TOUT EST DIT

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jeudi 22 juillet 2010

Roms : le défi républicain


« Nous avons devant nous dix ans de rigueur pour résorber la dette »

Comment jugez-vous la situation des finances publiques de la France ? Cette dimension va-t-elle prendre une part importante dans les nouvelles propositions de la Commission pour la libération de la croissance ?

Oui. Ce sera très important. La situation est très grave. Dans notre précédent rapport, nous recommandions déjà de ramener la dette publique à 60 % de PIB en 2013, avec une série d'économies budgétaires à la clef. Mais ces préconisations n'ont malheureusement pas été mises en oeuvre et il faut désormais s'attendre à voir, si rien n'est fait, la dette atteindre 90 % de PIB en 2013 et dépasser 100 % en 2020, si ce n'est pas 120 %. La maîtrise des finances publiques sera donc l'une des trois priorités de notre nouveau rapport qui sera prêt fin août-début septembre, avec la problématique de l'éducation et de l'emploi, ainsi que les investissements d'avenir. Il y aura en tout une trentaine de propositions. Nous voulons définir le programme commun minimum qui devra être appliqué, quoi qu'il arrive, sans interruption pendant les dix ans qui viennent et quelle que soit la couleur politique des présidents de la République.

Quel doit être l'objectif en matière de dette ?

Il faut stabiliser la dette à l'horizon 2013, c'est une première étape, et la ramener ensuite vers 60 % de PIB d'ici à 2020. Cela nécessite des efforts gigantesques, et qui sont incontournables car les risques en cas d'inaction seraient immenses. Les marchés nous menacent notamment d'augmenter les taux d'intérêt. Le redressement des finances publiques est devenu aujourd'hui une condition du retour de la croissance. C'est la dette qui est un frein. Le mécanisme keynésien ne fonctionne plus à ces niveaux de déficit. Dans l'inconscient du pays, on sent que l'on n'est pas à l'abri de ce qui est arrivé à la Grèce. Nous avons devant nous non pas trois ans de rigueur mais dix. Il faut une mobilisation générale du pays. Sinon, nous courons à la catastrophe.

Cela ne risque-t-il tout de même pas de freiner la croissance ?

Non. Et nous n'allons pas être la commission de l'austérité qui proposera une politique de déflation comme Pierre Laval en 1934 ! Il ne s'agit pas de faire n'importe quoi. Il faut, à la fois, trouver un maximum d'économies sur la dépense sans pénaliser l'activité et investir pour muscler la croissance. Nous ne sommes pas des « déclinophiles ». La France et l'Europe sont très riches, très puissantes et dotées de grands atouts. Il ne s'agit pas de sortir du déclin mais de ne pas y tomber.

Quelle est l'ampleur des économies à réaliser ?

Si la croissance atteint 2,5 % par an entre 2011 et 2013, il faut trouver environ 20 milliards d'euros d'économies et de recettes nouvelles chaque année pour revenir à 3 % de déficit en 2013. Mais si on ne réalise que 1,5 %, ce qui est proche de la croissance potentielle du pays actuelle, il faudra trouver le double, soit un effort de 30 milliards par an uniquement pour stabiliser la dette. Et n'oublions pas qu'il faudra ensuite continuer, au-delà de 2013, au rythme de 20 milliards par an pour la diminuer. La commission n'a pas encore tranché sur le taux de croissance à retenir. Se fonder sur des hypothèses prudentes et raisonnables paraîtrait pour le moins pertinent au vu du contexte : 2 % semble malheureusement un maximum, pour 2011 au moins.

Faut-il augmenter massivement les impôts ?

Non, il faut d'abord agir en priorité par la réduction des dépenses, et compléter cette action par les recettes. J'insiste sur la nécessité d'avoir toujours à l'esprit la justice sociale. Il faut une rigueur socialement juste. Donc, aussi, une action sur les recettes pour remplacer des recettes injustes par des recettes justes.

Cela passe par exemple par une mise sous condition de ressource de l'ensemble des prestations sociales et allocations ?

C'est en effet une hypothèse sur laquelle nous travaillons. La commission avait déjà préconisé la mise sous condition de ressource des allocations familiales dans son dernier rapport, et cette proposition sera certainement reformulée, et sans doute généralisée.

Quid du bouclier fiscal, systématiquement dénoncé par la gauche au nom de la justice sociale ?

On peut imaginer de le supprimer, peut-être en même temps que l'ISF, en compensant cela par une hausse de l'impôt sur le revenu pour les plus aisés et un relèvement de l'impôt sur les successions. Cela fait partie de nos multiples sujets en débat.

Plus globalement, vous défendez une « fiscalité de croissance ». Qu'entendez-vous par cette expression ?

Il faut transformer notre fiscalité archaïque, à prélèvements obligatoires constants, pour favoriser davantage l'activité. Cela veut dire taxer davantage le foncier et moins l'innovation et la création de richesse. Cela veut dire accroître la fiscalité environnementale, via la création d'une taxe sur le carbone ajouté (TCA), car la France doit rattraper son retard. Cela peut aussi signifier une plus grande progressivité de l'impôt.

Faut-il relever la TVA, comme le préconisent certains ?

Nous n'avons pas encore fait notre religion sur la TVA. Une hausse aurait un impact négatif fort sur la consommation et la croissance, mais c'est aussi le cas pour la dette.

L'idée du gouvernement de raboter toutes les niches fiscales de 10 % est-elle pertinente ?

Il est pertinent de réduire les niches mais nous travaillons plutôt sur l'abaissement ou la suppression de celles qui ont le moins d'effet sur la croissance et qui sont le plus injustes. Il faut privilégier une politique ciblée.
Le programme de stabilité français, qui prévoit le retour du déficit à 3 % de PIB en 2013, est-il crédible ?

Il le sera à deux conditions : que la croissance soit au rendez-vous et que le gouvernement affiche dès aujourd'hui les économies chiffrées à réaliser sur trois ans, si la croissance n'est pas au rendez-vous. Pour l'heure, il a détaillé des mesures pour 2011 en faisant l'hypothèse, volontariste, d'un taux de croissance de 2,5 %. Mais il faut le faire aussi pour 2012 et 2013. C'est un exercice très difficile à l'approche d'une échéance présidentielle, car il y aura forcément des mesures impopulaires.

Que préconisez-vous à l'échelon européen ?

Le moteur européen est indispensable pour libérer la croissance. Cela peut passer, entre autres, par une ambition commune franco-allemande, une action renforcée de la Banque européenne d'investissement et par la mise en oeuvre de bons du Trésor européen.

Comment redresser le marché de l'emploi ?

Le taux de chômage est de 15 à 20 % chez les jeunes et de 30 à 40 % pour les jeunes des banlieues. Cela ne peut pas durer. Nous réfléchissons à la mise en place d'un contrat de travail moins morcelé, à l'évolution de la formation professionnelle et de l'alternance ou encore à l'accompagnement des chômeurs. Il faut considérer la situation des chercheurs d'emploi comme une activité méritant rémunération sous forme d'un « contrat d'évolution ».
PROPOS RECUEILLIS PAR ÉTIENNE LEFEBVRE ET FRÉDÉRIC SCHAEFFER, Les Echos

Belmondo est-il victime d'abus de faiblesse?

Des enregistrements téléphoniques portent à croire que l'acteur serait manipulé par sa compagne Barbara Gandolfi.


Jean-Paul Belmondo est-il manipulé par sa compagne, Barbara Gandolfi? Pour l'avocat de Natty, son ex-femme et de leur fille Stella, Me Jérôme Boursican, l'acteur est victime d'un abus de faiblesse. Retour sur l'affaire: Jean-Paul Belmondo a été entendu comme témoin à Paris à la demande de la justice belge et sur commission rogatoire internationale le 22 juin dernier. Il y a écouté des enregistrements de conversations téléphoniques entre sa compagne et l'ex-mari de cette dernière, Frederic Vanderwilt, qui réside en Belgique. RTL s'est procuré les procès verbaux de cette audition, qui "indiquent qu'elle se livre à la prostitution et qu'elle manipule l'acteur". Certains extraits sont accablants: "Combien ça rapporterait de se faire un Belmondo par an?" demande Barbara Gandolfi à son ex-mari lors d'une conversation téléphonique le 25 avril 2009.

