TOUT EST DIT

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dimanche 25 septembre 2011

Grèce, quand l'Allemagne oublie ses dettes

L'histoire devrait inciter Berlin à plus de générosité envers Athènes. 


 6 avril 1941, la Wehrmacht envahit la Grèce. Hitler s'est lassé de voir que son allié Mussolini ne parvient pas à mettre au pas l'armée grecque, qui, depuis octobre 1940, lui résiste courageusement. Le Führer va lui faire payer cher ce combat désespéré. Commence en effet une occupation très dure qui va mettre la Grèce à genoux. Les historiens estiment qu'après la Pologne et l'URSS, la Grèce est le pays qui a le plus souffert de la barbarie allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Un chiffre : on évalue à 300 000 le nombre de personnes littéralement mortes de faim pendant cette période, du fait des privations liées à l'occupation nazie.

Après la Libération, l'Allemagne a dû accepter de compenser matériellement les souffrances et les pertes humaines que le Troisième Reich avait infligées aux populations occupées. Et après examen par une foultitude de commissions d'évaluation et des tergiversations qui devaient tenir compte de ce que l'Allemagne fédérale était devenue un allié précieux face au bloc soviétique, les réparations ont été définitivement fixées par un traité signé en 1953 à 41 milliards de dollars, payés par la seule Allemagne de l'Ouest à la Grèce.
Revanche
Or ces compensations ne tenaient pas compte d'une autre dette, facilement chiffrable puisqu'il s'agit d'un prêt forcé de 476 millions de reichsmarks que la Banque centrale de la Grèce occupée avait été contrainte de verser à Berlin, en 1941, au titre des contributions "à l'effort de guerre allemand". Un prêt à l'époque sans espoir de remboursement, dont l'Allemagne fédérale considère qu'il était compris dans les dommages de guerre dont elle s'est acquittée.
Seulement, quand on est, comme la Grèce, au bord de la faillite, tous les moyens sont bons. Et, comme croit le savoir Die Welt, certains à Athènes ont commencé à avancer que le prêt de 476 millions de reichsmarks fait sous la contrainte à l'Allemagne nazie ne pouvait être assimilé à un sinistre de guerre comme les autres. C'est, disent ceux qui exhument ainsi le passé, un emprunt dont la Grèce est en droit de demander le remboursement.
Or, selon les calculs des spécialistes, la somme libellée en reichsmarks correspond aujourd'hui à 14 milliards de dollars, environ 10 milliards d'euros. De plus, si on affecte ce montant d'un taux d'intérêt classique de 3 % sur 66 ans, on parvient à un total de 95 milliards de dollars, 68 milliards d'euros, soit un cinquième de la dette grecque. Certes, cela ne suffirait pas à renflouer le Trésor grec, mais cela améliorerait grandement la situation. Et cela constituerait surtout une jolie revanche d'Athènes sur un gouvernement allemand qui, depuis le début de la crise des dettes souveraines, est plus que réticent à apporter son aide au moins sérieux des pays du "club Med'", comme on le dit assez méchamment à Berlin.

dimanche 11 septembre 2011

11 Septembre, trop impensable pour s'y préparer

La force des terroristes, jusqu'aux attentats, c'est d'avoir un avion d'avance sur ceux qui cherchent à les empêcher de nuire.
Le 6 septembre 2001, cinq jours avant l'attentat du World Trade Center, George Bush, à bord d'Air Force One, l'avion présidentiel qui le ramène de ses vacances au Texas, consulte une note de la CIA. Son titre : "Ben Laden décidé à frapper les États-Unis". Il ne s'en inquiète pourtant pas plus que cela. Périodiquement, il a vu arriver sur son bureau des avertissements de ce genre, plus ou moins alarmistes, plus ou moins précis.

Depuis qu'en 1993 un commando islamiste a fait sauter une voiture piégée dans un parking du World Trade Center, l'Amérique est pourtant en état de vigilance extrême. Mais, au fond d'eux-mêmes, les responsables politiques n'arrivent pas à imaginer que cet ennemi invisible qu'est le terrorisme s'attaquera au sol américain. La preuve en est que l'état d'alerte du pays est à l'époque notoirement insuffisant, et les mesures de contrôle, alors confiées aux compagnies aériennes dans les aéroports, bien trop laxistes.

