Chacun s'est étonné de la dureté d'Angela
Merkel à l'égard des propositions de Paris. C'est pourtant la
conséquence logique de la position de Berlin depuis le 6 mai
Le contraste est frappant. De ce côté-ci du Rhin,
la presse s'est enflammée jeudi 7 juin à la publication du projet
d'initiatives de croissance du gouvernement allemand. Il s'est même agi
de la grande affaire du jour et chacun tentait de comprendre l'échec de
François Hollande. Outre-Rhin, les observateurs ont à peine noté le fait
et n'ont pas insisté sur l'humiliation du président français. Ce fossé
s'explique aisément. En France, beaucoup voulu croire que l'élection de
François Hollande allait changer la donne en Europe et que le nouveau
locataire de l'Elysée pourrait imposer une relance par les
investissements. Pour dire vrai, les institutions bruxelloises se sont
faites complices de cette illusion en ne cessant de marteler, dans les
jours qui ont suivi l'élection française, le mot de « croissance ». On a
vu Angela Merkel faire le dos rond et elle-même murmurer ce mot
magique. On a cru que l'affaire était dans le sac. C'était mal connaître
et l'Allemagne et la chancelière.
Une position allemande ferme
Éeh ! euh, c'est une blague ?.T'inquiète, Mario il est con.
Durant le dernier mois, Angela Merkel n'a en réalité jamais cédé sur
cette question de la croissance. Pour elle, engager aujourd'hui une
relance keynésienne serait des plus nocives. Elle donnerait l'illusion
d'une reprise qui entraînerait du relâchement dans ce qu'elle considère
toujours comme la priorité absolue : l'assainissement des finances
publiques. Voici pourquoi, à chaque fois qu'elle a évoqué la croissance,
la chancelière a précisé qu'elle ne voyait pas d'autres solutions pour
la relancer que l'amélioration de la compétitivité par « des réformes
structurelles ». Sa proposition de jeudi est donc cohérente.
Piège tendu
Il s'agissait donc d'un dialogue de sourd, mais les observateurs
français n'y ont vu qu'une avancée de Paris. En réalité, pendant ce
temps, la chancelière tissait son piège. Elle a d'abord désamorcer le
danger intérieur en s'entendant avec le SPD pour une adoption avant
l'été du pacte budgétaire, moyennant un impôt sur les transactions financières
. Du coup, ce pacte que François Hollande ne veut pas ratifier tel quel
le sera sans doute par les sociaux-démocrates. Il perd là un appui
précieux pour faire pression sur la chancelière.
Désamorçage européen
La chancelière a ensuite désamorcé le danger européen en tentant de
mettre les fédéralistes bruxellois de son côté. Jeudi, elle s'est ainsi
proclamée favorable à une union politique de l'Europe. Condition qu'elle
pose, là aussi depuis toujours, pour donner son accord aux obligations
communes. Et ici également, François Hollande est mis en difficulté,
sommé de dire s'il accepte la perte de compétences nationales en faveur
d'institutions fédérales pour parvenir à son objectif
d'euro-obligations. Alors que l'opinion française comme le parti
socialiste sont très divisés sur le sujet européen. Nul doute que
l'Elysée ne sera guère loquace sur le sujet. Et les Eurobonds ont ainsi
toutes les chances d'être enterrées. Et si elles ne sont pas, elles ne
serviront pas à faire de la relance.
Le but de la chancelière : sa réélection
Angela Merkel est un animal politique. Sa seule ambition est son
maintien à la chancellerie en 2013. Elle est actuellement en difficulté
dans les sondages et elle a vu « son ami Nicolas » emporté par la
crise... Elle n'a donc aucune raison de céder à François Hollande face à
une opinion allemande peu encline à faire de la « croissance à la pompe
», comme on dit outre-Rhin. Au contraire, si elle sort vainqueur de ce
bras de fer avec le président français, elle pourra se prévaloir
outre-Rhin d'avoir défendu les intérêts de la république fédérale en
Europe. Et espérer un retour en grâce auprès de son opinion.
