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jeudi 12 février 2015
De l’insignifiance à long terme du politique
Quelle est la place de la politique dans l’évolution de notre civilisation ?
Une étape majeure de l’évolution historique occidentale se situe entre le 14e et le 16e siècle. Des hommes prennent alors conscience qu’ils n’appartiennent plus au Moyen Âge. Il s’agit d’intellectuels comme le poète italien Pétrarque qui prône la redécouverte des auteurs anciens en respectant le texte original grec ou latin. Ces hommes s’aperçoivent que la longue période qui commence au 5e siècle, lorsque s’effondre l’Empire romain d’Occident, arrive à son terme. On appellera Renaissance ce vaste mouvement culturel qui conduit à notre modernité. Mais qui joue un rôle majeur à cette époque ? Ce sont des philosophes, des humanistes (Érasme, Thomas More), des artistes (Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël), des scientifiques (Copernic, Galilée, Francis Bacon), des explorateurs (Vasco de Gama, Christophe Colomb). Sans doute, le pouvoir politique de l’époque peut parfois encourager ces initiatives individuelles. De nombreux membres de la famille Médicis commanditeront de grands artistes et encourageront des humanistes. Mais les Médicis représentent un des cas particuliers de grandes familles patriciennes italiennes ouvertes à la pensée et aux innovations artistiques et techniques. D’une manière générale, le pouvoir politique est surtout un frein à la créativité car il privilégie une vision traditionnelle de l’avenir.
Le politique joue apparemment un rôle majeur dans le cours de notre existence et dans l’histoire humaine. L’histoire du 20e siècle en fournit mille exemples. La révolution bolchevique a transformé de fond en comble la société russe, le fascisme et le nazisme ont conduit à la guerre et à l’extermination de six millions de juifs, la décolonisation a fait émerger un nombre important de nouveaux États. La vie individuelle d’un être humain peut ainsi rencontrer l’histoire et s’en trouver bouleversée. La littérature utilise abondamment ce thème : que l’on songe simplement au docteur Jivago de Boris Pasternak. On pourrait ainsi penser que le destin des hommes est configuré par le politique, que le pouvoir politique construit le devenir historique en fonction de ses projets. Mais il n’en est rien. Notre devenir historique résulte d’une multitude d’initiatives individuelles, certaines d’entre elles pouvant avoir un impact majeur car elles constituent des innovations de portée historique.
Le long terme historique et l’individu
Il suffit de changer d’échelle temporelle pour comprendre le caractère accessoire du facteur politique. Si, au lieu de se focaliser sur l’histoire d’un État ou même d’une civilisation, le regard s’éloigne et observe l’humanité depuis ses origines, il apparaît immédiatement que les péripéties politiques n’ont que peu d’impact sur notre devenir à long terme. Pourquoi les hommes passent-ils du paléolithique au néolithique entre –10 000 et –5 000 dans certaines zones géographiques ?
Parce que certains d’entre eux ont commencé à faire des expériences de culture des céréales ou d’élevage, que ces expériences ont suscité l’intérêt de leurs contemporains et qu’au fil des générations, un nouveau mode de vie est apparu. Cette révolution agricole n’a rien à voir avec le politique au sens très large, c’est-à-dire avec les individus dominants des groupes humains paléolithiques qui proposaient par exemple de migrer d’un lieu vers un autre, ou d’entrer en conflit avec un autre groupe. C’est l’intelligence de quelques individus, n’appartenant vraisemblablement pas au cercle des chefs, qui a permis les innovations déterminant le devenir historique. On peut en dire de même de l’évolution ultérieure pendant le néolithique, avec l’utilisation progressive des métaux (bronze, cuivre, fer) améliorant considérablement l’outillage agricole. Faire progresser les techniques agricoles, c’est permettre aux hommes de mieux se nourrir et d’éviter les famines, et cela est beaucoup plus important que de déclencher une guerre pour accaparer provisoirement un territoire.
