TOUT EST DIT

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mardi 21 juin 2011

Cercles vicieux

Les pompiers européens n’en finissent pas d’arroser l’incendie grec. Au propre comme au figuré, puisque tous les pays de la zone euro mettent la main à la poche, y compris le Portugal et l’Irlande qui touchent eux-mêmes une aide… à laquelle contribuent les Grecs. La France a déboursé, jusqu’à présent, 8,9 milliards d’euros, sur un total de 16,8 milliards voté par le Parlement. Tant que les Grecs paient leurs mensualités, cet argent rapporte des intérêts. Problème : comme tout surendetté, ils sont contraints d’emprunter pour rembourser… leurs emprunts en cours. C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux, ou encore une spirale infernale, dans laquelle créanciers et débiteurs sont étroitement imbriqués. Si les pays de la zone euro arrêtent de perfuser Athènes, ils ne retrouveront jamais leurs billes. Leur propre endettement grimpera en flèche, et ils seront attaqués à leur tour.

Voilà un an que la fuite en avant a débuté. Elle ne pourra pas continuer indéfiniment, car plus les Européens et le FMI aident les Grecs, plus ils leurs demandent des efforts pour être sûrs de se faire rembourser. Et ces efforts entraînent Athènes et le continent dans un deuxième cercle vicieux : l’austérité étouffe la croissance au moment où il faudrait, au contraire, la relancer au décuple !

Les médecins ont fait beaucoup de progrès depuis le Moyen Âge ; les économistes pas vraiment. Ils sont restés au bon vieux principe de la saignée. Pour un malade anémié, il y a mieux. Problème : l’Europe libérale – et même ultralibérale avec la Commission Barroso – ne peut pas imaginer d’autres remèdes que la vente des bijoux de famille. Elle demande à Athènes de privatiser jusqu’à la Poste, mais n’envisage pas une seconde de remettre en cause son mot fétiche – « concurrence » — qui, sous prétexte de gagner des parts de marchés en Asie ou en Amérique, dresse les entreprises et les peuples européens les uns contre les autres. Troisième cercle vicieux de cette crise : au lieu de renforcer la solidarité, l’UE creuse le fossé entre ceux qui, comme l’Allemagne, peuvent courir à la poursuite des Chinois, des Indiens et autres Brésiliens, et ceux qui, comme les Grecs (et les Français), tirent la langue parce qu’ils manquent de force.

On ne fera pas sortir Athènes du trou en cravachant les Grecs. Mais si ceux-ci s’effondrent, ils entraîneront dans leur chute l’ensemble de la zone euro.

mercredi 30 mars 2011

Impuissance

Les cantonales ont été plus qu’un tour de chauffe. En formule 1, on parlerait de séance de qualification, car elles vont influer sur la grille de départ de la présidentielle. Au PS, par exemple, François Hollande se fixait une victoire en Corrèze comme étape obligée d’une marche vers l’Élysée. Il a gagné, il sera donc candidat à la candidature. S’il se décide à entrer dans la danse, Dominique Strauss-Kahn aura au moins un poids lourd sur son chemin, et peut-être deux, car les gains socialistes de dimanche rejaillissent également sur la première secrétaire, Martine Aubry. C’est une constante au PS : les succès régionaux et locaux, en aiguisant les ambitions, compliquent la donne plutôt qu’ils ne la simplifient. La victoire des cantonales n’est pas un gage de sérénité en vue des primaires, loin de là !