Le pari perdu de Paris
Du côté de Paris, l'illusion semble désormais brisée. Il est à
présent impensable (mais en réalité, il en a toujours été ainsi) que
l'Europe se lance dans une politique de relance. La véritable question
est, à présent, de savoir quelle sera la politique européenne de la
France. Sans l'objectif de la relance, ne lui restera-t-elle plus qu'à
rentrer dans le rang et revenir à la rigueur.
samedi 9 juin 2012
Europe : Comment Merkel a piégé Hollande
vendredi 8 juin 2012
Merkel brise un tabou
Angela Merkel a brisé un tabou, hier, en relevant que certains pays
pourraient avancer plus vite que d’autres afin de renforcer l’Europe
politique, ce qu’elle juge indispensable pour sortir de la crise.
Le
pas en avant est double : la chancelière admet d’abord explicitement
que le Pacte de stabilité budgétaire, qui est pourtant son « bébé », ne
suffira pas à endiguer la tempête qui met à mal l’euro, et qu’il faudra
une intégration politique plus poussée. Elle jette ensuite à la poubelle
une chimère qui paralyse le continent, en admettant (sans le dire de
cette façon) que le Nord et le Sud ne peuvent pas marcher au même
rythme. Depuis le début de la crise tout le monde le constate, mais
personne n’ose en tirer la conclusion qui s’impose : l’Europe qui
s’agrandit sans cesse dans le but premier – voire unique – d’élargir
encore et encore un grand marché sans barrières douanières ne peut être
viable. En remettant l’union politique au cœur de ses ambitions pour le
continent, Merkel commence à tourner timidement le dos, sous la pression
de la crise, à la vision purement marchande de l’Union. Il est piquant
de voir qu’elle le fait au moment où elle reçoit son homologue anglais
Cameron, qui n’a même pas signé le Pacte de stabilité.
Certes, les
profondes réformes que réclame la chancelière ne permettent ni
d’éteindre le feu grec ni d’empêcher l’incendie de s’étendre à
l’Espagne. Elle refuse toujours de mettre la main au portefeuille et
certains – notamment en France – ne manquent pas de l’accuser de vouloir
gagner du temps. Erreur : ce sont les coûteux sparadraps appliqués
depuis le début de la crise sur les jambes de bois grecque, portugaise
et irlandaise qui ont permis de grappiller quelques années de répit.
Sans succès, puisque le mal n’a pas été endigué et qu’il est même en
passe de s’étendre à l’Espagne. Pourtant, il y en a eu, des milliards
versés !
Sans doute en faudra-t-il encore, mais l’Europe ne peut
pas alimenter indéfiniment un tonneau sans fond. Angela Merkel dit, en
somme, à ses partenaires : avant de payer, je veux savoir où vous voulez
aller… et qui est prêt à marcher avec moi. Dix ans après l’introduction
de l’euro dans les porte-monnaie, il serait temps, en effet, de se
poser ce genre de question.
Laurent Gerra censuré pour avoir dit « Les journalistes, il faut les terroriser, ou coucher avec » ?
Élysée : les limites prévisibles de la «normal attitude»
Même son bulletin de santé est « normal ». Depuis qu'il a utilisé l'adjectif pour décrire le type de présidence qu'il souhaitait incarner, tout, autour de François Hollande, devient normal.
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| Homo crétinus, président français |
Marque de fabrique
Fin mai, l'ancien premier ministre François Fillon mettait en garde: «Le président normal ne le restera pas longtemps.» Autant qu'il le peut, François Hollande s'efforce pour l'instant de rester fidèle à sa marque de fabrique. Autour de lui, on jure qu'il n'en rajoute pas. «Il est naturellement normal», assure un ministre. À l'Élysée, les anecdotes sur le comportement de François Hollande n'en finissent plus d'alimenter les conversations.Tel jour, il a fait le tour de tous les bureaux du palais pour saluer chacun des collaborateurs de la présidence de la République. Tel autre jour, il a fait entrer dans la cour de l'Élysée une classe de gamins qui passaient devant la grille, provoquant une certaine tension dans les services de sécurité. Une autre fois encore, il fait arrêter sa voiture qui sortait du palais pour serrer les mains des badauds qui le saluaient sur le trottoir. L'ivresse des débuts?