"Il y avait tellement de failles dans nos contrôles, reconnaît par exemple Mary Schiavo, qui était alors l'une des principales responsables de la sécurité des transports américains. Les terroristes n'avaient pas un risque sur deux de se faire prendre." D'ailleurs, même si certains des dix-neuf membres des quatre commandos ont fait sonner le détecteur de métaux le 11 septembre, aucun d'entre eux n'a été retenu plus que quelques minutes au filtre de sécurité.

En fait, le problème de notre fragilité face au terrorisme vient du fait que nous avons toujours un train - ou un avion - de retard. Nous n'avons cessé de répondre aux attaques en inventant des parades, mais jamais nous n'avons anticipé pour nous protéger. Exemples :

- Si aujourd'hui quand vous prenez l'avion, les agents de sécurité saisissent les ciseaux ou les limes à ongles de votre trousse de toilette, c'est justement parce que le 11 septembre, tous les membres des commandos postés dans les trois aéroports - Boston, Washington, Newark - ont pu monter à bord des avions qu'ils allaient détourner en dissimulant sans difficulté, au passage des portiques, les cutters dont ils feront un sanglant usage pour maîtriser les membres des équipages.

- Si vous êtes agacé parce qu'il vous est demandé de retirer vos chaussures avant de passer au détecteur, c'est parce que, le 22 décembre 2001, le Jamaïcain Richard Reid a failli faire sauter le vol American Airlines 63 qui reliait Paris et Miami, grâce à des explosifs dissimulés dans la double semelle de ses baskets. Les détecteurs de métal sont inopérants jusqu'à un centimètre au-dessus du sol.

- Et si on vous confisque la bouteille d'eau de toilette ou même le pot de confiture que vous vouliez ramener de voyage, c'est parce qu'en décembre 1994 Ramzi Yousef, membre d'al-Qaida, a fait exploser une bombe liquide à base de nitroglycérine dissimulée dans un flacon de produit pour lentilles de contact à bord d'un 747 à destination du Japon. Par chance, là aussi l'engin n'était pas placé à un endroit trop vulnérable pour l'avion et le commandant du vol 434 des Philippine Airlines a réussi à poser son appareil en catastrophe à Okinawa.

Sans même parler du scanner intégral, d'ailleurs pas vraiment au point, qui explore de façon intrusive votre intimité dans sa totalité, toutes ces mesures de prévention ont certes largement contribué à la diminution spectaculaire du nombre d'actes de terrorisme au moins dans les aéroports.

La seule victoire de Ben Laden, ce n'est pas d'avoir tué 3 000 innocents il y a dix ans, à New York, c'est de nous avoir obligés à modifier nos habitudes, de nous avoir imposé des contraintes souvent agaçantes ou dérangeantes dans nos voyages, c'est au fond de nous avoir condamnés à changer quelque peu notre vie.

jeudi 4 août 2011

Vote sur la dette, le djihad du Tea Party

Avec l'accord sur les coupes budgétaires qu'ils ont imposé à la Maison-Blanche, les républicains jouent contre l'Amérique, qu'ils vont contraindre à se brider jusqu'aux élections de 2012.

