TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 9 avril 2011

Le cinéaste américain Sidney Lumet est mort

Le cinéaste américain Sidney Lumet, qui avait notamment réalisé "Douze hommes en colère" et "Un après-midi de chien", est décédé samedi à son domicile de New York à l'âge de 86 ans des suites d'un cancer, a annoncé le New York Times.

Selon la belle-fille du réalisateur, Leslie Gimbel, citée par le quotidien, Sidney Lumet souffrait d'un cancer lymphatique. Sidney Lumet, né à Philadelphie en 1924 et qui "préférait les rues de New York à Hollywood" selon le New York Times, avait commencé sa carrière de réalisateur de cinéma en 1957 avec "Douze hommes en colère", un drame judiciaire avec Henry Fonda.

Trois petits cochons… ou quatre

C’est promis, juré, craché : le Portugal sera le dernier pays à avoir besoin d’une aide extérieure pour faire face à son endettement. L’Espagne s’en tirera seule. Sous-entendu : la crise de l’euro est maîtrisée.

C’est faux. Rien, sinon la tête qu’il enfonce dans le sable, ne permet à Alfredo Perez Rubalcaba, le numéro 2 du gouvernement de Madrid, de prétendre que « l’économie espagnole est devenue un mur indestructible ». Les Grecs et les Irlandais avaient affirmé avec la même force qu’ils n’auraient jamais besoin du soutien des Européens et du FMI. Les Portugais refusaient une aide la semaine dernière encore. Ils l’ont demandée en catastrophe mercredi. Les serments d’un jour ne sont pas ceux du lendemain…

Les Espagnols sont le domino suivant. Il serait stupéfiant de voir les marchés, qui ont imposé des taux usuraires à Athènes, Dublin et Lisbonne, renoncer à faire de même pour Madrid, alors même que la protection européenne soustrait pour le moment les trois premières proies à leur voracité. À Bruxelles, on parle de Pigs, acronyme anglais de « Portugal, Irlande, Grèce et Espagne », pour marquer l’appartenance des quatre pays à la « périphérie » européenne. C’est très bien trouvé : pig, en anglais, signifie aussi « cochon », ce qui nous mène droit au conte enfantin popularisé au cinéma par Walt Disney. Le loup de la finance a déjà obligé trois petits cochons à chercher refuge dans la grande ferme commune. Il va immanquablement se retourner contre le quatrième.

Hélas pour eux, les trois premiers petits cochons grec, irlandais et portugais, sont loin d’être sauvés. Le Fonds de soutien n’est qu’un paravent qui permet de les cacher, provisoirement, à la vue du prédateur. Un jour ou l’autre, il leur faudra rembourser les emprunts qu’ils accumulent et ils en seront incapables, malgré les énormes sacrifices qu’ils consentent. Car la réalité est moins drôle que la fable : en échange d’un abri très hypothétique, les petits cochons coursés par le loup de la finance sont obligés de se saigner aux quatre veines, ce qui les affaiblit au lieu de les muscler. Si encore, l’histoire promettait de se terminer favorablement… Mais on ne voit pas par quel miracle le loup se transformerait en agneau, surtout en cette période. Les Européens sont tous endettés, et ceux qui se croient à l’abri aujourd’hui pourraient bien devenir le gibier de demain. L’euro est un refuge sans

Les Français s'attendent à une hausse des impôts après 2012

Une très large majorité de Français (88 %) pensent que des hausses d'impôts auront lieu après l'élection présidentielle de 2012, quel que soit le candidat élu, selon un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche.

43 % des sondés jugent ces hausses certaines, 45 % les tiennent pour probables, tandis que 11 % pensent qu'aucune hausse des prélèvements n'interviendra après 2012, selon les résultats de l'enquête. Selon l'Ifop, "ces chiffres massifs et sans équivoque dénotent en creux la maturité de l'opinion sur les questions économiques et fiscales mais également un relatif pessimisme ambiant".
Une large majorité de Français "appréhendent l'hypothèse d'une hausse des impôts avec fatalité, conscients (...) de l'état des finances publiques et soucieux de voir la dette diminuer", analyse l'institut de sondage même s'"il ne semble faire aucun doute qu'une part de résignation apparaît à travers" les résultats de l'enquête.
Par ailleurs, l'enquête ne met en évidence aucun clivage au sein des sondés : la possibilité que des hausses d'impôts interviennent après 2012 est envisagée par 85 % des moins de 35 ans comme par 89 % des personnes âgées de 35 ans et plus et par les sympathisants de droite (90 %) comme de gauche (86 %).
La question, pour les candidats, portera donc "sur qui produira l'effort fiscal supplémentaire" plutôt que sur la légitimité d'une hausse des prélèvements, relève l'Ifop qui rappelle que, dans un de ses récents sondages, pour L'Humanité, 64 % des Français se disaient opposés à une baisse de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

L'homme qui va piquer la faucille


Le PCF franchit le Rubicon. Sa direction nationale le suggérait. Autre chose était d'exprimer publiquement, fût-ce en forme de « préférence », un changement stratégique aussi radical pour un parti qui, depuis le programme commun de 1974, défendait ses couleurs à chaque présidentielle. Il devrait se ranger en 2012 derrière un non-communiste - et même, pour bien mesurer la portée du symbole, ex-trotskiste et ex-socialiste - sous la bannière du Front de gauche. Derrière ce choix qui n'est pas pris de gaieté de coeur - les gros bataillons du Front de gauche sont fournis par le PCF - , l'acceptation du principe de réalité. Il encourait le risque que l'émiettement du paysage à gauche, devant la montée de Jean-Luc Mélenchon, l'habile et éruptif tribun aux colères talentueuses, n'aggrave son cas. Son déclin se double d'une impasse idéologique : il est devenu un parti protestataire dans un espace, à gauche de la gauche, hyper-concurrentiel. Ses dirigeants sont aussi conscients du phénomène de personnalisation qu'induit ce scrutin. Or, le parti ne compte aucun leader emblématique, capable de « cliver » et d'entraîner. Ce capital de popularité, sinon de provocation, il entend le trouver chez Jean-Luc Mélenchon, quitte à subir ses foucades et un populisme qu'il ne prise guère. L'accord, sous conditions, se veut gagnant-gagnant : au PCF les investitures aux législatives ; à la guest-star la tribune de l'élection majeure. Ce faisant, le PCF est peut-être en train de signer son arrêt de mort - en tout cas celui des orthodoxes - en se diluant dans un cartel dont le seul ciment est la présidentielle. Le ciment à prise rapide est-il le plus résistant ?

Pas seulement le Portugal !

