TOUT EST DIT

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vendredi 7 juin 2013

On ne peut hélas dissoudre la haine..., ni la mauvaise foi !

Les principaux partis politiques réclament la dissolution des Jeunesses nationalistes révolutionnaires après la mort de l'étudiant lynché à Paris. Le gouvernement veut aller dans ce sens. Votre parti pris est fataliste : on ne peut, hélas, dissoudre ni la haine ni la mauvaise foi. C'est-à-dire ?

Hervé Gattegno : L'annonce de ce drame épouvantable a donné lieu, comme souvent, à une litanie d'incantations, de postures et d'accusations qui ne sont pas toutes sincères - de la gauche vers la droite et inversement. Par prudence et par décence, il vaut mieux attendre que les faits soient établis avant de désigner des coupables - a fortiori pour invoquer des responsabilités d'ordre idéologique dans ce qui est malgré tout plus un crime de brutes, de barbares, qu'un meurtre politique. La victime était un militant et ceux qui l'ont tué, des fanatiques. Pour le reste, on ne répond pas à la haine par la passion, mais par la raison.
Vous voulez dire qu'on en fait trop ? Que réclamer la dissolution de ce groupuscule d'extrême droite ne sert à rien ?
La dissolution n'est pas la solution. Elle est discutable sur le plan juridique et vaine sur le plan politique. D'abord, il faut être sûr que les skinheads impliqués sont liés à ce groupe - et que ce groupe a une existence officielle. Dans tous les cas, on peut interdire à ses membres de se rassembler sous cet intitulé, on ne pourra pas les empêcher de se réunir dans des lieux privés pour partager leurs délires fascisants ni de se reconstituer sous d'autres noms. C'est regrettable, mais c'est ainsi : on ne peut pas dissoudre l'intolérance ni l'ultra-violence. Mais on peut les combattre par la loi et devant la justice.
Plusieurs personnalités (dont Pierre Bergé et Harlem Désir) ont établi une relation entre ce crime et le mouvement d'opposition au mariage pour tous, qui aurait alimenté les tensions. Vous êtes d'accord ?
Non. L'amalgame est un procédé classique de l'extrême droite et il ne faut pas dénoncer l'extrémisme avec les mêmes armes que lui... Que des tensions, des incompréhensions et de l'intolérance soient apparues à l'occasion de la loi sur le mariage gay est une évidence. Il y a eu des heurts, mais peu, et il serait malhonnête d'en rendre responsables les dirigeants de ce mouvement - qui ont plutôt été débordés par des extrémistes. Frigide Barjot et Christine Boutin ont dit des énormités, mais elles n'ont tué personne - même pas elles-mêmes, puisque le ridicule ne tue pas.
Jean-Luc Mélenchon, lui, met en cause le FN et dénonce la campagne de dédiabolisation dont bénéficierait Marine Le Pen. Ça vous paraît pertinent ou hors sujet ?
C'est de la récupération politique. Qu'on le veuille ou non, Marine Le Pen a dénoncé le crime. Elle aurait dû être plus explicite pour condamner les auteurs, mais c'est un fait que le leader des Jeunesses nationalistes a été exclu du FN en 2011 parce qu'il était ouvertement pro-nazi. Ça prouve que des liens existent entre ces mouvements et le FN, mais que Marine Le Pen s'efforce de les couper - ce qui relève peut-être plus de la décontamination que de la dédiabolisation. En tout cas, ça justifie qu'on fasse preuve envers elle à la fois d'honnêteté, d'intransigeance et de vigilance. Ni plus, ni moins.

La mode et la haine

La mode et la haine


En démocratie, la première vertu de la politique est de canaliser la violence ; elle doit empêcher les affrontements physiques. Or mercredi à Paris, un étudiant de 18 ans, militant à l’extrême gauche, est tombé sous les coups d’un skinhead guère plus âgé que lui.
On est stupéfait de voir que ce déferlement de haine a surgi dans un contexte éminemment futile, loin des faits d’armes révolutionnaires, au sortir d’une « vente privée » de vêtements. Une opération typique de la société de consommation a basculé dans le sang.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que le combat politique et le style vestimentaire se télescopent en un cocktail de violence. Dans le Paris des années 1940/44, les fascistes des « Jeunesses populaires françaises » s’armaient de tondeuses pour « scalper » et tabasser les Zazous dont ils détestaient les cheveux longs, les vestes à carreaux et l’amour du jazz.
À vingt ans, le look vestimentaire est un marqueur déterminant ; il vous identifie et vous classe, c’est un signe d’appartenance, presque un uniforme. Ce n’est évidemment pas une raison pour déclencher une bagarre qui finit à la morgue. En souvenir des années fascistes, des groupuscules d’extrême droite font profession de passer de l’affrontement verbal à l’attaque physique. Ces groupuscules, il faut les identifier et les contrôler comme on surveille les supporters sportifs connus pour leur violence.
Mais seule l’identification individuelle sera efficace. Les formations paramilitaires aux dénominations ronflantes peuvent être dissoutes mille fois en grande pompe, elles renaîtront aisément sous d’autres couvertures ésotériques dès que l’orage sera passé. Ce qu’il faut traquer sans répit en amont, c’est le discours de haine : il ne s’agit pas d’une opinion, mais d’un délit condamnable en justice. Pas besoin d’attendre une rixe mortelle pour agir.