En 2008, dans les mois qui ont suivi son élection, Obama avait dit qu'il ressemblait probablement à un test de Rorschach. Cet exercice très prisé des psys, dans lequel le patient interprète librement, à sa manière, selon ce qu'il ressent ou perçoit, le pâté laissé par une tache d'encre sur une feuille de papier blanc. Rarement la métaphore aura été aussi justifiée, après une séquence au cours de laquelle le président des États-Unis vient, sur le fil du rasoir, de sauver son budget et d'éviter à son pays d'être déclaré en faillite. Car au lendemain de cette date butoir fatidique du 2 août, selon que l'on soit républicain ou démocrate, financier ou industriel, que l'on appartienne aux classes les plus aisées ou à la petite et moyenne bourgeoisie, on pense qu'Obama a cédé sur l'essentiel. Et qu'il a dû rengainer ses idées trop étatiques ou qu'il a piégé les républicains et empêché les idées anarcho-libérales du Tea Party de bloquer le programme social sur lequel il a été élu.
Bien sûr, cette bataille au couteau entre une Chambre des représentants à majorité républicaine et un Sénat à la tripe démocrate a donné un aperçu de ce que sera la campagne présidentielle de 2012. Mais est-ce cela, cette empoignade très politicienne, qui compte vraiment ? Ce qui importe pour l'Amérique et compte tenu de sa puissance et de son influence sur l'économie mondiale, c'est de savoir si les coupes dans les dépenses décidées par l'accord entre le Congrès et la Maison-Blanche - toutes les dépenses y compris militaires - ne vont pas affecter une croissance déjà bien atone : 0,8 % au premier semestre.
Idéologie suicidaire
Dans un éditorial du New York Times, Joe Nocera, citant un expert d'une firme d'investissement, explique qu'en économie "c'est comme dans un problème de fractions, il y a un numérateur et un dénominateur". Le numérateur, c'est la dette, le dénominateur, c'est la croissance. "Le problème, ajoute-t-il, c'est que nous avons augmenté sans cesse le numérateur et empêché le dénominateur de suivre. Il aurait fallu beaucoup de croissance pour diminuer la dette. Les mesures décidées cette semaine ne vont pas favoriser le PNB. Et donc doper le dénominateur."
En fait, ce sont les Bourses qui, comme souvent aux États-Unis, ont donné la vraie mesure de ce qui s'est passé cette semaine, et que le monde entier salue avec un assez lâche soulagement. Or, elles étaient largement orientées à la baisse. Le verre est donc plutôt à moitié vide qu'à moitié plein. Car même s'ils n'ont pas complètement réussi leur pari, les républicains, qui endossent de plus en plus les idées radicales du Tea Party, ont réussi leur coup : pour résorber la dette, ce ne sont pas les impôts des plus fortunés qui vont augmenter, comme il était prévu qu'ils le soient, ce sont les dépenses sociales, notamment pour les classes moyennes, qui vont être amputées. Un commentateur va même jusqu'à comparer le travail de sape qui a failli ruiner la confiance que le monde entier a dans la puissance américaine à une nouvelle forme de djihad. Une guerre sainte lancée cette fois non pas par des fanatiques venus d'ailleurs, mais par de bons Américains dévoyés par une idéologie suicidaire pour les États-Unis.

lundi 18 avril 2011

Katyn, l'un des pires massacres de Staline

Les communistes soviétiques éliminent, en avril 1940, l'élite de la Pologne. Ils feront porter le chapeau aux Allemands durant cinquante ans.
C'est pire qu'un massacre, c'est un abattoir, tant les gestes sont calculés, méthodiques, froids, précis, et surtout répétés en une procédure implacable, des dizaines et des dizaines de fois. Sans un tremblement, sans l'ombre d'une hésitation, sans une pause. Un homme à la fois, d'abord un noeud coulant passé autour du cou, puis les mains garrottées derrière le dos, trois pas à peine, le temps d'ébaucher une prière, il est saisi aux épaules par deux aides, une seule balle dans la tête tirée par un troisième. Le corps est déjà poussé sur un plan incliné et la flaque de son sang lavée d'un coup de seau.

4 404 officiers polonais au moins sont morts ainsi, ou plus expéditivement encore, exécutés au bord de la fosse commune qui allait les ensevelir, en avril 1940, dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, en Russie. À l'occasion de l'anniversaire de ce qui fut une tragédie pour la Pologne et pour le genre humain, Arte a eu la bonne idée de diffuser, le 14 avril, le sombre et magnifique film d'Andrzej Wajda, dont le père, capitaine au 72e régiment d'infanterie, fut parmi les victimes. Wajda, ardent patriote polonais, a toute sa vie voulu reconstituer l'histoire et, surtout, rétablir la vérité sur Katyn. Car à l'atrocité des faits s'est ajoutée la honte de leur négation pendant plus de 50 ans par les Soviétiques. Et leur travestissement pour accuser le coupable idéal, le Troisième Reich, responsable, il est vrai, de tant d'horreurs dans cette région d'Europe, et dans d'autres.

Épuration de classe

Lorsque les Allemands envahissent la Pologne, le 1er septembre 1939, ils sont suivis, quinze jours plus tard, par l'Armée rouge. En vertu de leur pacte d'août 1939, Hitler et Staline avaient décidé de se partager les dépouilles du pays. Tout de suite, les Soviétiques font prisonniers 250 000 soldats et officiers polonais. Les agents du NKVD, à qui Staline a demandé de s'occuper spécialement de ce dossier, libèrent une partie des soldats et livrent les autres aux Allemands. Mais ils gardent les officiers, pas seulement ceux de carrière, mais tous les réservistes, étudiants, médecins, ingénieurs, chefs d'entreprise, qui représentent l'élite de la Pologne. Afin de supprimer une menace potentielle pour le nouveau régime qu'il veut imposer à Varsovie, Staline décide de procéder à une véritable épuration de classe. Le 5 mars 1940, il donne l'ordre d'exécution des officiers polonais "nationalistes et contre-révolutionnaires". Le massacre de Katyn est acté.

