vendredi 13 février 2015
Debout face à Poutine, couché face au chômage
Il est plus facile de se dresser face au nouveau tsar de Russie que d’apporter des solutions au chômage ou de s’attaquer à la réduction des dépenses publiques.
Quand les Français comprendront-ils enfin à quel point leur président de la République se moque d’eux ? Quand prendront-ils conscience de cette imposture qui consiste à invoquer l’unité nationale pour ne pas aborder les problèmes du pays ? Quand en finira-t-on avec cette mascarade qui a pour nom l’“esprit du 11 janvier” ? Pendant deux heures de conférence de presse, non seulement François Hollande a apporté de fausses solutions aux vrais problèmes soulevés par la montée des communautarismes, les dangers de l’islam radical et les violations au principe de laïcité, mais il n’a pas jugé bon de parler de la dette de près de 2 050 milliards d’euros, du déficit budgétaire qui continue d’augmenter et surtout du chômage qui a frappé 600 000 Français de plus en deux ans et demi de mandat.
Depuis le 11 janvier dernier, la situation quotidienne de millions de Français, en découvert dès le 5 ou le 6 du mois, écrasés par les impôts, angoissés pour l’avenir de leurs enfants et terrifiés par une insécurité grandissante, n’intéresse plus le président de la République. Depuis qu’il a défilé vingt minutes dans les rues de Paris aux côtés de quarante chefs d’État, il se rêve en casque bleu de tous les conflits possibles, en héraut du monde libre et en Kissinger des temps modernes. Après avoir échoué — heureusement — à obtenir des bombardements sur la Syrie de Bachar al-Assad qui constitue maintenant l’un des plus précieux remparts contre l’État islamique, notre “capitaine de pédalo” pense pouvoir faire la leçon à Poutine. Le voilà parti pour nous faire croire qu’il va établir un plan de paix durable entre l’Ukraine et la Russie. Son but n’est pas tant de garantir les frontières d’une Ukraine qui est aussi russe que l’Alsace et la Lorraine sont françaises que de montrer sa volonté de tordre le bras à Poutine. Véritable politique de gribouille tant le nouveau tsar de Russie est sans doute notre meilleur allié dans la lutte à venir contre les islamistes conquérants.
Mais face à la médiasphère parisienne, au microcosme du Café de Flore et aux ténors de la gauche caviar, il est tellement plus facile de se dresser face à Poutine, comme Chirac l’avait fait contre Bush. Qu’elle est grande la capacité de nos dirigeants à transformer nos alliés naturels en ennemis de circonstance ! Il ne faut pourtant pas être dupe. Au milieu des dorures de la salle des fêtes de l’Élysée, il est bien plus facile de faire le fier face au président russe que d’apporter des solutions au chômage de masse qui gangrène la France. Il est bien plus aisé d’annoncer des sommets de la dernière chance pour l’Ukraine que de s’attaquer à la réduction des dépenses publiques. Il est tellement plus noble de vouloir “sauver le monde” plutôt que l’économie française.
Le problème, c’est qu’à ce mauvais jeu politique fait de pure communication et d’improvisation complète, la France pourrait se retrouver deux fois perdante. D’abord en se mettant à dos l’une des principales puissances d’une future grande Europe, qui, plutôt que de s’élargir à la seule Ukraine, irait naturellement “de l’Atlantique à l’Oural”. Ensuite en laissant de côté les réformes structurelles que les Français attendent avec tant d’impatience. De manière à stopper l’ascension fulgurante de la dette, à arrêter ce rouleau compresseur fiscal qui a mis au tapis l’an passé plus de 63 000 entreprises, et surtout à recréer de la croissance ; de la vraie croissance, celle qui crée de l’emploi, des richesses pour tous, de l’investissement et de la confiance. Mais François Hollande aime tellement les chômeurs qu’il a décidé de les multiplier. Il aime tellement la lumière de la diplomatie qu’il s’en trouve aveuglé. Et il aime tellement la duplicité qu’à défaut de s’occuper de la vie des Français, il précipite la mort de la France en lui cherchant des ennemis dont elle se passerait bien.
P.-S. : le 3 février, la justice m’a condamné pour avoir publié le 26septembre 2013 une couverture de votre magazine illustrée d’une “Marianne voilée” avec comme titre « L’invasion ». Parce que Valeurs actuelles a voulu alerter l’opinion sur l’islamisation rampante de la France, nous voilà censurés au même titre qu’Éric Zemmour et cloués au pilori médiatique comme l’a été Philippe Tesson. Je tiens à remercier tous les lecteurs qui se sont manifestés à cette occasion et qui nous ont assurés de leurs encouragements afin de continuer à clamer la vérité en trempant nos plumes dans les plaies du pays. Bien sûr nous avons fait appel de cette décision de justice. Mais votre soutien, sous la forme d’abonnements massifs pour vous et vos proches, nous fera chaud au coeur et montrera à tous ceux qui veulent nous faire taire que vous êtes aussi nombreux que déterminés. D’avance merci à vous tous.
jeudi 12 février 2015
L'Eurogroupe dans l'impasse grecque
Au terme d'une réunion des ministres des finances de la zone euro, en présence du FMI et de la BCE, les Dix-huit ne sont pas parvenus à trouver un accord sur la dette grecque, même une déclaration commune. Une issue presque inédite.
Yanis Varoufakis, le pugnace ministre chauve qui a séduit la foule d'Athènes, est entré dans la fosse aux lions, à Bruxelles. Et comme attendu, de l'Allemagne à la BCE, en passant par le FMI et le fonds de secours européen, les grands fauves de l'Eurogroupe ne se sont pas laissé attendrir: le face-à-face, plutôt lourd, s'est achevé au bout de six heures sans autre promesse qu'un deuxième rendez-vous lundi, dans la même arène.
Le ministre des finances est arrivé de Grèce armé de toute sa défiance. «Nous ne cherchons pas l'affrontement et ferons ce qu'il faut pour l'éviter, avait-il prévenu depuis les bancs du parlement à Athènes. Mais exclure le choc par avance serait montrer que nous n'avons pas la foi de négocier durement». C'est Alexis Tsipras lui-même, tout juste confirmé par un vote de confiance, qui a fixé le mandat de la même tribune: ni retour en arrière, ni crédits européens au prix de ce qu'il appelle la «cruelle» austérité. Avant d'ajouter, sous les applaudissements: «'nous ne discuterons jamais l'extension du plan de sauvetage européen, parce qu'il a déjà échoué» au cours des cinq dernières années.