Prudence et tolérance

Prudence et tolérance


On ne sait pas si Clément Méric est mort en raison de ses idées politiques. On ignore les intentions, au moment des faits, d'agresseurs qui, seule certitude, appartiennent à un mouvement extrémiste de skinheads.
L'affaire de la profanation du cimetière de Carpentras, il y a vingt-trois ans, qui fit descendre, y compris un président de la République, dans la rue, devrait nous inciter à la prudence : évitons les sentences et les extrapolations définitives avant de connaître la véracité des faits ! Surtout lorsqu'elles émanent de ceux-là mêmes qui contribuent à enrichir le terreau sur lequel pousse l'ivraie.
Mais, fortuit ou non, il y a eu un drame. Et ce drame provoque une onde de choc politique dont l'ampleur traduit une inquiétude générale et fondée : il existe, en France, comme ailleurs en Europe, une extrême droite violente qui se sent pousser des ailes.
Ces groupes drainent assez peu de monde : quelques centaines de personnes dans les grandes villes, quelques milliers au plan national. Mais leur capacité à nuire dépasse leur nombre. Et leur résurgence traduit un climat dégradé.
Depuis qu'il présente un visage fréquentable, le Front national a ouvert un espace sur sa droite. Le parti de Marine Le Pen ne contrôle plus ces groupuscules violemment nationalistes et racistes que Jean-Marie Le Pen gardait sous son influence.
Devenus des électrons libres, ces individus évoluent dans des groupuscules nombreux, mouvants, aux appellations changeantes selon les villes et les circonstances. L'idée de les interdire est louable. Sauf qu'aucun décret ne détruit la bêtise humaine et qu'aucun curseur ne permet de délimiter le bon et le mauvais extrémisme.
L'affaire de tous
De l'espace - seconde explication de leur développement - ils en trouvent aussi dans les médias, spécialement sur Internet. L'insulte ad hominem et la haine collective qui circulent sur les réseaux sociaux révèlent l'état d'intolérance à l'oeuvre dans les tréfonds du pays. Elles illustrent aussi une impunité et une libération de la parole qu'aucune loi n'endigue plus. Cette intolérance peut produire les pires effets sur des individus fragiles et potentiellement violents.
Enfin, le climat politique et social donne du grain à moudre à cette sinistre idéologie. La crise nourrit le nationalisme primaire. La dureté du discours politique, où l'insulte le dispute trop souvent à l'allusion douteuse, autorise tout dans le débat. La radicalisation de la vie politique expose les mouvements de masse, comme La manif pour tous, à des dérives incontrôlables et à des provocations violentes.
Même si les auteurs de l'agression sont arrêtés et, demain, jugés, il ne faudrait pas, à présent, qu'à la haine réplique la revanche. C'est-à-dire que la réponse à ce climat délétère soit le contraire de la politique qui reste l'unique moyen d'organiser une vie collective pacifique.
Il en va de la responsabilité de tous : des partis à cesser les surenchères ; du pouvoir à réconcilier les Français, ce qui était l'objectif de François Hollande ; et de chacun à s'informer et à réfléchir deux minutes avant de juger, de condamner, d'injurier, d'exclure. Puisse Clément Méric être mort pour la tolérance.

RE-GAG

RE-GAG




GAG

GAG


'Désolé, la Grèce, nous avons triché (et créé 100.000 chômeurs de plus chaque mois)'

Le Fonds Monétaire International (FMI) a publié un rapport dans lequel il reconnaît avoir largement sous-estimé l’impact de la politique d’austérité qui a été imposée à la Grèce dans la cadre de son plan de sauvetage. Les calculs de l’organisation ont été trop optimistes, et ont abouti à la conclusion que la Grèce serait capable de rembourser le prêt qui lui a été accordé, alors qu'elle ne remplissait pas les conditions nécessaires pour bénéficier de cette aide.


« La Grèce n’a été qu’un bouc émissaire pour préserver la viabilité de la zone euro, autrement condamnée, avec un répit de plus de 3 ans accordé uniquement pour contenir la crise et éviter qu’elle ne se répande sur toute l’Europe, au lieu de restructurer très tôt la dette et permettre à la Grèce de quitter la zone euro pour que le pays puisse se soumettre à un rééquilibrage externe basé sur la Drachme. L’organisation, qui n’avait aucune idée sur la manière de procéder, a juste concocté les choses avec un objectif simple : protéger Bruxelles de la réalité. Et pour ce faire, le FMI a manipulé les données, présentant continuellement des prévisions trop optimistes, alors que toutes les réformes en Grèce ont échoué et continuent d’échouer encore à ce jour  », critique le blog Zero Hedge.
« La contraction de l'économie grecque dépasse le scénario le plus cauchemardesque du FMI », affirme le blog To the Tick. « Ils pensaient qu’elle ne se contracterait que de 5,5%. Il s’avère que c’est de plus de trois fois ce pourcentage (17%). Belle prouesse mathématique. Les calculs ne sont déjà pas faciles aux meilleurs moments, mais en temps de crise, ils sont encore plus compliqués.

Les histoires qui commencent par « Il était une fois » ne sont pas toujours pour les enfants. Les Grecs ne sont pas des enfants, mais le FMI les a rabaissés. Il leur a dit ce qu’ils devaient faire, et c’est ce qui les a fait plonger encore davantage. Mais il fallait les punir publiquement afin de s’assurer que les pays qui deviennent plus importants tout autour du monde ne fassent la même chose. Quel être normal voudrait solliciter le FMI pour de l’argent désormais ? Il faudrait être désespéré, n’est-ce pas ? Cela ne ferait que vous plonger davantage dans le déclin économique. Quel travail bâclé. Bravo, les gars. Leur crédibilité vient juste de s’évanouir. A quoi vous attendiez-vous ? Mais ce qui est pire, c’est que les Grecs sont ceux qui sont les plus durement touchés actuellement. Ils viennent de se prendre une nouvelle claque dans la figure de la part de Mme Lagarde. N’est-ce pas magnanime de reconnaitre ses propres erreurs ? Absolution ? »
« A l’époque, j’ai écrit que Wolfgang Schäuble avait dépassé la ligne rouge en menaçant d’éjecter la Grèce de la zone euro et en dénigrant continuellement les Grecs parce qu’ils échouaient à se conformer au plan, alors que le principal échec était la politique de la troïka elle-même », écrit Ambrose Evans Pritchard dans The Daily Telegraph. « Les Grecs ont constamment échoué à atteindre leurs objectifs parce que leur économie était en train de s’effondrer, ce qui provoquait une réduction des recettes fiscales.
Toutefois, Olli Rehn est l’officiel titulaire en charge. La troïka est « son » bébé. S’il était ministre des Finances dans un Etat démocratique il serait sûrement contraint de démissionner après la démolition aussi spectaculaire de ses réalisations.
Le fait que personne ne démissionne jamais pour des raisons de ratages politiques au sein de l'UE (la Commission Santer est l'exception qui confirme la règle), ne devrait pas empêcher M. Rehn de se sacrifier au nom d’un sens élevé de l’honneur. Un tel geste permettrait de changer d’ambiance, et de reconnaitre que les recettes politiques du FMI doivent être abandonnées définitivement pour permettre la relance. (…)
Si le Commissaire Rehn faillit à remettre cette démission, nous saurons que le 'Rehn' de la terreur va se poursuivre. Le régime va continuer sa folie destructrice, ajoutant 100.000 nouvelles personnes à la liste des chômeurs tous les mois ».