Après l’Irlande (85 milliards d’euros dont 35 pour les banques), le Portugal avec 80 milliards ! Les optimistes prétendront sous des «ouf» de soulagement que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) destiné à ressouder les maillons faibles de la zone euro fonctionne. Au prix, il est vrai, d’une «suraustérité» pour les pays concernés au détriment de leur croissance, donc de l’emploi, avec une taille sévère dans tous les budgets sociaux. En quelque sorte, le prix à payer pour garantir l’euro des plus riches…

Ces perspectives peu réjouissantes pour les Portugais et les Irlandais montrent déjà les failles du système. Il relève du bricolage, la grande spécialité d’une Europe navigant à vue sans perspectives à long terme, et pas seulement dans le domaine monétaire. En effet, qui peut affirmer que le Portugal anémié pourra tenir ses engagements dans les trois ou cinq ans pour les prêts cautionnés par le FESF (dont la France à hauteur de 21 %) ? Dans une conjoncture internationale des plus incertaines avec l’alourdissement des factures énergétiques, de surcroît soumise aux soubresauts géopolitiques ?

Même à coups de milliards, ce fameux FESF n’est qu’un emplâtre, un analgésique local qui calme momentanément les vrais maux dont souffre la monnaie unique, et pas seulement via le Portugal ou l’Irlande : l’absence d’un vrai gouvernement économique, du moins dans l’Euroland, avec une politique monétaire plus dirigiste et plus solidaire. L’Allemagne, première de la classe, n’en veut pas.

Un autre immédiat fait frémir : le mauvais exemple grec. Sauvée in extremis l’an dernier sous un mécanisme différent du Fonds de stabilité financière, la Grèce piétine dans une sombre impasse. La restructuration de sa dette est à l’ordre du jour. Or, dans ce rééchelonnement, les pauvres banques et non moins pauvres (!) fonds d’investissement privés laisseront forcément des plumes ! Un cauchemar pour l’euro et ses États qui perdraient une bonne part de leur crédibilité auprès des agences de notation… Peut-être même certains pays devraient-ils de nouveau renflouer leurs banques trop engagées dans la dette grecque.

Sans changement de cap, la zone euro risque l’éclatement. Tout son fonctionnement, arrêté le siècle dernier à une époque de beau temps, est à revoir. Par exemple, la hausse du taux directeur de la Banque centrale européenne est-elle vraiment opportune ? Elle a été décidée en fonction du règlement de la BCE, obligée de faire face à une inflation de 2,6 % largement importée. Mais cette hausse des taux va inévitablement peser sur une croissance déjà atone, surtout dans les pays fragilisés. De la même façon que pèse le nouveau «pacte de stabilité» autour des consolidations budgétaires, pacte pourtant non contraignant que la France suit aveuglément pour rester dans le sillage de l’Allemagne : selon l’INSEE, il amputerait la croissance française de 0,6 %.

Bref, tout va bien, Madame la Marquise…


Chaleurs

Ni pluie, ni boue, pour les cyclistes de Paris-Roubaix : il fera beau et chaud dimanche sur le nord de la France, comme sur l’ensemble du pays durant tout le week-end. On bat même des records de chaleur en ce mois d’avril, où l’on se découvre de plus d’un fil : les maillots de bain seront de sortie aujourd’hui sur les plages et les pelouses, et les coups de soleil ce soir au rendez-vous. On aimerait en jouir sans arrière-pensée, et pourtant… On nous a tant répété que ces vagues de chaleur annonçaient une catastrophe, et que le réchauffement du climat était une très mauvaise nouvelle. Cette semaine encore, des dizaines de délégués du monde entier se sont retrouvés à Bangkok pour constater qu’ils n’étaient d’accord sur rien... Mais bon, laissons-là nos angoisses millénaires, attendons lundi pour en reparler - car il pourrait bien pleuvoir.

De la dictature à la démocratie


Presque tout le monde a été surpris par la soudaineté des révoltes égyptiennes et tunisiennes, ainsi que par leur rapide propagation dans le Moyen-Orient.

Ces évolutions ont été attribuées, au moins en partie, à l'extension des réseaux sociaux sur Internet. Il est évident que leur pratique a joué un rôle moteur et cela pour une simple raison que feraient bien d'étudier de plus près tous les pratiquants du pouvoir absolu dans le domaine politique ou dans le domaine social.

Si l'on regarde le fonctionnement des dictatures, on voit qu'elles adoptent une forme pyramidale et qu'elles s'efforcent d'organiser en pyramide la société qu'elles contrôlent. Tout en haut, à la pointe, le chef unique, puis en dessous le parti unique et le syndicat unique avec leurs réseaux de partisans et d'acteurs qui sont, du reste, souvent les mêmes. Ceux-ci reçoivent l'information, les orientations d'en-haut et les diffusent, en bas, aux citoyens. Ces derniers sont considérés comme de simples récepteurs d'ordres qui n'ont ensuite qu'à les appliquer sans discuter ; surtout sans discuter parce que la discussion, l'échange amènent forcément tôt ou tard questions, contestations, voire refus, rejets.

Pour éviter ces inconvénients, le pouvoir, par une police supérieurement organisée, protège ses représentants et partisans, en même temps qu'il leur demande de contrôler les échanges entre citoyens et même de les empêcher. C'est ici que les réseaux sociaux interviennent. Leur diversité, leur complexité, leur instantanéité multiplient contacts, informations, échanges entre tous les membres de la société, du moins entre ceux qui sont « branchés ». Dès lors, les mesures policières sont débordées et ne suffisent pas à endiguer le flot des échanges puis des protestations qui font boule de neige jusqu'à rassembler des foules immenses dans les rues et sur les places publiques. C'est ce qui s'est produit au Caire, place Tahrir.

Vigilance

Tout se passe donc comme si Internet, transformé en explosif, venait torpiller la pyramide dictatoriale à sa base et la faire s'effondrer soudainement. Ces réseaux sont particulièrement dangereux pour le dictateur. Encore faut-il qu'un événement, un fait, fasse surgir l'étincelle et donne à la flamme qui vacille la force de s'élever et de se propager. Cet événement, c'est le plus souvent une atteinte à la dignité qui provoque un drame, comme cela s'est produit avec le petit vendeur de légumes tunisien diplômé qui n'en pouvait plus d'être méprisé et s'est volontairement immolé par le feu. Beaucoup se sont reconnus en lui.

C'est donc l'aspiration au respect, l'exigence de dignité qui, tout à coup, devient essentielle pour ceux qui découvrent qu'ils ne sont pas les seuls méprisés, mais que beaucoup d'autres le sont aussi comme eux, autant qu'eux, parfois plus qu'eux. C'est alors que la révolution se met en marche et balaie le pouvoir.

