TOUT EST DIT

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mardi 14 octobre 2014

Le grand best-of du flou

Le grand


best-of du


 flou

Dans un pays qui doute désormais profondément de la parole publique et qui – malgré deux prix Nobel dans la même année – a perdu une bonne part de sa confiance en soi, le sketch joué par l’Elysée et le gouvernement sur la réforme de l’assurance-chômage devrait entrer sans difficulté dans la liste des best-of du flou. En une semaine en effet, nous avons assisté à trois allers et retours sur ce sujet explosif : réforme ou pas réforme, maintenant ou plus tard, avec ou sans l’Etat, François Hollande a tout fait pour que plus personne ne sache à quoi s’attendre sur ce sujet.
Bien malin serait aujourd’hui celui qui pourrait dire ce qu’il adviendra du traitement des chômeurs. Le double jeu de l’Elysée a fonctionné à merveille : Bruxelles peut avoir entendu que le gouvernement français allait enfin s’attaquer à une grande réforme structurelle, et la gauche du PS peut tout aussi bien avoir compris que le régime d’assurance-chômage serait préservé ; les syndicats peuvent se rassurer : il n’y aura rien dans l’immédiat, et le patronat peut espérer : le temps viendra où l’Etat s’en occupera et où l’on pourra tendre vers une diminution des charges sociales qui financent ce grand paquebot à la dérive. En attendant, il ne se passera rien.
On sait pourtant, pour en avoir vu les effets en grandeur nature chez la plupart de nos voisins, que la réforme de la protection contre le chômage est un point de passage obligé de la lutte pour l’emploi. De tous les blocages de la société française, la préférence pour le chômage est le plus constamment et le plus anciennement diagnostiqué. François Hollande le sait mais, par nature et par goût des jeux d’équilibre au cœur du pouvoir, il préfère continuer à faire comme s’il n’y avait pas un demi-million de chômeurs de plus depuis son arrivée à l’Elysée.

Le masque mortuaire de Jean-Marie Le Pen

C'est l'image de fin de Adieu Le Pen, le documentaire de Serge Moati que diffuse mardi soir France 2: le président d'honneur du Front national vient de réciter des vers de Musset qu'il affectionne. Moati adore quand Le Pen récite Musset.
«Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré»
Jean-Marie Le Pen ferme les yeux, Serge Moati filme. La scène dure plusieurs secondes et Moati, un rien grandiloquent, conclut «Adieu, Le Pen» sur l'image de ce qui évoque un masque mortuaire. Frappant.
Drôle de documentaire, cette version vidéo du livre de Moati, Le Pen, vous et moi (Flammarion). En une heure et demie, le documentariste résume ses 25 ans de reportages sur le «diable» du FN auquel le lie un mélange ambigu et parfois sympathique de fascination (même s'il s'en défend) et de répulsion. En fait, il hésite: raconte-t-il ces 25 ans d'improbable compagnonnage ? La passation de pouvoir entre Jean-Marie et Marine Le Pen? Les divergences de ligne au sein du parti? La dédiabolisation du Front national? Ou le portrait de «cet homme», comme il dit, qu'il a «écouté inlassablement» et qui aura marqué, quoi qu'on en pense, cinquante années de vie politique française?
Moati ne choisit pas vraiment, il veut tout dire pour cette dernière fois, s'épanche un peu sur lui-même et le résultat final est un peu brouillon, décousu, avec bien sûr quelques pépites. Comme ce moment de janvier 2011 où Jean-Marie Le Pen murmure à l'oreille de sa fille, qui vient de lui succéder à la tête du parti, qu'elle devrait consulter un orthophoniste pour gagner en souffle. «T'as raison», répond la nouvelle présidente, visiblement excédée. Ou ce moment, après le défilé du 1er mai 2013, où Le Pen masque à peine sa colère de n'avoir pas été invité à parler à la tribune. Entre une statue de Jeanne d'Arc et un casque de scaphandrier, le père fondateur s'en prend sans agressivité, mais on sent qu'il n'en pense pas moins, aux tenants de la ligne laïque ou chevènementiste (Florian Philippot) et appelle sa fille à «montrer à l'aile chrétienne qu'elle n'est pas que laïque», et à ne pas oublier «la spiritualité».
En héritage, Jean-Marie Le Pen livre son secret, c'était juste avant les élections législatives de 2012 : «Comme je vais mettre ma petite fille en orbite et qu'elle sera peut-être députée, ils n'ont pas fini d'en avoir, des Le Pen!» Il éclate de rire. Il voulait mettre le bazar dans la «bande des quatre» de naguère? Il a réussi. Et ça va continuer. De ce point de vue, il pourrait dire: mission accomplie.

(Adieu Le Pen, mardi 14 octobre, 22h30 sur France 2)
Perso, je n'aime pas Moati 


Ras-le-bol à Calais

Ras-le-bol à Calais

Réclamer davantage de policiers face à la présence massive de migrants en ville : telle était lundi matin l’objet de la manifestation organisée par le syndicat Unité SGPPolice FO, qui a regroupé des policiers, des agriculteurs et des commerçants. De 200 à 500 personnes se sont rassemblées, une opération escargot a eu lieu en direction du centre-ville de Calais, mobilisant une trentaine de tracteurs, une dizaine de poids lourds et une centaine de voitures.
Thierry Depuyt, responsable régional du syndicat susdit, estime qu’il y a 2 000 à 2 500 migrants qui traînent dans Calais (73 000 habitants). La préfecture, elle, met le curseur à 1 400-1 500 migrants. Rien que cela… Année faste que 2014, puisque les migrants qui rêvent d’Angleterre, essentiellement des Erythréens et des Soudanais, sont quatre fois plus nombreux qu’en 2013. Le hic est que l’Angleterre n’est pas pressée de s’enrichir à leur contact.
« Les fonctionnaires de police n’arrivent plus à assurer la sécurité des Calaisiens et la leur, c’est pourquoi nous demandons au ministre de l’Intérieur un renforcement des effectifs de police », a déclaré Thierry Depuyt. Notons bien : la police n’arrive même pas à assurer sa propre sécurité…

Pas d’amalgame !

Le syndicaliste précise que « ce rassemblement se veut pacifiste, sans aucune connotation raciste ». Des militants de « Sauvons Calais », trop à droite, ont été priés de ne pas suivre la manifestation. Le journal Nord-Littoral a bien repéré quelques néo-nazis tout de même. Les responsables syndicaux avaient leur argumentation toute prête : ce n’est pas une manifestation contre les migrants, c’est une manifestation contre l’afflux migratoire et le manque de moyens policiers.
Ce hiatus entre expression d’un ras-le-bol et autocensure ne contribuera pas à résoudre le problème. Si on ne voit pas le rapport entre cette manifestation et le racisme, les Calaisiens voient très clairement celui qui existe entre immigration et insécurité. Les agriculteurs déplorent le squat de leurs bâtiments agricoles, de leurs champs, quand ce n’est pas la destruction partielle des récoltes… Vols de portables, vols de marchandises dans les magasins, agressions, rixes, tentatives de viols : telle est l’apport culturel des migrants à la vie calaisienne.
« Cette explosion de migrants à Calais a des répercussions locales sur le marché de l’immobilier et pour la sécurité des biens et des personnes », résume Thierry Depuyt avec beaucoup de délicatesse à l’égard de ceux qui pourrissent la vie des Calaisiens. Le directeur départemental de la sécurité publique du département, Thierry Alonso, s’inscrit en faux. Une commerçante s’est fait voler son tiroir-caisse la semaine dernière par quatre migrants ? « Un fait isolé. » La sécurité des Calaisiens est dans de bonnes mains.