Tout le monde l'ignorera, jusqu'à ce que l'armée allemande, qui s'est retournée contre l'URSS et a dénoncé le pacte germano-soviétique, envahisse la Russie occidentale et tombe sur les charniers. Dès avril 1941, des identifications sont faites, et de rares objets personnels rendus aux familles. Commence alors une monstrueuse polémique qui prend d'abord la forme, pendant toute la guerre, d'une campagne de propagande organisée par les nazis, accusant les officiers juifs de l'Armée rouge du forfait.

Des revolvers de marque allemande

À cette accusation répondra, pendant 50 ans, un déni total de responsabilité de la part de Moscou. Les communistes non seulement nient toute implication, mais appliquent leur tactique habituelle de l'amalgame, un terrorisme intellectuel très efficace, surtout à la fin de la guerre : ceux qui mettent en doute la thèse soviétique sont des pro-nazis. Au point qu'en 1944, Roosevelt refusera les conclusions d'une commission d'enquête défavorable aux Russes. Les Anglais feront de même après un rapport de leur ambassadeur auprès des Polonais qui aboutissait à la même conclusion. Même la Croix-Rouge refusera de rendre publique l'enquête qui lui a été remise par ses services précisant les responsabilités soviétiques du massacre. En dépit des protestations des Polonais libres - les autres sont devenus un satellite de l'URSS -, Katyn va être catalogué pendant toute la guerre froide comme "une tentative sans importance (sic) des Allemands pour retarder leur défaite".

Il faudra attendre Gorbatchev et la glasnost, vraie déstalinisation, pour qu'à la suite des travaux d'une historienne soviétique, l'URSS reconnaisse, en 1990, la responsabilité de sa police secrète dans la tuerie organisée par le chef du NKVD, Lavrenti Beria. Deux ans plus tard, Boris Eltsine, nouveau président russe, remet à Lech Walesa, président de la République polonaise, plusieurs documents émanant du comité central, dont l'ordre d'exécution des officiers polonais.

Dans ces archives, une note montre à elle seule le cynisme et la duplicité des communistes soviétiques : elle indique que les exécutions doivent être accomplies avec des revolvers Walther, de marque allemande, et des munitions allemandes, elles aussi, saisies en Estonie que l'URSS vient d'annexer. Dès 1940, alors qu'il était encore son allié, Staline avait donc monté une opération destinée à faire croire à la responsabilité de son compère Hitler dans les atrocités de Katyn.

mardi 8 février 2011

Printemps arabe, le risque est pour demain

La menace islamiste n'est pas qu'un fantasme des Occidentaux.

Ce printemps en hiver qui, de proche en proche, semble gagner tous les pays arabes du nord de la Méditerranée est évidemment un évènement aussi inattendu que fabuleux pour les idéaux démocratiques qui sont les nôtres. Voir après plusieurs dizaines d'années s'effondrer des régimes autocratiques, parfois brutaux et toujours corrompus, est une grande satisfaction pour tous ceux qui ne tiennent pas la déclaration des droits de l'homme pour une simple proclamation d'intention.

Constater, de plus, que ces manifestations sont, pour l'essentiel le fait de jeunes gens de la génération internet dont les mots d'ordre se transmettent grâce aux sites Facebook ou Twitter est le signe indéniable de la modernité d'un mouvement dont beaucoup croyaient qu'il ne pouvait jamais surgir dans ces pays arabes toujours prêts à s'enflammer pour d'autres causes plus ou moins défendables, mais pas pour des aspirations de liberté. De même qu'en 1989 on ne pouvait pas imaginer que les peuples d'Europe de l'Est viendraient à bout du mur de Berlin grâce à leur seule détermination, et entraîneraient dans la foulée la fin d'un empire communiste dont, depuis plus de quarante ans, les accès de mauvaise humeur ou de folie nous faisaient trembler.


Premier acte

Pourtant, quitte à prendre le risque de jouer les rabat-joie, il faut bien rappeler qu'en Égypte, comme en Tunisie, et encore plus au Yémen ou en Jordanie, ce qui vient de se passer n'est que le premier acte d'un grand chambardement dont la fin est loin d'être écrite et les bénéficiaires pas forcément ceux que l'on espère. Les mouvements qui sont en embuscade derrière les sympathiques manifestants du Caire ou de Tunis ne sont pas forcément ceux que l'on peut souhaiter voir demain remplacer les dictateurs mis en fuite par la rue.

