il
n’est pas ciblé. Les causes sont aussi
conjoncturelles, avec une information
politique et étrangère très présente
depuis janvier. Cela constitue
une perte de repères pour nos téléspectateurs.
Lorsque le quotidien
du monde est trop lourd à porter, la
tentation est de se reporter sur les
programmations frontales, de fiction,
sur France 3 et M6. À nous de
leur montrer que ces actualités sont
en lien direct avec leur quotidien.
Quelles évolutions souhaitezvous
pour pallier cette baisse ?
Il n’est pas question de changement
éditorial profond ou de mesures
drastiques. Nous avons discuté avec
le patron de la chaîne, Nonce Paolini,
de la durée du journal. Le raccourcir
pour une question d’audience
n’a pas été notre réponse.
Les trente minutes du JT ont leur
utilité comme carrefour de l’antenne.
Nous avons néanmoins entamé
avec les équipes une réflexion
globale sur l’éditorial, l’habillage
et le décor de nos journaux. Ces
changements interviendront à la
rentrée, pour apporter une cohérence
supplémentaire à l’info.
Mais vous avez, d’ores et déjà,
changé de rédacteur en chef
pour le 20 Heures…
Nous voulions donner au journal
un nouveau rebond. Michel Floquet
est un très bon journaliste, qui a
porté le 20 Heures avec Laurence
Ferrari depuis le début. Son départ
n’est lié à aucune faute : il fallait
simplement redémarrer la machine,
faire en sorte de recréer une
nouvelle alchimie entre présentateur
et rédacteur en chef. Michel
Floquet exercera ses talents de
grand reporter à Washington et est
remplacé par Anne de Coudenhove,
la rédactrice en chef du 13-heures.
L’arrivée sur TF1 de Laurent
Delahousse, le présentateur
de France 2, est-elle envisagée ?
Non. Il n’a pas été approché. C’est
un excellent journaliste, mais nous
avons sur TF1 Jean-Pierre Pernaut,
Claire Chazal et Laurence Ferrari,
qui font les meilleures audiences
d’Europe sur leurs JT respectifs. Je
ne vois pas pourquoi nous les remplacerions.
Ce serait un choix curieux,
inenvisageable. Le 20 Heures
de TF1 rassemble entre 1,8 et 2,5millions
de téléspectateurs de plus que
France 2. Laurence Ferrari et Claire
Chazal font parfaitement le job.
Avez-vous de nouveaux projets
pour Harry Roselmack,
qui a choisi de ne plus rester
joker de Laurence Ferrari ?
Harry a souhaité se consacrer aux
émissions Sept à huit et Harry en
immersion. Il a pris sa décision dès
le mois de septembre: nous en avons
discuté pendant plusieurs mois, je
me suis battue! Arrêter de présenter
le 20 Heures est une décision qui
peut paraître surprenante. Il l’a fait,
même si ce n’était pas facile. Ce n’est
pas un choix par dépit, c’est un choix
mûri. Harry Roselmack est une figure
emblématique de l’information
à TF1. Nous réfléchissons à de nouveaux
projets avec lui.
Gilles Bouleau, qui le remplace,
fera-t-il la transition ou resterat-
il à ce poste à la rentrée ?
Oui, il restera, ce n’est pas une
transition. Gilles Bouleau a un profil
complet de correspondant à
Londres et Washington, de présentateur.
Il prendra ses fonctions
de joker en juin, pour remplacer
Laurence Ferrari pendant ses
congés d’été. Il occupera également
un poste au côté du directeur
de la rédaction, comme appui
éditorial. g

Mafiosa

Depuis la victoire du Front national aux élections cantonales, analystes et politologues s'interrogent sur les raisons qui poussent une bonne partie de nos compatriotes à s'abstenir ou à voter pour ce parti populiste. Il y a pourtant une raison simple au discrédit actuel de la politique et cela s'appelle tout simplement la morale politique. Quand, dans le département des Bouches-du-Rhône, le socialiste Jean-Noël Guérini, dont le frère est en prison et dont le comportement a été dénoncé par un rapport accablant de son camarade du PS Arnaud Montebourg, est réélu en triomphe à la présidence du conseil général, on croit rêver. Dans l'urne, pas un bulletin blanc ou nul. Pas une seule candidature alternative ne serait-ce que pour l'honneur. Certes Monsieur Guérini nous rappelle à juste titre qu'il n'existe pas de « délit de fraternité », il est à ce jour présumé innocent puisqu'il n'est pas poursuivi dans les affaires de son frère, mais peut-on pour autant considérer qu'il honore la politique ? L'élection par ses pairs est démocratique mais ce n'est pas un brevet de probité, l'omerta par peur ou par intérêt n'est pas un signe de civisme. On pense à Mafiosa cette série de Canal + qui se passe heureusement en Corse, pas à Marseille ! La direction du PS, sous l'impulsion de Martine Aubry, a dépêché un ancien ministre intègre, Alain Richard, pour enquêter sur place, et son rapport est attendu avec impatience. Une question pour terminer à tous les candidats à la primaire socialiste : faut-il suivre l'exemple marseillais pour redonner l'envie de la politique ?

Côte d’Ivoire : la guerre du cacao ?

Le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo laisse la place à son rival, Alassane Ouattara, dont les forces ont investi Abidjan et ont pris le contrôle des principales villes du pays. Sa femme, Simone Gbagbo, qui estime que « Dieu l’a choisi », lui avait conseillé de résister jusqu’au bout. Mais en avait-il les moyens ? Son armée était minée par les défections, et l’embargo international le privait de rentrées d’argent et donc de munitions et d’armes, dont manquent déjà ses « Jeunes Patriotes ». Rappelons que, le 7 mars dernier, Gbagbo a voulu nationaliser le secteur du cacao et a lancé un ultimatum aux exportateurs, les menaçant de saisir leurs stocks sur place puis de les vendre. De son côté, Ouattara a appelé à poursuivre l’embargo international sur les exportations de cacao et de café ivoiriens afin de couper les finances de l’Etat contrôlé par Gbagbo (40 % du territoire au sud du pays). Certes, les compagnies internationales, désireuses de ne pas perdre leurs stocks, ont été tentées de suivre la société hongkongaise Noble Group, qui menaçait de violer l’embargo dès le 31 mars si Gbagbo avait encore « l’effectivité du pouvoir ». Elles ont été prises de court par l’armée de Ouattara, qui a lancé un assaut décisif contre le Sud, puis par le vote de la résolution 1975 de l’ONU sanctionnant Gbagbo et ses proches. Est-ce un hasard si cette nouvelle résolution a été votée la nuit du 30 mars, un jour avant l’expiration de l’ultimatum de Gbagbo et des compagnies hostiles à l’embargo ? Rappelons que la Côte d’Ivoire produit 42 % du cacao mondial. Si les producteurs et cultivateurs ivoiriens lâchent en masse Laurent Gbagbo, c’est aussi parce qu’il est désormais incapable de leur acheter les fèves, faute de liquidités. A contrario, Alassane Ouattara, soutenu par le FMI, dont il fut membre, et par l’ONU, les Etats-Unis et la France, incarne l’espoir de la reprise de l’économie ivoirienne sinistrée. Son installation effective au pouvoir permettra la levée d’un embargo dont les premières victimes sont comme toujours les civils.