TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 27 octobre 2012

On ne naît pas leader, on le devient !

Qualités personnelles, contexte propice, expériences clés,
 motivation de fer... "Les ingrédients du succès sont multiples", selon Michel Barabel et Olivier Meier, directeurs du laboratoire Dever Research, professeurs 
en gestion des ressources humaines, coauteurs de “Manageor” (Dunod).

Qu’est-ce qu’un leader ? Cette question a toujours obsédé les chercheurs en management et les avis restent partagés. En 1974, dans une étude comparative de la littérature managériale, Ralph Stogdill relevait ainsi
350 définitions différentes (1). Aujourd’hui, la recherche s’accorde quand même à associer au leader-type un certain nombre de caractéristiques : il s’agit en général d’une personnalité qui jouit d’une grande autorité, qui sécurise ses proches et inspire confiance. Populaire, il a du charisme, sait donner du sens aux actions et créer de la valeur collective. Il possède une aptitude réelle à influencer un groupe et à le transformer. Tandis que le manager se contente d’être un bon gestionnaire, le leader guide, c’est un visionnaire. Notons que nul ne peut s’autoproclamer
leader : c’est à l’entourage de juger si une personne possède l’aura nécessaire. La notion de leadership est indissociable de celle de groupe. En clair, on ne peut être leader qu’aux yeux d’autrui.
Syndrome Superman. Voilà pour la définition consensuelle. Reste cependant une question qui continue à diviser la recherche : quelles sont les causes ou les origines du leadership ? Historiquement, trois thèses s’affrontent. La première défend l’idée du «leader né» (2). Les chercheurs ont longtemps été convaincus que les leaders étaient des êtres supérieurs dotés de dispositions naturelles pour montrer la voie, et que pour avoir la destinée d’un Alexandre le Grand, d’un Winston Churchill, d’un Charles de Gaulle ou d’un Franklin D. Roosevelt, il fallait posséder dès la naissance un certain nombre d’attributs non modifiables : haute taille, intelligence supérieure, forte person nalité, humour, charisme, vision, courage, etc. C’est la théorie du «grand homme» ou «syndrome Superman». Ancrée dans les principes du darwinisme et flirtant dangereusement avec l’eugénisme, elle a connu son apogée dans les années 1930, avant d’être supplantée dans les années 1970 par l’école du «leader contextuel» (3).
Au bon endroit au bon moment. Cette approche considère, à l’inverse de la précédente, que nul ne naît leader : chacun peut le devenir à condition de se trouver au bon endroit, au bon moment, afin de révéler ses qualités et ses compétences. Charles de Gaulle, par exemple, aurait-il pu se démarquer sans les événements tragiques de la Seconde Guerre mondiale ? Les passionnés d’histoire savent qu’il n’obtenait pas de notes exceptionnelles à l’Ecole militaire. De même, on n’est pas forcément leader dans toutes les situations. Ainsi, un tatillon rationnel ne deviendra peut-être jamais directeur des ventes, mais pourrait faire un excellent directeur financier. Un créatif émotionnel, de son côté, aura plus
de chances de briller au marketing qu’à une direction de la production. En résumé, pour les adeptes du relativisme, le leadership est avant tout une question d’adéquation et de compatibilité entre une personne et une situation.
Rites de passage. Il y a une dizaine d’années, une troisième école de pensée – dite «processuelle» – a fait son apparition. Elle s’intéresse pour sa part à l’importance de l’expérience accumulée par un individu (4). Vu sous cette optique, le leadership s’apprendrait tout au long d’un parcours exigeant, parfois linéaire, le plus souvent chaotique, au cours duquel certaines expériences jouent un rôle d’accélérateur et dont le manager ressort transformé. Parmi ces rites de passage figure l’opportunité
de partir travailler à l’étranger, ou dans une petite unité distincte et prospère qui conférera au manager un maximum d’autonomie et de responsabilités. Participer à des projets complexes (comme une restructuration ou une fusion-acquisition), essuyer une grosse crise ou, au contraire, gérer une période de boom intense sont également des défis qui peuvent se révéler déterminants sur le chemin du leadership, à condition de recevoir des «feedbacks» positifs et constructeurs (5).
Se forger une légitimité. Inutile de choisir votre camp entre ces trois écoles. Des travaux très récents ont montré que dans les faits, le leadership est le fruit de la combinaison de ces trois approches, ces qualités innées ne pouvant se révéler et s’épanouir que dans un contexte propice et à travers un processus de développement précis (6). Prenez le cas de Barack Obama. Il est né avec une intelligence, un don oratoire et un charme indéniables. Il a ensuite eu la chance de se présenter à un moment où les Américains, échaudés par la présidence controversée de George W. Bush, ressentaient un profond désir de changement. Enfin, son éducation dans les prestigieuses universités de Columbia et de Harvard, son début de carrière dans le social à Chicago, son autobiographie à succès puis son discours remarqué à la convention démocrate de 2004 lui ont offert autant d’occasions de se forger une légitimité. Les chercheurs Micha Popper et Ofra Mayseless ajoutent à ce cocktail gagnant un facteur clé de succès : la motivation. Un individu peut très bien avoir le profil et l’expérience rêvés d’un leader, mais sans réelle envie de consentir les sacrifices qui s’imposent pour réussir, sans faire du leadership sa priorité, il n’ira pas très loin.

Réseautage et résilience. Le sociologue Pierre Bourdieu, pour sa part, insistait déjà en 1990 sur l’importance des réseaux. A l’heure des LinkedIn et Viadeo, on ne peut que lui donner raison. Aujourd’hui, dans le contexte économique tendu freinant la mobilité, les relations d’un individu comptent presque plus que ses qualités et ses compétences. Résumons : vous êtes doué, motivé, expérimenté, bien placé et connecté ? Vous avez toutes les chances de devenir un leader ! Reste, selon les travaux de Jean-François Chanlat, une variable qui pourrait tout faire capoter : la dimension politique (7). Le monde de l’entreprise est truffé de médiocres et de jaloux prêts à tout pour torpiller les bons. En cas d’attaque, il faudra savoir faire preuve de résilience, cette capacité à encaisser les chocs pour en ressortir plus fort. Une preuve de plus qu’en matière de leadership, rien n’est joué d’avance.

(1) R.M. Stogdill, “Handbook of Leadership : A Survey of the Literature”, New York Free Press, 1974.
(2) A. Bandura, “Self-Efficacy : Toward a Unifying Theory of Behavioral Change”, “Psychological Review”, vol. 84, p. 191-215, 1977.
(3) R. A. Mangi, I. A. Ghumro, A. R. Abidi, “A View on Leadership Skills
and Qualities with Reference to Crisis, Change and Employee Relationship”, “Interdisciplinary Journal of Contemporary Research in Business”,
novembre 2011, vol. 3, n° 7, p. 398-408.
(4) D. Cristol, “L’enseignement des sciences de gestion s’oppose-t-il à l’apprentissage du management ?”, “Revue internationale de psychosociologie et de gestion des comportements organisationnels”, 2009/37, vol. 15, p. 307-325.
(5) C. Voynnet-Fourboul, “La Spiritualité des dirigeants en situation de
passage de leadership”, “Management et Avenir”, 2011/8, n° 48, p. 202-220.
(6) M. Popper & O. Mayseless, “The Building Blocks of Leader Development “, “Leadership and Organization Development Journal”, vol. 28, n°7, 2007,
p. 664-684, vol. 87, n° 18, juillet, 2011.
(7) J.-F. Chanlat, “Emotions, organisation et management :
une réflexion critique sur la notion d’intelligence émotionnelle“,
“Travailler”, 2003/1, n° 9, p.113-132.

La gauche attaque Sarkozy à travers Fillon

Harlem Désir crie au «mensonge industriel d'État» après les propos de l'ex-premier ministre sur PSA.

Puisque la guerre Copé-Fillon n'a pas eu lieu, jeudi soir, sur le plateau de Des paroles et des actes , le PS s'est rabattu sur sa cible habituelle: Sarkozy. L'explication de François Fillon sur l'intervention de l'ancien président dans le dossier PSA Peugeot Citroën a servi de prétexte. Quand le groupe industriel avait dévoilé son «plan d'économies», en juillet, la gauche s'en était prise à Nicolas Sarkozy, l'accusant de s'être entendu avec Philippe Varin, président du directoire de PSA, pour reporter l'annonce de ces mauvaises nouvelles au lendemain de la campagne.
«C'est absolument faux», a affirmé François Fillon jeudi, en revenant sur cet épisode: «Nicolas Sarkozy ne demande pas qu'on repousse l'annonce, il demande qu'on repousse le plan social, ça ne revient pas du tout au même.»«Il aurait été un peu étrange que juste à la veille de l'élection présidentielle, a ajouté l'ex-premier ministre, le président de la République française, qui avait tout fait pour empêcher les licenciements dans l'industrie automobile, dise à M. Varin “Mais allez-y, je vous en prie, c'est vraiment le moment de le faire”.»
Vendredi matin, sur France 2, Najat Vallaud-Belkacem a choisi de ne retenir qu'une partie de cette explication: Nicolas Sarkozy a demandé qu'«on repousse le plan social». La porte-parole du gouvernement y a vu la preuve du «cynisme absolu» de l'ancien président.
Invité de RTL à la même heure, Xavier Bertrand a alimenté la polémique en déclarant qu'ayant participé à «plusieurs réunions» sur ce dossier, il n'avait pas «le même souvenir» que l'ancien chef du gouvernement. «J'ai, par contre, un souvenir très clair, a-t-il ajouté. C'est celui d'une constance de Nicolas Sarkozy pour dire qu'il ne voulait pas de fermeture de sites dans l'industrie automobile en France.» L'ex-ministre du Travail ne voulait pas mettre François Fillon en difficulté, d'autant qu'il venait d'annoncer qu'il lui apportait son soutien pour la présidence de l'UMP. Mais ses déclarations ont eu pour effet immédiat de relancer la surenchère à gauche.
La palme revient à Harlem Désir, qui a parlé de «mensonge industriel d'État». «C'est un scandale, a affirmé le premier secrétaire du PS, une faute inexcusable, qui montre que la droite n'a absolument aucune leçon à donner en matière d'économie et n'a absolument aucun crédit compte tenu de ce qu'elle a caché aux Français.» Selon lui, sous le précédent quinquennat, «la droite avait en fait abandonné l'industrie».
François Fillon a publié un communiqué dans l'après-midi pour mettre les choses au point. Il y répète ce qu'il avait dit jeudi soir, avec d'autres mots: «Nicolas Sarkozy n'a pas demandé qu'on repousse l'annonce du plan social, mais que tout soit tenté pour l'éviter, comme il a toujours essayé de le faire pour toutes les entreprises pendant cinq ans.»

