dimanche 21 septembre 2014
Denis Tillinac : le réveil du peuple de droite
jeudi 12 décembre 2013
Prises d’otages
dimanche 8 septembre 2013
Vu de ma fenêtre: NKM, une chance pour Paris
dimanche 14 juillet 2013
Les mots pour le dire
dimanche 4 novembre 2012
Misère de l’intelligence
La condition de porte-parole du gouvernement est ingrate par les
temps qui courent. La jolie dame commise à ce sacerdoce s’évade
quelquefois de la langue de bois rituelle pour émettre des propositions
pittoresques. Ainsi a-t-elle souhaité abolir la prostitution, rien de
moins.
Le voeu demeura pieux, mais l’imagination a gardé sa fertilité. À
preuve cette suggestion de signaler dans les manuels scolaires les
orientations sexuelles de nos personnages historiques. Il fallait y
penser. Des générations de potaches ont végété dans le pire
obscurantisme, ignorant si Vercingétorix était homo, Jeanne-d’Arc
lesbienne, Ronsard bi, Voltaire trans. Je mesure par le fait le puits
sans fond de ma propre inculture : j’ai lu nos classiques, et un peu nos
modernes, sans savoir à quelles sauces mes écrivains de prédilection
accommodaient leurs batifolages. L’ingénieuse ministre a cru devoir
citer deux exemples d’auteurs qu’on ne saurait apprécier sans connaître
les labyrinthes de leur sexualité : Verlaine et Rimbaud.
Trêve de c…ies ! Ce qui mérite d’être retenu, après cette ineptie ubuesque, c’est l’atonie du système médiatique. Journalistes et chroniqueurs auraient dû faire résonner un énorme rire rabelaisien. Or ils sont restés cois, comme s’ils ne savaient plus apprécier la différence entre une proposition politique “normale” et une vanne d’Alphonse Allais.
Supposons que la ministre persévère dans son étrange velléité pédagogique, et prenne le temps d’apprendre le rudiment de l’histoire de France. Elle risque d’être déçue en découvrant que l’écrasante majorité de nos héros, de nos grands écrivains, de nos grands hommes d’État et de nos grandes amoureuses fut irrécusablement hétéro. Elle pourra toujours rétorquer que certains refoulaient leur homosexualité pour n’être pas stigmatisés. Nul ne connaîtra ce sort à l’avenir car la même ministre, dont les neurones ne prennent jamais de repos, suggère que la politique du gouvernement soit communiquée aux citoyens, à part égale, par des hétéros et des homos. Ainsi la verra-t-on sur les écrans coprésenter au peuple français les initiatives de Hollande, Ayrault et consorts, avec un homo breveté. Beau si possible, pour qu’ils fassent la paire. Selon cette logique – si l’on peut dire – , elle devrait exiger une nouvelle “avancée” de la parité : chaque ministre serait flanqué d’un alter ego venu de l’autre rive sexuelle. Un homo, une hétéro ; une homo, un hétéro : enfin, la France incarnerait pour de bon ce paradis de l’égalitarisme intégral dont osaient à peine rêver Robespierre, Marat, Saint-Just, Lénine, Castro, Pol Pot et même Mengistu. Peut-être parce que ces apôtres de la table rase étaient hétéros. Ou du moins croyaient l’être.
Soit Mme Najat Vallaud-Belkacem tâche d’amuser la galerie avec du “sociétal”, à l’injonction de sa hiérarchie, pour escamoter de mauvaises nouvelles sur le front économique. Auquel cas elle s’acquitte d’un job moralement discutable. Soit elle croit à ce qu’elle nous raconte, et c’est un triste symptôme d’une intelligence dévoyée par sa soumission à l’air du temps. Beaucoup d’homos commencent à s’aviser qu’ils sont otages d’un parti pris d’indifférenciation. Ils perçoivent la manip d’une sollicitude qui les enrôle en vue de promouvoir une société où aucune norme n’aura plus droit de cité. Aucune frontière, dirait Régis Debray. Une société dont l’unique credo sera la morne équivalence de tout et de rien. Un androgynat au ras des pâquerettes, gris comme un ciel de novembre. Moins qu’une société : un agrégat informe d’individus sans domiciliation affective, spirituelle, esthétique. À la limite : sans désir et sans prochain. On n’est pas très pressé de choir dans cet enfer.
jeudi 25 octobre 2012
Rompre pour rompre
Longeant
l’autre soir la Seine à hauteur des Invalides, je tournai comme
d’habitude mon regard vers ce joyau du classicisme français. Trois
objets volumineux d’une laideur ostentatoire s’exhibaient devant
l’esplanade : une sorte de King Kong d’un rouge agressif, un bouquet
d’asperges aux pointes barbouillées de fluo et une voiture dont la clé,
plus grande que le véhicule, s’étalait à même le sol.
