TOUT EST DIT

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mardi 12 juillet 2011

Prolonger l'opération en Libye, jusqu'où ?

Ainsi que le veut la Constitution, quatre mois après le début de l'intervention militaire en Libye, le Parlement français est appelé, aujourd'hui, à autoriser ou non la poursuite de l'engagement des forces armées. Aucune surprise n'est à attendre. Un assez large consensus devrait se dégager pour la poursuite d'une opération devenue, pourtant, de plus en plus singulière au fil des mois.

Officiellement, il est interdit de parler de guerre même si, depuis le 19 mars, le territoire libyen est un champ de bataille sur lequel nos avions larguent des munitions. Officiellement, cette opération est menée sous l'égide de l'Otan, même si une large majorité de ses pays membres n'y participent pas et si les États-Unis se sont placés, pour la première fois, en retrait. Officiellement, le colonel Kadhafi n'est pas un objectif militaire en tant que tel. Enfin... il l'a été sans l'être explicitement et, apparemment, ne le serait même plus. Plus tout à fait.

Les raisons de ces ambiguïtés étaient campées dès le 19 mars et parfaitement délimitées par le texte, autant que par les non-dits, des deux résolutions (1970 et 1973) du Conseil de sécurité de l'Onu légitimant l'intervention. La première posait un veto préalable à toute intervention terrestre, la seconde autorisait le recours à tous les moyens pour protéger les populations civiles.

On savait que les États-Unis ne voulaient pas ouvrir un nouveau front. Ils ont donc adopté une attitude de retrait alors que, durant la première guerre du Golfe, les opérations en Bosnie et au Kosovo, les interventions en Afghanistan et en Irak, ce sont eux qui dirigeaient les opérations. Cette fois, l'Europe est mise face à ses responsabilités et, dans cette affaire, seuls Londres et Paris ont assumé le rôle d'ordinaire tenu par les Américains.

En ont-ils les moyens ? Jusqu'à quand ? Dans quel but ? Toutes ces questions seront en toile de fond du débat parlementaire d'aujourd'hui. L'intervention a déjà coûté à Paris plus d'un million par jour qui vient s'ajouter à l'autre million déjà dépensé pour l'Afghanistan. Les enquêtes d'opinion commencent à montrer que le soutien initial des Français s'effrite de semaine en semaine.

Car si, en quatre mois, la rébellion a progressé au Nord-Ouest (grâce notamment au récent parachutage d'armes acheminées par la France) et si le front s'est stabilisé à l'est de Tripoli, rien pour l'heure ne permet de présenter comme imminente la chute de Kadhafi. Tripoli reste à prendre.

Or, à la veille d'une année électorale, le temps presse pour Paris. Pour des raisons budgétaires, mais aussi d'opportunité politique. La France a eu un rôle moteur dans l'intervention, elle ne voudrait pas le garder dans l'enlisement. Cet enlisement porte un nom : Mouammar Kadhafi, dont le maintien au pouvoir au-delà de l'été résonnerait comme une insolence de plus en plus embarrassante.

Cela explique la politique des deux fers au feu pratiquée depuis quelques semaines. D'un côté, Paris accentue la pression militaire au point de livrer des armes au Conseil national de transition ; de l'autre, on multiplie les contacts, on négocie en coulisse une sortie de scène de l'imprévisible Guide libyen. Il y a quatre mois, il fallait sauver Benghazi. Ce fut fait. La question posée aujourd'hui aux parlementaires est d'autant moins simple que le départ de Kadhafi, souhaité par tous, ne peut pas venir du ciel.

L'union sacrée autour de la Grèce se fissure

Les modalités d'une participation du secteur privé à un second plan d'aide à la Grèce continuent lundi de diviser les responsables européens tandis que Christine Lagarde au FMI n'est pas "prête à parler d'un deuxième plan d'aide".

Les modalités d'une participation du secteur privé à un second plan d'aide à la Grèce continuaient lundi de diviser les responsables européens, qui ont engagé une série de réunions cruciales à Bruxelles sur fond de défiance des marchés à l'égard de la zone euro.
Selon une source proche de ces réunions, aucune décision ne devrait intervenir lundi et les ministres devraient appeler à ce qu'un travail technique soit réalisé sur plusieurs solutions techniques visant à réduire le fardeau de la dette grecque avec pour objectif de parvenir à un accord d'ici fin juillet.
Les trois options actuellement sur la table sont celle proposée par la France d'un "roll-over" de la dette grecque arrivant à maturité d'ici 2014, celle d'un rachat d'obligations par l'Etat grec et celle d'un "swap" d'obligations grecques existantes contre de nouveaux titres à la maturité allongée.
Les discussions portent également sur la possibilité de modifier la ligne européenne agréée fin juin tour à tour par les ministres des Finances puis les chefs d'Etat et de gouvernement selon laquelle un "défaut sélectif" doit absolument être évité.
Face aux difficultés à s'entendre, les ministres ont suspendu leurs discussions après 21h00. Celles-ci ont repris vers 22h00, mais sans garantie à ce stade de parvenir à une solution, a-t-on appris de source diplomatique.
"Il est très probable qu'une nouvelle réunion de l'Eurogroupe soit convoquée pour la fin juillet, afin de valider les solutions sur lesquels des groupes techniques travailleront d'ici là", a dit une source.
Une source familière avec les positions allemandes a d'ailleurs indiqué que Wolfgang Schäuble avait remis sur la table des discussions la possibilité d'un échange d'obligations.
Cette dernière option, qui permettrait de réduire de manière conséquente le fardeau de la dette grecque via une participation du secteur privé, avait déjà été proposée par l'Allemagne et discutée début juin avant finalement d'être écartée car elle impliquait un "défaut sélectif" de la Grèce, auquel s'opposait la Banque centrale européenne et la France.
Mais l'Allemagne a jugé que les deux autres options d'un rachat d'obligations et d'un "roll-over" étaient "problématique" ou n'auraient aucun effet significatif.
Changement de discours au FMI.
Quant au Fonds monétaire international, il n'est pas encore en mesure d'évoquer les conditions ou les termes d'un deuxième plan d'aide à la Grèce, a déclaré lundi sa directrice générale, Christine Lagarde, lors de sa première table ronde avec les agences de presse de Washington.
"A mes yeux, nous n'en sommes pas au stade des discussions sur les conditions et les termes, la durée et le volume, et rien ne doit être tenu pour acquis", a-t-elle averti.
Divisés sur les modalités d'une participation du secteur privé, les pays de la zone euro ont décidé de différer leurs décisions sur ce dossier, prenant le risque d'une accélération de la contagion à des pays comme l'Espagne et l'Italie.
"En ce moment, l'Italie est clairement confrontée à des problèmes, qui sont essentiellement dus au marché et auxquels, j'en suis sûre, le gouvernement italien et ses partenaires seront attentifs", a-t-elle poursuivi, souhaitant davantage de croissance à l'appui des mesures de consolidation budgétaires.
Le FMI a procédé récemment à un examen de la situation économique de la Péninsule et "certains chiffres italiens sont excellents", a souligné l'ex-ministre française des Finances, qui a succédé début juillet à Dominique Strauss-Kahn.
Christine Lagarde a par ailleurs indiqué sans plus de précisions que des changements de l'organigramme du FMI seraient annoncés mardi.
Le Chinois Min Zhu, conseiller spécial de Dominique Strauss-Kahn, devrait être nommé à un poste de directeur général adjoint créé par la directrice générale, dit-on de source proche de l'institution.
Tout notre temps...
Les responsables de la zone euro ont le temps, jusqu'à septembre, pour convenir d'un deuxième plan de sauvetage pour la Grèce, a estimé mardi le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble.
"Nous avons le temps sur la Grèce. La prochaine tranche (d'aide) est prévue en septembre", a dit le ministre dans une interview sur la station de radio Deutschlandfunk. "D'ici là, un nouveau programme doit être décidé.
Les ministres des Finances de la zone euro se sont entendus lundi pour revoir à nouveau les conditions et le champ d'intervention du fonds de sauvetage "zone euro" (FESF) mais ont en revanche renvoyé à une date ultérieure toute décision sur la participation du secteur privé à un second plan d'aide à la Grèce.

Grèce, Italie : Merkel met la pression pour résoudre la crise de la dette

Alors que les principaux responsables économiques européens se réunissaient, lundi 11 juillet, pour entamer une série de discussions sur le deuxième plan d'aide à la Grèce, la chancelière allemande Angela Merkel a pressé ses partenaires de prendre des décisions rapides sur ce nouveau plan de sauvetage. Elle a également demander à l'Italie de montrer sa bonne volonté pour redresser ses finances publiques.