Les islamistes, puisqu'il faut bien les appeler par leur nom, ne sont pas, loin s'en faut, des parangons de démocratie, des défenseurs des droits des femmes et des libertés publiques, ni des amis naturels de l'Occident. Il n'y a qu'à voir ce qu'est devenue depuis 1979 et le retour de Khomeini la République islamique d'Iran.

Le cas Israël

En Égypte, par exemple, la menace des Frères musulmans ne doit pas être uniquement tenue pour un fantasme qui permettait à l'Occident de se donner bonne conscience en soutenant une dictature maladroite et à bout de souffle. Les Frères musulmans sont le seul groupe d'opposition constitué du pays. Bien qu'ils n'aient pas participé aux dernières élections, on estime leur capacité de mobilisation à 30 % au moins de la population. Mohamed El Baradei, qui semble avoir accepté de jouer leur parrain, dit qu'ils ont bien changé, que leur action auprès des pauvres et des sans-abri témoigne de la modestie et de l'altruisme de leurs ambitions. Mais leur réseau d'aide sociale leur a aussi permis de noyauter toutes les couches populaires. Le loup ne sait-il pas toujours faire patte de velours pour endormir la méfiance du chaperon rouge ?

Car ce mouvement des Frères musulmans, aujourd'hui, dit-on, bien raisonnable, a tout de même enfanté le Hamas, dont l'intransigeance a toujours empêché les Palestiniens d'avoir les coudées franches pour mener jusqu'à leur terme les négociations avec Israël. Et s'il dit avoir renoncé à l'action armée à l'intérieur des États arabes, il reste totalement mobilisé contre Jérusalem. Il a pour programme un État islamiste dont la charia serait la loi et dont le premier acte, s'il arrivait au pouvoir, serait probablement de dénoncer le traité de paix signé par Sadate avec les Israéliens en 1979. Un acte qui déstabiliserait le Proche-Orient, qui n'en a pas besoin. Car après avoir vu le Hezbollah, manipulé par l'Iran, s'installer à sa frontière nord, Israël assisterait à la naissance d'un État islamiste à sa frontière sud. Pour donner des complexes d'encerclement, on ne peut guère faire mieux. Les Israéliens vont finir par espérer, ce qui serait un comble, que leur ennemi de toujours, le Syrien Assad, ne soit pas lui aussi emporté par la rue.

 

vendredi 21 janvier 2011

Américains ou israéliens, ces hackers qui peuvent faire plier l'Iran

Au moment où les négociations reprennent avec Téhéran, le sabotage numérique du programme nucléaire iranien ouvre de nouvelles perspectives