C'est maigre, négatif et peu propice à la négociation. A Bruxelles, le ministre Varoufakis s'est tenu scrupuleusement à cette ligne. Et il a été incapable de s'entendre avec ses dix-huit collègues de l'euro sur la rédaction, même d'une déclaration commune, une issue presque inédite. Plusieurs brouillons ont circulé. Mais faute d'accord sur les mots, le chef de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a préféré jeter l'éponge. L'idée d'un travail d'experts pour préparer le huis-clos de lundi n'a pas abouti non plus. La conférence de presse finale, annoncée peu après 23 heures, a débuté bien plus tard que minuit. Elle a duré 10 minutes à peine.
Les caisses vides le 28 février
Cette impasse au premier tournant pourrait propulser le dilemme grec à l'échelon supérieur: le sommet européen qui s'ouvre cet après-midi à Bruxelles, en présence pour la première fois d'Alexis Tsipras. Les autres dirigeants européens n'ont pourtant aucune envie de transformer en session de négociation un conclave déjà dominé par la crise ukrainienne et par la lutte contre le terrorisme.
Plus sûrement, le revers rapproche un peu plus la Grèce et son nouveau gouvernement d'un défaut de paiement, faute des financements requis de l'UE et du FMI. Le second plan de sauvetage, signé en mai 2012, vient à expiration le 28 février à minuit sauf prolongation, fût-ce de quelques mois, avec le nécessaire accompagnement d'un plan de réformes et de contrôle budgétaire. A supposer qu'Athènes s'y résolve, la décision devrait être prise au plus tard la semaine prochaine afin d'obtenir le nécessaire feu vert de chacun des dix-huit autres pays, notamment celui du Bundestag en Allemagne.
Mercredi soir, les ministres des finances de l'euro attendaient de la Grèce qu'elle leur soumette au moins des idées neuves pour avancer. «Le point de départ, c'est la poursuite du plan de sauvetage en cours. Et c'est sur cette base que nous verrons s'il est possible ou non de poursuivre notre soutien» financier, avertissait Jeroen Dijsselbloem. Las, selon plusieurs participants, Yanis Varoufakis est arrivé les mains vides, cramponné dans son refus et sans aucune des propositions concrètes qui auraient permis d'engager la discussion. «Il n'y a pas d'accord sur le sujet, il nous faut un peu plus de temps», a reconnu dans la nuit le chef de l'Eurogroupe, plutôt crispé. Pour Pierre Moscovici, le commissaire en charge, l'échange a au moins permis de «clarifier la position» de chacun.
Bruit et silence de Cour
À quoi sert le rapport de la Cour des comptes ? Si c'est pour collectionner les perles de la gestion administrative, alors franchement le rapport ne sert à rien. Autant employer un bon comique et lui offrir un « prime time » annuel, il aura le mérite d'amuser la France.
Si le rapport sert à rectifier un tant soit peu quelques dérives, alors oui, cet exercice vaut la peine de nous alerter pour un meilleur usage de l'argent public. C'est ainsi que, cette année, le rapport pointe pêle-mêle la mauvaise gestion de l'eau, le coût des salaires des fonctionnaires d'outre-mer, la charge des petites stations de ski des Pyrénées, sans oublier la densité inutile des sous-préfectures et le marché de l'électricité.
Le rapport s'est particulièrement concentré sur deux sujets de notre vie quotidienne : les agences de l'eau et la qualité des liaisons des trains Intercités. Concernant l'eau, ce sont les agences de bassin qui sont épinglées pour leur opacité, leur complexité et les conflits d'intérêts qui les minent. Ajoutons l'absence de démocratie citoyenne dans la composition de leur gouvernance, le poids des lobbys pollueurs et on aura compris pourquoi un si lourd chapitre leur est consacré. Autre point : la vétusté des trains Intercités, qui devraient être des outils de qualité sur les grandes distances non desservies par les TGV. La Cour pointe l'obsolescence du matériel, l'inanité et la médiocrité du service, la déficience de la gestion. Un sujet qu'on connaît trop dans le centre de la France avec les liaisons ferroviaires Paris\Clermont-Ferrand et Paris- Toulouse via Limoges.
L a Cour n'oublie pas le déficit de la France et l'objectif impossible des 3 %. Mais elle observe un silence très contestable sur le coût financier de l'engagement de la France pour combattre le djihadisme sur les terrains d'Afrique et du Proche-Orient. Engagement pour lequel la France supporte seule la charge financière, les pays européens étant plus prompts à lui reprocher son déficit (relayés par la Cour des comptes) qu'à mettre la main à la poche pour partager la charge de la lutte contre le terrorisme. n
De l’insignifiance à long terme du politique
Quelle est la place de la politique dans l’évolution de notre civilisation ?
Une étape majeure de l’évolution historique occidentale se situe entre le 14e et le 16e siècle. Des hommes prennent alors conscience qu’ils n’appartiennent plus au Moyen Âge. Il s’agit d’intellectuels comme le poète italien Pétrarque qui prône la redécouverte des auteurs anciens en respectant le texte original grec ou latin. Ces hommes s’aperçoivent que la longue période qui commence au 5e siècle, lorsque s’effondre l’Empire romain d’Occident, arrive à son terme. On appellera Renaissance ce vaste mouvement culturel qui conduit à notre modernité. Mais qui joue un rôle majeur à cette époque ? Ce sont des philosophes, des humanistes (Érasme, Thomas More), des artistes (Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël), des scientifiques (Copernic, Galilée, Francis Bacon), des explorateurs (Vasco de Gama, Christophe Colomb). Sans doute, le pouvoir politique de l’époque peut parfois encourager ces initiatives individuelles. De nombreux membres de la famille Médicis commanditeront de grands artistes et encourageront des humanistes. Mais les Médicis représentent un des cas particuliers de grandes familles patriciennes italiennes ouvertes à la pensée et aux innovations artistiques et techniques. D’une manière générale, le pouvoir politique est surtout un frein à la créativité car il privilégie une vision traditionnelle de l’avenir.
Le politique joue apparemment un rôle majeur dans le cours de notre existence et dans l’histoire humaine. L’histoire du 20e siècle en fournit mille exemples. La révolution bolchevique a transformé de fond en comble la société russe, le fascisme et le nazisme ont conduit à la guerre et à l’extermination de six millions de juifs, la décolonisation a fait émerger un nombre important de nouveaux États. La vie individuelle d’un être humain peut ainsi rencontrer l’histoire et s’en trouver bouleversée. La littérature utilise abondamment ce thème : que l’on songe simplement au docteur Jivago de Boris Pasternak. On pourrait ainsi penser que le destin des hommes est configuré par le politique, que le pouvoir politique construit le devenir historique en fonction de ses projets. Mais il n’en est rien. Notre devenir historique résulte d’une multitude d’initiatives individuelles, certaines d’entre elles pouvant avoir un impact majeur car elles constituent des innovations de portée historique.
