TOUT EST DIT

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dimanche 25 décembre 2011

"Poutine a toujours le soutien de la majorité", selon son porte-parole

Le Premier ministre russe a été contesté par plus d'une centaine de milliers de manifestants, samedi.
Le Premier ministre Vladimir Poutine, candidat à la présidentielle de 2012, a "toujours le soutien de la majorité" en Russie en dépit de l'immense manifestation contre son régime à Moscou, a déclaré dimanche son porte-parole Dmitri Peskov. "En tant qu'homme politique et candidat à la présidentielle, Poutine a toujours le soutien de la majorité", a déclaré Dmitri Peskov dans un premier commentaire officiel après le rassemblement de samedi.
"En ce qui concerne les exigences des manifestants, leur opinion a été entendue. Nous la respectons. Les gens qui sont descendus dans la rue sont une partie très importante de la société, mais ils sont en minorité", a souligné Dmitri Peskov. "Il est évident que Poutine est candidat à la présidentielle au-delà de toute concurrence", a-t-il ajouté.
Vladimir Poutine a promis une "modernisation" du système politique russe, dont le président Dmitri Medvedev a annoncé, jeudi, les grandes lignes qui assouplissent notamment les règles électorales et restaurent l'élection des gouverneurs, nommés par le Kremlin depuis 2004. La porte-parole du président Dmitri Medvedev Natalia Timakova a déclaré samedi, au moment de la manifestation, que la réforme visant à faciliter l'enregistrement de partis politiques allait entrer en vigueur "rapidement".

Des dizaines de milliers de Moscovites manifestent pour "une Russie sans Poutine"

Moscou, Correspondance - L'hiver moscovite n'aura pas eu raison des manifestants. Une heure avant le début officiel de l'événement prévu à 14 heures samedi, ils étaient déjà plusieurs milliers de personnes agglutinées devant les détecteurs de métaux qui marquent le début de la zone de manifestation autorisée.

Au loin, tout au bout de l'avenue Sakharov, une artère imposante bordée de grands immeubles, une scène a été dressée pour accueillir les orateurs et les musiciens au programme. Devant elle, une mer de drapeaux aux couleurs disparates : le rouge des communistes, le blanc-jaune-noir des nationalistes, l'orange du mouvement Solidarnost, sans compter les affiches moquant le premier ministre Vladimir Poutine en lui donnant des airs de Brejnev ou en le montrant derrière des barreaux.
Tatiana Kisina, la petite cinquantaine, émerge d'un portique de sécurité avec son mari. C'est sa première manifestation : "C'est allé trop loin cette fois-ci. Je ne connais personne, vous entendez bien, personne qui ait voté pour Russie Unie en décembre. Et ils ont obtenu 50 % des voix ? Il faut respecter les gens".
Autour d'elle, comme lors de la précédente manifestation qui avait rassemblé au moins 40 000 personnes, le 10 décembre dernier, de nombreuses affiches exigent "des élections justes". D'autres demandent "un nouveau scrutin" : lors de l'élection législative du 4 décembre, le parti au pouvoir Russie Unie a remporté 49,32 % des voix. Les irrégularités et les fraudes, souvent illustrées par des vidéos tournées dans les bureaux de vote et largement diffusées sur Internet, ont initié ce mouvement de mécontentement sans précédent en Russie depuis l'arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin en 2000.
Devant la scène, l'avenue Sakharov est occupée par une foule dense qui peine à se mouvoir, contredisant ainsi les calculs officiels des policiers moscovites, qui ont estimé que chaque participant occupait deux mètres carrés. Selon les autorités, 29 000 personnes se sont rassemblées samedi à Moscou, tandis que les organisateurs de l'événement parlent de 120 000 manifestants.

Des préservatifs ont été distribués dans la foule. Une référence à une déclaration de Vladimir Poutine, qui avait expliqué à la télévision avoir pris les rubans blancs arborés par les manifestants pour des préservatifs.

Des préservatifs ont été distribués dans la foule. Une référence à une déclaration de Vladimir Poutine, qui avait expliqué à la télévision avoir pris les rubans blancs arborés par les manifestants pour des préservatifs.REUTERS/TATYANA MAKEYEVA
Face à la foule bigarrée constituée de communistes, de nationalistes, de libéraux, de retraités et de cette "génération Facebook" qui est au coeur du mouvement de contestation, le panel des orateurs était tout aussi hétérogène. Les slogans qui font consensus ("La Russie sans Poutine !") ont été scandés de bon coeur, mais l'accueil réservé aux intervenants, sélectionnés par un vote sur Internet, était plus ou moins chaleureux.
Alexeï Navalnyï, blogueur rendu célèbre pour sa lutte contre la corruption, a remporté de loin la palme de la popularité. Tout juste sorti d'une peine administrative de quinze jours de prison pour ne pas avoir obtempéré aux policiers lors d'une manifestation au lendemain de l'élection législative, le nouveau favori du mouvement anti-poutinien a été accueilli par un impressionnant silence, quasi- religieux.

Le blogueur anti-corruption Alexeï Navalnyï, sans doute le leader d'opposition le plus populaire. "Nous sommes le pouvoir", a-t-il lancé à la foule.

Le blogueur anti-corruption Alexeï Navalnyï, sans doute le leader d'opposition le plus populaire. "Nous sommes le pouvoir", a-t-il lancé à la foule.REUTERS/SERGEI KARPUKHIN
Ses fidèles n'auront pas été déçu. Tenant un discours particulièrement remonté et usant de ses grands talents d'orateur, l'avocat de 35 ans a lancé : "nous sommes suffisamment nombreux aujourd'hui pour prendre la Maison blanche (siège du gouvernement russe) ! Nous ne le ferons pas cette fois-ci, car nous sommes des pacifistes". "La prochaine fois, nous serons un million" dans la rue à Moscou, a promis Navalnyï sous les bravos de la foule. Rarement l'évocation même d'une insurrection a-t-elle été évoquée dans la Russie poutinienne, si ce n'est jamais.


Autre invité marquant de la journée : Alexeï Koudrine, qui était encore cet automne ministre des Finances, avant de démissionner en raison de désaccords avec le président Dmitri Medvedev. Jugé jusqu'à tout récemment proche de Vladimir Poutine, l'ancien ministre a demandé des réformes électorales "avant le scrutin présidentiel du 4 mars", au risque sinon de "perdre la chance que
nous avons d'un changement pacifique"
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Les interventions des habituels opposants dits "libéraux" étaient moins attendues. Garry Kasparov, particulièrement absent depuis le début du mouvement de protestation, a été accueilli avec une froide indifférence, tandis que quelques huées ont parsemé le discours de Boris Nemtsov, autre personnalité des milieux d'opposition.
Le comité organisateur de ce mouvement de protestation a de quoi se réjouir. Dans une ville réputée politiquement apathique, cette deuxième journée de manifestation est un succès. Mais les écueils risquent cependant d'être nombreux.

Les manifestants réclament le départ de Vladimir Poutine.

Les manifestants réclament le départ de Vladimir Poutine.REUTERS/TATYANA MAKEYEVA
D'une part, le mécontentement reste limité, du moins pour le moment, à la capitale russe. Seulement 4 000 personnes ont manifesté à Saint-Pétersbourg, la deuxième ville du pays ; ailleurs, les manifestations ont rarement attiré plus de 2 000 militants. Dans un pays peu enclin à la mobilisation politique, ces affluences ne sont certes pas honteuses, mais elles ne démontrent pas un véritable engouement populaire.
L'arrivée de la période des Fêtes, qui débute le premier janvier en Russie, risque également de tuer dans l'oeuf le mouvement initié à Moscou, bien que les organisateurs ont promis ces derniers jours de reprendre leurs actions à la fin du mois de janvier.
Enfin, le caractère hétéroclite du mouvement ne simplifie pas les choses. Entre les opposants "historiques" au régime poutinien – qui sont eux-mêmes aux prises avec des conflits internes –, les nouveaux militants mobilisés en majorité par les réseaux sociaux et les nouvelles têtes difficilement classables comme Alexeï Navalnyï, cette nébuleuse d'opposition risque d'avoir du mal à présenter un visage unifié face à un système politique qui compte bien mener la campagne présidentielle qui s'annonce sans dévier de son programme.