La Grèce a besoin d'un nouveau plan d'aide "à très très courte échéance", a déclaré Mme Merkel lors d'une conférence de presse, une injonction à ses partenaires à se mettre d'accord rapidement sur les modalités d'une aide à Athènes, si possible avant septembre. "L'Allemagne n'a jamais dit qu'il fallait attendre jusqu'à l'automne" pour préciser le plan d'aide à la Grèce, avait dit un peu plus tôt son porte-parole, Steffen Seibert.
LA BOURSE DE MILAN CHUTE DE PLUS DE 4%
A Bruxelles, le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble a même été plus loin en déclarant : "S'il n'avait tenu qu'à l'Allemagne, nous aurions déjà un nouveau programme pour la Grèce, mais tout le monde n'était pas prêt."
La situation sur les marchés, où l'Italie est dorénavant dans le collimateur des investisseurs en raison des craintes de contagion de la crise de la dette, renforce la pression sur les dirigeants européens pour trouver une solution rapide pour Athènes. L'indice vedette de la Bourse de Milan, le FTSE MIB, creusait ses pertes lundi vers 16 heures et chutait de plus de 4 %.
L'Italie justement "doit envoyer elle-même un signal important qui est l'adoption d'un budget répondant à des exigences d'économies et de consolidation", a aussi désiré la chancelière allemande. "J'ai eu hier au téléphone à cet effet le président du conseil", a-t-elle déclaré.
Le gouvernement italien avait mis au point, jeudi 7 juillet, un plan de rigueur de 40 milliards d'euros d'ici 2014, devant être adopté par le Parlement "avant la pause estivale", mais celui-ci n'a pas convaincu les investisseurs.
LE SPECTRE DE LA CONTAGION
Ceux-ci s'inquiètent de vives tensions apparues au sein de l'équipe gouvernementale italienne, ainsi que d'un début de scandale autour du ministre des finances, Guilio Tremonti. Signe que le marché redoute un sauvetage de l'Italie, après ceux de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal, les taux d'intérêt sur la dette italienne à dix ans atteignent un niveau record. Lundi, l'emprunt italien à dix ans pointait à 5,4 % environ, soit le double du taux d'intérêt attaché à son équivalent allemand, le Bund.
Mme Merkel s'est dite "fermement convaincue" que le Parlement italien adopterait rapidement le budget transposant le plan de rigueur, qualifié de "très convaincant" par son ministre des finances.
M. Schäuble a tenté de minimiser les craintes de contagion de la crise à l'Italie, jugeant que les spéculations en ce sens constituaient "l'énervement habituel avant de telles réunions" et qu'il ne fallait "pas les prendre trop au sérieux".
A un déjeuner de travail réunissant plusieurs hauts responsables européens suit à Luxembourg une réunion des ministres des finances de la zone euro. Selon Berlin, le cas italien n'est pas à l'ordre du jour lundi, et la Grèce reste la priorité.
La chancelière, dont le pays est le plus gros contributeur aux aides consenties aux pays européens en difficulté, a rappelé que "tous les partenaires de la zone euro étaient fermement décidés à défendre la stabilité de l'euro dans son ensemble".

Grèce et Israël: la nouvelle idylle méditerranéenne

La crise des flottilles, au départ du Pirée et à destination de Gaza, intervient au moment où Israël et la Grèce se rapprochent. Le président grec effectue une visite de deux jours dans le pays, jusqu'à mardi. Une première dans l'histoire des relations entre les deux pays.

Il ne doit pas en revenir lui-même: Carolos Papoulias, le président de la République hellénique, a posé ce dimanche le pied sur le sol israélien. Celui qui fut naguère un ardent zélote de la politique arabe de la Grèce entre dans l'Histoire comme le premier chef de l'Etat grec à venir en Israël. 
Georges Papandréou, le chef du gouvernement y est certes passé en 2010 pour amorcer un rapprochement inédit avec l'Etat Hébreu. Une première également. Surtout que son père Andréas Papandréou, ancien Premier ministre, était un fidèle soutien de Yasser Arafat. Lorsque ce dernier fut obligé de quitter le Liban en 1982 sous la menace de l'armée israélienne, c'est en Grèce qu'il se rendit, avant de trouver refuge à Tunis. 
Les temps ont changé. Ce changement de cap diplomatique s'illustre par le soutien des Grecs dans la crise des flottilles, remarqué par Shimon Peres qui les en a remercié ce lundi matin
Plus la Turquie s'éloigne, plus la Grèce se rapproche
Athènes n'a jamais été un chaud supporter de l'Etat hébreu par le passé. Il n'existe une ambassade grecque à Tel-Aviv que depuis 1990. L'alliance avec l'ennemi atavique turc n'avait pas franchement aidé à l'amitié avec les Hellènes. 
L'assaut meurtrier du Mavi Marmara l'an dernier, puis l'échec des négociations la semaine dernière avec Ankara, ont encore rapproché les deux nouveaux alliés. 
A la suite de cette affaire, la Turquie avait d'ailleurs fermé son espace aérien à Tsahal... qui était du coup venue s'entraîner au dessus du territoire grec. L'antagonisme est mécanique: à mesure que l'alliance turque se refroidit, les relations avec la Grèce se réchauffent. 
L'axe Athènes-Tel-Aviv qui se dessine pourrait aboutir sur la construction d' un pipeline, comme le notait The Economist en novembre dernier. Les champs gaziers trouvés au large des côtes israéliennes pourraient être acheminés en Europe via un gazoduc sous-marin qui déboucherait dans le Péloponnèse. Vu la situation économique de la Grèce, ça ne peut qu'être une bonne nouvelle pour elle. Problème, Israël, Chypre et le Liban se disputent toujours quant au légitime propriétaire de ces hydrocarbures. 
La question des Grecs orthodoxes d'Israël
Le sort réservé à l'Eglise grecque orthodoxe de Jérusalem, toujours dirigée par un Grec guidant une communauté arabe, constitue la pierre d'achoppement entre la Grèce et Israël. Il influait sur la politique pro-palestinienne d'Athènes. Celle-ci se veut en effet la protectrice de ces croyants, présents en Terre Sainte depuis les premiers temps du christianisme. 
Cette communauté est peu en phase avec les autorités israéliennes, comme l'illustre l'affaire du patriarcat de Jérusalem en 2005. Le patriarche Irénée 1er a été déposé par le Synode pour avoir vendu indûment, selon ses adversaires, des biens de la communauté à des investisseurs juifs. Israël a mis deux ans pour reconnaître sa déposition. Le patrimoine de la communauté grecque orthodoxe est un enjeu politique majeur dans la vieille ville de Jérusalem et dans le pays, où elle constitue l'un des premiers propriétaires fonciers. Le parlement israélien, la Knesset, est même construit sur un terrain loué au Patriarcat de Jérusalem. 
Pourtant, les églises chrétiennes de Jérusalem se plaignent du traitement par les autorités israéliennes de leurs biens historiques. L'historien-voyageur anglais William Dalrymple, dans son ouvrage "Dans l'ombre de Byzance: Sur les traces des chrétiens d'Orient", observait que "les découvertes archéologiques liées au judaïsme étaient traitées avec soin et respect mais que les vestiges chrétiens, eux, ne bénéficiaient d'aucune attention". La nouvelle alliance devra se saisir de cette question, si elle ne veut pas en rester au stade d'une idylle estivale. 

Plus de démocratie ne règle rien

L’Union européenne est confrontée à une multitude de problèmes. Mais ce n'est pas dans un partage des responsabilités qu'elle trouvera son salut. Les élites doivent au contraire étendre leur pouvoir, écrit le politologue Herfried Münkler. Extraits. 

Entre leurs réactions contradictoires face aux révoltes du monde arabe et leurs hésitations devant la crise de l’euro, les élites politiques européennes offrent en ce moment un bien triste spectacle. Cédant tour à tour à l’indécision, à la paralysie et à la fuite en avant, les responsables européens accumulent erreur sur erreur dans l’espoir de reprendre le contrôle des marchés.
Depuis qu’elles doivent apporter la preuve de ce qu’elles avancent depuis si longtemps – à savoir que l’Europe est une grande puissance mondiale aux plans politique et économique -, les élites européennes ne cessent de trébucher. Toutefois incapables de reconnaître leurs erreurs, elles célèbrent en chacun de ces faux pas le salut de l’Europe et de la monnaie unique. La déplorable image de l’Europe aujourd’hui est en bonne partie due à l’impuissance de ses élites. 