Le long terme historique et l’individu
Il suffit de changer d’échelle temporelle pour comprendre le caractère accessoire du facteur politique. Si, au lieu de se focaliser sur l’histoire d’un État ou même d’une civilisation, le regard s’éloigne et observe l’humanité depuis ses origines, il apparaît immédiatement que les péripéties politiques n’ont que peu d’impact sur notre devenir à long terme. Pourquoi les hommes passent-ils du paléolithique au néolithique entre –10 000 et –5 000 dans certaines zones géographiques ?
Parce que certains d’entre eux ont commencé à faire des expériences de culture des céréales ou d’élevage, que ces expériences ont suscité l’intérêt de leurs contemporains et qu’au fil des générations, un nouveau mode de vie est apparu. Cette révolution agricole n’a rien à voir avec le politique au sens très large, c’est-à-dire avec les individus dominants des groupes humains paléolithiques qui proposaient par exemple de migrer d’un lieu vers un autre, ou d’entrer en conflit avec un autre groupe. C’est l’intelligence de quelques individus, n’appartenant vraisemblablement pas au cercle des chefs, qui a permis les innovations déterminant le devenir historique. On peut en dire de même de l’évolution ultérieure pendant le néolithique, avec l’utilisation progressive des métaux (bronze, cuivre, fer) améliorant considérablement l’outillage agricole. Faire progresser les techniques agricoles, c’est permettre aux hommes de mieux se nourrir et d’éviter les famines, et cela est beaucoup plus important que de déclencher une guerre pour accaparer provisoirement un territoire.
La Renaissance est culturelle, pas politique
La révolution industrielle ne doit rien à la politique
Lorsque débute la révolution industrielle, ce sont encore des individus créatifs et entreprenants qui imaginent l’avenir : les dirigeants des manufactures, les penseurs de l’économie, les chercheurs. En choisissant des exemples dans l’histoire de France, on peut se poser quelques questions iconoclastes. La révolution française de 1789 a-t-elle joué un rôle essentiel ? Les absurdes guerres de conquête napoléoniennes ont-elles eu la moindre importance durable ? Les réponses sont évidemment négatives car de nombreux autres pays ont connu des péripéties politiques radicalement différentes pour aboutir aujourd’hui à un mode de vie et à un niveau de vie similaires aux nôtres. Le siècle des lumières et ses philosophes ont préparé culturellement une évolution profonde de la société mais sa mise en œuvre est le fait d’innombrables initiatives individuelles qui se manifestent dans le système de production et la recherche scientifique. En France, les politiques n’ont fait que caricaturer une pensée orientée vers la liberté pour aboutir finalement à la dictature de Robespierre puis à celle de Napoléon Ier.
Sciences, techniques et économie déterminent l’avenir
Lénine, Staline, Hitler, Mussolini et tous les psychopathes assoiffés de pouvoir ont évidemment moins d’importance que Louis Pasteur, Alexander Flemming et même que mère Teresa ou que l’abbé Pierre. Les premiers auront exercé un temps leur capacité de nuisance en assassinant des millions d’hommes, mais il ne restera rien d’eux dans quelques siècles. Les seconds ont permis à des centaines de millions d’êtres humains de se soigner et de guérir ou sont venus donner un exemple d’élévation morale tout à fait hors du commun. Ils resteront dans nos mémoires car leur action se prolonge encore. Quant aux leaders politiques des démocraties, qui ont le bon goût – justice leur soit rendue — de nous éviter le goulag, ils sont très vite oubliés. Demandez à des français pris au hasard de vous citer un Président du Conseil de la Troisième République. Vous n’obtiendrez que très peu de réponses et la plupart de vos interlocuteurs ignoreront ce qu’est un Président du Conseil. Leur action est d’ailleurs un échec cuisant puisqu’elle aboutit au second conflit mondial. La gauche prétendra que l’instauration des congés payés et de la semaine de 40 heures en 1936 par Léon Blum est une avancée sociale considérable. Certes, mais tous les pays développés ont connu, à peu de choses près, la même évolution sociale. Celle-ci provient donc davantage de la croissance économique et du progrès technique, qui améliore la productivité, que du facteur politique. Autrement dit, en détournant le credo marxiste selon lequel les infrastructures économiques déterminent les superstructures juridiques, on pourrait affirmer que le progrès du capitalisme détermine le progrès social. Notons au passage que si la pensée marxiste dévalorise le politique par rapport à l’économique, la praxis marxiste lui accorde un rôle majeur. L’action ne s’embarrasse pas de subtilités doctrinales.
La révolution technologique actuelle et la réticence des politiques
La révolution technologique qui débute à la fin du 20e siècle (technologies de l’information et de la communication, biotechnologies, sciences cognitives et leur synthèse en NBIC) se diffuse dans la société par l’action d’entrepreneurs qui ont le sens de l’histoire et qui comprennent bien avant le monde politique les bouleversements que peuvent induire certaines innovations techniques. Ce sont bien les Bill Gates, Steve Jobs, Steve Wozniak, Larry Page, Sergueï Brin, Jeff Bezos qui ont créé les entreprises configurant la communication planétaire contemporaine. Mais ces grands noms ne représentent que les réussites économiques majeures. Ce sont en réalité des millions d’initiatives individuelles qui, en se concurrençant et en se conjuguant, ont fait émerger l’écosystème numérique dans lequel nous vivons. L’attitude des politiques a été suiviste, réticente ou normativiste. Que de sottises n’a-t-on pas entendu ces dernières années à propos du livre numérique ou de la presse en ligne ! C’est la peur de voir disparaître les secteurs traditionnels de l’édition ou de l’imprimerie qui domine chez les politiques, pas du tout une vision de l’avenir s’appuyant sur les fabuleuses potentialités de la révolution technologique en cours.
Les petits subterfuges des politiciens
En France, des ministres à l’esprit étriqué n’ont eu de cesse de chercher à s’opposer à Google ou Amazon par de petits subterfuges règlementaires sans avenir et facilement contournés. Aurélie Filippetti a été la risée du monde entier en interdisant la gratuité des frais d’expédition à Amazon par une acrobatie juridique. Elle a raté sa pirouette : Amazon a obtempéré avec des frais de… 1 centime. On pourrait en dire autant des ministres du budget en ce qui concerne l’optimisation fiscale, pratique tout à fait légale consistant à mettre les États en concurrence pour réduire la charge fiscale. La vision du futur semble déterminée chez ces politiques par une idéologie qui ne correspond en rien au monde actuel. Ils agissent donc, pitoyablement, en vue de construire une société conforme au dogme. En vain, bien entendu : tout ce monde de la politique à l’ancienne sera supplanté par les hommes libres et leur prodigieuse créativité. Ce sont les individus qui dessinent peu à peu l’avenir par leur capacité de réflexion, d’expérimentation et d’innovation. Le futur constitue toujours une surprise et ne se décrète pas. Il est absurde de prétendre construire la société de demain à partir d’une réflexion sur le présent conduisant à des prescriptions éthiques et politiques préétablies et intangibles. Car les hommes sont incorrigibles : ils feront toujours prévaloir leur liberté. L’intelligence, leur spécificité, ne se conçoit que dans la liberté. Le charme de la vie, c’est l’ouverture vers l’avenir conçu comme une aventure de la liberté individuelle.