Pour l'heure, cette aura l'a protégé de beaucoup de polémiques qui, en d'autres temps, n'auraient pas manqué d'entacher son image: couacs des ministres, conservation de la résidence de la Lanterne à Versailles, condamnation d'Arnaud Montebourg pour injure. Tout glisse sur François Hollande. Il est vrai qu'avant les élections législatives, son gouvernement n'a annoncé que de bonnes nouvelles: retraite à 60 ans, allocation de rentrée scolaire, coup de pouce au smic… Il sera bien temps après le second tour de voir si la «normalité» résiste au «redressement du pays dans la justice» et aux mesures fiscales que cela suppose.
10 % de chômage dûs à Sarkozy ? Jean-Marc Ayrault est-il aveugle ou de mauvaise foi ?
Au 1er trimestre 2012, le chômage a atteint son plus haut niveau depuis 13 ans, en plafonnant à 10% de la population active. Le Premier ministre explique cet accroissement du nombre de chômeurs comme la conséquence du mandat de Nicolas Sarkozy. Qu'en est-il dans les faits ?
L'accélération du chômage depuis le début de la crise économique marque-t-elle l'augmentation d'un chômage purement conjoncturel ou la part du chômage structurelle a-t-elle augmenté elle aussi ?
Dans ces conditions, de quelles marges de manœuvre disposent les pouvoirs publics pour dégonfler le chômage directement lié à la crise économique ? Ces mêmes politiques peuvent-elles dans le même temps se concentrer sur le chômage structurel ?
La France peut-elle s'inspirer de politiques conduites dans d'autres pays ? En particulier l'Allemagne et ses réformes Hartz engagées sous la mandature de Gerhard Schröder ?
SNJ : des « conflits d’intérêts » pour Trierweiler et Pulvar
La
porte-parole du Syndicat national des journalistes, le premier syndicat
de journalistes de France, a dénoncé jeudi les « conflits d’intérêts »
que représentent selon elle la poursuite de la carrière journalistique
de Valérie Trierweiler et d’Audrey Pulvar, qui devraient « suspendre »
leurs activités tant que leurs compagnons sont au pouvoir.
Selon Dominique Pradalié, qui était l’invitée de Robert Ménard sur
i-télé, la position de Valérie Trierweiler et d’Audrey Pulvar (mais
aussi des deux autres journalistes vivant actuellement en couple avec
des membres du gouvernement) est déontologiquement intenable.
Une position partagée par Robert Ménard, selon lequel Valérie Trierweiler veut « le beurre et l’argent du beurre » en demeurant journaliste tout en ayant à sa disposition à l’Elysée un cabinet payé par les contribuables. « Vous ne pouvez pas, c’est des choses incompatibles », a poursuivi le polémiste.
« On passe notre vie, nous les journalistes à donner des leçons au reste du monde, et dans le gouvernement, il y a trois couples de journalistes », s’est indigné Robert Ménard.
Dominique Pradalié a ensuite affirmé que c’était « débile » de voir du sexisme dans les attaques contre Valérie Trierweiler. « C’est une question de conflits d’intérêts, d’intégrité et de crédibilité auprès des citoyens pour lesquels nous travaillons », a-t-elle martelé.
Robert Ménard a ensuite rebondi sur le cas d’Audrey Pulvar : « vous êtes comme moi, quand vous voyez Audrey Pulvar sur France Inter et juste avant au bras de son chéri dans un meeting socialiste, ça vous choque ? » « Ca ne devrait pas être. Automatiquement nous devrions faire un pas en arrière quand il le faut ».
Le recul de Valérie Trierweiler, mais aussi d’Audrey Pulvar « est un sacrifice, mais notre profession en exige de temps en temps », a-t-elle conclu tout en précisant que la question des conflits d’intérêts des journalistes ne se limitait pas à la seule sphère politique, mettant notamment en avant les voyages de presse somptuaires organisés par des grands groupes tels que Total pour amadouer les journalistes.