Gorbatchev : "Je conseille à Poutine de partir"

Le dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, vingt ans après avoir consacré la disparition de l'URSS en démissionnant, a jugé que le temps de quitter le pouvoir était aussi venu pour Vladimir Poutine, qui fait face à une vague de contestation sans précédent.
Discrédité, honni par sa population et confronté aux proclamations d'indépendances des républiques soviétiques, le 25 décembre 1991, M. Gorbatchev annonce à la télévision sa démission, prenant acte de la disparition de l'URSS après un accord signé le 8 décembre par l'Ukraine, le Bélarus et la Russie.
"IL DEVRAIT FAIRE LA MÊME CHOSE QUE MOI"
Et samedi, après une manifestation d'une ampleur sans précédent depuis douze ans, l'ex-chef de l'Etat soviétique a estimé que Vladimir Poutine, au sommet du pouvoir depuis 2000, devait lui aussi se rendre à l'évidence. "Je conseillerais à Vladimir Vladimirovitch (Poutine) de partir maintenant. Il a déjà fait trois mandats : deux en tant que président (2000-2008), un en tant que Premier ministre - trois mandats, ça suffit", a déclaré le père de la perestroïka à la radio Echo de Moscou. "Il devrait faire la même chose que moi. Moi, à sa place, je le ferais car ainsi il pourrait préserver toutes les choses positives qu'il a faites", a-t-il encore souligné.
Mikhaïl Gorbatchev a rappelé qu'il a longtemps soutenu M. Poutine après son arrivée au Kremlin dans une Russie plongée dans le chaos économique et politique post-soviétique, mais que désormais un changement de fond était nécessaire dans le pays.
"JE SUIS HEUREUX D'AVOIR VÉCU CE RÉVEIL"
Agé de 80 ans, il a expliqué qu'il aurait voulu se rendre à la manifestation de samedi à Moscou où des dizaines de milliers de Russes ont scandé des slogans anti-Poutine, mais que sa santé ne le lui permettait pas. "Je suis heureux d'avoir vécu ce réveil" politique de la société russe, a-t-il dit, "ça créé un grand espoir".
Il avait déjà qualifié d'"historique" la manifestation précédente du 10 décembre et appelé les autorités russes à organiser de nouvelles législatives, celles du 4 décembre ayant été marquées par d'importantes fraudes, selon les observateurs et l'opposition.
Le camp de Vladimir Poutine, qui à plusieurs reprises a dit regretter la disparition de l'URSS et estimé que ses derniers dirigeants s'étaient montrés trop faibles, a jugé dimanche à demi-mot que M. Gorbatchev n'avait pas de leçons à donner au régime actuel. "Nous respectons beaucoup (Mikhaïl Gorbatchev), mais je suis né en 1967 en Union soviétique et ce pays a cessé d'exister lorsqu'il en était le dirigeant", a déclaré dimanche Dmitri Peskov, le porte-parole de Vladimir Poutine.
SOLIDARNOSC
Le dernier numéro un soviétique insiste cependant : les autorités russes sont confrontées aujourd'hui au même problème que la Pologne communiste des années 1980, lorsque le syndicat Solidarité a déstabilisé le régime du général Wojciech Jaruzelski en organisation des manifestations et des grèves.

"Le général Jaruzelski, mon ami, m'a appelé et m'a dit : 'Mikhaïl Sergueïevitch, Solidarité est une réalité, la société semble soutenir (le syndicat) et nous ne pouvons pas faire comme si de rien n'était. Nous devons changer, organiser une table ronde. Qu'en pensez-vous?'", raconte M. Gorbatchev. "Et je lui ai dit 'je soutiens ça'", se souvient-il, voyant dans cette approche un modèle à suivre pour le départ de Vladimir Poutine.

Étudiants étrangers : Hollande appelle au retrait de la circulaire

L'équipe de campagne de François Hollande a de nouveau réclamé samedi 24 décembre le retrait de la circulaire Guéant restreignant la possibilité pour des diplômés étrangers d'obtenir un statut de salarié après leurs études.
La veille, le ministre de l'intérieur Claude Guéant avait promis une nouvelle version de sa circulaire controversée du 31 mai 2011, indiquant qu'elle allait être "complétée" en "levant les malentendus". Mais "c'est toute sa logique qu'il faut revoir" selon l'équipe du candidat socialiste François Hollande : dans un communiqué, Mireille Le Corre, responsable du pôle immigration-intégration dans l'équipe du candidat à la présidentielle affirme qu'"il ne faut pas modifier mais retirer la circulaire Guéant".
Elle affirme que si le candidat socialiste est élu, il "saura repenser l'accueil des étudiants étrangers et redonner une impulsion à l'échange entre les universités françaises et étrangères, dans le respect de l'autonomie des universités".
"Aussi, poursuit-elle, la circulaire Guéant pénalise-t-elle fortement à la fois les universités françaises en les rendant moins attractives pour les étudiants étrangers, mais aussi l'ensemble des étudiants français qui ont besoin pour pouvoir étudier dans des établissements étrangers que des étudiants étrangers viennent en contrepartie".
La circulaire contestée demandait aux préfets d'instruire "avec rigueur" les demandes d'autorisation de travail des étudiants, et d'exercer un "contrôle approfondi" des demandes de changement de statut des étudiants étrangers. Elle s'inscrivait dans la volonté des autorités de réduire l'immigration légale, thème sur lequel le camp du président Nicolas Sarkozy a fait campagne. Plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre de la culture Frédéric Mitterrand et celui de l'enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, ont également critiqué cette circulaire.
HOLLANDE LA POSTURE DE L'IMPOSTURE, IL VEUT TOUT REPENSER, IL VEUT TOUT REVPOIR, JUSQUE DANS LES DÉCISIONS PRISES  ENTRE ANGELA MERKEL ET NICOLAS SARKOZY EN CE QUI CONCERNE L'EUROPE. 
MONSIEUR VEUT TOUT MODIFIER, MAIS MONSIEUR N'A ENCORE RIEN PROPOSÉ. 
MONSIEUR EST UN IMPOSTEUR, UN NAIN POSTEUR DE MAUVAISES INITIATIVES.

Le Canada supprime l'âge légal de départ à la retraite

Une décision visant à lutter contre la pénurie de main-d'œuvre et à assurer des pensions plus élevées aux retraités.

«C'est une victoire en matière de droits de la personne. Nous ne venons pas au monde avec une date estampillée sur le corps qui correspondrait à la disparition de nos aptitudes au travail le jour de notre 65e anniversaire.» David Langtry, président de la Commission des droits de la personne, n'a pas caché sa joie à l'annonce par le gouvernement de la suppression de l'âge de départ obligatoire à la retraite. Les Canadiens ont toujours été réticents aux normes fixées par le législateur pour choisir le moment de prendre leur retraite. «La discrimination fondée sur l'âge est une forme de discrimination pure et simple», explique David Langtry. Toutes les provinces canadiennes, à l'exception de quelques milliers de salariés du secteur public du Nouveau-Brunswick, ont donc aboli le départ obligatoire à la retraite.
Désormais, les fonctionnaires et les employés des entreprises sous compétence fédérale pourront partir en retraite à 70 ans ou plus tard, s'ils le souhaitent. À la pointe du mouvement, les pilotes d'Air Canada se sont opposés pendant des années à l'obligation de partir à 60 ans. «Ceux qui souhaitent demeurer sur le marché du travail doivent pouvoir le faire aussi longtemps qu'ils le veulent», a annoncé le gouvernement conservateur pour justifier une décision plutôt bien acceptée par la population.

