TOUT EST DIT

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Affichage des articles dont le libellé est Hervé Gattegno. Afficher tous les articles
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jeudi 20 juin 2013

Les Français ont les élus qu'ils méritent !


Dix députés - de gauche et de droite - lancent un appel dansLe Nouvel Observateur pour abolir leurs propres privilèges. Cette démarche vous laisse sceptique. Votre parti pris : les Français ont les élus qu'ils méritent ! Qu'est-ce que vous entendez par là ?
Depuis l'affaire Cahuzac, on assiste à une surenchère de puritanisme politique. C'est à qui sera le plus vertueux, le plus irréprochable - et cela accrédite l'idée que le Parlement serait le lieu de tous les trafics, prébendes et influences. Disons-le : oui, les parlementaires ont des avantages, en partie abusifs, mais non, leurs mandats ne sont pas des sinécures et ils ne font pas fortune. Surtout, ne laissons pas croire que les retards de la France seraient le fait des élus : ils ne sont ni plus ni moins honnêtes que leurs électeurs. Ils ne sont pas des prix de vertu ? Les Français non plus.
Vous ne pensez pas qu'il nous faudrait une classe politique exemplaire, des élus qui soient justement plus irréprochables que les citoyens qui les élisent ?
Peut-être que ce serait un idéal - je n'en suis même pas sûr. On parle souvent d'une crise de la représentativité ; en fait, nos élus nous ressemblent plus qu'on ne le dit. Les Français sont des champions de la fraude fiscale, de l'incivilité routière et du travail au noir : nos représentants ne sont pas tous des saints. On ne leur demande pas d'être parfaits, mais de respecter les lois (c'est le minimum) et de servir l'intérêt général. Selon ce critère, il y a, dans les propositions de ces 10 députés, celles qui vont dans le bon sens (sur les retraites, la réserve parlementaire), et d'autres, moins.
Est-ce que vous diriez, comme Claude Bartolone, président de l'Assemblée, que ces députés veulent "se faire une réputation sur le dos des autres" ?
Ce qui est transparent, c'est qu'ils ont voulu faire un coup. Beaucoup de leurs propositions ont déjà été soumises au Parlement et repoussées - les 10 députés sont 10 dépités... Olivier Faure a publié son patrimoine, il voudrait que ce soit obligatoire - c'est idiot, car la transparence n'est pas un gage de vérité ; le patrimoine des élus ne pas doit être divulgué mais contrôlé. Bruno Le Maire veut obliger les fonctionnaires élus à quitter la fonction publique, mais alors il faut interdire l'exercice de tous les métiers (et c'est la marche forcée vers la professionnalisation de la politique, dont les Français ont raison de se méfier). Et Jérôme Guedj veut fiscaliser les frais de mandat pour éviter les abus, mais ça revient à augmenter le traitement des députés et sans plus de contrôle puisque chacun dépense son argent comme il veut... Ce sont de nobles causes, mais qui auraient des conséquences discutables...
Est-ce qu'on peut dire que le projet de loi sur la transparence de la vie politique, qui est examiné en ce moment à l'Assemblée, va assez loin ?
Il marque des progrès : la création d'un organe de contrôle, dont il faudra surveiller qu'il a les moyens suffisants, et la déclaration d'intérêts, qui, elle, sera publiée pour s'assurer que les élus ne sont pas liés à des groupes privés qui pourraient les influencer. Mais par rapport à l'ambition de départ, le texte sera forcément décevant : François Hollande l'avait voulu maximaliste (pour effacer l'affaire Cahuzac) et les députés l'ont préféré minimaliste (pour éviter le "tous pourris"). Donc c'était une loi de diversion qui aura connu... deux versions.

mardi 18 juin 2013

Oui, Nicolas Sarkozy est bien la cible des juges !

RMC : Toujours la chronique des affaires : de nouveaux éléments accréditent le soupçon sur l'arbitrage favorable à Bernard Tapie et la Cour de cassation pourrait dessaisir les juges de l'affaire Bettencourt. Vous en tirez cette conclusion en forme de parti pris : Oui, Nicolas Sarkozy est bien la cible des juges. Pourquoi ?