Pourquoi l'Allemagne a peur de la France

Pourquoi l'Allemagne a peur de la France


Les quelques réformes mises en oeuvre en France (allègement d'impôts pour les entreprises, plus grande flexibilité des contrats de travail dans les entreprises en difficulté, freinage des dépenses de l'État) ne modifient pas la dynamique économique de la France : dégradation de la compétitivité et du commerce extérieur, désindustrialisation, insuffisante profitabilité et maigre effort d'innovation des entreprises, grande faiblesse du progrès technique et de la croissance potentielle, arrêt de l'amélioration des finances publiques.
De plus en plus de voix officielles s'élèvent en Allemagne pour s'inquiéter de l'insuffisance des réformes structurelles et de l'effort de réduction du déficit public en France. Nous nous demandons pourquoi il y a cette inquiétude en Allemagne, alors que les Allemands, cyniquement, pourraient se féliciter de la perte de compétitivité, de parts de marché, de capacité d'influence de la France (comme ils s'étaient cyniquement félicités du passage aux 35 heures au début des années 2000), qui renforce l'Allemagne.


Il est vrai que la situation de la France peut inquiéter : malgré les quelques réformes du côté de l'offre mises en place et citées plus haut, malgré les aides fiscales aux entreprises pour la recherche, malgré les fonds publics pour investir dans le capital des entreprises innovantes, la France présente toujours des déficiences majeures de l'offre.
Le niveau des coûts salariaux est excessif compte tenu du niveau de gamme de la production (le salaire horaire dans l'industrie est de plus de 36 euros, charges sociales comprises, contre 35 euros en Allemagne, mais avec un niveau de gamme de la production beaucoup plus bas en France ; il est voisin de celui de l'Espagne, où le coût du travail est de 22 euros de l'heure). Cela explique la poursuite des pertes de parts de marché, de la dégradation du commerce extérieur et de la désindustrialisation. Le faible niveau de gamme, auquel est associée une forte sensibilité de la demande pour les produits français à leurs prix (une hausse de 10 % du prix de vente conduit à une baisse de la demande de 11 % en France et de 3 % en Allemagne), explique aussi que les entreprises industrielles françaises ont dû, depuis le début des années 2000, baisser leurs prix de vente, d'où la chute de leurs marges bénéficiaires et de leur profitabilité. Elles n'ont plus les moyens de se moderniser et de monter en gamme : en 2012, l'industrie française a acheté 3 000 robots, l'industrie allemande 19 000.

La désindustrialisation de la France confirme l'Allemagne comme centre économique de la zone

Cela conduit naturellement à la disparition du progrès technique en France : les gains de productivité sont devenus très faibles, la croissance de long terme n'est que de 0,5 % par an compte tenu de la démographie. Cette dégradation structurelle de l'économie et du potentiel de croissance explique la difficulté qu'il y a à réduire les déficits publics : il sera de 4 % du produit intérieur brut environ en 2013, d'après la Commission européenne, et de 4,2 % en 2014 : comment réduire le déficit public avec une croissance de long terme presque nulle ?
On a entendu récemment les officiels allemands s'inquiéter de cette situation, espérer que la France mette en place les réformes nécessaires. Mais pourquoi ne se réjouissent-ils pas de ces difficultés de la France ? Après tout, la perte de compétitivité de la France renforce encore plus l'industrie allemande ; le déficit public de la France devrait amener dans le futur encore plus d'investisseurs sur la dette allemande et en faire encore plus baisser les taux d'intérêt. La désindustrialisation de la France confirme le rôle de l'Allemagne comme centre économique de la zone euro ; la faiblesse générale de l'économie française et ses déséquilibres financiers renforcent aussi le poids politique de l'Allemagne en Europe et dans le reste du monde.
Pourquoi les Allemands souhaiteraient-ils alors que la France se redresse ? L'argument selon lequel l'Allemagne a besoin d'une France, d'une zone euro, forte pour avoir une économie forte est de moins en moins convaincant. D'une part, les gains de parts de marché de l'Allemagne vis-à-vis des autres pays de la zone euro compensent la faiblesse de leur demande ; d'autre part, la zone euro ne représente plus que 37 % des exportations de l'Allemagne. Plus probablement, le gouvernement allemand réalise que, si les marchés financiers finissent par s'inquiéter de la situation de la France et attaquent sa dette, l'euro ne peut qu'éclater : l'Allemagne et la France peuvent soutenir l'Espagne et l'Italie, mais l'Allemagne ne peut pas soutenir seule la France, l'Espagne et l'Italie. La fin de l'euro serait pour l'Allemagne un échec politique, mais aussi un énorme coût économique : l'Allemagne a prêté 3 000 milliards d'euros aux autres pays de la zone euro, d'où une énorme perte en capital si l'euro éclatait et si le "mark" se réévaluait.
Ces risques sont trop graves pour que l'Allemagne souhaite l'affaiblissement de la France à la seule fin de lui prendre des parts de marché, des activités productives et du poids politique