Du côté de l’Élysée, on regardait avec gourmandise la gauche aiguiser les couteaux de la discorde. Mais c’était avant les cantonales, et celles-ci ont mis la pagaille au Château, dispersant les soutiens du président de la République comme un coup de tonnerre fait s’envoler une nuée de moineaux. Depuis qu’ils voient les suffrages de droite partir par paquets vers le Front national, les amis de Jean-Louis Borloo, les centristes, les chiraquiens s’en prennent – un peu tard quand même ! — à la droitisation du discours présidentiel. Entre les deux tours, François Fillon a contredit le chef de l’État sur le « ni FN, ni PS ». Hier, le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a souhaité l’arrêt du débat sur l’islam, ce qui apparaît comme un blasphème, quand on connaît l’amour de l’UMP — et du président – pour les débats qui fâchent les Français entre eux. Ces insolentes sorties sont en général suivies par des assurances d’indéfectible fidélité au chef de l’État, mais celles-ci ne trompent personne. Au sein du gouvernement, une fracture de plus en plus nette se dessine entre les sarkozystes et les autres.

Une fracture qui mène à la paralysie. Les rappels à l’ordre du président ne sont plus écoutés par personne, mais il est périlleux de changer de cheval. En 1974, l’appel de 43 élus de droite avait promu, à l’initiative de Jacques Chirac, la candidature de Giscard en lieu et place de celle de Chaban-Delmas. Mais celui-ci n’était pas président sortant… Désavouer Nicolas Sarkozy serait infiniment plus risqué. La droite grogne, mais c’est surtout d’impuissance.

lundi 28 mars 2011

La pompe a fonctionné à l’envers

La défaite de la majorité lors de ces cantonales était annoncée. Elle fait plus mal que prévu, pour deux raisons : moins de la moitié des Français concernés sont allés voter – où sont passés l’espoir et l’enthousiasme de 2007 ? — et l’UMP a perdu sur deux fronts, à sa gauche (c’était attendu) et encore plus à sa droite. Voilà qui bouscule la donne. La pompe présidentielle consistant à siphonner les suffrages du Front national a fonctionné à l’envers, vidant une partie des réserves de l’UMP. S’il reste fidèle à la même stratégie, avec le maigre bilan qui est le sien dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre l’immigration illégale et du pouvoir d’achat – entre autres – le chef de l’État se prépare des lendemains encore plus difficiles. Un sondage Ipsos indique qu’il pourrait être éliminé dès le 1 er tour de la présidentielle, avec seulement 17 % des voix contre Dominique Strauss-Kahn et Marine Le Pen ! Ce n’est certes qu’une enquête d’opinion, mais elle en confirme d’autres, et est en cohérence avec les résultats des deux derniers week-ends. L’UMP est, effectivement, à 17-18 %.

Jamais, dans l’histoire de la V e République, un président sortant n’a été donné battu dès le 1 er tour. Porte-parole du gouvernement, François Baroin a jugé nécessaire, hier soir, de dire que ce serait « pure folie » de choisir un autre candidat de droite en 2012, ce qui prouve, en passant, que l’hypothèse est évoquée. Il va désormais falloir que Nicolas Sarkozy démontre à sa propre majorité qu’il reste le champion de son camp. Ça pourrait devenir aussi rock’n roll à droite qu’au PS.

Cela dit, les satisfactions sont loin d’être totales dans l’opposition, à gauche comme à l’extrême droite. Le PS conforte ses positions, et peut rêver au basculement du Sénat, en septembre, mais il remporte moins de départements qu’espéré. Quant au Front national, il gagne des voix entre les deux tours, ce qui lui permet d’obtenir des conseillers généraux. Mais la victoire a un goût d’inachevé. À peine deux élus avec 17 % au 1 er tour, c’est peu, et il ne faut pas accuser le mode de scrutin : pour la majorité des électeurs, le FN reste un parti à part, dont il convient de se méfier. En tout cas, ce n’est pas un parti de rassemblement. Marine Le Pen s’annonce comme la possible trublionne de l’élection présidentielle, mais elle n’a aucune chance de vaincre au 2 e tour.

lundi 14 mars 2011

Moulinets incantatoires

Le séisme, le tsunami et les menaces nucléaires au Japon ont éclipsé le sommet de la zone euro, vendredi et samedi. Le rendez-vous était pourtant d’importance, puisque l’euro est à nouveau dans le collimateur des marchés, et que l’on pourrait assister, dès aujourd’hui, à une offensive contre la monnaie unique.