Hervé Gattegno Il ne s'agit pas de dire qu'il y aurait un complot, ni une "campagne orchestrée" comme l'a dit Jean-Pierre Raffarin. Mais on ne peut pas faire semblant de ne pas voir qu'il y a une volonté convergente des juges saisis des grandes affaires du moment pour impliquer à tout prix Nicolas Sarkozy - la justice est aveugle, pas les observateurs... C'est d'autant plus frappant qu'il est censé être protégé par l'immunité présidentielle pour les décisions prises durant son mandat et que les charges n'apparaissent pas toujours très solides - en tout cas pour l'instant. Donc on ne peut pas dire que Nicolas Sarkozy soit une victime, mais il est certain qu'il est une cible.
C'est le sens des réquisitions de l'avocat général qui demande à la Cour de cassation de dessaisir les juges de l'affaire Bettencourt ? Vous pensez qu'ils ont commis des fautes ?
C'est à la Cour de le dire. Mais tous ceux qui connaissent ce dossier ont été stupéfaits de la focalisation des juges sur Nicolas Sarkozy. L'argument de la proximité avec l'un des experts n'est pas convaincant : on ne voit pas en quoi ça aurait infléchi le cours de l'enquête. Mais que les juges eux-mêmes aient répliqué par voie de presse aux attaques des avocats est plus qu'incongru. L'avocat du juge Gentil a comparé Nicolas Sarkozy à un "monarque". C'est vrai qu'un ancien président n'est pas au-dessus des lois, mais pour ce qui est du devoir de neutralité, les juges, eux, ont été en dessous de tout.
Dans l'enquête sur l'arbitrage Tapie, est-ce que vous percevez la même volonté de mettre en cause Nicolas Sarkozy ?
Elle est évidente, mais à ce stade, elle paraît plus le fait du pouvoir politique que des magistrats.Plusieurs ministres ont mis en cause Nicolas Sarkozy d'une façon brouillonne et précipitée. Or Le Monde d'hier montrait bien qu'il y a un faisceau d'indices (et même quelques débuts de preuves) que l'arbitrage ait été vicié, corrompu - au moins au sens moral du terme. Alors, que Nicolas Sarkozy ait pris la décision de recourir à un arbitrage dans ce litige est vraisemblable. Mais : 1. Ce n'est pas en soi un délit. 2. C'est une décision qui relevait de son pouvoir de président, donc il ne peut pas être poursuivi parce que la séparation des pouvoirs interdit à la justice de contester les décisions de l'exécutif.
La cohérence ne saute pas aux yeux. Stéphane Richard est un patron apprécié, mais François Hollande justifie son soutien par l'intérêt de l'entreprise. Or dans cette affaire, il semble que beaucoup d'éléments précis le mettent en cause - Christine Lagarde l'accuse de l'avoir dupée, voire d'avoir commis un faux. S'il y a bien eu escroquerie, Stéphane Richard y a forcément pris part. Mais si on le maintient en fonction, c'est qu'on n'en est pas encore sûr. La leçon de tout cela, c'est que dans cette affaire comme dans toutes, il faut chercher les responsables jusqu'au plus haut niveau et éviter les polémiques... de bas étage

vendredi 7 juin 2013

On ne peut hélas dissoudre la haine..., ni la mauvaise foi !

Les principaux partis politiques réclament la dissolution des Jeunesses nationalistes révolutionnaires après la mort de l'étudiant lynché à Paris. Le gouvernement veut aller dans ce sens. Votre parti pris est fataliste : on ne peut, hélas, dissoudre ni la haine ni la mauvaise foi. C'est-à-dire ?