"Combien ça rapporterait de se faire un Belmondo par an?"

De son côté, l'avocat de Barbara Gandolfi et de son ex-époux, Sven Mary, dénonce "une véritable chasse aux sorcières". "Les policiers n'ont cessé de le pousser à porter plainte contre Barbara Gandolfi", expliquait le conseil au quotidien belge La Dernière Heure le 2 juillet.


L'enquête a démarré il y a trois ans. Le parquet de Bruges s'intéresse alors à des flux financiers présumés suspects sur les comptes des sociétés de l'ex-mari de Barbara Gandolfi, à Dubaï notamment. Les enquêteurs belges soupçonnent Barbara Gandolfi d'avoir utilisé Jean-Paul Belmondo dans ce cadre. L'année dernière, ils s'étaient concentrés sur un éventuel prêt, ou une promesse de prêt, de 200 000 euros que l'acteur aurait pu consentir à la jeune femme, ex-modèle de Playboy. L'avocat de Jean-Paul Belmondo avait à l'époque estimé que son client n'avait "rien à reprocher" à la jeune femme.

Finalement, Jean-Paul Belmondo à renoncé à porter plainte contre sa compagne, mais envisage de déposer plainte contre les enquêteurs.






La Russie frappée par une sécheresse sans précédent



Philippe Courroye assure n'obéir à aucune pression

Le procureur de Nanterre Philippe Courroye explique, dans une interview au Figaro publiée jeudi 22 juillet, qu'il n'est pas "un homme à céder aux pressions" dans le traitement de l'affaire Bettencourt. "Si une information doit être ouverte, elle le sera. Si des poursuites devant le tribunal doivent être engagées, elles le seront. Si un classement doit intervenir, il sera prononcé", assure-t-il au cours d'un entretien où il défend point par point les procédures qu'il a engagées dans l'affaire Bettencourt, soumises à polémique.
Philippe Courroye n'a cependant pas souhaité justifier son refus de transmettre à sa rivale Isabelle Prevost-Desprez, juge d'instruction au tribunal de Nanterre, les enregistrements clandestins de la vie privée de Liliane Bettencourt dans le cadre d'un supplément d'information mené par la juge.

"INDIGNITÉ EXTRÊME"

Selon lui, ces écoutes sont "une très grave entorse au principe de la loyauté de la preuve, (...) un procédé d'une illicité et d'une indignité extrêmes", pouvant conduire à "une société où, demain, n'importe qui s'arrangera pour faire sonoriser le bureau ou le domicile d'un avocat, d'un chef d'entreprise, d'un journaliste, d'un magistrat puis rendra publics ces enregistrements".

Publiées par le site Mediapart, les retranscriptions des conversations enregistrées en cachette par le majordome de Liliane Bettencourt ont notamment permis de mettre en cause l'actuel ministre du travail, Eric Woerth, sur des questions de conflit d'intérêts et de renvoi d'ascenseur liées à la situation fiscale de l'héritière du groupe L'Oréal.

PAS ASSEZ D'ÉLÉMENTS CONTRE FRANÇOIS-MARIE BANIER

Le procureur affirme par ailleurs n'avoir obéi à aucune pression en ordonnant le classement en septembre 2008 de la plainte pour abus de faiblesse déposée par la fille de Liliane Bettencourt, Françoise Bettencourt-Meyers, contre François-Marie Banier, bénéficiaire des largesses de la milliardaire. Il explique qu'il n'y avait alors pas suffisamment d'éléments pour envoyer M. Banier devant le tribunal correctionnel.

"Pour dire qu'il y avait abus de faiblesse dans ce dossier, il fallait prouver que Liliane Bettencourt souffrait d'une altération de ses facultés physiques ou psychiques sur toute la période des dons visés par la plainte, soit depuis plus de dix ans", détaille-t-il. "Or, elle a refusé de se soumettre aux expertises diligentées par le parquet, de même qu'à celle ordonnée par la 15e chambre du tribunal. On peut le regretter mais c'était son droit", fait-il valoir.


À lire : le récapitulatif des enquêtes en cours dans l'affaire Woerth-Bettencourt


"Il a traîné"

L'avocat de Françoise Meyers-Bettencourt, Me Olivier Metzner, a estimé jeudi sur RTL que le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, n'agissait pas de façon indépendante dans la procédure judiciaire entourant Liliane Bettencourt, mère de sa cliente et héritière du groupe L'Oréal.

"Pendant 18 mois, il a pensé que la plainte [de Françoise Meyers-Bettencourt pour abus de faiblesse] était recevable et puis d'un coup, après un rendez-vous avec Patrick Ouart [ancien conseiller pour la justice de Nicolas Sarkozy], il a changé d'avis, il a traîné", a expliqué Olivier Metzner.

L'avocat a enchaîné en critiquant l'attitude du chef de l'Etat sur le dossier : "Le président de la République avait déjà démontré dans l'affaire Clearstream son immixtion permanente dans la justice et là, à nouveau, on voit qu'un président prendrait la place des magistrats".

"Il avait déjà jugé pour Dominique de Villepin et là il semble, parce que je n'ai pas d'éléments matériels, qu'il intervienne au travers de Patrick Ouart", a poursuivi Me Metzner, qui avait défendu M. de Villepin lors de l'affaire Clearstream.


Apple, entreprise du XXI e siècle


En 1983, Steve Jobs contacte le président de Pepsico, John Sculley, pour lui proposer le poste de PDG d'Apple, entreprise déjà célèbre mais bien plus modeste que le géant de l'agroalimentaire. « Voulez-vous passer le reste de votre vie à vendre de l'eau sucrée ou voulez vous avoir une chance de changer le monde ? », lui demande-t-il ?

Presque trente ans plus tard, la prophétie s'est réalisée, sans le Sculley en question, mais toujours avec Steve Jobs. Apple a effectivement changé le monde, par ses produits bien sûr, mais aussi par sa manière de faire des affaires. Elle est en quelque sorte le parangon de l'entreprise de ce début de XXI e siècle, comme le furent ses compatriotes Ford vers 1930, General Motors en 1950 ou General Electric en 1990, l'exemple à suivre.

Sur le plan des produits, Apple, on le sait, est l'entreprise qui a démocratisé le numérique et l'Internet mobile . Entamée en 2001 par l'iPod, cette révolution des usages trouve sa source dans une capacité d'innovation hors du commun.

Celle-ci s'est appuyée sur un modèle en rupture totale, combinant une intégration unique de l'offre au consommateur - matériel, logiciel et service sont maison -, avec une désintégration de la chaîne de la valeur. L'entreprise s'est réfugiée aux deux extrémités du spectre : la conception et le marketing d'un côté, la vente et le contact client de l'autre. Tout ce qui est au milieu, production et logistique, est sous-traité, essentiellement en Chine.

Ce modèle redoutablement efficace présente néanmoins un inconvénient majeur, du moins pour la société. La firme emploie 25.000 personnes aux Etats-Unis, dont la moitié dans ses magasins, et en fait travailler dix fois plus en Chine chez son principal sous-traitant. A titre de comparaison, son concurrent finlandais Nokia, resté peut-être pour son malheur une entreprise du XX e siècle, emploie, pour un chiffre d'affaires équivalent, cinq fois plus de personnes dans le monde dont la moitié en Europe.

Un tel déséquilibre fait d'Apple un bien piètre contributeur à l'emploi américain, alors qu'il y réalise la moitié de ses ventes. De nombreuses voix, comme celle d'Andy Grove, l'ancien patron d'Intel, commencent à s'en offusquer. L'Amérique, dit-il, y perd non seulement ses emplois, mais aussi ses compétences. La leçon vaut pour l'Europe.

L'entreprise du XXI e siècle doit donc encore trouver son modèle de responsabilité sociale. Car, si les plantureux profits d'aujourd'hui ne sont plus les emplois de demain, il n'est pas sûr qu'en ces temps de crise, les consommateurs et/ou les citoyens supportent longtemps ces comportements de passagers clandestins de la mondialisation.