En Europe, ce n’est pas une centrale nucléaire qui fuit, c’est l’argent de la dette. La semaine dernière, l’agence de notation Moody’s a dégradé les notes de la Grèce et de l’Espagne : les plans de sauvetage élaborés dans la douleur depuis l’année dernière n’ont rien réglé. La Grèce est incapable de rembourser ses emprunts – tout comme l’Irlande d’ailleurs – et les plans d’austérité en Espagne et au Portugal n’ont pas mis ces deux pays à l’abri. Ils sont plus exposés que jamais à la rapacité des prêteurs.

Pour faire face, les dix-sept pays de l’euro ont renforcé leur « Fonds de soutien » abondé avec de l’argent virtuel (des garanties). Ils ont aussi baissé les taux d’intérêts appliqués à Athènes, tout en rallongeant la durée des prêts. Le surendetté a obtenu un petit sursis, qui a été refusé à l’Irlande, moins docile. Mais la crise reste entière. Sommet après sommet, les Européens posent des rustines et bricolent des dispositifs compliqués… qui ont pour caractéristique principale de contourner le vrai problème : le fossé économique ne cesse de s’agrandir entre les pays « en bonne santé » comme l’Allemagne, et ceux qui tirent la langue à force de vouloir marcher au même rythme qu’eux. Angela Merkel a obtenu à Bruxelles un « pacte pour l’euro » qui n’est qu’une nouvelle liste de sacrifices pour les économies les plus fragiles. Comme au Moyen Âge, le remède est la saignée, agrémentée de moulinets incantatoires masquant l’impuissance du médecin.

Impuissants, les Européens le sont avant tout à cause de leurs rendez-vous électoraux. Angela Merkel affronte une série de scrutins qui s’annoncent désastreux cette année, Silvio Berlusconi est sur un siège judiciaire éjectable et Nicolas Sarkozy est en année préélectorale. Pour tous, il s’agit de trouver des expédients permettant de tenir jusqu’aux échéances. Il est peu probable qu’ils y parviennent. Les marchés n’attendront pas, et le nouveau gouvernement irlandais non plus. Il a été mandaté par ses électeurs pour renégocier le plan d’austérité imposé au pays et il compte bien le faire dès le sommet de fin mars.

mardi 1 février 2011

Vous avez dit Alzheimer ?

Les bonnes âmes s’interrogeraient-elles avec tant de compassion sur la santé de Jacques Chirac si celui-ci ne devait pas comparaître à partir du 7 mars dans l’affaire des emplois fictifs présumés de la mairie de Paris ? Poser la question revient à y répondre : ce n’est pas la bonne ou mauvaise forme de l’ancien président qui préoccupe les commentateurs, c’est son sort judiciaire et, à travers lui, la sanction (ou le blanchiment) de pratiques qui ont marqué une génération de politiciens dont il est le symbole.


Les faits ne sont pas anodins. Jacques Chirac est mis en examen pour avoir fait payer, pendant des années, plusieurs collaborateurs du RPR, son parti, sur les fonds de la mairie de Paris, qu’il a dirigée entre 1977 et 1995. Le même dossier a valu en 2004 à Alain Juppé, son ancien adjoint aux finances, 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité. La carrière de l’ancien Premier ministre en a été mise à mal.


Faut-il solder enfin cette affaire qui remonte à 1998, date de la plainte déposée par un habitant de Paris ? Sans aucun doute, la réponse est oui. Il serait anormal de ne pas juger le chef, alors que son lieutenant a été condamné. Jacques Chirac aurait déjà comparu, d’ailleurs, s’il n’avait pas obtenu l’immunité du Conseil constitutionnel en tant que président de la République.