Améliorons les compétences légales des élites

Devant une telle faillite des élites, il n’est guère surprenant d’entendre des appels renouvelés à une démocratisation de l’Europe. Comme si le peuple devait réussir là où les élites ont échoué. Puisqu’il doit de toutes façons payer pour les erreurs de ces dernières, pourquoi ne pas réclamer un pouvoir accru sur le gouvernement de l’Europe ? 
Si à première vue ce raisonnement paraît logique, il est pourtant loin d’être avisé. Les élites de Bruxelles et de Strasbourg garderont en effet toujours la haute main sur l’Europe, même après sa démocratisation. Le seul pouvoir du peuple européen – si tant est que celui-ci existe – consisterait à réagir devant les échecs manifestes des responsables et à les remplacer par des élites de l’opposition. Il n’est pas certain que cela change fondamentalement quelque chose.
L’Europe était à l’origine un projet porté par les élites et dont il était prévu que la démocratisation serait réalisée lorsque l’occasion se présenterait. Les rares tentatives de démocratisation de l’Europe ont donc été menées sans grande conviction.
A cela s’ajoutait une certaine méfiance vis-à-vis des électeurs ; un sentiment que les élections des députés européens – élus au suffrage direct depuis la fin des années 70 – n’ont guère contribué à faire évoluer : aucun suffrage n’enregistre de taux de participation plus bas que ces élections qui offrent aussi souvent leurs meilleures chances aux partis populistes. Les populations européennes n’ont jamais formé un peuple européen. Seule la démocratisation pourra les aider à le devenir, répliquent aujourd’hui les démocrates.
Si cela n’est pas faux sur le principe, il faudrait toutefois que l’Europe réunisse des caractéristiques sociaux-économiques et politico-culturelles dont elle est encore très loin. En témoigne le sentiment croissant de méfiance alimenté en Europe par la crise de l’euro. Actuellement, les partisans de la démocratisation confortent les forces centrifuges sur le continent. En dépit de toutes leurs erreurs et maladresses, ce sont pourtant les élites qui maintiennent l’Europe unie. Dès lors, au lieu de démocratisation, ne devrait-on pas plutôt réfléchir aux moyens d’améliorer les compétences légales des élites ? 
Le fait qu’un pays comme la Grèce, dont l’économie représente entre 2 % et 2,5 % de la zone euro, puisse mettre l’existence de la monnaie unique en péril, nous montre clairement que cette construction politique souffre de sérieux défauts de conception. Toutes les récriminations possibles à propos des fraudes perpétrées par la Grèce lors de sa demande d’adhésion à l’euro, sur les manquements administratifs du gouvernement (qui ne possède même pas de registre national du cadastre) ou sur le manque de volonté et de discipline de certaines catégories de la population, ne sont qu’accessoires. Le véritable problème est que tous ces errements étaient connus depuis dix ans et que personne n’en a tiré aucune conséquence. 
On croyait le projet européen capable de voler de ses propres ailes, et de soutenir la Grèce. Négligeant les facteurs vraiment importants, l’Europe s’est lancée dans un débat identitaire, culturo-religieux lui permettant d’accueillir la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie tout en fermant la porte à la Turquie. Les élites se caractérisent par leur capacité à poser les bonnes questions. En l’occurrence, les élites européennes n’ont pas su se montrer à la hauteur. 
Autre exemple de la faillite des élites européennes, il avait été proclamé qu’avec l’introduction de l’euro sur le vieux continent, non seulement on assisterait à l’avènement d’un marché qui serait plus grand que son équivalent américain, mais qu’en outre, l’euro aurait ce qu’il faudrait pour devenir, aux côtés du dollar, la deuxième devise de référence de l’économie mondiale.
A l’époque, on avait fait fi de l’idée que pour garantir la consolidation stratégique d’un tel projet, il faudrait au moins se doter d’une agence de notation européenne capable de damer le pion à ses homologues new-yorkais. Espérant remettre en cause la domination du dollar et du même coup tous les avantages dont bénéficiaient les Etats-Unis, on a positionné la monnaie unique dans un environnement sans protection : elle était susceptible d’être attaquée à tout moment, car les agences de notation américaines pouvaient s’en prendre à ses membres les plus faibles et faire pression sur eux.
C’est seulement maintenant que l’on commence sérieusement à réfléchir à une agence de notation de ce type, dont le but et la fonction sont transparents. Cette erreur ne s’explique peut-être que par la fixation des élites sur la prospérité, plutôt que de penser à la lutte stratégique pour la puissance et l’influence. On peut même dire que les élites européennes ont été victimes des explications qu’elles ont fournies pour légitimer le projet aux yeux de leur propre population. Elles se considéraient elles-mêmes comme des bons géants plutôt que comme un acteur de la politique du pouvoir qui, à l’extérieur, se bat pour ses intérêts, et s’impose à l’intérieur. Confondre légitimation et stratégie : en politique, c’est un pêché impardonnable.

Le besoin d'une nouvelle constitution politique

Les exemples de cette grave faillite des élites au niveau européen ne manquent sans doute pas. Mais ce qui importe, c’est que cette démission ne peut être rectifiée par les élites elles-mêmes, et que la tentative de contrebalancer ce manquement par une démocratisation forcée ne peut qu’aboutir à une désintégration désordonnée de l’Europe. Dans la situation actuelle, une démocratisation ne ferait qu’accroître la latitude d’action des acteurs antieuropéens tout en augmentant le nombre de ceux qui jouent de leur droit de veto à Bruxelles.
L’Europe ne verra pas d’élites plus capables arriver au pouvoir, et celles qui s’y trouvent aujourd’hui ne commettront pas moins d’erreurs, elles n’agiront pas avec plus de détermination, elles ne défendront pas avec plus de volonté les intérêts européens, tant que le cadre sanctionnant le comportement desdites élites, à savoir la Constitution européenne, n’aura pas été fondamentalement repensé. 
La crise actuelle n’est peut-être pas une condition idéale pour une démocratisation, mais elle offre assurément l’occasion de réviser le traité de Lisbonne. Par le passé, on parlait volontiers de l’axe Paris-Bonn, voire Paris-Berlin, lequel devait rester intact si l’on voulait que l’Europe puisse avancer. 
Entre-temps, la charge qui pèse sur cet axe est devenue trop lourde. On attend des Allemands qu’ils prennent davantage la direction des opérations, mais dès qu’ils le font effectivement, ils suscitent la contestation, pour ne pas dire le rejet. En Europe, la périphérie a trop de pouvoir et le centre n’en a pas assez. Tant que cela ne changera pas, l’UE et l’euro ne sortiront pas de la crise. Il est peut-être difficile de procéder à une nouvelle répartition du poids politique en Europe, mais il n’empêche que cela est plus que nécessaire.
Avant un élargissement à l’Est, il faut débattre du futur développement de l’Union. Mais ce débat est masqué par un choix fallacieux entre "intégration et élargissement”. Il aurait fallu se poser la question de savoir à quel point le centre devait être fort afin de pouvoir absorber une plus grande périphérie. 
Désormais, c’est la périphérie qui domine le centre, qui lui dicte ses priorités politiques ainsi que le rythme de ses processus de décision. Même si l’on parvient à se sortir de la crise de l’euro et de la banqueroute grecque, le problème subsistera, et c’est pour cela que de telles crises risquent de se reproduire n’importe quand. Une faillite plus ou moins ordonnée de la Grèce ne constituerait qu’un tout petit pas sur la voie du sauvetage de la monnaie unique. Une nouvelle constitution politique de l’Europe, voilà ce qui représenterait une étape décisive — une nouvelle constitution où, d’ailleurs, la démocratisation serait une véritable option, et non un synonyme de déchéance et de désintégration.

lundi 11 juillet 2011

Un avenir doré pour la Grèce

European Goldfieds vient de recevoir l’autorisation d’extraire de l’or du sous-sol grec. Le mineur deviendrait ainsi le premier producteur d’or primaire en Europe.
La Grèce va-t-elle bientôt rouler sur l’or ? Malgré l’état déplorable de ses finances, une entreprise minière cotée à Toronto et sur l’AUM à Londres, European Goldfieds, vient enfin de recevoir les autorisations environnementales nécessaires pour exploiter des mines d’or et d’autres métaux situées dans le nord-est du pays. La Grèce renouera ainsi avec une tradition qui remonte à l’âge du bronze avec l’exploitation des mines d’argent du Laurion qui avait participée à la richesse d’Athènes. Le mineur, qui compte parmi ses actionnaires Blackrock et Fidelity ainsi que le géant grec de la construction, Ellaktor, estime les réserves de ses projets en Grèce à 9,92 millions d’onces d’or, 79 millions d’onces d’argent, 1,49 million de tonnes de zinc et de plomb et 789 000 tonnes de cuivre.

C’est le ministre grec de l’Environnement, de l’Energie et du Changement climatique, Giorgos Papakonstantinou, qui a finalement signé une autorisation qui attendait depuis avril 2006. « Le nouveau ministre comprend bien la croissance et les créations d’emplois que peuvent amener cette entreprise, aussi bien que son côté environnemental », a apprécié le PDG du mineur, Martyn Konig.  Pour construire les sites miniers et les capacités métallurgiques nécessaires au projet, European Goldfieds va annoncer d’ici à trois mois les modalités de financement des 500 millions de dollars qui seront investis dans les deux premières années. Les marchés seront plus ouverts à financer notre entreprise qu’à prêter à l’Etat, a souligné le dirigeant, précisant qu’il disposait déjà de l’équipement et de la main-d’œuvre indispensable au lancement du projet. 