La Renaissance est culturelle, pas politique
La révolution industrielle ne doit rien à la politique
Lorsque débute la révolution industrielle, ce sont encore des individus créatifs et entreprenants qui imaginent l’avenir : les dirigeants des manufactures, les penseurs de l’économie, les chercheurs. En choisissant des exemples dans l’histoire de France, on peut se poser quelques questions iconoclastes. La révolution française de 1789 a-t-elle joué un rôle essentiel ? Les absurdes guerres de conquête napoléoniennes ont-elles eu la moindre importance durable ? Les réponses sont évidemment négatives car de nombreux autres pays ont connu des péripéties politiques radicalement différentes pour aboutir aujourd’hui à un mode de vie et à un niveau de vie similaires aux nôtres. Le siècle des lumières et ses philosophes ont préparé culturellement une évolution profonde de la société mais sa mise en œuvre est le fait d’innombrables initiatives individuelles qui se manifestent dans le système de production et la recherche scientifique. En France, les politiques n’ont fait que caricaturer une pensée orientée vers la liberté pour aboutir finalement à la dictature de Robespierre puis à celle de Napoléon Ier.
Sciences, techniques et économie déterminent l’avenir
Lénine, Staline, Hitler, Mussolini et tous les psychopathes assoiffés de pouvoir ont évidemment moins d’importance que Louis Pasteur, Alexander Flemming et même que mère Teresa ou que l’abbé Pierre. Les premiers auront exercé un temps leur capacité de nuisance en assassinant des millions d’hommes, mais il ne restera rien d’eux dans quelques siècles. Les seconds ont permis à des centaines de millions d’êtres humains de se soigner et de guérir ou sont venus donner un exemple d’élévation morale tout à fait hors du commun. Ils resteront dans nos mémoires car leur action se prolonge encore. Quant aux leaders politiques des démocraties, qui ont le bon goût – justice leur soit rendue — de nous éviter le goulag, ils sont très vite oubliés. Demandez à des français pris au hasard de vous citer un Président du Conseil de la Troisième République. Vous n’obtiendrez que très peu de réponses et la plupart de vos interlocuteurs ignoreront ce qu’est un Président du Conseil. Leur action est d’ailleurs un échec cuisant puisqu’elle aboutit au second conflit mondial. La gauche prétendra que l’instauration des congés payés et de la semaine de 40 heures en 1936 par Léon Blum est une avancée sociale considérable. Certes, mais tous les pays développés ont connu, à peu de choses près, la même évolution sociale. Celle-ci provient donc davantage de la croissance économique et du progrès technique, qui améliore la productivité, que du facteur politique. Autrement dit, en détournant le credo marxiste selon lequel les infrastructures économiques déterminent les superstructures juridiques, on pourrait affirmer que le progrès du capitalisme détermine le progrès social. Notons au passage que si la pensée marxiste dévalorise le politique par rapport à l’économique, la praxis marxiste lui accorde un rôle majeur. L’action ne s’embarrasse pas de subtilités doctrinales.
La révolution technologique actuelle et la réticence des politiques
La révolution technologique qui débute à la fin du 20e siècle (technologies de l’information et de la communication, biotechnologies, sciences cognitives et leur synthèse en NBIC) se diffuse dans la société par l’action d’entrepreneurs qui ont le sens de l’histoire et qui comprennent bien avant le monde politique les bouleversements que peuvent induire certaines innovations techniques. Ce sont bien les Bill Gates, Steve Jobs, Steve Wozniak, Larry Page, Sergueï Brin, Jeff Bezos qui ont créé les entreprises configurant la communication planétaire contemporaine. Mais ces grands noms ne représentent que les réussites économiques majeures. Ce sont en réalité des millions d’initiatives individuelles qui, en se concurrençant et en se conjuguant, ont fait émerger l’écosystème numérique dans lequel nous vivons. L’attitude des politiques a été suiviste, réticente ou normativiste. Que de sottises n’a-t-on pas entendu ces dernières années à propos du livre numérique ou de la presse en ligne ! C’est la peur de voir disparaître les secteurs traditionnels de l’édition ou de l’imprimerie qui domine chez les politiques, pas du tout une vision de l’avenir s’appuyant sur les fabuleuses potentialités de la révolution technologique en cours.