Ce sont évidemment les migrants qui ont besoin d’être défendus, non les Calaisiens. Cinq associations ont réagi à la manifestation : « La stigmatisation des exilés présents à Calais ne résoudra pas la situation », ont écrit « Calais, ouverture et humanité », « Fraternité migrants du Bassin minier 62 », « le Réveil voyageur », « Salam » et « Terre d’errance ». Elles prônent « une politique publique d’hospitalité respectueuse des droits humains ». L’insécurité ? « Le Réveil voyageur », sur son site, déplore une « Nouvelle agression fasciste à Calais ». Que fait la police ? 

Les leçons de l’histoire

Les leçons de l’histoire

Supprimer le poste de Premier ministre ? Cette fois-ci, c'est le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, qui le préconise. Il n'est pas le premier à suggérer « un nouvel équilibre incarné dans une VI e République », et veut imaginer un régime de type « présidentiel à la française » où le président de la République perdrait toutefois son droit de dissoudre l'Assemblée.
Réécrire une nouvelle fois la Constitution du 4 octobre 1958 est, en tout cas, la pire des solutions pour y parvenir tant l'histoire politique montre que, de retouches en retouches, l'esprit premier de la V e République a été dénaturé, dès, d'ailleurs, l'institution de l'élection du président de la République au suffrage universel, en 1962.
L'hyperprésidentialisation était en germe. Elle a connu, en 2000, avec l'adoption du quinquennat et l'alignement des législatives sur la présidentielle, une éclosion délétère. Ce référendum – boudé par les électeurs – montre comment une réforme présentée comme une modernisation nécessaire peut mettre en péril une nation.
La mission sur l'avenir des institutions que va présider Claude Bartolone serait bien avisée de réfléchir aux torts que des innovations aux conséquences mal évaluées peuvent porter à un État. Et si tant est qu'il faille des modifications, pourquoi ne pas faire table rase de tous ces empilements dictés par les circonstances, quand ce n'est pas par l'air du temps, et reconstruire un avenir en tirant les leçons du passé ?

Quelqu’un m’a dit...

Finie la lune de miel ? Oui et cent fois oui. Mr. & Mrs. Clooney se remettent au turbin, et ce n'est pas plus mal : il faut nourrir la famille à venir. Direction la Grande Pomme donc pour la vedette hollywoodienne qui assistera aujourd'hui au comic con de New York, et la Grèce depuis hier pour Amal Alamuddine.
L'avocate internationale, flanquée d'une dizaine de juristes du cabinet londonien Doughty Street Chambers, est chargée d´un dossier particulièrement épineux : la restitution des biens culturels que la Grèce réclame à la Grande-Bretagne. C'est-à-dire : 12 statues, 156 dalles de la frise du Parthénon, 15 métopes du temple d'Athéna Niké qui jouxte le Parthénon, et une cariatide servant de pilier. Au total, la moitié des chefs-d'œuvre de la colline sacrée, offerts en 1806 par l'Empire ottoman au diplomate britannique lord Elgin qui les a cédés au British Museum. Pour la Grèce, ces monuments historiques doivent retourner à leur pays d'origine. Le royaume va-il ou ne va-t-il pas céder ? That is the question... En attendant le dénouement de cet hitchcockien suspense, Mme Clooney va rencontrer le Premier ministre grec et visiter avec un guide le musée Acropolis, où tout un étage est pour l'heure consacré à des moulages en plâtre du décor original du site de l'Acropole, en attendant d'accueillir les œuvres et de les exposer dans le respect de l'aménagement initial. Les Grecs ne rêvent que de ça ! Les Britanniques qui ne veulent rien entendre proposent une alternative : prêter les marbres pour une manifestation ponctuelle. Amal Alamuddine Clooney a du pain sur la planche...
Le Harry's Bar entarbouché
Il était écrit qu'ils chemineront ensemble jusqu'à ce que mariage s'ensuive. Eh bien, la première étape est franchie. Noor Farès et Alexandre Khawam se sont fiancés à Londres. La créatrice de bijoux et le vice-président d'Africa Private Equity Team at Duet Group, firme de gestion d'actifs au Royaume-Uni, qui avaient révélé leur grand amour lors des noces de Fouad Mikati et Candice Abela à Monte-Carlo en août dernier, ont affiché leurs bagues devant un bataillon d'ami(e)s réuni(e)s à dîner au Harry's Bar du Mayfair. Pour célébrer l'évènement, la carte du menu, illustrée du portrait des fiancés coiffés du tarbouche libanais, a été fignolée par la célébrissime anglaise Lula, du Herself Magazine anglais. Une publication semestrielle arty pop et stylish, qui cristallise notre époque, qui bouscule la mode, amuse et stimule... Aussi, pour rester dans l'ambiance, les invités ont reçu le fez de grand-papa qu'ils ont vissé sur leur crâne avec majesté... Robert Solé aurait applaudi le tableau.
L'automne très arty-chaud
Concocté par Appeal et l'Université pour tous, un programme-sésame entend ouvrir les portes des domiciles des collectionneurs d'art. Liliane Menassa, Denise Eddé, les two sisters-in-law Nada et Maya Doumet, et une bonne quarantaine de personnes ont ainsi visité les cimaises privées d'Abraham Karabajakian et Roger Akoury, les collections d'Alex Démerdjian, de Karim Abillama et celles de son papa, Samir Abillama, amoureux de ses sculptures : Lalane, Jean Desmarets, Jean-Michel Folon et Xander Sponken, qui ont provoqué des ah et des oh d'admiration de la part des étudiants. Ce jour-là aussi, ces derniers ont jeté l'ancre à Alita/Byblos, arpentant en long et en large le temple Maqam, royaume de César Nammour et premier musée d'art moderne et contemporain au Liban. Et rien que pour le plaisir de l'œil, la balade valait le coup...
La promenade arty a remporté un tel succès que de nouveaux aficionados, dont Gisèle Chahine, Mona Moukarzel, Myrna Naccache et Hoda Skaff, sont venus grossir la liste des amateurs déterminés à explorer d'autres collections : celles de Ghassan Tuéni, de Jihad Abillama et son fils Farouk, de Taha Mikati et du Yachting Club à Zaytouna Bay. Une parenthèse enchantée qui a été suivie d'un déjeuner à l'hôtel Albergo, offert par Rita Nammour.
Peindre à l'Ixsir
Avis aux amateurs : Samir Abillama, Élie et Randa Gebrayel, Shirine Abdallah, Nassif et Vida Ragheb, Joëlle Bou Nassif, Hadi el-Assaad, Laurice Murr et Henri Debanné et ses enfants sont des artistes à suivre. Leur talent de coloristes a éclaté sur la toile lors d'un coucher de soleil à Basbina, et leurs œuvres pourraient se retrouver un jour en galerie ! Étienne Debbané n'a pas chômé non plus : comme à son habitude, mister Ixsir a proposé une visite guidée de sa magnifique cave avant que de faire sauter des douzaines de bouchons. Alors, soûls de vin et de peinture, ses invités, c'est-à-dire les quarante peintres en herbe inscrits aux cours d'art et création d'Élise Turk du Centre culturel du Collège Notre-Dame de Jamhour, ont ensuite salivé avec un enthousiasme quasi extatique sur le menu préparé par le chef Nicolas Audi. La soirée s'est terminée sur le rythme d'une house music qui les a immanquablement poussés à danser et voguer... au gré du vin.

