Il y a des jours où l’actualité vous invite au populisme. Hier, vous avez appris que, pour sauver l’industrie gazière française, le prix du gaz va augmenter de 5,2%. Mais vous vous souvenez, ou plutôt votre compte en banque se souvient, qu’avec les hausse précédentes, cela fait 20% d’augmentation en un an. Pris d’un accès de curiosité, vous regardez les comptes de Suez-GDF: ils ne se portent pas mal, avec 4,6 milliards d’euros de bénéfices pour un chiffre d’affaires de 84,5 milliards. Un excellent rendement, d’ailleurs salué par la bourse. Toujours curieux, vous découvrez que les revenus du président de GDF-Suez, Gérard Mestrallet, sont de 3,1 millions d’euros... Il vous reste alors deux options: expliquer comment tout cela est juste et normal compte tenu de la variation des prix du gaz à Rotterdam, ou vous laisser aller à un coup de gueule populiste. Ca ne diminue pas la facture, mais ça soulage.
mardi 29 mars 2011
Il y a des jours où l’actualité vous invite au populisme. Hier, vous avez appris que, pour sauver l’industrie gazière française, le prix du gaz va augmenter de 5,2%. Mais vous vous souvenez, ou plutôt votre compte en banque se souvient, qu’avec les hausse précédentes, cela fait 20% d’augmentation en un an. Pris d’un accès de curiosité, vous regardez les comptes de Suez-GDF: ils ne se portent pas mal, avec 4,6 milliards d’euros de bénéfices pour un chiffre d’affaires de 84,5 milliards. Un excellent rendement, d’ailleurs salué par la bourse. Toujours curieux, vous découvrez que les revenus du président de GDF-Suez, Gérard Mestrallet, sont de 3,1 millions d’euros... Il vous reste alors deux options: expliquer comment tout cela est juste et normal compte tenu de la variation des prix du gaz à Rotterdam, ou vous laisser aller à un coup de gueule populiste. Ca ne diminue pas la facture, mais ça soulage.
Les hommes sont ce qu’ils sont. L’amer parfum de la défaite stimule chez eux le goût de l’abandon. Nicolas Sarkozy connaît trop bien cette musique acide et il ne s’étonnera donc pas des soudaines velléités émancipatrices d’une partie de ses troupes : elles craignent de couler avec le capitaine en 2012. En politique, la fidélité s’arrête là où commence l’instinct de survie. On approche, semble-t-il, de ce moment critique.
En dépit des mauvais sondages qui le créditent d’une infamante troisième position au premier tour de la présidentielle, le président de la République est pourtant loin d’avoir perdu toutes ses chances. En ces temps tourmentés où l’actualité va à toute vitesse, «l’opinion», par nature volatile, est sujette à des retournements tout aussi rapides. Douze mois et trois semaines - soit le temps qui nous sépare désormais de l’échéance - c’est très court et c’est très long à la fois. Une durée largement suffisante pour redresser une image en perdition ou pour naufrager une réputation. Nicolas Sarkozy a désormais... l’avantage de ne plus avoir rien à perdre. Tout le monde, ou presque, le donne battu ? Le voilà revenu outsider ! Or c’est toujours le dos au mur qu’il est le meilleur. Par ailleurs, il a devant lui une séquence favorable - rôle international valorisant et éclaircie économique - quand ses adversaires ont sans doute mangé leur pain blanc.
Oui, le chef de l’État peut s’en sortir, mais à deux conditions... qui ne sont réunies ni l’une, ni l’autre. Sa propre lucidité et l’appui indéfectible de son camp. Si son analyse de la défaite des cantonales n’est pas erronée - il n’y a pas eu de vague socialiste- elle s’est refusée à prendre en compte l’ampleur de la défaite de l’UMP. Un signe inquiétant auquel s’en ajoute un autre : le réveil des sensibilités qui avaient été étouffées par le béton idéologique utilisé pour cimenter le parti présidentiel. Nicolas Sarkozy avait oublié que le soutien des centristes était factice. Il ne reposait en effet que sur la veulerie de dirigeants qui se sont couchés devant le maître de l’Élysée... mais qui, au fond d’eux-mêmes, n’en pensaient pas moins. Un exemple parmi d’autres : le Jean-Louis Borloo, version candidat à Matignon, n’avait rien dit pour s’opposer à un discours de Grenoble qui, pourtant, piétinait toutes ses valeurs et celles de sa famille politique.
Personne, dans la majorité, n’a osé arrêter les dérives du président. On préférait l’applaudir. Les grands courageux ont attendu qu’il soit en position de faiblesse pour prendre leurs vertueuses distances. François Baroin a raison de préconiser l’arrêt des débats annoncés sur la laïcité et l’islam lestés de sous-entendus stigmatisants. Mais pourquoi n’a- t-il pas fait entendre sa voix - grave - plus tôt ? Enroué peut-être ? Dans l’hiver démocratique, ça arrive.