Le premier métal jaune sera extrait du traitement de stériles au cours du premier trimestre 2012. Globalement, trois sites miniers seront exploités dans la région de Kassandra, proche de Thessalonique, et développés par Hellas Gold, filiale à 95% d’European Goldfieds. Le mineur produit déjà du plomb, du zinc et de l’argent de la mine de Stratoni. L’exploitation des stériles du gisement d’Olympias produira 63 000 onces d’or par an plus de l’argent, du plomb et du zinc. Une mine souterraine produira 125 000 onces d’or supplémentaires à partir de fin 2015. Un autre gisement, Skouries, devrait entrer en activité début 2014 avec une production initiale de 350 000 onces d’équivalent or. A terme, ce sont 1 800 emplois qui seront créés en Grèce grâce à un investissement global de 1,3 milliards de dollars durant les 25 années de vie attendues des projets miniers. European Goldfieds compte devenir le premier producteur d’or primaire en Europe, ayant également des projets en Roumanie et en Turquie.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Bataille diplomatique en Syrie

Il y a trois ans, le 14 juillet 2008, le président syrien Bachar El-Assad dominait de son long cou la tribune officielle installée place de la Concorde, à Paris. On célébrait alors la naissante Union pour la Méditerranée. La stabilisation du Liban, l'antagonisme avec l'Iran, tout plaidait pour ce rapprochement spectaculaire avec Damas. Paris jouait les éclaireurs pour que la Syrie ne fût plus perçue par Was-hington comme un État voyou. C'était une volonté occidentale, c'était aussi une visée stratégique syrienne, sous la férule d'un président Bachar, alors encore soutenu par son peuple pour ses proclamations d'ouverture.

Trois ans plus tard, changement de décor. Changement brutal. Ce ne sont plus les soldats français qui défilent pacifiquement devant le grand Bachar, mais les ambassadeurs de France et des États-Unis en Syrie. Ils étaient, non sans courage, jeudi et vendredi, dans les rues de la ville d'Hama, un des hauts-lieux de l'insurrection en cours depuis quatre mois, assiégée par l'armée syrienne. Une ville où fut perpétré en 1982, loin de toute caméra, le pire massacre contre les Frères musulmans par le régime d'Hafez El-Assad, le père de l'actuel président.

En envoyant leurs ambassadeurs, Paris et Washington ont posé un acte politique dont il est difficile de mesurer tous les ressorts. Les deux hommes ont pu sonder la poche de résistance la plus irréductible au régime en place. Cela pourrait ne pas être anodin si les événements devaient s'accélérer, dans les prochaines semaines.

Mais, avant tout, il s'agit clairement d'un signal de soutien à la population civile, alors que les manifestations ne faiblissent pas dans toute la Syrie et particulièrement à Hama, semée de barricades. Un signal qui a sans doute permis, vendredi, de retenir le bras répressif de l'appareil sécuritaire.

À l'égard du régime, ce geste a, en revanche, tout d'un défi. Depuis quatre mois, Damas agite la théorie du complot étranger et dénonce les infiltrations salafistes qui attiseraient la révolte pour déstabiliser le pouvoir alaouite. C'est une figure classique de tout pouvoir autocratique menacé.

Ce que le régime refuse pourtant de voir, c'est que la fermeture du pays à tout média étranger et la férocité de sa répression, qui aurait fait plus de 1 400 morts depuis quatre mois, réduisent chaque jour davantage les chances d'une transition. Le simulacre de dialogue national ouvert, hier, à Damas, boycotté par les opposants tant que les chars menacent la population civile, n'a aucune chance d'aboutir si Bachar El-Assad ne renoue pas avec le semblant de vélléité de réforme qui lui a valu de succéder à son père avec un certain consensus.

Le peut-il ? À Paris comme à Washington, on a le sentiment que la marge est devenue très très faible. Pour ne pas dire presque nulle. L'onde de choc du Printemps arabe a rendu caduques les stratégies de statu quo. Or, une Syrie instable est un poison pour toute la région. À un tel degré que l'Iran, Israël et l'Arabie Saoudite ont, sur ce point, le même avis.

L'impasse dans laquelle se trouve le pays, c'est en fait celle du parti Baas. Sa nature laïque a pu faire office de garantie contre l'éclatement communautaire à la libanaise, mais son fonctionnement liberticide le rend incapable de se réformer pour espérer perdurer dans le changement. Assad tente ainsi de gagner du temps. Paris et Washington de conjurer une alternative redoutable entre la répression féroce et le chaos.

Combattre ou pas les boules puantes

Si la rumeur est le plus vieux média du monde, c'est bien parce qu'elle est gratuite, au sens propre comme au figuré. Elle est l'arme des lâches. Pour répandre la calomnie, la politique a toujours constitué pour elle un terreau très fertile. Quel bel outil de déstabilisation ! Serait-elle en train de devenir un poison démocratique ? La conjugaison de deux phénomènes le fait craindre : le web en créant un emballement médiatique et en consacrant l'anonymat ; la vie publique et la vie privée en se mélangeant sans pudeur. Martine Aubry le vérifie à ses dépens, elle qui pourtant veille sur son jardin secret. Sur les moteurs de recherche, trois suggestions sont associées à son nom : son mari, sa santé, l'islam. Elle serait atteinte d'une prétendue tumeur au cerveau, d'une addiction supposée à l'alcool, et mariée à l'avocat des causes islamistes. La candidate à la primaire socialiste a choisi, non de se taire, mais de tordre le cou aux malveillants. On comprend son souci d'éteindre l'incendie avant la présidentielle pour ne pas avoir à répondre à des questions qui, bâties sur du sable, salissent sa réputation. Défendre l'honneur de son mari démontre une attitude courageuse. Cette stratégie n'est pas sans risques. Le premier est de se victimiser, de crédibiliser ce qui par nature est incontrôlable. Parler, c'est d'une certaine façon donner corps à l'insanité, au ragot. De même, quand elle assure détenir des témoignages, doit-elle en tirer les conséquences et attaquer ses accusateurs en justice. Ceux-ci toutefois se déshonoreraient s'ils se trompaient de cible : Martine Aubry, c'est l'adversaire politique ; l'ennemi, c'est la rumeur.

La rumeur nait souvent d'un murmure de vérité.
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose, disait Francis Bacon.
Si Martine Aubry se défend, c'est qu'il y a matière à défendre, non ?

Réunion d'urgence à Bruxelles lundi sur la Grèce et l'Italie

Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy organise lundi matin une réunion d'urgence où sont conviés de hauts responsables européens pour évoquer la question de l'aide à la Grèce et les pressions exercées sur l'Italie par les marchés, a-t-on appris dimanche de sources européennes.
Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn ont été invités à cette réunion, ont dit les sources.
Dirk De Backer, porte-parole de Herman Van Rompuy a déclaré "qu'il s'agissait d'une réunion de coordination et pas d'une réunion de crise", ajoutant que l'Italie ne serait pas au menu sans pour autant donner de détail sur les dossiers qui seront à l'étude.
Deux sources ont toutefois déclaré à Reuters que la situation italienne serait évoquée.
L'ITALIE ATTAQUÉE
L'objectif est qu'un consensus se fasse parmi les responsables européens avant que ne soit organisée, lundi également, une réunion des ministres européens des Finances qui doivent s'entretenir du dossier grec et des résultats des tests de résistances subis par les banques européennes qui seront communiqués vendredi 15 juillet.
La crainte de voir la crise de la dette souveraine se propager aux obligations d'Etat italienne a accentué vendredi la glissade des marchés d'actions transalpins.
L'écart entre le rendement de l'emprunt italien à dix ans et le papier allemand à même maturité a touché vendredi un plus haut historique depuis la création de l'euro aux alentours de 2,45 points de pourcentage, portant le rendement italien à 5,28%, à quelques encablures de la fourchette de 5,5% à 5,7% que certains banquiers présentent comme critique pour l'économie du pays.
Le cours des actions des plus grandes banques italiennes a dévissé lors de la dernière séance de la semaine dernière, à l'image de celui d'UniCredit, en baisse de 7,9%.
La pression des marchés sur les actifs italiens s'explique à la fois par l'endettement de l'Italie, qui détient le ratio dette/PIB le plus élevé de la zone euro et par la mollesse de l'économie du pays.
Le sort de Giulio Tremonti, ministre des Finances du gouvernement de Silvio Berlusconi, est également suivi de près, ce promoteur de baisses drastiques dans le budget italien étant dans le collimateur du président du conseil.
"On ne pourra pas se permettre beaucoup d'autres jours comme celui de vendredi", a déclaré un responsable européen, avouant que les instances européennes nourrissaient de grandes inquiétudes sur la question italienne.
Rédaction de Bruxelles, Nicolas Delame pour le service français

La Grèce ou le théâtre d'ombres européen

Alors que l'Europe vient d'adopter un nouveau plan de sauvetage pour la Grèce, Roland Hureaux juge cet acharnement thérapeutique inutile. Selon lui, même si l'Allemagne, mais aussi la France, cherchent à sauver la face, les dirigeants européens savent pertinemment que la situation est désespérée et devraient plutôt songer à préparer l'après-euro. 