Hervé Gattegno : L'annonce de ce drame épouvantable a donné lieu, comme souvent, à une litanie d'incantations, de postures et d'accusations qui ne sont pas toutes sincères - de la gauche vers la droite et inversement. Par prudence et par décence, il vaut mieux attendre que les faits soient établis avant de désigner des coupables - a fortiori pour invoquer des responsabilités d'ordre idéologique dans ce qui est malgré tout plus un crime de brutes, de barbares, qu'un meurtre politique. La victime était un militant et ceux qui l'ont tué, des fanatiques. Pour le reste, on ne répond pas à la haine par la passion, mais par la raison.
Vous voulez dire qu'on en fait trop ? Que réclamer la dissolution de ce groupuscule d'extrême droite ne sert à rien ?
La dissolution n'est pas la solution. Elle est discutable sur le plan juridique et vaine sur le plan politique. D'abord, il faut être sûr que les skinheads impliqués sont liés à ce groupe - et que ce groupe a une existence officielle. Dans tous les cas, on peut interdire à ses membres de se rassembler sous cet intitulé, on ne pourra pas les empêcher de se réunir dans des lieux privés pour partager leurs délires fascisants ni de se reconstituer sous d'autres noms. C'est regrettable, mais c'est ainsi : on ne peut pas dissoudre l'intolérance ni l'ultra-violence. Mais on peut les combattre par la loi et devant la justice.
Plusieurs personnalités (dont Pierre Bergé et Harlem Désir) ont établi une relation entre ce crime et le mouvement d'opposition au mariage pour tous, qui aurait alimenté les tensions. Vous êtes d'accord ?
Non. L'amalgame est un procédé classique de l'extrême droite et il ne faut pas dénoncer l'extrémisme avec les mêmes armes que lui... Que des tensions, des incompréhensions et de l'intolérance soient apparues à l'occasion de la loi sur le mariage gay est une évidence. Il y a eu des heurts, mais peu, et il serait malhonnête d'en rendre responsables les dirigeants de ce mouvement - qui ont plutôt été débordés par des extrémistes. Frigide Barjot et Christine Boutin ont dit des énormités, mais elles n'ont tué personne - même pas elles-mêmes, puisque le ridicule ne tue pas.
Jean-Luc Mélenchon, lui, met en cause le FN et dénonce la campagne de dédiabolisation dont bénéficierait Marine Le Pen. Ça vous paraît pertinent ou hors sujet ?
C'est de la récupération politique. Qu'on le veuille ou non, Marine Le Pen a dénoncé le crime. Elle aurait dû être plus explicite pour condamner les auteurs, mais c'est un fait que le leader des Jeunesses nationalistes a été exclu du FN en 2011 parce qu'il était ouvertement pro-nazi. Ça prouve que des liens existent entre ces mouvements et le FN, mais que Marine Le Pen s'efforce de les couper - ce qui relève peut-être plus de la décontamination que de la dédiabolisation. En tout cas, ça justifie qu'on fasse preuve envers elle à la fois d'honnêteté, d'intransigeance et de vigilance. Ni plus, ni moins.

jeudi 6 juin 2013

Sarkozy en fait mille fois trop !


Le président ne peut s'empêcher de distiller ses petites phrases sur son retour. S'il y a là un calcul, il est contre-productif, selon Hervé Gattegno.

RMC : Entre la rubrique judiciaire et la rubrique politique, pas une journée ne passe sans qu'on reparle de Nicolas Sarkozy. À votre avis, ce n'est pas totalement fortuit. Votre parti pris : Sarkozy en fait mille fois trop ! Expliquez-nous pourquoi...
Hervé Gattegno : l'omniprésence médiatique de Nicolas Sarkozy n'est pas seulement due à sa stature politique. C'est le résultat d'une campagne de communication qu'il orchestre en personne. La plupart des indiscrétions qu'on lit dans la presse viennent des confidences qu'il fait à ses visiteurs : des politiques, pour l'essentiel. Et quand il glisse dans son discours, à Londres avant-hier, devant des banquiers qu'il reviendra "si on a besoin de (lui)", il sait bien qu'à l'heure de Twitter la phrase sera répétée deux minutes après. Donc tout ce battage est volontaire, calculé, organisé, ce qui ne veut pas dire qu'il est approprié.
Est-ce qu'on ne peut pas penser que Nicolas Sarkozy veut faire parler de lui pour rester dans le jeu, dans l'hypothèse où il voudrait préparer son retour ?
On dirait plutôt qu'il ne peut pas s'en empêcher. Nicolas Sarkozy est un drogué de la médiatisation : quand il a des crises de manque, il se met en danger. Il laisse son avocat lancer des attaques contre le juge dans l'affaire Bettencourt : l'argumentation ne pèse pas lourd, mais elle accrédite l'idée que Nicolas Sarkozy serait menacé par ce dossier - alors que les charges ne tiennent pas. Pour la primaire à Paris, il a laissé l'aile droite de l'UMP - qui se réclame de lui - attaquer NKM de front, si bien qu'à l'arrivée c'est presque comme si c'était lui qui avait perdu... Si tout cela est calculé, il doit y avoir une erreur... de calcul.
Patrick Buisson déclare, dans L'Express, que "NKM est la meilleure pour perdre" à Paris. Est-ce que c'est forcément ce que pense Nicolas Sarkozy ?
Lui seul le sait, mais tout le monde pense que Buisson exprime le point de vue de Nicolas Sarkozy parce qu'il a été très influent sur sa campagne. De fait, il a surtout contribué à sa défaite, et il continue à lui faire du tort. Buisson est un expert des questions d'opinion, mais il mélange les courbes des sondages et la ligne (très) droite de son idéologie. Il s'est convaincu (avec ses apprentis Guillaume Peltier et Geoffroy Didier) que NKM était trop modérée, alors que c'est ce profil qui lui donne une chance à Paris. Mais eux n'ont même pas su mobiliser quelques milliers d'électeurs pour la faire battre. La Droite forte n'est pas si forte que cela. Nicolas Sarkozy a intérêt à s'en souvenir.
Malgré tout cela, il reste de loin le candidat préféré de l'électorat de droite pour 2017...
C'est incontestable, mais ça ne veut pas forcément dire que sa stratégie est la bonne. S'il est le favori à droite, c'est parce qu'aucun successeur à sa hauteur n'a émergé - et qu'au contraire même les deux prétendants principaux se sont abîmés dans la bataille interne de l'UMP. Ça devrait être une raison pour Nicolas Sarkozy de prendre du champ et de se faire un peu oublier (2017, c'est dans quatre ans !), mais c'est plus fort que lui. Résultat : ses rivaux sont déjà épuisés, mais les Français n'ont pas encore oublié à quel point lui était... épuisant.

