TOUT EST DIT

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jeudi 4 août 2011

La crise engendre aussi quelques paradoxes

Résistance de l'euro en pleine crise de la dette européenne, deux poids deux mesures des agences de notation, ruée vers le yen -devise du pays le plus endetté au monde-, la crise qui frappe l'économie mondiale met aussi en lumière quelques paradoxes.
L'euro résiste face au dollar en pleine crise de la dette européenne
Pourquoi la monnaie européenne résiste et tend même à s'apprécier face au billet vert ? La Grèce est pourtant quasiment en situation de défaut de paiement, le Portugal, l'Espagne ou l'Italie empruntent à des niveaux inédits sur les marchés.


La bonne tenue de l'euro s'explique car le dollar n'a jamais été aussi peu attractif aux yeux des investisseurs. La croissance des Etats-Unis a nettement ralenti pendant l'hiver et les analystes craignent une récession au second semestre.
Par ailleurs, les programmes d'assouplissement monétaire mis en place par la Réserve fédérale américaine depuis 2008 ont fragilisé le billet vert en faisant tourner la planche à billet.
Fort par rapport au dollar, l'euro résiste toutefois mal face au yen ou au franc suisse, deux valeurs refuge.
Les agences de notation: deux poids deux mesures ?
Pourquoi Moody's, Standard and Poor's et Fitch concentrent leur pression sur certains pays de la zone euro alors que d'autres Etats sont tout autant voire davantage endettés ? La Grèce est considérée comme le pays le moins fiable de la planète, si l'on en croit la liste des pays notés par Standard and Poor's, avec une dette qui représente 152% du PIB du pays. La Jamaïque est en revanche beaucoup mieux notée alors que la dette de l'île atteint 137% de son PIB.
Accusées de laxisme après la crise des "subprimes", les agences se veulent sévères envers la zone euro, d'autant que l'hypothèse d'un défaut de paiement de l'un de ses membres, la Grèce, n'est plus exclue. Or, s'il intervient, les créanciers privés d'Athènes subiront de fortes pertes, ce qui a obligé les agences à dégrader fortement la note de la Grèce.
De nombreux experts critiquent aussi le rôle de "pompiers pyromanes" des agences. Ainsi, si l'une d'entre elles était amenée à dégrader la note de l'Italie parce que celle-ci a de plus en plus de mal à emprunter sur les marchés, les investisseurs vont s'affoler et les taux d'emprunts s'envoler encore davantage pour Rome.
Une ruée vers le yen
Pourquoi les investisseurs plébiscitent tant la devise du pays le plus endetté au monde ? La monnaie nippone approche de son plus haut niveau face au dollar depuis 1945, une flambée totalement déconnectée des fondamentaux économiques du Japon assez peu reluisants.
Le yen a toujours bénéficié de son rôle de valeur refuge, surtout en période de dégradation économique. En effet, même si l'endettement du pays est le plus élevé au monde, atteignant 252% du PIB, il est en très grande partie financé par l'épargne des Japonais.
Le cours du yen menace le redémarrage de l'économie de l'archipel, déjà en convalescence depuis le seisme du 11 mars, faisant perdre beaucoup d?argent aux exportateurs japonais comme ceux du secteur automobile.
Pour tenter d'affaiblir sa monnaie, le gouvernement est intervenu jeudi directement sur les marchés, pour la première fois depuis septembre 2010, mais cette action conduite unilatéralement devrait avoir un effet limité aux yeux des experts.
Politique d'austérité et croissance atone: un cocktail explosif
Au moment où la croissance semble ralentir des deux côtés de l'Atlantique, les gouvernements des Etats-Unis et des Etats de la zone euro sont engagés dans des politiques d'austérité, peu propices à la relance de l'activité économique.
Mais leur dette a explosé et ils sont sous la surveillance étroite des marchés, et des agences de notation, qui réclament une réduction des déficits. Faute de relance de la croissance par la dépense publique, les Etats voient leur marge de manoeuvre se réduire comme une peau de chagrin.

Des montagnes russes à la roulette russe

Les montagnes russes sont le manège préféré des marchés financiers. Après le sauvetage de la Grèce, ils sautent au déficit des USA, puis replongent sur la zone euro et les finances italiennes et espagnoles… Avec à chaque fois, un court yoyo des bourses, optimistes puis en recul, histoire d'encaisser quelques bénéfices… Et chaque nouvel indicateur économique, négatif, d'emploi, de consommation, de croissance, provoque un nouveau soubresaut. Une instabilité qui rend fou, puisque chaque hoquet des agences de notation malmène les finances des états, qui dépensent des centaines de milliards pour se défendre ou lancent des plans de rigueur. Et ils se font ensuite malmener car soit trop dépensiers, soit en récession. La peur s'auto-alimente. Les signaux négatifs des dettes publiques et la menace d'une dégradation de note et d'une hausse de taux d'intérêt rendant le remboursement plus onéreux appellent des plans de rigueur et la frilosité des investisseurs, inquiets, alimentant la récession. Suivent une baisse de la consommation, puis de la production et des échanges mondiaux et des crises sociales, pouvant se propager d'Occident en Orient. Ce scénario à la grecque est pourtant totalement contraire aux intérêts même des marchés. Un jeu de roulette russe que seules des décisions politiques fortes, instaurant de vrais outils de régulation, notamment via la Banque centrale européenne, peuvent encore empêcher. Et si la volonté manque encore, il ne semble pourtant pas qu'on puisse attendre le prochain sommet du G20 à Cannes, en novembre, pour réagir et montrer leurs limites aux marchés.

L’asile en Europe reste un mirage

Encore récemment, 25 migrants sont morts asphyxiés dans la cale du bateau qui les conduisait en Italie. Ce nouvel épisode du drame qui se joue depuis des décennies au sud de l’Europe fait partie d'une stratégie de dissuasion mise en place pour lutter contre l’immigration, estime un éditorialiste allemand. 

La mer Méditerranée est un cimetière. On y dénombre déjà 1 820 morts depuis le début de l’année : des réfugiés qui avaient pris le bateau pour l’Europe. Ils sont morts de soif au-dessus des flots, se sont noyés en haute mer ou au large de Lampedusa, victimes d’une politique glaçante des pays européens envers les réfugiés politiques.
L’île de Lampedusa est comme un radeau de sauvetage pour les réfugiés qui traversent la mer Méditerranée. Rares sont ceux qui l’atteignent mais ceux qui y parviennent ne s’en trouvent pas mieux puisqu’ils n’y restent pas. La plupart sont immédiatement renvoyés là d’où ils viennent.
La politique de rapatriement est sans doute ce qui fonctionne le mieux dans la politique européenne envers les réfugiés. Quand ils peuvent reconduire les anciens accords avec les nouveaux gouvernements d'Afrique du Nord, les ministres européens de l’Intérieur et des Affaires étrangères sont ravis. "Loin des yeux, loin du cœur", telle est la maxime de ces accords de reconduite.
On dépense beaucoup d’argent pour faire arriver le droit d’asile dans les pays d’où partent les réfugiés, et l’on ne s’intéresse guère au sort de ceux qui se retrouvent ainsi laissés-pour-compte. Nous nous en lavons les mains, comme Ponce Pilate.

L'Europe protège ses frontières, pas les réfugiés

L’Europe protège ses frontières mais pas les réfugiés. Ces morts sont victimes de non-assistance à personne en danger. Vingt-cinq jeunes hommes viennent de mourir étouffés par des gaz d’échappement dans la cale d’un bateau qui devait les emmener de Libye en Italie. Les morts de réfugiés sont devenues une routine inquiétante. On en parle comme de destins auxquels on ne pourrait rien changer. L'Europe prend le sort de ces réfugiés en mer Méditerranée – que les Romains appelaient Mare Nostrum – comme une fatalité de crainte d’en attirer davantage en leur prodiguant de l’aide. L’assistance serait comme une incitation à l’exil.
Voilà pourquoi aucun bateau de secours maritime ne vient en aide aux migrants, et pourquoi il n’existe aucun programme européen d’aide et d’accueil aux réfugiés. La mort de ces réfugiés fait partie, qu'on le veuille ou non, de la stratégie de dissuasion mise en place par l’Europe.
Frontex, l'agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures, est chargée d’intercepter les réfugiés, pas de les aider. La multiplication des contrôles de l’agence dans les airs et sur terre oblige les réfugiés à prendre toujours plus de risques. Le texte des conventions de Genève sur les réfugiés, vieux de 60 ans, est fragile. L'engagement de l’Union européenne à constituer un espace de libertés, de droit et de sécurité ne vaut que pour les citoyens européens.

Un nouveau rideau de fer

Lorsque l’association allemande d’aide aux réfugiés, Pro Asyl, fut fondée il y a 25 ans, la plupart des migrants venaient d’Europe de l’Est. Fuyant les dictatures socialistes ou la guerre dans l’ancienne Yougoslavie, ils demandaient asile en Allemagne. L’arrivée de ces réfugiés était le signe annonciateur de la chute du bloc soviétique, explique Jürgen Micksch, président de Pro Asyl. Il en va de même pour les réfugiés actuels. Ces candidats à l’exil sont le signe avant-coureur de bouleversements politiques, sociaux et culturels dans les pays du sud de la Méditerranée. Mais les pays européens continuent de se comporter de la même manière avec ces Etats, aussi bien pendant qu’après les bouleversements.
De premières négociations ont été menées avec les insurgés afin de les inciter à signer des accords de rapatriement. Est-ce là le plus urgent pour les démocraties européennes ? Est-ce là l’image que le printemps arabe devra retenir de l’UE : la démocratie européenne comme grande organisation exclusive et se suffisant à elle-même ?
Les bateaux de réfugiés aujourd’hui quotidiens en Méditerranée ont fait leur apparition il y a vingt ans exactement : en août 1991, les premiers réfugiés albanais arrivaient par bateau dans le sud de l’Italie. Pourchassés par les soldats dans les rues de Bari, ils étaient enfermés dans des stades où ils ne recevaient ni à boire ni à manger, pas même les femmes et les enfants. C’était la panique. Les soldats devaient patrouiller en mer Adriatique pour intercepter des réfugiés encore dans l’eau. A l’époque, cela passait pour une absurdité. Aujourd’hui, c’est devenu une stratégie européenne.
L’Europe doit arrêter d’essayer de construire un nouveau rideau de fer. Elle doit de nouveau protéger les persécutés et offrir une chance aux immigrés. L’Europe sans humanité n’est plus l’Europe.