Ce qui n’a pas empêché le haineux Bernard-Henri Lévy qui continue à se faire des films (son immortel « chef-d’œuvre » Le jour et la Nuit avait été qualifié de « pire film français depuis des décennies » par Les Cahiers du cinéma et de « navet certifié » par Libération) de voir dans cet attentat la responsabilité de Marine Le Pen :
« Est-ce un hasard vraiment », écrit-il dans une tribune sur le site internet du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), « si cette agression survient au lendemain d’une campagne où l’on a vu une candidate, Mme Le Pen, faire systématiquement huer, dans ses meetings, des noms à consonance juive ? »
Bernard-Henri Lévy est resté très « manipulation de Carpentras ». C’est son époque, celle de son règne. Pourtant il sait parfaitement à quoi s’en tenir. Et tout le monde sait à quoi s’en tenir, à commencer par la police.
Villeurbanne dans la banlieue de Lyon est connue pour son communautarisme exacerbé entre Juifs et musulmans. Au pied des barres d’immeuble, dans les HLM, c’est la guerre palestino-israëlienne.
« En 2012, on a senti une montée en puissance de phénomènes antisémites avec une trentaine de faits en cinq mois dans le département », a rapporté le directeur de la sécurité publique, Albert Doutre.
Le scénario de l’attaque de samedi soir s’est précisé. Les trois jeunes Juifs religieux âgés de 18 ans, portant la kippa et le châle de prière, remontaient vers la synagogue de Beth Menahem, lorsqu’ils ont été insultés par « trois Maghrébins du même âge. Ils ont répliqué avant de continuer leur chemin », raconte Richard Benita, qui dirige la radio juive locale Judaïca et s’est entretenu avec l’entourage des victimes.
Quelques minutes plus tard, les agresseurs, revenus avec cinq personnes en renfort et des barres de fer, ont fondu sur les trois Juifs qui se trouvaient sur une grande avenue. Blessures, plaies ouvertes, hospitalisation, tous ont reçu plusieurs jours d’ITT.
Cette nouvelle agression sauvage n’est pas une énorme surprise. La ville, autrefois tranquille, rassemble près de 18 000 Juifs, pour la plupart des rapatriés d’Afrique du Nord, qui se sont installés près des écoles juives et des synagogues. Mais, depuis quelques années, des incidents racistes de plus en plus significatifs se multiplient. Avec l’installation de « Maghrébins dans les HLM », et « la multiplication de mosquées salafistes » dénoncent certains habitants. Insultes, jets de cailloux et agressions sont fréquents.
L’année dernière, un jeune Juif portant la kippa avait été attaqué dans les mêmes conditions, d’abord insulté, puis roué de coups de barre de fer par un groupe venu épauler l’agresseur.
« On a l’impression que nous ne sommes plus des êtres humains. Qu’on peut nous tuer », hoquette Sarah, qui vit à Villeurbanne et rappelle opportunément l’affaire Merah.
« Les Juifs se sentent exposés à l’extrême violence à tout moment », souligne Sammy Gozlan, qui dirige le Bureau de vigilance contre l’antisémitisme : « L’affaire Merah a créé un sentiment d’impunité, l’idée que l’on peut tout faire aux Juifs », assure cet ancien policier. « On a vu fleurir des tags “Merah nique les Juifs”, des élèves martyriser des camarades de confession juive en invoquant Merah, des groupes Facebook de soutien au tueur. »
Dans les semaines qui ont suivi les assassinats des enfants et du professeur de l’école Ozar Hatorah, il y a eu une notoire augmentation du nombre d’attentats communautaristes. Près de 90 actes « antisémites » ont été recensés par le service de protection de la communauté juive depuis mars.
Selon le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag, la communauté de Villeurbane est en proie à une réelle « nervosité ».