samedi 11 mai 2013

Fillon se prend pour Pompidou..., il ressemble à Rocard


Vous revenez sur la phrase prononcée hier au Japon parFrançois Fillon, qui s'est déclaré candidat à la présidentielle, "quoi qu'il arrive". L'attitude de l'ancien Premier ministre vous rappelle deux de ses prédécesseurs. Votre parti pris : Fillon se prend pour Pompidou, il risque de finir comme Rocard...
Écartons d'emblée l'erreur d'interprétation : contrairement à ce qu'il a dit ensuite, François Fillon a bien parlé d'être candidat en 2017 - donc pas à la primaire UMP, mais à la présidentielle. Cette annonce indirecte, depuis l'étranger, rappelle étrangement l'"appel de Rome" de Pompidou, qui, en 1969, s'était posé en successeur de De Gaulle et, du coup, avait accéléré sa chute. De même, Fillon espère pousser Nicolas Sarkozy vers la retraite pour prendre la relève. Mais dans la longue histoire des Premiers ministres qui ont rêvé de l'Élysée, c'est plutôt à Michel Rocard qu'il fait penser : lui aussi avait juré de se présenter quoi que ferait François Mitterrand. Et il a fini par s'effacer...
Donc pour vous, pas de doute : il faut lire la phrase de François Fillon comme une attaque explicite contre Nicolas Sarkozy...
Loser, ça c'est certain.
C'est sûr. Quand il dit "quoi qu'il arrive", il faut entendre "qui qu'il arrive". C'est la réponse à cette question lancinante et qui l'insupporte : que fera-t-il si Nicolas Sarkozy veut revenir ? Le problème de Fillon, c'est que dans tous les sondages l'électorat de droite lui préfère largement Sarkozy pour 2017. En plus, ses partisans doutent de sa fermeté - il a déjà renoncé à la présidence de l'UMP et à la mairie de Paris... Donc, il cherche à la fois à rassurer ses troupes (sur lui-même) et à dissuader Nicolas Sarkozy (d'un come-back). On verra sur quel front il sera le plus convaincant...
Si on considère sa déclaration de Tokyo comme une entrée en lice quasi officielle, est-ce que François Fillon ne part pas un peu tôt ? La présidentielle, c'est dans quatre ans !
C'est vrai, mais jusqu'ici il se concentrait sur la primaire, et 2016, c'était déjà loin. S'il accélère, c'est qu'il ne pensait pas que Nicolas Sarkozy aurait un retour en grâce aussi rapide dans l'opinion. D'où les piques qu'il lance contre lui, les désaccords qu'il a exprimés (toujours après coup) sur les 35 heures, la compétitivité ou le FN ("irréconciliables", dit-il dans le documentaire de Franz-Olivier Giesbert diffusé sur France 3). Dans Le Monde, en février, il disait que si Nicolas Sarkozy revenait avec un projet susceptible de convaincre les Français, il le soutiendrait. On voit bien qu'il n'en croyait pas un mot. Depuis un an, il voulait incarner une force tranquille ; aujourd'hui, il est plutôt dans la force fébrile.
Quelle peut être la réaction de Nicolas Sarkozy ? Plusieurs de ses proches ont déjà réagi en attaquant François Fillon... C'est la guerre à droite qui recommence ?
C'était écrit. Les sarkozystes ont toujours considéré que François Fillon n'était pas un chef de guerre - et d'une certaine façon, la façon dont il a mené (et perdu) la bataille pour l'UMP les a confortés. Sans le contrôle du parti, il n'a pas d'autre carte à jouer que de contester publiquement le leadership de Nicolas Sarkozy. Donc, on est passé des échanges d'amabilités à l'ouverture des hostilités. Il faudra se souvenir que c'est un jeudi de l'Ascension que François Fillon a donné le signal de... l'escalade.