La cacophonie européenne

La cacophonie européenne


Toute personne qui y consacre un instant de réflexion sait que la survie de la civilisation européenne dépend de la capacité des Européens à s'unir. L'ancien chancelier allemand Helmut Schmidt insiste sur le fait que, dans trente ans, la population mondiale atteindra 9 milliards d'habitants et que les Européens n'y compteront plus que pour 7 %. "Nous serons tous minuscules", répète-t-il. Ni l'Allemagne ni la France ne représenteront 1 % de la population mondiale ! Et pendant ce temps le milieu dirigeant européen multiplie des déclarations contradictoires, qui ébranlent peu à peu la confiance de l'opinion dans l'efficacité et même l'utilité du projet européen.
1. Les médias anglo-saxons n'y vont pas de main morte ! Le magazine qui a le plus fort tirage mondial présente sur sa couverture le Premier ministre britannique avec pour sous-titre : "Le bon Européen". Il est exact que M. Cameron souhaite que la Grande-Bretagne reste dans l'Union européenne, mais à la stricte condition que celle-ci soit "réformée" et sans accepter aucun nouveau pas vers l'intégration. Il récuse la formule adoptée dans le traité de Maastricht d'"une union sans cesse plus étroite".
Une des demandes britanniques portera sur la réforme de la Commission européenne ; or, sur ce sujet, le parcours est édifiant.
C'est le traité de Nice qui, en 2000 et sous présidence française, a porté à 27 le plafond du nombre de commissaires - un par État membre, grand ou petit -, multipliant ainsi les sources de la réglementation européenne, puisqu'il faut bien que chacun de ces commissaires, assisté de son équipe, justifie son existence.
Le traité de Lisbonne a cherché à corriger cet excès. S'inspirant de la Constitution européenne de 2003, il dispose dans son article 17 paragraphe 5 :
"À partir du 1er novembre 2014, la Commission est composée d'un nombre de membres, y compris son président et le haut représentant pour les Affaires étrangères, correspondant aux deux tiers du nombre d'États membres..." Ce qui signifie, par rapport aux 27 États membres actuels de l'Union, 18 membres de la Commission, dont 16 commissaires. Neuf de moins !
Cela aurait été un progrès, quoique encore insuffisant puisqu'on évalue à 12 ou 13 le nombre des fonctions de la Commission.
Mais, le 2 octobre 2012, le Conseil européen revenait en arrière : "La Commission consistera en un nombre de membres égal au nombre des États membres." Cette décision, ajouta-t-il, s'appliquera à partir du 1er novembre 2014. Avec l'arrivée de la Croatie en juillet, un 28e commissaire rejoindra le collège. Actée lors du dernier Conseil européen, le 22 mai, sans consulter ni même informer l'opinion publique, cette validation est passée inaperçue.
Le tour est joué. La réforme de la Commission a été escamotée !
2. Désireuses de manifester un zèle européen, les autorités françaises proposeraient de fusionner le poste de président du Conseil européen désigné par les 27 États membres et celui de président du "gouvernement économique", ce dernier ne concernant que les 17 États membres de la zone euro. Et d'utiliser les services de la Commission non réformée, où la France et l'Allemagne ne disposent chacune que d'un seul commissaire sur 27, pour exécuter les décisions qui concernent exclusivement la zone euro.
Ce mélange des rôles rendrait le fonctionnement du système difficilement compréhensible.Comment pouvoir compter sur les 10 commissaires, nommés par les pays qui refusent d'adopter l'euro, pour veiller au suivi des décisions de la zone euro ?
La cacophonie est à son comble ! Le public stupéfait voit les violonistes de l'orchestre chercher à s'emparer des instruments à vent. Il commence à siffler. Prenons garde à ses réactions ultérieures : il aura la parole juste dans un an, à l'occasion des élections européennes. Attention à l'abstention et à la poussée du scepticisme et du populisme.
Ma prochaine chronique tentera de proposer une voie de sortie : l'avancée droite et raisonnable vers l'intégration européenne, reprenant le parcours initial et restant respectueuse des identités et des cultures des États d'Europe

Au diable les primaires !

Au diable les primaires !


Parmi les conclusions qu'on peut tirer de la pantalonnade de la primaire parisienne de l'UMP que vient de remporter Nathalie Kosciusko-Morizet, l'une au moins est incontestable : question tricherie, le vote électronique est aussi efficace que le vote papier, il a fait ses preuves durant tout ce week-end.
Une autre conclusion s'impose, tout aussi évidente : question démocratie, l'UMP ne vaut pas mieux que le PS. En matière de magouilles, canailleries, coups bas, trucage et compagnie, ils savent faire l'un et l'autre, à Reims comme à Paris. Au moins à droite est-on plus franc. N'est-ce pas Copé lui-même qui avouait dimanche soir : "À l'UMP, nous apprenons la démocratie, c'est assez nouveau."
On peut objecter qu'à Lyon les choses se sont bien passées.Loyalement. Mais si un jeu permet à untel de déroger à la règle qu'il impose quand tel autre la respecte, c'est que ce jeu est pervers. Si un système n'est pas verrouillé, c'est qu'il est mauvais. Il en va ainsi de la primaire à la française. La primaire n'est pas dans notre culture. Aux États-Unis, elle aboutit à rassembler le camp qui l'emporte ; chez nous, à le diviser. Regardez ce qui arrive à Hollande. Quant à une primaire interne à un parti, comme celle d'hier à Paris, elle exige que ce parti soit fort et authentiquement démocratique. Chacun sait que la fédération UMP de Paris est un panier de crabes.

Simulacre

Fermée, une primaire est clanique. Ouverte, elle est trompeuse. Dans les deux cas, elle est un simulacre de démocratie, une compétition hasardeuse qui n'assurera pas à celui qui en sort vainqueur une autorité comparable à celle née du passé, de l'expérience et des preuves qu'un candidat à l'élection doit donner de lui-même. La légitimité n'est pas de même nature ici ou là. Que la droite adhère au principe de la primaire est surprenant, alors qu'elle a mis en place des institutions contraires à l'esprit de ce mode de désignation, et que sa culture la porte à une conception plus hiérarchique pour ne pas dire monarchique du pouvoir. Les exemples de Chirac et de Sarkozy sont là pour en attester.
À ce propos, on verrait mal Nicolas Sarkozy, s'il était candidat à l'élection présidentielle de 2017, se soumettre au jeu des primaires, alors qu'il est dépositaire d'une légitimité qui fait de lui le chef historique et naturel de la droite. Sauf à ce qu'il prenne d'ici là la direction de l'UMP, ce qui semble exclu, ce n'est pas au nom de ce parti qu'il devrait se porter candidat, mais en son nom personnel, fort de lui-même et de ce qu'il a été.

La "droitisation"

La "droitisation"

Le mot « droitisation » est à la mode. Sur les ondes de la radio et dans les émissions politiques, on n’entend que lui. Le Figaro du 5 juin lui consacre une page entière. A quoi se réfère-t-il ? Assez peu paradoxalement aux questions économiques et sociales. La formule se rapporte aux grands enjeux de société. Or, elle est fausse sinon mensongère. Qu’il y a-t-il en effet de « droite » à vouloir protéger les citoyens en exigeant une justice plus sévère envers la délinquance ? Qu’il y a-t-il de « droite » à dénoncer les excès d’autoritarisme des institutions de Bruxelles qui répétons le, n’ont plus aucun rapport avec la belle idée européenne ? Qu’il y a-t-il de « droite » à prôner une limitation réelle de l’immigration dans le contexte de 3,2 à 5 millions de chômeurs ? Qu’il y a-t-il de « droite » à vouloir préserver des valeurs auxquelles les milieux populaires sont attachés ? Pourquoi ce concept de « droitisation » ? Fabriqué par le « microcosme », comme disait Raymond Barre, le microcosme médiatique, il vise à diaboliser la vérité, à maudire la volonté populaire. Il reflète le désarroi d’un parti socialiste en perdition aux commandes de l’Etat et qui n’a pas la moindre idée de la manière dont il va occuper les 4 années à venir. Il annonce sa stratégie à venir pour garder le pouvoir en 2017 : nourrir les complexes de l’opposition, lui interdire de penser et de réfléchir pour favoriser les « anti systèmes » et s’assurer grâce à eux une réélection, même ultra-minoritaire. Mais le plus lamentable, c’est que le piège marche à merveille comme nous le voyons au quotidien avec les affres de l’UMP, son imbécile dérive fédéraliste et le triomphe du lâche « politiquement correct » dans ses rangs. Pour sortir de l’impasse actuelle, il faudrait voir émerger un nouveau rassemblement politique, sur le modèle gaullien, ni de droite ni de gauche, parlant sans haine et sans excès le langage du réalisme et de la vérité. Pour cela, il faudrait des leaders réunissant les quatre  qualités vitales sur lesquelles je reviens souvent:  une vision, un caractère, un sens politique et le désintéressement personnel. Hélas, cela n’existe pas actuellement  en tout cas, sur la scène politico-médiatique.