C’est aujourd’hui un vieux monsieur de 78 ans, et il ne s’agit pas d’en faire un bouc émissaire, ni de le comparer avec le sinistre Pinochet, comme a osé le faire l’ancienne juge Eva Joly. Ce qu’on lui reproche n’a rien de commun avec les crimes du dictateur chilien. On ne saurait lui imputer, en outre, tous les péchés des politiciens de droite et de gauche qui ont mélangé les comptes publics avec les besoins de financement de leurs partis respectifs. Parmi les bénéficiaires des largesses de la mairie de Paris figure le syndicaliste Marc Blondel, ancien patron de FO, qui a disposé d’un chauffeur payé par les contribuables…


Jacques Chirac affirme être en bonne santé et se dit résolu à assister au procès. Il n’y a aucune raison d’être plus… chiraquien que lui et de réclamer l’arrêt de la procédure. Le mot Alzheimer est prononcé avec insistance, malgré tous les démentis. Il ne faudrait pas que cette maladie, qui n’affecte pas l’ancien chef de l’État, selon son entourage, devienne celle d’une justice qui oublie de faire son travail.

lundi 24 janvier 2011

Réussir le G8 et le G20


Nicolas Sarkozy avait « réussi » la présidence française de l’Union européenne, au deuxième semestre 2008, mobilisant nos partenaires contre la crise financière qui a éclaté juste à ce moment-là, et s’offrant en médiateur efficace dans la guerre entre la Russie et la Géorgie. Cette présidence, qui avait suscité inquiétudes et sarcasmes avant qu’elle ne devienne effective, lui a finalement valu les louanges de ses pairs et lui a permis de regagner provisoirement une partie de son prestige perdu en France.


Il compte bien faire de même avec les présidences des G8 et G20 qui échoient cette année à Paris. Car entre-temps, le prestige du président de la République a de nouveau été bien entamé, comme en témoigne sa cote de popularité, au plus bas depuis son élection. Nicolas Sarkozy mettra donc tout son savoir-faire dans la balance pour réussir le sommet des pays les plus riches, en mai à Deauville, et des vingt pays qui comptent, en novembre à Cannes. Ce ne sont pas les chantiers qui manquent. Le chef de l’État en a lui-même proposé quelques-uns, qui ne sont pas dépourvus d’ambition et de panache : réforme du système monétaire international, amélioration de la gouvernance mondiale, « moralisation » des flux financiers…


Nicolas Sarkozy n’est jamais autant à l’aise que lorsque les objectifs qui lui sont fixés paraissent inatteignables, et c’est exactement la configuration qui se présente à lui. Il affirme aborder la montagne avec détermination, mais aussi avec modestie, sans vouloir provoquer de faux espoirs. Tout le contraire du langage à l’emporte-pièce qu’il a l’habitude d’utiliser en politique intérieure ! On a parfois l’impression qu’il y a deux Sarkozy, un impulsif qui parle aux Français sur un ton péremptoire, et un réfléchi qui s’adresse aux dirigeants de la planète avec diplomatie.


Outre l’obligation d’obtenir quelques résultats probants de la part des Chinois, des Américains et des Allemands sur le plan monétaire (ce qui n’est pas acquis), le président de la République devra se « réunifier » lui-même s’il veut faire fructifier ses deux mandats internationaux. Après deux premières conférences de presse tendues (surtout en janvier 2008), le troisième rendez-vous avec les journalistes accrédités à l’Élysée, ce matin, devrait permettre de mesurer le degré de « zénitude » du chef de l’État, à l’aube d’une année cruciale pour son avenir… et le nôtre.

lundi 17 janvier 2011

Nouvelle vendeuse

Le Front National modernise… son image. Marine Le Pen est plus présentable que son père ; elle ne traîne pas dans son sillage les jeux de mots douteux du fondateur du parti et les condamnations au pénal qui ont suivi ; elle ne cultive pas une haine du gaullisme héritée de la guerre d’Algérie et qui a contribué à isoler le Front National de la droite parlementaire. Son discours se veut plus rassembleur que celui de son père. Elle va jusqu’à évoquer Jean Jaurès – « trahi par la gauche » — et se pose en « garante » de la laïcité républicaine à la française.