Une saloperie française
Voilà une anecdote, remontant à quelques jours, qui en dit long sur la France actuelle. 50 jeunes gens et filles qui ont planché pendant des années, comme des fous, pour préparer l’agrégation de mathématiques et qui sont empêchés de passer leur concours en raison d’un « droit de retrait » consécutif à une agression d’un chauffeur de la ligne D du RER.
La France actuelle, en ce qu’elle a de pire, est toute entière dans cet incident: le chaos d’une violence quotidienne, aveugle, odieuse, contre des chauffeurs qui font leur boulot; la dictature d’une minorité agissante (car enfin, au nom de quoi les usagers doivent-ils payer pour un acte de délinquance commis par des voyous); une bureaucratie bornée qui refuse de prendre en compte, au nom de ses règlements, la situation exceptionnelle d’un petit groupe en lui permettant d’entrer dans la salle d’examen; enfin, globalement, le mépris profond du mérite, du travail, de l’intelligence et de la réussite… Notre pays est engoncé dans un climat de jalousie teigneuse, d’indifférence méchante et obtuse, de médiocrité et de mesquinerie. C’est la vérité! En arrivant à Roissy, de retour du Japon, j’ai senti comme une chape de plomb devant la manière dont mes amis Japonais, qui m’ont accueilli avec tant de sourire, de dévouement et de gentillesse, étaient traités et déjà, je ressentais l’envie de repartir. Au Japon, d’ailleurs dans n’importe quel pays normal, en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Espagne, ce genre de blocage des transports qui prive 50 personnes du droit de passer un concours, pour lequel elles ont bossé des années est rigoureusement inconcevable. Mais voilà, nous sommes bien dans le cauchemar français, en pleine mélasse, médiocrité conquérante… Ce n’est pas simplement un gouvernement, une politique, qu’il faut changer, mais tout un état esprit…
Maxime TANDONNET
La Cour des comptes et « La galette du roi »
S’il ne s’agissait pas d’un sujet aussi sérieux, on pourrait piocher dans l’abondante filmographie du regretté Roger Hanin pour illustrer à quel point le travail de la Cour des comptes finit par ressembler à un scénario de (mauvais) film. Ainsi, pour se moquer de l’inlassable et vaine répétition des admonestations de cette auguste institution à un gouvernement toujours sourd : « Vous pigez ? », ou, plus agressif, « Le faux-cul », ou encore « Le grand carnaval ». S’il fallait au contraire illustrer le scandale de cette dépense publique non maîtrisée et de cette dette qui gonfle à un « Train d’enfer », on invoquerait « L’ennemi dans l’ombre » et le risque d’un « Coup de sirocco ».
Cela fait des années que la Cour des comptes tire le signal d’alarme : trop de dépenses, pas assez de réformes. Mais personne ne l’écoute. Son pouvoir a été renforcé, ses interventions sont devenues plus fréquentes, mais rien ne se produit. On trouvera toujours plus pittoresque de se scandaliser du dérapage d’un rond-de-cuir ou de la gabegie d’un obscur bureau ministériel que de s’émouvoir de la spirale dans laquelle le pays est entraîné : malgré tous les avertissements, malgré toutes les promesses du gouvernement, la France a dépassé en 2014 le record absolu du poids des dépenses publiques par rapport à la richesse que nous créons, soit 57,7 %. Un chiffre invraisemblable, loin devant la moyenne européenne (49 %). Le Premier président de la Cour des Comptes, avec toute son expérience et toute l’autorité que lui confère son statut de plus haut magistrat chargé des comptes publics, l’a répété cent fois. Mais rien ne semble pouvoir conférer à ses avertissements une valeur d’injonction. La puissance publique est « A bout de souffle », mais elle continue d’espérer « Le grand pardon ».
Ce problème grec qui grossit
Il y a deux semaines, j’expliquais qu’à la suite d’élections menant une énième mouture de collectivistes au pouvoir, la Grèce avait, officiellement, choisi le communisme et, ce faisant, devrait soit renverser la table européenne en appuyant à fond sur l’accélérateur communiste, soit se transformer rapidement en démocrassie-sociale gluante, à l’instar d’une France perdue dans ses barbotages pédalo-flanbistes. Et il n’aura pas fallu longtemps pour que ce choix s’opère : comme prévu, au pied du mur, le gouvernement Tsipras transige et tente l’apaisement.
Tout avait pourtant si bien commencé ! Pour le gouvernement Tsipras, nouvellement élu avec un soutien populaire historique, la voie était tracée, très simple, très droite et très à gauche. Le programme électoral était clair : en répudiant une partie substantielle de la dette, en faisant de nombreux et généreux cadeaux à une population toute heureuse de cette distribution gratuite, en renvoyant les méchants financiers à leurs cases, on allait voir ce qu’on allait voir et on allait remettre la Grèce sur la voie de la prospérité, des matins qui chantent et d’un collectivisme enfin assumé qui, comme chacun sait, résout les problèmes, lave plus blanc que blanc et guérit les écrouelles.
Les fanfaronnades des dirigeants grecs ne pouvaient pas tenir très longtemps et l’intransigeance des autres Européens renvoie en réalité directement à l’absence totale de marge de manœuvre … pour tout le monde. Et cette nervosité se traduit de façon très concrète.
Par exemple, on pourrait croire que l’annonce, vendredi 6 février, d’une dégradation de la note souveraine de la Grèce de B à B- (avec perspective négative) par Standard & Poors tient de la méchanceté à l’état pur, ou de la malice voire de l’acharnement. Mais même en imaginant qu’il existe une part de manipulation de la part d’autres États ou d’occultes financiers à gros cigares pour guider la main de S&P, et ce, avec un timing assez diabolique, la réalité suffit malheureusement à justifier pleinement cette dégradation, déjà annoncée le 29 janvier dernier, et directement corrélée aux finances actuelles du pays, très concrètement au bord de la faillite (on murmure qu’il ne resterait qu’une paire de milliards d’euros dans les caisses de l’État grec pour ses dépenses courantes avant la fin du mois de février, ce qui paraît franchement juste).