Vote sur la dette, le djihad du Tea Party

Avec l'accord sur les coupes budgétaires qu'ils ont imposé à la Maison-Blanche, les républicains jouent contre l'Amérique, qu'ils vont contraindre à se brider jusqu'aux élections de 2012.

En 2008, dans les mois qui ont suivi son élection, Obama avait dit qu'il ressemblait probablement à un test de Rorschach. Cet exercice très prisé des psys, dans lequel le patient interprète librement, à sa manière, selon ce qu'il ressent ou perçoit, le pâté laissé par une tache d'encre sur une feuille de papier blanc. Rarement la métaphore aura été aussi justifiée, après une séquence au cours de laquelle le président des États-Unis vient, sur le fil du rasoir, de sauver son budget et d'éviter à son pays d'être déclaré en faillite. Car au lendemain de cette date butoir fatidique du 2 août, selon que l'on soit républicain ou démocrate, financier ou industriel, que l'on appartienne aux classes les plus aisées ou à la petite et moyenne bourgeoisie, on pense qu'Obama a cédé sur l'essentiel. Et qu'il a dû rengainer ses idées trop étatiques ou qu'il a piégé les républicains et empêché les idées anarcho-libérales du Tea Party de bloquer le programme social sur lequel il a été élu.
Bien sûr, cette bataille au couteau entre une Chambre des représentants à majorité républicaine et un Sénat à la tripe démocrate a donné un aperçu de ce que sera la campagne présidentielle de 2012. Mais est-ce cela, cette empoignade très politicienne, qui compte vraiment ? Ce qui importe pour l'Amérique et compte tenu de sa puissance et de son influence sur l'économie mondiale, c'est de savoir si les coupes dans les dépenses décidées par l'accord entre le Congrès et la Maison-Blanche - toutes les dépenses y compris militaires - ne vont pas affecter une croissance déjà bien atone : 0,8 % au premier semestre.
Idéologie suicidaire
Dans un éditorial du New York Times, Joe Nocera, citant un expert d'une firme d'investissement, explique qu'en économie "c'est comme dans un problème de fractions, il y a un numérateur et un dénominateur". Le numérateur, c'est la dette, le dénominateur, c'est la croissance. "Le problème, ajoute-t-il, c'est que nous avons augmenté sans cesse le numérateur et empêché le dénominateur de suivre. Il aurait fallu beaucoup de croissance pour diminuer la dette. Les mesures décidées cette semaine ne vont pas favoriser le PNB. Et donc doper le dénominateur."
En fait, ce sont les Bourses qui, comme souvent aux États-Unis, ont donné la vraie mesure de ce qui s'est passé cette semaine, et que le monde entier salue avec un assez lâche soulagement. Or, elles étaient largement orientées à la baisse. Le verre est donc plutôt à moitié vide qu'à moitié plein. Car même s'ils n'ont pas complètement réussi leur pari, les républicains, qui endossent de plus en plus les idées radicales du Tea Party, ont réussi leur coup : pour résorber la dette, ce ne sont pas les impôts des plus fortunés qui vont augmenter, comme il était prévu qu'ils le soient, ce sont les dépenses sociales, notamment pour les classes moyennes, qui vont être amputées. Un commentateur va même jusqu'à comparer le travail de sape qui a failli ruiner la confiance que le monde entier a dans la puissance américaine à une nouvelle forme de djihad. Une guerre sainte lancée cette fois non pas par des fanatiques venus d'ailleurs, mais par de bons Américains dévoyés par une idéologie suicidaire pour les États-Unis.

Pourquoi être attentif ?

On entend souvent des gens dire, pour s'excuser d'une inattention ou d'un oubli : « Désolé, je ne suis pas physionomiste. » Ou bien : « Je n'ai pas de mémoire. » Comme si cela suffisait. En réalité, bien souvent ces gens manquent tout simplement d'attention. À l'opposé, on rencontre des personnes qui, plusieurs mois, plusieurs années après, se souviennent de vous ou d'un événement, d'un nom, de détails étonnants, non parce qu'ils ont des capacités, des mémoires exceptionnelles, mais simplement parce qu'ils font attention.

Ce sont les mêmes qui se montrent curieux de l'évolution du monde. Ils montrent ainsi une prédisposition à la connaissance scientifique, qui commence par un regard étonné et patient. Sauf handicap particulier, la mémoire est largement une affaire d'attention, de concentration, d'intérêt « porté à »...De même, d'ailleurs, que l'intelligence se révèle être autant une affaire de volonté et de courage de penser, qu'un don inné. Elle est une prise de risque devant laquelle beaucoup reculent.

Plus qu'une attitude, l'attention constitue une orientation de l'existence. Ce qui n'est pas soi-même prend une place particulière, « primordiale » estime le philosophe Lévinas, pour qui tout commence par le « après vous », dit au passage d'une porte. Faire attention suppose un minimum de concentration sur l'objet d'étude ou la personne présente, à l'opposé de la dissipation-dispersion dans un brouillard où plus rien n'existe vraiment que le « moi ». Le « fais donc attention » des parents est valable aussi bien pour le savoir que dans la relation à autrui où l'on se plaindra volontiers des « manques d'attention ».

Mais comment être attentionné si l'on ne commence pas par être attentif ? Tout le travail d'une vie consiste à l'orienter comme le tournesol dans la bonne direction, ainsi nous devenons accessibles, vulnérables, capables d'être touchés par l'autre.

Le temps des vacances est propice aux exercices d'attention, comme il y a des « exercices d'admiration ». Et tout commence dans la relation par le regard qui fait vivre. J'ai été témoin du ravissement d'une personne disant de son père : « Il m'a considérée ! », au sens d'« envisagée ». Ensuite, vient l'écoute, cette écoute tellement en souffrance aujourd'hui. On parle, on se parle beaucoup et l'on s'écoute si peu, chacun suivant son monologue dans un pseudo-échange où l'autre tient souvent lieu de simple miroir et de faire-valoir. Apprendre à se taire devrait être l'une des premières maximes de l'éducation. Comme le disait Cocteau à propos d'Anna de Noailles : « Ah, si elle pouvait enfin se taire, que je puisse enfin commencer à l'écouter ! ». L'attention est à ce prix.

Elle constitue à sa manière l'une des plus belles formes de don. Celui qui la pratique se donne à autrui à des degrés divers. Mais elle passe aussi par la demande. Étonnant ? Pas vraiment, car l'une des plus belles manières de prendre au sérieux autrui consiste à lui dire « J'ai besoin de toi », avec en retour pour celui-ci un sentiment de reconnaissance : « S'il a besoin de moi, c'est que je compte à ses yeux. » Avec un double risque, celui du refus et celui de la dette ainsi créée.

Mais n'est-ce pas ce qui constitue la vie sociale ?

Espagne et Italie dans la spirale

Chaque jour qui passe affaiblit davantage les deux pays face aux marchés. Plus financer leur dette coûte cher, moins ils ont de chance de sortir de la crise. Et pour l'heure, nul ne sait comment stopper cette dynamique.
Cette semaine, la flambée des primes de risque espagnole et italienne (celle de l’Espagne a dépassé les 403 points de base par rapport aux taux sur les obligations allemandes et a clôturé au-dessus de 380) a placé les deux pays en situation d’urgence. L’inquiétude politique déclenchée par la punition infligée sans fin par les marchés boursiers et financiers a donné lieu à des consultations entre le chef du gouvernement, José Luiz Rodríguez Zapatero, et les partis de l’opposition, afin d’étudier les scénarios possibles face à la sérieuse détérioration de la solvabilité espagnole, et de conjurer les craintes concernant un éventuel sauvetage de l’Espagne, démenti par Bruxelles.
Les attaques constantes des marchés contre les dettes espagnole et italienne n’augurent rien de bon pour la survie de la zone euro. Celle-ci est en effet pratiquement sans défense, car toujours dépourvue des outils politiques nécessaires pour empêcher la spéculation sur les dettes nationales.
Le diagnostic est posé, mais l’Europe ne résout toujours pas le problème de fond de la crise grecque, et n’offre toujours pas l’image d’une direction économique unique. Pendant ce temps, l’Espagne et l’Italie restent piégées dans la contradiction insoluble qui se présente lors de l’application d’un plan drastique de redressement fiscal. Plus les coupes budgétaires exigées d’un pays sont importantes, plus les perspectives de croissance s’effondrent. Les investisseurs comprennent que sans croissance, les financements accordés ne peuvent être remboursés. Ils augmentent donc le coût de leur refinancement, ce qui restreint encore un peu plus leur activité déjà exsangue. Et ainsi de suite, jusqu’à un inévitable sauvetage.
Le mois d’août s’annonce comme une épreuve difficile pour l’Espagne et l’Italie. Les investisseurs n’ont pas tenu compte des élections anticipées [qui se tiendront en Espagne le 20 novembre] car c’est un élément marginal face aux facteurs économiques mentionnés ci-dessus ainsi que le rachitisme du potentiel de croissance (avec de la chance, le PIB espagnol atteindra 0,7 % de croissance pour cette année), la stagnation de l’économie mondiale (évidente dans le cas des États-Unis) et la gestion politique calamiteuse de la crise en Europe.