Si les Ricains n'étaient pas là...


« Si les Ricains n’étaient pas là / Vous seriez tous en Germanie / A parler de je ne sais quoi / A saluer je ne sais qui »
Les paroles d’une chanson qui, en son temps, fit scandale et vaut encore, quarante-cinq ans plus tard à son interprète, Michel Sardou, une solide « mauvaise » réputation.
En 1967, le général de Gaulle, au nom de l’indépendance nationale et d’une « certaine idée de la France », critique la croisade anti-communiste conduite par les Américains au Nord-Vietnam et décide de quitter le commandement intégré de l’OTAN. Le « chanteur de droite » dénonce, sans retenue, toutes les formes d’anti-américanisme, qu’elles soient gaullistes ou gauchistes. 23 ans seulement se sont écoulés depuis le 6 juin 1944 et le débarquement allié en Normandie, première étape de la libération du territoire et de la victoire finale sur les Nazis.  
Je vous parle d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître…

Le lointain sacrifice

Le chanteur a vieilli jusqu’à rejoindre le Panthéon des has-been. Mais il y a pire, le souvenir du sacrifice de ces jeunes soldats, norvégiens, tchèques, belges, polonais, néo-zélandais, australiens, canadiens, anglais, français et américains, tombés par milliers sur les plages normandes, a quitté le registre de la mémoire, celui du souvenir direct ou indirect des premières générations, pour rentrer dans l’Histoire, une histoire déjà lointaine.
Petit, dans les années 70, nos longs après-midis de juillet sur la plage de Saint-Aubin-sur-Mer passaient rarement sans l’évocation par mon arrière-grand-mère de la « Guerre » et du débarquement – suivi, forcément, d’une escapade dans le bunker « en état de marche » à la recherche de « sablière », vieux restes de cartouches…
Aujourd’hui, quiconque a vécu la « Guerre », et s’en souvient, n’est pas loin d’avoir 80 ans. Le temps a filé… Le Mur de Berlin est tombé, les tours du World Trade Center ont explosé et le détail précis des récits de mon enfance s’est lui-même estompé. Mais cet oubli n’est pas seulement une question de mémoire.

Un nouvel anti-américanisme

Le monde a changé, le « siècle américain » s’est achevé, la position dominante des États-Unis se trouve désormais contestée et, alors que Barack Obama et Xi Jinping se retrouvent en Californie, force est de constater que Washington a désormais davantage les yeux rivés sur le Pacifique et la Chine plutôt que sur l’Atlantique et l’Europe…
Le monde a changé. De nouvelles menaces, de nouveaux conflits et une crise, avec pour corollaire la remise en cause croissante d’une certaine approche – par trop triomphale - du capitalisme le plus libéral et, au-delà, du mode de vie « à l’occidental ». Et, comme point commun, l’expression d’une certaine forme d’anti-américanisme, un anti-américanisme bon teint, de plus en plus ordinaire.

Pour l’Histoire

L’an prochain, le 6 juin marquera le 70ème anniversaire du D-Day. Il restera encore quelques survivants qui, pour l’occasion, comme aujourd’hui et ce week-end, iront arpenter les plages d’Utah, Omaha, Gold, Sword et Juno, et rendre hommage à leurs camarades dans leurs immenses cimetières.
Ils seront bien peu mais cela reste pour tous, nous tous, un devoir, devant l’Histoire, de ne jamais oublier qu’
« un gars venu de 

Georgie / Qui se 

foutait pas mal de 

toi / Est venu 

mourir en 

Normandie / Un 

matin où tu n'y

 étais pas ».