Ceci est le premier acte, mais le deuxième est toujours à venir. La communication, l'échange, si utiles soient-ils, et l'indignation, si respectable et fondée soit-elle, ne suffisent pas à établir ou rétablir une société démocratique. En effet, Internet peut aussi aider les semeurs de doute, de trouble, les manipulateurs, les faux prophètes

L'acte deux, ce peut être une authentique démocratie, mais une telle instauration est toujours difficile et lente. Les anciens pouvoirs ou les réseaux cachés profitent de ces hésitations. Ils tentent de se reconstituer de nouvelle manière et de reprendre insidieusement le dessus. C'est pourquoi les populations qui se sont libérées de l'oppression qu'elles subissaient doivent rapidement, et ce n'est pas facile, se constituer en organisations pluralistes pratiquant le dialogue pour fixer les objectifs et définir les moyens. Il leur faut aussi se montrer extrêmement vigilantes pour parvenir à leurs fins. Chacun le sait : rien n'est joué d'avance.

Une apostasie confirmée

 
puce_carreSans que l’on paraisse s’en rendre compte, une ère nouvelle risque d’avoir commencé pour le catholicisme en France avec la déclaration de la Conférence des Responsables de Culte (CRCF) dont nous parlions hier.
Nous n’avions pas exagéré : La Croix, dans son éditorial du mercredi 6 avril, nous confirme que la signature de cette déclaration du 30 mars est bien un acte d’adhésion en commun non point à un Dieu mais à une transcendance politique qui dépasse les diverses confessions religieuses pour parvenir à un niveau supérieur, celui des vraies questions.
puce_carreLa gravité exceptionnelle de cette confirmation par La Croix mérite qu’on la lise dans le texte lui-même :
« La déclaration des responsables de cultes publiée la semaine dernière [dans La Croix du 30 mars] témoigne de la capacité des diverses traditions de transcender les appartenances religieuses, de déconfessionnaliser le débat et d’inviter “à la veille de rendez-vous électoraux importants” à affronter les vraies questions. »
La religion catholique est donc transcendée avec les autres, comme les autres « appartenances religieuses », au même titre, inséparablement.
puce_carreA la déclaration d’une telle transcendance le Responsable de Culte Vingt-Trois et le Responsable de Culte Ulrich ont apposé leur signature ès qualités explicitement invoquées de « président » et de « vice-président » de la conférence épiscopale. Ils prétendent engager ainsi l’Eglise de France. Aucun évêque n’a élevé une protestation publique contre cette publique apostasie. Aucun peut-être ne l’a encore aperçue, elle n’apparaît pleinement qu’en joignant ce qu’elle a d’impliqué à ce qu’elle a de déclaré.
puce_carreLe simple fait de se soumettre sans réserve au « pacte républicain » et au « cadre de la République » est une fantastique inversion collective. (Le XXIe siècle s’est clairement engagé tout entier, par ses lois et par ses mœurs, dans une automatique inversion généralisée.) La nature propre de n’importe quelle religion étant de rendre à Dieu un culte sacré, elle se situe forcément au-dessus de tous les « cadres » et « actes » politiques. Sinon, elle abdique son être même, elle n’est plus une religion.
puce_carreMais que dire alors de la religion catholique, que dire de l’Eglise fondée par Dieu pour parler au nom de Dieu et pour lier et délier sur la terre, ayant reçu de Dieu le pouvoir surnaturel et la mission d’enseigner, de baptiser, de conduire au salut éternel !
Concernant les RCF catholiques qui ont signé la déclaration du 30 mars et les évêques qui n’y trouvent rien à redire, Yves Daoudal y voit « le signe que ces gens-là, en fait, ne croient en rien ». En tout cas ils ont déserté l’acte extérieur de la foi.
puce_carreOn dira peut-être que face à une législation et une opinion dominante de plus en plus anti-religieuses, – mais davantage anti-catholiques qu’anti-musulmanes, – c’est une habile tactique de faire avancer la résistance catholique sous le couvert d’une protestation unanime de toutes les religions confondues.
Funeste tactique. Cela fait les déclarations lamentables de religions sans Dieu, ne parlant plus que d’elles-mêmes et… de leur irréprochable républicanisme.


vendredi 8 avril 2011

Nicolas Hulot ira au charbon


Les Verts, combien de divisions ? La question, teintée d'ironie, s'est posée dans le passé, connaissant leurs prédispositions pour les querelles intestines. Maintenant qu'il est acquis que Nicolas Hulot se lancera dans le grand bain de la présidentielle, après s'être longtemps fait désirer, à la manière d'un DSK, on est tenté de répondre : au moins deux. Soit le nombre de candidats à une primaire qui s'annonce tout aussi passionnée que chez les socialistes. Elle opposera l'animateur culte de la télévision, dont les odyssées sauvages ont émoustillé les ménagères de plus et de moins de 50 ans, à l'ex-juge Eva Joly, pourfendeuse de la corruption. Le candidat préféré des Français, consensuel initiateur du pacte écologique, à l'eurodéputée qui incarne une légitimité de gauche. Opposition de styles mais aussi de cultures politiques. La candidature Hulot brouille les cartes - elle transcende les clivages habituels, capte un électorat plus jeune, moins politisé, et de ce point de vue peut aider la gauche à glaner des voix au centre - et bouscule la famille écologiste. L'icône d'Ushuaïa vient d'ailleurs de connaître sa première fâcherie avec l'appareil des Verts qui veut lui imposer une primaire tournée vers le parti et non vers la société civile. On voit bien l'ampleur du défi qui attend Hulot, quelque part entre les chutes du Niagara et la forêt amazonienne. Il devra briser l'armure, se frotter aux duretés du combat politique, négocier la sortie du nucléaire avec un PS pro-atome. Last but not least, choisir son camp et dire s'il fait sien le credo des Vert s « Tout sauf Sarko ». S elon qu'il saura, ou pas, les convaincre de l'authenticité de son projet, il donnera à la présidentielle une orientation majeure.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Borloo entre en scène pour 2012