Les désirs d'avenir de Royal laissent les militants PS circonspects 

Réponse à Télérama sur Ayn Rand

Après Le Monde, Télérama s'est livré à un jeu de bingo-buzz où l'objectif n'est pas d'exposer un système de pensée cohérent mais de placer le maximum de mots qui font peur : égoïsme, individualisme, libéralisme, capitaliste.
Quand on ne comprend pas un auteur, le risque de faire de sa pensée une caricature à force d'approximations est grand. Après Le Monde, Télérama s'est livré à un jeu de bingo-buzz où l'objectif n'est pas d'exposer un système de pensée cohérent mais de placer le maximum de mots qui font peur : égoïsme, individualisme, libéralisme, capitaliste... Auteur de nombreux ouvrages, dont un roman considéré comme le deuxième ouvrage le plus influent aux États-Unis, Ayn Rand est apparemment trop difficile à comprendre pour les journalistes français.

À la lecture de l'article de Télérama, on peine à comprendre comment l'ouvrage le plus connu d'Ayn Rand, Atlas Shrugged, peut être l'ouvrage le plus influent aux États-Unis après la Bible. Présentée comme une extrémiste radicale provocatrice, défendant "l'individualisme le plus débridé" au sein du "libéralisme le plus radical", Ayn Rand a pourtant dénoncé l'anarchie comme concept politique : « l’anarchie, comme concept politique, est une naïve et flottante abstraction (…) Une société sans un gouvernement organisé serait à la merci du premier criminel venu, et elle se précipiterait dans le chaos d’une guerre entre gangs. (…) Même une société où chacun serait pleinement rationnel et rigoureusement moral ne pourrait pas fonctionner dans un état d’anarchie ; c’est le besoin de lois objectives et d’un arbitre pour régler les conflits entre individus honnêtes qui nécessite l’établissement d’un gouvernement ». Ainsi, l'individualisme qu'elle défend n'est pas le plus débridé, ni le libéralisme qu'elle prône le plus radical – la tentation des superlatifs était sans doute trop forte, de même que la tentation de la cantonner au statut de romancière alors que la plupart de ses ouvrages traitent de philosophie.
L'article a le mérite d'évoquer la difficulté de situer la pensée d'Ayn Rand sur l'échiquier politique américain. On aurait au moins autant de mal à la situer sur l'échiquier politique français ; Contrepoints, site d'information libéral exprimant l'avis de contributeurs aux visions multiples, est souvent à tort catalogué "de droite". La difficulté tient à sa revendication, commune aux libéraux, d'une liberté qui ne soit pas au choix civile ou économique. Elle rejette l'intervention du gouvernement dans l'économie comme son immixtion dans la vie des individus ; elle bannit l’État-providence au même titre que le soutien de l’État à certains secteurs ou entreprises et défend la liberté des individus à disposer d'eux-mêmes, formulant notamment des positions.
Ayn Rand a su résumer sa pensée en une phrase : "Pour vivre, un homme doit tenir trois choses pour valeurs suprêmes et souveraines de la vie : la Raison, le Sens et l'Estime de soi." Elle a articulé une métaphysique, une épistémologie, une éthique ; on ne peut en dresser un portrait fidèle en se contentant d'invoquer l'égoïsme, l'individualisme et la liberté comme autant de gros mots. L'égoïsme rationnel qu'elle prône repose sur l'idée que l'homme doit vivre sa vie par et pour lui-même, comme le souligne l'article ; par opposition au statut d'animal sacrificiel que les morales altruiste et collectiviste lui confèrent. Ce qu'elle réfute, c'est l'idée qu'il peut être moral d'exiger d'un individu d'agir contre son intérêt, qu'il existe un intérêt supérieur auquel l'homme doit se conformer sans pouvoir le concevoir – qu'il s'agisse d'un dieu, de la société ou de l'intérêt général. Ce n'est pas parce qu'il "fait de l'homme un être dépendant des autres" que l'altruisme est une notion monstrueuse, mais parce qu'il exige de l'homme vertueux qu'il devienne esclave de l'homme vicieux, de celui qui produit qu'il se prive des fruits de son travail au profit de celui qui n'a rien à offrir.
Elle a su percer à jour les fondements moraux nauséabonds des justifications données par leurs partisans aux sacrifices exigés de l'homme en donnant systématiquement aux idées une réalité objective. La dépeindre en prêtresse de la liberté ne donne pas une image fidèle de sa pensée ; elle a toujours, au contraire, cherché à démystifier les concepts. L'objectivisme randien n'est pas une religion révélée, mais une philosophie, un système de pensée cohérent.
Il postule que le premier droit de l'individu est le droit à la vie, c'est-à-dire le droit d'agir pour la préservation et l'accomplissement de sa propre vie ; son premier interdit est le recours à la violence, car "la moralité s'arrête là où les armes commencent à parler".
Ce que n'évoque pas l'article, c'est l'idéal d'Ayn Rand : une société où les rapports entre individus sont basés sur le consentement mutuel et où les individus agissent dans leur intérêt sans empiéter sur la liberté des autres. D'ailleurs, le rejet du sacrifice vaut autant pour soi que pour les autres ; le "credo" objectiviste pourrait être le suivant : "Je jure, par ma vie et l'amour que j'ai pour elle, que je ne vivrai jamais au profit d'un autre homme, ni ne demanderai à un autre homme de vivre pour le mien."
La citation conclusive présente la pensée d'Ayn Rand comme un "extrémisme provocateur". L'objectivisme formule un idéal, une éthique, dont il ne suffit pas d'évoquer quelques aspects au détour d'un article pour affirmer qu'il est extrémiste. Pas plus qu'on ne peut qualifier de provocateur l'exposé du caractère nauséabond de systèmes de pensée fondés sur le sacrifice de l'individu. À défaut de dresser un portrait fidèle de la pensée d'Ayn Rand, l'article illustre l'échec en France à comprendre une philosophe plus caricaturée que connue.

PLF 2013 : "la loi de finance 2013 tue déjà des start-ups"

Je ne cesse d'avertir sur les effets négatifs qu'aura une "rigueur" fondée uniquement sur la hausse des taxes et impôts et non sur une baisse forte et durable de la dépense publique. En particulier, à surtaxer l'innovation et la création de richesses avec des taux d'impositions confiscatoires, outre priver les contribuables du juste fruit de leur travail, le gouvernement n'aboutit qu'à tuer la croissance économique.
Avant même la mise en œuvre du projet de loi de finances 2013 (PLF 2013), les faits viennent donner raison à ces analyses.
Un entrepreneur témoignait ainsi sur Twitter de son premier refus d'investisseur, à cause de la folie taxatoire française :

Essuyer un refus de business angel à cause du #PLF13 merci le gouvernement ! bien joué !
Et d'ajouter que la croissance de l'entreprise serait quasiment bloquée désormais :
Pas plus de 20K d'investissement par an désormais, vs 150K+ l'an passé
Ainsi aussi d'un autre article publié il y a une dizaine de jours par Frédéric Lasnier, dirigeant de Pentalog, une "société de services en ingénierie informatique, leader de l'offshore en Europe" et de Pentalabbs, un incubateur, dans lequel il annonce qu'il passera désormais par des fonds étrangers pour tous ses investissements :
Je suis déjà sûr de ce que Pentalog va faire de son programme Pentalabbs et ce, dès les prochaines semaines. [..] Il est impossible de faire fonctionner un fonds d’investissement, dans la crise en particulier, avec 60% d’imposition sur les plus-values de cession. Les pertes sur certains dossiers devraient au minimum être exonérées. Pour autant il serait stupide d’arrêter un programme qui fonctionne bien aujourd’hui. La conséquence de ces deux affirmations, c’est que nous serons obligés, dans les années qui viennent de faire prendre nos participations à d’autres filiales que nous avons dans l’UE (en Allemagne et en Roumanie à ce jour). [..] Désormais, en France ou ailleurs, les fonds que nous investirons ne seront plus français.
Le problème est pour lui fiscal et culturel :
Le gouvernement français, au travers son projet de fiscalisation  des plus-values de cession à 60%, m’a d’abord dit que j’étais un rentier, puis, se reprenant suite à l’intervention des pigeons, que j’étais un entrepreneur désiré ET une raclure de rentier (dans mon métier d’investisseur au sein du Pentalabbs). Je crois moi n’avoir qu’un seul métier, du matin au soir et du lundi au dimanche. Je suis entrepreneur : un entrepreneur apolitique, humaniste, et dévoué à la performance de ses projets car il y a longtemps que j’ai compris que l’entrepreneur ne pouvait être honnête à l’égard de TOUT son environnement s’il n’était pas en recherche des meilleurs résultats pour ses activités.
Et d'ajouter sur l'exil fiscal certains pour d'autres et que lui envisage :
Je suis malheureusement sûr déjà de ce que vont faire plusieurs de mes amis qui n’accepteront plus d’être moins bien traités fiscalement que des héritiers, qui sont bien eux le pire exemple du rentier puisque n’étant en rien responsables de la richesse créée. Il est vrai que Monsieur Hollande est mieux né que la plupart de mes amis entrepreneurs ou moi-même. [..] Il me semble que la politique fiscale de la France incarne une sainte trinité : immobilier (les niches), héritage, fonction publique. Les conséquence sont évidentes : nos élus sont soit des fonctionnaires (principalement), soit des professions libérales, des gens qui ont du temps et la sécurité de l’emploi.
Des déclarations grandiloquentes sans conséquences ? Attendez le second article. Titre choc : Startups : la loi de finance 2013 tue déjà.
Il comptait investir dans une entreprise française sur un secteur innovant. Devant les mesures de la loi de finances 2013, il doit y renoncer, avec pour conséquence probable le non développement de la start-up concernée. En cause, la taxation confiscatoire des plus-values (plus de prise de participation via une société française) et l'extrême complexité de la loi, digne des pires cauchemars (Pour rappel, la fiscalité distinguera désormais entre types d'investisseurs et selon la durée de détention, avec une usine à gaz énorme).
Extraits :
[Nous comptions investir] jusqu’à ce que nous réalisions l’ampleur des dégâts de la loi de finance 2013 sur la communauté d’intentions qui doit régner entre associés. J’en ai parlé également, sur mon blog perso, mais d’un seul coup, nous avons réalisé que les petits écarts qu’ont eu entre eux les associés allaient être démultipliés par les différents cas de calendriers fiscaux induits par la loi fiscale la plus idiote de l’histoire ! Dans cette société cohabite donc des fondateurs déjà très dilués, salariés et présidents, et des angels. À ceux-là, il aurait encore fallu ajouter une filiale européenne de Pentalog, puisqu’il n’est plus question pour moi de prendre des participations via une société française.
Et là, je dis stop, ça ne le fait plus. Je ne rentre pas dans un tour de table aux intérêts aussi divergents à moyens, voire à court terme. Ça m’ennuie car je crois au dossier au fond, je crois aux hommes qui l’animent, mais je ne crois pas que les intentions qui les guident pourront rester les mêmes au fur à mesure que la société se rapprochera de très grandes échéances. Donc c’est stop.
Les pigeons ont raison, la loi de finance 2013 tue.
Pour un témoignage comme celui-ci, combien resteront invisibles ? Combien de futurs succès ne verront jamais le jour parce que la France a préféré surtaxer ses créateurs au lieu de réduire les dépenses d'un modèle social qui aligne déficit sur déficit depuis 40 ans ? Il est toujours plus difficile de voir ce qui n'a jamais été car on l'en a empêché. Dans le célèbre roman La Grève d'Ayn Rand, il faut attendre que les créateurs fassent grève et s'en aillent pour qu'on commence à les regretter. Avons-nous besoin d'aller jusqu'à la faillite pour voir que nous faisons fausse route ?
Espérons que le gouvernement ouvre les yeux et vite, car la situation est dramatique. Interrogés par le cabinet Deloitte sur là où il sera le plus intéressant d’investir dans les six prochains mois, seuls 3% des directeurs financiers de groupe français citent la France. Et "96% jugent la fiscalité et le coût du travail comme les principaux freins à l'investissement en France".