La violation des traités est devenue la routine des dirigeants européens par temps de crise

Le professeur d’économie Charles Wyplosz juge stupéfiant qu’aucun juriste ne se soit penché sur les violations répétées de principes juridiques inscrits dans les traités européens. Explications.

Sur les causes et les conséquences économiques de la crise de la zone euro, tout a été dit, et même son contraire. Mais ses aspects juridiques sont trop peu débattus. Il est grand temps que les juristes s’emparent du sujet, et pas seulement les juristes allemands qui traînent la Banque centrale européenne (BCE) devant la Cour de justice de l’Union européenne après avoir saisi la Cour constitutionnelle allemande pour de mauvaises raisons. Et pourtant, la gestion de la crise a été marquée par la violation de nombreux principes juridiques inscrits dans les traités européens.
Violation de la clause de non-sauvetage qui interdit aux pays membres de la zone euro et à la BCE d’aider financièrement un pays en difficulté en raison de ses propres erreurs. Tous les pays en crise ont bénéficié de telles aides. Pire même, une nouvelle institution, le Fonds européen de stabilité financière, a été créée spécialement pour cela. Ce fonds ne devait durer qu’un printemps ou deux, histoire de ne pas violer la clause de non-sauvetage trop profondément, mais il a été remplacé par une institution pérenne, modestement nommée Mécanisme européen de stabilité.
Violations répétées de la souveraineté nationale. Les premiers pas ont été faits avec la Grèce, sous le prétexte implicite que c’est un pays peu digne de faire partie du club. Le premier ministre Georges Papandréou a été effectivement poussé à démissionner lors du sommet de Nice pour avoir voulu soumettre à référendum le plan d’austérité voulu par les autres pays. Il avait osé prendre le risque de remettre en cause le plan de sauvetage (illégal) qui a causé une souffrance inouïe à ses concitoyens! Auparavant, il s’est vu interdire de faire appel au FMI, comme le fait tout pays incapable de lever des fonds sur les marchés financiers. La raison semble avoir été la crainte que le FMI n’encourage la Grèce à restructurer sa dette publique. Un an plus tard, l’ordre de restructurer la dette est venu de Berlin et Paris, plus précisément de Deauville, au terme d’une promenade de «Merkozy» en bord de mer. Enfin, la Grèce a été mise sous tutelle par la troïka qui a imposé un plan d’austérité – qui dure encore – et des réformes structurelles aux successeurs de Papandréou. Ce type de mise sous tutelle est la condition habituelle des aides du FMI, mais le FMI n’était que le partenaire junior de la troïka, pilotée par la Commission, en relation très étroite, dit-on, avec le gouvernement allemand. Comment le FMI a-t-il pu accepter de se prêter à cet artifice est une autre question qui pose un problème de droit.
Violations du principe de subsidiarité. Le Pacte de stabilité a été réformé pour cause d’échec patent et répété. Ce pacte vise à établir la discipline budgétaire, qui est effectivement une condition de survie de l’union monétaire. Mais il repose sur des obligations spécifiées par la Commission européenne dans un domaine où les parlements nationaux sont souverains. Pour cette raison, les injonctions de la Commission sont régulièrement ignorées, au risque de sanctions financières. Pris en tenaille entre ses électeurs et la Commission, tout gouvernement choisit inéluctablement d’écouter ses électeurs. Bien sûr, il doit y avoir des conséquences lorsque le résultat est une explosion de la dette, et c’est bien pour cela que la clause de non-sauvetage a été inventée. Une fois qu’elle a été délibérément mise au rebut, le Pacte de stabilité a été «renforcé», ce qui veut dire que le poids de la Commission a été accru. Mais le clash avec la souveraineté demeure, comme on le voit ces jours-ci dans le cas de la France. Le principe de subsidiarité exige que l’on cherche avant tout des solutions nationales pour faire face à des problèmes nationaux. Le frein à l’endettement suisse est le modèle à suivre, et il a d’ailleurs été suivi par l’Allemagne. Mais cette solution ne semble pas avoir la faveur des eurocrates, principe de subsidiarité ou pas.
Cela fait tout de même beaucoup de violations des traités européens par les gouvernements et par la Commission européenne. Certes, les gouvernements ont mobilisé leurs juristes pour habiller leurs décisions, mais c’est à une cour de justice d’apprécier la validité de leurs arguments. Or aucune instance juridique n’a été saisie. La seule procédure en cours est celle de juristes allemands qui accusent la BCE de sortir de son mandat. Ils lui reprochent de garantir – partiellement et sous condition – les dettes publiques des pays membres. Or toutes les banques centrales, y compris la Réserve fédérale, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon, offrent de telles garanties – totales et inconditionnelles. Nous avons donc le mauvais procès, pas le bon. Stupéfiant, non?


Grèce : Amal Clooney, l'avocate qui fera peut-être revenir les frises du Parthénon

Amal Alamuddin, l'avocate depuis peu mariée à Georges Clooney, est en Grèce jusqu'à jeudi. Avec le Premier ministre, elle doit évoquer les recours légaux qui permettraient à Athènes de récupérer les sculptures du Parthénon, toujours conservées au British Museum de Londres.