Les petits subterfuges des politiciens
En France, des ministres à l’esprit étriqué n’ont eu de cesse de chercher à s’opposer à Google ou Amazon par de petits subterfuges règlementaires sans avenir et facilement contournés. Aurélie Filippetti a été la risée du monde entier en interdisant la gratuité des frais d’expédition à Amazon par une acrobatie juridique. Elle a raté sa pirouette : Amazon a obtempéré avec des frais de… 1 centime. On pourrait en dire autant des ministres du budget en ce qui concerne l’optimisation fiscale, pratique tout à fait légale consistant à mettre les États en concurrence pour réduire la charge fiscale. La vision du futur semble déterminée chez ces politiques par une idéologie qui ne correspond en rien au monde actuel. Ils agissent donc, pitoyablement, en vue de construire une société conforme au dogme. En vain, bien entendu : tout ce monde de la politique à l’ancienne sera supplanté par les hommes libres et leur prodigieuse créativité. Ce sont les individus qui dessinent peu à peu l’avenir par leur capacité de réflexion, d’expérimentation et d’innovation. Le futur constitue toujours une surprise et ne se décrète pas. Il est absurde de prétendre construire la société de demain à partir d’une réflexion sur le présent conduisant à des prescriptions éthiques et politiques préétablies et intangibles. Car les hommes sont incorrigibles : ils feront toujours prévaloir leur liberté. L’intelligence, leur spécificité, ne se conçoit que dans la liberté. Le charme de la vie, c’est l’ouverture vers l’avenir conçu comme une aventure de la liberté individuelle.
samedi 27 septembre 2014
Socialisme français : chronique d’une mort annoncée
Dans les autres pays européens, le socialisme a évolué dans le courant du 20ème siècle vers la social-démocratie. Quel avenir pour l’archéosocialisme français ?
Contrairement au communisme, le socialisme s’accommode d’élections libres mais a pour ambition initiale de supprimer la propriété privée des moyens de production. Les socialistes pensent naïvement que la gouvernance politique, démocratiquement élue, a plus de légitimité pour diriger l’économie que les chefs d’entreprise émergeant de la société civile par leur réussite sur le marché. Si les communistes vouaient un culte à la dictature, les socialistes vouent un culte à l’élection. Cette idée simpliste débouche sur des nationalisations de grandes entreprises lorsque les socialistes sont majoritaires dans un pays. Mais les entreprises publiques ainsi créées ont tendance à s’éloigner de la réalité économique. Elles bénéficient de subventions publiques plus ou moins justifiées. Leurs conseils d’administration comportant de nombreux hommes politiques, leurs décisions sont influencées par les intérêts électoralistes, les alliances politiciennes. Les entreprises publiques apparaissent progressivement moins performantes que les entreprises privées pour une raison évidente : ces dernières doivent s’adapter en permanence aux évolutions en cours (technologiques, organisationnelles, financières, etc.) ou disparaître. Au contraire, des entreprises publiques inefficaces sont artificiellement maintenues par des financements publics (c’est-à-dire les impôts) et agonisent lentement sur plusieurs décennies.
L’échec déjà patent de François Hollande marquera sans doute la fin d’un certain socialisme à la française, peu collaboratif, considérant l’entreprise comme une ennemie, axé sur le conflit et souvent intellectuellement arrogant. Dans tous les autres pays européens, le socialisme a évolué dans le courant du 20ème siècle vers la social-démocratie ou le social-libéralisme. Il ne faut pas chercher de définition stricte de ces termes, mais ils recouvrent une acceptation plus ou moins large de l’économie de marché et une reconnaissance de son efficacité. Le parti travailliste britannique, le SPD allemand, le parti socialiste belge, par exemple, illustrent cette évolution. En Allemagne ou en Belgique, ce sont des coalitions de partis qui gouvernent et il en résulte que les sociaux-démocrates doivent parfois conclure des compromis avec les libéraux ou les chrétiens-démocrates. En Grande-Bretagne, le travaillisme n’a jamais vraiment adhéré au concept de lutte des classes. Le retard important accumulé par le parti socialiste français est lié à l’histoire politique particulière du pays à la fin du 20ème siècle.
