TOUT EST DIT

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lundi 14 avril 2014

L'EUROPE NE FAIT PLUS PEUR


La Grèce a fait son retour sur les marchés financiers 
le pays, qui avait été le plus affecté par la crise dite des «dettes souveraines» au point d’ébranler la zone euro elle-même, a de nouveau été capable d’emprunter sur les marchés. Même si la somme était symbolique, trois milliards d’euros, ce retour euphorique (20 milliards de demandes) marque une date. C’est un signal. La zone euro est sortie des turbulences et apparaît de nouveau, aux yeux du reste du monde, comme une zone de stabilité. D’ailleurs, les marchés font preuve d’un appétit renouvelé pour l’ensemble des obligations émises par les pays européens et permettent à ces derniers, notamment la France, mais aussi désormais l’Italie, d’emprunter à des taux avantageux.
La Grèce succède à trois autres pays qui semblaient hier broyés par la crise et qui en sont sortis (l’Irlande) ou sont en train d’en sortir (l’Espagne et le Portugal). On peut aussitôt faire observer que le geste symbolique de la Grèce ne signifie pas que ce pays soit en mesure de régler le problème de son énorme dette, laquelle a paradoxalement augmenté à mesure que son produit intérieur reculait sous l’effet de la violente cure d’austérité pratiquée pendant les cinq dernières années. Le gouvernement Samaras (de centre droit) est ici surtout préoccupé de préparer au mieux les élections locales et surtout européennes. En accréditant l’idée, auprès des Grecs, que la crise est finie.
On peut aussi poser la question du coût social de l’austérité subie par la Grèce, comme d’ailleurs par l’Espagne et le Portugal. Coût très élevé et qui, sur le plan politique, produit partout en Europe la montée des populismes. En Grèce, celle-ci a pris la forme d’un sinistre et authentique mouvement néonazi.
Oui, l’austérité aujourd’hui devrait toucher à son terme. Elle a permis le redressement qui a redonné confiance aux marchés. Mais oui, cette politique a creusé un énorme fossé au sein même de ces sociétés en plongeant des milliers de personnes dans la pauvreté et en aggravant, de façon très spectaculaire, le chômage en même temps qu’elle installait une méfiance grandissante entre les opinions et les institutions européennes. Mais comment faire comprendre à ces mêmes opinions que leur sort aurait été encore plus difficile, voire tragique, si les institutions européennes n’avaient pas fait barrage à la crise, fût-ce au prix de l’austérité ?
Il est significatif que le FMI, qui a d’ordinaire pour réflexe de prescrire l’austérité, s’alarme désormais du creusement des inégalités. Sa directrice générale, Christine Lagarde, a expliqué que certes le mandat du FMI est de restaurer la stabilité financière, mais aussi que les inégalités croissantes sont de nature à mettre en péril cette stabilité. La nouvelle doctrine du FMI tendrait donc à intégrer, et c’est heureux, un nouvel objectif : s’assurer d’une redistribution plus équitable des fruits de la croissance retrouvée.
Car, c’est aussi le FMI qui le dit, nos pays sont bien en train de reprendre le chemin de la croissance, Grèce, Espagne et Portugal compris. Ainsi, la zone euro devrait croître de 1,2 % en 2014 et de 1,5 % en 2015 (avec respectivement 1 % et 1,5 % pour la France ; 0,6 % et 1,2 % pour l’Italie).
Mais à peine un péril paraît-il écarté qu’un autre surgit : celui de la déflation, de la baisse des prix. Donc d’un appauvrissement général. Péril, il est vrai, à portée de tir de la Banque centrale européenne qui, sur ce terrain comme sur d’autres, est décidée à agir.
La grande question reste donc bien sûr le niveau du chômage et la course de vitesse qui se joue, dans plusieurs de nos pays, entre des résultats chèrement acquis, mais lents à se manifester, et l’impatience grandissante des peuples.

jeudi 7 avril 2011

La guerre a cassé l’Europe

La crise libyenne a fait éclater au grand jour les contradictions qui marquent l'Union européenne : en matière de politique industrielle, de relations internationales et d'immigration, l'intérêt national et son corollaire, l'absence de solidarité, prévalent. 