lundi 25 mars 2013

L'affaire Bettencourt, le retour de Sarkozy ne fait plus de doute !

La mise en examen "fragile" de l'ancien président va le galvaniser. Pour Hervé Gattegno, son retour ressemble de moins en moins à une hypothèse.

Les suites de la mise en examen de Nicolas Sarkozydans l'affaire Bettencourt. Beaucoup de commentateurs considèrent que cette procédure hypothèque son retour en politique. Vous, pas du tout. Votre parti pris : avec l'affaire Bettencourt, le retour de Sarkozy ne fait plus aucun doute ! Vous en êtes sûr ?
Hervé Gattegno : Cette mise en examen soulève des questions, mais ce qui est clair, c'est qu'elle n'aura pas pour conséquence la mise hors jeu de Nicolas Sarkozy. D'abord, il va se défendre - et publiquement : il a hésité à contre-attaquer à la télévision, mais il va le faire (avec son avocat) sur le terrain du droit, en critiquant l'instruction, en demandant l'annulation des poursuites. Ensuite, on a vu ce week-end que toute l'UMP a pris sa défense - dans ce parti, c'est le seul sujet qui fasse l'unanimité ! C'est une confirmation de son statut de chef naturel de la droite. Enfin, il y a l'orgueil : même si Nicolas Sarkozy voulait renoncer à la politique, il n'accepterait pas que les Français puissent penser qu'il s'efface à cause du soupçon judiciaire. Donc, il y a peut-être une hypothèque sur son retour, mais son retour n'est plus une hypothèse.
Est-ce que la virulence des attaques portées par ses partisans contre le juge ne peut pas se retourner contre Nicolas Sarkozy ? Est-ce que la droite n'en fait pas un peu trop ?
Bien sûr. Henri Guaino, surtout, a eu tort de parler de "déshonneur" de ce juge - ce n'était pas à son honneur... de député. Cela dit, c'est un grand classique : le camp au pouvoir loue l'indépendance des juges, l'opposition crie à l'instrumentalisation. C'est valable pour la droite et la gauche, alternativement. Ça montre que ni les uns ni les autres ne croient vraiment en la justice. Mais ça ne veut pas dire que toute critique contre les juges soit infondée. En l'occurrence, on peut rappeler que le même juge a commencé à enquêter sur Nicolas Sarkozy dès 2011 (en saisissant ses comptes de campagne de 2007), alors que la Constitution l'interdit. C'est au moins le signe d'une certaine focalisation...
L'avocat de Nicolas Sarkozy parle d'une mise en examen "injuste". Vous êtes d'accord ?
C'est à la cour d'appel de le dire. Elle paraît en tout cas fragile. Nicolas Sarkozy avait été entendu par le juge sous le statut de "témoin assisté". Pour passer à la mise en examen, la loi exige un "élément nouveau". De ce que l'on comprend, le juge se fonde sur des recoupements alambiqués des emplois du temps du personnel de Mme Bettencourt, d'où il conclut que Nicolas Sarkozy lui aurait rendu visite en 2007, non pas une fois, mais deux. Ça ne ressemble pas vraiment à un élément nouveau. Surtout, ça ne prouve pas qu'il ait reçu de l'argent ni que Mme Bettencourt lui en ait donné sans le vouloir - donc qu'il y ait eu un délit.
Nicolas Sarkozy risque d'en avoir pour plusieurs années à se défendre. Est-ce que ce n'est pas le temps qui risque de jouer le plus contre son retour ?
En général, c'est l'inconvénient majeur, parce que la justice est lente. La chance de Nicolas Sarkozy, si on peut dire, c'est qu'il n'a pas d'urgence. S'il réussit à faire annuler sa mise en examen, il aura un triomphe rapide. Dans le cas contraire, rien ne dit qu'il puisse être renvoyé devant un tribunal sur des éléments aussi ténus. Même s'il doit passer en jugement, on peut imaginer que le procès - voire l'appel - se tienne avant la fin 2016. À ce moment-là, c'est seulement une condamnation qui l'écarterait de la course. D'ici là, tous les chefs de la droite (Copé et Fillon en tête) sont condamnés... à le soutenir.