Mariée depuis peu à l'acteur américain George Clooney, la brillante avocate est de retour aux affaires. A Athènes, jusqu'à jeudi, elle doit rencontrer, avec deux autres représentants , le Premier ministre Antonis Samaras et le ministre grec de la Culture. Raison de la visite : discuter des recours judiciaires permettrant à la Grèce de récupérer les frises du Parthénon, toujours "détenues" par le British Museum de Londres.
Rien de tel qu'une femme de star pour attirer l'attention sur ce conflit. Rappel des faits : en 1801, l'ambassadeur d'Angleterre à Constantinople fait enlever plus de 150 sculptures de la décoration extérieure du Parthénon, le célèbre édifice antique juché sur l'Acropole d'Athènes. La cargaison est acheminée jusqu'au Royaume-Uni puis vendue au British Museum, où les oeuvres sont aujourd'hui exposées, chambre 18, très précisément.
La Grèce et le Royaume-Uni d'accords pour en discuter
Ce n'est qu'en 1983 que la ministre grecque de la Culture de l'époque demande officiellement leur restitution. Ce à quoi le British Museum a longtemps opposé que les éléments de frise lui appartenaient légalement et qu'ils seraient mieux conservés sur le sol britannique. Mais depuis 2009 et la réouverture du musée de l'Acropole, un établissement flambant neuf situé au pied de la célèbre colline, le dernier argument ne tient plus. La Grèce explore désormais les pistes légales lui permettant de récupérer son patrimoine.
Depuis 2011, le pays fait ainsi appel aux conseils d'Amal Alamuddin, spécialiste du droit international, qui a notamment défendu le fondateur du site Wikileaks, Julian Assange, contre la Suède (qui cherche à faire extrader dans une affaire de viol), et l'ex Premier ministre ukrainienne Ioulia Timoshenko contre l'Ukraine. L'avocate n'est donc pas seulement un atout médiatique.
On n'en sait guère plus sur ce qu'Amal Clooney chuchote à l'oreille des Grecs. Mais "la Grèce et le Royaume-Uni se sont mis d'accord pour dialoguer sur la question", glisse-t-on au siège parisien de l'Unesco, l'organe des Nations Unies chargé de la défense du patrimoine, où l'on refuse d'en dire plus. Ironie de l'histoire, l'un des plus ardents défenseurs de la cause grecque, David Hill, le président de l'Association pour la réunification des marbres du Parthénon, est anglais de naissance.

lundi 13 octobre 2014

qui gouverne ce pays ?

Philippe Tesson dénonce "l'incohérence cafouilleuse" au plus haut sommet de l'État qui dure depuis deux ans et demi et dont les effets sont dramatiques.



Qui gouverne ce pays ? Il n'y a déjà plus de président, ou presque plus. Voilà que désormais il n'y a plus de Premier ministre, ou presque plus. Depuis hier, le chef, c'est le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron. Dans une retentissante interview au JDD, il se désigne comme le patron, celui qui est chargé de partir à l'offensive, de relancer l'activité économique d'ici à la fin de l'année, d'intensifier les réformes, de recréer la confiance chez les entrepreneurs et dans les ménages, de créer avant six mois une nouvelle donne en Franceet en Europe, de libérer l'économie, de moderniser les conditions de travail, de s'attaquer aux professions réglementées, de trancher la question du travail de nuit et celle du travail du dimanche, d'en finir avec les réglementations obsolètes, de revoir l'assurance chômage... Tout cela est dans le texte, excusez du peu ! Un véritable programme de gouvernement. Vite fait, bien fait ! Avant six mois, la France aura retrouvé son crédit, la croissance, la prospérité, l'emploi, et en mai 2017, elle reconduira François Hollande. Que ce dernier n'a-t-il eu plus tôt l'idée géniale de confier à ce phénix des hôtes de ces bois les intérêts du pays ? Tant de temps perdu ! Valls, c'était donc un leurre !...
 
Mais soyons sérieux, à défaut qu'ils le soient. Que signifie ce nouvel épisode intempestif de la déjà longue histoire ubuesque du mandat de François Hollande, jalonné de bourdes ? Une gaffe délibérée ? Une provocation ? Une manoeuvre ? En tout cas, un désordre de plus. Était-ce le moment, alors que les témoignages d'un affaiblissement de notre économie se multiplient, alors que le crédit du président de la République est au plus bas, alors que la majorité est au bord de la fracture, alors que la confiance du peuple dans l'avenir est mise à mal par les sinuosités, les louvoiements, les contradictions du pouvoir de gauche, était-ce le moment de laisser un jeune ministre inexpérimenté jeter dans le marécage français un pavé aussi inopportun ?

Inconscience, irresponsabilité

Est-il destiné à donner un gage aux dirigeants de la Commission européenne à la veille de la mise en surveillance à laquelle ils vont soumettre la France ? Il faut vraiment les considérer comme des imbéciles pour croire qu'ils vont prendre pour argent comptant l'extravagant catalogue de projets, d'ambitions et d'engagements que décline M. Macron, quand on sait l'absence de crédit politique et de moyens financiers dont ils disposent, lui et son gouvernement. Est-ce pour envoyer un signe ? Et à qui ? Au Medef, qui a tout compris depuis qu'ils le couvrent d'hommages indécents après l'avoir si longtemps stigmatisé ? Au pays, qui ne croit plus en rien qui vienne d'eux ? Aux pauvres, qu'ils ont bernés ? En fait de signes, c'est un nouveau défi insultant qu'ils lancent à la gauche radicale en en rajoutant sur l'inflexion libérale qu'ils impriment à leur politique. Ils ajoutent à la maladresse le cynisme. Ou bien alors cherchent-ils la rupture définitive avec cette partie de leur électorat, hypothèse inconcevable lorsqu'on évalue les risques politiques qu'elle induirait.

Mais le comble est dans le mépris que les propos du ministre de l'Économie traduisent vis-à-vis de l'autorité du président de la République. Ce comportement frise l'inconscience, l'irresponsabilité. M. Macron porte à son sommet le désordre qui règne dans l'exercice du pouvoir depuis l'élection de François Hollande. Tenons-nous-en au dossier de l'assurance chômage. La semaine dernière, Manuel Valls évoque en plusieurs occasions et avec insistance la nécessité de réformer le système de l'indemnisation, idée qui lui est chère depuis longtemps. Aussitôt, Hollande le recadre : la réforme attendra 2016. 

"Totale harmonie"

Mercredi, à Milan, il déclare : "Il y a suffisamment de sujets pour que nous soyons bien occupés. On ne fait pas des réformes pour des réformes." Le lendemain, jeudi, à Lille, Valls répond au président : "La seule chose que je peux vous dire, et c'est ce que le président de la République a dit, il faut des réformes... et, croyez-moi, je suis très déterminé à les poursuivre." Et hier, Macron enfonce le clou de la discorde : "Il ne doit pas y avoir de tabou ni de posture... Il y a eu une réforme, elle est insuffisante... Comme l'État garantit financièrement le régime, il peut aussi reprendre la main si les blocages sont trop lourds." C'est ce que l'Élysée appelle "une totale harmonie". C'est ce que nous appelons une incohérence cafouilleuse, qui dure depuis deux ans et demi et dont les effets sont dramatiques. Qu'elle cache des intérêts politiques et des jeux d'ambition personnelle ne grandit pas ceux qui l'entretiennent.
Au point dangereux où en est aujourd'hui la France, le président de la République, qui est toujours là, comme il le dit avec un humour d'un goût douteux, ne terminera son mandat que s'il met désormais un minimum de clarté dans ses intentions, ses actes et ses paroles, et un minimum d'autorité dans la conduite de son personnel. Quelques mois ont suffi pour que s'installe l'ambiguïté dans sa relation avec le Premier ministre. Quelques jours ont suffi pour qu'un jeune ministre s'arroge le pouvoir de parler comme un Premier ministre et ajoute sa voix, avec une immodestie ou une naïveté infantiles, au concert d'illusions qui berce la France depuis mai 2012.
Car qui peut croire un instant qu'il relancera avant six mois l'activité du pays, ce qui suppose qu'il maîtrise un contexte économique plus que jamais défavorable, qu'il convainque Bruxelles de la faisabilité de son projet, qu'il muselle la fraction rétive de sa majorité et qu'il vienne à bout des corporatismes auxquels il entend s'attaquer. Ce n'est pas que ses intentions soient mauvaises, et pas davantage celles de Manuel Valls, authentique réformateur. C'est que trop de pesanteurs les hypothèquent, budgétaires, sociales, politiques et culturelles, à commencer par le complexe de gauche qui les amènera à céder, par habitude, par faiblesse et par démagogie, aux oppositions qu'ils rencontreront dans leur action réformatrice.
Ils ont trop dit qu'ils étaient socialistes et qu'ils continuent de l'être pour avoir le courage de mener jusqu'au bout une politique réputée de droite, fût-elle conforme à l'intérêt de la France et à leur propre conviction. Cette équivoque ne se dissipera qu'avec le temps. Pas dans six mois, n'en déplaise à M. Macron.