La peste ou le choléra

Ni l’Allemagne ni la BCE n’ont finalement pu concrétiser les critères de réforme financière exposés lors du dernier sommet européen. Pendant ce temps, l’Europe se dirige droit vers une crise irréversible. Si l’Italie et l’Espagne, troisième et quatrième économies de la zone euro, devaient demander un plan de sauvetage, le désastre serait total pour la monnaie unique.
La marge de manœuvre du gouvernement espagnol l’oblige à choisir entre la peste et le choléra. Si la prime de risque ne baisse pas, l'augmentation du coût du service de la dette engloutira toute velléité de politique publique. La reprise est déjà difficile avec un différentiel de dette supérieur à 100 points de base ; à 400 points de base d’écart, il est impossible de sortir de la stagnation, de créer des emplois et de faire baisser le chômage de manière significative.


Une réponse orthodoxe (telle que celle suggérée par le FMI) consisterait à présenter à l’Europe et aux marchés des mesures de réduction budgétaire supplémentaires, autour de 2 % du PIB. Mais cette décision aurait des effets sur la croissance équivalents à l’étranglement produit par l’augmentation démesurée des coûts financiers. Cela équivaudrait à renoncer à toute reprise pendant les 5 prochaines années.
Les dés sont jetés. Et face à l’échec des formules les plus orthodoxes, il est nécessaire de chercher de nouvelles voies, passant par une action volontaire et immédiate de la BCE (achat massif de dettes espagnoles et italiennes) et l’acceptation d’une dette européenne se substituant aux dettes nationales.

Zone euro

Le remède ne sera pas disponible de sitôt

Face à la perspective d'une extension de la crise vers l'Espagne, l'Italie et Chypre, "les gouvernements de la zone euro intensifient leurs efforts pour renforcer le plan de sauvetage de 440 milliards d'euros", rapporte le Financial Times. Le 21 juillet, "ils ont convenu de donner au FESF la possibilité de racheter les obligations des gouvernement touchés sur des marchés libres, de leur fournir des lignes de crédit à court terme et des liquidités pour aider à recapitaliser les banques en difficulté". Avec les primes de risque espagnole et italienne en hausse, "la capacité de racheter les obligations espagnoles ou italiennes à des prix dérisoires serait un moyen d'aider à stabiliser les marchés."
"Pourtant, les diplomates et responsables européens ont reconnu que cela prendrait des semaines – voire des mois – avant de pouvoir mettre à profit les nouveaux pouvoirs du FESF", note le FT, qui explique que les responsables de la zone euro accélèrent leur travail pour produire un premier projet. Le texte final devra alors "être signé par les 17 gouvernements de la zone euro, puis subir le processus de ratification qui comprend l'approbation parlementaire dans la plupart de ces pays."

Syrie, silence on massacre…

En Syrie, les chars de Bachar al-Assad vomissent la mort. La ville d’Hama, symbole de la contestation, est le théâtre d’une véritable boucherie. Il y a 20 ans les forces d’Hafez al-Assad, le père de Bachar, avaient déjà fait 10 000 victimes dans cette ville. Le fiston a encore de la marge pour égaler feu papa. Faisons-lui confiance, la répression est une seconde nature dans la famille…

Le régime baasiste agit à l’abri des regards et dans un silence assourdissant, le pays est verrouillé. Seules de rares vidéos transmises par les insurgés secouent de temps à autre les bonnes consciences. Trop peu, la compassion se nourrit d’images…

Depuis que la révolte a éclaté, la communauté internationale montre ses muscles et noircit des communiqués. Les condamnations sont vigoureuses, les coups de menton volontaires, le régime voué aux gémonies et les avoirs à l’étranger du clan au pouvoir menacés de gel. Mais dans le huis clos de l’Onu, l’ambiance se fait bizarrement plus feutrée. On avait connu le Conseil de sécurité plus va-t-en guerre…

Il est vrai que la Syrie n’est pas la Libye et Bachar moins seul que Mouammar. La Russie, la Chine et l’Iran chouchoutent le tyran. Entre gens de bonne compagnie… Même Israël préfère ce voisin infréquentable à un plongeon dans l’inconnu. D’autant que l’aventure occidentale sur Tripoli n’incite guère à de nouveaux exploits casse-cou.

Bachar al-Assad peut massacrer son peuple, le reste du monde n’a pas encore trouvé son chemin de Damas.

Comment ça fonctionne, un pervers narcissique ?

Ils nous entourent et sont plus nombreux qu'on ne peut le penser. Ils n'hésitent pas à mentir ou à manipuler pour arriver à leurs fins : ce sont les pervers narcissiques. Dans son livre sur le sujet, le psychanalyste Jean-Charles Bouchoux décrit ces personnages dans leur fonctionnement au quotidien. Extraits.

Le pervers narcissique structurellement accompli utilise le lien familial, professionnel ou amoureux pour assujettir l’autre. Il a besoin de cette proximité pour exercer son emprise et ne permettra pas à sa victime de prendre de la distance. Il est froid intérieurement, ne connaît pas la culpabilité et n’hésite pas à culpabiliser les autres. Ses valeurs, ses sentiments et son comportement changent en fonction des gens et du contexte qui l’entourent. Extérieurement, il est aimable et peut feindre la compassion et la sympathie. Il est séducteur et si nécessaire, peut être ponctuellement très serviable, surtout si cela lui permet d’atteindre ses objectifs, bien souvent aux dépens des autres. Il ne prend jamais en compte les besoins et les sentiments des autres, sauf pour s’en servir, manipuler sa victime, l’isoler et l’amener à faire ce qu’il veut. Il est égocentrique, exige de l’autre la perfection.

Un communicant habile  

C’est aussi un menteur. Généralement habile avec la parole, il se sert largement du double sens des mots pour manipuler, se positionner en victime pour se faire plaindre ou rendre l’autre volontairement mal à l’aise. Même s’il n’a aucune valeur propre, il utilise la morale et les valeurs des autres pour arriver à ses fins. Il peut mettre en avant des raisons apparemment très logiques pour justifier ses passages à l’acte, il peut être jaloux et infidèle. Il ne supporte pas la critique mais critique sans cesse. Pour se revaloriser, il se nourrit de l’image de sa victime : plus il la dévalorise, plus il se sent fort. Qu’il ressente une angoisse et rapidement, cette angoisse habite l’autre. Par des mécanismes que nous allons étudier, il fait porter aux autres ce qui devrait être sa rage, ses peurs et sa culpabilité, autant dire sa folie.
Or si le pervers narcissique accompli existe, il faut savoir que nous sommes tous amenés à utiliser à certains moments des mécanismes pervers narcissiques. Aussi, plus qu’un essai sur le pervers narcissique, cet ouvrage tente de présenter une cartographie des mécanismes et des origines de la perversion mentale. Il se propose d’esquisser la limite entre normalité et perversion.

Des illustres exemples

À ce sujet, les personnages de Dom Juan et Casanova, par exemple, sont bien difficiles à situer. Dom Juan séduit des femmes et leur donne des rendez-vous auxquels il ne se rend pas mais envoie son valet Sganarelle vérifier qu’elles sont bien venues. Si c’est le cas, il est satisfait. Quant à Casanova, il séduit des femmes, se rend, lui, au rendez-vous, « consomme » puis disparaît. L’un comme l’autre se défendent d’une angoisse liée à l’idée qu’ils se font de leurs pouvoirs. Dom Juan vérifie le pouvoir de son image et Casanova s’assure qu’il n’est pas castré. Nous pourrions donc voir en Casanova un pervers sexuel et en Dom Juan un pervers narcissique. Toutefois, les deux s’enfuient après avoir séduit car une relation amoureuse les mettrait trop en danger.

Un dangereux personnage

Le pervers narcissique tel que nous allons l’étudier séduit sa proie à l’instar de Dom Juan mais la conserve ensuite et cherche à détruire l’image de sa victime. Il s’en nourrit et projette sur elle sa propre folie. Il assujettit son souffre-douleur et le pousse à la dépression, à la violence, à la perversion, à la folie, à la maladie voire dans les cas les plus graves à la mort par suicide ou par accident.

mercredi 3 août 2011

La Commission européenne presse les États d'appliquer l'accord sur la Grèce

Selon José-Manuel Barroso, les tensions sur les marchés financiers sont "injustifiées".


 Le président de la Commission européenne José-Manuel Barroso a jugé mercredi que les tensions sur les marchés financiers étaient "injustifiées", mais imposaient la mise en oeuvre rapide des décisions du sommet de la zone euro avec des réponses adaptées à la "gravité" de la situation. "Il est essentiel d'agir rapidement en mettant en oeuvre tout ce qui a été décidé par les dirigeants de la zone euro et d'envoyer un signal sans ambiguïté montrant que la zone euro va résoudre la crise de la dette souveraine avec les moyens adaptés à la gravité de la situation", a-t-il affirmé.

Dans un bref communiqué, José-Manuel Barroso affirme qu'il va écrire ce mercredi aux chefs d'État de la zone euro pour les presser de mettre en place les mesures prises lors du sommet de la zone euro, il y a moins de deux semaines. "La mise en place de certaines mesures va nécessiter des actions des Parlements nationaux (...). Je presse les chefs d'État et de gouvernement pour m'assurer que ces décisions seront prises sans délai."
Les tensions sur l'Italie et l'Espagne ont de nouveau plongé la zone euro dans la tourmente, moins de quinze jours après un sommet extraordinaire censé empêcher la contagion de la crise de la dette. Les taux auxquels ils se financent ont atteint mardi en séance des niveaux inédits, obligeant leurs responsables politiques à réagir rapidement, en pleine trêve estivale.
"Les tensions (observées sur les marchés financiers) sont une grande source d'inquiétude. Ces développements sont clairement injustifiés au regard des fondamentaux de ces deux États membres et de leurs efforts sur le plan budgétaire et fiscal", a estimé José Manuel Barroso. Mais "elles reflètent les inquiétudes croissantes parmi les investisseurs sur la capacité de la zone euro à répondre à la crise", a-t-il reconnu.