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| Tout à fait à l'image d'un socialisme capitonné. |
L’échec du communisme
L’idéologie marxiste, née au 19ème siècle, a donné naissance à deux courants principaux au 20ème siècle : le communisme et le socialisme. Le communisme choisit le concept de dictature du prolétariat pour instaurer des régimes totalitaires (URSS, Europe de l’Est, Cuba, Corée du nord, Chine). Évidemment, dans ces régimes, le pouvoir politique n’appartient pas au prolétariat mais est entièrement accaparé par quelques apparatchiks dirigeant le parti communiste. L’organisation de l’économie, reposant sur une planification rigide, conduit à un échec face au dynamisme des économies occidentales privilégiant la souplesse du marché. Il ne reste rien aujourd’hui des illusions communistes. La Corée du Nord n’est qu’une dictature féroce affamant sa population. La Chine s’ouvre lentement au monde et devra tôt ou tard démocratiser son régime politique. Mais le communisme s’était implanté solidement dans certains pays occidentaux, dont la France. Aux élections législatives de 1945, le Parti communiste français recueille 26% des suffrages exprimés. Il est le parti le plus puissant du pays. Il obtient encore 16% des voix aux élections législatives de 1981. Son déclin définitif sera concomitant de la chute de l’URSS qui lui fournissait un appui logistique et financier. Dans un tel contexte, le parti socialiste devait, pour faire bonne figure, paraître nettement anticapitaliste. Même si sa participation aux gouvernements de la IVème République nécessitait une inflexion vers le réalisme, la base militante restait très manichéenne et voyait l’économie de marché comme un système à encadrer de façon stricte puis à dépasser.
Les nationalisations, cœur de l’ancienne doctrine socialiste
La France, dernier pays à pratiquer des nationalisations
Face à cette réalité, la plupart des partis socialistes sont progressivement devenus sociaux-démocrates ou sociaux-libéraux. Cette terminologie très vague recouvre au moins deux réalités : ils ont renoncé à faire de la propriété collective des moyens de production l’élément essentiel de leur doctrine et ils reconnaissent l’efficience du marché. Les Français ont été les derniers à pratiquer des nationalisations doctrinales de type socialiste en 1981-82 lors de l’accession au pouvoir de François Mitterrand. Ils ont alors été la risée du monde entier, et en particulier des Européens, car tous les sociaux-démocrates avaient déjà abandonné le concept de lutte des classes et la vénération de l’entreprise publique. La politique de François Mitterrand a pourtant suscité un grand enthousiasme dans le « peuple de gauche » et ce personnage ambigu reste aujourd’hui encore une sorte d’icône chez les militants socialistes. Les idées reçues ont une force incontestable en politique : tout ce qu’a fait Mitterrand a dû être détruit (privatisations, augmentation de l’âge de la retraite), mais l’homme suscite toujours l’admiration à gauche.
Les prises de participation publiques succèdent aux nationalisations
L’abandon du concept de propriété collective des moyens de production réduisait le corps de doctrine socialiste à très peu de choses. Il subsiste aujourd’hui deux éléments essentiels : les participations publiques et la redistribution. La formation financière aidant, nos socialistes se sont aperçus qu’il n’était pas nécessaire d’utiliser le grand tapage des nationalisations pour prendre le contrôle d’une entreprise. Il suffit pour cela de disposer d’une participation suffisante dans le capital et de l’outil permettant d’acquérir ces participations. La Caisse des dépôts et consignation a d’abord servi à cet usage puis ont vu le jour l’Agence des participations de l’État (2004) et la Banque publique d’investissement (2012). Ces prises de participation s’effectuent en respectant les règles du jeu du marché. Elles n’ont pas le caractère autoritaire et confiscatoire des nationalisations. Les partis de droite les utilisent également. La gauche, de ce point de vue, n’a pas une forte originalité.
L’ambition redistributive
Le second aspect du socialisme actuel est l’ambition redistributive. Les socialistes pensent qu’ils doivent « réduire les inégalités » en jouant avec l’énorme machine publique de prélèvements et de dépenses. Rappelons qu’en France les prélèvements obligatoires représentent 46% du PIB et les dépenses publiques 57%. Là encore, si les discours cherchent à être clivants, la pratique du pouvoir ne permet pas de faire apparaître de différences majeures entre droite et gauche. Le recul des prélèvements obligatoires suppose en effet la diminution des dépenses publiques. C’est là que le bât blesse : diminuer les dépenses publiques pour un homme politique, c’est diminuer sa capacité d’action, donc réduire son pouvoir. Les femmes et les hommes attirés par le pouvoir politique, qu’ils soient de gauche ou de droite, n’ont évidemment pas une forte propension à abandonner la puissance que leur donne la maîtrise de l’argent public, c’est-à-dire de l’argent des autres, accaparé par la violence légale. Les prélèvements obligatoires ont donc presque toujours augmenté et lorsqu’ils ont diminué, il s’agissait d’une réduction faible (1 ou 2% de PIB) et temporaire.