Nouvelles images choc du tsunami au Japon
La vidéo tourne en boucle sur Internet. Tournée juste après le séisme qui a frappé le nord-est du Japon le 11 mars dernier, elle montre pendant près de six minutes, l'inexorable avancée des eaux dans les terres, charriant tout sur son passage. L'auteur de ce film, probablement un vidéaste amateur posté en haut d'un immeuble, n'a pas été identifié. Il aurait été tourné dans la ville côtière de Kesennuma, au nord de la préfecture de Miyagi, la plus touchée par la catastrophe. La ville de Kesennuma compte 75.000 habitants. Elle est située à environ 150 kilomètres de Fukushima. Plusieurs médias, parmi lesquels la chaîne d'information américaine CNN, l'ont diffusé.
On assiste à la très rapide montée des eaux depuis un bâtiment situé à quelques dizaines de mètres de la mer. Des sirènes résonnent et une voix se fait entendre, probablement par haut-parleur. Les flots emportent d'abord les premiers véhicules garés en bord de mer avant de s'enfoncer vers les terres. Au large, un bateau dérive et fonce vers ce qu'il reste du rivage. Des bâtiments entiers cèdent, libérant dans l'eau des objets en tout genre. La ville n'est plus qu'une rivière.
lundi 28 mars 2011
Présidentielle : Sarkozy peut-il renoncer ?
« Pure folie »
Soit le chef de l'État poursuit sa marche vers la droite lancée en juillet dernier lors du désormais fameux discours de Grenoble. Nicolas Sarkozy pourrait alors faire comme en 2007 et glaner au FN de précieuses voix. Rien ne dit qu'en 2012, cette tactique soit efficace ; le Front national, au plus bas en 2007, sera bien présent l'année prochaine.
Soit le président effectue un virage au Centre, histoire de ramener dans son giron les déçus du sarkozisme, les modérés prêts à voter PS lors de la prochaine élection présidentielle. C'est cette tactique que proposait lundi François Baroin en estimant qu'il fallait « mettre un terme » aux débats sur la laïcité et sur l'islam en France. C'est cette même route que François Fillon a écarté, lundi à l'Elysée lors d'une réunion du parti majoritaire, en assurant que l'UMP ne devait pas « changer de cap ».
Soit Nicolas Sarkozy renonce et s'évite une possible défaite au premier tour de la présidentielle. Pour l'heure, cette hypothèse n'est certainement pas à l'ordre du jour.
Quel parti peut-il honnêtement se réjouir des résultats de ces cantonales ? Aucun. Le niveau de l’abstention pourrait suffire à résumer le degré de désintérêt des Français pour un scrutin considéré à juste titre, comme marginal. Il va plus loin en exprimant l’exaspération silencieuse du pays contre une classe politique de plus en plus décalée par rapport au réel.
Et ce n’est pas fini… Hier soir, les prestations à la télévision des dirigeants de la majorité et de l’opposition, comme des autres mouvements qui s’estiment «différents», ont montré qu’au-delà des mots ils n’avaient toujours rien compris au phénomène de rejet dont ils sont l’objet : mêmes vantardises des vainqueurs, mêmes dénis des vaincus, mêmes langues de bois des uns et des autres, mêmes promesses qui sonnent creux, mêmes comédies hypocrites devant les caméras comme ce numéro rassembleur surréaliste de Patrick Devedjian. Les artifices grossiers après les affaires choquantes ? Le cocktail s’annonce dévastateur.
44 % de participation à un tel rendez-vous électoral, cela relève presque du miracle tant ces élections ont été instrumentalisées jusqu’à l’insupportable par l’ensemble de ses acteurs. Cette agitation cache une vérité dérangeante : au premier tour, tous les mouvements en lice sauf un (Europe Ecologie-Les Verts) avaient perdu des voix ! Si on la regarde de près, la «poussée» du Front national, par exemple, n’est que très relative : elle résulte avant tout de l’affaiblissement spectaculaire de l’UMP. Le parti de Marine Le Pen prospère, en effet, sur la porosité avérée de sa frontière avec l’aile la plus dure du parti présidentiel. Ses progrès traduisent surtout une droitisation très nette de la France conservatrice. Le FN ressort de ce scrutin avec l’assurance que ses idées les plus radicales et parfois les plus simplistes ont été banalisées, intégrées pleinement au débat. Quant à la gauche, sa victoire est plus laborieuse qu’il n’y parait car elle ne correspond à aucun élan populaire réellement mesurable. Elle n’ouvre pas «la porte du changement»comme le prétend Martine Aubry. Elle empile seulement les briques pour approcher les 50 % mais en superposant des divergences fondamentales. Comment résistera cette construction bancale au choc des primaires ? C’est une autre histoire…
Si ces cantonales 2011 sont, comme on l’a entendu, «le coup d’envoi de la présidentielle 2012», alors il y a lieu de s’inquiéter, et de redouter une profonde fracture démocratique. La France politique n’a vraiment pas bonne mine ce matin. Et s’il faut relativiser la valeur des sondages, on ne peut que s’interroger en voyant le chef de l’Etat arriver, dans l’un d’eux, en troisième position avec seulement 17 % des intentions de vote à un an seulement de l’échéance. Dans l’histoire et la logique de la V e République, cela fait désordre quand même.