Déficit de 26 milliards

En effet, le Canada fait face à une pénurie de main-d'œuvre et garder les plus âgés au travail est une solution pour pallier ce manque. Ottawa a aussi mis en place des incitations pour que les seniors prennent leur retraite plus tard. Les travailleurs qui s'arrêteront à 70 ans au lieu de 65 ans toucheront 42 % de plus de la part du Canadian Pension Plan, la retraite publique.
Comme ces allocations de retraite versées par l'État sont très faibles, cotiser à un fonds de pension est la seule alternative raisonnable, mais elle n'est pas la panacée. La majorité des Canadiens n'épargnent pas suffisamment, soit par négligence ou parce qu'ils ne le peuvent pas. La décision d'Ottawa de supprimer l'âge de la retraite obligatoire intervient d'ailleurs au moment où les fonds de pension sont de plus en plus déficitaires. Au seul Québec, le déficit global de ces régimes privés est de 26 milliards de dollars quand certains sont même parfois en faillite. Un machiniste québécois, Jean-Jacques Piché, dont le fonds de pension a été liquidé après la faillite de son ex-entreprise, s'est récemment indigné dans une longue lettre ouverte publiée par les médias québécois: «J'ai pris ma retraite en 2003. En 2010, les revenus de ma pension ont été réduits de 40 %.»
Pour que les retraités ne pâtissent plus des erreurs de gestion, la Cour suprême du Canada étudie la possibilité qu'ils deviennent des créanciers prioritaires pour leurs régimes de retraites, lors de la faillite d'une société. Une bonne nouvelle puisque, jusqu'ici, les retraités ont souvent été servis après les actionnaires.
Quant à la suppression de la retraite obligatoire, la plupart des experts estiment que cela n'amènera pas les Canadiens à demeurer actifs plus longtemps. Ces derniers s'arrêtent de travailler en moyenne à 61,5 ans et à 60 ans au Québec, une province où il n'existe plus de retraite obligatoire depuis… 1982!

En Grèce, exporter du naturel pour résister à la crise

CRISE - «La seule chose qui nous fasse peur, c'est le retour à la drachme»...

"La seule chose qui nous fasse peur, c'est le retour à la drachme": Exportatrice et surfant sur la vague verte, l'entreprise grecque de literie Coco-mat se veut un modèle pour la relance de l'économie nationale, à condition que la crise lui en laisse le temps.
Parmi les rares success-story que le pays ait produit ces dernières années, la société au catalogue écolo haut de gamme, incluant blanc et ameublement, vient en pleine récession nationale d'ouvrir une boutique à Paris, de prendre pied au Moyen-Orient, à Jeddah (Arabie saoudite), et d'ajouter trois adresses à son réseau de distribution en Chine.
Le risque d'une sortie de l'euro explique le coup d'accélérateur donné aux exportations
Une expansion qui reflète l'ambition d'une petite entreprise de matelasserie, créée au système-D il y a 20 ans, de devenir un "label mondial" du "100% naturel", souligne son directeur général Costas Maltezos, 35 ans, au siège lumineux tout en bois blanc de la société, dans la banlieue athénienne de Kifissia. Même s'il n'y croit pas vraiment, le risque d'une sortie de l'euro est "une des raisons du coup d'accélérateur donné aux exportations", dans la droite ligne de ce que prône le gouvernement grec pour inverser la tendance suicidaire au tout import de ces dernières années.
"Un retour à la drachme serait très difficile car nous importons beaucoup de matière première d'Europe du nord". Présente dans dix pays, la société "espère en 2012 une hausse de 30 à 40% de son chiffre d'affaire", près de 60 millions pour 2010, mais marqué en 2011 par un recul "d'environ 15%" sur le marché grec, étranglé par la rigueur.
Le groupe, dont le plus gros de la production est assurée à Xanthi, près de la frontière avec la Turquie, réalise en Chine la moitié de son chiffre d'affaires. "Nous profitons des bateaux qui repartent à vide" après avoir convoyé des produits chinois, "l'Europe n'exporte vraiment plus grand chose", avance Maltezos.
Dans un pays surendetté, où les banques n'injectent plus aucune liquidité, Coco-Mat se targue de n'avoir aucun emprunt, résultat d'investissements prudents. Ce qui lui permet désormais de profiter de la déprime de l'immobilier pour acquérir ou louer des surfaces jusqu'à cinq fois moins chers qu'il y a deux ans.
«Plus tu vas au nord plus les choses sont simples, plus tu vas au sud plus tout se complique»
Pour Maltezos, embauché comme vendeur en 2000, la bonne tenue du groupe dans l'actuelle tourmente découle d'une gestion à contre-pied de celle du monde grec de l'entreprise, dont il fustige les "mauvaises habitudes": "depuis 1995 surtout, entre l'afflux de main d'oeuvre immigrée à bas prix et la libéralisation du crédit, c'était devenu une honte de travailler, le must c'était de flamber, et d'utiliser les profits pour jouer en bourse ou investir dans l'immobilier".
Sous la houlette de son fondateur, le quinquagénaire Paul Evmorphidis, qui traverse cet hiver l'Europe en vélo, vit à Amsterdam et parle une demi-douzaine de langues, Coco-mat a au contraire selon Maltezos suivi un modèle mêlant "travail, innovation et éthique sociale", avec notamment quelque 10% d'employés handicapés.
Paul Evmorphidis et son frère et associé Makis, juriste formé en France, "ont beaucoup bourlingué en Europe du nord", relève Maltezos, pour qui "plus tu vas au nord plus les choses sont simples, plus tu vas au sud plus tout se complique".
Mais le fort potentiel de développement vert de la Grèce, allié "à l'espèce d'hédonisme et à la grande ingéniosité" de ses habitants ont aussi compté, selon lui. En atteste le parcours d'autres entreprises nationales érigées en modèle, comme l'enseigne de cosmétiques "naturels" Korrès.
"La Grèce a une liste précise de choses à faire: promouvoir sa nature et son capital humain", insiste Maltezos. On croirait entendre l'ex-Premier ministre socialiste Georges Papandréou, élu en 2009, qui a pourtant du remballer ces ambitions pour le pays quand il a été évincé, en novembre, au profit de l'ex-banquier central Lucas Papademos au vu de l'aggravation de la crise budgétaire.

EURO-EUROPE-ERREUR-EURO-HORREUR-EUROPE

L’Islande est notre Utopie moderne

En rejetant par référendum le sauvetage de leurs banques et le remboursement de la dette extérieure du pays, les Islandais ont montré qu’il est possible d’échapper aux lois du capitalisme et de prendre son destin en main, se réjouit un historien espagnol. 