Pour autant, elle ne coupe aucune passerelle idéologique ou politique avec l’extrême droite et ses thèmes récurrents. Dans sa bouche, la laïcité est un alibi pour développer une logorrhée anti-islam qui fait allègrement l’amalgame entre religion et politique… ce qui est le contraire de la laïcité.

Elle s’appuie, comme son père, sur de vraies dérives qui choquent les Français (prières dans la rue, adaptation des horaires des piscines aux femmes musulmanes, « cantines halal ») pour apporter de fausses réponses-miracle. Dans le registre du « y’a qu’à », elle s’inscrit pleinement dans la tradition antieuropéenne du FN, en réclamant la sortie de la zone euro, voire de l’Union tout entière.

Elle dénonce l’argent-roi, le FMI, Bruxelles et, sur ces points, son discours est presque devenu consensuel de la droite la plus dure à la gauche la plus révolutionnaire. Mais dénoncer tout ce qui ne va pas faisait déjà partie de la stratégie de son père. Il n’y a rien de nouveau du côté du populisme protestataire.

À 82 ans, Jean-Marie Le Pen a réussi une transition dans la pure tradition des partis d’extrême droite. Il a choisi sa fille, ce qui affirme la « marque » du parti et de la famille ; il s’est fait élire président d’honneur, ce qui lui ouvre les portes de toutes les instances du mouvement, et surtout, il garde la présidence de Cotelec, le micro-parti qui collecte les prêts et les dons au Front national. En d’autres termes, il garde la haute main sur les finances, et les deux pieds dans la place. La vitrine est neuve, mais la boutique propose les mêmes produits et, dans l’arrière-boutique, le patron veille. La vendeuse Le Pen, au comptoir, aura du mal à aguicher la droite classique. Ou alors, c’est que celle-ci le voudra bien, en toute connaissance de cause.

jeudi 13 janvier 2011

Angélisme bêlant

« Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait. » Ces propos lancés par le polémiste Éric Zemmour à un contradicteur qui se plaignait des « contrôles au faciès », dans l’émission « Salut les Terriens » sur Canal +, lui valent une assignation devant le tribunal correctionnel, où il est accusé « de provocation à la haine raciale ».

Il en faut peu, en France, pour être traité de raciste : il suffit de ne pas verser dans l’angélisme ! Pour avoir abondé dans le sens d’Éric Zemmour, en remarquant que « tous les Noirs et tous les Arabes ne sont pas des trafiquants », mais que « beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes », et pour avoir ajouté que « la censure interdit d’aborder clairement un tel sujet », le procureur Bilger a été convoqué par son procureur général. On ne dit pas les choses qui fâchent ! Pour les ayatollahs de la pensée unique, il convient au contraire de bêler en chœur le titre d’un vieux film des années soixante-dix : « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! »… Et tous ceux qui ne sont pas d’accord sont xénophobes, ségrégationnistes, voire fascistes.

Si les associations de défense des droits de l’Homme s’imaginent que c’est par l’excommunication qu’elles vont faire reculer le racisme, elles se trompent. La fuite des élites devant les réalités est plutôt de nature à jeter les Français dans les bras du Front National. C’est parce que les hommes politiques ont refusé pendant des décennies, d’appeler un chat un chat que les thèses de Le Pen ont progressé. Elles ont subi un coup d’arrêt quand Nicolas Sarkozy a mis fin à la politique de l’autruche, admettant notamment qu’il pouvait y avoir un lien entre l’immigration et la délinquance. Lien qui reste tabou pour la gauche, sauf pour Jean-Pierre Chevènement qui souligne qu’« il suffit de consulter les listings de la Direction centrale de la Sécurité publique du ministère de l’Intérieur pour constater que plus de 50 % des infractions constatées sont imputables à des jeunes dont le patronyme est de consonance africaine ou maghrébine ». Jean-Pierre Chevènement ne propose pas de faire la chasse aux immigrés, mais simplement d’accepter – enfin — un débat incontournable qui s’imposera en France comme il s’impose déjà en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas. Entre autres.