Et les analystes de S&P ne sont pas les seuls à être à ce point inquiet. Plusieurs figures ont exprimé de gros doutes sur la stabilité de la zone euro telle qu’on la connaît actuellement et, à plus long terme, sur sa propre survie. Et même si on doit se rappeler que Alan Greenspan, par exemple, fut l’artisan plus que contestable de la bulle immobilière américaine avec les conséquences désastreuses qu’on lui connaît, il n’en reste pas moins que les remarques qu’il a faites récemment au sujet de la Grèce synthétisent plutôt bien le sentiment général des observateurs un minimum au courant de la situation :
« Le problème est que je ne vois aucune façon que l’euro puisse continuer, à moins d’une intégration politique complète de tous les membres de la zone euro. Et vraiment, même en se contentant d’une intégration fiscale, ça suffira pas. »
L’autre versant du « problème grec », c’est qu’une sortie de la zone euro n’est tout simplement pas possible en l’état actuel des textes, ou, plus exactement, qu’il n’y a pas officiellement de plan B pour accompagner proprement une telle sortie. Et si elle n’est pas réalisée proprement, les conséquences peuvent être violentes, pour les marchés bien sûr, mais avant tout pour les populations (et pas seulement la grecque).
Pourtant, il existe un chemin, étroit, qui permettrait de revenir à une situation si ce n’est meilleure, au moins plus stable. Ce chemin passe par la réalisation que non, un gouvernement ne peut pas dépenser l’argent qu’il n’a pas, et doit donc se contenter des taxes et des impôts qu’il parvient à collecter. L’abandon pur et simple de tout nouvel emprunt semble impossible dans l’esprit des dirigeants grecs et européens, mais le cœur du problème est bien là.
D’autre part, la collecte des ressources financières d’un État ne peut être efficace qu’à partir du moment où elle est simple et lisible par tous. Ce n’est le cas ni en Grèce, ni, d’ailleurs, dans bien d’autres pays européens qui souffrent de plus en plus des mêmes maux, France en tête. Pour la Grèce, le fait d’imposer une flat tax assez basse permettrait de réamorcer une collecte décente, diminuerait la fraude fiscale endémique dans ce pays, et lui rendrait une attractivité depuis longtemps perdue, en rendant le coût de la fraude supérieur à celui du paiement des impôts. Notez que la recette, appliquée en France, produirait aussi d’excellents effets.
Comme on le voit, ces quelques mesures, fondamentales, nécessiteraient une remise en cause extrêmement profonde de la façon dont l’État grec est envisagé, réduirait l’intervention de l’État à son minimum vital (le domaine régalien, en fait). C’est, pour tout dire, à l’opposé diamétral de ce que Tsipras et ses amis collectivistes envisageaient très sérieusement, et c’est aussi assez éloigné de ce que les instances européennes prônent, les mains moites à l’idée qu’un échec se profile inéluctablement. Personne ne voudra donc les envisager, encore moins les mettre en place.
L’avenir m’apparaît bien sombre.
mercredi 11 février 2015
Une minute de gloire
Les petites phrases eurent leur heure de gloire. Elles assuraient à leur auteur une notoriété certaine. Quelques-unes sont restées telle celle de Philippe Séguin : « Ce n’est pas parce que les caisses sont vides qu’elles sont inépuisables ». Aujourd’hui la mode en est passée ou les talents ont décliné. Aussi convient-il de saluer bien bas la tentative de Jean-Christophe Lagarde qui s’essaie au genre et qui dirige, je crois, un parti politique. Surfant sur l’affaire du jour, il a déclaré préférer « un Tiki sans papiers » à « deux Kouachi qui, eux, ont des papiers ». Certes, on ne voit pas bien le rapport. Certes, personne ne défendra des assassins. Certes, l’intelligence de la pensée n’est pas évidente. Mais déjà, le voilà un peu moins inconnu.
Ce n’est déjà pas si mal.
Un mois après, l’esprit n’est plus là
Pas de diagnostic partagé sur l’état calamiteux du pays, pas de consensus républicain autour d’une refondation du « modèle » français, pas d’unité nationale pour voter un corpus de lois à même d’éviter la désintégration sociale… Un mois après le traumatisme des attentats et l’extraordinaire sursaut des Français, l’« esprit du 11 janvier » a vécu. L’élan s’est arrêté net, terrassé par l’autisme de la classe politique, étouffé par le retour des corporatismes, trahi par une passion des formules qui n’a d’égal que la foi dans le statu quo, écrasé par un étatisme sourd à la société civile.
Depuis le 12 janvier, c’est politics as usual. L’UMP se déchire à défaut de se choisir une ligne. La très attendue conférence de presse du chef de l’Etat accouche d’une souris – le service civique volontaire. Rien n’entrave la dynamique d’un Front national « aux portes du pouvoir ». Au bond de popularité du couple exécutif succède un reflux marqué dans les sondages. Les annonces de réformes cosmétiques sur le chômage ou sur l’éducation suivent les incantations couvertes par le bruit des kalachnikovs. L’électrochoc a fait pschitt !
Bien sûr, personne n’imaginait que le gouvernement inverserait en 31 jours des décennies de gabegies, de lâchetés et de mensonges. Et que n’aurait-on dit s’il avait multiplié les lois de circonstance, sans concertation, ni préparation ? Mais voilà. Il est clair que François Hollande va se contenter de reposer le couvercle sur le chaudron. Son programme : un Premier ministre au front pour mieux se réserver les sommets, des mesures techniques pour donner l’illusion de l’action, un pari sur la croissance pour maquiller les échecs. Et au final, une occasion manquée.