Impuissance mondiale face à la barbarie

Impuissance mondiale face à la barbarie

« L’Etat islamique » en Irak et en Syrie poursuit ses atrocités dans une indifférence croissante : le monde s’habitue vite à la barbarie. Ainsi, 4 femmes ont été récemment décapitées, dont deux médecins restés sur place pour s’occuper des enfants et une juriste. Ce qui est étrange, c’est l’impuissance de la communauté internationale. Lesjihadistes sont 30 000 combattants au maximum. Ils ont contre eux les armées des pays arabes, l’Iran, la Turquie juste à côté, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, Israël, bref, quasiment la terre entière. Il n’est pas question de parler de « guerre des civilisations » puisque justement le monde occidental et la plupart des pays musulmans – les communautés musulmanes en général – sont en plein accord pour combattre le fléau. Ce conflit est celui de l’humanité contre la Terreur. Mais on ne parvient pas à s’entendre pour mettre fin aux massacres. L’humanité est en échec contre la Terreur. La situation rappelle un peu – éternel recommencement – ce que le monde a vécu dans les années 1970 avec le Cambodge de Pol Pot, ou le Rwanda 20 ans après. Une poignée de tueurs, un groupuscule, tient tête à l’humanité, à une communauté internationale dominée par l’indécision, la faiblesse, l’incapacité à agir. Il est incompréhensible, consternant, que les armées internationales ne parviennent pas – mais l’essayent-elles vraiment – de faire lever le siège de Kobané, localité voisine de la Turquie. Cette impuissance incroyable, non seulement de l’ONU, de l’Europe, de la Ligue arabe, mais aussi des géants politiques et militaires de la planète est une autre grande leçon de notre époque, montrant une communauté internationale telle un colosse aux « pieds d’argile »et soulignant à quel point la paix mondiale est fragile. 

Une loi injuste

Une loi injuste

Aussi parfaite que soit la loi, elle ne va jamais au fond des choses. A l’occasion de la transition énergétique, les députés ont adopté une disposition qui va susciter une nouvelle fois l’admiration du monde : ceux qui iront travailler à vélo pourront recevoir une indemnité kilométrique. Certes les entreprises verront leurs charges augmentées mais ne chipotons pas, elles ont l’habitude. Que les mollets soient payés pour que les poumons respirent mieux est une excellente initiative. Encore faut-il que la justice règne et que l’égalité soit respectée. Voilà le scandale : aucun défraiement n’est prévu pour les piétons. Pourtant marcher est encore plus écologique que pédaler. Il convient de réparer au plus vite cette iniquité. Et je ne parle même pas de tous ceux qui rament.

Totem et tabou

Totem et tabou

Oui, la lutte contre le chômage de masse, fléau numéro un de la France, passe, aussi, par une réforme de l’assurance-chômage. Manuel Valls et Emmanuel Macron ont mille fois raison de renverser le totem et de briser le tabou. La durée des indemnités, leur montant, leur dégressivité doivent être mis sur la table. Le système français d’indemnisation est à la fois trop coûteux et pas assez incitatif à la reprise d’activité.
Le fait que le sujet relève, en France, des partenaires sociaux ne peut pas être un prétexte à ne rien faire. La nouvelle convention Unedic entrée en vigueur le 1er juillet introduit certes quelques nouvelles mesures astucieuses comme les droits rechargeables pour les chômeurs. Mais elle n’empêchera pas le régime assurantiel d’être en déficit de près de 4 milliards d’euros cette année et la dette de l’Unedic d’atteindre, si rien n’est fait, 25 milliards l’an prochain.
Patronat et syndicats doivent être encouragés à plus d’audace. Mais pour une vraie réforme, le gouvernement aussi devra faire preuve de courage. D’abord, en s’attaquant aux abus comme celui du régime des intermittents : il serait scandaleux que l’Etat continue à prendre à sa charge pour ces derniers, au delà de décembre 2014, le différé d’indemnisation décidé par les partenaires sociaux. Ensuite, en luttant efficacement contre le chômage, ce qui suppose une plus grande flexibilité du marché du travail et une profonde réforme de la formation. Et enfin, en cessant d’alourdir d’un côté ce qu’il allège de l’autre : le choc de complexité qui découle de l’instauration d’un compte pénibilité, ou la loi Hamon qui fait peser une instabilité juridique sur les cessions d’entreprises, pèsent sur l’emploi et entravent, in fine, la lutte contre le chômage. Autant de tabous et de totems qui restent à briser.

Grève des pilotes d'Air France : "Nous avons perdu un an"

Pour le président d’Air France-KLM, Alexandre de Juniac, la grève et les 500 millions d’euros de manque à gagner mènent vers une sixième année de pertes.

Alexandre de Juniac revient pour la première fois sur la grève qui a paralysé pendant quatorze jours la compagnie. Le dialogue se poursuit avec les pilotes et pourrait aboutir rapidement à un accord. Le patron de la compagnie va aussi lancer un nouveau chantier : l'amélioration d'une demi-douzaine d'activités.
Aviez-vous anticipé un conflit des pilotes de cette ampleur?
Non. Un tel blocage était d'autant moins prévisible que nous avions négocié, ces trois dernières années, des mesures de restructuration beaucoup plus douloureuses. Là, il s'agissait de mesures de croissance avec à la clé 1.000 emplois nouveaux. Il faut maintenant tourner la page et avancer.
Pourquoi les pilotes ont-ils suspendu la grève puisque aucun accord n'a été trouvé?

Le sens des responsabilités l'a emporté. Nos propositions restent sur la table. Elles sont équilibrées et répondent, j'en suis convaincu, aux aspirations des pilotes.