Les mânes de Napoléon ont dû trouver la plaisanterie saumâtre. Il
s’agissait de cet “art contemporain” qui s’expose à la Fiac et dont se
gargarisent les gogos branchés. Qu’est-ce que l’“art contemporain” ? La
mise en forme d’une notion, d’une provocation, d’une dérision, d’une
malice, d’un paradoxe. Les objets ainsi “créés” relèvent d’une
subjectivité totale, n’ont entre eux aucune parenté et n’entretiennent
pas le moindre lien avec l’histoire de l’art occidental, fût-ce avec
ses ultimes avatars, Pollock, De Kooning, Niemeyer, Rothko, de Staël,
Brancusi. Des objets isolés donc, arbitraires et improbables, qui
peuvent faire sourire ou grincer des dents, mais ne rendent aucun écho à
l’héritage fastueux qui a modelé les contours de notre esthétique. Ce
n’est pas forcément méprisable, ça reflète sûrement un état de la
psyché contemporaine.
On a le droit de la trouver mal en point, et de préférer aller voir
Hopper au Grand Palais ou l’expo de Raphaël au Louvre. On a le droit de
récuser le mythe “moderne” selon lequel toute expression artistique
est acte de rupture.
Les grands créateurs occidentaux ont inscrit leur indéniable dissidence sur une trame esthétique.
Tous, même Van Gogh ou Gauguin. Même Picasso. La remarque vaut pour
les poètes (Hölderlin, Whitman, Rimbaud), les philosophes (Nietzsche,
Lichtenberg, Heidegger), les musiciens (Wagner, Mahler). La rupture n’a
de sens qu’en référence à ce qu’elle désavoue, partiellement ou
radicalement. Or, tout ayant été broyé dans la matrice d’une course à
l’audace de plus en plus infanile et insignifiante, la notion même
d’acte esthétique agonise. Rideau sur l’histoire de l’art. Reste un
marché, florissant, semble-t-il. Tant mieux pour les spéculateurs,
exemptés de l’ISF par les socialistes. Reste aussi, grâce au ciel, un
patrimoine qui ne demande qu’à réenchanter les âmes orphelines.
Il faut un comble de maladresse pour blesser conjointement les gaullistes et les pieds-noirs. Ce
comble, Hollande l’a dépassé avec cet accès de repentance vis-à-vis
des Algériens qui, sur le sol français, en pleine guerre et en toute
illégalité, ont manifesté à l’injonction du FLN. Quoi qu’on pense de
cette guerre, et sans nier la violence de la répression policière, on
n’a pas le droit d’oublier que des appelés français étaient alors au feu
face aux soldats du FLN. Cette seule circonstance aurait justifié que
Hollande s’abstînt d’un mea culpa sur le dos de la France. Mitterrand,
dont il revendique l’héritage, ne s’y serait pas risqué. Il est vrai
qu’en matière de répression anti-FLN, son bilan de ministre de
l’Intérieur fut éloquent. Soyons équitables : Hollande n’a pas inventé
cette manie de débusquer dans notre histoire nationale de quoi nous
disqualifier moralement. Il ne fait qu’en rajouter une couche. Une de
trop. Avec quoi riment ces postures peccamineuses ? Pourquoi cette pente
à rabâcher aux Français que leur pays fut esclavagiste au XVIIIe
siècle, colonialiste au XIXe, collabo en 1940 et tortionnaire en Algérie
?
Aucun peuple ne peut tolérer longtemps d’être ainsi dévalué par ses
élites politiques ou intellectuelles. De ces salissures infligées à la
mémoire collective, il ne peut résulter au mieux qu’un dégoût, au pire
une colère dont feront les frais les fourriers d’un nihilisme
insupportable. On ne voit pas d’autre mot pour qualifier cette
entreprise de démoralisation au long cours, en une période où le
patriotisme aurait besoin de bon grain à moudre et non d’ivraie. En tant
que Français “normal”, coupable de rien et banalement amoureux de mon
pays, j’en ai ma claque des repentances publiques, des lois dites
mémorielles, des surenchères dans la victimisation. Du temps où la
gauche avait du coeur au ventre, ses “hussards noirs” exaltaient la
fierté d’être français et forgeaient une mythologie ad hoc. Avec sa
façon sado-maso d’entretenir la honte de soi, la gauche contemporaine
envoie par le fond le meilleur de son propre héritage.
vendredi 5 octobre 2012
Terrorisme sémantique
Anne Hidalgo, premier adjoint au maire de Paris, a décrété
clairement et publiquement une complicité de Marine Le Pen et de son
parti avec les nazis qui occupèrent la France, trente ans avant la
création du FN. Encore un symptôme, grossier en l’occurrence, de cette
manie insane de manipuler l’Histoire aux fins de néantiser l’autre.