mercredi 10 octobre 2012

Hollande a évité le pire, pas Ayrault

  Les députés ont adopté hier le traité budgétaire européen et François Hollande s'est félicité de voir "la gauche réunie" dans ce vote. Votre parti pris : Hollande a évité le pire, pas Ayrault. Pourquoi ?
On peut dire que, dans cette affaire, François Hollande a joué à se faire peur. Mais on ne peut pas croire qu'il soit vraiment rassuré par son issue. Parce que, si lui se sort de justesse du piège, le Premier ministre y laisse une part de sa crédibilité - une part supplémentaire. Parce qu'il avait échoué à entraîner la majorité dans son discours de politique générale, en juillet ; qu'il n'a pas réussi à rassurer la majorité, il y a deux semaines à la télévision ; et qu'il n'est finalement pas parvenu à rassembler sa majorité, hier à l'Assemblée.
Pourtant le texte a bien été adopté à une large majorité : 477 voix pour, 70 contre. Et François Hollande a affirmé qu'il n'aurait "pas eu besoin des voix de la droite" pour faire approuver le traité. C'est faux ?
C'est une présentation habile mais faussée, une illusion d'optique, comme un tour de bonneteau. Vous perdez la boule des yeux et vous ne la revoyez plus. Hier, la boule, c'était la majorité : le nombre de députés qui la constituent, c'est 289 - la moitié des 577 sièges de l'Assemblée + 1. Or la gauche a apporté 282 voix au traité. Donc il en manque 7 pour faire une vraie majorité absolue de gauche. En réalité, ce qui s'est passé, c'est qu'il n'y a eu que 547 votes dans l'hémicycle - à cause des abstentions et de ceux qui n'ont pas pris part au scrutin. C'est pourquoi François Hollande peut faire comme s'il avait sa majorité. En attendant la règle d'or, il lui faudrait une règle à calculer...
Il y a donc eu 20 socialistes qui ont voté contre. C'est plus que le gouvernement ne l'espérait, mais est-ce qu'on peut parler de crise ?
Pas de crise puisque tout était congelé d'avance - Jean-Marc Ayrault avait tout lâché aux écologistes, on le voyait mal sanctionner des socialistes. Mais on peut parler de revers : il a tout fait pour caporaliser ses troupes ; ça n'a pas marché. Les rebelles ne sont pas rentrés dans le rang ; ils n'ont consenti qu'à faire le silence dans les rangs (comme Benoît Hamon, dont on est sans nouvelles depuis un mois...). François Hollande, on l'a dit, ne s'est pas mouillé du tout dans cette affaire : donc c'est Jean-Marc Ayrault qui en récolte les lauriers, des lauriers bien fanés... Au passage, notons qu'Olivier Falorni n'a pas voté le traité - il s'est abstenu. A posteriori, c'est une raison de plus pour François Hollande de féliciter Valérie Trierweiler de son intervention à La Rochelle !
Maintenant, la loi organique sur la mise en oeuvre de la règle d'or va être votée aussi. Est-ce que cette page peut se tourner rapidement ou elle va laisser des traces ?
Il faut être honnête : pour ce qui est de l'Europe, ça ne change rien du tout - c'est juste que la France devait ratifier le traité pour ne pas se mettre hors jeu elle-même, puisque les autres pays l'ont déjà adopté. Mais c'était devenu une affaire franco-française - et même un psychodrame au sein de la gauche. De ce point de vue-là, le vote ne règle pas tout. Jean-Marc Ayrault postulait à être le chef d'une majorité composite ; il a maintenant une majorité décomposée. Et il y avait un débat sur la politique d'austérité ; il y en a un autre sur l'autorité du Premier ministre.