«Si les pilotes ne signent pas notre accord, nous créerons une nouvelle compagnie.»
Et s'ils refusent de signer?
Dans ce cas, nous créerons une compagnie sœur de Transavia, Transavia Développement, en France, pour nous développer dans l'activité à petits prix, avec les nouveaux avions qui arrivent dans les mois qui viennent. Mais que les pilotes signent serait plus simple et plus logique. Avec Frédéric Gagey, le PDG d'Air France, nous espérons vivement que nous nous mettrons vite d'accord sur les meilleures conditions pour développer ensemble Transavia en France.
Pourquoi le low cost est-il si stratégique?
C'est le seul marché en croissance de notre secteur : il est donc capital que nous nous mettions en position de le conquérir! En Europe, le low cost représente aujourd'hui près de 50 % du trafic. Sur le segment des prix bas avec un service de qualité, Transavia peut devenir un des grands en Europe. La compagnie a d'ailleurs très bien marché cet été, avec des taux de satisfaction et de remplissage exceptionnels. Son programme hiver, qui débute le 31 octobre, propose d'ailleurs une augmentation de 56 % des sièges proposés.
Vous avez dû renoncer à créer Transavia Europe, par quoi passe maintenant votre développement?
Par l'accélération du développement de Transavia en France dans des conditions économiques compétitives. Il faut aller vite pour ne pas courir le risque d'offrir ce marché à nos concurrents, notamment à Orly, où des créneaux pourraient se libérer.
Comment arrivez-vous à chiffrer le coût de la grève à 500 millions d'euros?
La grève nous a coûté 20 millions d'euros par jour, auxquels s'ajoutent les dédommagements, les achats de billets parfois au prix fort auprès d'autres compagnies pour acheminer nos passagers, ainsi que l'impact sur les réservations des semaines à venir. C'est un immense gâchis. Mais nous avons mis sur pied un plan de riposte commerciale sans précédent pour faire revenir les clients dans nos avions.
«Nous subissons le marasme de l'économie de la zone euro.»
Air France s'achemine donc vers une sixième année consécutive de pertes?
Cette grève nous a fait perdre un an. Air France aurait dû être dans le vert cette année et ne le sera pas. Le groupe Air France-KLM avait, lui, un résultat d'exploitation positif l'an dernier.
Vos investissements de plus de 6 milliards sur trois ans seront-ils maintenus?
Nous allons continuer à investir massivement, mais il faudra prendre en compte le coût de la grève.
Un risque de crise avec d'autres catégories de personnel est-il à craindre?
Cela aurait pu être le cas si nous avions accordé aux pilotes des avantages que les autres auraient jugés indus ou qu'ils auraient exigés pour eux. Les rivalités qui existent chez nous entre les catégories de personnels nous affaiblissent. Ce n'est pas ma conception de ce que doit être une entreprise compétitive, efficace, solidaire. Pour faire voler des avions, il faut des pilotes, des hôtesses et stewards, des mécanos, des commerciaux… Il est impératif que nous nous entendions tous face aux défis de la concurrence des géants mondiaux.
Avec le recul, auriez-vous fait différemment?
J'aurais sans doute différé l'introduction du volet européen du projet Transavia, que j'évoquais pourtant depuis des mois. Il a été pris en otage par ce conflit. Nous aurions dû faire plus de pédagogie, car les inquiétudes autour d'un prétendu dumping social ou de prétendues délocalisations étaient complètement infondées.
Le groupe a supprimé 10.000 postes en cinq ans. De nouvelles mesures d'économies sont-elles à attendre?
D'ici quinze jours, nous allons commencer les discussions autour de notre nouveau plan, Perform 2020. L'idée est de trouver pour chaque activité le moyen de combler le fossé de compétitivité qui peut exister avec nos concurrents. C'est une démarche qui impliquera beaucoup la base. Nous allons demander des idées et injecter les nôtres, pendant quatre à cinq mois, à partir donc du mois de novembre. Il nous faudra être prêt au premier semestre 2015.
Quel est l'objectif de ce nouveau plan?
Rester l'un des premiers opérateurs mondiaux à racines européennes. Pouvoir garder notre place dans la cour des grands. Dans un secteur aussi capitalistique que le transport aérien, la taille est primordiale. Il faut une flotte et un réseau le plus larges possible. C'est ça que nos clients achètent. C'est pour ça que nous allons continuer à ouvrir des lignes, comme Brasilia ou Panama l'an dernier. Et resserrer les partenariats comme avec Delta aux États-Unis ou Etihad dans le Golfe. C'est la clé de notre survie, surtout face au marasme de l'économie de la zone euro que nous subissons. Et puis nous allons investir dans la maintenance, où nous sommes déjà un leader mondial, et dans le low cost. Je reste optimiste : la croissance est à notre portée.

"L’écologie n’est pas compatible avec l’économie de marché"

Du feu rouge au feu vert, en passant par le rose. Arthur Nazaret, journaliste au service politique du JDD, s'intéresse à ce qui agite la gauche. Des livres politiques aux cuisines internes. Cette semaine, il revient sur l'ouvrage de Joan Martinez-Alier, professeur en économie et en histoire de l’économie à l'Université autonome de Barcelone, qui a publié, en espagnol, L’écologisme des pauvres en 2005. Son livre vient de sortir en France aux éditions Les Petits Matins.
Il y a actuellement, en France, un débat sur la transition énergétique. Avez-vous pu le suivre et qu'en pensez-vous?
 Nous devons avoir une transition énergétique dans le monde. La question est de savoir comment aller à un système énergétique qui ne produit pas de gaz carbonique. Il est de plus en plus difficile d'avoir du pétrole donc il est recherché partout ce qui a des coûts très lourd pour l'environnement. Il y a une rareté de l'énergie, il faut donc changer de système énergétique car il n'y a pas de rareté pour l'énergie solaire par exemple.
Dans votre livre, vous parlez de trois types d'écologie. Pouvez-vous nous les décrire?
 Le premier type d'écologie est une écologie qui sacralise la nature et qui vise à la conserver. C'est le culte de la nature sauvage. C’est l'écologie de Henry David Thoreau ou de John Muir aux Etats-Unis. Le deuxième type d’écologie est un courant qui nous vient des ingénieurs et des économistes qui pensent que l'on peut avoir une compatibilité entre l'économie de marché et l'écologie. C'est ce qu'on retrouve sous le vocable de développement durable ou même de croissance verte. Mais pour moi, "croissance verte", c'est un oxymore. Une des figures centrales et un des précurseurs de ce mouvement est Gifford Pinchot. Quand on regarde l'histoire, nous voyons que si l'économie croît les dépenses énergétiques et les matériaux croissent aussi.