Comme l’écrivait Oscar Wilde, une carte sans l’île d’Utopie n’est pas digne d’un regard. Or l’Islande est passée du statut d’enfant chéri du capitalisme tardif à un projet de démocratie réelle, ce qui laisse à penser qu’une carte sans Utopie est non seulement indigne de notre regard, mais qu’en outre elle est mensongère. Le phare d’Utopie, que les marchés le veuillent ou non, à commencé à émettre des signaux d’alerte ténus vers le reste de l’Europe.
L’Islande n’est pas Utopie. On le sait, des royaumes de liberté n’ont pas leur place dans cet empire de la nécessité qu’est le capitalisme tardif. Mais l’Islande est la preuve que le capital ne détient pas toute la vérité sur ce monde, quand bien même il aspire à contrôler toutes les cartes dont on dispose à son sujet.
Par sa décision de freiner la roue tragique des marchés, l’Islande crée un précédent qui peut menacer de casser les reins du capitalisme tardif. Pour l’instant, cette petite île, qui est en train de faire ce qu’on croyait impossible parce qu’irréel, n’est toujours pas plongée dans le chaos, semble-t-il, même si peu d’informations arrivent à filtrer. En effet, nous ne savons presque rien de l’Islande, alors qu’on nous abreuve d’informations sur la Grèce et ses prêts.

L'Islande n'intéresse pas les médias

Pourquoi l’Islande intéresse-t-elle si peu les médias, pourtant censés nous raconter ce qui se passe dans le monde ? Jusqu’à présent, définir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, ce qu’on peut penser et ne pas penser, faire et ne pas faire, était l’apanage du pouvoir. Les cartes cognitives servant à la connaissance de notre monde ont toujours comporté des espaces occultes où réside la barbarie dont se nourrit la domination des élites. L’existence de ces zones aveugles du monde va de pair avec l’élimination de l’adversaire, l’île d’Utopie. Il suffit de relire Walter Benjamin : tout document de culture est en même temps un document de barbarie.
Ce sont ces élites, secondées par des théologiens et des économistes, qui définissent ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Dans le même mouvement, elles indiquent ce qui est réaliste, suivant leur définition de la réalité, et ce qui ne l’est pas – ce qui donc constitue une aberration de la pensée et ne mérite pas qu’on s’y attarde. Autrement dit, ce qu’il faut faire et penser, et ce qu’il ne faut pas faire et ne pas penser. Cette définition est toujours en accord avec ce qui constitue le fondement même du pouvoir et de sa violence : le terrible concept de nécessité. Il faut faire des sacrifices, nous dit-on d’un air accablé. L’ajustement ou la catastrophe inimaginable relèvent de la nécessité. Une chose est sûre, la logique du capitalisme tardif a quelque chose de perversement hégélien : tout ce qui est réel est nécessairement rationnel, et vice-versa.

La rebellion pacifique des Islandais

En janvier 2009, le peuple islandais s’est rebellé contre l’arbitraire de cette logique. De grandes manifestations pacifiques ont provoqué la chute du cabinet conservateur de Geir Haarde. La gauche, minoritaire au parlement, est revenue au pouvoir et a appelé à des élections en avril 2009. L’Alliance social-démocrate de la Première ministre, Jóhanna Sigurðardóttir, et le Mouvement gauche-vert, ont renouvelé leur coalition gouvernementale en remportant la majorité absolue.
A l’automne 2009, suite à un référendum d’initiative populaire, l’Islande a confié à des assemblées citoyennes la rédaction d’une nouvelle constitution. En 2010, le gouvernement a proposé la création d’un conseil national constituant, dont les membres devraient être élus au hasard. Deux référendums (le deuxième en avril 2011) ont refusé le sauvetage des banques et le remboursement de la dette extérieure. Et en septembre 2011, l’ancien Premier ministre, Geeir Haarde, était poursuivi en justice pour sa responsabilité face à la crise.
S’imaginer que le monde est une tragédie grecque, où la roue du destin ou du capital tourne sans tenir compte du facteur humain, c’est nier la réalité. C’est oublier que cette roue est manœuvrée par des êtres humains. Tout ce que l’on peut concevoir comme possible est aussi réel que la réalité à laquelle les marchés veulent nous faire croire. En retrouvant l’imagination et l’art du possible, l’Islande nous montre que ces facultés sont aussi réelles que la nécessité pantagruélique du capitalisme. Nous n’avons qu’à répondre à cet appel pour découvrir le piège qu’on nous tend. Il n’y a pas d’alternative, nous assure-t-on. Ceux qui nous annoncent des sacrifices ont-ils seulement pris la peine de réviser leur carte du monde ?

La possibilité d'une différence

L’Islande démontre que notre cartographie est plus complexe que qu’on nous en dit. Qu’il est possible de dominer le réel, et que dans cette domination réside le principe de liberté, de nécessité. L’Islande n’est pourtant pas un modèle. Elle est l’une des possibilités de la différence. La tentative du peuple islandais de construire l’avenir de ses décisions et de son imagination nous montre la réalité d’une alternative.
Car enfin, la possibilité de la différence telle qu’elle est proclamée par le plus grand nombre est aussi réelle que la nécessité du même telle que l’exige le capital. Les Islandais ont décidé d’empêcher que l’avenir soit dicté par la roue tragique de la nécessité. Les autres pays vont-ils encore tolérer que le réel soit défini par le capital ? Allons-nous continuer à confier l’avenir, le possible et l’imagination aux banques, aux grands groupes et à ces gouvernements qui disent faire tout ce qu’il est vraiment possible de faire ?
Toute carte de l’Europe devrait avoir l’Islande comme point de fuite. Cette carte doit se construire avec la certitude que le possible est inscrit dans le réel, au même titre que la nécessité. La nécessité n’est pas seulement une possibilité en plus à l’intérieur du réel. L’alternative existe. L’Islande nous l’a rappelé en proclamant que l’imagination faisait partie de la raison. C’est à la multitude qu’il appartient de définir ce qui est réel et réaliste, en utilisant la possibilité de la différence. De cette manière, nous ne nous contenterons pas de consoler les rêveurs. Au contraire, nous nous appuierons sur une partie de la réalité que la carte du capital voudrait totalement effacer. L’existence d’Utopie en dépend, et avec elle le concept même d’une vie digne d’être vécue.

Beautés irréelles

Irréelles et trompeuses, ces filles aux jambes interminables qui ornent les publicités ? Oui, et bien plus que vous ne le croyez ! Le 4 décembre, la marque H&M a reconnu dans le tabloïd suédois Aftonbladet avoir utilisé des mannequins "virtuels" pour présenter ses vêtements sur son site Internet. Pour huit modèles, la pose est étrangement identique, le corps svelte et sans défaut. Et pour cause : les têtes ont été empruntées à de vraies filles, mais le corps est celui d'un mannequin en plastique "humanisé" grâce à un logiciel informatique. Pour chacune, la couleur de peau a été travaillée pour s'adapter à la carnation du "vrai" modèle. Une mesure sans doute économique vu le prix des mannequins, mais qui a provoqué une nouvelle levée de boucliers contre l'irréalisme des photos de femmes dans les magazines. "L'industrie de la mode est responsable des idéaux qu'elle choisit de créer et de renforcer", a dénoncé la ministre de la culture suédoise.
Depuis l'avènement de l'ère numérique en photographie, les images sont devenues extrêmement faciles à modifier par ordinateur. La simplicité d'utilisation de logiciels comme Photoshop a permis de systématiser et de banaliser la retouche dans les magazines sur papier glacé, dans la mode et la publicité, en visant en particulier les femmes. Finis les cernes, les rides, la cellulite ; envolés les bourrelets et les kilos en trop. A tel point que les femmes retouchées ressemblent à des poupées lisses et sans âge, plus vraiment humaines. En 2009, en Grande-Bretagne, la marque de cosmétique Olay a ainsi été contrainte de retirer une de ses publicités pour sa crème anti-âge : on y voyait le mannequin Twiggy, 60 ans, le visage presque aussi juvénile qu'au temps de sa gloire, dans les années 1960. Pourtant, des photos récentes montraient qu'elle avait des rides....