Trois éléments, de nature à détériorer les relations entre la France et l’Italie, donnent matière à réflexion sur les difficultés de l’Union européenne. Un désaccord économique : l’Italie prépare un décret pour éviter que des intérêts français ne prennent le contrôle, au demeurant par des voies tout à fait ordinaires, de ce qu’elle considère comme un fleuron de l’industrie agro-alimentaire italienne, à savoir le géant du lait Parmalat.
Un différent politique dans l’affaire libyenne : les Français, de concert avec les Britanniques, voudraient faire partir Kadhafi quand l’Italie, en raison des bonnes relations de ce dernier avec Berlusconi, cherche par tous les moyens à permettre au dictateur de trouver une sortie honorable et négociée.

Rome plus proche de Moscou que de Paris et Londres

Enfin, une querelle qui touche à l’immigration : les Italiens qui sont, via l’ile de Lampedusa, le point d’entrée de ceux qui, à la faveur notamment de la révolution tunisienne veulent entrer en Europe, s’indignent de l’attitude française consistant à bloquer à la frontière franco-italienne les Tunisiens qui voudraient continuer leur voyage et trouver du travail en France.
La première difficulté est totalement incompatible avec les règles de bon fonctionnement d’un marché unique. La position italienne est donc difficilement acceptable. Mais il faut bien reconnaître qu’elle participe d’une thématique à laquelle les gouvernements ont de plus en plus recours, à savoir le patriotisme économique, érigé en rempart contre les forces du marché.
Les Allemands, un temps avec l’affaire Opel, mais aussi les Français usent volontiers de cet argument que l’Italie retourne aujourd’hui contre la France. Ce sont des guerres stériles qui se jouent le plus souvent au détriment du consommateur européen, même si les mouvements de concentration posent d’incontestables problèmes sociaux. Mais qu’il appartiendrait à l’Europe de poser et de prêter.
La seconde problématique renvoie à la question d’une défense européenne. L’attitude de Rome, qui est plus proche de Moscou que de Paris et Londres est, sur le fond, difficilement admissible. Ce sont des liens particuliers entre Kadhafi et Berlusconi, entre Kadhafi et Poutine qui expliquent en partie la bienveillance de ces deux leaders vis-à-vis du colonel Kadhafi.
Mais surtout l’attitude italienne, et plus encore celle de l’Allemagne, nous rappellent l’année 2003. Comme si nous vivions une sorte de 2003 à l’envers. Cette année-là en effet, la guerre en Irak avait cassé l’Europe. D’un côté Rome, Londres et Madrid avec George Bush. De l’autre, Berlin et Paris qui avaient formé avec Moscou un axe hostile à la guerre. Il faut se souvenir que l’Union européenne a eu beaucoup de mal à effacer cette trace-là.

Ponce Pilate, le modèle des leaders européens

Et nous vivons là un nouveau paradoxe. Le rapprochement, dans une opération militaire placée sous le signe du devoir d’ingérence, donc des valeurs que nous portons, ordonnée autour d’un axe Londres-Paris, est peut-être le signe qu’il devrait être possible de rallier la Grande-Bretagne à l’embryon d’une défense européenne.
Celle-ci est rendue d’autant plus nécessaire que le leadership américain n’est plus ce qu’il était et la différence se fera donc entre ceux des Européens qui vont continuer d’en appeler à ce leadership américain et ceux qui, comme viennent de le faire la France et la Grande-Bretagne, considèrent qu’une autre répartition des rôles, laissant plus d’initiatives à l’Europe, est rendue possible par le relatif recul de ce leadership américain.
Autant l’attitude italienne, au regard de ce que pourraient être les objectifs européens, est donc critiquable s’agissant de la Libye, autant en matière d’immigration, on ne peut qu’être choqué par le peu de solidarité dont elle bénéficie. La situation à Lampedusa illustre en effet une fois de plus une très grave carence européenne.
Chacun sait que l’éventuelle maîtrise des flux migratoires ne peut dépendre que d’une attitude de plus en plus coordonnée et cohérente des différents pays européens concernés. Or qu’a-t-on vu ? Un spectacle insoutenable d’un gouvernement italien laissant pourrir la situation sur place pour mieux justifier, aux yeux de l’opinion, des mesures plus radicales ; et, dans le même temps, des leaders européens qui semblent tous avoir pris modèle sur Ponce Pilate. C’est une situation qui n’est pas acceptable.
On le voit donc à travers ces différents épisodes, qui opposent une fois n’est pas coutume l’Italie et la France, chaque jour qui passe devrait nous convaincre de reprendre vaille que vaille le chemin perdu de l’intégration européenne.