Le vrai espoir de 2017
Plus le temps passe, et plus s’ancre en moi la conviction que les dés politiques sont pipés. L’américanisation ou la présidentialisation de la vie politique française est une erreur fondamentale qui est l’une des sources de l’impasse politique actuelle. Avec le quinquennat, aligné sur le mandat des députés et la mise en place « des primaires », le système politique a été largement neutralisé. L’électeur choisit avant tout un visage,
une image, une marque, un peu comme un produit de consommation. La manipulation médiatique sur la mise en valeur – ou le lynchage – d’un personnage devient un principe de fonctionnement du régime. Le débats d’idées, la confrontation des projets, le choix d’un destin collectif en sont les victimes directes. L’élection présidentielle de 2017 se présente sous les pires auspices. Elle conduit presque inévitablement au conformisme et à la continuité. Hollande ou Valls? Ils appliqueraient, par définition, la même non-politique qu’aujourd’hui, mélange de frime et d’inertie. Juppé? Il viserait naturellement au consensus et donc, au statu quo. Sarkozy? Elu de nouveau président, placé sous le feu des haines et des rancoeurs, j’ai du mal à l’imaginer s’engageant dans la voie d’une cassure profonde. Dans tous ces cas de figure, une élection au deuxième tour contre le Pen (à l’image de 2002) ne pourra que renforcer la quête de l’unité nationale, de l’apaisement, du consensus et donc, de l’immobilisme tranquille. Alors? Alors, il n’est pas impossible que nous assistions en 2017 à un basculement profond du régime. Sous la pression populaire et compte tenu de la neutralisation prévisible de l’Elysée, il ne faut pas exclure une sorte de résurrection démocratique à travers l’élection législative, un retour aux sources de la souveraineté. Il faut alors imaginer une explosion des frontières partisanes et l’émergence d’une majorité d’idées, sur la nécessaire réforme de l’économie autour de la confiance en l’entreprise, le retour à l’ordre et à l’autorité, y compris en matière d’éducation, de sécurité, d’immigration, de lutte contre le communautarisme et le fondamentalisme, l’émergence d’un puissant et courageux Premier ministre, appuyé sur cette majorité d’idées, volontaire pour prendre en main le destin du pays, sans calcul personnel, sans arrière-pensées ni tabous et assumant ainsi ses responsabilités. Je rêve? Peut-être mais il faut bien garder une chance d’espérer, aussi infime soit-elle… Le désastre politique
Les événements électoraux du Doubs, le 1er et le 8 février ont toute l’apparence d’un désastre politique pour l’opposition démocratique. Même si rien n’est joué d’avance, ils ouvrent, me semble-t-il, la perspective d’un renouvellement du bail du parti socialiste pour 5 ans à la tête du pays en 2017. Je vois, dans l’éventualité d’une pareille calamité, la conséquence d’une évolution de la vie politico-médiatique qui s’éloigne toujours plus des débats d’idées, des projets de société, de la politique au sens noble du terme – le gouvernement de la cité – pour se focaliser sur les rivalités et ambitions personnelles des politiciens. D’où cette tribune dans Figaro Vox.dimanche 8 février 2015
Sur l'Ukraine, "personne ne sait ce que veut Poutine"
François Hollande et Angela Merkel ont passé deux jours ensemble à tenter d'arrêter la guerre en Ukraine. Et la conférence téléphonique, prévue dimanche entre Vladimir Poutine, le président ukrainien Porochenko et les deux médiateurs, sera l'aboutissement de ce marathon. Mais, interrogé par le JDD, François Heisbourg, président de l'International Institute for Strategic Studies (IISS), reste pessimiste quant à l'issue de cette séquence diplomatique.
Vous assistez depuis samedi aux travaux de la conférence annuelle de Munich sur la sécurité internationale. Que dit-on sur place de l'initiative franco-allemande sur l'Ukraine?
Personne ne fait de reproche à cette démarche, qui est très opportune. Il se dit que si François Hollande et Angela Merkel sont allés à Moscou, c'est parce qu'ils croyaient que Vladimir Poutine voulait enfin discuter sérieusement. Mais à ce stade, je crois que le mot d'"accord" est très prématuré, car Mme Merkel a reconnu ici en réponse à l'une de mes questions qu'il n'y avait aucune garantie de résultat. S'il s'agit d'une mission de la dernière chance, comme on dit, rien n'indique ici du côté russe, ukrainien, européen ou américain qu'on soit vraiment engagés dans un processus. On peut comprendre qu'il faille rester prudent, mais l'ambiance, ici à Munich, est à l'extrême inquiétude. Je n'avais jamais vu cela depuis la veille de l'entrée des Américains dans la guerre en Irak en 2003 sous George Bush alors que la France et l'Allemagne tentaient en vain de l'en dissuader.
Personne ne fait de reproche à cette démarche, qui est très opportune. Il se dit que si François Hollande et Angela Merkel sont allés à Moscou, c'est parce qu'ils croyaient que Vladimir Poutine voulait enfin discuter sérieusement. Mais à ce stade, je crois que le mot d'"accord" est très prématuré, car Mme Merkel a reconnu ici en réponse à l'une de mes questions qu'il n'y avait aucune garantie de résultat. S'il s'agit d'une mission de la dernière chance, comme on dit, rien n'indique ici du côté russe, ukrainien, européen ou américain qu'on soit vraiment engagés dans un processus. On peut comprendre qu'il faille rester prudent, mais l'ambiance, ici à Munich, est à l'extrême inquiétude. Je n'avais jamais vu cela depuis la veille de l'entrée des Américains dans la guerre en Irak en 2003 sous George Bush alors que la France et l'Allemagne tentaient en vain de l'en dissuader.
Si les choses sont si fragiles, pourquoi néanmoins, selon vous, Vladimir Poutine a-t?il reçu François Hollande et Angela Merkel à Moscou pendant cinq heures?
Parce qu'il y a quelque chose de bien plus menaçant pour les Russes que la possibilité d'armer l'Ukraine. Les sanctions économiques conjuguées à la chute des prix du pétrole fonctionnent remarquablement et fragilisent gravement l'économie russe. La Russie a deux ans de réserve financière devant elle avant de se retrouver en défaut. Poutine sait par ailleurs que les Français et les Allemands sont hostiles aux livraisons d'armes à l'Ukraine, qu'Angela Merkel sera reçue demain aux États-Unis parBarack Obama. Mon sentiment est qu'il veut profiter de l'initiative franco-allemande pour l'instrumentaliser.
Parce qu'il y a quelque chose de bien plus menaçant pour les Russes que la possibilité d'armer l'Ukraine. Les sanctions économiques conjuguées à la chute des prix du pétrole fonctionnent remarquablement et fragilisent gravement l'économie russe. La Russie a deux ans de réserve financière devant elle avant de se retrouver en défaut. Poutine sait par ailleurs que les Français et les Allemands sont hostiles aux livraisons d'armes à l'Ukraine, qu'Angela Merkel sera reçue demain aux États-Unis parBarack Obama. Mon sentiment est qu'il veut profiter de l'initiative franco-allemande pour l'instrumentaliser.
«Rééquilibrer le rapport de force face aux séparatistes n'attaque pas la Russie mais renforce l'Ukraine.»
Est-ce parce que vous doutez de la conclusion d'un accord de paix que vous êtes favorable aux livraisons d'armes des Américains à l'Ukraine?