L'Iran va-t-il accuser le coup après l'attaque par un virus informatique de ses installations nucléaires qui a durablement affecté leur capacité d'enrichissement de l'uranium ? On va le savoir très vite. Les 21 et 22 janvier a lieu, en effet, à Istanbul, la reprise des négociations entre le régime islamique et les six pays - États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Russie, Chine - qui cherchent à empêcher Téhéran de se doter de l'arme nucléaire. Quitte à lui faciliter l'accès au nucléaire civil.
Or, pour la première fois depuis longtemps, la position de l'Iran, qui depuis des mois joue au chat et à la souris avec ses interlocuteurs, peut paraître affaiblie. La raison : le virus informatique "stuxnet", introduit dans les ordinateurs du programme nucléaire iranien, qui semble avoir détruit 20 % des capacités d'enrichissement d'uranium de ses centrifugeuses. Au point que l'ancien patron du Mossad, les services secrets israéliens, Meir Dagan, a révélé il y a quelques jours que la perspective d'une bombe atomique iranienne, dont on pensait qu'elle pouvait être imminente, est retardée d'au moins quatre ans. Prudemment, Hillary Clinton, la Secrétaire d'État américaine, a constaté : "Cela nous donne du temps, mais pas trop de temps."
Une histoire d'espionnage au temps du numérique
Cette fenêtre d'opportunité pour intensifier négociations et pressions sur Téhéran est la conséquence d'une affaire très romanesque, une histoire d'espionnage à la John Le Carré pour une époque dominée par le numérique, où les virus informatiques complètent avantageusement les pistolets à silencieux dans la panoplie des services action.
Tout commence dans les derniers mois de la présidence Bush. L'inquiétude des Israéliens sur les progrès accomplis par les Iraniens pour fabriquer leur bombe est à son maximum. Dans la perspective d'un raid éventuel sur les sites hypergardés et protégés où les Iraniens poursuivent leur programme, ils cherchent à obtenir des Américains ces bombes capables de percer des épaisseurs de béton très importantes, utilisées au moment des bombardements sur Bagdad dans la guerre en Irak. À ce stade intervient une contre-proposition des Américains : plutôt que des raids qui provoqueraient des tempêtes de protestation dans le monde arabe, pourquoi ne pas essayer de désorganiser le programme nucléaire iranien ? L'objectif est de gagner du temps et de retarder ce programme au moins autant que le feraient les destructions causées par un raid aérien.
Répétitions dans une base secrète du Neguev
Deux méthodes vont être utilisées par les Israéliens et les Américains. La première est classique : des assassinats ciblés d'hommes clés du projet nucléaire. C'est ainsi que Massoud Ali Mohammadi, il y a un an, puis, en novembre, Majid Shahriari sont tués par l'explosion d'une bombe placée sous leur voiture. Évidemment, il n'y aura aucune revendication.
Beaucoup moins classique (comme l'a révélé le 16 janvier le New York Times), dans le même temps, des scientifiques israéliens travaillent dans la base secrète de Dimona, dans le désert du Neguev (celle où les Israéliens ont fabriqué leur propre bombe) sur des centrifugeuses Siemens du même modèle que celles utilisées par les Iraniens pour enrichir l'uranium dans leur centre de Natanz. Ils réussissent à concocter un virus informatique qui, une fois introduit dans le logiciel qui gère les centrifugeuses, sera totalement indétectable, mais qui, le moment venu, enverra des ordres tels aux machines que celles-ci se mettront à tourner à une vitesse telle que les rotors des centrifugeuses ne la supporteront pas et casseront. C'est ce qui semble s'être passé à la fin de l'été. D'ailleurs, en novembre, le Premier ministre iranien Ahmadinejad a reconnu que le programme nucléaire iranien avait eu quelques soucis techniques.
Tout le problème est donc maintenant de savoir si les Iraniens vont suffisamment comprendre le message et se plier aux demandes des Occidentaux, des Russes et même des Chinois. Avant que les négociations ne reprennent, il y a eu deux indices contradictoires : le premier, une déclaration d'Ahmadinejad déclarant que "le Conseil de sécurité pouvait bien voter 100.000 résolutions, cela ne changerait rien à la détermination des Iraniens". Le second pourrait être interprété comme plus encourageant... quoique : l'ambassadeur d'Iran à l'ONU Mohamed Khazace a déclaré qu'il était "vital" que les Six reconnaissent à l'Iran "un rôle d'acteur essentiel dans les affaires de la région avec une capacité nucléaire [une pause]... pacifique", a-t-il précisé. S'il s'agit seulement de reconnaître l'importance stratégique de l'Iran, on peut en effet discuter.

vendredi 14 janvier 2011

Un gouvernement tombe au Liban et c'est toute la région qui risque de s'embraser

Après la chute du gouvernement Hariri, les Israéliens peuvent-ils accepter de laisser les mains libres au Hezbollah ? 