jeudi 6 juin 2013

L'étau se resserre

L'étau se resserre


Plus l'étau se resserre sur François Hollande, plus son double langage tourne à la schizophrénie. Ainsi reconnaît-il que la priorité doit être donnée à la compétitivité tout en remettant sur le métier la taxe à 75 % qui constitue un repoussoir pour le travail et l'investissement, la création d'entreprises et l'attractivité du pays. Socialiste à Paris le 23 mai lors de sa conférence de presse, le voilà social-démocrate à Leipzig le lendemain lors du 150e anniversaire du SPD, vantant l'Agenda 2010 du chancelier Schröder qu'il dénonçait naguère. À Rodez, le 29 mai, il fustige le diktat de la Commission européenne, qui, dans le cadre du traité budgétaire ratifié par l'actuelle majorité, détaille les réformes structurelles qui sont la contrepartie du report à 2015 de l'objectif d'un déficit budgétaire de 3 % du PIB. Cela pour plaider derechef à Paris le 30 mai, devant Angela Merkel, la création d'un gouvernement de la zone euro impliquant des engagements contraignants en matière d'équilibre des finances publiques et de compétitivité des entreprises.
L'incohérence de l'action gouvernementale a été mise au débit de la faiblesse du Premier ministre, d'une composition pléthorique et des rivalités entre les ministres. Elle découle en réalité de l'absence de ligne stratégique qui tient lieu de règle d'or à la parole présidentielle. Et cette contradiction permanente reflète la perte de tout contrôle devant le déclin national qui se transforme en débâcle.
Sur le plan économique, la récession est en passe de se muer en déflation, avec le blocage de tous les moteurs de l'activité du fait du choc fiscal. L'immobilier en est exemplaire, qui connaît un véritable krach non par la baisse des prix, mais par l'arrêt des transactions, avec à la clé l'apparition d'un stock de 100 000 logements neufs invendus alors que sévit une pénurie de 1 million de logements. Sur le plan social, le chômage s'emballe, touchant plus de 3,5 millions de personnes, ce qui n'empêche nullement la remise en cause du statut des 1,2 million d'autoentrepreneurs ou des emplois familiaux. Sur le plan financier, la miraculeuse faiblesse des taux d'intérêt appliqués à la dette publique française apparaît de plus en plus précaire. Elle ne résulte que du répit dans la crise des risques souverains obtenu par Mario Draghi à la tête de la BCE et plus encore des politiques d'expansion monétaire conduites aux États-Unis et au Japon, qui drainent des flots de liquidités vers l'euro surévalué.
Face à cette situation, la France ne dispose plus de sa souveraineté. L'effondrement de l'appareil productif et de la compétitivité ne lui permettra pas de bénéficier de la reprise qui se dessine aux États-Unis et au Japon et plafonnera la croissance autour de 0,5 % d'ici à 2017. La dette publique, qui atteindra 96 % du PIB en 2014, la place à la merci des marchés. Le passage à l'euro interdit de recourir à l'inflation ou à la dévaluation. Enfin, les engagements contraignants pris vis-à-vis de nos partenaires pour sauver la monnaie unique leur donnent un droit de regard et de contrôle sur la politique économique.
La France, par sa position internationale et son rôle clé dans l'Union européenne comme dans la zone euro, a volontairement soumis sa situation et sa politique économiques à des instances d'évaluation internes ou internationales. Pour la première fois dans l'histoire, le FMI, l'OCDE, l'Union européenne, la BCE, la Cour des comptes et la Banque de France aboutissent à des conclusions et des recommandations identiques. Constat commun : l'économie française est en train de s'effondrer du fait de sa sous-compétitivité, ce qui peut entraîner un nouveau choc ravageur et potentiellement mortel pour l'euro. Stratégie préconisée : l'étalement dans le temps de l'ajustement budgétaire en contrepartie de l'accélération des réformes structurelles qui doivent privilégier le redressement de la compétitivité, la libéralisation du marché du travail et la maîtrise des dépenses publiques. Actions prioritaires : le relèvement du taux de marge des entreprises grâce à la baisse des prélèvements ; la diminution du coût du travail ; le renforcement de la concurrence ; le démantèlement de la fiscalité confiscatoire ; la réforme de l'État et de la protection sociale.
La France ne dispose plus d'aucun artifice pour prolonger son modèle de décroissance à crédit. Et c'est François Hollande qui, de lui-même ou sous la contrainte des marchés et de nos partenaires, devra engager sa transformation. Son manège enchanté, fait de taxes, de nouvelles dépenses sociales, de retour à la retraite à 60 ans et d'embauche de 60 000 professeurs dont la Cour des comptes a montré la parfaite inutilité, est incompatible avec le redressement de la France et la survie de l'euro. Piégé par son déni de la crise qui lui interdit d'en imaginer la sortie, il doit se démettre ou se soumettre à l'agenda des réformes élaboré par les instances internationales et par nos partenaires européens.

La médecine par le vide

La médecine par le vide


la France n’a jamais compté autant de titulaires d’un diplôme de médecine. Pourtant le pronostic sur son système de santé reste sombre.
C’est que le corps médical témoigne de symptômes à la fois multiples et résistants aux traitements que le pouvoir voudrait lui administrer. Le nombre des retraités augmente ainsi plus vite que celui des actifs. Les barrières du numerus clausus ont été ouvertes. Trop tard. L’effet retard dû à une formation longue ne permettra pas aux nouveaux médecins de combler dans toutes les disciplines et dans toutes les régions le départ de praticiens dont un quart a déjà plus de 60 ans.
Cette gestion à courte vue des effectifs s’est doublée d’une incapacité foncière à organiser l’exercice médical sur le territoire. Face à une répartition inégale tant des médecins que de leurs spécialités, la plupart des mesures soit de coercition, soit d’incitation ont échoué. Parfois parce qu’elles n’étaient que comptables. Parfois en raison de leur rejet par une profession sensible.
Pourtant, les fêlures dans la carte française de l’offre de soins pèsent sur les praticiens eux-mêmes : la pression monte sur généralistes et spécialistes, au moment où une part croissante d’entre eux, notamment les femmes, souhaitent à juste titre mieux gérer leur exercice.
Le casse-tête devient d’autant plus périlleux à résoudre que, sous l’effet du vieillissement de la population, les besoins exprimés en soins ne cessent de grandir.
Certes, des médecins retraités restent en activité, des diplômés hors de France s’installent. Mais cela ne suffit pas à renverser la situation. Quatre médecins sur cinq quittant le métier étaient libéraux, contre un sur quatre y entrant. À terme, ces déséquilibres risquent non seulement de pénaliser l’accès aux soins mais encore leur qualité. Par retour de balancier, les coûts financiers et humains pour la collectivité risquent alors de bondir. Comme pour confirmer qu’un cabinet fermé n’est pas a priori source de progrès.

Turquie : le défi démocratique

Turquie : le défi démocratique


C'était en juin 2011 et cela paraît un siècle. Istanbul rayonnait. Le miracle économique turc faisait des envieux. Sur la scène intérieure, Erdogan engrangeait dans les urnes les fruits de sa stratégie gagnante. Développement, recentrage laïque, marginalisation de l'armée, dialogue avec l'Europe. Sa réélection fut un véritable triomphe.
Sur la scène diplomatique, la Turquie ne se représentait plus seulement comme un des piliers de l'Otan ou un candidat endimanché voulant entrer en Europe. Elle se voyait en puissance, en facteur de stabilisation et de prospérité dans une région qui en est dépourvue. Au ministère turc des Affaires étrangères, on appelait cela la doctrine « zéro problème » avec le voisinage.
Business. Industrie. Textile. Bâtiment. Séries télévisées inondant le marché arabe. La cause palestinienne était devenue une cause turque. Le rêve néo-ottoman de la nouvelle classe dirigeante était aussi inavouable que palpable. Les analystes avaient beau alerter sur l'aveuglement qu'une certaine superbe peut produire, l'avertissement n'était pas entendu.
Deux ans plus tard, l'horizon vient pourtant de changer du tout au tout. Avec la guerre en Syrie, les tensions avec Israël et le dossier iranien, le temps du « zéro problème » est manifestement révolu. Et sur la scène intérieure, le raidissement du pouvoir exercé par Recep Tayyip Erdogan vient, depuis une semaine, de toucher un point limite.
Que demandent en substance les milliers de jeunes qui occupent la place Taksim ? La fin de la dérive autocratique engagée depuis 2011. Arrestations de journalistes, de militants des droits de l'homme, d'avocats. Mainmise sur la justice, les médias, l'université. Loi sur le voile, enseignement religieux, croisade contre l'alcool : autant d'atteintes progressives aux principes d'une laïcité pourtant si fondatrice au pays d'Atatürk. Sans compter la corruption, masquée jusqu'ici par le miracle économique.
Tout s'est passé comme si la griserie du pouvoir avait rendu Erdogan aveugle aux évolutions de sa propre société. Comme si, parvenu au sommet, le cercle vertueux de son ascension était brisé.
Dans la modernisation d'Ankara, l'Europe a joué une bonne part. L'ouverture, en 2005, des négociations d'adhésion a eu un effet positif sur les réformes. Pour plaire à Bruxelles et amadouer l'armée turque, Erdogan a conjugué développement et démocratisation. En amenant son pays à un point où personne, il y a vingt ans, ne l'attendait. Ces mérites ne peuvent être effacés. Mais ce qui l'attend aujourd'hui, à son retour d'Afrique du Nord, est un défi qu'il ne peut plus éluder. La violence de la répression des manifestations a radicalisé un mouvement de contestation multiforme. Et les luttes intestines au sein de l'AKP ne sont pas le moindre des pièges.
En définitive, la question est élémentaire. Erdogan entend-il fuir plus avant dans la spirale du pouvoir autocratique ou laisser respirer démocratiquement la jeunesse du boom économique qu'il a lui-même favorisé ? Sa conception de la démocratie, telle qu'il l'a exprimée jusqu'ici - en résumé : on vote et on se tait jusqu'aux prochaines élections - n'est guère encourageante. On a longtemps glosé sur l'agenda caché des islamistes modérés, attendant leur heure. C'est l'agenda autoritaire qui est en fait à craindre.