Budget : les coucous européens font la grimace

Budget : les coucous européens font la grimace

A un mois d’un sommet « crucial » – mais ne le sont-ils pas tous ? – pour fixer le prochain budget de l’Union européenne pour 2014-2020, les partenaires européens n’en finissent plus de taper du poing sur la table, tant il paraît difficile, de plus en plus, de parvenir au compromis qui définit, selon François Hollande, la nature même de l’Union européenne. Mais il prévoit déjà de devoir y passer « plusieurs nuits »…
Ainsi Helle Thorning-Schmidt vient-elle, devant les membres de la commission parlementaire danoise aux Affaires européennes, de réclamer un rabais, d’un milliard de couronnes, soit 134 millions d’euros, s’il vous plaît, estimant ne pas avoir à « payer pour les rabais des autres pays riches ». Le Premier ministre danois menace, en cas de refus, de mettre tout simplement son veto au projet de budget 2014-2020 de l’Union européenne.
Dans le principe, le Royaume était pourtant opposé à toute idée de rabais. Mais, depuis l’année dernière, le gouvernement danois a revu sa position, estimant que, malgré ce principe, il ne serait pas juste qu’un certain nombre d’Etats-membres (Royaume-Uni, Allemagne, Autriche, Pays-Bas et Suède) obtiennent un tel rabais, justifié par le fait qu’ils financeraient sinon une part jugée disproportionnée du budget de Bruxelles, et que le Danemark se retrouve contraint de payer plein pot…
Son homologue britannique, David Cameron, avait, quelques jours plus tôt, lui aussi menacé d’opposer son veto au projet de « Cadre financier pluriannuel », si les intérêts des contribuables britanniques n’étaient pas respectés.
Jeudi, devant le président du Conseil européen Herman Van Rompuy venu lui rendre visite, il a réitéré son opposition.
« Le Premier ministre et le vice-Premier ministre [Nick Clegg] ont tous les deux exprimé clairement la position du gouvernement : nous n’acceptons aucune augmentation en termes réels (hors inflation) dans le budget de l’UE », a indiqué un porte-parole du 10 Downing Street dans un communiqué.
Pour David Cameron, la situation est claire : à l’heure où la plupart des pays européens sont contraints de prendre des mesures économiques drastiques, et, pour certains, de recevoir encore des aides de l’Union ou du FMI, il apparaît pour le moins inopportun d’augmenter les dépenses européennes.
Herman Van Rompuy se l’est donc tenu pour dit. Mais il ne désespère pas, en continuant de discuter avec les uns et les autres jusqu’au 23 novembre, de finir par leur faire entendre raison… si l’on peut dire. Au demeurant, il n’a pas grand chose d’autre à faire…
Le Parlement européen lui-même a haussé le ton. « Si Cameron le fait, nous pouvons le faire aussi », a déclaré le chef de file des socialistes européens, Hannes Swoboda. Et, effectivement, le Parlement européen dispose d’un droit de veto, qu’il peut opposer même à un accord conclu à l’unanimité des Vingt-sept…
Pour l’heure, tout semble donc bloqué. Au point qu’Angela Merkel aurait menacé, si l’on en croit le Financial Times, de faire annuler purement et simplement le sommet.
Berlin a immédiatement démenti. Il n’est jamais bon, quand les discussions deviennent délicates, de passer pour le méchant de service – eût-on raison. En réalité, l’Allemagne plaide surtout, à l’heure actuelle, pour obtenir de ses partenaires un statu quo, qui fixerait le prochain budget à 1 % du PIB de l’Union. Soit 100 milliards de moins que la proposition actuelle de Bruxelles.
C’est donc moins restrictif que la position de Londres. Mais beaucoup plus que celle de l’actuelle présidence tournante chypriote. Angela Merkel veut cependant croire au compromis – qu’elle préfère nommer accord. Son porte-parole le disait encore clairement jeudi : « Nous sommes convaincus qu’un accord serait un signal fort envoyé par l’Europe, sur sa capacité d’action et sur les moyens de planifier ce qu’elle peut donner aux Etats membres. »
Un signal fort ? Il faudrait se presser ! Les Européens doutent de plus en plus que l’Union en soit capable – si même elle l’a jamais été…

Délit de… fuites

Le délit de… fuites est habituel dans le débat public. Cela tient aux médias, friands d’exclusivité. Mais il y a une autre explication, d’ailleurs compatible avec la première. Les responsables politiques ont souvent intérêt à laisser filtrer une partie ou la totalité d’un projet. Méthode vieille comme le monde, pour préparer l’opinion et tester ses réactions éventuelles.
Le dossier de la « compétitivité » est-il à ranger dans cette seconde catégorie ? Voire !
Un rapport commandé à Louis Gallois, doit être remis au Premier ministre le 5 novembre prochain. Il s’agit ni plus ni moins de trouver comment rattraper le retard accumulé par la France face à ses concurrents mondiaux. La question des coûts de production – souvent trop élevés – n’est pas la seule à prendre en compte, mais elle est centrale.
Les préconisations du groupe de travail piloté par l’ancien patron du groupe aéronautique EADS ne sont pas encore officielles mais elles sont distillées chaque jour. La dernière livraison porte sur les 35heures, mesure emblématique de la gauche, dont le document proposerait la suppression.
Jean-Marc Ayrault, s’en est pris vivement hier à la presse sur de telles informations qu’il estime non fiables, non fondées. Dans une période où le gouvernement marche à couacs répétés, on comprend que le Premier ministre sorte de son flegme habituel. Il est accusé d’amateurisme par l’opposition, et sa crédibilité devient vacillante.
Les fuites sont donc objectivement embarrassantes pour lui. Mais elles ont le mérite de donner l’alerte, car toutes vont dans le même sens. Celle d’un recul possible de l’Élysée et de Matignon sur un dossier qui est stratégique et sur lequel pourrait se jouer le quinquennat de François Hollande. Le président de la République a fait le bon diagnostic : la France est malade de sa compétitivité. Mais si son traitement demeure homéopathique, s’il choisit l’esquive, le chef de l’État commettra la même erreur que Lionel Jospin. Alors Premier ministre (1997-2002), il avait refusé d’entreprendre une réforme en profondeur du système de retraite. Mauvais service rendu au pays. Et à son propre camp, puisque la gauche a perdu, en partie pour cela, la présidentielle de 2002.