Avec le lancement de l'iPad, Apple réalise le meilleur trimestre de son histoire

Le groupe californien est en passe de devenir la première société technologique au monde, en termes de revenus, avec la publication d'un chiffre d'affaires trimestriel de 15,7 milliards de dollars. La nouvelle tablette tactile, l'iPad, vendue à plus de 3 millions d'exemplaires, a largement contribué à la réalisation de ces performances en apportant 14 % des revenus.
Les chiffres commencent à donner le tournis. Au troisième trimestre de l'exercice fiscal 2009-2010 (clos le 30 septembre), Apple a vu son chiffre d'affaires s'élever à 15,7 milliards de dollars, soit une hausse de 61 % par rapport à l'an dernier. C'est tout simplement le meilleur trimestre jamais réalisé par la société, période de fêtes comprise. Steve Jobs n'a pas manqué de qualifier, dans un communiqué, ces performances de « phénoménales », dépassant largement les attentes du groupe.

La firme à la pomme serait en passe de devenir le premier groupe technologique au monde en termes de revenus, devant Microsoft. Sur la même période, le géant du logiciel, qui publie ses résultats ce soir, aurait enregistré un chiffre d'affaires de 15,3 milliards de dollars, selon les estimations du consensus des analystes financiers. Tout un symbole...

Le lancement de l'iPad a largement contribué à cette performance. La tablette tactile, dont la commercialisation a débuté le 3 avril aux Etats-Unis puis le 28 mai dans 10 autres pays, dont la France, s'est écoulée à 3,3 millions d'exemplaires au cours du trimestre. Sur la période, il s'est ainsi vendu quasiment autant d'iPad que de Mac (3,5 millions d'unités), alors que les ventes d'ordinateurs ont elles-même bondi de 33 % en un an, en volume. « Il n'y a donc pas de cannibalisation entre les différents produits, remarque Carolina Milanesi, analyste chez Gartner. Au contraire, les utilisateurs se convertissent progressivement à l'ensemble de l'écosystème Apple. »


Toujours plus

Le chiffre d'affaires généré par l'iPad s'élève à 2,2 milliards de dollars, soit plus que celui issu des ventes d'iPod (1,5 milliard). Le succès de la nouvelle tablette devrait s'amplifier dans les prochains mois, puisqu'elle sera commercialisée dans 9 pays supplémentaires à partir de vendredi, et que les concurrents d'Apple n'ont pas encore sorti leurs propres produits. Mardi, le cabinet de recherche iSuppli a ainsi revu à la hausse ses estimations de ventes pour l'iPad à 12,9 millions en 2010, contre 7,1 millions initialement. Le volume pourrait grimper à 36,5 millions l'an prochain, puis à 50,4 millions en 2012.

L'iPhone a confirmé son statut de « vache à lait » pour le groupe. Les ventes du « smartphone », écoulé à 8,4 millions d'exemplaires, ont représenté un tiers du chiffre d'affaires global du trimestre. Les revenus ont certes reculé de 2 % par rapport au trimestre précédent (janvier-avril). La sortie de l'iPhone 4, le 24 juin, aurait incité certains utilisateurs à reporter leur achat. Mais les ventes devraient repartir à la hausse dès ce trimestre, compte tenu du bon démarrage de l'iPhone 4 malgré le problème d'antenne reconnu par le groupe. Les analystes financiers ne doutent pas, dans ces conditions, que le géant californien ne dépasse à nouveau son objectif d'un chiffre d'affaires de 18 milliards de dollars de juillet à septembre. Les bonnes performances commerciales se sont traduites dans les comptes, ce trimestre, par un bond de 78 % du bénéfice net, à 3,25 milliards de dollars. Apple a également généré plus de 4 milliards de cash. La firme à la pomme dispose désormais d'une trésorerie supérieure à 45 milliards. Bon nombre d'observateurs s'interrogent encore sur l'utilisation qui en sera faite...

ROMAIN GUEUGNEAU

Démonstration de force


Jadis, Alphonse Allais suggérait de déplacer les villes à la campagne. Sans soupçonner que l’air pur de nos contrées puisse être troublé par ce que l’univers concentrationnaire peut produire de pire. En 40 ans, elle a couru, couru la banlieue, gagnant la province, charriant ses malaises et surprenant nos gouvernants qui n’ont pas su prévoir.

Grenoble, entre Vercors et Chartreuse, est devenu le terreau d’un nouveau banditisme de ghetto. Et quand les violences dites urbaines gagnent le Loir-et-Cher, paradigme de la ruralité, c’est que l’échec de la politique de la ville a contaminé tout le territoire. Face aux accusations d’impuissance venues de gauche et inspirées par les scènes du quartier de La Villeneuve ou la révolte des gens du voyage dans la riante vallée du Cher, Nicolas Sarkozy se fait martial. Naguère, il promettait de nettoyer les cités au Kärcher. Aujourd’hui, il déclare la “guerre aux délinquants”.

Dans son nouvel arsenal, le président a débarqué le préfet de l’Isère, nommant un grand flic à sa place. Comme en Seine-Saint-Denis. 3-8 et 9-3 : même stratégie de combat. Le clivage gauche-droite retrouve sa ligne de démarcation : répression contre prévention. Le PS réclame un Grenelle de la sécurité que Brice Hortefeux fustige : “Pas besoin de colloques, mais de la fermeté”. Quid du plan banlieue de Fadela Amara ? Trop tard pour un plan Marshall. A deux ans de la présidentielle, on est sur le pied de guerre.



Antoine CHANDELLIER

Tourisme, nature et culture

Parions qu'on ne parlera guère d'un centenaire et d'un cinquantenaire pourtant sagement inscrits au menu de nos célébrations nationales pour 2010. Pourtant, y réfléchir ne serait pas inutile, dans notre France en panne.

Une loi du 8 avril 1910 avait créé un Office national du tourisme, qui aida notamment à installer partout des syndicats d'initiative. De Belle Époque en Années folles, il a bien aidé l'élite bourgeoise à s'informer des capacités d'accueil et des sites pittoresques. Mais, incapable de gérer le choc du tourisme de masse et des congés payés, il a été supprimé, dès l'été 1936, par le Front populaire. Depuis lors, l'activité touristique a été livrée au marché et à l'initiative locale.

Au plan gouvernemental, l'Industrie et le Commerce, puis l'Économie et l'Industrie ont gardé la haute main sur une activité appréciée surtout pour ses rentrées fiscales, sans pour autant savoir accroître la productivité du secteur : la France reste la première destination touristique de la planète (environ 80 millions de visiteurs étrangers chaque année, sans compter l'industrie vacancière des Français eux-mêmes), mais ses recettes touristiques ne sont qu'au troisième rang mondial et ne s'élèvent qu'à 35 milliards d'euros et 7 % du PIB.

À l'évidence, cette gestion comptable et économique ne favorise pas assez le développement touristique qui, pourtant, pourrait devenir une ressource majeure et, enfin, une fierté nationale dans les décennies à venir qui s'annoncent de vaches maigres. Pourquoi ? Parce qu'en ce pays phare, le touristique et le culturel sont trop déconnectés.

La France a pourtant, on le sait, d'exceptionnelles possibilités de raccord. À preuve, pour le tourisme écolo et savant, si prisé aujourd'hui, ses parcs nationaux, institués par une loi, aujourd'hui cinquantenaire, du 22 juillet 1960 qui fut d'une belle hardiesse, à la fois pour l'environnement, l'aménagement du territoire et le développement économique des zones concernées.

Du parc national de la Vanoise, créé en 1963, à celui de La Réunion, en 2007, et en attendant celui des Calanques, près de Marseille, nos neuf parcs, gérés par l'Agriculture puis l'Environnement, ont protégé des réserves intégrales destinées aux scientifiques, livré une zone centrale à un public initié à la protection de la nature. Mais ils n'ont pas toujours pu dynamiser leurs zones périphériques où l'activité touristique pouvait se développer grâce à eux.

À dire vrai, on constate partout, malgré les efforts des collectivités locales, les méfaits du divorce ¯ cinquantenaire lui aussi ¯ entre le tourisme activité économique et le tourisme loisir culturel. Sachons que, jamais, le ministère de la Culture, depuis Malraux, n'a eu à connaître du tourisme. Jamais la puissance publique, qui gère pourtant ces patrimoines inépuisables et majeurs que la nation met à la disposition de tous, n'a pu affronter les marchands, seuls maîtres des circuits et de la logistique. Jamais elle n'a pu leur prouver vraiment que leur tourisme de packaging devait être aussi un outil d'éducation populaire, un levier pour l'épanouissement personnel et familial.