Constat de carence

Constat de carence

Vaste chantier ! Jean-Marc Ayrault a affirmé hier que la réforme des retraites aurait pour objet de corriger les « injustices » et les « inégalités » tout en garantissant, dans la durée, la survie du système. On aimerait prendre au (x) mot(s) le Premier ministre et louer par avance son courage. Car des injustices, ou des inégalités, il va devoir en supprimer pour rendre la réforme efficace et acceptable par l'ensemble des Français. Déjà, les premières fuites autour du rapport de la conseillère d'État, Yannick Moreau, qui ne sera remis à Matignon que le 10 juin, ont donné le ton sur le mode du « Pas touche à mes acquis » !
Il est vrai qu'en proposant un rapprochement du système de calcul des retraites entre public et privé, elle a brisé un tabou. Avant que ne commence la concertation avec les syndicats, Jean-Marc Ayrault a dû apporter des apaisements : rien ne se fera dans l'urgence et rien n'obligera le gouvernement à retenir toutes les préconisations. Sauf que sur ce sujet, il ne pourra pas y avoir de justice à géométrie variable.
Ici, il ne s'agira pas seulement de faire payer les « plus aisés », mais de mettre tout le monde à contribution dans un effort de solidarité nationale. Rien ne serait pire, après les polémiques des mois écoulés, que d'alimenter de nouveaux clivages entre jeunes et retraités, patrons et salariés, public et privé. L'alignement progressif des régimes entre fonctionnaires du public et salariés du privé, la réduction des avantages exhorbitants des régimes spéciaux (y compris chez les parlementaires) sont des impératifs républicains (mot à la mode !). Eux seuls justifieront les sacrifices imposés à d'autres.
Loin de nous, bien au contraire, l'idée d'attiser de stériles querelles tant les arguments se contrebalancent. Il importera avant tout que le gouvernement se montre impartial en oubliant ses amitiés clientèlistes. L'exemple récent de la suppression (symbolique) du jour de carence instauré dans la fonction public, nous incite à la prudence. En cédant à nouveau à une faiblesse partisane, c'est le pouvoir qui s'exposerait à un constat de carence.