Que la situation de la Grèce  soit désespérée  - au moins si on pense que son salut est de rester dans l’euro – qui en doute encore ? Des taux d’intérêts de plus en plus élevés, des plans d’austérité qui l’enfoncent dans la récession,  un endettement de plus en plus lourd, une population de plus en plus révoltée par les  médecines de la BCE et du FMI : qui peut sérieusement croire que la Grèce s’en sortira sans quitter l’euro ?

Si elle quitte l’euro, la pilule sera certes au moins aussi amère pour elle,  ce que ne manquent pas de rappeler les partisans de la monnaie unique, mais elle lui laissera au moins l’espoir d’un redressement, espoir qui, dans la situation actuelle, n’existe pas.

Il est impossible que ceux qui nous gouvernement ne sachent pas tout cela. Alors, pourquoi prolonger la vie du moribond, de plan de sauvetage en plan de sauvetage, comme viennent de le faire encore les Européens la semaine dernière ?

L’aide apporte à la Grèce est certes conditionnée par des exigences chaque fois plus rigoureuses ; mais personne ne pense plus sérieusement que ces exigences, qui surpassent largement les capacités de l’économie et de la société grecque, seront  jamais satisfaites.
  
En fait, ces exigences servent surtout à sauver la face des principaux décideurs. Elles permettent à Angela Merkel qui, au fond, sait qu'elle ne pourra pas refuser une aide supplémentaire, de la faire accepter à une opinion réticente. En France où l’aide est, au contraire, plutôt populaire (par l’inconscience de  l’opinion !), le président se valorise en paraissant faire plier l’Allemagne, alors qu’au fond, les positions des deux pays sont identiques.
 
Pourquoi cette comédie ? 
D’abord, parce que les dirigeants occidentaux peuvent légitimement craindre que l’effondrement de la Grèce (qui pèse tout de même plus que Lehman Brothers) ait  des conséquences incalculables et cela, bien au-delà de l’Europe. Cet effondrement peut relancer la crise mondiale, provoquer une  nouvelle panique boursière ou bancaire. On comprend que personne ne veuille  prendre la responsabilité de déclencher un tel cataclysme, même en sachant  la fin de l’euro inévitable.

En France et en Allemagne, la menace se trouve redoublée du fait de l’engagement des banques auprès de l’Etat grec. La faillite de la Grèce ne serait-elle pas aussi celle du Crédit agricole et de la BNP-Paribas ?  On peut le craindre. Bien sûr, l’Etat viendra à leur secours, mais comme les règles du jeu entre les Etats et le système bancaire n’ont pas été posées clairement depuis la dernière crise, tout le monde est dans l’incertitude. Les Etats font comme si leur appui à un système bancaire défaillant n’était pas acquis d’avance ; ils se gardent, sans doute faute de courage politique - ou même d’indépendance - face au lobby bancaire, d’en poser les conditions (qui pourraient être par exemple une participation au capital et une amputation des bonus au prorata de l’aide !). La véritable incertitude, paradoxalement,  ce n’est pas la Grèce : toute personne sensée sait  qu’elle ne remboursera pas ; c’est ce qui se passera après – or cela, c’est précisément ce qu’on devrait prévoir et qu’on ne prévoit pas.

Ajoutons que dans les méandres du système bancaire international, les obligations grecques, comme les subprimes américaines, sont, tant que la Grèce ne s’est pas effondrée, plus rentables que d’ autres  placements. Dans un portefeuille, les obligations grecques viennent, selon l’expression des traders, « dynamiser »  la gestion des portefeuilles : tant que la pauvre n’est pas mort, l’usurier fait son beurre… S’il n’y avait que des emprunteurs solvables, le métier n’aurait, au sens propre, pas d’intérêt !

La crédibilité de la classe politique en cause

Mais par derrière ce qu’il faut bien appeler un acharnement thérapeutique, se trouve aussi le fait que la classe politique de toute  l’Europe occidentale a engagé sa crédibilité sur l’euro, comme la classe politique de l’Union soviétique sous Brejnev avait engagé sa crédibilité sur la théorie communiste. Cela entraîne une incapacité intellectuelle à voir au-delà et donc le refus collectif de considérer  que  le système pourrait avoir une fin.

Je demandai  une fois à un proche de Sarkozy ce qu’il ferait si l’euro s’effondrait avant mai 2012. Il me  répondit  tout à trac : « Combien faut-il mettre au pot pour que l’euro tienne jusque là ! ». Etonnante réponse ! Il aurait pu  dire : le président est un leader de crise, il saura bien gérer ce genre de situation. Non : le scénario d’une élection présidentielle française après un éclatement de l’euro, pour un certain establishment, est inenvisageable. Le débat sur ce sujet capital est tout aussi absent - qui s’en étonnera ? - de la primaire socialiste.

Autre question : qu’est-ce donc qui peut mettre un terme à cette politique de sauvetage à la petite semaine  et donc  précipiter la fin de l’euro ? Une partie de la réponse réside dans le peuple grec : s’il se révolte de manière si violente  que les engagements de son gouvernement perdent toute crédibilité, peut-être la communauté internationale se rendra-t-elle à l’évidence ?
Une autre partie se trouve chez les juristes  allemands. Certes, la  classe politique allemande  est aussi mouillée dans l’euro que la française et, même si elle a l’air de se laisser tirer l’oreille, la chancelière Merkel boira, n’en doutons pas,  le calice jusqu’à la lie,  pour les mêmes raisons que son homologue français.   Une action a toutefois été engagée devant le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe par un groupe d’économistes et de juristes hostiles à l’euro.  Le même groupe avait  déjà fait admettre à la cour suprême allemande  que le droit européen n’était  pas opposable à un certain nombre de droits fondamentaux du peuple allemand (alors qu’en France, le Conseil constitutionnel a pris le parti  inverse : rien n’est opposable au droit  européen). Il essaye maintenant de faire reconnaître, au nom du droit de propriété et donc de la stabilité de la monnaie, que l’aide à la Grèce  et aux autres PIIGS est illégale : à la fois contraire au traité de Lisbonne et au droit de propriété, car inflationniste. Jacques Sapir a  montré comment le seul moyen de sauver  encore quelque temps l’euro était de monétiser la dette des pays  les plus vulnérables et donc de   lancer l’Europe dans une spirale inflationniste. C’est ce que les Allemands  dont nous parlions  voudraient  interdire. L’affaire a été plaidée le 4 juillet. Si elle aboutit, les mains  de la chancelière seront liées.
Existe enfin la  possibilité que des fonds  de placement off shore , étrangers à la zone euro et   mal contrôlés par l’establishment  anglo-américain - s’il en existe - précipitent la crise en anticipant  l’impossibilité de la régler, du fait du peuple grec, des juristes allemands ou de toute autre cause. Ou que tout simplement les agences de notation anticipent ces anticipations : c’est ce qu’elles commencent à faire avec le Portugal ; des voix s’élèvent déjà pour les réformer ! Face la montée de la fièvre, il en est toujours pour casser le thermomètre.

Il n’y a pas de cas, aucun médecin ne nous contredira, qu’un abcès ne finisse  pas par crever.  C’est pourquoi, si la classe politique européenne est encore responsable, elle devrait déjà s’attacher à préparer  l’après-euro.

 

 

 EN BREF

 Le débat sur l’avortement refait surface

Newsweek Polska, 8 juillet 2011
"L'avortement sur un appel téléphonique", titre Newsweek Polska, notant que si la Pologne a l'une des lois les plus restrictives en Europe (seuls Malte et l'Irlande ont une législation plus stricte), "avorter est plus facile que commander une pizza." Deux possibilités existent : les cliniques privées à l'étranger, par exemple en Slovaquie, ou leurs homologues polonaises qui font leur publicité à l'aide d'euphémismes dans les journaux. Dans les deux cas, la procédure coûte au moins 500 euros. La semaine dernière, le Parlement polonais a reçu un projet de loi prévoyant l'interdiction totale de l'avortement, soutenue par 600 000 signatures. "Il n'y a aucune raison pour l'Etat de maintenir une licence légale pour tuer", explique Mariusz Dzierzawski, auteur de l'initiative.
Les opposants soutiennent qu'une législation plus restrictive ne fera que provoquer le développement de "l'avortement souterrain". Officiellement, seuls 538 avortements légaux ont été effectués dans le pays en 2010 pour une population de 38 millions d'habitants, mais des statistiques non officielles de la Fédération pour les femmes et le planning familial estiment le nombre de femmes qui ont pratiqué un avortement à plus de 100 000 par an. Cela signifie, écrit Newsweek Polska, que la législation actuelle, en place depuis 1993, qui permet l'avortement dans seulement trois cas (viol ou inceste, risque grave pour la vie ou la santé de la mère, ou dommages permanents et irréversibles pour la santé du foetus), "ne marche pas concrètement". Un récent sondage montre que l'opinion publique est divisée sur la question, avec 45% soutenant l'avortement légal et 50% en faveur d'une interdiction absolue. 