Le bras de fer se poursuit autour de la Joconde

L'Italie demande au Louvre de lui prêter l'oeuvre en 2013. Le musée lui oppose un refus catégorique.

Silvano Vincenti n'en démord pas. Il en a vu d'autres, c'est vrai. Ancien journaliste et président du Comité national pour la valorisation des biens historiques, culturels et environnementaux, l'homme s'est fait une spécialité des découvertes contestées sur Léonard de Vinci : après avoir clamé que les yeux de La Joconde comprenaient les initiales LS (comme Leonardo et Salai, l'amant supposé du peintre), il a entamé un travail de fouilles dans le couvent florentin de Sant'Orsola afin d'exhumer le squelette de Lisa Gherardini, modèle supposé de Vinci, et de le comparer au célébrissime portrait. Fin juin, il entamait l'acte III de son drame médiatico-historique en demandant par voie de pétition que La Joconde soit prêtée à Florence en 2013. Une réclamation relancée il y a quelques jours dans une série de tables rondes et réitérée mardi dans le quotidien La Stampa, malgré la fin de non-recevoir du Louvre.
"La Joconde à Florence, voilà pourquoi c'est possible", tel est le titre de la tribune publiée le 2 août. Silvano Vincenti y réaffirme son but : soutenir le "projet itinérant" du comité consacré aux lieux où Léonard de Vinci a vécu et travaillé - un événement visant, selon lui, à développer une nouvelle forme de tourisme culturel dans la province de Florence. Il souligne, en outre, le soutien que cette dernière lui a accordé en autorisant les fouilles de Sant'Orsola. Surtout, il s'applique à défaire les arguments du Louvre pour refuser le prêt. Vincent Pomarède, conservateur en chef du département des peintures, avait en effet affirmé à plusieurs reprises que le tableau ne pouvait quitter le musée sans risquer d'irréparables dommages. "Il est sorti de France par trois fois, réplique Silvano Vincenti. Une fois, il a été exposé aux États-Unis, une autre fois en Russie et au Japon, à une époque où les techniques de transport des oeuvres étaient primitives si on les compare avec celles dont nous disposons aujourd'hui". Soit en 1963 pour la première, en 1974 pour les deux autres.
Centenaires croisés
Au Louvre, on balaye ces contre-arguments d'un revers de main. "La Joconde est peinte sur un panneau de peuplier qui s'est légèrement bombé avec le temps, explique le musée. Dans les années quatre-vingt, nous y avons découvert une fente qui rend un nouveau déplacement beaucoup trop risqué, quelles que soient les conditions de transport." Un des voyages de 1974 aurait causé cette dégradation : un nouveau déplacement l'aggraverait. Le Louvre conserve aujourd'hui son joyau dans une vitrine spéciale, protégée non seulement des variations de lumière, de température et d'humidité, mais aussi des vibrations de la salle. La Joconde n'est décrochée qu'une fois par an pour que les spécialistes observent son état. Hors de question donc qu'elle quitte les salles. A fortiori si, comme ici, aucune demande officielle de prêt n'a été déposée. "Il s'agit de démarches très précises, souligne le musée. Qui s'organisent, pour de tels chefs-d'oeuvre, jusqu'à six ans avant la date d'exposition."
En l'espèce, le comité s'y prend un peu tard, puisque c'est en 2013 que l'Italie veut revoir sa Monna Lisa : pour fêter les 100 ans de son dernier passage dans la capitale de Toscane. Volé en août 1911 au Louvre par un ouvrier en bâtiment, Vincenzo Peruggia, dont on apprit plus tard qu'il avait travaillé au musée (et qu'il avait même fixé la boîte vitrée qui protégeait l'oeuvre !), le tableau y était en effet réapparu deux ans plus tard. Arrêté, Vincenzo Peruggia avait dit qu'il voulait réparer une injustice : commencé en Italie, le tableau devait y demeurer. Depuis, un léger parfum de bisbilles diplomatiques plane autour de Monna Lisa. Et Silvano Vincenti a beau se défendre en disant qu'il n'a pas voulu "déclarer la guerre", sa véhémence n'est pas faite pour le dissiper.

Théâtre d’ombres


Six mois après l’éviction du président Moubarak, l’Egypte est un théâtre d’ombres. Chacun fait comme s’il était le plus représentatif et le plus proche des aspirations du peuple. Mais quelles aspirations ? L’union qu’on a vue en février sur la place Tahrir a volé en éclats. La boussole de la révolution hésite entre trois azimuts : maintien au pouvoir de l’armée, basculement au profit des Frères musulmans ou émergence d’une fragile coalition libérale qui, pour l’instant, a l’allure floue des nébuleuses.


Les dissensions entre les partis sont flagrantes et l’incertitude chauffe les esprits. Il y a de quoi. C’est tout le projet pour une nouvelle Egypte qui est en balance. Quel futur ? Quel usage faire de la déchéance du président Moubarak ? Pour l’instant, la montagne de la révolution a accouché d’une souris anxieuse.


La coupure avec l’ancien régime est tout sauf franche. Des proches de Moubarak sont en prison alors que d’autres sont toujours ministres. Le gouvernement n’a pas les coudées franches. Le maître du pays est le Conseil suprême des forces armées dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui, lequel fut ministre de la défense de Moubarak pendant vingt ans.


Tout change pour que surtout rien ne change ? C’est la question de plus en plus exprimée par ceux qui ont voulu de toute leur âme la révolution de février et qui s’inquiètent des actuelles tendances conciliantes des Frères musulmans envers l’armée.


Le procès de l’ancien président Moubarak, de ses fils Gamal et Alaa et de huit dignitaires accusés de corruption n’est pas de nature à clarifier la situation. Il doit s’ouvrir aujourd’hui au Caire en dépit des cérémonies religieuses du ramadan, comme si la justice devait, toutes affaires cessantes, donner des gages aux plus impatients. Ce procès est censé rassurer ceux qui doutent de la volonté de réformer. Mais le tribunal peut aussi contribuer à noyer le poisson.


Le Conseil des forces armées veut-il vraiment aller jusqu’au verdict ? Moubarak, 83 ans, n’a plus été vu en public depuis février. Le degré de gravité de ses maladies est un mystère, ce qui autorise toutes les spéculations, à commencer par l’éventuelle défection de l’accusé à son procès. Les plus cyniques, à moins qu’ils ne soient les plus réalistes, imaginent que tout est mis en place pour gagner du temps, en tablant sur un décès qui interviendrait avant la fin des audiences…


La réponse est forcément à chercher du côté de l’état-major. Comme tous les anciens présidents de la République depuis l’éviction du roi Farouk en 1952, Moubarak est un ancien officier supérieur. Même s’il a été lâché par ses pairs en février, il est très probable qu’il a encore des protecteurs qui veulent lui éviter l’avanie d’être, après Saddam Hussein, le deuxième président arabe condamné par un tribunal.


À ce stade des péripéties, le vrai enjeu, pour les démocrates, est de faire en sorte qu’ils se forgent une place décisive sur l’échiquier politique entre ceux qui ne jurent que par l’armée et ceux qui rêvent d’une Egypte clairement islamique.

Prise de dette pour la présidentielle

La dette sera l'une des questions centrales de la campagne présidentielle. Hier encore, malgré la torpeur de ce début août, Pierre Moscovici a relancé le débat, affirmant que la dette était « l'ennemi de la gauche ». Rien de neuf après les déclarations similaires de son favori, François Hollande, ou de Martine Aubry sur le sujet. Tout aussi prévisible a été la réplique de la porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse, plaçant - non sans argument — le PS devant son refus d'approuver la « règle d'or » voulue par Nicolas Sarkozy, afin de constitutionnaliser cette mesure. Il n'est pas inutile, dans ce contexte, de rappeler que la dette française est moins le fait d'une dérive des dépenses publiques que d'une baisse des recettes, fruit de trente ans de politique libérale (en 1980, cette dette ne représentait que 20 % du PIB ; 35 % en 1990, 67 % en 2007). Une flambée due en grande partie aux conséquences de la libéralisation des mouvements de capitaux — initiée par la gauche dès 1983 — à la contre-révolution fiscale diminuant les impôts du capital et du patrimoine, le tout amplifié par la crise financière de 2008. Tout comme, il ne faut pas oublier que la fameuse barre des 3 % du PIB de déficit budgétaire était déjà inscrite dans les critères de Maastricht… dont s'étaient exonérés la France et l'Allemagne au début des années 2000 ! Si l'argument électoral de la « règle d'or » peut porter néanmoins à droite, il serait redoutable pour la gauche qui, en l'adoptant, s'interdit de fait toute politique alternative. Si la dette est « l'ennemi de la gauche », renchérir sur la rigueur le serait tout autant.

Si nous sortions de l'hypocrisie ?

Le chômage vient de connaître un nouvel accès de fièvre. La fin de l'été pourrait être plus difficile encore, avec l'arrivée des nouveaux diplômés sur le marché du travail. Pour l'heure, c'est la situation des seniors à laquelle il faut prêter attention : ils sont les plus touchés (+ 13 % en un an, pour ceux qui ont plus de 50 ans). C'est pour le moins paradoxal, au moment où l'âge légal du départ à la retraite a commencé à reculer, conformément à la réforme adoptée en 2010. La vérité, c'est que les entreprises ont intérêt à se séparer de leurs seniors : c'est un moyen pour elles de réduire leur masse salariale, puisque ce sont eux qui coûtent le plus cher.