La Babel mondialiste se dispute autour des panneaux solaires

La Babel mondialiste se dispute autour des panneaux solaires


Conflit typique du mondialisme entre Bruxelles et Pékin, après la ténébreuse alliance entre le capitalisme apatride et le communisme totalitaire. La décision de la Commission européenne d’instaurer des taxes provisoires sur le solaire chinois, malgré l’opposition de plusieurs Etats de l’UE (dont l’Allemagne) et les menaces de représailles commerciales de Pékin, pourrait avoir de forts enjeux planétaires.
Dans un bras de fer risqué et préparé dans les bureaux bruxellois (1), « l’exécutif européen » a décidé à l’unanimité d’imposer des taxes sur les importations de panneaux solaires, de cellules photovoltaïques et de composants chinois. C’est un illustre inconnu qui l’a annoncé : le commissaire chargé du Commerce, Karel De Gucht. « Ce n’est pas une mesure protectionniste », a-t-il assuré, comme si le protectionnisme était un péché. Pour lui, l’instauration de ces taxes est une « mesure d’urgence pour donner un ballon d’oxygène à un secteur qui souffre » des pratiques de dumping des firmes chinoises.
Plusieurs entreprises allemandes (Q-Cells et Solarhybrid) et françaises (Solar France) ont déjà mis la clé sous la porte. D’autres ont été reprises, comme la Française Photowatt par EDF. Quelque 30 000 emplois sont en jeu, selon Bruxelles. En revanche, l’Alliance pour une énergie solaire abordable (Afase), qui regroupe beaucoup de fabricants chinois, a affirmé que cela allait « sévèrement heurter le niveau de demande, ce qui entraînera des pertes d’emplois et portera un coup important à l’industrie solaire européenne ».
Malgré son coup de force, la Commission espère toujours parvenir à une solution à l’amiable. En signe de bonne volonté, elle a opté pour une réponse graduée : à partir du 6 juin, les importations de produits chinois de l’industrie solaire seront taxées à hauteur de 11,8 %, et si aucun accord n’est trouvé avec Pékin dans les deux mois, le taux sera relevé à 47,6 % en moyenne. « La balle est dans le camp des Chinois », a estimé De Gucht. « Il est clair que si la Chine n’apporte pas de solution d’ici au 6 août, des taxes plus élevées seront appliquées », a-t-il insisté. Mais, dans le même temps,« nous laissons la possibilité à nos amis chinois de parvenir à une solution négociée ».
La Chine a évidemment très mal réagi et a déjà répliqué par des mesures visant des produits européens, lançant notamment une enquête sur les vins européens. « Le protectionnisme de l’Union européenne adresse un mauvais message à la Chine et au monde. Plutôt que de chercher une solution gagnante pour les deux parties afin de se sortir de ses problèmes internes, elle (l’UE) en fait porter la responsabilité ailleurs », a estimé l’agence de presse officielle Chine nouvelle. « Le protectionnisme d’un côté ne peut déboucher que sur du protectionnisme de l’autre côté. L’UE devra porter la responsabilité d’une éventuelle guerre commerciale si une telle hypothèse se réalise », a-t-elle ajouté.
« On continue à négocier avec les Chinois mais on le fait désormais avec le pistolet chargé », résume une source communautaire sous couvert d’anonymat. Mais pourquoi cette sorte de « première » européenne (en termes de protection)  pour le secteur solaire et non pour le secteur textile par exemple, tout aussi victime du dumping chinois ? On nage dans l’empire de Mammon et le règne de l’économisme, indifférents en réalité au sort des hommes et des entreprises que ce soit en Chine ou en Europe ! « C’est un très gros dossier, plus de 20 milliards d’euros. Il implique d’énormes intérêts. Avec la Chine, nous ne parlons plus de chaussures, de textile, de tubes d’acier ou de vaisselle. Les panneaux solaires sont des produits complexes, avec une chaine d’approvisionnement planétaire », confie cyniquement De Gucht dans Le Figaro économie.
Il ajoute : « La discussion aura des ramifications pour tout le secteur des hautes technologies. Je compte en profiter pour aborder l’écueil suivant : les exportations chinoises dans le domaine des réseaux de téléphonie mobile 4G. L’idéal serait de façonner avec Pékin un modèle de résolution des conflits commerciaux pour l’avenir. Les Etats-Unis font face au même défi. Nous aurons des idées à échanger avec eux. » On comprend bien que nous ne sommes pas dans une volonté légitime de subordonner l’économie mondiale à une morale politique selon l’encyclique sociale de Benoît XVI ou les propos récents du Pape François, mais dans une volonté babélienne de subordonner la politique des nations à une « morale » économique : « Faisons des briques… Bâtissons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! » (Gen XI).
Quand la fabrication des « briques » doit seule unifier l’univers sans autre référence morale et métaphysique, quelle meilleure organisation politique qu’un Etat mondialiste (encore multi-polaire) d’autant plus efficace et totalitaire qu’il sera débarrassé des sociétés naturelles en dessous de lui et du Créateur au-dessus ? Par un capitalisme libéral-communiste : méfions-nous des faux oxymores ! Cette dispute sur les panneaux solaires met singulièrement en relief le symbolisme de la Tour de Babel jusque dans son impasse : — Nihil novi sub sole !
(1) A ce stade, l’avis des Etats membres n’était que consultatif, mais à la fin de l’année, ils voteront pour prolonger les mesure pendant cinq ans. Le risque de voir la Commission désavouée est donc important. « M. De Gucht risque la Bérézina en fin d’année s’il ne parvient pas à obtenir une majorité qualifiée » pour imposer des taxes permanentes, a résumé le coprésident des Verts au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit. Un tel scénario serait une première. L’UE devrait alors rembourser aux producteurs chinois les droits de douane prélevés de manière provisoire !

Sarkozy en fait mille fois trop !


Le président ne peut s'empêcher de distiller ses petites phrases sur son retour. S'il y a là un calcul, il est contre-productif, selon Hervé Gattegno.

RMC : Entre la rubrique judiciaire et la rubrique politique, pas une journée ne passe sans qu'on reparle de Nicolas Sarkozy. À votre avis, ce n'est pas totalement fortuit. Votre parti pris : Sarkozy en fait mille fois trop ! Expliquez-nous pourquoi...
Hervé Gattegno : l'omniprésence médiatique de Nicolas Sarkozy n'est pas seulement due à sa stature politique. C'est le résultat d'une campagne de communication qu'il orchestre en personne. La plupart des indiscrétions qu'on lit dans la presse viennent des confidences qu'il fait à ses visiteurs : des politiques, pour l'essentiel. Et quand il glisse dans son discours, à Londres avant-hier, devant des banquiers qu'il reviendra "si on a besoin de (lui)", il sait bien qu'à l'heure de Twitter la phrase sera répétée deux minutes après. Donc tout ce battage est volontaire, calculé, organisé, ce qui ne veut pas dire qu'il est approprié.
Est-ce qu'on ne peut pas penser que Nicolas Sarkozy veut faire parler de lui pour rester dans le jeu, dans l'hypothèse où il voudrait préparer son retour ?
On dirait plutôt qu'il ne peut pas s'en empêcher. Nicolas Sarkozy est un drogué de la médiatisation : quand il a des crises de manque, il se met en danger. Il laisse son avocat lancer des attaques contre le juge dans l'affaire Bettencourt : l'argumentation ne pèse pas lourd, mais elle accrédite l'idée que Nicolas Sarkozy serait menacé par ce dossier - alors que les charges ne tiennent pas. Pour la primaire à Paris, il a laissé l'aile droite de l'UMP - qui se réclame de lui - attaquer NKM de front, si bien qu'à l'arrivée c'est presque comme si c'était lui qui avait perdu... Si tout cela est calculé, il doit y avoir une erreur... de calcul.
Patrick Buisson déclare, dans L'Express, que "NKM est la meilleure pour perdre" à Paris. Est-ce que c'est forcément ce que pense Nicolas Sarkozy ?
Lui seul le sait, mais tout le monde pense que Buisson exprime le point de vue de Nicolas Sarkozy parce qu'il a été très influent sur sa campagne. De fait, il a surtout contribué à sa défaite, et il continue à lui faire du tort. Buisson est un expert des questions d'opinion, mais il mélange les courbes des sondages et la ligne (très) droite de son idéologie. Il s'est convaincu (avec ses apprentis Guillaume Peltier et Geoffroy Didier) que NKM était trop modérée, alors que c'est ce profil qui lui donne une chance à Paris. Mais eux n'ont même pas su mobiliser quelques milliers d'électeurs pour la faire battre. La Droite forte n'est pas si forte que cela. Nicolas Sarkozy a intérêt à s'en souvenir.
Malgré tout cela, il reste de loin le candidat préféré de l'électorat de droite pour 2017...
C'est incontestable, mais ça ne veut pas forcément dire que sa stratégie est la bonne. S'il est le favori à droite, c'est parce qu'aucun successeur à sa hauteur n'a émergé - et qu'au contraire même les deux prétendants principaux se sont abîmés dans la bataille interne de l'UMP. Ça devrait être une raison pour Nicolas Sarkozy de prendre du champ et de se faire un peu oublier (2017, c'est dans quatre ans !), mais c'est plus fort que lui. Résultat : ses rivaux sont déjà épuisés, mais les Français n'ont pas encore oublié à quel point lui était... épuisant.