Les Européens pensaient qu'avec les sanctions économiques Poutine finirait par plier. Mais il peut aussi réagir de façon violente, considérant que les sanctions sont un acte de guerre. Il me paraît donc moins risqué de fournir des armes à l'Ukraine pour qu'elle se défende plutôt que de monter en gamme dans les sanctions. Rééquilibrer le rapport de force face aux séparatistes n'attaque pas la Russie mais renforce l'Ukraine. D'ailleurs, pendant la guerre froide, période à laquelle se réfère souvent Poutine, l'URSS n'a rien fait pour empêcher les Occidentaux d'armer des pays non membres de l'Otan comme la Finlande, la Suède ou la Yougoslavie. La diplomatie n'est jamais inutile, mais regardons ce que sont devenus les fameux accords de Minsk de septembre dernier. On pensait qu'ils seraient appliqués, mais, à peine le dos tourné, les séparatistes se sont lancés dans de nouvelles offensives.
Les Européens pensaient qu'avec les sanctions économiques Poutine finirait par plier. Mais il peut aussi réagir de façon violente, considérant que les sanctions sont un acte de guerre. Il me paraît donc moins risqué de fournir des armes à l'Ukraine pour qu'elle se défende plutôt que de monter en gamme dans les sanctions. Rééquilibrer le rapport de force face aux séparatistes n'attaque pas la Russie mais renforce l'Ukraine. D'ailleurs, pendant la guerre froide, période à laquelle se réfère souvent Poutine, l'URSS n'a rien fait pour empêcher les Occidentaux d'armer des pays non membres de l'Otan comme la Finlande, la Suède ou la Yougoslavie. La diplomatie n'est jamais inutile, mais regardons ce que sont devenus les fameux accords de Minsk de septembre dernier. On pensait qu'ils seraient appliqués, mais, à peine le dos tourné, les séparatistes se sont lancés dans de nouvelles offensives.
Mais que veut Poutine, au fond?
Personne ne sait ce qu'il veut. Ce que l'on sait, c'est qu'il a transgressé les règles de la guerre froide et de l'après-guerre froide en annexant la Crimée. On sait aussi qu'il a un discours révisionniste : en 2007, lorsqu'il est venu à la conférence de Munich, il a promis que la Russie était de retour, il comparait le sort de l'ex-URSS après la chute du mur de Berlin à celle de l'Allemagne après le traité de Versailles, comme s'il voulait mettre fin aux humiliations. Aujourd'hui, il met ce discours en œuvre. Il est extrêmement déterminé et totalement soutenu par son peuple. Ses ministres rappellent enfin régulièrement que la Russie est une puissance nucléaire.
Personne ne sait ce qu'il veut. Ce que l'on sait, c'est qu'il a transgressé les règles de la guerre froide et de l'après-guerre froide en annexant la Crimée. On sait aussi qu'il a un discours révisionniste : en 2007, lorsqu'il est venu à la conférence de Munich, il a promis que la Russie était de retour, il comparait le sort de l'ex-URSS après la chute du mur de Berlin à celle de l'Allemagne après le traité de Versailles, comme s'il voulait mettre fin aux humiliations. Aujourd'hui, il met ce discours en œuvre. Il est extrêmement déterminé et totalement soutenu par son peuple. Ses ministres rappellent enfin régulièrement que la Russie est une puissance nucléaire.
vendredi 6 février 2015
Hollande, l'enchanteur
Jeudi, le président a sorti le grand jeu pour tirer au mieux profit des événements tragiques de janvier.
L'occasion était trop belle, et franchement on ne reprochera pas au président de la République de l'avoir saisie. Il aurait été bien sot de ne pas le faire, et il l'a fait avec habileté. C'était son droit et même son devoir. Reste à savoir s'il sera à la hauteur de ses intentions : elles sont excellentes, mais comme à l'habitude démesurées, et elles cachent mal ses intérêts personnels.
Quelle occasion ? On l'aura compris : les événements tragiques de janvier qui ont secoué la France, provoqué le sursaut populaire que l'on sait et rehaussé dans des proportions significatives le crédit défaillant de François Hollande et de son gouvernement. Il en a visiblement retiré une énergie comparable à celle qu'il montrait aux premiers jours de son mandat, et porteuse d'une promesse tout aussi ambitieuse. Effacé le passé, oubliés les déconvenues, les erreurs, les échecs de ces bientôt trois dernières années : le président nouveau est arrivé, revêtu du costume inespéré et flatteur que lui ont taillé les circonstances.
"Ce qui va changer, dit-il, c'est la confiance." Tout le problème est là, en effet. Que sa propre confiance en lui-même soit renforcée par ce coup du sort imprévu, certes. Mais c'est la confiance populaire qui est en cause, la seule qui compte. Elle dépendra des résultats de la politique qu'il s'apprête à mettre en oeuvre. À cet égard, un journaliste a posé la bonne question, lui demandant s'il ne craignait pas que "l'esprit du 11 janvier ne se fracasse sur [sa] politique économique". On n'a pas eu la réponse, pour la simple raison que la politique économique n'a été que subsidiairement évoquée par lui.
LIRE aussi notre article "Les techniques de François Hollande pour éviter de répondre à la presse"
L'objet du long discours de jeudi était en effet ailleurs que sur ce terrain. Il se situait à des hauteurs beaucoup plus élevées : le rang de la France, la restauration de la République, l'unité nationale, la démocratie, bref essentiellement des concepts. Certes, l'évocation de ces valeurs était assortie de propositions concrètes, mais dont le nombre et l'ambition étaient tels qu'on en avait le tournis. Cecatalogue impressionnant d'annonces est plein de bonnes choses, mais dont la plupart ne sont pas nouvelles : l'investissement diplomatique de la France dans les crises mondiales, au premier rang desquelles l'Ukraine, le projet éducatif, le virage écologique, la politique d'intégration, etc. On souscrit volontiers à tous ces projets. Mais c'est trop à la fois, et à quel prix ? Toujours cette confusion entre le possible et le réel, entre les principes et leur application.
Qui n'est pas d'accord avec les principes ? Ceux qui fondent la République, par exemple. Mais que signifient la liberté et l'égalité dont le discours du président était plein, si la dignité des hommes n'est pas assurée dans leur existence quotidienne par les conditions de vie auxquelles ils ont droit ? Que signifient ces valeurs si on ne les appuie pas sur une politique qui favorise le progrès économique et la justice sociale, si l'on n'offre pas une espérance à ceux qui ont peine à vivre ? Or tout au plus a-t-on entendu quelques mots sur le fameux pacte de responsabilité, unique et dérisoire produit de la gestion économique et sociale de la France au cours de ces deux dernières années. Et l'unité nationale ? Quel sens a-t-elle, sinon celui d'un voeu pieux, lorsqu'on la rapporte au contexte actuel, avec quelques millions de chômeurs et une politique contestée par la majorité de l'opinion ? Et la fraternité, leurre entre les leurres, dans un pays déchiré par ses divisions, ses corporatismes, ses conflits d'intérêts ?