Le flou le plus total

De Morgen, 8 juillet 2011
"Pfffff"... En une page blanche, De Morgen exprime la situation de détresse dans laquelle la Belgique se trouve désormais. Le 7 juillet, Bart De Wever (N-VA), le leader du plus grand parti flamand, "a fait du petit bois" de la note que le formateur royal, le socialiste Elio Di Rupo avait présentée 3 jours plus tôt pour sortir de l'impasse institutionnelle. "La note est néfaste pour tous les habitants de ce pays et notamment pour les Flamands", a expliqué De Wever. "La surprise ne porte même pas sur le non de De Wever mais sur sa façon de le dire, estime l’éditorialiste du Morgen. Rien du tout, vraiment que dalle n'est positif dans la note de Di Rupo, qui n’a pas seulement été complètement rasée, mais carrément enterrée à plusieurs mètres sous terre". Et maintenant ? Telle est la grande question que la presse belge se pose. Di Rupo, qui rend compte au roi ce vendredi, n'a pas voulu réagir, mais il semble "particulièrement inquiet quant à l’avenir du pays", conclut le journal.


Murdoch sacrifie News of the World

The Times, 8 juillet 2011
Le geste est radical. Face aux révélations sur les écoutes téléphoniques effectuées par le News of the World sur des dizaines de personnes, le patron de NewsCorp, Rupert Murdoch, a décidé de fermer l'hebdomadaire vieux de 168 ans. "Un morceau d'Angleterre est mort hier, et c'est un moment de deuil", écrit le Times, le quotidien phare du groupe. "Les techniques d'investigation du journal dans ce qu'elles avaient de pire ont entraîné sa fermeture. Mais dans ce qu'elles avaient de meilleur, elles ont produit de grands articles et parfois révélé de grands méfaits." Pour le Times, le scandale ne concerne que "une poignée de personnes [qui] en ont bafoué d'autres qui étaient dans le chagrin et le désespoir. Elles se sont couvertes de honte, ont détruit un journal et endommagé la confiance en la presse libre. Il faudra longtemps avant que cette confiance ne soit regagnée."
Tandis que le quotidien souligne que "la chute catastrophique de la publicité" a été le coup de grâce pour le News of the World, The Independent estime que "le journal a été sacrifié pour une femme", son ancienne patronne, Rebekah Brooks, très proche de Murdoch, qui dirige aujourd'hui le secteur presse écrite de NewsCorp.

Le Watergate des tabloïds anglais

Ça rappelle, pour de vrai, « le torrent de merde » que Manuel Valls décrit à propos du traitement médiatique de l'affaire DSK. Outre-Manche, ce sont les journaux à sensation qui, de perquisitions en interpellations, font la honte d'une nation. L'un d'eux, News of the world (NoW), publie aujourd'hui sa dernière édition. Sabordé par l'homme de presse le plus puissant au monde. Sacrifié sur l'autel du scandale, retentissant, des écoutes illégales. Ce fleuron de l'empire Murdoch avait bâti son succès sur le scoop glauque, l'info trash, la révélation racoleuse. Sans doute, au royaume des tabloïds à gros tirage, se croyait-il protégé par une sorte d'impunité monarchique, ou d'immunité qu'est censée délivrer une audience populaire sans pareille. Sauf que NoW est passé du cochon au crapoteux, du « sexus politicus » à l'espionnage, de méthodes d'investigation louches à des actes d'intrusion dans la vie privée de milliers de personnes. Des « people » ? Pas seulement. Des victimes d'attentats, de la guerre en Afghanistan ou de faits divers sordides ont été les proies de détectives privés et de journalistes qui pirataient leurs téléphones portables pour jeter leurs malheurs en pâture. Le fond du caniveau fut atteint avec la mise sur écoute de la messagerie d'une adolescente assassinée, que ses parents croyaient vivante. S'il fallait une morale à l'histoire : le scandale arrive par ceux, des journaux conservateurs, qui n'ont eu de cesse de dénoncer des pratiques immorales. L'affaire secoue le pays, éclabousse le premier ministre. C'est tout le système politico-médiatique qui est mouillé ; la confiance envers l'un des piliers de la démocratie, ébranlée.

Copé et la France rabougrie du PS et du FN

Dimanche à Maussane, Jean-François Copé a appelé à la mobilisation des troupes UMP pour faire gagner Nicolas Sarkozy en 2012. 

La campagne est lancée. Elle l'est depuis longtemps déjà et l'on s'en était bien aperçu en écoutant attentivement les échanges « cordiaux » entre les dirigeants de l'UMP et ceux du PS. Mais, dimanche, au moins pour un tant, la politique a repris ses droits et juste après avoir qualifié d' « entourloupe » socialiste la volonté affichée par Martine Aubry de porter plainte contre les sites Internet qui colportent la rumeur selon laquelle son époux serait un avocat islamiste, Jean-François Copé a appelé son camp à la mobilisation. 
Devant 2.000 militants réunis à Maussane, Jean-François Copé a motivé ses troupes. La veille, il avertissait par voix de presse Jean-Louis Borloo contre le risque d'un « 21 avril à l'envers ». Dimanche, il prônait la mobilisation générale car c'est, selon lui, l'unique moyen pour l'UMP d'éviter une claque électorale. L'objectif officiel est donc clair : une victoire de Nicolas Sarkozy lors de la prochaine élection présidentielle, face au PS et au FN qui « nous proposent une France rabougrie ». 

Tacles sur Le Pen, Hollande et Aubry

« Je mesure combien les Français attendent de nous de faire des propositions concrètes face aux injures, aux clameurs et aux attaques personnelles », a déclaré Jean-François Copé. Plus d'attaques personnelles, donc. Enfin, pas tout à fait puisque le secrétaire général de l'UMP n'a pas râté l'occasion d'allumer Marine Le Pen, François Hollande et Martine Aubry. 
Sur la première, Jean-François Copé a qualifié ses idées de « folles ». Et, selon lui, la présidente du Front national « a ceci de commun avec la gauche, c'est qu'elle incarne toutes les formes de conservatisme ».
Sur le second, le secrétaire général s'est largement moqué du style made in Hollande. L'ancien premier secrétaire du PS entend être, s'il est élu, un président « normal ». Réponse de Copé ? « M. Hollande mesure sans doute les critères de normalité (...) par rapport aux socialistes, ses amis, a-t-il déclaré. (…) Je vous laisse imaginer la campagne d'idées courageuses qu'il va nous faire. »
Quant à la troisième, Jean-François Copé s'est une nouvelle fois étonné des rumeurs qui porte sur le mari de Martine Aubry, et sur les insinuations de cette dernière, déclarant dimanche au JDD qu'elle savait très bien « qui les lance (ces rumeurs)». 
Les idées attendront encore un peu. Pour mobiliser, rien de tel que de cibler les adversaires.

dimanche 10 juillet 2011

Laisser le temps au temps

En Libye, l’OTAN bombarde, la France parachute des armes aux «rebelles» de Benghazi. Jour après jour, ils grignotent le terrain aux forces de Kadhafi après avoir déjà gagné l’essentiel: un très large appui diplomatique qui, à terme, interdit toute survie au régime de Tripoli.

Mais face à la Syrie, la communauté internationale, en dehors des multiples condamnations de la répression menée par le régime Assad, semble encore paralysée. Il est vrai que le risque est autre. La Syrie est au cœur de la poudrière du Moyen-Orient avec des mèches courant au Liban par Hezbollah interposé, peut-être jusqu’à Gaza via le Hamas, sans oublier le très explosif cordon ombilical qui relie Damas à Téhéran. Intervenir de trop près dans les affaires syriennes reviendrait à brasser de la nitroglycérine! On ne l’ignore pas en Europe et aux Etats-Unis, encore moins en Israël. Alors, ne rien faire, sous un «ouf» de soulagement inavoué parce que, de toute façon, Russes et Chinois s’apposeraient à une résolution du Conseil de sécurité autorisant de vraies contraintes? Sans le vouloir, Moscou et Pékin, par leur refus systématique, rendent un fier service à Washington et à quelques-uns de ses alliés européens, sans doute aussi à l’Etat hébreu.

Toutefois, ce n’est pas une raison pour regarder les massacres du haut du balcon. Car c’est une «révolution arabe» d’une puissance encore insoupçonnée qui secoue le régime du clan Assad. Avec déjà plus de 1 300 morts, avec des manifestations que même l’Egypte n’a pas connues, du moins dans cette dimension et dans la répression sanglante qui a suivi. Les dizaines de milliers, peut-être centaines de milliers de personnes encore hier à Hama, montrent toute l’ampleur de cette révolution populaire. Ignorer ces foules qui osent s’exprimer sous les balles serait désastreux, humainement et politiquement. Car demain, une autre Syrie débarrassée de la dynastie Assad, de sa corruption et de ses liens avec les mollahs iraniens, pourrait jouer un rôle plus constructif au Moyen-Orient. Une carte à ne surtout pas négliger...