  La chute du gouvernement libanais conduit par Saad Hariri n'est pas seulement une péripétie de la vie politique du pays du cèdre. Ce peut être le signe avant-coureur d'une nouvelle déflagration comparable à la guerre qui, entre 1975 et 1990, avait ensanglanté le Liban (probablement 200.000 morts) et quasiment détruit son économie. Avec une "réplique", comme on dit pour les tremblements de terre, entre 2006 et 2008. Seulement, cette fois, le risque est plus grand que d'autres acteurs déjà impliqués à l'époque - Israël, l'Iran et la Syrie - le soient encore plus directement. Un risque majeur de crise pour toute la région, qui aura obligatoirement des retombées pour l'Occident, les États-Unis et la France, en première ligne.
La crise libanaise de ce début 2011 a été provoquée par la démission du gouvernement d'union nationale, de onze ministres appartenant au Hezbollah, le parti chiite ouvertement soutenu, financé et armé par l'Iran et accessoirement par la Syrie. Leur motivation n'a rien à voir avec un quelconque désaccord sur la politique menée par Hariri. Ils lui reprochent de refuser de désavouer par avance les conclusions du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), qui, sous l'égide de l'ONU, enquête sur les circonstances de l'assassinat de Rafik Hariri, le père de l'actuel Premier ministre, tué le 14 février 2005 par l'explosion d'une bombe surpuissante sur le trajet de sa voiture, pourtant blindée. Le rapport du Tribunal spécial doit être connu avant la fin janvier, mais tout le monde sait déjà qu'il va désigner comme principaux coupables les dirigeants du Hezbollah. Ceux-ci ont donc décidé de prendre les devants en accusant les juges de l'ONU d'avoir mené leur enquête à partir de faux témoignages et sur des rapports d'écoutes téléphoniques trafiqués par les Israéliens. Ils ont donc donné le coup de grâce au fils avant d'être reconnus coupables du meurtre du père.
L'effet papillon
Le problème est que la chute d'un gouvernement à Beyrouth n'est jamais anodine. en raison de la propension spontanée des Libanais à régler leurs conflits par les armes. Or, des armes, il n'y en a jamais eu autant au Liban. Cela fait des mois, en effet, que les Occidentaux s'alarment de voir le Hezbollah renforcer régulièrement son arsenal en provenance d'Iran et souvent en transit par la Syrie. Si le parti chiite est tenté de s'en servir pour confisquer le pouvoir à son profit, il créera une situation inacceptable pour Israël : celle d'avoir, à sa frontière nord, un pays non seulement allié mais télécommandé par l'Iran, dont le président ne cesse de réclamer la destruction de l'État juif. D'autant que la menace de vie ou de mort n'aura sans doute jamais été aussi présente pour Jérusalem. Les experts militaires - et pas seulement les Israéliens - estiment au chiffre effarant de 50.000 le nombre de missiles empilés par le Hezbollah dans ses repaires. Avec une sophistication, des portées et des charges explosives sans commune mesure avec celle des engins utilisés pendant la dernière crise de 2008. Autant dire que ce serait la vie de civils israéliens de Jérusalem à Haïfa et jusqu'à Eilat, et pas seulement dans les villages frontaliers, qui serait, cette fois, menacée. Si pour une raison ou une autre, Israël perd la retenue qu'il a manifestée depuis que la crise libanaise est intervenue, la tentation est grande de frappes préventives, contre le Hezbollah au Liban d'abord, puis contre les installations nucléaires de l'Iran ensuite.
On voit comment ce qui commence par une simple crise gouvernementale au Liban peut devenir un vrai séisme géopolitique impliquant des pays concernés par tout ce qui bouge au Proche Orient, comme les États-Unis et la France. Ce n'est pas tout à fait par hasard si les onze ministres du Hezbollah ont annoncé leur démission juste au moment où le Premier ministre libanais Saad Hariri allait être reçu par Barack Obama à la Maison-Blanche avant de rencontrer, jeudi, Nicolas Sarkozy.

CHIRAC A DU SOUCI À SE FAIRE, OÙ VA-T-IL HABITER ??

dimanche 12 décembre 2010

Obama plus centriste 
que Borloo ou Bayrou

Le président des États-Unis a compris l'importance de satisfaire les électeurs indépendants qui l'ont amené au pouvoir.
Sous la Révolution française, on appelait cela le Marais. Sous la IIIe et la IVe République, les radicaux. Dans la France d'aujourd'hui, on les dit centristes. Les Américains, peut-être plus réalistes, les baptisent indépendants. Dans presque tous les pays démocratiques, ils représentent cette masse d'électeurs qui ne sont encartés à aucun parti, ne sont sensibles à aucune idéologie, se définissent comme modérés et sont susceptibles, selon les élections et les chefs de file qui les incarnent, de voter plus à droite ou plus à gauche et souvent de faire basculer des majorités.