Oublions les sondages : rien ne vaut une élection, fût-elle cantonale, pour sonder les reins et les cœurs des Français. Et qu’avons-nous dit, en ces deux dimanches de printemps ? Que nous sommes victimes d’une grosse, d’une très grosse fatigue. Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, l’avait diagnostiquée dès la semaine dernière. Les Français, disait-il, sont en « burn out », exaspérés, épuisés. Sans envie ni désir, sinon la rage de crier « merde », ou de gueuler « non ». On l’avait fait lors de l’élection présidentielle de 2002. On avait recommencé en 2005, contre le projet de Constitution européenne… La présidentielle avait en 2007 recréé l’espoir dans la politique, mais c’est fini, l’élan est retombé. Est-ce perdu pour 2012 ? Il faudra, expliquait Jean-Paul Delevoye, des réponses politiques, pas des postures, une vision, une morale. On ne saurait mieux dire.
dimanche 27 mars 2011
José Socrates réélu à la tête du parti socialiste portugais
Quelques jours à peine après avoir été poussé à la démission, le premier ministre portugais José Socrates a été réélu à la tête du parti socialiste, avec 93,3 % des votes des militants, un score qui lui permettra de mener la bataille des élections législatives anticipées.
La démission du chef du gouvernement n'a pas encore été officiellement acceptée par le président de centre-droit Anibal Cavaco Silva, qui a entamé vendredi les consultations obligatoires avant de pouvoir dissoudre l'Assemblée et convoquer de nouvelles élections.
Tous les partis ont appelé à l'organisation rapide d'élections anticipées, mais le scrutin pourrait toutefois intervenir trop tard, compte tenu de l'urgence financière dans laquelle se trouve le pays, qui doit rembourser neuf milliards d'euros de dette d'ici à la mi-juin, les marchés exigeant de leur côté des taux d'intérêt historiquement élevés pour le refinancer.
Selon un sondage paru vendredi, l'opposition de centre-droit pourrait obtenir la majorité absolue en cas d'élections législatives anticipées. Successeur probable de M. Socrates, le président du Parti social-démocrate Pedro Passos Coelho a multiplié les gages en direction des marchés et des dirigeants européens, réaffirmant son soutien aux objectifs de redressement des comptes publics et aux réformes structurelles.
Allemagne : percée des Verts et défaite historique de la CDU dans son propre fief
Alors que les Allemands ont défilé, samedi 26 mars, contre le nucléaire et contre leur propre chancelière, Angela Merkel, le camp conservateur-libéral a perdu une élection régionale cruciale, dimanche, au profit des Verts, selon un sondage sortie des urnes.
Les grands gagnants du scrutin dans le riche Etat du Bade-Wurtemberg (sud-ouest) sont les Grünen, qui recueillent 25 % des voix, contre 11,7 % en 2006. Ils peuvent revendiquer pour la première fois de leur histoire le poste de chef d'un gouvernement régional, en s'alliant comme prévu avec les sociaux-démocrates (SPD), qui ont obtenu 23,5 % des suffrages, selon la chaîne de télévision publique ARD.Bien qu'arrivée en tête avec 38 % des suffrages, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de Mme Merkel n'obtient pas assez de voix pour conserver, avec son partenaire libéral FDP, le pouvoir qu'elle détenait depuis 58 ans.
Selon ces premiers chiffres, le FDP a obtenu 5 % dans ce Land, qui accueille 4 des 17 réacteurs nucléaires du pays, et où la gronde contre la politique nucléaire de Mme Merkel a dominé la campagne depuis l'accident de la centrale japonaise de Fukushima.
Les Verts ont recueilli 17 % des voix dans l'Etat voisin de Rhénanie-Palatinat (ouest), où le SPD, qui gouvernait seul, arrive en tête avec 35,5 % des voix et peut conserver le pouvoir en s'alliant avec les écologistes.