L'ex-ministre de l'Écologie quitte l'UMP, prépare son alliance centriste pour la présidentielle mais laisse planer un doute sur sa propre candidature. 
Faire taire les rumeurs, les bruits de couloirs et affirmer ses «convictions», sa «méthode» et son projet d'alliance républicaine, écologiste et sociale… Pendant plus d'une heure et demie, jeudi soir sur France 2, Jean-Louis Borloo a souhaité lever certains des doutes qui pèsent sur ses intentions depuis qu'il a quitté le gouvernement. Ménager le maximum de suspense, esquiver les questions les plus précises et, surtout, s'affirmer ancré dans la majorité… Pendant plus d'une heure et demie, jeudi soir, Jean-Louis Borloo a également tout fait pour qu'on ne puisse pas l'accuser d'ajouter la division au malaise que traverse la majorité.
Parmi les doutes que le maître prestidigitateur Jean-Louis Borloo a pu lever, le premier concerne le devenir de la formation qu'il préside depuis 2007. «Le Parti radical a proposé d'organiser l'aile sociale, l'aile humaniste de la majorité, bref, les anciennes équipes de François Bayrou qui sont aujourd'hui au Nouveau Centre, les gaullistes sociaux, les écologistes… Et on va organiser cette formation politique avant l'été, évidemment à l'extérieur de l'UMP», a-t-il expliqué sur le plateau d'«A vous de juger». «Par voie de conséquence, nous allons, je quitte l'UMP», a-t-il ajouté. Borloo signe donc la fin de l'aventure commune entre le plus ancien parti de France et le parti présidentiel, dont il est une formation fondatrice. Personnelle depuis jeudi soir, cette décision devra cependant être confirmée par le congrès du Parti radical des 14 et 15 mai. «Mais vous pouvez considérer qu'il y a une nouvelle formation, une alliance républicaine», a expliqué Borloo, confiant dans le choix de ses adhérents.
Deuxième doute prestement évacué, celui de l'entrée de la confédération des centres qu'il forme avec le Nouveau Centre, l'Alliance centriste, la Gauche moderne dans la course pour 2012. «On a évidemment vocation à avoir un candidat à la présidentielle, a-t-il expliqué. Cela me paraît tout à fait normal, c'est sa vocation. Il faut bien qu'elle soit dans ce débat-là.» L'UMP, qui milite depuis des mois pour voir la majorité se réunir derrière la candidature unique de Nicolas Sarkozy à un second mandat, est donc en passe de voir ses craintes se réaliser. Et pas question d'évoquer devant Borloo une candidature d'appoint ou de complément. «Vous connaissez quelqu'un qui est candidat pour aider quelqu'un ? Vous croyez que les Français sont assez stupides ? Ça n'a pas de sens», élude-t-il. La candidature de l'alliance qu'il est en train de créer sera ainsi «une alternative au PS et une alternative à l'UMP».
Une alternative d'autant plus importante à ses yeux que Jean-Louis Borloo a une certitude : «J'ai la conviction que l'UMP aura du mal à résister à l'alternance», explique-t-il, en soulignant que les régions, les départements, les villes sont déjà majoritairement de gauche. Il s'interroge même, à voix haute, sur la volonté de Nicolas Sarkozy à se représenter. «Est-ce que vous savez s'il sera candidat ? a-t-il demandé à Arlette Chabot. Il aura fait un quinquennat, un quinquennat inouï.» Au moment de tordre le cou à certaines «rumeurs», Borloo en profite pour assurer qu'il ne s'est pas lancé dans cette aventure par esprit de revanche après le remaniement ou par ambition personnelle. «Je ne serai pas premier ministre dans 14 ou 15 mois», assure-t-il à ceux qui lui prêtent l'intention de devenir le dernier premier ministre du quinquennat ou le premier du prochain.
«Je suis prêt»
Candidat lui-même à l'élection, alors ? «Je suis prêt», a-t-il répondu du tac au tac. Mais Borloo ne sera candidat que «si (ses) amis le souhaitent». «S'ils pensent que c'est moi qui dois plutôt l'incarner, précise-t-il. Alors, j'aurai à prendre ma décision personnelle.» Son choix, il le fera connaître «avant l'automne» : «Je sais à quoi cela engage et je garderai en dernier ressort ma décision, parce qu'elle est lourde, parce qu'elle est grave, parce qu'on n'est pas dans un jeu de rôle politique.»
À l'en croire, en tout cas, il ne prendra pas en considération les protestations qui dès jeudi soir sont venues des rangs du parti présidentiel. «On n'a pas cherché à m'impressionner et je ne suis de toute façon pas quelqu'un d'impressionnable», assure-t-il. Interrogé sur le risque qu'il faisait courir à l'éventuelle candidature de Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo lâche «les Français décideront». Interrogé sur la chance que sa candidature donnerait à Marine Le Pen de se qualifier au second tour, Jean-Louis Borloo a une réponse définitive : «Je n'ai pas à empêcher Marine Le Pen d'aller au second tour.»
Au fil de la conversation, on peut comprendre qu'il voit même le candidat centriste sur la plus haute marche du podium : «Nous avons vocation à avoir une candidature à la présidentielle et à la gagner», martèle-t-il. Et quand on lui demande de se prononcer sur les candidats potentiels du PS, c'est sa propre candidature qu'il mesure aux ténors socialistes. face à Dominique Strauss-Kahn, il ne sait pas trop. Mais, «si c'est avec Martine Aubry, ce sera un derby du Nord», explique-t-il, une confrontation entre l'ancien maire de valenciennes qu'il a été et l'actuelle maire de Lille. Avec François Hollande, «c'est “Intervilles”, entre Valenciennes et Tulle», glisse-t-il hilare.

QUEL CONNARD ! COMMENT PEUT-IL RÊVER D'UN DESTIN AUSSI FORT ? IL N'EST RIEN D'AUTRE QU'UN POLITICIEN SANS PROJET DE SOCIÉTÉ, COMMENT UN MÉDIOCRE DE SON ESPÈCE PEUT-IL SE VOIR EN HAUT DE L'AFFICHE ???
C'EST A PLEURER !!!!

Aider Tunis


Moins de trois mois après le départ de Ben Ali, le printemps arabe est à l'épreuve. Si les Égyptiens sont parvenus, dans la foulée de la révolte tunisienne, à renverser Moubarak, les aspirations démocratiques des jeunes Arabes se heurtent à la résistance, de plus en plus farouche, des régimes en place. On réprime sans états d'âme à Damas, à Sanaa, à Bahreïn. Les Marocains attendent encore confirmation des promesses d'ouverture. Quant aux Libyens, c'est au sort d'une guerre aux conséquences totalement imprévisibles, que leur espoir est suspendu.

Dans ce contexte, les contradictions sont légion. On se félicite à Paris de la participation du Qatar à l'intervention en Libye, alors que ce pays du Golfe affiche sa solidarité avec l'Arabie Saoudite et le Barheïn, où la démocratisation n'est absolument pas à l'ordre du jour. Partout, la jeunesse arabe est sensible au vent du printemps, mais l'espoir n'est pas partout permis. Une déstabilisation du Golfe Persique n'est souhaitée ni à Washington, ni à Moscou, ni à Pékin. Elle serait synonyme de choc pétrolier, donc de choc mondial.

Aussi, la révolution tunisienne pourrait bien être la seule à passer à la deuxième étape, celle de la démocratisation. Le pays dispose d'atouts importants : son homogénéité culturelle et religieuse, la vigueur de sa société civile, l'éducation de sa jeunesse. Mais il présente aussi des fragilités qui apparaissent, chaque jour, plus évidentes et menacent à terme le printemps tunisien.

Fragilité institutionnelle, puisque le gouvernement de transition doit « faire avec » la vieille Constitution pour porter la barque jusqu'aux élections annoncées pour le 24 juillet. Certains juristes y voient un piège institutionnel dont le fantôme de l'ancien parti unique pourrait tirer profit. Sortir d'une dictature, qui avait parasité tous les étages de l'État, répercutant la corruption du clan au pouvoir jusque dans les plus infimes décisions locales, est un passage délicat.