Si la France voulait, un jour, réfléchir à cela, elle pourrait tirer meilleur profit de ses immenses richesses culturelles et, mieux encore, elle persévèrerait dans sa vieille vocation civilisatrice.



(*) Historien, fait reparaître, en septembre, La France perd la mémoire (Tempus).
Jean-Pierre Rioux (*)

mercredi 21 juillet 2010

L'Assemblée nationale valide, en commission, la fin de la retraite à 60 ans

'Assemblée nationale a validé en commission, mercredi 21 juillet, la mesure phare du projet de loi sur la réforme des retraites, qui recule de 60 à 62 ans l'âge légal de départ en retraite, à l'horizon 2018.

Dans sa réforme, le gouvernement veut porter l'âge légal de départ en retraite à 62 ans en 2018, en l'augmentant chaque année de quatre mois à partir de la génération 1951. Le ministre du travail, Eric Woerth, a catégoriquement exclu toute modification de ce volet du texte : "On a choisi de ne pas aller plus loin que 62 ans mais d'aller plus vite" dans le temps, a-t-il lancé en commission, selon une députée de gauche.
LES DÉPUTÉS EXAMINENT LE PASSAGE PROGRESSIF DE 65 À 67 ANS

Pierre angulaire de la réforme, c'est aussi la mesure la plus contestée par les syndicats (à l'exception de la CFE-CGC) et la gauche. L'âge légal de départ en retraite est fixé à 60 ans depuis 1983. Il avait alors été abaissé de cinq ans lors du premier septennat du président socialiste François Mitterrand.

Les députés examinaient en milieu d'après-midi le passage progressif (de 2016 à 2023) de 65 à 67 ans pour bénéficier d'une retraite à taux plein (pension sans décote, quel que soit le nombre d'annuités).

Les privilégiés et les autres


Impôt sur la fortune : davantage de redevables en 2010

Le produit de l'impôt de solidarité sur la fortune est en hausse cette année, selon un premier bilan du ministère du Budget. Plus de 1 milliard d' euros ont été investis dans les PME.
562.000 déclarations imposables à l'impôt de solidarité sur la fortune ont été recensées début juillet, contre 539.000 à la même date en 2009, selon un premier bilan de la campagne 2010 communiqué par le ministère du Budget. Le produit de l'ISF est, lui aussi, en augmentation, et s'élève à 3,29 milliards d'euros, contre 3,13 milliards l'an dernier à la même époque.

Les réductions d'impôts prévues par la loi Tepa (travail, emploi et pouvoir d'achat) progressent avec 140.043 déclarations pour investissement dans une PME ou don à des organismes d'intérêt général, contre 102.000 en 2009. Ces allégements génèrent 838 millions de baisses d'impôt, contre 718 millions en 2009. Ainsi, plus de 1,1 milliard d'euros ont été investis dans les PME par ce biais, souligne le ministère du Budget. Ces premiers résultats devront être confirmés par des statistiques exhaustives et définitives qui seront établies début 2011.

Le produit et le nombre de redevables à l'ISF a quasiment doublé entre 1997 et 2007. Mais en raison de la crise, dès 2008 son produit s'était réduit de 9 %.

Sarkozy plaide pour une convergence fiscale franco-allemande

Le Conseil des ministres de mercredi s'est déroulé pour la première fois sous la Ve République en présence du ministre allemand des Finances. Nicolas sarkozy a insisté sur le rôle du couple franco-allemand dans la stabilité économique et financière de l'Europe.

Nicolas Sarkozy a plaidé mercredi 21 juillet en Conseil des ministres pour "une nécessaire convergence fiscale" entre Paris et Berlin aussi bien pour la fiscalité des entreprises que pour celle des particuliers, selon une déclaration communiquée à la presse.

Le chef de l'Etat a souhaité que les gouvernements français et allemand "soient ensemble en mesure de prendre des décisions pour aller vers la nécessaire convergence fiscale tant dans le domaine de la fiscalité des entreprises que dans celui de la fiscalité des particuliers". Dans ce but, il propose "qu'un état des lieux comparatif des systèmes fiscaux français et allemand soit réalisé". Il "sera confié à la Cour des Comptes en France et à un organisme équivalent en Allemagne".

Le président de la République a jugé que "le niveau de prélèvements obligatoires est proche en Allemagne et en France avec respectivement 39,5% et 42,8% du PIB en 2008". "Mais ces chiffres globaux recouvrent des réalités différentes. Or la convergence entre nos systèmes fiscaux est un élément essentiel de notre intégration économique et de l'approfondissement du marché intérieur en Europe", a estimé Nicolas Sarkozy.

Le Conseil des ministres se déroulait pour la première fois sous la Ve République en présence du ministre allemand des Finances, en l'occurrence Wolfgang Schäuble, un pro-européen apôtre de la rigueur budgétaire. "Nous sommes ensemble particulièrement conscients de nos responsabilités. Il ne peut y avoir de divergences entre la France et l'Allemagne", a également affirmé le chef de l'Etat, alors que la relation franco-allemande a connu de nombreux à-coups ces dernières semaines.

La difficile mise en place du plan de soutien à l'euro a été perçue en Allemagne comme un coup de force français, alors qu'à Paris et dans de nombreux pays européens, les atermoiements allemands sur la réponse à donner à la crise grecque avaient profondément irrité.

"Ensemble, nous devons faire des propositions communes pour le renforcement du gouvernement économique de l'Europe et de la cohésion de l'Union économique et monétaire", a dit Nicolas Sarkozy. "Ces recommandations, a-t-il fait valoir, nous devons nous les appliquer à nous-mêmes. Il est donc essentiel qu'ensemble nous mettions en oeuvre les réformes structurelles et les politiques de compétitivité nécessaires pour retrouver un haut niveau de croissance et les politiques de redressement de nos finances publiques indispensables à une croissance soutenue".

"La crise que nous avons traversée en Europe a montré que la stabilité de l'Europe repose sur le couple franco-allemand. Nos deux pays représentent à eux seuls 49% du PIB de la zone euro. Notre croissance est donc un élément essentiel pour le dynamisme de l'euro", a-t-il aussi affirmé. "L'interdépendance économique, commerciale, industrielle et financière de la France et de l'Allemagne est particulièrement forte"
, a aussi rappelé le chef de l'Etat, avec 113,2 milliards d'euros d'échanges entre les deux pays.

Vers la fin du sida ?

Ceux qui ont eu vingt ans dans les années 1980 se souviennent d'une maladie partie des communautés gays des Etats-Unis. Un virus mutant, insaisissable, qui faisait s'effondrer les défenses immunitaires et qui tuait quasi systématiquement ses jeunes cibles après de terribles épisodes infectieux. Un cauchemar épouvantable.

La 18 e Conférence mondiale sur le sida se tient ces jours-ci à Vienne pour faire le point sur les recherches préventives et curatives. Contrairement aux espoirs initiaux, il n'a pas été possible de mettre au point un vaccin. Les recherches se poursuivent, mais rien ne dit qu'elles déboucheront rapidement. Cependant, le nombre de personnes infectées dans le monde tend à se stabiliser : il a explosé de 1990 à 2000, passant de 7 à 28 millions de malades, mais n'a crû que de 28 à 34 millions de 2000 à aujourd'hui. La courbe se stabilise dernièrement autour de ce palier. Cette stabilisation est due à deux facteurs : d'une part, la prévention, et notamment les campagnes en faveur du préservatif qui demeure l'arme la plus efficace et la moins coûteuse contre la transmission de la maladie. D'autre part, les fameuses trithérapies qui n'éliminent pas totalement le virus mais transforment cette maladie létale en maladie chronique et qui parviennent à réduire la charge virale à un niveau qui empêche sa transmission. L'intense mobilisation scientifique et politique mondiale a donc obtenu un double succès : à condition de disposer des molécules thérapeutiques modernes, le virus ne tue plus et il n'est plus transmissible. Sous cette condition, les experts estiment qu'il pourrait être éradiqué d'ici à trois à quatre décennies.

Le problème est que cette bonne nouvelle en cache deux mauvaises. D'abord, le succès des trithérapies a tendance à susciter des comportements négligents sur le plan préventif. Ensuite, et surtout, le coût des médicaments est un obstacle majeur à leur diffusion dans les pays pauvres, où 20 à 30 % seulement des malades ont accès aux trithérapies. La psychologie des comportements et la crise économique pourraient donc entraver les effets des progrès scientifiques.