Qu'a-t-elle attendu, la gauche au pouvoir, elle qui se veut le défenseur historique de ces valeurs, pour les renforcer au-delà des mots depuis qu'elle est au pouvoir ? Que n'a-t-elle précédé hier l'événement plutôt que de le récupérer aujourd'hui ? Et quelle confiance lui accorder pour demain si l'on sait qu'elle avait les moyens d'ajuster les actes aux intentions et qu'elle a failli à cette mission ?
On peut rêver. Il rêve, lui, l'enchanteur. Mais se fait-il autant d'illusions qu'il y paraît, lui qui une nouvelle fois annonce qu'il ne se représentera pas en 2017 si le chômage en reste là où il est ?
Panique en France : le don du sang pourrait ne plus être gratuit !
Le modèle éthique français du don de sang, que le monde entier nous envie évidemment sans pour autant le copier systématiquement (les fous !), est sans doute en train de vivre ses dernières heures. Depuis le lundi 2 février, le monopole de droit dont jouissait l’Établissement Français du Sang (EFS) est tombé et la vente de plasma issu de la collecte de sang est maintenant ouverte à la concurrence. Immédiatement, tous ceux que la question titille se sont dressés pour imaginer le pire et hurler à la mort.
En effet, avec la disparition du monopole, le modèle économique de l’ESF, établissement public en charge de cette collecte, va être profondément modifié, à commencer probablement par la gratuité des dons de sang, comme en Allemagne, en Chine ou aux États-Unis où les volontaires sont rémunérés, et quand il est collecté, par exemple, par le groupe suisse Octopharma, cela tourne autour de 50 euros.
Bien sûr, d’après l’ensemble des humanistes qui ont bien réfléchi à la question, avec une telle rémunération ressort immédiatement l’hydre hideuse et visqueuse de la marchandisation du corps humain qui – c’est bien connu ! – est aux libéraux ce que le Carlton de Lille est à DSK : un terrain de jeux sordides où l’argent permet de tout acheter, au minimum. Nul doute que cette concurrence, une fois installée, va tout faire pour pomper en lentes succions gargouillées et glaireuses les précieux fluides de pauvres sans le sou, afin de les revendre à prix d’or à de riches citoyens trop heureux de bénéficier d’un système à deux vitesses dont la Sécu entendait pourtant protéger les Français. Ici, insérez l’histoire catastrophique et lacrymogène d’un malheureux qui va donner trente-huit litres de sang (au moins !) en une seule fois pour pouvoir payer son loyer, et vous aurez une vague idée des torrents de tristesse, de malheur et de grincements de dents qui vont s’abattre sur le pays suite à cette funeste décision que nous impose (encore une fois) une Europe turbo-libérale débridée. Sans compter, mes petits amis, qu’avec une rémunération, comment ne pas être tenté de ne pas révéler certaines informations sur son état de santé, et profiter ainsi d’un argent facile à récupérer ?
Dès lors, pas étonnant que les syndicats, les yeux pleins de larmes et conscients de l’immense responsabilité sociale qu’ils ont dans ce changement de paradigme fondamental, se soient emparés de la question et mettent déjà en exergue les inévitables dérives que cette (méchante) concurrence va entraîner : ils ont donc immédiatement déposé un préavis de grève, l’arrêt de toute action étant comme chacun le sait l’alpha et l’oméga de leurs méthodes (efficaces !) de résolution de problèmes. Rassurez-vous, il ne s’agit pas ici de lutter pour un don du sang gratuit (i.e payé par les autres), mais simplement de s’assurer que le changement de modèle économique de l’EFS n’entraîne pas de remise en question des emplois de l’établissement, même si l’apparition de cette concurrence – méchante, méchante concurrence !- devait remettre en cause son efficacité et le pousser à améliorer son service.
Parce que voyez-vous, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le fait de rémunérer les fournisseurs de sang et de plasma revient en pratique moins cher que les dons : ces derniers, bien que gratuits, nécessitent à la fois des bénévoles disponibles, des campagnes de communications très coûteuses et une organisation plus souple qui doit en effet aller s’adapter à toutes les contraintes des donneurs, ce qui influe grandement sur le prix d’une poche de plasma. Comparée aux pays où les collectes de sang sont rémunérées, la France est donc effectivement moins compétitive.
Il faut aussi comprendre que si, jusqu’à présent, le sang est un tissu humain qui n’est officiellement pas une marchandise lorsqu’il est produit, qu’il n’en est toujours pas une lorsqu’il est prélevé, il le devient subitement lorsque ceux qui l’ont prélevé le vendent aux établissements hospitaliers avant qu’il soit utilisé. Autrement dit, cela bénéficie à celui qui le reçoit, cela bénéficie à celui qui le prélève, mais cela ne bénéficie en rien à celui qui le produit. Et l’idée même d’une rémunération de ces derniers affole les belles âmes qui seraient les premières, pourtant, à dénoncer une honteuse exploitation capitaliste pour toute autre production consentie mais non rémunérée.
Moyennant quoi, il sera impératif de bien ancrer dans l’esprit de tous que la moindre dérive vers une marchandisation d’un organe ou d’un fluide humain, à commencer par le sang, est une abomination absolue. Cet argument, purement moral et émotionnel et non rationnel et basé sur les faits et l’expérience pourtant menée dans plusieurs pays, permettra à tous ceux qui sont concernés, riches comme pauvres, d’être confrontés à la même pénurie, aux mêmes manques, aux mêmes risques de mourir bêtement par l’insuffisance des stocks, et, pire encore, au même marché noir.
Marché noir qui, pour le coup, favorise explicitement les riches au détriment des pauvres, alimente les réseaux de prélèvements douteux, la nécessité et la rareté faisant alors loi avant la sécurité sanitaire du donneur et du receveur. Du reste, c’est exactement le même problème qu’avec d’autres biens ou services rendus illégaux alors que leurs commerces, bien encadrés, ne fait pas de victime, au contraire. La drogue ou la prostitution viennent immédiatement à l’esprit, où la criminalisation du consommateur et du producteur (dans différentes proportions suivant les biens et les services) aura abouti, dans tous les cas, à de magnifiques résultats qui, en quelques décennies, ont largement prouvé l’efficacité des décisions prises sur ces bases purement morales et émotionnelles.
Autrement dit, grâce à l’imparable argument moral, on assure aux honnêtes gens une égale certitude de mort, et on ne change rien pour ceux qui sont effectivement prêts à tout. Le gain est, on peut le dire, discutable.
Oui, le classement du sang en bien strictement non marchand au niveau des donneurs a l’odeur et la couleur du cynisme, mais c’est surtout très pratique pour calmer les prurits moraux de certains dont la vie, au demeurant, ne dépend qu’assez rarement du bon approvisionnement de ce fluide.
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