D'autant plus, et c'est le motif le plus préoccupant, que la révolution vient de paralyser l'économie. Le tourisme, qui pèse 7 % du PIB et 400 000 emplois, a chuté de près de moitié en janvier et février. La croissance sera, cette année, quasi nulle, au lieu des 5 % initialement prévus. Les grèves se multiplient. Le retour des milliers de Tunisiens fuyant le conflit libyen ajoute au désarroi d'une population qui, avant même la chute de Ben Ali, subissait déjà les contrecoups sociaux de la crise mondiale.

Cette situation explique le regain de départs vers l'Europe. Depuis janvier, l'Italie a vu arriver plus de 20 000 Tunisiens en plus des autres clandestins. Beaucoup veulent venir en France. Rome dénonce, non sans raison, l'inertie de Bruxelles, et vient de décider d'octroyer des visas temporaires « humanitaires ». Ce qui irrite Paris qui entend refouler ces Tunisiens vers l'Italie.

À leur manière et au nom de semblables exigences électorales, Paris et Rome disent, en fait, tristement la même chose : le mur qui sépare les deux rives de la Méditerranée doit rester debout comme avant. Comme si l'Europe n'existait pas. Comme si rien ne se passait au Sud. Comme si les bombardements en Libye n'y étaient pour rien. Comme si Ben Ali était toujours là. Comme si Tunis n'avait pas, d'abord, besoin d'aide pour passer ce cap et reprendre son développement. Le seul chemin pour maîtriser vraiment les flux migratoires.





Douleur


Devant la mort de son enfant, la douleur d’un père est infinie. Et cela même pour le plus pudique des hommes, Jean-Louis Trintignant. Il avait choisi le silence, après le meurtre de sa fille Marie, puis il était remonté sur scène faire son métier, nous parler de la beauté et de la tristesse du monde. Mais hier, cette volonté de retenue s’est brisée sur l’idée de croiser en Avignon Bertrand Cantat, le meurtrier de Marie. Comment ne pas le comprendre ? Nul n’est en droit d’exiger d’une victime qu’elle pardonne au responsable de sa souffrance. Pourtant, Bertrand Cantat a payé. Il a passé en prison le temps que la justice a décidé. Et nul ne peut désormais exiger de lui qu’il se comporte autrement qu’en homme libre — libre de se taire, ou de monter sur une scène en Avignon. Pour une adaptation de Sophocle, qui faisait dire à un personnage : « Je suis né pour partager l’amour, et non la haine ».

Bob Dylan, le rebelle expurgé

Doit-on lui tresser des lauriers, saluer le courage d’un fier engagement ? Certaines gazettes s’y emploient déjà. Mercredi soir, Bob Dylan a donné un concert historique dans un stade de Pékin. L’icône de la contestation soixante-huitarde ose donc défier l’immense dictature. Sous les assauts de ses couplets libertaires, la Grande Muraille ne va pas tarder à s’écrouler. Jadis, à Jéricho, quelques trompettes avaient bien suffi.

C’est beau comme une image d’Épinal. Que la passive jeunesse du XXI e siècle en prenne de la graine, le septuagénaire à l’harmonica leur montre la voie.

Sauf que, vue de près, l’affaire ressemble plutôt à un banal business. Le prix du billet, pour 1 h 30 de spectacle, approche le salaire mensuel moyen du pays. À ce tarif, seuls les mandarins disposent d’un siège.

Surtout, la légende du rock accepte les exigences de la censure chinoise. Docile, le Bob, pas dissident du tout. Il remet dans sa guitare les hymnes protestataires et promet de s’en tenir au “programme approuvé”. La liberté a des limites, quand même. Pas question d’interpréter “les Temps changent”, par exemple, ni de s’adresser directement au public.

Dylan envoie son bouquet d’airs folks inoffensifs, passe à la caisse et rentre à l’hôtel. Et cela suffirait à lui assurer un surplus de gloire ? Allez, avec un trublion pareil, les maîtres de la Chine peuvent dormir tranquilles. La prochaine fois, ne reculant devant aucune audace, ils inviteront Marcel Amont.

Jamais deux sans trois


Les suites des élections cantonales, les annonces de candidatures prochaines à l'élection présidentielle, les engagements militaires de la France à l'extérieur ont relégué au deuxième plan de l'actualité les menaces réelles qui pèsent sur l'Europe et sur l'euro et pourtant la situation s'aggrave. Jamais deux sans trois, après la Grèce et l'Irlande c'est maintenant le Portugal qui appelle l'Union européenne à l'aide. Aujourd'hui et demain, à Budapest, les ministres des Finances européens débloqueront pour le Portugal les 75 milliards d'euros demandés par ce pays qui sont possibles dans le cadre des mécanismes de soutien mis en place depuis la crise grecque. Il n'y aurait donc pas matière à s'inquiéter disent les tenants de la politique de l'autruche alors qu'il faudrait sonner le tocsin. Après le Portugal en effet, la spéculation internationale qui frappe l'un après l'autre les maillons faibles de l'Europe s'attaquera à un grand pays, l'Espagne, en attendant l'Italie voire la France et cela se déroulera en pleine campagne présidentielle française. Déjà les démagogues du Front national ou du Front de gauche se prononcent pour la sortie de l'euro à qui ils imputent tous les maux de la mondialisation avec un écho réel dans le pays. Heureusement pour la France, Nicolas Sarkozy et François Fillon sont d'ardents défenseurs de l'euro tout comme le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui concourt au sauvetage portugais. Mais comment le candidat DSK pourra-t-il concilier cette défense avec un projet socialiste dépensier, générateur de plus d'impôts nouveaux que de rétablissement de nos finances publiques ?

jeudi 7 avril 2011

Et maintenant, tous en Allemagne !

Le 1er mai marquera la fin des quotas limitant l’accès au marché du travail allemand des travailleurs de plusieurs pays ex-communistes. Alors qu'une grande vague de main d’œuvre polonaise est redoutée en Allemagne, côté polonais, on assure que cette immigration sera bénéfique pour l’économie allemande.
"Sous les lits allemands", tel est le titre d’un livre que vient de publier en Allemagne une femme de ménage polonaise sous le pseudonyme de Justyna Polanska. L’auteur raconte les saletés dégoûtantes qu’elle trouvait dans les maisons de ses clients et comment elle était traitée par ses employés.
Pour les Justyna Polanska , rien ne va changer après le 1er mai. Elles continueront à faire des ménages dans les maisons allemandes et elles continueront à travailler au noir. Malgré tout, l’ouverture du marché du travail chez nos voisins de l’Ouest réveille encore de grandes émotions.
Selon un récent sondage de l’Institut IMAS, deux tiers des Allemands sont persuadés que les habitants des nouveaux membres de l’Union vont venir en masse chercher du travail chez eux. Et ils sont près de 70% à estimer que cela sera négatif pour l’Allemagne, contre 16% à penser le contraire.
Encore plus alarmant, le sondage publié par Welt am Sonntag selon lequel les trois quarts des personnes interrogées jugent que les Allemands vont perdre peu à peu leur emploi à cause de la suppression des quotas institués pour les Polonais, les Tchèques et les citoyens des pays entrés dans  l’Union en 2004.