Plaidoyer contre l’appartenance à l’UE

Les europhiles sont tellement habitués à rabâcher la nécessité économique de l’adhésion à l’UE qu’ils ne prennent plus le temps d'en questionner les présupposés.
Il existe souvent un décalage en politique. Les experts rabâchent continuellement les mêmes statistiques obsolètes depuis des années. Même lorsque la réalité les rattrape, ils sont lents à ajuster leur vision du monde.
Combien de fois, par exemple, entendons-nous des politiciens et des journalistes clamer « la moitié de nos exportations » (ou même « la majorité de nos exportations ») vont à l’UE ?
Je ne suis pas sûr que cette statistique ait été entièrement vraie. Les données ont été trafiquées en deux sens.
Premièrement, il existe ce que les économistes nomment « l’effet Rotterdam » : de nombreuses exportations anglaises destinées aux marchés non-européens sont acheminées via Anvers et Rotterdam, comptées dans le nombre brut d’exportations à l’Union Européenne, « exportations britanniques en République d’Irlande » contient en réalité de nombreuses marchandises étrangères envoyées par bateau via Belfast.
Quoi qu’il en soit, l’UE ne représente, somme toute, qu’une minorité de nos échanges. Le « Treasury Pink Book », l’OCDE, la Commission Européenne : tout ceci place les chiffres en dessous de 50%. Les derniers chiffres officiels, publiés par l’Office National des Statistiques au 11 Septembre, montre que l’UE ne représente plus que 43,6% de nos exportations, le chiffre le plus bas depuis que le système de mesure actuel a commencé en 1988.
Peu importe un point de pourcentage par-ci par-là, en revanche. La tendance est irréfutable. Chaque continent dans le monde est en croissance hormis l’Europe. Nos exportations vers l’UE ont diminué de 7,3% dans les trois derniers mois pour lesquels nous avons des données, tandis que nos exportations dans le reste du monde ont augmenté de 13,3%.
Où donc ces faits sont-ils reflétés dans la pensée officielle ? Pour la majorité de l’institution, notre appartenance à l’UE est une donnée, un fait autour duquel d’autres politiques doivent être ajustées. Les principaux partis, ensemble avec le TUC (syndicats, NdT), le CBI (MEDEF britannique, NdT) et la BBC, sont tellement habitués à rabâcher la nécessité économique de l’adhésion à l’UE qu’ils ne prennent plus le temps de questionner leur hypothèse.
Comme la plupart des politiques héritées, l’adhésion a l’UE a eu une logique. Au début des années 70, quand nous avons fait notre troisième demande d’adhésion - celle qui finalement réussirait – la CEE semblait effectivement offrir des perspectives attirantes. Entre 1945 et 1974, l’Europe de l’Ouest avait dépassé non seulement la Grande-Bretagne et le Commonwealth mais également les États-Unis.
Après coup, on peut comprendre comment cela a pu arriver. La Seconde Guerre Mondiale avait détruit les infrastructures en Europe, mais avait laissé un lieu où une main-d’œuvre industrielle et éduquée voulait entamer sans relâche l’effort de reconstruction. Il y a eu migration de masse – entre les pays, alors que les populations se déplaçaient de la campagne aux villes, du littoral méditerranéen aux mines de charbons et installations sidérurgiques du nord, et des anciennes colonies jusqu’en Europe. L’Europe a également bénéficié de $12milliards d’Aide Marshall, qui se sont ajoutées aux $13 milliards déboursés entre 1948 et 1952, et par les garanties militaires américaines, qui ont libéré les budgets de la défense pour une utilisation civile.
Tout ceci, comme je le disais, est clair après coup. Ça ne l’était pas à cette époque. Les spécialistes britanniques n’arrivaient pas à comprendre pourquoi ils étaient dépassés par des nations qui avaient souffert bien pire qu’eux entre 1940 et 1945. Ils ne voyaient pas qu’ils avaient terminé la guerre avec une incommensurable dette, bien plus importante que n’importe lequel de leurs voisins. Ils n’ont jamais compris que la volonté des gouvernements successifs de baisser la dette par inflation a enrayé notre compétitivité et notre productivité, créant ainsi le « mal britannique ». Au lieu de ça, ils ont estimé que la raison pour laquelle ces astucieux continentaux allaient bien était grâce au marché commun.
En l'occurrence, le timing de la Grande-Bretagne aurait pu difficilement plus mal tomber. Nous avons rejoint la CEE en 1973, à la toute fin de la Wirtschaftswunder de l’Europe. Les derniers sursauts de croissance se sont arrêtés en 1974 avec le choc pétrolier et n’ont jamais redémarré proprement. En 1973, l’année de notre adhésion, l’Europe de l’Ouest (définie dans ce but comme les 15 États membres de l’UE avant la vague d’élargissement de 2004) représentait 38% du PIB mondial. Aujourd’hui, ce chiffre est ramené à 24% et en 2020 il sera de 15%.
Ce n’est pas uniquement dû au fait que les pays émergents aient une croissance plus forte que les pays industrialisés. L’UE a également été complètement dépassée par les États-Unis et par ce qui était appelé les vieux territoires.
En juin 2012, l’économie du Commonwealth a devancé la zone euro. Selon le FMI, les pays de la monnaie unique auront une croissance d’en moyenne 2,7% sur les 5 prochaines années – ce qui me paraît optimiste – alors que le Commonwealth montera en flèche au-delà des 7,3%.
Ces chiffres détruisent les prémisses auxquelles nous avions cru. Notre industrie a été redirigé, par intervention étatique, loin des marchés auxquels nous sommes connectés par la langue, la loi, l’habitude et les sentiments ; les marchés qui, contrairement à ceux de l’UE, sont en croissance.
Cela n’a jamais vraiment eu de sens de rejoindre une union douanière avec des économies industrialisées similaires au détriment des pays producteurs brut du Commonwealth : le but d’un marché, après tout, est l’échange malgré les différences. Mais les derniers chiffres disent tout haut à quel point notre choix était mauvais.
Je ne renie pas la question de l’Europe : bien qu’elle soit en train de couler, 43,6% est une bien grosse part. Mais l’UE devient simplement un marché parmi tant d’autres, aux côtés de l’ALENA, le Mercosur, etc. Et personne ne prétend qu’il faut fusionner nos institutions politiques avec les leurs pour pouvoir leur vendre.
Regardez la Suisse. La Suisse a refusé de rejoindre l’UE, en négociant à la place une série d’accords de secteur couvrant tout, de la pisciculture à la taille autorisée des poids-lourds. En conséquence, ils sont complètement couverts par les 4 libertés du marché unique – c’est-à-dire libre-circulation des biens, des services, des personnes et du capital – mais sont en dehors de la PAC et de la PCP, libres de déterminer leurs propres questions de droit humain, et s’épargnant les contributions budgétaires que les membres de l’UE doivent à Bruxelles.
Est-ce que leurs échange avec l’UE ont souffert des conséquences ? À peine. En 2011, leurs exportations vers l’UE étaient, par habitant, 450% celui de la Grande-Bretagne. Laissez-moi répéter ce fait étonnant. La Suisse a vendu 4.5 fois plus par habitant à l’UE de l’extérieur que nous le faisons de l’intérieur. Il est vrai, bien sûr, que les exportateurs suisse doivent respecter les standards de l’UE quand ils y exportent des marchandises, de la même façon qu’ils doivent s’ajuster aux standards japonais lorsqu’ils doivent vendre au Japon. Mais, in fine, ils n’autorisent pas l’UE à leurs dicter les termes de négociations avec les nouveaux pays entrants.
Même si la Suisse a tendance à copier la plupart des accords d’échange de l’UE avec les pays entrants, cela peut, et cela va plus loin lorsqu’elle ressent un protectionnisme excessif de la part de l’UE. Elle a signé un accord de libre-échange avec le Canada, par exemple, et est en pleine négociation avec la Chine. La Grande-Bretagne, par contraste, est souvent entrainée dans des disputes d’échange afin de protéger les intérêts de petits producteurs continentaux choyés.
Le Tarif Extérieur Commun (TEC) que la G-B doit appliquer à ses échanges avec les pays non-membres de l’UE atteint désormais une moyenne de 5 à 9% : une plus grande barrière que celle que nous avions dans les années 20. Nous avons, en d’autres mots, achetés un échange avec un marché européen déclinant au prix d’échanges dans un marché global en croissance.
Les gens me demandent parfois quel type de renégociation pourrait me faire plaisir. Si je ne devais faire qu’un seul test, ce serait ceci. Est-ce que la G-B pourrait, de façon indépendante, signer un accord avec, disons, l’Australie ? Signez, et beaucoup suivra. Refuser et nous nous condamnons nous-même au déclin.

vendredi 26 octobre 2012

Compétitivité coût ou hors coût? 3 grands patrons français s'invitent dans le débat

Jean-Louis Beffa, ancien PDG de Saint-Gobain, président de Lazard Asie

"La compétitivité de la France? A 90%, une question de hors-coût" " Le problème de compétitivité de la France, c'est pour 10% une question de coûts, et pour 90% une question de " hors coûts ". Le véritable enjeu, ce sont les exportations. Pas seulement pour nos PME mais aussi pour certains de nos fleurons (Areva, Alstom, etc.). Plusieurs leviers permettraient d'améliorer nos performances : l'innovation, la gouvernance et le dialogue social. Pour l'innovation, le crédit impôt recherche est un très bon outil mais il faut le diminuer pour les banques et les services (ce sont des métiers protégés, non soumis à la concurrence internationale) pour concentrer les moyens sur l'industrie et encourager la diversification des grands groupes.
La gouvernance des entreprises est également décisive : il faut remettre le conseil d'administration au centre des décisions et favoriser l'actionnariat long terme. En clair, retrouver un capitalisme de " stakeholder " qui privilégiera l'intérêt national sur l'intérêt financier. Des mesures juridiques, comme la protection contre les OPA hostiles ou la taxation des plus-values à court terme, peuvent y contribuer.
Enfin, il est impératif de moderniser le dialogue social : s'inspirer du modèle allemand qui associe les salariés aux décisions et qui permet de mener des restructurations en bonne intelligence avec le souci, partagé par les directions et les syndicats, de maintenir systématiquement une part des emplois sur le territoire national. Dans tous les cas, le rôle de l'Etat est essentiel : en témoignent les pays qui ont gagné la bataille de la compétitivité - l'Allemagne, la Corée du Sud, le Japon et même la Chine. "

Thierry de la Tour d'Artaise, PDG du fabricant de petit électroménager SEB.
Thierry de la Tour d'Artaise, PDG de SEB