Les nazis en usèrent en leur temps – et on ne saurait trop
conseiller à Mme Hidalgo de consulter des textes de leur propagande.
Elle s’aviserait peut-être que la gauche française perçoit les gens du
FN à peu près comme les nazis définissaient les juifs : des êtres a priori moralement
inférieurs. Une analyse sémantique circonstanciée prouverait que la
démonologie médiévale s’est recyclée dans le patois médiatico-politique
contemporain pour clouer le FN au pilori d’un manichéisme infantile. On
imagine l’élan de solidarité de la classe politique, gauche et droite
confondues, si un cinglé s’était risqué à présumer une connivence de
Mme Hidalgo avec l’hitlérisme ou ses fondés de pouvoir. On peut
regretter par le fait que l’honneur de Mme Le Pen, qui a porté plainte,
n’ait été défendu par personne. Qu’à ses débuts le parti fondé par Le
Pen ait recyclé des nostalgiques du pétainisme, c’est un fait. Il y en
eut aussi dans le RPF de De Gaulle, et pareillement à la SFIO.
Mais Mme Hidalgo n’a cure des réalités historiques, à supposer
qu’elle en connaisse les rudiments ; son amalgame grotesque vise à
dénier à Marine Le Pen toute dignité, pour ne pas dire toute humanité,
en sorte que chacun de ses propos soit tenu pour injustifiable par
principe. Ainsi fonctionne la pensée totalitaire, et aussi celle des
paranoïas dans les maisons de santé ad hoc. Ça fait un peu froid
dans le dos, s’agissant d’une dame qui peut-être sera un jour maire de
Paris. Je n’ai jamais voté pour le FN, qui de père en fille a servi
sans désemparer la soupe au PS. Mes différends avec ce parti sont
nombreux, certains portant sur la forme, d’autres sur le fond. Mais je
ne puis accepter qu’un pharisaïsme haineux affecte à ses dirigeants et
ses militants un coefficient moral négatif. Je les considère comme des
adversaires politiques “normaux”, pas comme des bannis ou des
hors-castes. Question de probité… morale élémentaire. Si le FN est
“antirépublicain”, comme l’a affirmé Mme Hidalgo, qu’on l’interdise !
Encore faudra-t-il que l’on sache qui mérite le brevet de
républicanisme, qui ne saurait y prétendre, et en vertu de quoi. Nul ne
se hasarde à expliciter le distinguo, et pour cause.
Si j’avais un reproche à adresser à Mme Le Pen, ce serait
plutôt d’en rajouter dans un anticléricalisme évocateur des débuts de
la IIIe République avec son dégagement contre les signes religieux dans
“l’espace public”. En poussant aussi loin le bouchon d’un laïcisme
passablement rétro, elle rejoint une fois de plus Mélenchon et mon fond
religieux s’insurge ; je ne souhaite pas que la piété soit mise au
rancart, sous réserve évidemment qu’elle ne soit pas manipulée par des
candidats au terrorisme.
Comme on le voit, je suis en désaccord avec Mme Le Pen sur la
nature de la menace – réelle – que fait peser sur la France l’ampleur
des flux migratoires et l’acculturation subséquente de plusieurs
millions de Français. Pour autant, je ne la juge pas moins
“républicaine” que Mme Hidalgo. Pas moins respectable. La diabolisation
de son parti ne serait que l’octroi gratis d’une bonne conscience aux
gogos s’il ne rémunérait en outre un cynisme récurrent depuis feu le
régime de Mitterrand. C’est pourquoi il serait sain – et moralement
souhaitable – que l’on en finisse avec cette triche.
jeudi 7 juin 2012
vendredi 18 mai 2012
C’était étrange de voir ce 6 mai, à la télévision, la place de la cathédrale de Tulle où j’ai vécu les années Mitterrand et Chirac. Les samedis matin, jours de marché, Hollande y distribuait des tracts avec des militants de son parti.