Pourtant, 50 ans n'est pas l'âge du déclin dans une société de plus en plus tertiaire, mais celui de la force de l'âge augmentée des bénéfices de l'expérience. Alors que la compétition mondiale est exacerbée, se priver de ce capital en préférant verser des allocations chômage est sans doute l'une des plus sûres façons de jeter de l'argent par les fenêtres. De surcroît, en marginalisant les seniors, on dévalorise des figures qui devraient être porteuses d'autorité et de transmission.

Au registre du chômage, l'hypocrisie est aussi du côté de la formation. Comme l'a noté à quelques reprises Jean-Paul Delevoye lorsqu'il était médiateur de la République, il est une pratique du stage qui fait penser plus au parking ou à la « garderie », qu'à un réel accompagnement sur le chemin du retour à l'emploi. Comment des chômeurs à qui l'on propose un énième stage, mais pas de vrai travail n'auraient-ils pas l'impression que la société cherche tout simplement à gagner du temps ?

Le débat sur l'assistanat est du même ordre. L'indemnisation est une pure hypocrisie si elle se défausse de la recherche de solutions personnelles, individualisées. Entre ceux qui dénoncent la paresse des assistés et ceux qui ne pensent qu'en termes de redistribution, sans voir que la dignité de la personne passe par la reconnaissance de ses capacités et la possibilité de leur mise en oeuvre, il y a un fossé qui est trop souvent celui de la démission et de l'oubli.

La question du logement procède d'une logique semblable. Le prix du mètre carré, à l'achat comme à la location, ne cesse de monter. Les jeunes générations, lorsqu'elles ne peuvent pas être aidées par leurs parents peinent à se loger. Les couches sociales pauvres et moyennes sont dans des difficultés croissantes. Pourtant, on s'est félicités de l'adoption, en mars 2007, de la loi sur le Droit au logement opposable. Elle reste inappliquée car inapplicable, puisque rien ou presque n'a été fait pour corriger lasituation réelle. Tout le monde savait qu'il en serait ainsi, maisnous avons préféré jouer la comédie pour ne pas affronter laréalité.

Trop souvent, les « réformes » visent moins à préparer l'avenir qu'à sauvegarder l'existant. Alors que nous sommes déjà dans la précampagne présidentielle, il y a peu de chances que les candidats prennent le risque de secouer le cocotier des avantages acquis, pour ouvrir le débat sur la société que nous voulons construire, et sur les moyens qu'il faudrait mobiliser ¯ pas simplement en termes financiers, mais en écoute, en dialogue, en imagination ¯ pour y parvenir.

Le temps presse pour refonder le contrat social. Sinon nous aurons à choisir entre les révoltes contre des injustices croissantes ou les faillites budgétaires d'États qui paient pour acheter la tranquillité, jusqu'à ce que les caisses soient vides.

Le sketch ridicule de Washington est terminé

Mais que l'on se rassure, visiblement les marchés vont encore en parler pendant un moment. Alors qu'il y a quelques semaines, tout le monde organisait des meetings avec des analystes, des économistes et des stratégistes pour savoir quelles seraient les implications en cas de défaut, maintenant que la question du défaut est repoussée aux calendes grecques (ooooups, mauvais jeu de mots), on se rend soudain compte que le plan de sauvetage mis en place par les politiciens va quand même coûter un maximum de pognon et que ce n'est peut-être pas le moment de se serrer la ceinture, alors que l'économie est déjà sous oxygène depuis des mois...

On se demandait donc ce qui se passerait si les USA faisaient défaut et bien on ne le saura jamais. En tous les cas pas avant 2013 au moins, par contre, maintenant on sait ce que ça fait quand les USA ne FONT PAS défaut. Ça fait mal. Très mal.

Ceci dit il n'est pas simple de tirer un parallèle entre l'accord trouvé entre Républicains et Démocrates et la chute du marché d'hier soir, mis à part le fait que les investisseurs auraient préféré voir un plafond de la dette réhaussé ET en plus l'annonce de la découverte d'une nappe pétrolifère sous Washington ET de la plus grande mine d'or du monde dans la banlieue de Georgetown. Il n'est pas évident de faire le lien. Mais on va dire que c'est le fait que l'on a déjà fait les calculs et que les économies induites par l'augmentation du surendettement US, risque de couter environ 0.3% par an la croissance de l'économie US. Etant donné la tronche du GDP en ce moment, il se pourrait que ça nous bouffe le peu de croissance actuelle....donc ? Récession ?? CQFD

En même temps, ça reste des calculs fait à la va-vite sur le coin d'un bureau de Wall Street, alors ça vaut ce que ça vaut. Hier soir, ça valait presque 3% de baisse et la 8ème séance de baisse consécutive pour les indices, sans compter que, du coup le S&P500 est en baisse pour l'année, ce qui est une super nouvelle, puisque la majorité des stratèges ont un objectif entre 10 et 15% de hausse pour 2011, cela laisse présager d'une fin d'année de folie. Il ne reste plus qu'à trouver le bon moment pour acheter. Pour les statisticiens, on retiendra également que la dernière fois que nous avons enquillé 8 séances de baisse consécutives, c'était en septembre 2008. Je ne sais pas ce que vous faisiez à cette époque, mais souvenez-vous, on achetait tous des sacs de riz et des six-packs d'Evian pour se prémunir de la fin du monde qui arrivait. Après, Lehman s'est pris les pieds dans le tapis...

Dans les choses à retenir dans la séance d'hier, on retiendra l'accord du Sénat qui a validé le plan pour augmenter la dette américaine 2.4 trillions de dollars (en même temps, ça ne vaut plus grand-chose le dollar...) et ils vont aussi réduire les déficits de 2.1 trillions, c'est surtout ça que l'on n'a pas aimé. Mais il y avait aussi les chiffres de la consommation qui était « étonnamment » faibles... WHAT A SURPRISE !!! Il est vrai que l'on peine à imaginer que l'américain moyen soit inquiet quand il voit qu'il est dirigé par une bande de clowns et que l'économie de son pays est en train de prendre conscience de la signification du mot « surendettement »... ça donne moins envie d'aller faire chauffer la carte de crédit ou alors plutôt pour aller stocker de la bouffe dans son garage et ensuite de se barricader à la maison... Les chiffres étaient donc mauvais et le ton était donné... Les inquiétudes quand à la croissance US n'étaient que la cerise sur le gâteau.

Et puis il y avait aussi l'Europe. Parce que du coup, on réveille les anciennes peurs d'il y a quelques semaines, alors que l'on pensait en avoir fini une fois pour toute après avoir sauvé la Grèce ? ou à peu de chose près ? non, du coup on est revenu sur le sujet de l'Espagne et de l'Italie, sauver la Grèce, le Portugal et l'Irlande n'est pas grand-chose quand on imagine le boulot que ça serait de sauver le « S » et le « I » de PIIGS, en même temps. Du coup, même si il y a un mois de cela nous avions définitivement rayé la possibilité d'un défaut de l'Italie, « parce que quand même, c'est tout de même pas la Grèce », finalement on y revient gentiment... surtout que quand on relit les écrits de la loi de Murphy et que l'on apprend que « ce qui ne devrait JAMAIS arriver, arrive FORCEMENT un jour... »

Donc, si vous mettez ensemble dans un grand saladier, un peu de ralentissement économique américain, le chômage qui augmente partout, les leaders européens qui « décalent leurs vacances afin de surveiller l'état de l'économie au mois d'août », les CDS qui montent au ciel et les rendement des obligations d'Etat qui prennent l'ascenseur, la visibilité économique qui pousse les investisseurs à passer au vol aux instruments et l'incertitude qui grandit et qui grandit encore, pas besoin d'avoir un doctorat en chimie pour comprendre que le mélange est explosif et doit être manipulé avec précaution.... En gros les indices européens se sont fait défoncer, mais pas autant que la Suisse. Pour notre défense on n'était pas là lundi, il y avait donc un sacré boulot à faire pour rattraper le retard, mais en plus comme l'euro se faisait laminer et que le dollar ne vaut bientôt plus le papier sur lequel il est imprimé, on se demande à qui les entreprises suisses vont bien pouvoir exporter. A moins que l'on devienne friand de yuans, même si nous n'avons pas de problème d'endettement, on commence à se demander comment on va faire... Le dollar suisse donne envie d'acheter un appart à Miami Beach, mais il est tentant d'attendre les 0.50 contre franc suisse, ce qui, à ce rythme-là ne saurait tarder. Et puis l'Euro ne va pas mieux et la parité contre suisse semble de plus en plus évidente..

Résultat des courses, la journée d'hier fût sanglante à tous points de vue. Les supports techniques des indices, pour ceux qui en avaient encore, sont en train de se faire exploser. Le S&P500 a sérieusement entamé sa moyenne mobile des 200 jours, moyenne qui est censée être « LE DERNIER REMPART » avant que la tendance commence vraiment à prendre une sale gueule. Hier à l'ouverture, on pouvait encore y croire, mais 30 points plus bas, il faut se rendre à l'évidence. On peut encore secrètement espérer que le support horizontal des 1250 tienne le choc aujourd'hui, comme il l'avait fait en mars alors que la Grèce était censée partir en faillite... Mais à l'époque le problème n'était que grec, là il devient un peu plus vaste...