"Eviter toute mesure qui pèserait sur les marges"Compétitivité coût ou hors coût? 3 grands patrons français s'invitent dans le débat " Je pense qu'il ne faut pas séparer coût du travail et innovation. Pour financer la R&D, nous avons besoin de dégager des marges suffisantes. On ne peut pas réussir sur le long terme avec des prélèvements obligatoires élevés. Chez SEB, notre métier est complètement mondialisé. Il y a quelques années les prix de ventes de plusieurs appareils d'entrée de gamme ont chuté de 20 à 5 euros car nos clients ont eu accès à une offre chinoise. Il nous a fallu reconnaître qu'un certain nombre de produits " banals " ne pouvaient plus être fabriqués en France. Nous avons donc porté tous nos efforts sur le haut de gamme en misant sur la R&D afin de proposer des produits plus innovants et de maintenir une fabrication française. Les quatre produits de petit électroménager les plus vendus dans l'Hexagone en 2011 étaient des produits du groupe SEB, à valeur ajoutée : la friteuse sans huile, un robot culinaire, un générateur de vapeur et un aspirateur silencieux, vendus de 150 à 200 euros.
Pour continuer à investir en France, il faut baisser le coût du travail qui ne peut être durablement supérieur à celui de l'Allemagne. Par ailleurs, il faut à tout prix éviter toute mesure qui aurait pour effet de détériorer encore davantage nos marges. Je pense, par exemple, au forfait social sur l'intéressement-participation (qui pourrait passer de 8 à 20%, NDLR) qui ne récompense pas la production dans notre pays."
Jean-Pierre Clamadieu, DG du chimiste belge Solvay qui a fusionné avec Rhodia en 2011.
Jean-Pierre Clamadieu, président du comité exécutif de Solvay

"Veiller au coût de l'énergie"Compétitivité coût ou hors coût? 3 grands patrons français s'invitent dans le débat " Pour plusieurs secteurs industriels (chimie, matériaux, sidérurgie), le coût d'accès à l'énergie est un élément clé de la compétitivité. Ainsi, chez Solvay, il équivaut à la moitié de la masse salariale mondiale. Or, dans ce domaine, deux ruptures brutales sont intervenues ces dernières années. D'une part, le développement des gaz de schiste aux Etats-Unis : la chute des prix du gaz outre-Atlantique a créé, entre 2009 et 2011, un choc de compétitivité de 126 milliards de dollars, selon la banque Natixis. Résultat, les chimistes américains ont planifié 16 milliards de dollars d'investissements nouveaux dans les cinq prochaines années et relocalisent certains de leurs projets sur le territoire américain. D'autre part, la décision de l'Allemagne d'arrêter l'exploitation de ses centrales nucléaires et d'investir dans les énergies alternatives, en faisant porter sur les ménages l'essentiel de la facture et en préservant les industriels gros consommateurs d'électricité. Face à cette donne, nous devons chercher à exploiter nos propres ressources : on ne peut pas s'interdire de regarder ce que recèle notre sous-sol, même s'il faut bien sûr s'assurer que son exploitation ne crée pas de dommages sur l'environnement. On peut également réfléchir au développement d'infrastructures permettant d'importer du gaz américain. Dans ce contexte, le rythme de la transition énergétique voulue par le gouvernement doit être adapté à l'environnement économique. Si la croissance reste faible, descendre la part du nucléaire à 50% dans la production d'énergie sera très difficile et très coûteux. Pour préserver la compétitivité des industriels, trouvons des modalités raisonnables de répartition du surcoût entre les ménages et les entreprises.
Pour ce qui est de l'innovation, je pense que la France dispose d'un écosystème efficace. Solvay réalise ainsi 8% de son chiffre d'affaires dans l'Hexagone mais 40% de sa R&D. Le terreau est fertile. Le crédit impôt recherche est un outil fiscal fabuleux, simple à comprendre et facile à utiliser. Arrêtons de le remettre en question chaque année au prétexte qu'il bénéficie trop aux grands groupes : ce dispositif incite les PME à faire plus de recherche et les grands groupes à faire cette recherche en France. Développons aussi les opportunités de travail en commun entre grandes et petites entreprises, secteur privé et secteur public. A ce titre, les pôles de compétitivité constituent une bonne réponse. Mais inutile de les multiplier à l'infini : soyons sélectifs et concentrons les moyens sur un petit nombre de pôles d'excellence. "

De A comme Ayrault à Z comme zéro

De A comme Ayrault à Z comme zéro


Contrairement à ce qu’écrit Alain Duhamel ce jeudi, dans Libération, le premier ministre socialiste n’a jamais été à la mode dans l’opinion publique, salué pour ses qualités de gestionnaire et sa complémentarité avec le président de la République. Même dans les médias réputés à gauche, je n’ai jamais vu que scepticisme et attentisme poli depuis son arrivée à Matignon.
Cinq mois plus tard, les commentateurs n’ont pas tourné casaque. Ils constatent simplement, faits et gestes du premier ministre à l’appui, que leur pressentiment était juste. Ayrault n’est pas au niveau. Il manque de tout : de A comme autorité à Z comme zeste d’humour.
Sans doute sert-il de bouc émissaire pour le compte de tout un gouvernement formé d’amateurs. Il est lui-même apprenti, n’ayant jamais occupé ne serait-ce qu’un secrétariat d’Etat.
Surtout, il pâtit d’être la copie de François Hollande. Deux mêmes tempéraments, aussi fades, au sommet de l’Etat, cela ne correspond pas aux exigences, au standing d’une République monarchique comme la France. Si le Président de la République avait du caractère, passe encore, il pourrait se cacher derrière ! Hollande a donc fait une grosse erreur en choisissant Ayrault. D’ailleurs, les médias se défoulent sur Ayrault, mais c’est en réalité Hollande qu’ils visent.
Les cinq mois que nous venons de vivre montrent aussi les limites d’une méthode que ses auteurs voulaient exemplaire du modèle social-démocrate (négociation – recherche d’un consensus - décision). Mais faute d’être maîtrisée, la méthode donne, de couacs en bévues, des résultats catastrophiques. Il n’a pas fallu longtemps pour deviner qu’elle révèle moins un savoir-faire que beaucoup d’indécision, d’incompétence et d’impréparation.

TRÈS BONNE ANALYSE DE YVES THRÉARD DU FIGARO.

Baisse du nombre de propositions d’embauche en CDI : la preuve par l’absurde des effets pervers de ce contrat

Depuis le mois d'octobre 2011, les propositions d'embauche en contrat à durée indéterminée (CDI) ont baissé de 15,1% selon le site Qapa.fr

Hier, Qapa.fr, premier outil de matching professionnel en France, a publié comme tous les mois une analyse les données des 425 000 inscrits du site. Celle-ci révèle que le nombre de propositions de CDI a baissé de plus de 15% depuis septembre 2011. La complexité kafkaïenne du code du travail français a-t-elle fini par attaquer la compétitivité et augmenter le chômage ?

François Taquet : L’essentiel du paysage entrepreneurial français est composé de petites entreprises qui, pour la plupart, ne comprennent plus rien au droit du travail et qui sont à peine capables de choisir puis de rédiger un contrat de travail tant cela est devenu complexe.  C’est bien simple, notre code du travail comporte plus de 10 000 articles alors que celui de la Suisse n’en possède que 54. La France souffre d’une maladie chronique qui consiste à penser qu’un excès de réglementation sur l’encadrement des contrats de travail protège mieux les employés mais dans la réalité, je ne crois pas qu’un travailleur français soit mieux protégé qu’un employé Suisse ou Allemand.
La période de crise que traverse la France engendre naturellement une certaine peur des entreprises à s’engager sur la durée sans pouvoir se séparer de certains employés. Quand la conjoncture est aussi potentiellement instable, les entreprises rechignent à proposer des CDI à cause de ce que pourrait leur couter des licenciements si elles venaient à être obligées d’y recourir pour une raison quelconque. L’une des solutions les plus évidentes est celle qu’avait proposée le candidat Sarkozy lors de l’élection présidentielle de 2007 : un contrat de travail unique avec une période probatoire plutôt que de voir les employeurs se servir des CDD comme périodes d’essai. Cette idée d’un contrat "At will" sur le modèle anglais d’une durée standard d’un an renouvelable et pouvant être rompu à la volonté de n’importe laquelle des parties prenantes permettrait une simplification de l’emploi et un regain de compétitivité qui serait une bénédiction pour la France.
Olivier Duha : Il faut réformer le droit du travail. Malgré les grandes déclarations de principe, cette tâche n’a pas été accomplie. Le code du travail s’épaissit chaque année de nouvelles contraintes, de nouvelles obligations. Or, restaurer la compétitivité des entreprises, et particulièrement des entreprises de croissance, passe par un code du travail moins rigide. Prenons l’exemple du contrat de travail : il existe aujourd’hui en France 38 formes différentes de contrats de travail et 27 régimes dérogatoires ainsi qu'une dizaine de formes d’organisation du temps de travail dans le cadre des 35 heures. Le temps est venu de procéder à une simplification de cet ensemble de textes et de dispositions afin de donner aux entreprises la flexibilité et la souplesse dont elles ont besoin pour se développer et créer des emplois.
Rénover notre contrat social passe aussi par des actions fortes en direction des jeunes, notamment des jeunes qui sortent du système éducatif sans diplômes, et qui représentent chaque année 150 000 personnes. Nous proposons ainsi d’instaurer un SMIP (salaire minimum progressif) pour les jeunes de 17 à 21 ans. Ce ne sont là que quelques-unes des pistes sur lesquelles nous travaillons. Nous ne réformerons pas le contrat social sans l’implication forte des entrepreneurs. Pour leur part, les entrepreneurs de CroissancePlus sont mobilisés pour relancer la croissance.
Par ailleurs, en matière de temps de travail, les entreprises de croissance sont unanimes : il faut revenir à une durée du travail plus élevée. Selon Eurostat, la France se classe ainsi parmi les derniers en termes de durée annuelle de travail ! Et avec cette exception que constituent les 35 heures, nous restons bien en-dessous de la moyenne européenne, citée à 38,6 heures hebdomadaires…Nous proposons donc un schéma simple et compréhensible par tous : revenons à une durée légale du travail de 39 heures hebdomadaires et supprimons les RTT, avec en contrepartie, l'augmentation du temps de travail qui pourra être compensée par des mécanismes de transfert de charges et un effort des employeurs sur les salaires. En parallèle, il faut instituer une annualisation du temps de travail pour sécuriser l’emploi et donner davantage de marge de manœuvre aux entreprises.