L'homme face à l'écran

Beaucoup d'entre nous ont désormais pris l'habitude de caresser leur téléphone pour lui donner des ordres : obtenir une information, composer un numéro, répondre à un message. Avant la fin de l'année, on pourra communiquer avec son écran par simple geste : attraper un ballon virtuel, éviter un obstacle, ouvrir une porte. Bien sûr, ce n'est qu'un jeu, celui que Microsoft nous annonce depuis un an comme une révolution.

La révolution, ce serait que le géant du logiciel nous surprenne enfin par son talent d'innovateur, lui qui nous a récemment plutôt habitués à des déconvenues technologiques et commerciales aux noms étranges, Vista, Zune, Kin.

Souhaitons un meilleur avenir à Kinect, ce petit boîtier supposé revivifier les ventes de sa console de jeux vidéo. Ses chances apparaissent cette fois supérieures. Loin de singer un appareil de la concurrence, il introduit un concept puissant qui s'inscrit dans une tendance fondamentale qui devrait nous occuper largement pour les vingt ans qui viennent : celui de l'interface entre l'homme et la machine, matérialisée par l'écran.

Le monde du numérique, au sens large, est en train de se recomposer par les extrémités. A un bout, l'architecture des réseaux, avec la mise en relation de puissance de calcul centralisée ou disséminée, de plus en plus invisible pour l'utilisateur, de plus en plus puissante pour l'exploitant.

A l'autre bout se développent des interfaces de communication, qui sont elles aussi en train de s'effacer, ou plutôt de se fondre dans notre environnement quotidien. L'écran qui nous fait face s'anime en trois dimensions, reproduit la réalité qui nous entoure, se commande au geste et à la voix.

Que va-t-on bien faire de tout cela ? C'est déjà la question que se posaient les moines copistes à l'apparition de l'imprimerie. Dans toute révolution de cet ordre, c'est la technologie qui commande, pas les usages. Les jeux fournis avec la future console de Microsoft seront inévitablement jugés bien pauvres (attraper des ballons, conduire une voiture) face à l'originalité du concept.

Ce n'est pas grave, cette modeste brique s'ajoute aux claviers tactiles, écrans 3D et autres pour nous faire entrer dans un nouveau monde. Comme au temps de l'imprimerie, ces interfaces généreront des contenus originaux qui ne seront pas la reproduction à l'infini de ceux d'aujourd'hui. L'apparition des réseaux sociaux en est la première illustration.

Nous entrons donc dans ce cybermonde du XXI e siècle les yeux bandés avec, pour l'instant, une seule certitude. La technologie vient toujours du même coté de l'Atlantique et cette puissance-là n'est pas prête de s'effacer.


PHILIPPE ESCANDE

Wolfgang Schäuble : «Une réduction modérée des déficits stimule la croissance»

Le plus expérimenté des ministres d'Angela Merkel explique en exclusivité aux « Echos » en quoi le programme budgétaire allemand peut soutenir la consommation.

Vous participez au Conseil des ministres français. Que voulez-vous dire au gouvernement ?

Le président de la République et la chancelière fédérale ont des contacts étroits, courants, fréquents. La lettre par laquelle le président m'a invité précise que le Conseil des ministres traitera de la position française dans le groupe de travail dirigé par Herman Van Rompuy [sur le renforcement de la gouvernance économique dans l'Union européenne, NDLR]. Je suis invité à participer à ce débat parce que nous travaillons à une position commune. Nous avons déjà indiqué que nous la transmettrions aux membres de la « task force », après la réunion qui s'est tenue lundi de la semaine dernière. Et c'est ce que nous allons faire aujourd'hui. Puis nous débattrons du renforcement du pacte de croissance et de stabilité.

Que souhaitez-vous ?

La question, c'est comment rendre le pacte plus efficace qu'il ne l'est aujourd'hui, à l'intérieur des traités existants. Mais il est aussi clair que nous devons en outre faire d'autres propositions, éventuellement en acceptant des modifications des traités. Il y a chez nos partenaires un certain scepticisme à l'égard de possibles modifications. Beaucoup disent que c'est un processus de longue haleine. Mais si nous considérons que nous ne pouvons nous limiter à des mesures financières, mais devons aussi prendre en ligne de compte des instruments non financiers, comme la perte temporaire des droits de vote, pour faire en sorte que les Etats-membres respectent le pacte, alors des modifications des traités sont nécessaires. Nous sommes d'accord que les avertissements en cas d'évolution dangereuse doivent être lancés plus tôt, que nous devons avoir une procédure de surveillance plus efficace, et que nous devons élargir notre boîte à outils, afin d'inclure les fonds européens dans la réflexion. Celui qui ne se tient pas aux règles communes court le risque d'être désavantagé dans l'utilisation des fonds européens.

Comment jugez-vous les plans de rigueur du Royaume-Uni et de la France ?

Nous évaluons les mesures des différents Etats membres, toujours et encore, au sein de l'Ecofin. Personne n'a mis en doute que les décisions prises par le gouvernement britannique sont vraiment impressionnantes. Tout le monde a pris connaissance avec grand respect des mesures que la France a annoncées et est sur le point de mettre en oeuvre. Cela ne va pas se passer sans débat de politique intérieure - comme dans tous les pays, y compris l'Allemagne. La réduction des déficits est dans la plupart des pays d'abord populaire, tant qu'elle n'est pas concrète. Quand les choses se précisent, cela devient plus difficile.

L'économie allemande semble se redresser plus vite que dans d'autres pays européens. Craignez-vous dans les années à venir une croissance molle dans l'Union européenne ?

La bonne évolution actuelle de l'économie allemande et, avant tout, la surprenante bonne tenue du marché du travail démontrent précisément que le chemin à suivre, ce sont les réformes structurelles. On doit regarder la situation dans chaque pays. Chacun a des structures différentes, des expériences différentes. Mais nous sommes totalement convaincus qu'une réduction des déficits publics mesurée, propice à la croissance, ne met pas cette dernière en danger, mais à long terme la stimule plutôt. Il y a là un large consensus. Parce qu'il y avait ce consensus parmi les Européens, nous avons pu nous imposer avec cette position à Toronto. A la fin du sommet du G20, il n'y avait plus de critiques à l'encontre des Européens, nos vues avaient été acceptées.

Comment recevez-vous les critiques des économistes pour qui l'Allemagne devrait plus soutenir sa demande intérieure ?

Quand on sait comment se comporte la population allemande, la réduction de nos déficits publics, c'est-à-dire ce que nous sommes en train de faire, est le facteur le plus important pour renforcer la demande intérieure. Les Allemands se font du souci quand la stabilité monétaire ne semble plus garantie. Ils s'inquiètent beaucoup de savoir si les déficits sont maîtri-sables. En les réduisant de manière modérée, nous luttons contre le sentiment d'incertitude de la po-pulation et nous soutenons ainsi la demande.

Le concept de gouvernement économique est désormais utilisé, également par le gouvernement allemand. Mais tout le monde en Europe comprend-il la même chose sous ce vocable ?

En substance, oui. Nous avons une monnaie commune et, si nous voulons encore avancer dans l'Union européenne, nous avons besoin d'une meilleure harmonisation. Il y a eu un débat pour savoir si on y arrive le mieux au sein de la zone euro ou au sein de l'Union à vingt-sept. La position du gouvernement fédéral a toujours été d'agir autant que possible dans le cadre à vingt-sept, sans contester que la monnaie commune confère des responsabilités particulières aux seize. Nous nous sommes mis d'accord là-dessus depuis longtemps. Je veux en outre vous rappeler que nous avons beaucoup de discussions franco-allemandes car nous pensons que nous devons discuter les questions fondamentales de la politique économique aussi en bilatéral. Bien sûr, la France a traditionnellement, je dis toujours depuis Colbert, une histoire différente de celle de l'Allemagne depuis Ludwig Erhard. Mais cette opposition est un peu dépassée. Entre-temps, nous nous sommes beaucoup rapprochés.

Quel bilan faites-vous des G20 des derniers mois ? Les citoyens ont l'impression que peu de décisions ont été mises en oeuvre.