Mardi soir c’est un directeur commercial de confession juive de 28 ans qui s’en est pris à un jeune Maghrébin de 14 ans qui lui aurait tenu des propos antisémites, lui occasionnant trois jours d’interruption totale de travail. Placé en garde à vue pour moins de 24 heures, l’homme sera jugé devant le tribunal correctionnel pour ces violences.
Une trentaine de fonctionnaires de police ont été mobilisés depuis dimanche pour l’enquête de flagrance concernant l’agression du week-end. Le directeur départemental de la sécurité publique, Albert Doutre, a souligné la difficulté à obtenir des témoignages dans le quartier terrorisé, qui fait que deux personnes ont parlé sous X.
Mais tout ça c’est la faute à Marine Le Pen… Le seul responsable politique justement qui promet de « mettre à genoux » l’islam radical en France.
jeudi 7 juin 2012
La valeur sociale du libre choix des pauvres
La libre possibilité pour l’individu de dire non, ou plus
généralement de pouvoir librement choisir la meilleure option parmi
celles qui lui sont proposées, est au cœur du combat contre la pauvreté.
Ce qui fait de nous des hommes c’est que nous devons choisir,
sélectionner entre des possibilités. Non seulement nous devons choisir
mais nous voulons que notre choix compte.
Si le métier que l’on exerce ne nous convient pas on veut pouvoir en changer, si un des professeurs de l’école où nous mettons nos enfants s’avère trop négligeant, ou laxiste ou tout simplement pas assez intéressé par les progrès de ses élèves, nous voudrions pouvoir le dire, faire changer ce professeur ou à défaut changer nos enfants d’école. De même nous voulons pouvoir choisir le chirurgien qui va procéder à une opération.
C’est en ce sens que l’on veut que nos choix comptent afin que, par exemple, celui qui nous offre les produits et services que nous sélectionnons s’engagent sur leur qualité. Bref : pour être bien servi, il faut avoir la possibilité de dire non au service que l’on reçoit.
Or il est coutume de voir cette faculté comme un attribut de richesse. Après tout, pour pouvoir dire non, il faudrait déjà avoir le choix, ce qui implique une certaine opulence.
Un ouvrage remarquable intitulé The Beautiful Tree de James Tooley (dont une excellente recension a été déjà publiée dans Contrepoints) montre que c’est tout le contraire : la libre possibilité pour l’individu de dire non, ou plus généralement de pouvoir librement choisir la meilleure option parmi celles qui lui sont proposées, est au cœur du combat contre la pauvreté.
James Tooley fait comprendre ce message en prenant l’exemple de l’éducation des pauvres dans les pays en développement, exemple qu’il connaît bien puisqu’il a consacré sa vie à enseigner aux enfants les plus pauvres dans le monde entier.
Dans son ouvrage, il montre que la très mauvaise qualité des systèmes d’éducation publique dans les pays en développement provient de ce que les parents n’ont pas le droit à la parole, en tout cas à une parole qui compte, pour s’assurer que les établissements qui prennent en charge leurs enfants fournissent à ces derniers une éducation de qualité.
Loin d’être les lieux exigeants de développement et d’éducation, les établissements scolaires publics ne sont en fait que des lieux où les professeurs de ces écoles, fonctionnaires dont le travail ne peut être remis en cause par la critique des parents, méprisent et délaissent les enfants qui leurs sont confiés.
À quoi sert la gratuité d’un système qui fait perdre du temps aux enfants et qui prodiguent des rudiments d’éducation insuffisants pour permettre aux nouvelles générations de dépasser la situation sociale et économique de leurs parents ?
Mais Tooley va plus loin que de poser cette seule question : il montre comment les pauvres eux-mêmes ont trouvé la solution pour parer cette carence des système éducatifs publics en créant des écoles privées.
Payantes ces écoles imposent donc aux parents de faire des sacrifices pour réussir à faire en sorte que leurs enfants reçoivent une éducation de base qui leur permettra de contribuer et s’insérer dans la société. Mais ces efforts leur donnent concurremment un pouvoir fondamental : le contrôle parental, c’est-à-dire le pouvoir effectif de changer son enfant d’école si un établissement ne convient pas.