Plongée au coeur de l'Aube Dorée en Grèce

Crédité de 14 % des voix, le parti d'extrême-droite grec profite de la crise économique et politique du pays. Reportage sur ce que veut vraiment l'Aube Dorée.
14% d'intentions de vote. Vendredi dernier, un nouveau sondage publié par Athens news a révélé la progression de l'Aube dorée (en grec Chrisi Avgi). Ce parti ultranationaliste se place désormais troisième derrière Nouvelle démocratie (droite conservatrice) et Syriza (coalition de gauche radicale).Marlène Katsinopoulou, attachée parlementaire de l'Aube dorée réagit. « Nous savons que les sondages se sont toujours trompés, aux dernières élections (17 juin, NDLR), nous avions récolté 7% des suffrages, alors que les sondages nous plaçaient à 4% ! », martèle cette jeune blonde de 27 ans. « Aujourd'hui nous sommes à 15 voire 17% d'intentions de vote!»
Nationalistes exacerbés
En mai dernier, une vidéo du leader du parti Nikos Mihaloliakos fait scandale. Interrogé sur une chaîne grecque, ce dernier nie l'existence des chambres à gaz. L'Aube dorée refuse toutefois l'étiquette néonazie et se défend de toute ressemblance entre son emblème et la croix gammée d'Hitler. Stathis Boucouras, député de Corinthe, écarte tout rapprochement : «Nous n'avons pas de rapport avec l'extrême droite, nous sommes nationalistes et cela veut dire aimer sa patrie et à être prêt à mourir pour elle.»
Humiliation européenne
Au bureau du parti à Athènes, les références au passé et à la gloire de la nation grecque sont d'ailleurs nombreuses. Drapeaux anciens, illustrations du patrimoine historique, livres sur l'antiquité grecque qui s'étalent sur les étagères... D'après Aristos Doxiadis, chercheur grec, « L'Aube Dorée défend l'idéologie que les Grecs sont des gens spéciaux, uniques, avec une langue unique, des racines dans l'antiquité et des références anciennes. C'est une caricature de l'histoire.» Le chercheur ajoute que « les médias ont présenté une image humiliante des Grecs depuis 2010, ce qui a touché la fierté nationale » et favorisé la montée du parti ultra-nationaliste. Cette humiliation au niveau européen « a conduit à la colère grecque et à un sentiment de conspiration ambiant. » Résultat, les migrants, nombreux en Grèce (près de 1 million), sont les principales cibles du parti, fréquemment soupçonnés et accusés de violences à leur encontre migrants. « Ce sont des personnes externes à l'Aube dorée », assure Marlène Katsinopoulou. Sur une vidéo récente, diffusée sur la toile, on peut voir plusieurs personnes de l'Aube dorée détruire violemment plusieurs stands de migrants. L'attachée parlementaire légitime l'acte : « Nous avions appelé la police à plusieurs reprises, mais elle n'est pas venue. Si la police dit non quel est notre rôle ? De protéger notre peuple....» A l'évocation de l'image d'un parti agressif ou effrayant, Marlène Katsipoulou répond : « Ceux qui pensent cela n'ont pas lu notre programme !»
Réaction à la paralysie gouvernementale
Selon le parti, ce sont «des gens éduqués, qui sont allés à l'université, titulaires de doctorats ou de masters et surtout des jeunes de 18 à 40 ans» qui adhèrent aux thèses de l'Aube dorée. 7% des Grecs aux dernières élections. Avant 2009, ce groupe est pourtant méconnu de l'opinion publique. Stigmatisée dans les années 1980, l'Aubedorée devient officiellement un parti politique en 1993, mais demeure une forcemarginale. C'est en 2010 que le parti crée la surprise, avec 5,3% des suffrages aux municipales d'Athènes. Pour Marlène Katsinopoulou, cette percée est due à « l'inquiétude » des Grecs face à « la crise économique et la montée de la criminalité » Elle détaille : « Les électeurs ont aussi compris aussi que le gouvernement corrompu les vole.» Rania Svigkou, membre du parti Syriza, analyse : « La montée de Chrisi Avgi résulte de la crise économique et sociale et les réponses données par les forces néolibérales (au pouvoir) à cette situation, les Grecs sont frappés par le chômage et la pauvreté. C'est le désespoir, la colère qui a permis aux néonazis d'entrer au parlement, afin de livrer un message « contre le système ». Mais c'est un parti très dangereux !»
Création d'un pôle emploi et d'un réseau de soins pour les Grecs
« L'Etat n'existe pas, la police ne fait pas grand-chose, alors qu'on a une criminalité très élevée», plaide Marlène Katsinopoulou. Afind'attirer les électeurs, l'Aube dorée vante une omniprésence sur le terrain, via la distribution de nourriture, des dons du sang réservés aux Grecs... Actuellement le parti ultranationaliste crée un pôle emploi ainsi que des services de soins médicaux, toujours à destination des Grecs. « A la différence de médecins sans frontières, nous, nous voulons créer médecins avec frontières », explique Christou Eugenia, membre du parti. D'après Aristos Doxiadis : «Le parti n'a pas de réelles solutions mais veut montrer aux gens qu'il est là pour remplacer l'Etat. »
Economie interne et Europe « pure »
Une sortie immédiate de l'euro...mais pas tout de suite et une renégociation du mémorandum. Pour l'Aube dorée, une sortie de l'euro n'est donc pas exclue. Stathis Boucouras détaille le programme : « Une fois que la Grèce aura retrouvé une production agricole et exploité le gaz de la mer Egée. Il faudra être mesurés et patients avant un retour à la monnaie nationale.»Il ajoute : « Ce retour n'implique pas que nous n'ayons pas de relations commerciales avec les autres pays, mais nous voulons des importations qu'en cas de besoin extrême de la population grecque.»
Le parti ultranationaliste souhaite un retour à « une Europe pure ». Le député Stathis Boucouras précise : « Nous devons avoir une Europe des nations avec l'Allemagne aux Allemands, la France aux Français etc... Il n'y a pas de place pour d'autres peuples en Europe. »Marlène Katsinopoulou assure que l'Aube dorée a des relations amicales avec « des partis d'Italie, d'Espagne et bien sûr de Russie. »

Pour aller plus loin : Les racines historiques du fascisme grec.

Solférinologie pour les nuls : le petit guide du congrès PS

S'ouvre ce vendredi matin l'édition 2012 du congrès du Parti Socialiste. Cacophonie gouvernementale, Hollande-bashing, retour au pouvoir, les défis à relever pour Harlem Désir, nouveau capitaine du bateau PS, sont nombreux. Petit cours de Solférinologie pour les nuls afin de comprendre les enjeux de ce rassemblement.

Ce matin, s’est ouvert à Toulouse le congrès du Parti Socialiste qui durera jusqu’à dimanche 28 octobre. Retour au pouvoir, dissonances gouvernementales, cette édition 2012 ne ressemblera vraisemblablement à aucune autre. Petit cours de Solférinologie pour les nuls. Comment fonctionne un congrès du Parti socialiste et à quoi cela sert-il ?

Pascal Perrineau : Le congrès est un élément fondamental de la construction du projet socialiste. Il a pour objectif de déterminer un axe programmatique, il permet d’acter les motions votées et sert à fixer le cap du parti tout entier, la direction que prendra celui-ci autour de la personnalité d’Harlem Désir. Les négociations sont allées bon train avant le début de ce congrès car au-delà d’acter le cap politique, ce rassemblement va aussi définir l’équilibre des équipes dirigeantes du parti.

Comment procède-t-on à la répartition du pouvoir entre ces équipes ? 

Le système est basé sur un vote de motions qui sont toutes liées à des hommes et à des femmes. Une fois ces motions votées, les scores obtenus par les textes permettent de répartir le pouvoir de manière proportionnelle. Pour appréhender le fonctionnement du Parti socialiste, il faut comprendre que la proportionnelle fait partie intégrante de son histoire de la même façon qu’il a été construit sur la base de sensibilités multiples qui cohabitent. La motion majoritaire est, quant à elle, composée de plusieurs de ces sensibilités, les pro-Désir, les Hollandais historiques ou encore les Aubristes. Cela révèle un équilibre des pouvoirs encore plus raffiné qui conjugue ces courants. Ces principes anciens sont encore aujourd'hui l’essence du Parti socialiste (PS).
D’autre part, il y a les motions minoritaires qui témoignent des courants les moins représentatifs sur le plan du nombre mais qui sont aussi souvent les plus virulents, comme l’aile gauche du PS. Cela engendrera probablement un débat vigoureux qui doit avoir lieu au congrès car il ne peut pas se dérouler au sein du gouvernement. Au milieu de ces discussions, Harlem Désir est face à deux défis majeurs. Il doit se créer une légitimité en s’émancipant, en se débarrassant de cette "nomination par l’appareil". Ensuite, il doit faire vivre un Parti socialiste au pouvoir en faisant taire les dissensions internes pour éviter qu’elles ne viennent s’ajouter aux discordances du gouvernement dont nous avons déjà été témoins.

Ce congrès peut-il donc conduire au désordre entre le PS et la majorité ?Le PS peut-il être un contre-pouvoir face au gouvernement ?

Non, l’apparition d’un contre-pouvoir dans le Parti socialiste d’Harlem Désir me paraît tout à fait improbable car il représente une ligne de fidélité très claire. Le PS ne veut pas jouer avec le feu, il connaît déjà suffisamment de problèmes internes de fonctionnement et de divergences d’opinions. Il faut comprendre qu’un congrès du Parti socialiste au pouvoir n’est pas le même que celui d'un Parti socialiste dans l’opposition. Dans ce dernier cas, les motions sont nombreuses et les affrontements sont parfois féroces comme ce fut le cas à Reims entre Royal et Aubry. A l’inverse, on a constaté qu’en 1981, certains socialistes, tel Jean-Pierre Chevènement, défendaient la nécessité d’un parti socialiste "godillot", obéissant et discipliné, arguant qu’un godillot est une bonne et solide chaussure. D’autres sensibilités voulaient au contraire que ce pouvoir soit mis au profit d’une accélération des réformes de rupture, voire voulait "couper des têtes". Le PS est actuellement sujet au même genre de débats mais il est probable que les congressistes soient lucides et essaient de ne pas ajouter aux dysfonctionnements. Malgré tout, le PS reste un parti duquel s’élèvent de nombreuses voix qui sont parfois discordantes, Harlem Désir va devoir prouver son talent de leader en sachant les mettre toutes en musique.