La CDU de Mme Merkel a obtenu 34 % des suffrages et reste dans l'opposition, selon ces sondages. Les Verts font ainsi une entrée fracassante au parlement de Rhénanie-Palatinat, où ils n'avaient pas recueilli en 2006 les 5 % de voix nécessaires pour siéger. A contrario, le parti libéral (FDP) du ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle, en est chassé, ayant réuni seulement 4 % des suffrages, selon ce même sondage.
Libye : Les défections dans le clan Kadhafi s'enchaînent
Le régime pourrait craquer, selon Gates
Et les soldats ne seraient pas les seuls à prendre leurs distances avec Kadhafi : selon Hillary Clinton et Robert Gates, respectivement responsables de la diplomatie et de la défense américaines, « de nombreux diplomates et chefs militaires en Libye basculent, changent de côté ». Selon la secrétaire d'Etat, ils font défection « parce qu'ils voient comment ça va se terminer ». Sur NBC, le secrétaire à la Défense a pour sa part déclaré : « Ne sous-estimez pas la possibilité que le régime lui-même craque ».Si l'intervention de la coalition commence à porter ses fruits, le chemin jusqu'à Tripoli reste long. Et, comme l'a rappelé Robert Gates, une victoire des insurgés ne signifiera pas forcément une stabilisation rapide du pays. En effet, comme l'a rappelé Robert Gates, « un changement de régime est quelque chose de très compliqué ».
Quel séisme politique en Allemagne si le Bade-Wurtemberg, le Land de l’excellence économique, basculait à gauche, avec à sa tête un ministre-président issu des « Grünen » ! Il dirigerait un gouvernement de coalition avec les sociaux-démocrates SPD contre les chrétiens-démocrates CDU, au pouvoir depuis plus de cinquante ans, désormais relégués sur les bancs de l’opposition. Plus cauchemardesque encore pour Berlin, pour le gouvernement fédéral de la chancelière Merkel : ses alliés libéraux FDP disparaîtraient du Landtag de Stuttgart…
Impensable, aussi inimaginable qu’une hypothétique victoire de l’ultra-gauche dans le XVI e arrondissement de Paris ? Pourtant, selon tous les sondages, ce scénario pourrait devenir réalité ce soir. A cause de la catastrophe de Fukushima qui donne des ailes à tous les antinucléaires, surtout face au chef du gouvernement régional sortant, grand sympathisant de l’énergie atomique. A cause de « Stuttgart 21 », ce projet ferroviaire accompagné de destructions architecturales et violemment contesté. A cause, aussi, des incohérences de la politique allemande, telle qu’elle est menée à Berlin.
Nos voisins ne sont pas dupes. Ils mettent au compte de l’électoralisme le plus primaire l’annonce précipitée de la fermeture de centrales nucléaires. Ce qu’a d’ailleurs confirmé à demi-mot le propre ministre de l’ Economie d’Angela Merkel. Et s’ils sont majoritairement opposés à une participation de la Luftwaffe aux raids aériens sur la Libye, les Allemands n’approuvent pas pour autant l’isolationnisme de Berlin traduit en vote d’abstention à l’ONU en compagnie de la Russie et de la Chine.
Difficile, aussi, de comprendre la position des Libéraux FDP incarnée par le ministre des Affaires étrangères Westerwelle. Que le parti des milieux d’affaires, d’ailleurs créé au Bade-Wurtemberg, joue subitement la carte du pacifisme paraît pour le moins suspect. Encore de l’électoralisme ? Il est vrai que le FDP lutte pour sa survie, quitte à faire feu de tout bois.
A cette atmosphère délétère s’ajoutent critiques et dissensions au sein du gouvernement fédéral et de la majorité CDU/CSU-FDP du Bundestag. Sans oublier les propos de l’ancien chancelier Helmut Kohl qui, par voie de presse, vient de tancer vertement celle qu’il appelait « das Mädchen »…
Certes, sur un plan constitutionnel, Angela Merkel n’a rien à craindre de ces élections régionales. Tout au plus vont-elles rendre plus difficile la cohabitation au Bundesrat (la chambre des Länder) qui pèse très lourd pour les questions budgétaires. Mais la chute de la CDU au Bade-Wurtemberg aurait un impact psychologique énorme, à tel point d’ailleurs que l’autre élection régionale en Rhénanie-Palatinat (apparemment acquise au SPD et aux Verts) passe déjà pour secondaire. Une éviction des Libéraux du Landtag de Stuttgart ne pourrait pas rester sans conséquences à Berlin où d’aucuns voient déjà se profiler une nouvelle « grande coalition » réunissant chrétiens-démocrates CDU/CSU et sociaux-démocrates SPD.
Quel que soit le résultat de ces élections, une certitude est acquise : le pouvoir qu’exerce Angela Merkel est bien plus fragile que ne le pensent ceux qui présentent l’Allemagne en modèle. A toute l’Europe d’en tirer les conséquences !