Et ce pouvoir compte : les revenus de ces établissements scolaires privés dépendent de façon critique du paiement des parents. L’exigence de rentabilité et la concurrence entre ces écoles privées pour pauvres (elles sont très nombreuses et souvent voisines, ce qui laisse le jeu de la concurrence s’exercer), amènent ces établissements à être effectivement au services des parents et à répondre aux besoins éducatifs de leurs enfants.
Les solutions contre la pauvreté ne sont pas nécessairement gratuites.
D’aucuns dénonceront la soi-disant « immoralité » qu’il y aurait à faire payer les gens les plus pauvres de la terre pour pourvoir à l’éducation de leurs enfants. C’est ainsi que l’une des principales objections aux résultats de Tooley est que les solutions privées, étant par définitions payantes, ne seraient pas « pro poor ».
Il y a probablement plusieurs manières de réfuter cette objection. L’une des plus probantes consiste à se demander si prétendre de connaitre a priori ce qui est de l’intérêt des pauvres (c’est-à-dire ce qui serait « pro poor ») n’est pas le signe d’une extrême arrogance.
À ce sujet, Tooley évoque que les premiers systèmes d’éducation gratuits et obligatoires ont été imposés par la colonisation au nom d’une prétendue connaissance de ce qui était « bon » pour le colonisé. L’expression Beautiful tree (qui a inspiré le titre du livre de Tooley) a d’ailleurs été employée par Gandhi pour décrire le système éducatif privé qui préexistait en Inde à l’arrivée des anglais et qui a ensuite été « déraciné » par les « bonnes » intentions des colons.
Mais allons plus loin et demandons dans quelles conditions une personne peut affirmer qu’elle est au service des intérêts des autres ?
Car est au service d’une autre celui qui cherche à satisfaire les besoins de cette autre personne. L’attitude qui consiste à imposer une solution à cette autre personne n’a rien à voir avec le service de cette personne. On en vient à la dernière vertu du libre choix : c’est qu’il rend à tout moment réfutable la création de valeur proposée par un fournisseur de solution éducative.
Comme Karl Popper l’a montré, c’est la possibilité de réfuter ouvertement les théories scientifiques qui motive le progrès de la science. De même, ce qui motive les progrès de l’offre scolaire, c’est le pouvoir des parents de dire non en retirant leurs enfants pour les mettre dans un autre établissement. Ce pouvoir de réfuter la qualité des efforts d’un fournisseur de prestations éducatives (qu’il soit privé ou public d’ailleurs) est absolument essentiel pour faire en sorte que son offre soit adaptée aux besoins des pauvres… et donc à la sortie de la pauvreté.
Affirmer que l’on est par définition « pro-poor » parce qu’on propose certaines solutions gratuites est une fausse attitude de service. Il serait plus juste de dire qu’on est pro-poor lorsqu’on laisse aux pauvres la liberté de choisir, parmi un grand nombre d’établissements, celui qui convient le mieux à leurs enfants.
Notons que la possibilité même d’existence de tels établissements provient du fait qu’ils ne sont pas gratuits. Souvent créées par des ex-étudiants, qui voient là une opportunité d’utiliser leurs compétences pour être utiles à leur communauté, il faut bien que ces auto-entrepreneurs soient rémunérés (ceci n’empêche d’ailleurs pas que ces mêmes établissements pratiquent très souvent la gratuité pour les plus plus démunis de la communauté qu’il servent [1]). On voit ici le marché acquérir un rôle fondamental dans la découverte et l’évaluation de la valeur sociale d’un service.
Ce qui permettra de débloquer une situation, comme la pauvreté, c’est la compréhension profonde par certains de ceux qui y sont impliqués des mécanismes qui sont à l’origine du blocage de la situation. Seules peuvent ainsi être inventées des solutions originales qui permettent de changer la situation. C’est l’essence même de l‘entrepreneuriat : partir des besoins pour proposer des solutions.