Lorsque François Hollande arrive au pouvoir en France en 2012, il ne reste donc pratiquement rien de la doxa socialiste traditionnelle. Les élites socialistes le savent mais les militants de base l’ignorent pour la plupart. Quant aux sympathisants, ils n’ont que faire de l’idéologie. Ils attendent des résultats c’est-à-dire des prestations publiques nouvelles. Depuis une trentaine d’années, ces prestations (santé, retraite, fonctionnaires d’État ou territoriaux) ont été financées par l’endettement public. Il atteint aujourd’hui le chiffre symbolique de 2 000 milliards d’€, se dirigeant ainsi rapidement vers les 100% du PIB. Le quinquennat de Hollande marque la fin ultime de ce type de socialisme car notre Président n’a plus aucune marge de manœuvre budgétaire pour distribuer les prestations publiques nouvelles qui sont la contrepartie attendue par les électeurs de leur vote socialiste. Le socialisme va perdre ses électeurs car l’illusion de son efficacité sociale se dissipe.
Mitterrand et Hollande
C’est en cela que Hollande est très inférieur à Mitterrand d’un point de vue strictement politique et hors de toute éthique. Hollande, comme Mitterrand, arrive au pouvoir en utilisant deux moyens : la dévalorisation de l’action et de la personne de son prédécesseur et les promesses de changement social. Ce qui les différencie réside dans la mise en œuvre du second moyen. Mitterrand sait qu’il possède une carte maîtresse pour réaliser ses coûteuses promesses électorales : l’endettement public. Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre lui ont légué une excellente situation financière malgré le ralentissement de la croissance et la montée du chômage à la fin des années 70. La dette publique est de 21% du PIB en 1981 et le dernier budget voté sous le septennat de Giscard est à l’équilibre. Mais les prélèvements obligatoires ont beaucoup augmenté de 1974 à 1981 (plus de 6 points de PIB) afin de faire face à la montée très vive du chômage. Mitterrand utilisera systématiquement l’endettement public pour distribuer les avantages promis, faisant ainsi passer la dette de 21 à 55% du PIB.
En 2012, François Hollande sait qu’il ne dispose pas de cette possibilité, mais il espère un retournement conjoncturel. De 2008 à 2012, nous étions en situation de basse conjoncture. Avec un peu d’optimisme, on pouvait penser que le retournement aurait lieu rapidement, fin 2012 ou début 2013. Hollande rêvait de bénéficier du regain de croissance en provenance de l’extérieur qui avait beaucoup facilité la tâche de Lionel Jospin entre 1997 et 2002. Bien sûr, c’était avouer que l’on attend la solution du capitalisme mondial ou européen. Mais le capitalisme n’a pas daigné lui apporter la solution sur un plateau d’argent. La communication gouvernementale avait d’ailleurs choisi un autre discours, toujours en vigueur : l’Europe doit renoncer à « l’austérité » et l’égoïste Allemagne doit accroître son déficit public pour y contribuer. Aucune personne informée des réalités européennes et des modalités de décision dans les conseils des ministres de l’Union ne peut croire un seul instant à ces rodomontades médiatiques. Et comment imaginer qu’Angela Merkel accepte de creuser les déficits allemands pour les beaux yeux de Marianne ? Il s’agit évidemment de faire porter la responsabilité d’un éventuel échec de politique économique à l’Europe comme les politiciens français, de droite comme de gauche, en ont l’habitude.
Hollande n’a désormais aucune solution pour maintenir l’illusion idéologique qui consiste à financer les promesses socialistes avec la création de valeur capitaliste. Le socialisme à la française, axé sur le conflit, avec comme arrière-plan le vieux concept de lutte des classes, ne s’en remettra pas. En promettant trop dans un contexte économique difficile, ce Président a permis à de nombreux français de gauche de comprendre qu’il ne suffit pas d’élire un socialiste pour que, miraculeusement, leur situation s’améliore. Ils savent aujourd’hui que le socialisme n’est qu’un masque que l’on met pour le spectacle électoral comme les tragédiens de l’Antiquité grecque avant d’entrer sur la scène de l’amphithéâtre. La pièce est désormais jouée et les masques sont tombés. Le socialisme conflictuel à la française est mort.
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