mercredi 9 février 2011

Dominique Strauss-Kahn à un pas de 2012

S'il reste silencieux sur ses ambitions présidentielles, Dominique Strauss-Kahn a sans doute fait un pas supplémentaire vers une candidature à l'investiture socialiste pour 2012. C'est du moins ce qu'accrédite une confidence livrée par Anne Sinclair, l'épouse du directeur général du Fonds monétaire international (FMI), et citée dans le Point à paraître jeudi 10 février. "J'ai lu dans plusieurs journaux français que la réélection de Dominique serait assurée à la tête du FMI, déclare-t-elle. Pour ce qui me concerne, je ne souhaite pas qu'il fasse un second mandat." Des propos que l'on peut supposer avoir été confiés en accord avec son mari.
Les fonctions de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI se terminent théoriquement en novembre 2012, mais il peut briguer un second mandat de 5 ans. Au cours de sa conférence de presse du 24 janvier, Nicolas Sarkozy avait lui-même souhaité que DSK continue d'exercer ses responsabilités actuelles à la tête de l'institution financière, estimant que s'il les quittait, la France laisserait échapper cette fonction au profit d'un pays émergeant. En préconisant son retrait, Anne Sinclair laisse nettement entendre qu'il pourrait désormais songer à préparer son retour dans la vie politique nationale, même si l'intéressé continue d'évacuer la question : "Je ne veux pas répondre ; j'ai dit tout ce que j'avais à dire", avait ainsi répondu DSK fin janvier à Bloomberg Markets Magazine.
Apaiser les impatients
D'évidence, la confidence d'Anne Sinclair constitue aussi un signal adressé aux socialistes, pour leur signifier qu'ils doivent plus que jamais compter avec l'homme de Washington. En effet, un certain flottement avait paru gagner certains de ses partisans après une série de sondages en baisse, les attaques en règle de Jean-Luc Mélenchon et la remobilisation de l'UMP - avant la révolution tunisienne et les embarras du gouvernement qui en ont découlé. Si elle n'équivaut pas à une annonce de candidature officielle - qui entraînerait aussitôt sa démission du FMI -, la déclaration de l'épouse de DSK est censée apaiser les impatiences de ses soutiens et (peut-être) tempérer les critiques de ses détracteurs au sein du PS.
Considéré comme l'élu le plus proche de Dominique Strauss-Kahn, le député et maire (PS) de Sarcelles François Pupponi lance pour la première fois - lui aussi dans Le Point daté du 10 février - un véritable appel à sa candidature, qui déroge avec la prudence imposée jusqu'ici par l'entourage direct du directeur du FMI. "J'aimerais que Dominique fasse pour la France ce qu'il a fait pour Sarcelles, déclare-t-il. La ville avait un déficit abyssal et une image déplorable. Il a rétabli les comptes, relancé l'activité, fait reculer le chômage. C'est un homme qui trouve des solutions."
Le calendrier des primaires socialistes fixe la clôture des candidatures au 13 juillet. Entre-temps, DSK est attendu à Paris les 18 et 19 février pour une réunion des ministres des Finances du G20 ; puis à Deauville, fin mai, pour un sommet des chefs d'État du G8. Si son choix de se lancer dans la course à la présidentielle se confirme, ce pourrait être sa dernière réunion internationale dans ses fonctions de directeur du FMI.

CE N'EST PAS TANT DSK QUI VEUT DEVENIR PRÉSIDENT, C'EST SA FEMME QUI VEUT DEVENIR LA PREMIÈRE DAME DE FRANCE. ELLE A TOUJOURS EU LES DENTS QUI RAYAIENT LES PARQUETS.
QUI SERA AU POUVOIR ? DSK OU MR SAINCLAIR