Après le 1er mai, 100 000 personnes arriveront chaque année en Allemagne

Ceux qui connaissent  bien l’Allemagne d’aujourd’hui ne seront pas surpris par les résultats des sondages. C’est notamment sous la pression de l’opinion publique que les gouvernements allemands successifs ont tous respecté la période transitoire de sept ans pour l’accès au marché du travail et prolongé à deux reprises toutes les restrictions contre l’avis des économistes.
Mais les Polonais ne s’en sont pas plaints. Au contraire, ils ont appris à se débrouiller avec la bureaucratie allemande et ils ont su exploiter les lacunes de la législation allemande. Ces dernières années, selon l’Institut polonais de statistiques, 400 000 Polonais ont travaillé en toute légalité en Allemagne. Ils sont bien plus nombreux à avoir trouvé un emploi en Grande Bretagne, qui, elle, a ouvert son marché en 2004.
La plupart des experts allemands jugent que rien d’extraordinaire ne devrait se passer après le 1er mai. Joachim Muller, directeur d’un institut de recherches dans une agence de travail, est d’avis que ce sont 100 000 personnes qui vont arriver chaque année en Allemagne. En provenance des nouveaux pays membres, en grande partie de Pologne.
Selon la Chambre de commerce polono-allemande, la suppression des barrières  incitera 200 000 à 400 000 Polonais à émigrer en quelques années. La plupart viendront des régions proches de la frontière, mais aussi de Mazovie et de la région d’Opole. Ce sera une émigration plutôt régionale, rien à voir avec l’émigration après l’adhésion de la Pologne à l’Union.
Les agences de l’emploi se frottent déjà les mains : les employeurs ne vont pas l’admettre, mais beaucoup comptent sur les Polonais. Les Allemands cherchent surtout  des gens avec un bon niveau d’éducation — des médecins, des infirmières, des informaticiens — mais ils sont aussi intéressés par du personnel temporaire comme des magasiniers, dit Karina Kaczmarczyk de Work Service International.

La Bundeswehr : un débouché possible pour les jeunes Polonais

Les Allemands se plaignent depuis très longtemps du manque d’informaticiens. Les spécialistes des nouvelles technologies choisissent de préférence les Etats-Unis plutôt que l’Europe. Les Allemands mènent des campagnes de recrutement dans plusieurs pays mais sans grand succès, car les informaticiens polonais préfèrent rester chez eux.
Les aides-soignantes et les sage-femmes sont quant à elles prêtes à travailler en Allemagne, mais uniquement de façon temporaire. Quant aux médecins polonais, ils choisiront plutôt d’aller en Grande-Bretagne. Ce sont donc des travailleurs peu qualifiés, qui ont besoin d’un vocabulaire de base, qui sont susceptible d’émigrer en Allemagne.
Les Polonais auront encore d’autres opportunités en Allemagne : la Bundeswehr, tout comme l’armée polonaies, devient professionnelle. Un travail que les jeunes Allemands n’ont pas envie de faire. Aussi, le ministère de la Défense envisage d’engager des jeunes domiciliés en Allemagne même s’ils n’ont pas la citoyenneté allemande.
Parmi les centaines de milliers de citoyens polonais qui vont chercher leur bonheur sur le marché du travail allemand, il s’en trouvera qui voudront faire carrière dans les forces armées allemandes. On ne peut pas imaginer un symbole plus fort de l’Europe unie.


Vu de Pologne

Une manne pour l'économie du pays

Les Polonais qui travaillent à l’étranger ont envoyé au pays 4,2 milliards d’euros en 2010, écrit Dziennik Gazeta Prawna. Cette année, cette somme devrait être encore plus élevée, en raison de la suppression des barrières pour les citoyens polonais en Allemagne, de l’amélioration de la conjoncture économique à l’ouest et de la bonne situation sur les marchés du travail. Le journal de Varsovie juge que 500 000 personnes pourraient bientôt émigrer en Allemagne. Selon les calculs de la Banque nationale polonaise, les Polonais qui travaillent sur l'autre rive de l'Oder ont envoyé l’année dernière en Pologne 1,15 milliard d’euros. Depuis l’entrée de la Pologne dans l'Union, en 2004, les transferts de l'étranger, qui se montent à près de 27,5 milliards d’euros, sont devenus un "élément essentiel de l’économie du pays". Une manne qui pourait toutefois se tarir si les émigrés renonçaient  peu à peu au retour au pays et s’enracinaient définitivement à l’étranger.

Chef de guerre sur tous les fronts

En s'engageant sous couvert de l'ONU en Libye et en Côte d'Ivoire, au nom de la protection des populations civiles, la France est passée du principe de non-ingérence à celui d'un interventionnisme proclamé, risqué et coûteux. Il s'agit d'un tournant pour l'action française à l'étranger sur lequel le président devra éclairer la nation car, avec l'Afghanistan où 4 000 soldats sont déployés, et le Kosovo, la France est désormais présente sur quatre théâtres d'opérations. Les partis de gouvernement le soutiennent - même si le consensus semble se fissurer -, les Français sont loin de s'en indigner. Mais on sait combien l'opinion peut être réversible en cas de dommages « collatéraux ». A Tripoli comme à Abidjan, le but - non formulé mais recherché - vise à déloger deux dictateurs qui répriment leurs opposants à l'arme lourde. Il est vain d'épiloguer sur les intentions supposées d'un Nicolas Sarkozy qui voudrait montrer son caractère de chef de guerre, ou se refaire à l'extérieur une popularité en berne à l'intérieur. Les risques politiques qu'il court - celui de l'enlisement ou de voir des soldats perdre leur vie au combat - l'emportent sur les bénéfices éventuels. On fera les comptes quand Kadhafi et Gbagbo seront tombés et que des solutions politiques s'esquisseront. Il fallait être du bon côté de l'Histoire, du côté des peuples qui se soulèvent. Un massacre a été évité à Benghazi ; l'indifférence vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale aurait été reprochée. Il reste que Nicolas Sarkozy a renié sa promesse de neutralité et rompu avec le principe selon lequel la France ne se poserait plus en « gendarme » de l'Afrique. Il défend une certaine idée de la France et de son honneur - donner un coup de pouce aux démocrates - mais une toute autre affaire sera de savoir terminer ses engagements militaires.


Colmatage et consolation

Les confrontations armées en Afrique, créant l’incertitude sur le sort futur de MM. Kadhafi et Gbagbo, ont quelque peu relégué au second plan l’épreuve que vivent les Japonais depuis la triple catastrophe du 11 mars dernier : séisme d’une magnitude hors du commun, raz-de-marée jusqu’à cinq kilomètres à l’intérieur des terres, et — conséquence technologique — lourds dommages pour une centrale nucléaire réunissant la bagatelle de six réacteurs.