Seule une diplomatie volontaire peut aujourd’hui, faute de coercitions impossibles à mettre en œuvre, soutenir la population syrienne dans ses revendications. Que l’ambassadeur américain à Damas - suivi très prudemment par son homologue français - se soit montré à Hama aux côtés des manifestants, marque un tournant, bien que symbolique. Car un véritable «corset» diplomatique étrangle déjà Damas avec certainement la Turquie voisine comme acteur le plus crédible. Ankara, qui accueille depuis des semaines des milliers de réfugiés syriens, n’apprécie vraiment pas les «démonstrations» des blindés de Damas le long de sa frontière.

Comme Muammar Kadhafi, Bachar el-Assad est sans avenir. Et comme il est impossible d’amener des dictateurs à la raison, leur chute est question de temps. Un temps malheureusement rouge de sang, il est vrai...


La fourberie européiste de Mme AUBRY

 Mme Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste, vient de déclarer, à l'occasion d'un voyage à Turin, qu'il fallait construire... une "AUTRE EUROPE".

Elle a cependant précisé que "Construire une autre Europe, ça ne se construit pas du jour au lendemain." (cf. http://www.leparisien.fr/flash​-actualite-politique/martine-a​ubry-a-turin-une-etape-pour-co​nstruire-une-autre-europe-08-0​7-2011-1525845.php) C'est en effet le moins que l'on puisse dire !
Comme je le rappelle dans mes conférences, le slogan de "changer d'Europe" était non seulement celui du PS aux élections européennes de 2009 mais aussi celui du PS aux élections européennes de 1979, voici exactement 32 ans.
Mais pour comprendre à quel point Mme Aubry se moque des français, il n'est ps inutile de rappeler ici :
1°) - que le traité de Maastricht a été négocié, conclu, puis signé le 7 février 1992 par François Mitterrand et son ministre des affaires étrangères M. Roland Dumas, tous les deux membres du PS ;
2°) - que le PS a appelé à voter Oui au référendum du 20 septembre 1992 sur ce traité de Maastricht ;
3°) - que Mme Aubry était à l'époque parfaitement solidaire de ce traité de Maastricht et de sa ratification ; elle l'était d'autant plus qu'elle était l'un des membres les plus influents du gouvernement où elle siégeait comme ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle (du 15 mai 1991 au 28 mars 1993) ;
4°) - que, cinq ans après, le traité d'Amsterdam a été négocié et signé par le gouvernement socialiste français (le 2 octobre 1997) et qu'il est entré en vigueur le 1er mai 1999 ; c'est-à-dire pendant toute la période où M. Lionel Jospin était Premier ministre (du 2 juin 1997 au 6 mai 2002) et que Mme Aubry était ministre de l'Emploi et de la Solidarité (du 4 juin 1997 au 18 octobre 2000) ;
5°) - que, quatre ans encore après, le traité de Nice a été signé le 26 février 2001, alors que M. Lionel Jospin était toujours Premier ministre (du 2 juin 1997 au 6 mai 2002) ;
6°) - que la grande majorité des responsables du PS - et notamment Mme Aubry - ont appelé à voter OUI au référendum du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne ;
7°) - que la grande majorité des parlementaires du PS ont avalisé la forfaiture du traité de Lisbonne en votant OUI à la ratification de ce traité le 4 février 2008, nonobstant le refus de 55% des Français à la constitution européenne dont il n'était que la simple reprise ; Mme Aubry, bien que n'étant pas parlementaire, a approuvé cette ratification.
En d'autres termes, Mme Aubry a continuellement soutenu, souvent au plus haut niveau de l'Etat et depuis 19 ans, l'ensemble de la construction européenne : elle a soutenu, voté ou appelé les Français à approuver les traités de Maastricht, Amsterdam, Nice, la Constitution européenne, et le traité de Lisbonne.
Dans ces conditions, son soudain appel à bâtir une "autre Europe" n'est qu'une fourberie politicienne de plus. Il s'agit d'un mépris éhonté des électeurs et d'une insulte à l'intelligence des Français.

Anti-crétins

Ce qui passe par la tête d’un crétin militant qui balance une poubelle sur la tête de Nicolas Hulot? La haine est un mystère insondable, comme la stupidité, et plus insupportable quand elle agit au nom du bien : car le crétin qui a poubellisé Hulot, hier dans les Landes, se veut sans doute écolo, et d’une telle pureté qu’elle l’autorise à humilier un trop riche, trop beau, trop connu, qui abîmerait la cause de son bonheur…
Son geste a le mérite d’ôter à Hulot ses dernières illusions : cette faune militante cynique ou exaltée qui assassine l’écologie en se l’appropriant ne le méritait pas. "Sain Nicolas", comme l’a surnommé sa biographe Bérengère Bonte, n’est pas zéro défaut. Mais ce qu’on lui a fait, dans cette primaire, est une insulte à ce que cet homme a risqué pour ses convictions. Lui reprocher l’aura médiatique qu’il a sacrifiée précisément dans ce combat était absurde et ignoble à la fois : ils ont osé. Hulot continuera pourtant, écolo malgré les écologistes… Ça s’appelle la dignité.

Il en est d’autres, dans l’actualité, qui résistent malgré les crétineries. Il s’agit ici de SOS Racisme, dont on a fini par oublier qu’il avait fait se lever toute une génération dans une évidence de fraternité, il y a un quart de siècle. Le temps a passé et SOS est devenu une cible des intégristes militants. L’assoc’ à la petite main était coupable des mêmes péchés que Hulot : avoir été trop belle, trop médiatique, trop show-biz. Et sous cette critique se cachait une ignominie : SOS n’a jamais été pardonné d’avoir fraternellement mêlé dans son "melting-potes" le refus de l’antisémitisme et le combat contre le racisme, sans jamais mélanger les luttes d’ici et les drames du Proche-Orient.

SOS a subi, SOS a survécu, minoritaire et inlassable. Inventant les "testings", pourchassant les discriminations, des entreprises aux boîtes de nuit ; dénonçant l’angélisme et les caïds qui plombent les cités ; mais allant chercher les vrais puissants de l’heure, osant attaquer des ministres et faire condamner un journaliste trop populaire qui justifiait de son talent les discriminations. Que SOS ranime ses grandes heures d’antan dans un concert républicain pour l’égalité, ce 14-Juillet, est une bonne nouvelle. On y verra un jaillissement du passé, quand on croyait que la musique et les jeunes étoufferaient le mal. On aura tort : cette naïveté-là est purgée. Mais il reste bon que l’on fasse nombre et que l’on s’agglutine au Champ-de-Mars, dans une fête qui sera vraiment nationale, la fête des moins blancs et des non-hétéros, des moins riches et moins gaulois, et de tous les autres… Il me plaît d’adresser ce salut aux potes, pour mille et une raisons, dans cette chronique qui sera la dernière que je signerai dans le JDD. Merci donc, et continuons.

Boules puantes

Martine Aubry contre-attaque. Contre une partie de son entourage, la candidate à la primaire socialiste choisit de dénoncer publiquement des rumeurs sur son mari – prétendu proche des islamistes – ou sur sa santé – elle aurait dû subir des cures de désintoxication à l’alcool.
Ces attaques circulaient jusqu’alors sur Internet. Elles alimentaient les dîners en ville au nom du "Marquis de Source Sûre", comme dirait Jean-Louis Borloo.
Elles viennent alourdir un climat nauséeux : l’affaire de la Porsche empruntée par DSK, la plainte tardive d’une "victime" de DSK, les révélations sur le financement de la campagne de 1995 du candidat Balladur. Sans oublier des "outings" sauvages d’élus homosexuels.Toutes ces rumeurs sont distillées et amplifiées au mépris du droit et de la protection des personnes par les nouveaux médias. Sur Internet, sur Twitter, tout est permis ou presque. Il faut mobiliser de nombreux moyens pour remonter des pseudonymes et des adresses Internet.
La candidate aux primaires socialistes prend un grand risque : donner corps à ces rumeurs. "Mentez, mentez, il en restera quelque chose…" Ce faisant, Martine Aubry adopte un comportement qui rappelle celui d’un autre candidat devenu président. Face à la calomnie, le très informé ministre de l’Intérieur n’a jamais hésité à stigmatiser publiquement les colporteurs et à demander justice avec ténacité. On peut regretter que Martine Aubry n’ait pas pris plus de distances avec la fédération socialiste de Marseille et avec des pratiques mises à nu par la justice. Mais cette sortie publique permettra peut-être de limiter les boules puantes dans le débat démocratique. Car cette campagne présidentielle s’annonce aussi violente que son résultat est incertain.

Rumeurs sur le couple Aubry : l'UMP dénonce une "entourloupe" des socialistes

Cible de rumeurs sur son couple, Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste, a décidé de contre-attaquer. A ceux qui veulent la faire passer pour une femme victime de dépendance à l'alcool, mariée à un avocat retraité caricaturé en "islamiste" – parce qu'il a notamment défendu une des jeunes filles menacées d'exclusion scolaire pour port du foulard islamique –, la maire de Lille a fait comprendre qu'elle ne se laisserait pas faire.