jeudi 30 décembre 2010

Impuissance 

Les intempéries des dernières semaines n’ont pas seulement perturbé la France. À Londres, à Francfort, à Bruxelles, à Moscou, à New York, les aéroports ont été bloqués dans un épouvantable chaos, les routes embouteillées et les trains annulés ou retardés, souvent de plusieurs heures. Des dizaines de milliers d’Européens et d’Américains ont été (ou sont encore) privés d’électricité. Bref, c’est la chienlit partout, même en Russie et au Canada, où l’on a pourtant l’habitude des chutes de neige massives.

Chaque gouvernement réagit comme il peut, ou plus exactement… comme il ne peut pas. Brice Hortefeux détient le pompon de l’humour involontaire, quand il affirme que « ce qui pose problème, ce sont les routes quand elles sont inclinées ». Rendons cependant justice à notre ministre de l’Intérieur : Michael Bloomberg, le maire de New York, ne fait pas mieux, en remarquant : « La situation est mauvaise, personne ne dit que c’est facile. » Si l’on organisait le concours du dirigeant le plus impuissant, il y aurait du monde à lutter pour le podium, à commencer par Poutine, qui masque les faiblesses de sa propre administration en attaquant les services chargés d’assurer le fonctionnement des aéroports. Fillon s’en était pris pour sa part aux prévisions de Météo France…

En vérité, tout le monde a été dépassé, pour deux grandes raisons : la première, c’est que la nature reste la plus forte ; la seconde tient au démantèlement, partout dans le monde, d’une structure sociale s’articulant autour des services publics. Que ce soit sur les routes, sur les rails ou dans le transport aérien, tout est segmenté et livré à la concurrence : autoroutes concédées, traitement des bagages sous-traité… La puissance publique, elle, est réduite au minimum. À New York, où des quartiers entiers n’ont jamais été déneigés, 400 postes d’agents municipaux ont été perdus ces dernières années…

La Commission européenne ne manque pas de toupet quand elle se fâche contre la gestion de la crise par les aéroports. C’est pourtant Bruxelles qui a « libéralisé » le ciel européen et qui pousse à la même concurrence dans les chemins de fer. Les clients ne sont plus considérés comme des citoyens, mais comme du gibier qu’il s’agit de capturer, afin de faire tourner l’économie, érigée en nouveau veau d’or. On s’aperçoit aujourd’hui que l’économie a aussi besoin de services publics performants.

lundi 13 décembre 2010

La patience selon Ségolène


Interrogée sur son impatience à se porter candidate à la présidentielle, Ségolène Royal a répondu, avec une belle candeur, hier matin au micro d’Europe 1, qu’elle était en réalité « très patiente », car elle a attendu « plus de trois ans » pour déclarer sa candidature. Autrement dit, elle ne pense qu’à ça depuis sa défaite de 2007. On le savait, bien sûr. Mais l’aveu n’est pas anodin, car il éclaire les jeux d’ombre et de lumière qui agitent le Parti socialiste. En façade, les militants ont eu droit aux mamours Royal-Aubry à la tribune de la convention socialiste de samedi. Dès que les projecteurs furent éteints, le grand concours de lancer de peaux de bananes sous les escarpins de la sœur ennemie a repris. Aubry défend-elle la tenue des primaires socialistes à l’automne 2011 ? Royal trouve qu’il s’agit là d’une « drôle d’idée » et souhaite « rectifier le tir ». Aubry se félicite-t-elle de l’unité retrouvée au PS autour du projet sur « l’égalité réelle » ? Dès le lendemain, Royal annonce qu’il sera impossible de tenir tous les engagements du texte. La première secrétaire n’a pas fini d’être démentie par sa rivale du congrès de Reims. En toute amitié, bien entendu… avant que les fleurets mouchetés ne fassent place aux tirs à balles (politiques) réelles. Ce qui ne saurait tarder, vu l’accélération du calendrier des ambitions.