Il m’arrivait d’aller le saluer. Comment aurais-je imaginé qu’il y prononcerait sa première allocution de président, sous les vivats d’une foule en liesse ? Songeait-il vraiment à un éventuel destin national lorsque, au printemps 1995, il fut battu à Tulle par mon ami Aubert aux municipales après avoir été battu par le même en 1993 aux législatives ? Y songeait-il même au soir du second tour de la présidentielle de 2007 ? Il marchait dans une rue, toujours à Tulle, seul, et semblait à ce point désemparé que j’étais descendu de voiture pour aller le saluer. J’ignorais les aléas de sa vie privée ; je savais juste, comme tout le monde, qu’il avait mal vécu la campagne de Ségolène Royal, et que les ténors du PS ne le prenaient pas au sérieux.
Il s’est accroché, la chance lui a souri, et voilà que les journalistes parisiens redécouvrent la Corrèze dans son sillage. Oui, c’était étrange pour moi qui ai vécu dans l’euphorie l’élection de Chirac d’assister sans joie à celle de Hollande. Sans joie car, vraiment, je n’ai pas d’atomes crochus avec la gauche française et je suis convaincu qu’un second quinquennat de Sarkozy eût été à tous égards salutaire. Mais je ne nierai pas pour autant une certaine sympathie pour la personne de Hollande, ainsi qu’un rien de gloriole corrézienne. Queuille, Charbonnel, Chirac, Hollande : nos arpents de verdure ne sont pas infertiles. À vrai dire les liens de Chirac avec la Corrèze étaient plus charnels que ceux de Hollande : il l’incarnait, tandis que Hollande lui restitue son identité de terre de gauche. Les amis ussellois de l’un ne ressemblent pas tout à fait aux camarades tullistes de l’autre. Question d’histoire-géo, et de tempérament aussi. Chirac séduisait par son rythme et sa gestuelle, c’était physique ; Hollande emporte l’adhésion à la longue par son humour et son sens de l’esquive. Chirac “sabrait au clair” ; Hollande lâche ses coups avec une fausse désinvolture. Chirac était cordial ; Hollande est jovial, nuancé.
Hollande donc est président. Tant mieux pour la Corrèze. Mais gouvernera-t-il ou régnera-t-il ? La question mérite d’être posée. Saura-t-il mettre au pas Aubry, Fabius, Delanoë et Montebourg, qui l’ont beaucoup et ouvertement pris pour un cave ? Saura-t-il rabattre les caquets de Joly, Duflot, Mélenchon et autres idéologues, lui qui n’a jamais caché sa faible inclination pour les avatars du gauchisme soixante-huitard ? Saura-t-il convertir les chefs syndicaux au principe de réalité ? Gouverner, c’est tailler dans le vif, et marginaliser la concurrence interne en sorte que ses aigreurs ne puissent faire tache d’huile. En Corrèze comme à la tête du PS, il a donné l’impression de temporiser en souslouant les places aux factions, aux courants, aux seconds couteaux. Saura-t-il tenir des positions quand le consensus s’avérera impossible ? L’art des conciliations est précieux ; encore doit-on savoir trancher, et il y faut une autorité qui peut-être fait défaut à François Hollande. Peut-être pas. On verra à l’usage s’il a la trempe d’un Mitterrand ou les limites d’un Auriol.
Quel réconfort de retrouver à Orléans la France immémoriale après cette séquence électorale où fatalement elle a caricaturé ses travers ! La ville célébrait sa libération par Jeanne d’Arc, en même temps que le six centième anniversaire de la naissance de celle-ci, et son maire, Serge Grouard, m’avait convié, en qualité d’ancien et éphémère “président” de ces fêtes. La symbolique des cérémonies (passation de l’étendard, messe en la cathédrale Sainte-Croix célébrée par le nonce apostolique, défilé militaire, hommage des provinces, etc.) réconcilie miraculeusement l’Église, l’État et son armée, la foi des uns, la laïcité sourcilleuse des autres et le patriotisme de tous à l’enseigne de Péguy. La Jeanne live du cru 2012 se prénomme Pauline ; la “mienne”, celle de l’an 2009, Agnès, était là parmi ses devancières. Cette ronde de la mémoire, ce défi aux trivialités de l’immanence, cette réincarnation d’une sainte de vitrail sous les dehors d’une jeune fille sagement “moderne”, ce peuple orléanais communiant comme chaque printemps détage, c’est en version presque intégrale la France que j’aime.