Il convient donc de mettre en exergue l’une des rares bonnes nouvelles venues, ces derniers jours, de l’horizon nippon : le colmatage d’une fissure par laquelle s’échappaient dans le Pacifique environ 7000 litres par heure d’une eau hautement radioactive. Certes, cet océan est le plus vaste, mais avant que les flots contaminés ne se diluent dans les immensités entre Asie et Amériques, ils auront peut-être infligé des dommages sévères aux zones de pêche et d’aquaculture qui ceinturent l’archipel du Japon. Ce colmatage est donc salutaire, même si d’autres points de fuite ne sont pas à exclure.

Néanmoins, les derniers développements à Fukushima évoquent cette histoire où l’on creuse une fosse pour enfouir des déchets, puis une autre pour faire disparaître la terre extraite pour le trou précédent, et ainsi de suite. Conserver désormais l’eau irradiée — à un taux pouvant dépasser de 200 000 fois le seuil de risque sanitaire — implique d’abord de libérer des cuves spéciales, en évacuant dans la mer des milliers de tonnes d’une autre eau, contaminée « faiblement », mais tout de même…

Or, bien des spécialistes admettent que l’effet à long terme de doses réduites de radioactivité, mais cumulées, n’est pas bien connu. On ne sort pas des incertitudes. Pas davantage pour ce qui concerne l’état exact desdites cuves, et leur résistance à un hypothétique séisme futur.

À défaut d’assurances, on offre aux Japonais de la consolation. Littéralement, les premières indemnités proposées par la firme nucléaire Tepco sont, en effet, appelées « paiements volontaires de consolation ». C’est l’intention qui compte.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Sans issue

Le plus étonnant, le plus inquiétant, c’est le mystère. Comment un homme abandonné dans sa résidence par la quasi-totalité de sa garde politique rapprochée est-il parvenu à résister aux assaillants? Hier matin, pourtant, on ne donnait pas cher de sa peau. C’était la fin finale. Tous les observateurs étaient persuadés que Laurent Gbagbo ne survivrait pas politiquement - et peut-être physiquement - à l’assaut lancé par les forces d’Alassane Ouattara.

Les précédents de l’Histoire laissaient peu de doute sur la rapidité de la victoire des assaillants. Au Burkina voisin, en 1987, le président Thomas Sankara n’avait pas tenu longtemps - à peine quelques heures - quand les hommes de son ancien compagnon de révolution, Blaise Compaoré, avaient décidé de le déloger du pouvoir. On avait retrouvé le jeune, mince et fantasque dirigeant suicidé... Après l’échec des tractations pour le contraindre à l’exil, un destin semblable semblait promis au président sortant ivoirien. La France, certes, avait appelé à lui laisser la vie sauve, mais faute de participer à l’attaque de la demeure, elle a perdu, du même coup, la possibilité de garantir sa promesse. Les hasards du corps à corps, et les aléas d’une résistance acharnée peuvent réserver tant de surprises mortelles n’est-ce pas?

Les images employées par le président élu renvoient à elles seules le degré de férocité - tout à fait réciproque d’ailleurs - qu’il porte à son prédécesseur. Il fallait «le sortir de son trou». Comme on dirait un rat acculé dans un réduit. Et vivant! Une capture, quoi. Sans doute pour mieux l’humilier devant les caméras du monde entier. Si Gbagbo avait gagné, il aurait sans doute infligé une épreuve semblable au vaincu, mais l’idée d’accepter que lui-même doive baisser la garde était impensable: elle l’aurait ramené à l’état de soumission auquel un ancien Premier ministre d’Houphouët-Boigny, un certain... Alassane Outtara, l’avait plongé, jadis, en l’emprisonnant. Jamais! Dans sa tribu bété, un chef meurt les armes à la main...

L’erreur des Occidentaux, et de la France en particulier, c’est de ne pas avoir trouvé, en cinq mois, une porte de sortie honorable au président sortant ivoirien. L’exil, en Afrique du Sud ou ailleurs, qui semble indispensable pour empêcher la cristallisation des rancœurs autour du président déchu, ne peut être suffisant. Il fallait une reconnaissance, une fonction internationale, quelque chose de brillant pour cet homme sensible au prestige. Faute de quoi, il y avait fort peu de chances qu’il parte de lui-même de son palais...

Ce serait faire trop d’honneur à une personnalité peu recommandable qui a sans doute beaucoup de morts et de violence politique sur la conscience? Sûrement, mais une démocratie nouvelle ne se construit pas sans faire un minimum de place au régime «d’avant». C’est le prix de la pacification ivoirienne.

La guerre a cassé l’Europe

La crise libyenne a fait éclater au grand jour les contradictions qui marquent l'Union européenne : en matière de politique industrielle, de relations internationales et d'immigration, l'intérêt national et son corollaire, l'absence de solidarité, prévalent. 

Trois éléments, de nature à détériorer les relations entre la France et l’Italie, donnent matière à réflexion sur les difficultés de l’Union européenne. Un désaccord économique : l’Italie prépare un décret pour éviter que des intérêts français ne prennent le contrôle, au demeurant par des voies tout à fait ordinaires, de ce qu’elle considère comme un fleuron de l’industrie agro-alimentaire italienne, à savoir le géant du lait Parmalat.
Un différent politique dans l’affaire libyenne : les Français, de concert avec les Britanniques, voudraient faire partir Kadhafi quand l’Italie, en raison des bonnes relations de ce dernier avec Berlusconi, cherche par tous les moyens à permettre au dictateur de trouver une sortie honorable et négociée.

Rome plus proche de Moscou que de Paris et Londres

Enfin, une querelle qui touche à l’immigration : les Italiens qui sont, via l’ile de Lampedusa, le point d’entrée de ceux qui, à la faveur notamment de la révolution tunisienne veulent entrer en Europe, s’indignent de l’attitude française consistant à bloquer à la frontière franco-italienne les Tunisiens qui voudraient continuer leur voyage et trouver du travail en France.
La première difficulté est totalement incompatible avec les règles de bon fonctionnement d’un marché unique. La position italienne est donc difficilement acceptable. Mais il faut bien reconnaître qu’elle participe d’une thématique à laquelle les gouvernements ont de plus en plus recours, à savoir le patriotisme économique, érigé en rempart contre les forces du marché.
Les Allemands, un temps avec l’affaire Opel, mais aussi les Français usent volontiers de cet argument que l’Italie retourne aujourd’hui contre la France. Ce sont des guerres stériles qui se jouent le plus souvent au détriment du consommateur européen, même si les mouvements de concentration posent d’incontestables problèmes sociaux. Mais qu’il appartiendrait à l’Europe de poser et de prêter.
La seconde problématique renvoie à la question d’une défense européenne. L’attitude de Rome, qui est plus proche de Moscou que de Paris et Londres est, sur le fond, difficilement admissible. Ce sont des liens particuliers entre Kadhafi et Berlusconi, entre Kadhafi et Poutine qui expliquent en partie la bienveillance de ces deux leaders vis-à-vis du colonel Kadhafi.
Mais surtout l’attitude italienne, et plus encore celle de l’Allemagne, nous rappellent l’année 2003. Comme si nous vivions une sorte de 2003 à l’envers. Cette année-là en effet, la guerre en Irak avait cassé l’Europe. D’un côté Rome, Londres et Madrid avec George Bush. De l’autre, Berlin et Paris qui avaient formé avec Moscou un axe hostile à la guerre. Il faut se souvenir que l’Union européenne a eu beaucoup de mal à effacer cette trace-là.