Les buveurs de bière et les retraités paieront

Cinq centimes de plus le demi-pression. Les buveurs de bière contribueront à combler le déficit de la sécurité sociale, à moins de demander une bière artisanale “made in France “. Hier à l’Assemblée, la majorité a tenu bon sur le front du houblon face à des députés de tous bords hostiles à la taxe sur la bière qui épargnera les brasseurs produisant moins de 200 000 hectolitres. “Les gros groupes étrangers seront les principaux contributeurs” insiste le ministre Jérôme Cahuzac, qui a refusé de limiter cette hausse à 10 centimes le litre au lieu de 20. À la sortie, la bière sera cependant moins taxée que les boissons à la taurine. Le rapporteur du budget Gérard Bapt (PS) entend pousser le plus haut possible la taxe sur les breuvages énergisants introduits en France depuis 2008 (Redbull, Burn, Monster…). La “canette” de 33 cl pourrait augmenter de 17 à 67 centimes. Du jamais vu pour une boisson en une seule loi. Une étude clinique publiée par le New York Times sur la toxicité boissons énergisantes du groupe Monster est venue hier doper les arguments des députés. L’agence alimentaire américaine fait mention de cinq morts suspectes en trois ans dont le cas d’une jeune fille décédée d’arythmie cardiaque après avoir absorbé une boisson de cette marque.

Coca Cola France annonce la suppression de 170 emplois

Hier, les lobbies de la boisson “jeune” employaient la manière forte pour peser sur le gouvernement et les députés. Au moment où ils examinaient le texte sur le financement de la sécurité sociale, le groupe Coca Cola France annonçait aux salariés son plan de suppressions de 170 emplois dans les usines du groupe en France. Si la boisson la plus consommée au monde n’est pas classée parmi les énergisants, le groupe compte dans sa gamme Burn Intense. Comme les autres énergisants, la consommation a doublé depuis 2008. Une aubaine pour la sécurité sociale.
Par ailleurs, l’Assemblée a adopté la création d’une taxe de 0,3 % qui sera acquittée dès le 1er avril par quelque 7,5 millions de retraités imposables.

Sixties

Sixties 


Antoine a 68 ans, les cheveux longs, toujours, ainsi que les idées courtes. Jeune, il prônait la pilule en vente dans les Monoprix. Vieux, il fait la promo des femmes en vente sur les trottoirs. Dans le même esprit de liberté et de plaisir, qui résume ces « sixties » que les jeunes vieux évoquent des larmes dans la voix : faire l’amour, c’est bien, gagner sa vie, c’est bien, explique l’élucubrateur, qui en conclut que la prostitution, c’est bien… Pourquoi pas. Le même jour, nous apprenons que les Rolling Stones jouaient hier soir pour quelques fans, et se produiront lundi pour un fonds d’investissement. Pour eux aussi, et depuis longtemps, gagner sa vie, c’est bien, n’est-ce pas, alors faites rouler la caillasse ! 
Tout de même, ces « sixties » vieillissent mal.



Comment échapper à la procrastination?

Très répandue, la procrastination consiste à remettre systématiquement au lendemain ce que l'on doit faire immédiatement. Notre contributeur Philippe Laurent propose des pistes pour aider les "procrastinateurs" ou ceux qui travaillent avec eux.
[Express yourself] La procrastination: un mot barbare, une réalité assez courante. Celui qui procrastine (le procrastinateur) remet systématiquement à demain (en latin crastinus) ce qu'il doit faire tout de suite. Il trouve toujours une "bonne" raison pour justifier ou se justifier qu'il a bien fait de ne pas faire ce qu'il devait faire: il ne peut pas faire autrement.
Son excuse habituelle: " Ah zut, j'ai encore oublié! Tu as raison, il faut que je le fasse. Il faut que je m'y attèle. Je vais devoir prendre le taureau par les cornes, etc.". Procrastiner, ce n'est pas décider de ne pas agir, ce qui peut être stratégiquement bénéfique: c'est reporter l'acte qui met en oeuvre notre décision et notre engagement, et cela de manière chronique. Cette tendance peut devenir lourde de conséquence pour soi et son équipe. Quelques idées pour tenter de l'expliquer et d'y remédier.
Une des possibles raisons de la procrastination est l'hyper sensibilité à l'environnement. J'ai conscience à un instant T de devoir faire quelque chose d'important, mais mon esprit est subitement distrait par autre chose de plus captivant: une conversation, une observation, un souci. Je suis détourné de ma trajectoire et finis par oublier ce que je dois faire. Cette attitude est le signe d'une grande curiosité intellectuelle.
Autre raison possible: la recherche d'une satisfaction immédiate. Je remets plus facilement à demain ce que je n'aime pas faire, ce qui ne m'apporte pas de plaisir immédiat. Je sais ce que je dois faire mais je me dis: "J'ai bien le temps, il me reste encore trois jours. Il faut que j'en profite. C'est la corvée: tant que je peux repousser l'échéance, je le fais." Je préfère remettre à demain la tâche non agréable qui m'embête ou m'ennuie, et profiter de mon confort actuel, quitte à souffrir d'un inconfort plus tard. Je joue la cigale, plutôt que la fourmi. Mon leitmotiv: "Carpe diem!"
Rien ne m'oblige, sinon la contrainte. Il faut que je sois au pied du mur, à la veille de l'échéance, pour me bouger. Je ne fonctionne bien que sous adrénaline. Je suis capable de fournir un effort considérable sur un temps très court. Il faut que je sois contraint de faire pour m'obliger à faire. Non pas que je n'aime pas ce que je fais, mais la pression que je génère décuple mes capacités d'apprentissage ou de créativité, et j'éprouve même un certain plaisir à cette expérience.
Le premier impact de cette tendance est sur le procrastinateur lui-même. A force de tout remettre à demain, il finit par s'en vouloir de ne pas tenir sa parole et de ne pas avancer suffisamment dans ses projets personnels ou professionnels. Son attitude le fait stresser car le temps passe alors que l'échéance, elle, ne bouge pas. Il éprouve le sentiment de faire du surplace alors que les autres avancent. Il aimerait changer mais n'y arrive pas. Travers d'autant plus dommageable que, quand il décide de s'y mettre, il est redoutablement efficace.

Une attitude qui peut provoquer la lassitude, voire l'exaspération

L'autre impact de cette tendance est sur le travail en équipe. Si je procrastine, travailler avec moi n'est pas facile car je n'avance pas aussi vite qu'attendu et les autres membres peuvent être tentés de ralentir la cadence. Quand mon travail est fait, il est très bien fait, mais c'est trop souvent en urgence, au détriment d'une meilleure concertation, d'un travail plus en profondeur, d'une validation plus précise des données, etc. La chronicité de mon attitude peut provoquer la lassitude, voire l'exaspération.
Si je "procrastine", voilà quelques pistes qui peuvent m'aider:
- La première, apprendre à dire "non" aux sollicitations immédiates qui sont sur mon chemin et viennent me distraire de ce que je suis en train de faire ou dois entreprendre. Sans forcément dire "je n'ai pas le temps" de manière brutale, je peux et dois oser dire " tu me laisses 3 minutes, je suis à toi tout de suite".
- Adopter le réflexe suivant: "Ce que je peux faire tout de suite, je le fais tout de suite. " En remettant l'action à plus tard, je risque tout simplement de l'oublier. Je peux même interrompre ce que je suis en train de faire si j'estime que c'est moins important ou urgent.
- Noter ce que je dois faire, si je m'y suis engagé et que je ne peux pas le faire sur le champ. Pour certains, il peut aussi être aidant de commencer son TAF (Travail à Faire) quotidien par ce qui nous est le plus difficile. Cela enlève la pression et soulage.
- Si je dois réaliser un travail de fond pour une échéance précise, je ne ne tarde pas avant de dresser une vue d'ensemble de mon projet de manière à lancer tout de suite les actions qui impliquent l'intervention des autres acteurs éventuels. Un plan d'actions succinct qui définit les grandes étapes m'aidera à avancer régulièrement. En ayant conscience d'avancer, je réduirai mon stress, travaillerai de manière plus sérieuse, dans le calme et non dans l'urgence. En cas de difficulté, j'aurai encore du temps pour réagir.
- Quelque fois, mon action est nécessaire et consiste simplement à lancer le travail. Je le fais tout de suite. Il faut battre le fer quand il est chaud. Il y a des messages ou des actions à mener sans tarder sinon elles ne sont plus opportunes et ne servent plus à rien.

Que puis-je faire si je travaille avec un procrastinateur?

Comme pour lui ce sont les premiers pas qui sont les plus difficiles, la première chose à faire pour l'aider est de l'encourager à démarrer. Je ne le lâche pas et le relance régulièrement pour être sûr qu'il avance bien ou le motiver.
Je peux parfois le confronter de manière constructive: "C'est ce que tu me dis à chaque fois. Je préfère que tu me dises que tu n'as pas le temps comme ça je ne suis pas pris au dépourvu, et je peux m'organiser autrement. "
Loin d'être une pathologie, ce mode de fonctionnement ne peut être changé par des défis supplémentaires inscrits dans le temps, ce qui aurait l'effet d'une punition. Sauf à se rendre compte par lui-même que toujours reporter à demain lui nuit ou le fait souffrir, le meilleur moyen d'aider celui qui procrastine est d'actionner les deux leviers de sa motivation qui sont l'intérêt et le plaisir. 