La grande question reste de savoir si nous sommes au début d'un mouvement majeur ou simplement à la fin d'une correction. Sans avoir fait « analyse technique » comme doctorat, j'aurais tendance à dire que si le S&P500 passe sous les 1250, la porte est ouverte pour 100 points de baisse en plus... En même temps au stade où nous en sommes, ce n'est pas la fin du monde. Le problème principal est que le marché est en train de jouer aux poupées russes, dès qu'on ferme un dossier, on en rouvre un autre derrière, c'est presque un mouvement perpétuel, sauf que l'on aurait tendance à se dire qu'on ne pas réussir à se sauver d'un cheveu à chaque fois et que la fois où il faudra vraiment passer à la caisse, ça risque de faire péter la limite de la carte de crédit.

Inutile de vous dire que toutes ces incertitudes ont des effets périphériques aux marchés boursiers. Il y a tout d'abord l'or... L'or qui bien sûr se délecte des évènements, chaque mauvaise nouvelle, chaque crainte ne fait que de le propulser plus haut, toujours plus haut ? même si un jour le réveil sera difficile ? pour le moment il n'y a rien à dire : « the only way is up » aussi sûr que « the only way is down » sur les indices... sauf que sur les indices c'est pas sûr... L'or c'est SUUUURRR il va plus haut bien plus haut... Hier le métal jaune a battu un nouveau record ? comme tous les jours ? à 1661.59$... Ce matin il corrige, revenant sagement sous les 1660$. Sans oublier que l'argent est en train de prendre le même chemin, même si c'est moins glamour. Le métal gris est en train de repasser les 40$, menaçant même de repartir faire un pétage de plomb en direction des 50$, comme il avait fait en mars-avril à l'époque où on allait tous mourir étouffés par une indigestion de souvlakis.

Comme disait le vieux proverbe commanche : « quand économie américaine ralentir, homme blanc ne plus mettre essence dans pick-up truck et quand homme blanc ne plus mettre essence dans pick-up truck, homme blanc commencer à se déplacer en cheval hybrid prius et quand homme blanc chevaucher prius, homme blanc s'arrêter moins souvent à la maison EXXON, et quand homme blanc ne aller chez EXXON, eau noire du centre de la terre qui sort par les tours de métal au milieu du sable ne plus valoir un kopeck »... Le pétrole se traite à 93.39$ sur le WTI est en plongée, si l'on trouve que le chart du S&P500 est un cas d'école, le baril va au mieux à 90$, au pire à 80$... Mais on peut compter sur les brillants stratèges pétroliers pour venir nous faire une annonce tonitruante et nous coller un target à 40$ sur le baril après nous avoir JURE qu'on allait à 130$ c'est CERTAIN... Le Brent s'échange à 116.04$. Mais heureusement, ce soir il y aura la publication des inventaires et là, c'est sûr on va se marrer...

Dow Jones 11867 -2.19%
S&P500 1254 -2.56%
Nasdaq 2669 -2.75%
Londres 5718 -0.97%
Paris 3523 -1.82%
Francfort 6797 -2.26%
Milan 17273 -2.53%
Madrid 9115 -2.18%
SMI 5546 -4.09%

Ce qu'il y a de bien dans les marchés quand il y a des « grosses news » comme ces jours, c'est que plus rien d'autre ne compte. J'ose simplement rappeler que nous sommes en pleine saison des résultats trimestriels, que les chiffres continuent d'être globalement bons à très bons, mais visiblement les errances des Etats face à leurs endettements sont bien plus importants et dissimulent parfaitement ce qui se passe au niveau micro-économique, puisqu'il devient de plus en plus difficile de trouver un article qui parle d'autre chose que de plafond ou de d'endettement. Le Wall Street Journal, qui est censé parler de Wall Street est devenu « Plafond Magazine », plus rien ne compte.. vivement que ça se tasse qu'on puisse reparler d'autre chose.

Tokyo 9642 -2.06%
Hong Kong 22004 -1.86%
Shanghai 2808 +0.09%
Sydney 4421 -2.00%

Ce matin en Asie on se félicite de l'approbation du Sénat et pour fêter ça, on fait comme New York ; on baisse. Il y a juste les chinois qui on le chic de se moquer du malheur des autres et qui en profitent pour grapiller quelques points et surtout ne pas baisser en signe de solidarité avec les difficultés occidentales. Le trade surplus australien ainsi que les ventes de détails sont en baisse et la croissance du secteur des services en Chine se calme un peu. Par contre ce matin, l'agence de rating Dagong Global a encore réduit le rating de la dette US et menacé de revenir pour en rajouter une couche...

DONC... Ce qui est tout de même super-drôle, c'est que l'agence de rating chinoise n'est pas forcément meilleure que ses comparses américains, quoiqu'ils avaient déjà anticipé la catastrophe actuelle, mais ce qui est drôle c'est qu'au moment où Dagong vient annoncer un baisse de rating et prévient que ce n'est pas fini, dans le même temps, Moody's CONFIRME le triple A des USA et dans la foulée Fitch déclare que les USA sont à un risque de défaut très très bas... ce qui confirme le triple A. La question qui se pose est de savoir si les gens qui prennent ces décisions ont fait les mêmes études, le même CFA ou la barrière de la langue et de l'écriture fait que Dagong n'a pas les mêmes données que les stars en place depuis bien trop longtemps ??? En tous les cas, ça confirme ce que je pensais et que la meilleur solution pour régler les problèmes liés aux ratings c'est de raser les bureaux de Fitch, Moody's et S&P au napalm et de mettre tous les analystes en prison, histoire de rentabiliser Guantanamo.

Dans les autres nouvelles, Timothy Geithner suggère tout de même au Congrès d'augmenter les impôts car réduire les dépenses ne suffira tout de même pas. Ou alors il faut stopper la guerre en Irak, en Afghanistan et ailleurs au plus vite, ça va déjà coûter moins cher. Mais si l'on en croit certains articles ce n'est pas prêt de se réduire de ce côté là, puisqu'un ancien espion américain estime qu'Israël s'apprête à bombarder les installations nucléaires iraniennes d'ici septembre et que le Pentagone est déjà sur le pied de guerre. C'est bien, un bon conflit nucléaire, ça va bien nous aider à retrouver le calme sur les marchés. Et puis en investissant 100 milliards de plus pour aller tester les nouveaux avions de chasse en Iran, ça va bien aider le budget à s'équilibrer... A moins que les américains décident d'arrêter de tomber malade sans arrêt et de faire ainsi baisser les coûts de la santé.

Alors que la situation actuelle fait à nouveau surgir le mot « récession » dans les journaux, on commence à se demander si la FED ne pourrait pas mettre un plan de stimulus pour aider l'économie à se reprendre. C'est d'ailleurs BlackRock qui le pense, enjoignant la FED d'agir alors qu'ils estiment que l'économie US est à la limite du « décrochage »... A 15h00 cette après-midi, Silvio Berlusconi va s'adresser à la nation pour leur expliquer son plan pour « booster » la croissance et essayer du même coup de réinstaurer un brin de confiance, ce qui est de loin pas gagné.... Mais au moins on devrait rigoler. Twitter devrait lever des fonds tout prochainement, 800 millions de dollars devraient rentrer dans l'escarcelle du site de micro-messaging, portant la valorisation à 8 milliards, ce n'est donc pas la crise pour tout le monde.

Ce matin les futures américains sont en hausse de 0.11% laissant présager d'un rebond spectaculaire. Côté chiffres économiques nous aurons les MBA purchase applications, le Challenger Job cut, l'ADP Employment Report qui nous donnera une idée de la sauce à laquelle nous serons mangés vendredi, les Factory Orders et l'ISM Non-Manufacturing, petit frère de celui qui nous a déjà plombé le marché la semaine passée. Côté chiffres trimestriels, il y aura une avalanche de publications, mais comme de toute manière tout le monde s'en fout tant qu'on ne parle pas de dette, il n'y a pas de raison de s'y attarder plus que de raison...

Après 8 séances de baisse, le marché trouvera-t-il la force d'inverser la tendance, pas facile de le dire, je serais tenté de dire que non, car nous ne sommes pas encore suffisamment ancrés dans la déprime la plus noire. Le mois d'août promet d'être riche en évènements, une chose est sûre ; on ne va pas s'ennuyer et je vais avoir de quoi écrire.

En attendant le discours de Silvio, il me reste à vous souhaiter un bon café, une bonne journée et que la force soit avec vous. Si vous êtes d'accord, on se retrouve demain au même endroit.

Morningbull

Our enemies are innovative and resourceful, and so are we. They never stop thinking about new ways to harm our country and our people, and neither do we.

George W. Bush

“Votre silence nous tue”

Après le 11 Septembre, les Occidentaux ont exigé des Arabes qu’ils adoptent la démocratie. Aujourd'hui que ces derniers la conquièrent au péril de leur vie, comme en Syrie, les Européens ne réagissent pas, incapables de trouver des solutions aux problèmes qui se posent au-delà de leurs frontières, regrette le fondateur de la communauté de Sant’Egidio. 

Voilà au moins dix ans — depuis ce tragique 11 septembre 2001 — que nous demandons aux musulmans d’envisager sérieusement la démocratie et de rejeter la violence. La lutte contre le terrorisme et pour la démocratie ont été à l’origine de la guerre en Irak. Or, depuis quelques mois, le monde musulman est en pleine ébullition. Il aspire à la liberté.
On assiste à un élan des jeunes générations, autour duquel se greffent d’autres catégories de la population. Les enfants de la mondialisation ont vaincu la peur qui paralysait la société tout entière. En Tunisie et en Egypte, des despotes en place depuis longtemps sont chassés du pouvoir.
Il est difficile de prévoir l’avenir du "printemps arabe" et son impact sur la politique. Néanmoins, trop d’observateurs occidentaux se contentent de se demander s’il jouera ou non en faveur des islamistes. La question est révélatrice du manque de confiance dans cette poussée démocratique, ainsi que de nombreuses inquiétudes. Les dictateurs arabes se sont posés en remparts contre les islamistes pour assurer leur légitimité. Mais l’expression "islamisme" est désormais générique. Il faut faire la distinction entre les divers acteurs musulmans, parce que cette formule comprend des démocrates, des conservateurs, mais également des extrémistes et des terroristes… En Turquie, pays qui possède la deuxième armée au sein de l’OTAN, un parti islamiste est au pouvoir.
Le peu d’intérêt de l’Europe pour le "printemps arabe" montre à quel point nos sociétés civiles ne comptent pas peser sur le mouvement démocratique arabe. On peut lire sur une pancarte des manifestants syriens : "Votre silence nous tue". C’est là un message adressé à l’Occident.