En 2010, dans un geste étonnant, la chanteuse Britney Spears a dévoilé les coulisses de ces pratiques : après avoir posé en petite tenue pour la marque de chaussures Candie's, elle a rendu publiques les photos avant et après la retouche. Le résultat est saisissant : on y voit la star grandie et amincie, débarrassée de sa cellulite, de ses cicatrices et de ses bleus. Mais elle y a aussi laissé ses muscles saillants dus à une pratique sportive intensive, et même un petit tatouage - parties intégrantes de sa personnalité.

Les photos avant/après dévoilées en 2010 par la chanteuse Britney Spears.DR
Ce type de retouche s'est répandu bien au-delà du cercle des stars et des mannequins : en 2006, l'une des présentatrices vedettes du journal télévisé de CBS, Katie Couric, a été critiquée après avoir subi une "cure d'amaigrissement numérique". Sur une des photos de promotion fournies par la chaîne, elle avait l'air d'avoir perdu 10 kilos. La chaîne s'est excusée, et la présentatrice a déclaré ne pas avoir été consultée avant ce régime virtuel.
PROMOTION DE L'ANOREXIE
Quels sont les effets de ces images irréelles sur les femmes ordinaires, incapables d'atteindre une semblable perfection ? Plusieurs études ont établi un lien entre les idéaux véhiculés par les médias et l'insatisfaction générale des femmes vis-à-vis de leur corps. Les magazines sont même accusés de favoriser certains troubles alimentaires comme l'anorexie. Le lien n'est pas aussi simple que ça, car l'anorexie a des causes complexes : c'est ce que démontre une étude de trois chercheurs américains publiée dans la Revue de psychologie générale américaine en mars 2011. Ce qui n'a pas empêché la version italienne du magazine Vogue de retirer de son site en décembre une photo du mannequin Karlie Kloss, après avoir découvert que sa maigreur athlétique était prise en exemple par certains des sites qui font la promotion de l'anorexie.
Confrontés aux critiques montantes du public, plusieurs magazines féminins ont récemment mis en avant des images non retouchées. Le magazine Elle a ainsi consacré une série de couvertures, en 2009, à des actrices et mannequins photographiés sans maquillage ni retouche, comme Monica Bellucci. La marque de savon et cosmétique Dove est allée plus loin en utilisant systématiquement, dans ses publicités, de "vraies" femmes, âgées ou rondes, avec des petits seins ou une culotte de cheval.
Dans différents pays, associations de consommateurs et politiques se mobilisent à leur tour contre la retouche. En septembre 2009, la députée UMP Valérie Boyer a déposé une proposition de loi obligeant à signaler, sous peine d'amende, toutes les photos publicitaires de personnes retravaillées par l'informatique. Sauf que toutes les interventions sur l'image ne sont pas à mettre dans le même sac : elles servent autant à éclairer une zone d'ombre qu'à créer une femme bionique sans rides. Pour tenter de s'y retrouver, deux chercheurs en informatique de Dartmouth (New Hampshire, Etats-Unis) viennent de mettre au point un logiciel qui classe les photos sur une échelle de 1 à 5 en fonction de leur degré d'altération et de leur réalisme. Histoire de rendre visible, derrière les images glamour, la dose d'illusion qu'elles renferment.

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samedi 24 décembre 2011

Ce que disent les mains des décideurs...

Selon l'ouvrage «Tout dans les mains», 95 % des dirigeants possèdent des mains chaudes, et les hommes de l'ombre, préférant l'influence au pouvoir, les mains froides.

«Les personnes aux mains froides ont besoin d'être protégées et sécurisées», affirme Jean de Bony, coauteur avec la journaliste Stéphanie Leclair de Marco deTout dans les mains aux Éditions de La Martinière. «Fuyant les risques et le stress qui en découlent, elles ne sont pas mues par la nécessité de prendre le leadership.» Avant de décréter un tel constat, ce chercheur en biotypologie a analysé les mains (empreintes digitales, ongles, paume, hygrométrie…) de plus de 10 000 personnes, dont bon nombre de dirigeants.

Parmi eux, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Jacques Séguéla, les créateurs du groupe Accor, Dubrule et Pélisson… Le résultat s'avère parlant: 95 % des dirigeants possèdent des mains chaudes, et les hommes de l'ombre, préférant l'influence au pouvoir, les mains froides. Significatif aussi l'entrecroisement des doigts: ceux qui entrecroisent index gauche sur droit (comme Nicolas Sarkozy et la majorité des chefs d'État), mais aussi deux tiers des femmes, sont portés à agir quoi qu'il en soit pour sortir du problème, quand «index droit sur gauche» (comme Angela Merkel!) rime avec raison et prudence.

Globalement, les mains chaudes caractérisent deux tiers des hommes pour seulement un tiers des femmes. Déduction logique: les hommes n'empêchent pas les femmes d'accéder au pouvoir, mais les femmes se limitent elles-mêmes! De quoi remettre en question la fameuse parité…

Le festival sécuritaire de Claude Guéant

Quelle mouche a donc piqué le ministre de l'Intérieur? Aucune. Fidèle et dévoué compagnon de Nicolas Sarkozy, le premier flic de France est comme qui dirait en service commandé. La feuille de route est claire : mettre au cœur de la campagne présidentielle l'immigration, la délinquance et l'islam, et ramener au bercail les électeurs de droite qui se seraient laissé distraire par Marine Le Pen. Pour faire une omelette avec ces thèmes, il faut casser des œufs. Claude Guéant a la main leste. Il multiplie les écrans de fumée sur la sécurité, agite le chiffon rouge de l'étranger. A chaque jour, sa loi, son projet, sa circulaire. A chaque problème, sa réponse spécifique. Au grand dam des magistrats qui, plutôt que des strates au Code pénal, préféreraient qu'on leur ajoute des moyens. Un jour, il veut prendre une loi pour lutter contre la « délinquance étrangère » ; qu'importe que son mentor ait abrogé la double peine. Un autre, étendre les peines planchers aux « réitérants », à ne pas confondre surtout avec les récidivistes. Un autre encore, il veut restreindre la possibilité pour les étudiants... étrangers de rester en France après leurs études, quitte ensuite à revoir sa copie, face au tollé. C'est la matière grise qu'on reconduirait aux frontières ! Il était arrivé place Beauvau auréolé d'une réputation de grand commis rigoureux. Il serait le pilier sécuritaire d'une droite raisonnable. Il est devenu, singulière conception du service de l'Etat, un agent électoral compulsif. Un derviche tourneur. Un passeur de plats rances. Une manière de Sarko-robot. Pour le projet politique, pour la sérénité des débats, on attendra...

Quelles convictions

La cinglante réponse turque présente une portée dont on ne semble pas encore se rendre compte dans l’Hexagone. Mais l’accusation lancée par Erdogan sur le «génocide» perpétré par la France en Algérie fait déjà les titres de la presse étrangère, et pas seulement arabe. Et les commentaires sont peu amènes sur l’amateurisme de la diplomatie élyséenne, tout en rappelant des pages sombres qu’une certaine France nie avec autant de conviction que la Turquie le génocide arménien.