Après un semblant de travail sur le fond, les socialistes s’éloignent une nouvelle fois des préoccupations de leurs électeurs pour s’abandonner aux délices des rivalités internes. Ils se disent qu’ils peuvent bien se payer ce luxe, puisque tous les partis, de l’UMP au Front National, font de même. À l’UMP, Jean-François Copé vient de réussir son pronunciamiento contre Xavier Bertrand, au FN Marine Le Pen et Bruno Gollnisch se livrent une bataille sans merci pour la succession de Le Pen père. Partout, les coups bas pleuvent, ce qui ne redore pas l’image du microcosme politique (la réélection très « soviétique » de François Bayrou à la tête du MoDem non plus, d’ailleurs).


La France paie au prix fort le remplacement du septennat par un quinquennat qui rapproche les échéances au détriment du travail à long terme. Mais soyons réalistes : nos hommes et femmes politiques sont-ils capables de voir plus loin que le bout de leur nez ? On en doute : la description de la « patience » par Ségolène Royal ne vaut pas que pour elle.

jeudi 18 novembre 2010

Corruption et financement politique


L’affaire Bettencourt a fait sauter un ministre, Éric Woerth. L’affaire Karachi pourrait faire plus de dégâts encore dans la classe politique, car il y a mort d’hommes innocents. Le 8 mai 2002, une bombe tuait quatorze personnes, dont onze techniciens et ingénieurs français, venus assembler à Karachi des sous-marins vendus au Pakistan. Pendant des années, les enquêteurs ont suivi, sans succès, la piste d’Al-Qaïda. Elle était bien pratique, cette piste, mais elle n’a mené nulle part… Depuis que, sous la pression des familles des victimes, la justice s’intéresse à celle de la corruption, les éléments du dossier s’emboîtent beaucoup mieux !


Le schéma est tristement banal : pour obtenir le marché des sous-marins, en 1994, l’État français aurait généreusement « arrosé » les clients pakistanais. Tout le monde fait pareil, diront les spécialistes des contrats d’armement. Oui, mais la corruption ne se serait pas arrêtée là : une grande partie des pots-de-vin serait revenue en France pour financer, notamment, la campagne électorale d’Édouard Balladur… qui a finalement été battu, en 1995, par Jacques Chirac. Celui-ci, en rétorsion contre son « ami de trente ans », aurait mis fin au versement des bakchichs, provoquant la fureur des Pakistanais, et, sept ans plus tard, l’attentat de Karachi.


Élucubrations ? Nicolas Sarkozy, qui était, en 1994 et début 1995, ministre du Budget et porte-parole d’Édouard Balladur – et donc deux fois aux premières loges de ce dossier —, a parlé de « fable » à propos des soupçons de corruption. Il vient d’être contredit par Charles Millon, ancien ministre de la Défense de Jacques Chirac, qui a confirmé, lundi, devant le juge Van Ruymbeke, l’existence de rétrocommissions. Ce témoignage ne peut être ignoré. Scandale d’État ou pas, et même si de très hauts responsables politiques sont impliqués, il faut vider l’abcès. Les Français ont le droit de savoir ce qui s’est réellement passé à Karachi et, aussi, pourquoi les comptes de la campagne électorale d’Édouard Balladur ont été validés par le Conseil constitutionnel, en 1995, malgré un avis défavorable des rapporteurs chargés de les éplucher. Il ne sert à rien d’édicter des lois encadrant le financement des partis politiques si elles ne sont pas appliquées.