L'Occident, entre indifférence et réalisme

Dans le cas de la Syrie, les Occidentaux manifestent une grande apathie. Ce n’est pas seulement une conséquence de la guerre en Libye et de la crise économique. Envers la famille Assad, l’Occident a depuis toujours fait preuve de réalisme. En témoignent les événements à Hama. En 1982, Hafez el-Assad y a fait massacrer environ 20 000 de ses concitoyens (menés par les Frères musulmans). Le carnage a eu lieu dans le silence général. Le réalisme a triomphé face un régime "progressiste", capable de pratiquer une politique internationale habile, sous la protection du parapluie soviétique.
La même année, les miliciens chrétiens libanais (avec la complicité de l’armée israélienne) ont tué un millier de Palestiniens dans les camps de Sabra et de Chatila. Dans cette affaire, l’opinion publique, notamment de gauche, s’est mobilisée. Je me souviens d’avoir visité ces camps, et constaté de mes propres yeux l’horreur des destructions. On a ainsi assisté à deux réactions très différentes.
Après 1989, la Syrie, toujours contrôlée par la minorité alaouite, a donné des garanties contre les islamistes. Le régime n’est pas totalement isolé à l’intérieur du pays, il y jouit même d’un consensus. "Les alaouites commandent, mais représentent une garantie pour les minorités", m’a assuré un influent chrétien syrien. C’est ce que pensent les chrétiens, druses et kurdes.
Le consensus est particulièrement évident à Alep, havre de minorités, où vivent des milliers de Kurdes et 300 000 chrétiens. La ville reste calme alors que le pays se révolte. La bourgeoisie sunnite était parvenue à un compromis avec les alaouites. Mais que fera-t-elle à présent, alors que la contestation est partie de la majorité sunnite elle-même ? On ne peut donc pas sous-estimer la réaction du monde chiite (Iran, Irak et Liban), pour lequel la Syrie constitue un carrefour important. Téhéran risque de perdre un allié, proche sur les plans tant religieux que politique  — résultat des liens entre la Syrie et les milices libanaises du Hezbollah.
Maintenant, le pouvoir alaouite pense ne pas avoir d’autres solutions que la terreur, s’il ne veut pas perdre le monopole politique et risquer un règlement de comptes. Il tire sur son peuple, majoritairement sunnite. En Egypte, Hosni Moubarak n’a pas tiré sur la population, et le bloc qui le soutenait a compris qu’il a fait son temps.

La proximité crée des responsabilités

Les Syriens comptent-ils sur l’indécision des Occidentaux ? Une grande indifférence règne dans les sociétés civiles européennes, qui font désormais preuve d’inertie face aux graves problèmes survenus hors des frontières nationales. Certes, l’Occident ne peut jouer partout le gendarme des droits de l’homme. Mais la Syrie est proche de l’Europe et d’Israël. La proximité crée des responsabilités. Entre intervention militaire (comme en Libye) et indifférence, il existe une palette d’options pour exercer les responsabilités qui nous incombent : pressions, contacts, recherche de solutions, implication des grands acteurs internationaux, entre autres.
Pour l’heure, on ne voit pas comment sortir de la polarisation en Syrie, où un mouvement rassemblant des gens prêts à mourir pour la liberté affronte un pouvoir figé dans la peur et sans avenir, qui joue la carte de la répression. Il faudra construire des scénarios de transition et faire comprendre – avec quelques décisions opportunes – que la logique de la terreur est inacceptable.
Après une décennie de politique internationale dominée par la question islamiste, de nouveaux problèmes ont surgi, mais aussi de nouvelles possibilités. Il faut des critères différents pour interpréter la réalité, et de plus grandes responsabilités politiques. Et ce, certainement de la part des gouvernements, mais également des sociétés civiles et des forces politiques. Ce qui se passe dans le monde arabe et dans le bassin méditerranéen conditionnera les scénarios géopolitiques du XXIe siècle, bien plus que les incendies locaux.

mardi 2 août 2011

En Grèce, une île où les aveugles sont rois...

Les autorités grecques, qui font face à une angoissante crise de la dette, ont annoncé mardi une enquête sur le nombre étrangement élevé d'aveugles, plusieurs centaines, qui touchent des aides publiques sur une île de la mer Ionienne.
Le vice-ministre de la santé Markos Bolaris a ordonné une enquête sur plus de 600 habitants de cette île, dont le nom n'a pas été précisé, qui empochent des aides pour ce handicap, a indiqué à l'AFP une source gouvernementale.
"Nous ne savons pas combien de gens ont réellement droit à ces aides, bien que certains ne soient sans doute pas en faute", a déclaré le responsable gouvernemental, qui a refusé de préciser le montant des aides versées.
Selon le quotidien grec Ethnos, 2% de la population de l'île ont touché ces aides pendant des années, la plupart depuis leur naissance.
Les autorités vont passer au crible l'ensemble des aides versées au titre des aides sociales qui coûtent chaque année à l'Etat 6,4 milliards d'euros, a assuré le journal.
Le gouvernement grec tente de limiter les dépenses d'aides sociales dans le cadre d'un programme d'austérité adopté à la demande de l'Union européenne et du Fonds monétaire international en échange de leur aide pour éviter la faillite au pays.
La comptabilité publique laxiste a entraîné des dépenses énormes pendant des décennies. Des responsables du ministère du Travail ont révélé l'année dernière que des millions d'euros avaient été versés chaque année pour des retraites destinées à des personnes décédées depuis longtemps.

L’OCDE salue les efforts de la Grèce

Un rapport de l’organisation internationale estime que le programme économique d’Athènes « peut réussir »  à condition que sa mise en œuvre ne souffre aucun relâchement. 

Le programme « ambitieux » de la Grèce pour sortir de sa crise économique « peut réussir », mais à condition que son application soit « irréprochable  ». L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a présenté mardi 2 août une étude plus encourageante sur la situation de la Grèce à long terme.

Pourquoi l’OCDE se veut optimiste pour la Grèce ?

Se fondant sur la base « d’hypothèses prudentes » concernant la croissance et les taux d’intérêt, l’organisation estime que la dette publique grecque pourrait être ramenée à moins de 60 % du produit intérieur brut (PIB) dans les deux prochaines décennies…
« Nous voyons les premiers signes indiquant que l’indispensable ajustement macroéconomique s’opère progressivement », a d’ailleurs indiqué le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, ajoutant que l’austérité aurait des résultats à long terme.
L’étude salue donc les « réformes considérables » réalisées depuis un an par Athènes et qui ont permis des réductions du déficit d’ampleur sans précédent. « Même si l’effort accompli ne semble pas toujours apprécié à sa juste valeur en Grèce ou à l’étranger », a précisé Angel Gurria.

Les réformes suffiront-elles à éviter le défaut de paiement ?

Si le train de mesures d’aides annoncées le 21 juillet par l’Europe peut donner à la Grèce le temps d’améliorer sa compétitivité et ses résultats à l’exportation, la mise en œuvre des réformes ne peut souffrir aucun relâchement.
L’OCDE regrette que le gouvernement ait fait «  machine arrière » sur des réformes concernant les accords salariaux d’entreprises. L’organisation insiste sur l’amélioration du recouvrement des impôts, le renforcement des privatisations et une meilleure gestion des actifs publics.
« Ce rapport est bienvenu dans la mesure où il montre des choses intéressantes dans l’économie grecque et qu’il insiste sur les possibilités de croissance, dit Nicolas Bouzou, directeur du cabinet d’analyses Asterès. Les efforts d’Athènes ont été colossaux même s’ils demeurent insuffisants et même si le pays reste dans une situation économique abominable. »
Selon l’économiste, depuis le sommet de Bruxelles du 21 juillet, les craintes des marchés se sont d’ailleurs un peu déplacées. « Elles se concentrent plus sur l’Italie ou l’Espagne », dit-il.

Grèce : la grève des taxis bloque les touristes

Les chauffeurs de taxis grecs sont entrés en grève depuis trois semaines contre le projet de libéralisation des secteurs réglementés de l'économie. Ce projet émane de l’Union Européenne et du Fonds Monétaire International dans le cadre de la politique d'austérité.
Les chauffeurs de taxi manifestent contre le gouvernement, qui prévoit de délivrer de nouvelles licences de taxi. Des manifestations qui perturbent tout le pays.
Les propriétaires de taxi se sont en effet emparés du pont qui relie la Grèce continentale au Péloponnèse, ainsi que la route reliant Athènes à Patras, qui mène vers l’Italie. Cette grève oblige les touristes à effectuer 500 mètres, bagages sous le bras, et à emprunter les transports en commun.
Ce mouvement de grève s’amplifie, et les touristes sont de plus en plus gênés : des propriétaires de taxi ont ainsi empêché 1 600 passagers d'un bateau de croisière de visiter le site archéologique de Cnossos, en Crète.
A une période où la Grèce peine à faire tourner à bien son activité économique, les chauffeurs de taxi mettent à mal le tourisme, grand pourvoyeurs de devises.
Si vous avez prévu de vous rendre en Grèce dans les jours à venir, renseignez-vous auprès de votre agence de voyage sur le maintient des excursions. Une fois sur place, restez informés sur ce mouvement, dont les actions sont difficiles à prévoir à l'avance. 