Pour vous l'économie de marché est par nature incompatible avec l’écologie?
Par nature, c'est incompatible car le marché est myope en ce qui concerne le futur. Le marché est aussi myope en ce qui concerne les besoins des gens pauvres. Et, enfin, le marché est myope en ce qui concerne les besoins des autres espèces. Le marché n'est pas bon pour la soutenabilité écologique.
 Vous, vous défendez ce que vous appelez l'écologisme des pauvres aussi appelée  "mouvement pour la justice environnementale" ?
 A cause de la raréfaction des matériaux et des ressources naturelles, il y a partout dans le monde des protestations qui montent. Ces protestations sont surtout dans le Sud du monde : en Nouvelle Calédonie à cause du nickel ou au Niger à cause de l'uranium. Mais il y en a même en Europe, à cause du gaz de schiste. Il y a aussi eu des investissements complètement inutiles pour lesquels on voit des manifestations en Europe, comme Notre-Dame-des-Landes ou le TGV Lyon-Turin.
Dans les pays du Sud, cela ne se fait pas toujours avec comme mot d'ordre la protection de la nature...
 Il y a dans les pays du Sud des monsieur Jourdain de l'écologie, qui font de l'écologie sans le savoir. En Équateur, il y a des gens qui protestent contre l'extraction de pétrole parce que son exploitation détruit leur lieu de vie. Ces populations ne connaissent pas le mot "écologiste" mais ils commencent à l'apprendre. Quand on leur demande s'ils protestent parce qu'ils sont communistes ou écologistes, ils répondent que non, qu'ils protestent parce qu'ils sont des indigènes et que la terre et l'eau sont sacrés ou parce qu'ils ont des droits mémoriels. C'est cela l'écologisme des pauvres, des gens qui protestent pour des raisons de subsistance.  
Mais s'ils font de l’écologie sans le savoir et que cela ne débouche pas sur un mouvement politique, n’est-ce pas une limite, un problème?
 La question n’est pas celle du vote mais celles des alliances avec d'autres groupes écologistes. Par exemple dans le nouveau livre de Naomi Klein (This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate – pas encore traduit en France, Ndlr), elle raconte l'histoire de tous ces gens qui au Canada ou aux Etats-Unis s'opposent aux nouveaux pipelines. Elle appelle cela "blocage". Il y a un pays qui s'appelle "blocage" partout dans le monde et c'est le pays de ces gens qui s'opposent ici au gaz de schistes, là aux pipelines, etc. Tous ces mouvements de blocage sont en train de faire des réseaux et c'est cela l'écologie populaire. Nous verrons cela l'an prochain en France pour la conférence climat. Des milliers de personnes viendront contester et demander la justice climatique.
«C'est difficile pour la gauche de devenir écologiste»
On en est selon vous la bataille d’idées?
 Dans les années 1970, les idées écologistes se sont fait connaître. Cela commence avec Rachel Carson, puis avec le rapport du club de Rome en 1972 puis Sicco Mansholt qui était le président de la Commission européenne et qui est devenu écologiste. Après avoir lu le rapport de Rome, il a dit qu'il fallait une croissance en dessous de zéro. Ensuite, André Gorz a parlé "décroissance". La candidature de René Dumont en 1974 vient de cette histoire. Les idées écologistes se sont développées dans ces années 1970. Ensuite il y a l'époque néolibérale durant laquelle les idées écologistes ont reculées. Aujourd'hui, ces idées reviennent à cause du changement climatique dont les gens prennent conscience.
Vous parlez d’écologisme des pauvres mais comment expliquer-vous que dans les pays occidentaux, en tout cas en France, le vote écolo reste un vote marginal, de gens souvent instruits et vivant dans un milieu souvent urbain. C’est plus un écologisme des riches?
En France, en Espagne et en Italie, la gauche post-communiste et même socialiste a eu des difficultés à comprendre les thèmes écologistes. Non parce qu'ils sont des adorateurs du marché mais parce qu'ils sont productivistes. Les marxistes étaient productivistes et les keynésianistes aussi. Donc c'est difficile pour la gauche de devenir écologiste. Quant aux libéraux, ils sont pour le marché et donc contre l'écologie même si d'un point de vue rhétorique, ils sont pour.
Pour vous, la taille des villes et le nombre de naissance sont des questions politiques? Il faut dans un cas comme dans l'autre les limiter?
 Je ne sais pas si l'on peut les limiter par la loi mais les grandes villes ne sont pas soutenables d'un point de vue écologique. Quant aux naissances, on voit l'émergence d'un néo-malthusianisme féministe. Néo-malthusianisme, car ce mouvement n'est pas réactionnaire comme l'était Malthus. C'est un mouvement progressiste qui pense qu'il vaut mieux avoir moins d'enfants, c'est une idée de la procréation consciente. Cela s'est développé contre l'Etat et contre l'Eglise.

samedi 11 octobre 2014

Ainsi va la paix…

Ainsi va la paix…

La paix ? Quelle paix ? On se posait justement la question, l'an dernier à la même époque, de savoir comment on pouvait bien prétendre 'uvrer à la paix en décernant le prix Nobel à un « machin » inapréhendable chargé de veiller à ce que la guerre sème la mort en respectant les règlements internationaux. Un comble ! Ainsi, après les Nobel à Obama et à l'Union européenne, la récompense attribuée, en 2013, à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques – institution internationale basée à La Haye (Pays-Bas) – était venue jeter un nouveau discrédit sur l'académie Nobel et un sale coup pour les utopistes qui croient encore à la paix universelle.
Syrie, Irak, Palestine, Congo, Lampedusa, Niger, Soudan, Birmanie… La liste serait longue des endroits sur notre planète où le malheur, la violence, la famine et le viol sont le quotidien de femmes et d'enfants victimes de la folie des hommes. Tant de drames, de charniers, tant d'images à pleurer de rage, tant de silences aussi, comme autant de complicités qui enlèvent bien du sens au prix Nobel de la paix, attribué pour la première fois en 1901.
Heureusement, ces palmarès indignes ont vite été disqualifiés et effacés de nos mémoires incrédules et rebelles. Sur les chaises de la dignité, aux côtés des Desmond Tutu, Rigoberta Menchu, Mandela ou de Klerk, nous y ajoutons donc, aujourd'hui, les noms de la jeune Malala et de Kailash Satyarthi. Les témoignages et les actes de la militante pakistanaise de 17 ans seulement, et de l'ingénieur indien âgé, lui, de 60 ans, sont de ceux qui méritaient d'être gravés dans le marbre de la paix. Coïncidence sans doute, mais l'une – pour la défense du droit à l'éducation face aux obscurantistes talibans – et l'autre – à la pointe du combat contre l'esclavage des enfants – n'ont de cesse que d''uvrer pour changer la condition féminine moyenâgeuse de leurs pays poudrières.
Ce sont là de rudes combats dans la droite ligne de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ils honorent ceux qui les mènent et devraient interpeller ceux qui n'apportent pas le soutien vital à ces nobles causes. Pendant les congratulations, les guerres continuent. Ainsi va la paix.

Et si Jésus n'avait pas porté la barbe?

Glabre, cheveux courts et vêtu d'une toge: gravé sur une coupelle de verre datant du 4e siècle, ce Christ retrouvé en Espagne est l'une des plus anciennes représentations de la figure fondatrice du christianisme. 

Il ne porte pas de barbe, il a les cheveux courts, et porte, à la romaine, une toge. Gravée sur une coupelle de verre datant du 4ème siècle, cette image atypique de Jésus, l'une des plus anciennes du christianisme, est présentée depuis le 1er octobre en Espagne, au musée archéologique de Linares (voir l'image en grand sur le site d'El Pais). Cette petite patène, un plat utilisé pour recevoir le pain béni destiné à l'eucharistie, a été reconstitué fragment par fragment, par une équipe d'archéologues, trois ans durant. Elle a été découverte sous les ruines d'un bâtiment destiné au culte religieux dans le site archéologique de Castulo, ancienne cité ibéro-romaine du sud de l'Espagne, dans la province de Jaen. 