Elle affirme même disposer de "témoignages" sur les auteurs de ces rumeurs. "Sur mon mari, cette rumeur est partie il y a deux ans. Je sais qui l'a lancée", affirme-t-elle, dans des propos rapportés samedi par Le Monde. "Un jour, il sera temps de raconter", a-t-elle ajouté.

Mme Aubry aurait d'ores-et-déjà averti les sites Internet qui répandent ces rumeurs sur son couple, qu'elle était prête à porter plainte. Par ailleurs, selon le Journal du Dimanche, Martine Aubry a tenu à mettre en garde ceux qui selon elle sont à l'origine de cette campagne de dénigrement.
"UN HAUT RESPONSABLE DE L'ÉLYSÉE"
Elle aurait ainsi contacté "un haut responsable de l'Élysée, un préfet qu'elle a rencontré quelques années auparavant, lui disant en substance qu'elle était au courant de ses propos à son encontre, peu dignes de sa fonction". "Le seul préfet qu'elle connaît bien c'est Christian Frémont [directeur de cabinet du Président]. Il a été en poste dans sa région. Et avant d'être à l'Élysée, il était de gauche", indique – tout en réfutant les accusations de Mme Aubry – un proche du chef de l'État, cité par le JDD.
En tout cas, le message de la maire de Lille est maintenant clair : "On ne se laissera pas faire", explique-t-elle. Sa manière de monter au front pour combattre la rumeur a aussi obligé ceux qu'elle accuse à demi-mots d'être à l'origine de ces rumeurs à réagir.
"C'est diffamatoire ! Parce que accuser sans fondement ses adversaires.. nous, on n'est pas dupe", a répondu, Jean-François Copé, le patron de l'UMP, estimant que les avertissements de Mme Aubry se réduisent à "une entourloupe des socialistes pour gagner du temps" : "L'UMP a bon dos pour tout, ce sont des méthodes absurdes et ridicules. Vivement que les socialistes s'occupent du fond".
"UNE STRATÉGIE DE VICTIMISATION"
Dans la même veine, Nadine Morano, ministre chargée de l'apprentissage et de la formation professionnelle, a affirmé samedi au JDD que "l'UMP condamne toutes les méthodes qui consistent à salir un homme ou une femme politique" et que "tous les politiques sont des victimes potentiels d'Internet, qui peut se transformer en déversoir à insultes. Un torrent de saloperies est déversé depuis le début du quinquennat sur Nicolas Sarkozy". Mais pour Mme Morano, la démarche de Martine Aubry résulte d'"une stratégie de victimisation pour dissimuler la pauvreté du programme socialiste et les ratés de son entrée en campagne".
Sur Radio J, le ministre du travail, Xavier Bertrand, a conseillé dimanche à Mme Aubry de porter l'affaire devant la justice : "Si Mme Aubry s'estime attaquée par des rumeurs sur Internet qu'elle porte plainte. Voilà ce qui permet de mettre un terme à toutes les attaques possibles", a déclaré le ministre. Toutefois, il a estimé que la candidate socialiste n'était pas la mieux placée pour donner "des leçons" : "Quand Mme Aubry, dans un discours, comparaît le président de la République à M. Madoff, c'était d'une indécence sans pareil. Quand il y a eu des attaques sans précédent contre la personne d'Eric Woerth, c'était pareil".
De son côté, Dominique de Villepin, président de République solidaire, a estimé que les rumeurs concernant Martine Aubry étaient "scandaleuses", "d'où quelles viennent". "Il faut que chacun puisse s'engager à ne pas faire de la politique comme ça et à ne pas jouer avec ça", a-t-il souligné.

Grèce : 3,2 milliards débloqués par le FMI

Le Fonds monétaire international a débloqué vendredi 3,2 milliards d'euros pour la Grèce. 
Ils l'avaient bien prédit. Avant même que Christine Lagarde ne prennent ses fonctions, les stratèges du FMI avaient annoncé que de grands défis se présenteraient à la future directrice. Parmi eux, la crise grecque. Et cela s'est vérifié. À peine l'ancienne ministre française de l'Économie a-t-elle posé ses valises à Washington que le Fonds monétaire international est à nouveau intervenu auprès des Hellènes. 
Vendredi, l'institution  débloqué 3,2 milliards d'euros pour la Grèce. Il s'agit de la cinquième tranche du prêt accordé à Athènes et d'un montant total de 30 milliards d'euros, comme cela a été décidé en mai 2010. 
Rigueur
Ce nouveau versement ne signifie pas pour autant la fin des déboires financiers de la Grèce, loin de là. Christine Lagarde avait d'ailleurs prévenu mardi, dès sa prise officielle de fonction. « La viabilité de la dette de la Grèce dépend essentiellement d'une mise en œuvre vigoureuse et dans les délais du programme d'ajustement, sans laisser de place aux dérapages, ainsi que de la poursuite du soutien des partenaires européens et de l'implication du secteur privé », avait déclaré la nouvelle directrice du FMI. 
Et Christine Lagarde d'appeler la Grèce à poursuivre sa politique de rigueur. « Le programme donne des résultats importants: le déficit budgétaire est en train de baisser, l'économie de se rééquilibrer et la compétitivité de s'améliorer, a déclaré la directrice du FMI. (…) Cependant, avec beaucoup de réformes structurelles toujours à mettre en œuvre, des défis considérables demeurent pour la politique économique. »
De fait, Athènes est pour l'instant toujours dans l'impossibilité d'emprunter, la méfiance des investisseurs lui imposant des taux d'intérêt extrêmement élevés. Les échéances auxquelles la Grèce devra répondre dans les années à venir pourraient rendre le plan d'aide de 110 milliards insuffisant.

Scandale des écoutes: "Merci et adieu" titre l'hebdomadaire britannique News of the World

L'hebdomadaire dominical britannique News of the World, un des titres phares en Grande-Bretagne du magnat de la presse Rupert Murdoch, fermé en raison d'un scandale d'écoutes téléphoniques, a choisi comme titre de sa dernière édition: "Merci et adieu".
L'édition de dimanche, qui est la dernière dans la longue histoire du journal, rappelle quelques uns de ses plus grands scoops, souvent sulfureux, qui lui ont valu son succès populaire.

Et la rédaction, qui compte 200 membres, conclut: "Après 168 ans, nous finissons par dire adieu avec tristesse, mais aussi beaucoup de fierté à nos 7,5 millions de lecteurs fidèles", selon une image de la une diffusée sur le réseau Twitter.
"Nous avons perdu notre chemin", juge un éditorial d'une page entière, en expliquant qu'il "n'y a aucune justification à la peine causée aux victimes" des écoutes, tout en soulignant que le journal faisait partie du paysage britannique, au même titre que le "rôti du repas dominical".
Pour sa dernière édition, le NOTW revient sur sa longue histoire sous le titre "le plus grand journal du monde, 1843-2011" en rappelant quelques une des affaires traitées par la rédaction.
Le magnat australo-américain de la presse, âgé de 80 ans, était attendu dimanche à Londres, où il compte prendre personnellement en main ses affaires gérées en Grande-Bretagne par son fils James Murdoch à la tête de la société News International.

DSK : mobilisation politique pour Nafissatou Diallo

Un sénateur démocrate, figure centrale de la communauté noire de Harlem, tiendra dimanche une conférence de presse pour demander la poursuite de l'enquête contre Dominique Strauss-Kahn.
Le soutien à la femme de chambre du Sofitel s'organise désormais sur un plan politique et religieux à New York. Dimanche, le sénateur Bill Perkins, un élu démocrate, figure centrale de la communauté noire de Harlem, organise une conférence de presse pour demander au procureur Vance de poursuivre l'enquête et d'aller jusqu'au procès contre Dominique Strauss-Kahn, selon les informations du Figaro. À ses côtés, se tiendront plusieurs leaders associatifs et responsables religieux comme l'imam de la grande mosquée de Harlem, Souleimane Konate, le révérend Curtis, de l'église baptiste, ainsi qu'un représentant de la communauté guinéenne.
«C'est une véritable coalition qui est en train de se monter pour exiger que la victime ait droit à un procès», a expliqué samedi au Figaro l'entourage du sénateur Perkins. Le 6 juillet, après l'annonce par l'accusation de ses doutes sur la crédibilité de Nafissatou Diallo, l'élu démocrate avait déjà écrit au procureur Vance, lui enjoignant de «protéger la plaignante et les autres femmes qui sont régulièrement victimes de faits similaires». Mercredi, lors de la réunion entre l'équipe du procureur et les avocats de DSK, quatre représentants d'une association de policiers noirs américains étaient venus manifester devant le tribunal de Manhattan contre la coloration «raciste anti-noire et anti-femme» que prenait, selon eux, l'affaire.
Ces différents signaux montrent que la défense de la femme de chambre du Sofitel a bien l'intention de maintenir la pression sur le procureur Vance dans une phase décisive du dossier. Et que l'affaire est désormais sortie du strict terrain judiciaire pour atteindre les sphères politiques et communautaires de New York.