La Grèce casse ses prix pour attirer les vacanciers

La Grèce, grande destination de vacances par excellence, connaît cette année une augmentation de fréquentation. Cependant, ce n'est pas parce que les touristes sont plus nombreux qu'ils consomment forcément beaucoup.

Les prix sont largement revus à la baisse, compte tenu de la situation économique très difficile du pays. De plus, de nombreux touristes qui avaient réservé en Tunisie et en Egypte s'y sont repliés après les révolutions du début de l'année. On peut donc parler de succès, même si la consommation y fait un peu défaut.

Avant, les touristes buvaient et mangeaient beaucoup
Pour Bel RTL, le journaliste Bernard Lobet a rencontré une Belge d'origine grecque, de retour de l’île de Rhodes. "Il y avait pas mal de monde dans les rues, mais ça ne voulait pas dire que les commerçants vendaient, le tourisme est toujours présent en tout cas", a-t-elle expliqué. "L’inconvénient, c’est que les touristes vont juste se reposer, se mettre un peu sous le parasol, alors qu’avant, les touristes buvaient et mangeaient beaucoup. Là, ils se limitent au strict minimum au niveau soleil et détente", a-t-elle poursuivi.

Hospitalités partagées

L’ouverture de la Grande mosquée de Strasbourg, hier, au premier jour du ramadan, est une date importante pour toute l’Alsace, indépendamment des croyances de chacun.

Depuis 1976, les lieux dédiés à l’islam se sont multipliés dans la région, mais c’étaient des oratoires reconvertis : on transformait en salles de prière d’anciens commerces ou d’anciens ateliers. La mosquée de Strasbourg marque les esprits parce qu’elle a dès l’origine été conçue pour le culte ; c’est une mosquée de plein exercice et non une salle polyvalente à connotation religieuse.

Sa construction a engendré de longs débats où les controverses architecturales cachaient mal les calculs politiques. Mais si Strasbourg veut être pleinement une ville ouverte sur le monde, elle doit en mesurer toutes les obligations. Il est normal que les musulmans de Strasbourg puissent prier dans une mosquée dédiée. L’islam républicain n’a pas à se cacher et a droit de cité.

Il faut à ce propos saluer la démarche d’accueil engagée depuis plus de trente ans par les dirigeants des cultes concordataires. Évêques, pasteurs et grands rabbins ont travaillé à la paix commune, refusant de marginaliser l’islam au prétexte qu’il est le dernier arrivé et ne relève pas du fameux Concordat de 1801.

Une étape intellectuelle est franchie. Les religions, du moins dans les endroits privilégiés de la planète, modifient leur manière d’être. Elles ont tout à gagner à ne pas se laisser instrumentaliser, à ne pas se laisser réduire au rang de marqueurs identitaires. Une idée, encore trop timide, mérite de grandir : elle consiste à ouvrir des chemins parallèles où les religions avanceront de concert au lieu de batailler pour tenter de savoir laquelle est la plus pure.

Mais il faut être lucide. Le processus intégrateur qui a permis l’ouverture de la mosquée de Strasbourg est très fragile quand on l’examine à l’échelle du monde. Les nostalgiques des croisades, ces dangers publics, n’ont pas dit leur dernier mot.

Chacun doit y mettre du sien afin de ne plus reproduire à l’infini les sanglantes concurrences dogmatiques de jadis. Ce doit être un but collectif et partagé. C’est pourquoi, de même que les musulmans d’Europe défendent les constructions de mosquées en Europe, on aimerait que tous leurs représentants militent ardemment auprès des autorités religieuses d’Égypte, d’Algérie, d’Irak ou du Pakistan pour les convaincre de trois choses : qu’il n’est ni honteux ni menaçant d’être chrétien sur une terre majoritairement musulmane, que les églises chrétiennes n’ont pas à s’y cacher et que les assassinats de non-musulmans commis au nom de l’islam sont des crimes qu’il faut non seulement déplorer verbalement mais aussi combattre efficacement.

L’islam a le sens de l’hospitalité. Il ne doit pas l’oublier.

Un peu de modestie

Un étrange parfum de modestie flotte sur le sport français cet été. Il n'y a qu'à entendre s'exprimer les cyclistes Thomas Voeckler et Pierre Rolland au Tour de France, voir les footballeuses françaises lors de récente la Coupe du monde ou écouter nos nageurs, de retour du Mondial de Shanghai avec une moisson de dix médailles.

Les temps ont changé. Même si les médias ne font qu'une bouchée de leur présence sur les stades, quand leurs résultats sont susceptibles de doper l'audience, il se dégage de ces sportifs une sorte de joyeuse « force tranquille », distante et sincère. Ils nous démontrent, en direct, les vertus de l'allégresse, de l'effort et de l'humilité.

Mieux, ils disent « nous » au lieu de « je », remercient publiquement et naturellement leurs sponsors comme leurs familles, passent leur temps à rigoler, transpirer ou pleurer, bref profitent des temps d'antenne et d'interviews accordés pour célébrer leur normalité. Ils ne cherchent pas à être des stars, savourant au contraire la fugacité de leur gloire.

Ces sportifs-là, malgré la pression de la technique, de l'argent et surtout de l'enjeu, réussissent à laisser filtrer cette dose d'humanité qui donne le sentiment à ceux qui les regardent de partager leur destin. C'est le but.

Cette nouvelle génération de champions se caractérise par une absence de complexes, dans un monde qui passe son temps à en donner ou à les vivre. Quand on regarde de plus près leurs parcours commun, on est, plus que par le passé peut-être, impressionné par la manière dont ils ont réussi à se faufiler dans l'univers des préjugés, pour les dépasser. Le vélo, parce qu'il n'existerait plus sans les amphétamines ; le ballon rond, parce que, pour faire le spectacle, le foot ne pourrait être que masculin ; la natation, parce qu'il faudrait avoir les épaules larges et les avant-bras musclés pour s'attirer la sympathie du public.

Aucun des clichés-là ne correspond à la réalité de nos sportifs français cet été. Doit-on en déduire pour autant que le sport fait sa mue ? Pas sûr. Mais comme il existe dans le pays plus de 35 millions de personnes pratiquant un sport au moins une fois par semaine, on imagine l'effet que cela peut avoir.

De deux choses l'une. Ou bien nos nouveaux champions estivaux sont représentatifs de notre société et, dans ce cas, nous avons tout lieu de nous en réjouir, un an pile avant les Jeux olympiques de Londres. Ou bien ils sont l'exception et, dans ce cas, nous devrions en profiter pour les montrer en exemple.

La règle d’or, un concept mort-né?

A quelques heures de sa présentation en Conseil des ministres, le ministre de l'économie détaille le coût pour la France du second plan de sauvetage de la Grèce: 15 milliards d'€. Miracle: il ne creuse pas le déficit. François Baroin dénonce une fois de plus le laxisme des socialistes sur la "règle d'or". 
 « Cela n’a pas d’impact sur les déficit. Cela a un impact sur la dette, comme l’a dit François Fillon, à hauteur de 15 milliards. » Il est comme ca François Baroin. Ce lundi 1 août au micro de France Inter, le tout nouveau ministre de l’économie a pu à la fois dénoncer les socialistes « laxistes » qui rechignent à voter la « règle d’or », tout en enterrant subrepticement le concept même. A quoi sert en effet une règle toute d’or soit elle, si l’on peut en moduler la méthode de calcul ? Grâce à un artifice comptable visant à sortir du calcul du déficit les sommes allouées au sauvetage de la Grèce, le déficit de la France pour les trois prochaines années ne sera pas impacté. Un bien bel exercice, que François Fillon, le Premier ministre n’est pas mécontent de laisser à son ministre.




François Baroin par franceinter
Moins d’une semaine après la lettre de Nicolas Sarkozy aux parlementaires, les appelant à l’Union nationale sur le sujet, François Baroin, le tout frais ministre de l’économie, s’est fait un plaisir d’enfoncer le clou. Il a poursuivit le procès des socialistes décrits comme « laxistes et irresponsables » pour leur refus de se plier un peu plus aux injonctions du chef de l’Etat, après avoir déjà courbé l’échine en faisant leur l’objectif gouvernemental de ramener le déficit à 3% à l’horizon 2013.
François Baroin était cependant invité pour présenter le projet de loi de finances rectificatives intégrant le volet financier du second plan de sauvetage de la Grèce au menu du Conseil des ministres du jour. 
Le nouveau locataire de Bercy, plus politique qu’économiste, a réussi le tour de force de ne pas bouger un sourcil en annonçant cette magnifique cathédrale budgétaire. On a donc entendu un ministre de l’économie expliquer que pour le second plan de sauvetage de la Grèce, la France allait contribuer pour 15 milliards d’euros (en plus de 16,8 milliards du premier plan de sauvetage) sur trois ans sans que cela ne viennent creuser les déficits. Mais que cela allait tout de même augmenter la dette de 15 milliards.
Magic Baroin multiplie-t-il les petites baguettes? Non. Il s’agit en fait de la trouvaille des cranes d’œufs de Bercy pour éviter de modifier la trajectoire de déficit de la France jusqu’en 2014 telle qu’elle a été fixée dans la loi de programmation des finances publiques pour les années 2011 à 2014. Comme le confirme François Baroin, « ce ne sera pas dans les éléments de traduction pour déficit excessif », autrement dit un euro utilisé pour ce type d’action ne creuse pas le trou du déficit contrairement à un euro utilisé pour investir dans l’éducation. 
Cela n’a nullement empêché François Baroin d’entonner dans ce qui est en passe de devenir « un tube de l’été  », selon le JDD : taper sur les socialistes pour leur opposition à la « règle d’or ».