Ce sont eux qui ont fait élire pour la première fois, avec Obama, un Noir démocrate à la Maison-Blanche. Aux élections du mid-term, en novembre dernier, ce sont encore eux qui lui ont fait perdre sa majorité à la Chambre des représentants, en lui permettant seulement de sauver d'un cheveu celle du Sénat. Non pas parce qu'ils ont voté à droite et pour les candidats populistes du Tea Party. Mais parce qu'ils ont purement et simplement abandonné le camp Obama dont ils avaient fait le succès en 2008. Déçus par un président qui leur avait promis le changement, et notamment la maîtrise de leurs problèmes à l'échelon local, et s'est révélé plus sensible que quiconque aux pressions étatistes et aux diktats de l'administration fédérale. Il a de plus donné la fâcheuse impression d'avoir, dans la crise financière, obéi au lobby des banques en sauvant la mise de ceux qui avaient déclenché la crise. Enfin, il s'est précipité pour satisfaire l'aile libérale du parti démocrate (c'est dire gauchiste) en faisant voter, à marche forcée, une loi sur l'assurance maladie qui lui a valu d'être taxé de "socialiste" (qualificatif presque infamant aux États-Unis) et qui de plus ne satisfait même pas ceux qui vont en bénéficier.

Le parti du bon sens

"Chaque fois qu'un responsable politique se rapproche trop des extrêmes, les électeurs le lui rappellent à la première occasion", énonce Steven Ekovich, professeur à l'université américaine de Paris. La leçon n'a pas échappé à la Maison-Blanche. Obama a en effet tiré les leçons de sa "déculottée" des mid-term et pris un virage, dont le grand éditorialiste du Washington Post, David Broder, dit déjà qu'il sera peut-être la clé de sa future réélection en 2012. Après un mois d'hésitation, le président a mangé son chapeau et accepté le 7 décembre, à la demande des républicains, de reconduire les réductions d'impôts décidées, ô horreur, par son prédécesseur, George Bush, en échange d'une amélioration du sort des chômeurs. Il a ainsi pris le risque de paraître céder aux vainqueurs. En réalité, il a repris l'initiative en matière économique, mécontenté l'aile gauche du parti démocrate qui hurle maintenant à la trahison, mais satisfait les centristes, les fameux indépendants.

N'en déplaise à Jean-Louis Borloo ou à François Bayrou, il n'est pas nécessaire d'avoir des structures, une formation, des congrès, des militants, pour gagner les élections. Il faut être simplement à l'écoute du parti le plus important, celui de la modération et du bon sens.

samedi 2 octobre 2010

Social-démocratie contre socialisme anachronique : leçon de fair-play

La guerre des Atrides n'aura pas lieu. Les frères ennemis du Parti travailliste anglais ne se déchireront plus. Du moins pour le moment. Dans un geste d'une rare élégance, David Miliband, 45 ans, ancien ministre des Affaires étrangères, battu d'un petit point par son frère Ed, 40 ans, pour la direction du Labour, a décidé de jeter l'éponge. Il se retire du shadow cabinet afin de ne pas gêner son cadet par sa seule présence dans le gouvernement fantôme et les instances dirigeantes du parti.

Il faut dire qu'Ed et David ont beau être les fils d'un intellectuel marxiste, espèce assez rare au Royaume-Uni, le premier a incontestablement mieux assimilé les idées de son père au point d'avoir été surnommé par la presse "Ed le rouge". D'ailleurs, les seuls discours prononcés par l'un et l'autre depuis le résultat-surprise de l'élection au Parti travailliste, le 25 septembre, sont, sur ce point, révélateurs : David Miliband y a évoqué les défis qui attendaient son parti maintenant qu'il est dans l'opposition, tandis qu'Ed consacrait son allocution à faire un réquisitoire en règle de la politique économique du gouvernement de Gordon Brown... auquel appartenait David. Ambiance !

Recentrage

Cela fait des années que les deux frères manifestent ouvertement leur désaccord. Gauche anachronique d'avant Margaret Thatcher ou nouvelle gauche à la Tony Blair. Mais leurs différends étaient plus facilement gérables quand le Labour était au pouvoir. Et que David était sur le devant de la scène. Lui qui a toujours été jugé le plus brillant et le plus innovateur des deux, même par leur père, l'idéologue marxiste. Lui qui était le favori des sondages pour prendre le parti et n'a été battu dans un scrutin à trois collèges électoraux que par le vote des syndicats, alors que militants et députés avaient voté majoritairement pour lui.

Au fond, en acceptant de quitter le devant de la scène alors que personne ne l'y obligeait, David Miliband va peut-être permettre à Ed de faire plus facilement un recentrage qui paraît indispensable pour l'avenir de son parti, s'il ne veut pas, dans une Europe où la gauche est devenue partout ou presque sociale-démocrate, retomber dans les errements des gouvernements travaillistes des années 1970, style Wilson et Callaghan, ou dans ceux de certains archaïques du Parti socialiste français, style Henri Emmanuelli ou Benoît Hamon.