Il faut d'abord dire qu'on a fait beaucoup plus de progrès dans le cadre du G20, depuis le début de la crise financière et bancaire, qu'on aurait pu se l'imaginer auparavant. Bien sûr, l'opinion publique est parfois un peu impatiente et sous-estime les difficultés. Je crois que nous devons clairement faire comprendre ce que le G20 peut et ce qu'il ne peut pas. La situation au Brésil, au Vietnam, en Afrique du Sud, en Chine ou en Inde est complètement différente de celle de la France, des Etats-Unis ou de l'Allemagne. On ne doit pas miser sur des solutions totalement uniformes. On l'a bien vu à Toronto sur la question de la taxe bancaire.

Et la taxe sur les transactions financières ? Est-elle encore réalisable au niveau mondial ?

Toronto a montré que nous ne pourrons pas trouver d'accord dans le cadre du G20 à un horizon prévisible. La position commune de la France et de l'Allemagne était : si après Toronto nous voyons que cette taxe ne verra pas le jour dans un délai prévisible, alors nous prendrons l'initiative pour la mettre en place en Europe. C'est pourquoi Madame Lagarde et moi-même avons demandé à la Commission et à la présidence de l'Union européenne de travailler sur le sujet. Nous avons décidé à l'Ecofin de la semaine dernière de faire des premières propositions dès notre réunion du début septembre.

Le 23 juillet seront publiés les résultats des « stress tests » appliqués aux banques. Craignez-vous de mauvaises surprises ?

Je ne veux pas spéculer sur le sujet. Le Conseil européen a décidé de mener ces tests et je suis sûr que c'était une bonne décision, car pour les marchés, le pire, c'est l'incertitude. C'est pourquoi nous avons dit que nous mènerions ces tests avec des scénarios réalistes, et que les résultats seraient rendus publics. Cela va conduire, on le voit déjà, à ce que l'inquiétude des marchés quant à la solidité des banques européennes diminue.

Que se passera-t-il si des banques se révèlent sous-capitalisées ?

Alors elles doivent voir si elles peuvent lever suffisamment de capital sur le marché. Si ce n'est pas le cas, les Etats membres doivent se demander comment ils peuvent les aider. Si jamais un Etat membre éprouve des difficultés à le faire, alors il peut se tourner, sous les conditions en vigueur, vers la faci-lité de financement [prévue dans le mécanisme de stabilisation de la zone euro]. Les banques n'ont bien sûr pas d'accès direct à cette faci-lité.

La nouvelle autorité européenne de surveillance des marchés financiers doit commencer son travail au 1er janvier 2011, mais le processus de codécision n'a pas encore abouti. Etes-vous optimiste ?

Je suis confiant. Christine Lagarde et moi, avec la présidence espagnole puis belge, nous nous sommes donné beaucoup de mal pour contribuer à une solution. Nous avons trouvé un accord avec notre homologue britannique en décembre dernier au sein de l'Ecofin. Il n'a pas été approuvé, en l'état, par le Parlement européen. Mais je crois que nous avons fait un grand pas en avant la semaine dernière. Le Parlement a reporté sa première lecture. Nous avons décidé un nouveau mandat de négociation pour la présidence -de manière consensuelle au sein de l'Ecofin, avec une participation très constructive du collègue britannique -et tous ceux qui mènent cette négociation avec le Parlement sont à vrai dire très optimistes. Il devrait être possible d'arriver à une solution dans les semaines qui viennent, de sorte que le Conseil et le Parlement approuvent le projet, espérons-le, en septembre.

Consulter, un art subtil


L'art référendaire est bien plus subtil qu'on ne le pense. Et il l'est d'autant plus que la communauté qui prétend s'y... référer exerce rarement ce droit. Nos voisins suisses qui en ont une pratique assidue voire boulimique, avec d'ailleurs une forte abstention endémique, préfèrent parler de « votation ».
Mais ce que les commentateurs ont tendance à oublier, c'est que chacune de ces consultations est accompagnée d'une information minutieuse et contradictoire du public. Le référendum n'est ni un gadget ni une baguette magique, c'est l'expression d'une culture politique supposant une grande maturité du peuple. Binaire par essence, le référendum est-il adapté aux infinies nuances de gris du compromis social ? L'entreprise est-elle le lieu approprié pour cette pratique ? Est-on libre de s'exprimer lorsque son revenu d'existence est en jeu ? On est en droit de s'interroger.
Dans l'étuve d'un long été social, alors que l'ensemble des protagonistes n'ont pas nécessairement dévoilé toutes leurs arrière-pensées, un référendum en entreprise est un objet politique très bizarre. D'apparence si séduisante par l'image de démocratie participative et ouverte qu'il véhicule. Bien moins lumineux dans les faits. Autant le citoyen politique peut se penser et se construire libre face à la question posée, autant le salarié en situation de subordination ne peut se concevoir que très lié. Un référendum d'entreprise, faut-il le rappeler, ne crée ni droit ni obligation.
Ce n'est pas parce que l'arbitrage soumis au vote est simple, voire simpliste, que la réponse est de la même eau et une majorité d'avis ne fait pas une décision. Les plus grands hommes d'État de l'histoire contemporaine française en ont fait l'expérience à leurs dépens. Mais, en l'espèce, les enjeux n'avaient que peu à voir avec la question posée.
Dans le cas de General Motors Strasbourg, dont trois syndicats sur quatre ont voulu se prêter à l'exercice, le résultat connu au mitan de la nuit de lundi ne prête pas, apparemment, à discussion. Près de 70% des suffrages exprimés, en effet, approuvent l'offre de reprise du site par GM Company. Pouvait-il en être autrement ? C'est un succès pour les organisateurs qui avaient pris un grand risque. Mais cela ne les dispense en rien de l'étape suivante : passer sous les fourches d'un accord où chacun assume ses responsabilités. C'est ainsi qu'élus du personnel et délégués syndicaux reforgeront leur légitimité. Et que la direction éprouvera la sienne.


Antoine Latham

Le vrai voyage, c’est d’arriver

“Ah non, cette fois-ci, c’est pas nous”. On imagine très bien la poussée de fièvre du chargé de communication du gouvernement islandais devant des images d’avions cloués au sol. “Cette fois-ci, c’est pas nous”. Le volcan islandais dont le nom est plus facile à éternuer qu’à prononcer, “l’Eyjafjöll”, n’y est donc pour rien. Ce n’est pas qu’il s’est rendormi, non. Aux dernières nouvelles, l’activité resterait même soutenue, mais rien de comparable à ce que l’on a vécu il y a quatre mois. Soulagement donc à Reykjavik mais jolie galère dans le ciel européen pour les jours à venir. Car ce qui va empêcher les avions de décoller et faire râler des vacanciers, ce n’est pas un nuage de poussières, mais une grève des aiguilleurs du ciel. La différence entre un mouvement de grogne et la volcanologie ? Le préavis ne court pas au-delà de jeudi matin. Pour le reste, c’est à peu près pareil. Des vacances qui commencent ou se terminent mal. Et des passagers sans aile qui deviennent des “naufragés du ciel”.

Enfin, une fois encore, comme on avait pu le lire lors de l’éruption de l’Eyjafjöll, la terre, sans avion, va redevenir immense.

Et le temps, long, très long. De quoi méditer sur cette phrase d’Hugo Verlomme : “Le vrai voyage, c’est d’y aller. Une fois arrivé, le voyage est fini. Aujourd’hui les gens commencent par la fin.”

C’est vrai, mais jusqu’à demain le “vrai” voyage, c’est d’arriver.



Frederic AILI

Légiférer moins, légiférer mieux

Nous vivons dans des sociétés boulimiques de lois et de réglementations. Il n'y a guère d'aspects, y compris les plus intimes ou les plus futiles, qui ne tombent sous le coup d'une règle européenne, nationale, voire régionale dans certains États.

Les citoyens sont partagés entre des sentiments contradictoires. Ils sont souvent exaspérés par le caractère détaillé et tatillon des règles, mais, en même temps, ils en sont des consommateurs friands et en « redemandent ». C'est en partie pour répondre à cet appétit que les gouvernements se précipitent pour légiférer, souvent sous le coup de l'émotion collective, afin d'encadrer ce que les lois précédentes n'avaient pas envisagé ou prévu.