Une bible, une croix, et deux apôtres

Ce n'est qu'en juillet dernier, lorsqu'ils ont découvert des morceaux de plus grande taille qui leur ont permis de mieux observer "les motifs qui les ornaient", que l'équipe a réalisé qu'il s'agissait "d'un document archéologique exceptionnel", explique à l'AFP le chef du projet, Marcelo Castro. Une fois réassemblés, les fragments ont redonné vie à une patène en verre, de 22 centimètres de diamètre et quelque 4 centimètres d'épaisseur, qui a pu être reconstituée à 80%, explique l'archéologue. 
Sur sa surface apparaît l'image gravée de trois personnages coiffés d'une auréole: au centre un Christ imberbe, aux cheveux courts et frisés, soutient une grande croix dans une main et une bible ouverte dans l'autre. Deux apôtres l'entourent. Il pourrait s'agir de Pierre et Paul, selon les chercheurs. Le dessin suit un style artistique archaïque, typique d'une époque où le christianisme sortait à peine de la clandestinité et l'imagerie chrétienne étaient encore très rare. "Ce style a été abandonné plus tard par la tradition chrétienne, qui lui a préféré d'autres façons de représenter le Christ, mais on la trouve aux premières heures du christianisme", lorsque cette religion venait d'être autorisée par l'empereur romain Constantin (303-337), avec l'édit de Milan, a expliqué le chef de projet. Les patènes étaient alors faites en verre et non en métal précieux, comme ce fut le cas plus tard, expliquent les archéologues. 

Origine: Rome

Après avoir consulté des experts en verre ancien en Espagne, Italie et en Grèce, l'équipe a conclu que la patène a été confectionnée "à Rome, sans aucun doute, peut-être à Ostie, où l'on sait que se trouvaient les ateliers des verriers de l'époque", a précisé Marcelo Castro. Il existe d'autres reliques semblables par leur style et leur mode de fabrication dans le monde, selon lui, notamment un calice exposé au musée français du Louvre et un vitrail doré qui se trouve au Toledo Museum of Art de l'Ohio, aux Etats-Unis. 

Les députés votent la fin des sacs plastiques et de la vaisselle jetable

La loi de transition énergétique, dont l'examen s'est terminé ce matin à l'Assemblée nationale, prévoit notamment la possibilité d'indemniser les trajets à vélo vers son lieu de travail.
Après cinq journées de discussion, et un débat long et tendu suite à l'annonce par la ministre de l'Écologie de la suspension de l'écotaxe, l'Assemblée nationale a terminé ce samedi matin à 6h45, l'examen en première lecture du projet de loi sur la transition énergétique. Revue de détails des mesures adoptées qui doivent maintenant obtenir l'aval du Sénat.
• Sacs plastiques
Les députés ont voté l'interdiction des sacs plastiques à usage unique à partir de 2016. Cette proposition introduite dans le texte par le gouvernement lors de son examen en commission se base sur le constat que près de 5 milliards de sacs de caisse en matière plastique à usage unique, et plus de 12 milliards de sacs dits «fruits et légumes» sont encore distribués dans les commerces. Une directive européenne allant dans le même sens est également en projet. Si le texte est définitivement voté, seuls des sacs plastique réutilisables - car plus épais - pourront être distribués ou vendus en caisse. Avec l'interdiction, Ségolène Royal souhaite à la fois relancer la filière papier et encourager les entreprises françaises fabriquant des sacs à base d'amidon de maïs ou de pomme de terre.
• Vaisselle jetable
L'interdiction de la vaisselle jetable à partir de 2020 a été votée en séance à l'initiative des écologistes, malgré les réticences de la ministre de l'Écologie. L'amendement défendu par l'écologiste François-Michel Lambert prévoyait dans une version initiale l'interdiction à partir de début 2017 de la vaisselle jetable en plastique, afin de réduire les déchets, constitués par «l'énergie consommée pour la fabrication de ces produits et la pollution provoquée lorsqu'ils sont laissés dans la nature». Ségolène Royal s'est opposée à cet amendement qu'elle a qualifié «d'antisocial», car «les familles en situation de précarité ne jettent pas cette vaisselle mais la réutilisent». François-Michel Lambert a alors proposé de repousser la mesure à 2020, ce qui a permis son adoption, la ministre s'en étant remis «à la sagesse de l'Assemblée».
• Chèque énergie
Mesure phare du projet de loi sur la Transition énergétique, la création d'un chèque énergie pour les ménages modestes a reçu l'aval des députés ce samedi matin. Ce chèque énergie doit permettre à ses bénéficiaires de payer les fournisseurs d'énergie ou de capitaliser afin de réaliser des travaux destinés à économiser de l'énergie. La ministre de l'Écologie Ségolène Royal est favorable à une «cohabitation partielle» des tarifs sociaux de l'électricité et du gaz avec le chèque énergie. Plus de 11 millions de personnes, soit un cinquième de la population française, éprouvent des difficultés à se chauffer et s'éclairer, selon une évaluation de l'Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE). Le volet du texte consacré au bâtiment dispose en outre que des travaux de rénovation énergétique seront obligatoires en cas de travaux de ravalement, de toiture, et d'aménagement de nouvelles pièces d'un logement.
•Indemnisation des trajet à vélo
L'un des amendements votés hier soir prévoit que les employeurs pourront désormais, s'ils le souhaitent, verser une indemnité kilométrique à leurs salariés se rendant à vélo, ou à vélo électrique, sur leur lieu de travail. Le montant de l'indemnité kilométrique vélo sera fixé par décret, et elle sera exonérée de cotisations sociales. À la veille de l'ouverture du mondial de l'automobile, le ministre de l'Économie Emmanuel Macron avait aussi annoncé la création, à la mi-2015, d'un super bonus en faveur de l'achat de véhicules propres.
• Réduction de la part de la part d'énergie nucléaire
L'Assemblée nationale a voté l'article 1er du projet qui veut réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75 % à 50 % à l'horizon 2025. Les députés ont ajouté au texte initial un objectif intermédiaire de réduction de 20 % de la consommation en 2030. Parallèlement, la part des énergies renouvelables doit être portée à 23 % en 2020 et 32 % en 2030, et la consommation des énergies fossiles diminuer de 30 % en 2030.
• Recyclage des déchets et lutte contre l'obsolescence programmée
Le texte voté prévoit de réduire de 50 % les déchets mis en décharge d'ici 2025, de recycler 55 % des déchets non dangereux et de favoriser l'énergie issue de la valorisation des déchets non recyclables (réseaux de chaleur). Elle mise également sur la lutte contre «l'obsolescence programmée» des produits, qui pourra être pénalement punie comme une tromperie.
•Réduction des gaz à effet de serre
Parmi les autres objectifs définis figure aussi la baisse des émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2030, et leur division par 4 en 2050.

LA DÉMAGOGIE CONTINUE.