Ponce Pilate, le modèle des leaders européens

Et nous vivons là un nouveau paradoxe. Le rapprochement, dans une opération militaire placée sous le signe du devoir d’ingérence, donc des valeurs que nous portons, ordonnée autour d’un axe Londres-Paris, est peut-être le signe qu’il devrait être possible de rallier la Grande-Bretagne à l’embryon d’une défense européenne.
Celle-ci est rendue d’autant plus nécessaire que le leadership américain n’est plus ce qu’il était et la différence se fera donc entre ceux des Européens qui vont continuer d’en appeler à ce leadership américain et ceux qui, comme viennent de le faire la France et la Grande-Bretagne, considèrent qu’une autre répartition des rôles, laissant plus d’initiatives à l’Europe, est rendue possible par le relatif recul de ce leadership américain.
Autant l’attitude italienne, au regard de ce que pourraient être les objectifs européens, est donc critiquable s’agissant de la Libye, autant en matière d’immigration, on ne peut qu’être choqué par le peu de solidarité dont elle bénéficie. La situation à Lampedusa illustre en effet une fois de plus une très grave carence européenne.
Chacun sait que l’éventuelle maîtrise des flux migratoires ne peut dépendre que d’une attitude de plus en plus coordonnée et cohérente des différents pays européens concernés. Or qu’a-t-on vu ? Un spectacle insoutenable d’un gouvernement italien laissant pourrir la situation sur place pour mieux justifier, aux yeux de l’opinion, des mesures plus radicales ; et, dans le même temps, des leaders européens qui semblent tous avoir pris modèle sur Ponce Pilate. C’est une situation qui n’est pas acceptable.
On le voit donc à travers ces différents épisodes, qui opposent une fois n’est pas coutume l’Italie et la France, chaque jour qui passe devrait nous convaincre de reprendre vaille que vaille le chemin perdu de l’intégration européenne.

Non au suicide des agriculteurs


Savez-vous que 400 agriculteurs ont mis fin à leurs jours en 2009, soit plus d'une personne par jour ? C'est deux fois plus que la moyenne nationale . Ce scandale se déroulait, jusqu'à présent, dans l'indifférence générale.

La société Saint-Vincent de Paul a organisé, récemment à Rennes, une table ronde sur la solitude en milieu rural. À cette occasion, le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, a lancé un plan contre le suicide des agriculteurs, en cette année où la lutte contre la solitude est grande cause nationale.

Bien sûr, une partie du monde agricole est dynamique et va bien. Mais le désarroi d'une autre partie du monde agricole est immense. On l'ignore. Pire, on l'entretient par toutes sortes de comportements, d'images dévalorisantes, de soupçons, de moqueries envers les enfants d'agriculteurs...

L'isolement des agriculteurs grandit. On les accuse de tous les maux de la terre, en particulier de la pollution. En plus du mépris, on rajoute sur leurs épaules des contraintes qui demandent des investissements longs à amortir, alors que leurs revenus varient brutalement à cause de la fluctuation des cours mondiaux et qu'ils n'ont pas fini de rembourser les investissements précédents. On oublie que beaucoup sont économiquement fragiles.

Souvent plus pauvres, ils sont aussi moins aidés par leur entourage. Hier, le mari et la femme travaillaient souvent ensemble. Aujourd'hui, 75 % des jeunes femmes d'agriculteurs déclarent n'exercer aucune activité dans l'exploitation. « L'agriculteur se retrouve de plus en plus seul », constate le sociologue Jacques Rémy.

Une responsabilité collective

De plus, l'écart se creuse entre le mode de vie des agriculteurs et la manière de vivre générale : être toujours là, attaché à la terre, est difficile dans une société qui a fait des loisirs et du divertissement le passeport de la reconnaissance sociale. À mesure que la société sombre dans l'immédiateté, la noblesse du travail des agriculteurs se voile. On en oublierait presque que le pain que l'on mange chaque jour est « le fruit de la terre et du travail des hommes ».

Comment combattre le sentiment d'échec qui envahit peu à peu certains agriculteurs ?

Il y a « une responsabilité collective, explique François Régis Lenoir agriculteur et psychologue. Il faut détecter les territoires à risque car il existe des zones où les suicides sont contagieux. » Le plan décidé va s'y employer.

Au-delà, il s'agit, selon Bruno Le Maire, de « remettre les agriculteurs au premier plan de la société » en apportant les réponses économiques, sociales et humaines à leur désarroi. Dans le cadre du G20, le gouvernement lutte contre la spéculation qui provoque la volatilité des cours des marchés agricoles. Au niveau européen, il travaille pour que les produits agricoles importés répondent aux mêmes normes que les produits européens, afin d'éviter une concurrence inégale. En France, il plaide pour le juste prix d'achat des denrées agricoles. Sur le plan social et humain, un dispositif d'écoute et d'accompagnement va être mis en place.

Il est aussi un remède à la portée de tous : respecter ceux qui cultivent la terre. « On fait un beau métier. Nous méritons d'être pris en considération », déclarait un agriculteur. Être attentif à leur détresse cachée, y remédier sans attendre, est de la responsabilité de tous.



Cruauté


Les juges de la Cour de révision n’ont pris qu’une poignée de minutes et quelques mots pour renvoyer Dany Leprince en prison – et puis ils sont vite partis, comme des voleurs... Il y a neuf mois, leurs collègues de la chambre d’à-côté avaient rendu sa liberté à Dany Leprince, après seize années derrière les barreaux. Et ils lui avaient donné l’espoir, c’est humain, d’une innocence enfin reconnue. Mais non, la révision n’aura pas lieu, et en prime, Dany Leprince devra remâcher sa déception en prison. Cruauté, ou inconscience ? On plaint le simple juge du rang, soucieux de son métier, qui subissait déjà le souvenir d’Outreau, l’hostilité de notre Président et le manque de moyens. Il devra demain assumer en plus la scandaleuse incohérence de la Cour de révision. Quant aux juges de cette Cour, on leur enverrait volontiers le gorille Georges Brassens – sans cruauté aucune.