Peu d'États pratiquent la sagesse britannique qui se contente de normes suffisamment générales pour qu'ensuite le juge puisse adapter la loi aux circonstances nouvelles et imprévisibles. Nombreux sont ceux qui, en France, à commencer par le Conseil d'État, ont dénoncé ces textes de circonstance, ces « lois bavardes » sans grand contenu et faites, semble-t-il, pour convaincre que le gouvernement écoute, entend et agit avec force et diligence.

Trop de lois tue la loi ! Car le paradoxe est qu'une fois la loi faite, elle passe souvent aux oubliettes, comme si l'adoption du texte était plus importante que son application. On constate trop souvent que des lois pourtant essentielles, telles celles qui garantissent aux handicapés physiques l'accès aux transports ou autres services et facilités, ne sont que très partiellement appliquées en France. La vie quotidienne, déjà difficile, devient un calvaire dans l'indifférence du législateur.

Dans d'autres cas, la loi est une sorte de marteau-pilon pour écraser les mouches, mais le législateur ne s'en préoccupe pas, car les coûts de la réglementation sont externalisés sur les consommateurs : telle est, par exemple, l'obligation d'un diagnostic de peintures au plomb dans les logements, applicable pour tous les immeubles alors que le problème concerne exclusivement les logements anciens, vétustes et insalubres.

La propension des élites politiques à multiplier lois et règlements est encore renforcée par d'autres facteurs, tels que l'action des groupes de pression des lobbies, de plus en plus influents à Bruxelles et dans les capitales européennes. Il est crucial pour eux de favoriser leur secteur ou de contrer leurs concurrents comme, par exemple, les grands groupes agroalimentaires ou de distribution ont su si bien le faire.

La loi, qu'elle soit européenne ou nationale, tombe trop souvent sur l'un ou l'autre écueil, perdant, au passage, ce qui devrait être sa force, c'est-à-dire le respect des citoyens. Il faut savoir accepter que tout ne puisse être légiféré et laisser la possibilité des adaptations par le juge, dans le temps et dans l'espace, grâce à l'examen des cas concrets qui lui sont soumis.

Mais le courant nous pousse dans la direction opposée. Nul gouvernement ne semble prêt à dire, face aux pulsions émotives de l'opinion à la suite d'un fait divers, d'un délit ou d'un drame : « La solution n'est pas une loi nouvelle, mais une application rigoureuse de ce qui est déjà ¯ le plus souvent ¯ dans les codes. » L'inflation des textes a encore de beaux jours devant elle.

(*) Président émérite de l'Institut universitaire européen.

mardi 20 juillet 2010

Facebook fait le plein de mécontents

Le réseau social reçoit une mauvaise note dans une étude de satisfaction américaine, et reste loin derrière Google, qu'il dépasse pourtant en audience.
Passé devant Google en terme d'audience au mois de mars, Facebook est cependant loin derrière le géant du net quand il s'agit de satisfaire ses membres. Le réseau social ne reçoit en effet que 64 points sur 100, contre 80 pour le moteur de recherche (et 77 pour Bing, 76 pour Yahoo ! ou encore 74 pour AOL), dans une étude de l'Americain Customer Satisfaction Index publiée aujourd'hui. Il est loin, bien loin d'un Wikipedia noté 77 ou d'un YouTube doté d'un 73. Dans les profondeurs du classement -les derniers 5 %-, il côtoie les mauvais élèves habituels, compagnies aériennes et sociétés de distribution du câble.

Les changements cavaliers de présentation ou dans le paramétrage sur le sujet sensible des données personnelles, ou encore le matraquage publicitaire ciblé expliquent le mécontentement de nombreux utilisateurs du site. Cependant, cela ne les empêche pas d'adhérer en masse au réseau social, qui devrait très prochainement accueillir son 500 millionième membre. Attention toutefois à ne pas tuer la poule aux oeufs d'or, prévient l'un des sponsors de l'étude : « Ils ont connu une croissance remarquable -impossible de dire quoi que ce soit de négatif à ce sujet », reconnaît Larry Freed, PDG de ForeSee Results Inc, interrogé par l'agence Bloomberg. Mais « une satisfaction basse signifie que l'on commence à mettre cette croissance en danger ».

En réponse, Facebook adopte un profil légèrement humble : « Nous n'avons pas étudié la méthodologie de ce sondage en détail, mais nous avons clairement une marge d'amélioration ». Puis adopte, comme Apple gérant son «Antennagate », une défense construite sur son auto-promo : « Construire un service simple, utile, est le meilleur moyen de gagner et d'entretenir la confiance des nos membres. C'est pour cela que nous passons tellement de notre temps et notre énergie à améliorer les produits que nous offrons et à en proposer de nouveaux ». Il ne suffira cependant pas à Facebook de distribuer des housses -comme va le faire Apple pour amadouer les utilisateurs d'iPhone 4 mécontents-pour récupérer les quelques 35.000 membres qui l'ont quitté dans le but de dénoncer sa politique de respect de la vie privée lors du « Quit Facebook Day » en juin dernier.

Eric Woerth n'a pas bradé de terrain dans la forêt de Compiègne

Le 14 juillet, Le Canard enchaîné et Marianne accusaient Eric Woerth d'avoir vendu à une société de courses une parcelle de la forêt de Compiègne (Oise) avec hippodrome et golf, à un prix très inférieur au marché et sans appel d'offres. La transaction a eu lieu en mars, seulement six jours avant qu'Eric Woerth ne quitte le ministère du budget pour celui du travail. Et le président de la Société des courses de Compiègne, Antoine Gilibert, serait, selon Le Canard enchaîné, un "familier" du ministre. De quoi faire naître de nouveaux soupçons contre Eric Woerth, empêtré depuis plusieurs semaines dans l'affaire Bettencourt. Pourtant, le processus de vente semble s'être déroulé de manière légale.
Le prix de vente n'a pas été sous-évalué. Selon un élu UMP et un magistrat de la Cour des comptes cités anonymement par Le Canard enchaîné, la vente aurait dû se faire autour de 20 millions d'euros. Ce domaine de 57 hectares n'a été vendu qu'à 2,5 millions d'euros, soit 44 000 euros l'hectare. Le prix a été fixé par les Domaines, un service du ministère des finances qui n'est pourtant pas réputé pour sa générosité.

Or, "aucune forêt ne se vend à ce prix-là", témoigne un expert forestier de la région, contacté par Le Monde.fr. Selon lui, "le prix de vente dans la zone du Compiégnois est plutôt situé entre 6 000 et 10 000 euros". Chez Forêt privée française, on tempère : "Cela dépend du type de forêt et de la valeur des infrastructures". De fait, le terrain comporte un hippodrome et un golf, ce qui explique le prix supérieur à celui pratiqué habituellement. Un agent immobilier de Compiègne juge pour sa part que le prix payé par la Société des courses de Compiègne n'est "pas du tout incohérent", le terrain étant déjà loué par son acquéreur, et en grande partie inconstructible.

La Société des courses de Compiègne payait effectivement 45 000 euros annuels de loyer. "Quand on fait le calcul, vu le prix qu'ils ont payé, cela équivaut à 56 ans de loyer. C'est donc forcément une bonne affaire pour l'Etat", juge l'expert. Bercy souligne que le rendement locatif était de 2 % par an : "Ce n'est pas intéressant pour l'Etat, dans ces cas-là il vaut mieux vendre", s'était d'ailleurs défendu le ministère du budget. "L'achat de ce bien demeure lié à un certain nombre de servitudes qui ont un impact important sur le prix auquel il est proposé", rappelle un notaire de la région.

Le sénateur-maire de Compiègne, Philippe Marini, a également estimé que la Société "a accepté l'évaluation du domaine, qui est 2,5 millions d'euros, ce que je trouve pour ma part assez élevé pour un site dont on bénéficie déjà". Une analyse partagée par un bon connaisseur du dossier. "Ici, le microcosme local trouvait que le prix était même trop élevé", souligne-t-il.

Dans l'hypothèse où une partie vierge du terrain serait un jour ouverte à la construction, la Société des courses de Compiègne pourrait en tirer un bénéfice nouveau. Ou si le golf était revendu par la suite, ce que le Courrier picard juge possible. Mais ces pistes ne sont aujourd'hui pas à l'étude.