Que ces accusations, de surcroît chiffrées par Ankara, soient fallacieuses ou non n’est pas le propos. L’image de notre pays prend un sérieux coup. Apparemment, tout cela, parce que la France, selon le Président de la République, est fidèle à ses propres «convictions» en précisant respecter celles de la Turquie. Bref, des «convictions» inscrites dans le patrimoine génétique de la République, patrie autoproclamée des droits de l’Homme. Sans doute les mêmes «convictions» qui avaient présidé à l’accueil, dans une pompe obséquieuse, du tueur Kadhafi à Paris en 2007. Et qui ont manqué, sous forme d’une loi, pour condamner l’ère du Goulag. Et qui manquent toujours pour dénoncer dans un vote parlementaire la politique de la Chine envers ses minorités…

Reste à rattraper le faux pas élyséen et parlementaire qui jette aussi le trouble dans la majorité, comme en témoigne la distance prise par Alain Juppé, le seul «vrai» ministre des Affaires étrangères en poste au Quai d’Orsay depuis le début du quinquennat Sarkozy.

Mais comment ? En n’oubliant jamais les fondamentaux qui caractérisent les relations entre États. Elles reposent sur les intérêts politiques et économiques partagés. Pas sur des sentiments, encore moins sur l’outrecuidance du donneur de leçons qui va jusqu’à graver ses remontrances dans le marbre législatif. Évidemment, toutes les opinions, toutes les protestations, sont permises au niveau des personnes ou des partis, pas d’État à État. Sauf, bien sûr, s’il y a condamnation internationale.

Jeter, au nom de la «conviction», un opprobre officiel de démocratie à démocratie (et la Turquie en est une) est irresponsable. D’autant plus irresponsable que cette «conviction» se moque des brillants intérêts français dans ce pays, à un moment où la France économique n’est vraiment pas très en forme.

Et tout cela par électoralisme communautariste, pour racler quelques voix…

Noël

C'est une émotion profonde qui nous saisit quand apparaît celui que l'on attendait : ce petit être si fragile, mystère de la vie qui pousse indéfiniment l'humanité vers l'avenir.
Mystère de ce destin qui débute. Interrogation sur l'homme que deviendra cet enfant. Chaque naissance provoque en nous à la fois joie profonde, retenue, respect, interrogation, espérance.
« Nous sommes entre deux abîmes, celui du passé et de l'avenir et celui de l'infime et de l'immense. » (1). Et là, au milieu, surgit par millions cette petitesse qui porte en elle la capacité extraordinaire de croissance et d'intelligence. Cette fragilité initiale devient l'humanité qui, peu à peu, s'élève après avoir, au prix de mille efforts, échappé à la glèbe pour devenir pensante et créatrice à son tour.
Noël c'est cela, ce début toujours recommencé, et c'est plus encore, car l'enfant dont aujourd'hui nous commémorons la naissance plus de 2000 ans après qu'elle eut lieu, devint un être si exceptionnel qu'on vit en lui l'homme dans sa plénitude, l'homme accompli, le modèle nous montrant que chacun porte en soi sinon la perfection, du moins la possibilité de la perfection.
Pour le grand mystique Teilhard de Chardin (1), l'arrivée de cet homme, Jésus, loin d'être due au hasard, était le fruit d'une longue préparation : « Il ne fallait rien moins que les labeurs effrayants et anonymes de l'homme primitif, et la longue beauté égyptienne, et l'attente inquiète d'Israël, et le parfum lentement distillé des mystiques orientales, et la sagesse cent fois raffinée des Grecs pour que sur la tige de Jessé et de l'humanité la fleur pût éclore ». La fleur, c'est-à-dire le Christ créature et créateur qui, « lorsqu'il apparut dans les bras de Marie venait de soulever le monde ».


(1) La Croix du 17 décembre 2011, Henri Madelin.

Parrainages d'élus : où en sont les candidats ?

L'AFP a dressé vendredi 23 décembre un bilan provisoire du nombre de parrainages d'élus recueillis par les candidats à l'élection présidentielle, au moment où plusieurs d'entre eux critiquent le comportement des deux principaux partis (UMP et PS) dans la course pour recueillir 500 signatures, et demandent l'anonymat de leurs soutiens.

Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche), Eva Joly (Europe Ecologie-Les Verts), François Hollande (PS), François Bayrou (MoDem) et Nicolas Sarkozy (UMP), qui n'a pas encore déclaré sa candidature, devraient obtenir sans difficulté leurs parrainages.
  • Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la République, a recueilli 450 promesses. "J'aurai les signatures", a déclaré le candidat sur i-Télé.
  • Corinne Lepage, candidate de Cap 21, a dit en avoir recueilli "entre 300 et 400". Elle juge cette campagne de collecte "très très dure, beaucoup plus qu'en 2007".
  • Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti anticapitaliste, en a recueilli "un peu plus de 300", selon Christine Poupin, porte-parole du parti, qui estime que le NPA en est à ses "niveaux habituels" de collecte.
  • Jean-Pierre Chevènement (Mouvement républicain et citoyen) a recueilli "300 parrainages", a indiqué jeudi à l'AFP un porte-parole du candidat. La situation est "sous contrôle mais il y aura besoin d'un gros effort", a-t-il ajouté.
  • Frédéric Nihous (Chasse, pêche, nature et traditions) aurait quant à lui "185 promesses", selon l'entourage du candidat, interrogé cette semaine par l'AFP et qui précise : "Nous sommes en avance sur notre tableau de marche."
  • Christine Boutin (Parti chrétien-démocrate) a "environ 160" signatures, a annoncé la candidate à l'AFP. Elle menace de lâcher une "bombe atomique" pendant la campagne si elle n'obtient pas ses parrainages, et va déposer un recours devant le Conseil constitutionnel début janvier pour demander leur anonymat.
Les autres candidats n'ont pas donné de chiffre. "Je les aurai", a garanti Hervé Morin (Nouveau Centre), sur France 3 le 18 décembre. "Nous sommes sereins, optimistes et confiants", a déclaré jeudi Nathalie Arthaud à l'AFP.
Quant à Dominique de Villepin, il recevrait "un bon accueil de la part des maires de France", selon le porte-parole de République solidaire, Jean-Pierre Grand.
Concernant Marine Le Pen, Steeve Briois, secrétaire général du FN, a affirmé que c'était "pire" qu'en 2007. Le FN a déposé jeudi un recours devant le Conseil d'Etat assorti d'une question prioritaire de constitutionnalité.
Pour finir, Carl lang (Union de la droite nationale) a déclaré à l'AFP être "assez satisfait de l'état d'avancement".
Les candidats ont jusqu'au 16 mars 2012 pour déposer leurs 500 parrainages.


Le dîner catholique de Nicolas Sarkozy

Le chef de l'État a reçu une dizaine de jeunes prêtres à l'Élysée jeudi soir. Ils ont parlé de leurs vocations respectives.