Mais ces solutions pour être validées doivent recueillir le libre consentement de ceux dont elles sont supposées résoudre les problèmes. Dans cette perspective le libre choix fait des pauvres des acteurs à part entière de leur propre développement
On est ici à cent lieues des théories de développement qui prétendent faire croire qu’un système qui exclut la personne comme pouvant jouer un rôle central dans son émancipation lui donnera plus tard les moyens de la réaliser (ce qui constitue une variante de l’argument classique de la dictature du prolétariat).
Affirmons le contraire : l’émancipation commence au moment où l’on considère la personne pauvre comme un des agents principaux (pas nécessairement le seul bien entendu) de son propre développement — au sens où son avis compte, où ses décisions peuvent être exercées à travers des choix individuels (et pas seulement des choix collectifs) dont il est ultimement le responsable. Elle se termine, ou ne commence toujours jamais, quand le pauvre n’est plus vu comme un sujet responsable mais seulement comme un objet d’assistance.
Le libre choix du pauvre est un ingrédient absolument obligatoire de sortie de la pauvreté.
—-
Note :
[1] Tooley ne dit pas pourquoi. Il me semble qu’il soit de l’intérêt de l’auto-entrepreneur scolaire que toutes les familles de la communauté mettent leurs enfants dans son école. Voir les enfants d’une famille plus pauvres que la sienne recevoir une bonne éducation est probablement très motivant pour soi-même et consentir aux effort nécessaires pour que ses enfants y aillent également. Ceci n’est qu’une pure conjecture.
Pulvar vs 24heuresactu : la main du pouvoir socialiste ?
24heuresactu, petit webzine de droite, ferait-il peur au pouvoir
socialiste ? La gauche veut-elle se venger des polémiques que nous avons
sorti au cours de la campagne et que la presse officielle s’efforçait
de taire ? Peut-être, tout simplement, le gouvernement souhaite-t-il
nous faire passer un message : les temps ont changé et votre liberté de
ton ne sera plus tolérée ? Toujours est-il que nous avons compris la
leçon : nous devons entrer en résistance contre un État PS qui dispose
de tous les leviers du pouvoir politique et médiatique et qui ne répugne
à aucun excès pour écarter ceux qui le dérange.Audrey Pulvar, compagne de l’un des ministres emblématiques du gouvernement Ayrault, est certes en droit de nous attaquer devant la justice pénale si ça lui chante ! En revanche, au nom de la « République exemplaire » que les socialistes (et Arnaud Montebourg en tête) prêchent à longueur de journée, il serait peut-être utile de comprendre comment une procédure judiciaire si insignifiante peut être menée avec un tel empressement par la justice française quand on connait les lenteurs désespérantes de notre système judiciaire… pour ceux qui n’ont pas la chance de connaitre un ministre.
Si l’empressement de la Justice à boucler ce dossier est objectivement surprenante, deux raisons possibles (et possiblement complémentaires) peuvent toutefois la justifier : soit le zèle d’un parquetier voulant complaire au nouveau pouvoir (devons nous rappeler que l’indépendance de la Justice est un doux rêve en France dans la mesure où les membres du parquet dépendent du ministre de la Justice pour leur avancement) ; soit une volonté politique d’entraver la liberté d’expression de l’un des rares sites qui ne soit pas acquis à l’idéologie socialiste.
Et pourquoi pas donc un petit cocktail des deux. De discrètes consignes pour que l’enquête soit rondement menée et pour que les empêcheurs de penser en rond de 24heuresactu prennent en pleine poire la pression judiciaire. De l’intimidation ? Peut-être. Un message ? Certainement.
Mais permettez, mesdames et messieurs les censeurs socialistes, que l’on vous explique l’interprétation que l’on compte faire de votre message policier : non seulement nous n’abdiquerons pas face à vos pressions et menaces, mais nous allons décupler nos efforts et faire de ce site, que nous animions au gré de nos envies et de notre temps libre, une plateforme de combat pour lutter contre votre toute-puissance politique, médiatique et judiciaire.
