Le processus de vente est contesté mais légal. Comme le souligne Le Canard enchaîné, cette transaction a été conclue de gré à gré, sans enchère ni appel d'offres. Dans les faits, "la grande majorité des cas de ventes de forêt se font de gré à gré, même s'il existe quelque cas de ventes aux enchères ou judiciaires", assure Michel Chavet, expert forestier.

Ce type de vente n'est pas inhabituel pour des biens de l'Etat. "Quand l'Etat vend, il n'y a guère de règles contraignantes sur la mise en concurrence ou la transparence. On peut le déplorer, mais c'est tout à fait légal", souligne Benoît Jorion, avocat à la cour d'appel de Paris et spécialiste de droit public. Un rapport parlementaire de 2005 soulignait qu'elle était "la plus simple" pour l'Etat, mais aussi "la plus contestable et la plus contestée". Et un décret de 2004 rappelle que la cession d'un bien par l'Etat "doit être précédée, en principe, d'une procédure de publicité et de mise en concurrence".

Bercy justifie le recours à une procédure de gré à gré par le fait que la Société des courses de Compiègne était déjà locataire des lieux et qu'elle est, en outre, propriétaire des bâtiments construits sur la parcelle. Une vente aux enchères pour ce terrain n'aurait pas eu beaucoup d'intérêt. "Les gens susceptibles d'acheter un hippodrome en appel d'offres se comptent sur les doigts d'une main", observe Michel Chavet. De fait, la société occupe le terrain depuis une centaine d'années.

"On ne peut pas faire autre chose de ce terrain. Le terrain était occupé, c'est comme si vous achetiez un terrain avec un bailleur dedans ou un appartement avec un locataire à bail éternel. Il y est ad vitam aeternam. La législation protège ce genre de terrain, on ne peut pas y faire autre chose", souligne un autre expert local.
"Qui, sinon la Société des courses de Compiègne, pouvait manifester un intérêt pour ce lot ? Probablement personne, c'est la première raison de son prix", commente un notaire local, qui rappelle que "ce genre de transaction est suivi de près par les Domaines, dans un cadre administratif strict et contrôlé".

Une transaction étonnamment rapide. Le 16 mars, un arrêté du ministère imposait à l'Office national des forêts la vente du terrain. Celle-ci aurait été effective dès le lendemain, assure Le Canard. Elle aurait été annoncée au président de la Société des courses dès le 29 octobre 2009, avant même que le conseil d'agglomération de la ville ne renonce à son droit de préemption, le 16 décembre, précise l'hebdomadaire.

Un argument battu en brèche par Philippe Marini, pour qui la vente "a en réalité été étudiée pendant 5 ans par les services de l'Etat." "C'est vrai que c'est un processus très rapide, tout ça a été très vite", s'étonne Pascal Leclerq, de la CGT-Forêt. La vente, conclue six jours avant le départ d'Eric Woerth du ministère, n'est certainement pas due au hasard. Elle a visiblement été accélérée par le ministre, picard et passionné de hippisme. Ce qui, pour autant, n'entache pas d'irrégularité le processus.

Le couple Woerth est très lié au monde du hippisme. Selon Marianne, qui publie une lettre d'Eric Woerth à Antoine Gilibert, le président de la Société des courses de Compiègne, le ministre s'est personnellement impliqué dans cette transaction. "Qu'un ministre intervienne personnellement dans une cession, je ne l'avais jamais vu, s'étonne un fonctionnaire de l'ONF cité par l'hebdomadaire. Il fallait que les choses soient tordues pour justifier une telle implication !"

"Même les plus proches du maire n'ont rien su de cette vente. Mais lors de l'assemblée générale de la société, le président a chaleureusement remercié Eric Woerth", a raconté un élu sous couvert de l'anonymat au Courrier picard. Marianne précise qu'Antoine Gilibert est un proche de Philippe Marini, une figure, comme Eric Woerth, de l'UMP dans l'Oise.

Antoine Gilibert a répliqué en estimant n'avoir "jamais vu" ni Eric Woerth ni son épouse. Le couple Woerth est pourtant très impliqué dans le milieu du hippisme, comme le relate Le Monde dans son édition du 16 juillet. Antoine Gilibert a participé aux activités de l'association France Galop, tout comme Florence Woerth, par ailleurs fondatrice et copropriétaire de l'écurie Dam's.


Nabil Wakim

Les salariés de GM Strasbourg votent le plan de reprise et renoncent à un tiers de leurs RTT

Les salariés de General Motors Strasbourg ont largement approuvé lors d'un referendum le plan de reprise de la nouvelle entité GM, qui conditionne le rachat de l'usine à un gel des salaires sur deux ans et une renonciation à des RTT, a-t-on appris mardi de source syndicale.

Sur les 929 votants (sur 957 salariés présents sur le site, soit un taux de participation de 97%), 645 se sont prononcés pour le plan (70,65%), tandis que 268 ont voté contre (29,35%), a indiqué à l'AFP Jean-Marc Ruhland, délégué CFDT (majoritaire), syndicat co-organisateur du vote aux côtés de FO et de la CFTC.

Hostile au plan de reprise, la CGT avait appelé à voter "non".

Dans un communiqué, la direction de GM Strasbourg s'est aussitôt félicitée de cette "forte approbation", estimant que "ce résultat montre que les salariés ont bien compris que l'avenir du site et de ses 1.150 emplois est la priorité".

Entamé lundi à 09H30, le vote, qui s'est déroulé à bulletin secret sous le contrôle d'un huissier, s'est achevé vers 23H00.

L'usine de Strasbourg fabrique des boîtes de vitesse pour des constructeurs automobiles, dont BMW. En recherche d'un repreneur depuis la faillite de l'ancien groupe américain, le site alsacien est détenu par MLC, une société chargée de céder les actifs de l'ancien General Motors.

Né l'an dernier, le nouveau GM, General Motors Company (GMC), est détenu à 60% par l'Etat fédéral américain.

GMC propose de reprendre le site si les salariés acceptent de réduire de 10% le coût de la main d'oeuvre, sans réduction d'effectifs mais avec un gel des salaires sur deux ans et en renonçant à plus d'un tiers des 17 jours de RTT.


CES PAUVRES COMMUNISTES DE LA CGT N'ONT DÉCIDÉMENT RIEN COMPRIS DES ENJEUX CAPITAUX QUI CONSISTENT À CONSERVER DES EMPLOIS EN FRANCE, PAYS DE LA GRÈVE GRATUITE.

Pour qui travaille un élu national

Diversion ! C'est le cri du coeur de la gauche, en pleine affaire Bettencourt-Woerth, à l'annonce de la mise en examen de la députée socialiste de Marseille Sylvie Andrieux, ancienne vice-présidente de la région Paca. Diversion, peut-être, mais grave interrogation, sûrement.

De quoi s'agit-il ? En l'état actuel du dossier, il semblerait qu'une somme d'environ 700.000 euros ait été versée par la région à des associations domiciliées dans la circonscription de Mme Andrieux. Celle-ci soutient qu'il est normal qu'un élu favorise les activités situées dans son fief électoral. La justice soupçonne qu'en réalité les associations en cause sont fictives et que les subventions distribuées n'ont servi qu'à acheter des militants chargés de départager les candidats à la candidature lors des élections législatives. A ce jeu, c'est celui qui parvient à financer les troupes les plus nombreuses qui l'emporte.

La vérité est que, dans une saine démocratie, aucune de ces deux explications n'est acceptable. S'agissant de la subvention d'associations fictives, cela va de soi : il s'agit d'un détournement pur et simple de l'argent public qui, s'il est avéré, pourrait valoir à son auteur une lourde condamnation. Mais, à supposer que les associations aient eu une activité réelle, cela soulève une sérieuse question non pas pénale mais politique : au service de qui travaille un élu de la République ? Pour les habitants de sa circonscription ou pour la nation et l'intérêt général ? Toute la tradition républicaine depuis la Révolution française plaide pour cette dernière réponse. La circonscription géographique n'est qu'une technique pour la désignation des députés mais chacun d'entre eux est l'élu de la nation. En favorisant les associations de sa seule circonscription, Mme Andrieux a de son mandat de député une conception clientéliste partagée, certes, par nombre de ses collègues, mais contraire à la tradition républicaine. Elle commet la même faute que Mme Penchard, ministre de l'Outre-mer, originaire de la Guadeloupe, qui avait déclaré en février dernier que sa seule priorité était le développement de son département.