Le dîner, sous les ors de l'Élysée, a d'abord été un peu guindé. Mais ça n'a pas duré. «Allez-y, parlez-moi franchement!» a invité le président. Deux jours avant Noël, Nicolas Sarkozy a reçu jeudi soir à sa table une dizaine de jeunes prêtres, dans le salon des ambassadeurs: un aumônier de prison, un aumônier militaire, des curés de campagne ou de banlieue. L'aumônier de l'Assemblée nationale, le P. Rougé, ainsi que le fondateur du cercle Léon XIII (qui organise des rencontres avec des responsables politiques ou économiques), le P. Pierre-Hervé Grosjean, étaient également présents. «Au nom de quoi faudrait-il ignorer ce que vous représentez?, a commencé le chef de l'État pour justifier ces inhabituelles agapes. Vous offrez une espérance. Les gens ont besoin d'espérance.»
C'est Camille Pascal, conseiller et «plume» du président, qui était l'organisateur de la rencontre. Cet agrégé d'histoire, catholique pratiquant, aime confronter le président aux univers les plus éloignés du sien. Historiens, géographes, anthropologues ou sociologues ont défilé à l'Élysée depuis la rentrée. «Des moments de respiration pour le président», note un proche. Camille Pascal est l'artisan d'un autre rendez-vous, plus inhabituel encore: à l'issue d'un discours prononcé au Puy-en-Velay, en mars dernier, Sarkozy s'était discrètement échappé avec l'évêque du lieu, Mgr Brincard, pour aller déjeuner avec des religieuses, les sœurs de Saint-Jean. La halte devait durer trois quarts d'heure. Le président est resté plus de deux heures et n'a jamais soufflé un mot à quiconque de ce déjeuner secret.
Jeudi soir, le chef de l'État et les prêtres ont échangé pendant près de deux heures sur la jeunesse, l'éducation, la finalité de l'art, ou encore les souffrances des chrétiens d'Orient. Le président a redit son attachement aux «racines chrétiennes de la France». Lui qui déplore la disparition des «grandes voix catholiques» a enjoint les prêtres à «sortir des catacombes». «Dites ce que vous avez à dire à la société, pas seulement à vos fidèles. À l'heure où l'on écoute ces experts en tout, pourquoi ceux qui défendent une religion n'auraient-ils pas le droit à la parole?»
Les convives ont entraîné aussi le président sur un terrain plus personnel, l'interrogeant sur la «vocation»: «La politique a sa part de sacrifice, a répondu Sarkozy. Il faut accepter le regard des autres. Assumer une différence, des choix. Vous faites le sacrifice d'une vie de famille, d'un confort de vie. Avez-vous du mérite? Moi, ai-je du mérite à faire ce à quoi je me suis senti appelé? Je ne crois pas. La politique s'est emparée de moi, pas l'inverse.»

À la veille de Noël

Contrairement à François Mitterrand qui était obsédé par les questions de la mort et de la finalité, Nicolas Sarkozy n'est pas un familier de ces sujets. Mais depuis son livre (La République, les religions, l'espérance, Cerf), publié en 2006, il n'a eu de cesse de rompre avec la réserve des politiques qui relèguent la religion à la sphère privée. «C'est d'abord un homme d'action, observe un convive. Mais il est travaillé par la question de ce qui donne le goût et la force d'agir.»
Ce geste, à la veille de Noël, n'est pas anodin, alors que Christine Boutin - qui peine à recueillir ses 500 parrainages pour 2012 - multiplie les critiques à l'encontre du président. Sarkozy sait qu'il a déçu un certain nombre de catholiques. À l'été 2010, juste après le discours de Grenoble, on avait noté un décrochage entre Sarkozy et l'électorat catholique. «Il veut reparler à un électorat traditionnel qu'il avait parfois désarçonné ou bousculé», décrypte un conseiller.
Le président a pris congé de ses invités, tard dans la soirée, en expliquant qu'il devait se lever tôt pour se rendre à Prague pour les obsèques de Vaclav Havel. L'un des prêtres s'est esclaffé: «Deux heures de messe en tchèque, bon courage monsieur le Président!»

Crise de la zone euro

Austérité en Irlande et au Portugal : l'immigration de crise explose

En introduction d'une série sur l'immigration en temps de crise, le Guardian écrit :
Depuis sa conception, l'Union européenne a été un paradis pour ceux qui cherchaient à se réfugier de la guerre, de la persécution et de la pauvreté dans d'autres parties du monde. Mais, alors que l'UE fait face à ce qu'Angela Merkel appelle son heure la plus sombre depuis la Seconde Guerre mondiale, il semble que la roue tourne. Un nouveau flot de migrants quitte le continent. Cela pourrait devenir un torrent si la crise de la dette continue à empirer.
Les plus touchés sont l'Irlande, la Grèce et le Portugal, qui ont tous les trois eu recours aux plans de sauvetage de l'UE et du FMI, ainsi qu'à des plans d'austérité drastiques durant ces deux dernières années.
En Irlande, où 14,5% de la population est sans emploi, l'émigration a augmenté régulièrement depuis 2008, au moment de la chute de Lehman Brothers et du marché immobilier irlandais. Dans les douze mois qui ont précédé le mois d'avril 2011, 40 200 détenteurs de passeports irlandais ont quitté le pays, contre 27 700 l'année précédente, d'après le bureau central des statistiques.
Au moins 10 000 Portuguais ont quitté le pays pour l'Angola, ancienne colonie, ainsi que le Mozambique et le Brésil. Selon le gouvernement brésilien, le nombre de Portuguais dans le pays a bondi de 276 000 en 2010 à près de 330 000.

Face à la crise, direction l’Australie

Pour les jeunes des Etats européens frappés par la crise, l’Australie, en plein boom économique, est une terre d'opportunités. Cela vaut plus particulièrement pour une nouvelle génération de diplômés grecs, qui rejoignent ainsi leur principale communauté nationale expatriée. 

Depuis des mois, un flot ininterrompu de jeunes gens des deux sexes, à peine débarqués de l’avion en provenance de la Grèce, vient taper à la porte d’un imposant édifice sur Lonsdale Street, en plein centre de Melbourne. Cet immeuble des années 40 abrite le quartier général de la plus grande communauté grecque d’Australie.
Ces scènes ne sont pas sans rappeler la gigantesque ruée vers l’or du tournant du XXe siècle, quand des hommes et des femmes étaient partis pour les Antipodes en quête d’une vie meilleure. Mais contrairement à ces Grecs d’antan, ces nouveaux immigrés se distinguent par leur haut niveau de formation, bardés qu’ils sont de diplômes décrochés dans certains des domaines les plus ardus.
Ce sont tous des diplômés d’universités, des ingénieurs, des architectes, des mécaniciens, des enseignants, des banquiers qui sont prêts à tout pour travailler, commente Bill Papastergiades, président et avocat de la communauté. C’est terrible. Nous en sommes tous atterrés. Ils se présentent souvent juste avec un sac. Leurs histoires sont tellement émouvantes, et dans chaque avion ils sont toujours plus nombreux”, raconte-t-il au Guardian lors d’un entretien téléphonique.

"Là-bas, les gens vivent dans la peur"

L’exode ne représente qu’une partie du drame humain qui se joue actuellement en Grèce, le pays d’où est partie la crise de la dette en Europe. Depuis juin, les responsables associatifs à Melbourne croulent sous des milliers de lettres, de courriels et d’appels téléphoniques de la part de Grecs tentant coûte que coûte d’émigrer vers un pays qui, préservé des turbulences sur les marchés mondiaux, fait désormais figure de Terre promise.
Rien que cette année, 2 500 citoyens grecs ont immigré en Australie tandis que, selon les autorités d’Athènes, 40 000 autres ont également “exprimé leur intérêt” en entamant la longue et difficile procédure en vue de venir s’installer dans ce pays. Un “salon des compétences” de 800 places organisé par l’Australie dans la capitale grecque en octobre dernier, a attiré quelques 13 000 candidats.
Alors que la Grèce s’apprête à entamer une cinquième année consécutive de récession, accompagnée d’un taux de chômage record de 18 % de la population active – et un taux sans précédent de 42,5 % pour les jeunes – la fuite des cerveaux constitue la seule tendance où la croissance est annoncée. L’Australie, elle, devrait au contraire connaître une croissance économique de 4 % en 2012. “Les gens disent souvent qu’ils ne veulent tout simplement pas que leurs enfants grandissent ici, rapporte Papastergiades. L’autre jour, j’ai reçu un appel d’un plombier grec qui m’a confié n’avoir pas travaillé depuis huit mois. Avec trois enfants à charge, il était désespéré au point d’envisager de se suicider”.
Tessie Spilioti fait partie de ceux qui ont déjà émigré en Australie. "La Grèce est un pays unique qui me manque tous les jours ainsi que mes amis, explique cette native d'Australie arrivée à Athènes il y a 27 ans. Mais l'Australie est un pays positif. C'est une contrée riche où l'on sent une forme d'abondance et des possibilités, dit-elle avec enthousiasme. Il n'y a rien de ça en Grèce. Là-bas, les gens vivent dans la peur, il y a des mauvaises vibrations et un mauvais état d'esprit. On vit comme en état de siège. Je n'aurais jamais cru partir mais avec le stress du combat quotidien pour survivre, je savais qu'il allait très difficile d'avancer".