UMP : un absent très présent

UMP : un absent très présent 


Après s’être gaussée des primaires socialistes, l’UMP y vient. Après tout, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.
François Fillon et Jean-François Copé sont donc en campagne pour la présidence du premier parti d’opposition avec un passage obligé, le débat télévisé. Un vrai-faux débat en réalité, un côte à côte plus qu’un affrontement en règle qui scellerait le sort de la formation politique autant que le destin de chacun des concurrents. Au secours Nicolas reviens crieraient pour le coup les militants…
L’ombre de Nicolas Sarkozy plane depuis la première minute sur cette joute électorale inédite à droite. Que François Fillon esquisse un inventaire des années Sarko et c’est une volée de bois vert qui s’abat sur l’ancien Premier ministre. Que Jean-François Copé se réclame à tout bout de champ de l’ex-président de la République et de bonnes âmes rappellent illico la conversion tardive du “bébé Chirac”. Bref le grand absent Nicolas Sarkozy n’a jamais été aussi présent…
Même si Carla Bruni affirme dans une interview que le retour en politique de son mari est “improbable”, il se trouve bien peu de militants UMP pour mettre leur main au feu. Les deux débatteurs n’ont aucun intérêt non plus à se brûler les ailes. En vieux renards de la politique, ils savent mieux que quiconque que la meilleure façon de ne pas insulter l’avenir consiste à ne pas cracher sur le passé…

Les Français ont peur

Les Français ont peur 


Les critiques sur l'amateurisme supposé du gouvernement, l'accusation de faiblesse du Premier ministre et les doutes sur sa longévité à Matignon fleurissent pour une bonne et simple raison : les Français ont peur.

Bien sûr, on peut minimiser telle fronde fiscale catégorielle en lui opposant l'intérêt général. On peut relativiser les cafouillages de communication d'une équipe jugée trop provinciale, trop inexpérimentée, un brin surmenée. On peut disserter sur les raisons réelles de l'acharnement de certaines voix, d'autant plus sévères aujourd'hui qu'elles furent louangeuses il y a six mois. Mais il ne faut pas confondre la cause et la conséquence d'un désamour : il y a un très gros malaise.
Les Français ont peur. D'abord parce qu'ils doutent plus ou moins confusément, depuis le 6 mai, des capacités de la gauche à redresser le pays. La présidentielle, répétons-le, fut autant le résultat d'un rejet que d'une adhésion.
La victoire acquise, l'heure n'était pas aux vacances tant la confiance restait à construire. La rapidité de la chute de l'exécutif dans les sondages l'a confirmé dès les premiers pas du nouveau pouvoir.
Les Français ont peur de devenir des Espagnols ou des Grecs. Ils savent bien que la gauche n'est pas responsable de dix ans de dégradation régulière de notre compétitivité, du poids actuel des impôts et des charges sociales ou de l'ampleur des déficits. Mais ils voient assez l'avalanche des plans sociaux, la vague monstrueuse du chômage, la pression fiscale croissante qui dissuade de consommer et d'investir.
Alors que se dégage un sentiment d'impuissance et de flou du politique, le pays est comme pétrifié. Et cet immobilisme du consommateur et de l'investisseur aggrave la situation dont il est lui-même le résultat.
Les Français ont peur d'une gouvernance trop tranquille, par opposition au stress auquel nous avait habitué le quinquennat précédent et par contraste avec l'énormité des problèmes. François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont fait le choix du temps long. Pour eux, il ne peut pas y avoir d'effort partagé et durable sans retisser les fils de la confiance avec les profs, les policiers, les syndicats, les juges... Il ne peut pas y avoir de redressement sans un rééquilibrage entre riches et pauvres, entre le travail et la rente.
La négociation est la meilleure manière d'impliquer les acteurs sociaux dans des choix courageux. Mais cette temporisation devient anxiogène devant l'urgence des réponses qu'appellent les coups de boutoir de la crise.
Les Français ont peur que 37 milliards de prélèvements supplémentaires, démarrés par la droite, accentués par la gauche, n'achèvent d'asphyxier la croissance et d'anéantir leur foi en l'avenir. Ils veulent savoir ce qui est meilleur : davantage d'impôt ou moins de dépense publique ? Plus de ressources pour financer la solidarité ou moins de charges pour faciliter l'emploi ? Plus de rigueur ou plus de temps pour assainir nos comptes ?
Les Français ont peur de mourir guéris. On est loin du simple couac de communication. La majorité peut se féliciter d'avoir une opposition encore désorganisée. La droite, pour se reconstruire, a la chance d'avoir un gouvernement déjà fragilisé. Ça ne suffit pas à retendre le ressort de la confiance.

Cinq millions de chômeurs en France… Ou davantage ?

Cinq millions de chômeurs en France… Ou davantage ?

 
Le nombre de demandeurs d’emploi sans activité (catégorie A) a connu en septembre la plus forte augmentation enregistrée depuis avril 2009, avec 46 900 chômeurs de plus en un mois (soit + 1,6 %), pour s’établir à 3,057 millions de personnes en métropole. Cette 17e hausse consécutive atteint particulièrement les jeunes (moins de 25 ans, qui sont désormais plus de 485 000 inscrits) et les seniors (plus de 50 ans, soit 670 000 inscrits, qui, du fait de leur âge, se sentent totalement abandonnés). En tenant compte des DOM, les services du ministère du Travail recensaient fin septembre 3,3 millions de chômeurs dans cette catégorie. Et sur un an, le nombre d’inscrits a, en définitive, augmenté de 10 %.
En incluant les inscrits à Pôle emploi en catégorie B et C, c’est-à-dire exerçant une activité réduite, la France (métropolitaine) accuse, comme le mois précédent, un nouveau record depuis la mise en place de statistiques comparables en 1991 : 4,515 millions de personnes inscrites, soit une hausse de 20 900 personnes par rapport à août (+ 0,5 %).
Avec tout cela, on ne sait toujours pas exactement combien il y a de chômeurs. Il faudrait, pour ce faire, réussir à cumuler, sur la métropole comme les DOM, les cinq catégories reconnues par Pôle emploi. Travail de titan, ou de bénédictin. Car les chiffres ne sont donnés que parcimonieusement, au compte-gouttes, et jamais dans leur totalité. Après quelques recherches, le résultat peut se poser sous la forme d’une question, terrible, mais toute simple :
La France connaît-elle plus de cinq millions de chômeurs ?
D’accord ! Le nombre officiel d’inscrits à Pôle emploi est de 4,7 millions – ce qui est déjà beaucoup plus que 3,3 millions. Un nombre qui ne comprend que les trois premières catégories, c’est-à-dire ceux des inscrits tenus de justifier auprès de Pôle emploi qu’ils cherchent activement… Et il y a deux autres catégories !
Mais on suppose, en outre, que tout le monde n’est pas inscrit. A commencer par les SDF dont le nombre, selon les sources, oscillerait entre 100 000 et 300 000… Et ceux qui, par honte ou par crainte, ne font pas la démarche, etc.
Cette hausse était prévisible, souligne dans un communiqué le ministère du Travail, qui réaffirme l’objectif d’« enrayer d’ici fin 2013 cette hausse » par la « mise en œuvre concrète des réformes prévues dans la feuille de route sociale » du gouvernement, et des mesures « pour stimuler la croissance ».
Pour l’heure, la seule croissance qu’on connaisse, c’est celle du chômage !
Le ministre du Travail, Michel Sapin, rétorque qu’elle est comparable à un « navire lancé à pleine vitesse » difficile à ralentir. Il y faudra à peu près un an. Autrement dit : c’est – encore… – la faute à Sarko…
La droite, elle, dénonce « la passivité du gouvernement, dont la politique économique ajoute de la crise à la crise ». Elle n’a pas tort : la gauche fait systématiquement la même chose en pareille situation. Mais ces manières de cour d’école donnent une piètre idée de la politique française – à ceux, du moins, qui se faisaient encore des illusions…
Au passage, on apprend, dans le dernier numéro d’Economie et statistiques de l’Insee, que la situation de chômage augmente aussi pour les femmes le risque de se faire agresser sexuellement. Alors que le travail, nous explique-t-on journellement, augmente celui du harcèlement… Décidément, elles n’ont pas de chance !
Ailleurs, ce n’est pas mieux ! Le président de la BCE, Mario Draghi, a souligné mercredi que le chômage était « déplorablement élevé » en Europe. Et Bruxelles a reconnu, dans le même temps, que l’activité du secteur privé dans la zone euro a enregistré en octobre sa plus forte contraction depuis juin 2009. Au point de proposer la création d’un fonds contre la pauvreté en Europe…
Alimenté par qui ?

Le vilain petit canard de Matignon

Le vilain petit canard de Matignon



Un couac. « Un de plus » se dépêche de souligner une droite toujours revancharde. Hier, en annonçant dès potron-minet et en exclusivité mondiale que le Conseil constitutionnel avait annulé la loi sur le logement social, Jean-Marc Ayrault a renforcé en trois mots l'image qu'on lui prête : celle d'un élu de province, peu au fait des arcanes du pouvoir, et qui pourtant l'exerce. C'est calamiteux en termes d'autorité. Car il avait tort. Rien n'était encore fait. L'opposition l'a bien compris, en ces temps où le buzz et la forme comptent davantage que le fond : amateurisme, scandale, gigantesque bévue... Aucun mot n'est assez fort pour souligner que Jean-Marc Ayrault a commis une erreur. Une erreur grave pour le chef du gouvernement puisqu'elle est dans un champ dont les parlementaires se croient volontiers les dépositaires : celui du droit, du bon fonctionnement des institutions et du respect pour la République. Jean-Marc Ayrault s'est fusillé, alors même qu'il peine à recadrer des ministres dont les plus Verts s'affranchissent de la solidarité gouvernementale et dont les plus intellos pérorent sur les œuvres d'art ou le cannabis. Ça la fiche mal. Le déficit de positionnement du Ayrault fatigué s'est révélé criant hier. À l'heure du laitier, il est apparu comme une espèce d'homme déconnecté, un martien du pouvoir, un ahuri des convenances. Bref, il a claironné son couac. Qui le fait passer pour un vilain petit canard barbotant à Matignon.


Et s'il fallait remplacer Jean-Marc Ayrault?

Et s'il fallait remplacer Jean-Marc Ayrault?