Les jeunes Grecs fuient aussi vers la Russie, la Chine ou l'Iran

La grande crise économique grecque pourrait finir par condamner deux générations. D'après les spécialistes, la nouvelle diaspora comprendra certainement des jeunes Grecs ayant fait des études et maîtrisant plusieurs langues mais n'étant plus en mesure de survivre dans un pays où l'économie est en chute libre, notamment à cause des sévères mesures d'austérité imposées à Athènes en échange de l'aide européenne.
Une récente étude de l'université de Thessalonique a révélé qu'une vaste majorité de Grecs recherchaient désormais du travail à l'étranger, les plus jeunes se dirigeant vers des pays comme la Russie, la Chine ou l'Iran. La plupart des personnes interrogées n’avaient même pas cherché un emploi en Grèce, ne voyant aucun avenir dans cette économie qui devra probablement se serrer la ceinture pendant au moins dix ans.
En Australie, l’afflux d’immigrés jette la consternation parmi d’autres Grecs chassés de leur pays dans les années 1950 et 1960 par la pauvreté et la guerre. Depuis des années, cette diaspora est méprisée par les gouvernements qui se sont succédé à Athènes, qui refusent ne serait-ce que d’accorder le droit de vote aux Grecs de l’étranger, même dans des endroits comme Melbourne, où la prospère communauté grecque rassemble plus 300 000 personnes. Voir la jeunesse prometteuse de leur pays d’origine arriver en masse, prête à accepter les emplois les plus médiocres, constitue pour eux une prise de conscience brutale.
“Beaucoup de rêves ont volé en éclats, déplore Litsa Georgiou, 48 ans, arrivée d’Athènes à Sydney l’année dernière avec son mari et sa petite fille. C’est le choc dans la communauté. Beaucoup espéraient rentrer en Grèce… Au lieu de ça, ils apprennent tous les jours que d’autres ont fait ces 22 heures de vol pour venir ici. Et se dire qu’il faudra dix ans pour que la Grèce commence seulement à relever la tête, c’est terrible.”

France-Turquie : le génocide qui fâche

Le vote d’une proposition de loi réprimant la négation du génocide arménien en France a provoqué la colère d’Ankara. Si la presse française est plutôt critique vis-à-vis de cette initiative, les réactions sont moins nuancés côté turc.
Les députés français ont tranché : le 22 décembre, ils ont adopté une proposition de loi sur la négation des génocides. Votée tant par la majorité que par l’opposition de gauche, elle punit d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende “la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi”, et vient s’ajouter à quatre autres lois dites “mémorielles”, c’est à dire déclarant le point de vue officiel d’un Etat sur un fait historique.
Le texte vise implicitement le génocide arménien, au cours duquel, en 1915-16, près d’1,2 million d’Arméniens (les deux tiers de ceux qui vivaient dans l’Empire ottoman) moururent lors des déportations et des massacres organisés par l’Etat ottoman. C’est pour cela que le texte –  qui doit encore être approuvé par le Sénat, puis à nouveau par l’Assemblée nationale – a déclenché la colère d’Ankara, qui a rappelé son ambassadeur à Paris et menacé la France de représailles commerciales et diplomatiques. La proposition de loi doit pourtant encore être approuvé par le Sénat, puis à nouveau par l’Assemblée nationale avant de pouvoir être appliquée.
Dans Le Point, le chroniqueur Pierre Beylau dénonce une manœuvre politicienne du gouvernement français à l’approche de l'élection présidentielle :
Etait-il véritablement opportun de faire émerger le vieux serpent de mer du génocide de 1915, dont personne de sérieux ne conteste la réalité ? Il s'agit bien évidemment de politique politicienne émanant d'élus où le "vote arménien" est censé être déterminant. Pour complaire à un lobby, on n'hésite pas à prendre le risque de provoquer des dégâts considérables sur le plan diplomatique et économique.
Du point de vue de la diplomatie française au Proche-Orient, "un bras de fer avec Ankara est absurde", ajoute Le Monde. Mais pour le quotidien, le problème tient avant tout à la nature même de la proposition de loi :
Logo – Le Monde, Paris
Il ne revient pas au législateur – soutenu en l'espèce par l'Elysée – de dire l'histoire. Depuis quelques années, la France officielle adore cette judiciarisation de l'Histoire. On vote des lois mémorielles, créant le délit de négationnisme. Elles ne servent à rien. Elles ne soulagent même pas la douleur de ceux qui voient leur passé (…) ignoblement réécrit aux fins d'être nié.
De son côté, le site Mediapart interprète cette querelle à la lulmière de l'histoire des deux pays, chacun ayant été dirigé par une personnalité fondatrice de la nation moderne dont les élites actuelles ont du mal à se défaire : le général de Gaulle et Mustapha Kemal.

Logo – Mediapart, Paris
La France et la Turquie souffrent, à des degrés divers, de la même pathologie nationale : l'incapacité de faire son deuil d'une grandeur passée; la tentative désespérée de s'accrocher à un sauveur suprême berçant la mère patrie d'une mythologie de fer; le refus d'inventorier l'histoire, de procéder à un tri, de reconnaître les fautes et les crimes.
Côté turc, dans la version anglophone du quotidien Zaman, l’éditorialiste Bülent Keneş s’en prend directement au président français : “En introduisant une interdiction visant une partie du débat sur un sujet historique controversé qui doit être tranché par les historiens, et juste avant l’élection présidentielle, il a montré à tout le monde ce qu’est la démocratie à la Sarkozy”.
Etant donné son intérêt notoire pour la création de dogmes sur les épisodes controversés du passé par des moyens politiques et législatifs, il aurait dû se tourner vers un passé colonial indiscutable plutôt que de fouiner dans les lacunes de l’histoire de la Turquie. Interdire les opinions et les idées qui pourraient être exprimées sur un soi-disant “génocide” dont les Arméniens auraient supposément été les victimes en 1915, avant même d’exprimer des excuses pour les massacres commis par la France en Algérie dans un passé encore récent […] ou pour les meurtres de masse commis dans d’autres pays africains et en Indochine, ainsi que dans les colonies maritimes, est tout ce que l’on peut attendre du bouffon à la langue de bois de la politique française nommé Sarkozy.
Dans Milliyet, Mehmet Tezkan estime que le président français “a deux raisons pour vouloir que cette loi soit approuvée” :
La première est un investissement politique dirigé vers le vote des Arméniens. La seconde est de nuire aux relations avec Ankara. Les relations entre Sarkozy et Erdogan ne sont pas bonnes du tout. A partir d’aujourd’hui, les ponts sont coupés. L’objectif de Sarkozy est d’éloigner la Turquie de l’UE avec ce genre de manœuvres.
Ali Bayramoglu, du quotidien Yeni Şafak rappelle enfin que :
Selon l’interprétation courante de l’article 301 du Code pénal turc, c’est un crime que de dire qu’“il y a eu un génocide arménien”. En France, c’est un crime de dire “le génocide arménien n’a pas eu lieu”. Peut-on ne pas se rendre compte que les deux attitudes limitent la liberté d’expression…et empêchent les deux parties de s’interroger sur leur passé ? Les dégâts que la loi française vont provoquer sont importants.