TOUT EST DIT

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jeudi 8 novembre 2012

Oui, il faut permettre à Bricorama, et à tous les autres, d'ouvrir le dimanche

Les bénéfices économiques de l’ouverture généralisée des commerces le dimanche seraient indiscutables, quand bien même cela n'est pas intuitif de prime abord.
La question du travail dominical rebondit avec la récente décision de la cour d’appel de Versailles d’interdire à la chaîne Bricorama d’ouvrir le dimanche autour de Paris. Passons sur le caractère injustement discriminatoire de la loi ici invoquée par le tribunal : les concurrents de Bricorama, la plupart détenus par de grands groupes de distribution, peuvent rester ouverts parce qu’ils sont implantés dans des "PUCE", "Périmètres d’Usages de Consommation Exceptionnelle" (Seule la bureaucratie française pouvait créer un tel chef d’œuvre d’ "art administratif"), alors que l’indépendant Bricorama a choisi de répartir des magasins plus petits selon un maillage plus fin, mais hors zones privilégiées par l’administration.
Pour sortir de cette situation injuste, certains commentateurs estiment que la loi "devrait rajouter le bricolage" parmi les exceptions à l’obligation de fermeture dominicale des commerces, au même titre que le jardinage. Mais cette façon de procéder ne fait que... bricoler des lois mal faites en leur ajoutant des exceptions bancales. Allons au-delà du cas Bricorama : ce sont tous les magasins qui devraient être autorisés à ouvrir le dimanche, selon les souhaits de leurs propriétaires. Ce n'est pas à  l'état de décider qui a le droit ou pas le droit d'ouvrir selon des critères abscons et pour le moins peu transparents. Analysons plus en détail les implications de l'ouverture dominicale des commerces.
Les bénéfices de l'ouverture dominicale
Les bénéfices économiques de l’ouverture généralisée des commerces le dimanche seraient indiscutables, quand bien même cela n'est pas intuitif de prime abord. Les sceptiques affirment que l’extension des plages d’ouverture ne créera pas de demande supplémentaire, et que le chiffre d’affaires des magasins, réparti sur plus de jours, fragilisera les petits commerces, incapables de rémunérer plus de force de vente pour un volume d’affaires identique.
C’est oublier que la valeur ajoutée des commerces réside autant dans les produits qu’ils vendent que dans leur capacité à les mettre à la disposition des acheteurs. Autrement dit, la mise à disposition elle-même crée une valeur à laquelle les consommateurs sont sensibles. Sans quoi, pourquoi ne pas ouvrir les magasins seulement sur trois ou quatre jours, puisque le chiffre d’affaires serait soi-disant insensible à la durée d’ouverture des magasins ?
Le surcroît de valeur créée par l’ouverture dominicale présente l’intérêt de ne pas requérir d’investissement complémentaire en surfaces de ventes : de même qu’une usine tournant en trois-huit rentabilise mieux ses équipements qu’une autre qui ne fonctionne que huit heures par jour, rentabiliser une installation commerciale sur 7 jours au lieu de 6 permet de réduire certains coûts fixes liés à l’acte de vente. Il en résulte que les commerçants concernés, sous réserve que leur offre trouve preneur, peuvent distribuer plus de revenus soit à leurs salariés existants sous forme d’heures supplémentaires, soit à de nouveaux salariés intéressés par le travail en week-end, tels que les étudiants, par exemple, qui voient là autant d’opportunités d’améliorer leur pouvoir d’achat, lequel ira à son tour irriguer l’économie.
Des acheteurs en meilleure position vis-à-vis des vendeurs
Si gagner 16% de temps d’ouverture passera pour un gain "faible" du point de vue des vendeurs, l’ouverture dominicale constitue en revanche un gain bien plus important pour les acheteurs. Du point de vue d'une personne travaillant du lundi au vendredi, et disposant donc d'un temps théorique de 2h par jour de semaine, et de 12 heures le samedi, pour effectuer ses achats, soit 22 au total, le fait d'ajouter une plage d'ouverture de 12 heures le dimanche augmente son temps "de chalandise" de plus de 50% (34 heures au lieu de 22). Pour nombre de ménages, voilà qui crée une sérieuse opportunité pour pouvoir optimiser les achats en fonction des goûts et du budget. Si le terme n'avait été réduit à sa connotation financière, on pourrait parler "d'augmentation du pouvoir d'achat", au sens de "pouvoir mieux acheter".
Comme dans tout processus de réallocation de ressources, les ménages profitant de l'aubaine achèteront mieux, détournant une part de leur budget de consommation vers des producteurs plus efficaces, et les ressources qu'ils économiseront de ce fait pourront leur permettre d'envisager des achats ou de l'épargne qu'ils n'auraient pu espérer sinon. L’ouverture dominicale, du point de vue des consommateurs que nous sommes tous, est indiscutablement un choix gagnant.

Ceci dit, il convient de mettre en face de ces gains les objections courantes qui sont opposées à l’ouverture dominicale.
"Cela va tuer le petit commerce"
Affirmer que le petit commerce souffrira de sa moindre capacité à s’adapter contre les grandes surfaces est abusif : les petits commerces qui ont survécu aux grandes surfaces sont ceux qui ont su démarquer leur offre de celles des hypers. Beaucoup de ces petits commerces ont d’ailleurs migré dans les allées des galeries commerciales de ces grandes surfaces, offrant à nombre de salariés des opportunités d’emploi qui n’auraient pas été possibles sans cela : ces commerces-là ont tout intérêt à l’ouverture dominicale.
Certains affirment que les commerces de centre-ville pâtiront de cette concurrence des grandes galeries périphériques : c’est déjà le cas dans de nombreuses villes, et il faut sans doute en chercher les causes dans l’affligeante stagnation des revenus disponibles après taxes que connaît notre pays, ou dans les politiques autophobes menées par nombre de municipalités – No parking, no business… Ainsi, à Paris, l'économiste Rémy Prud'homme a publié des travaux montrant les conséquences des politiques autophobes de l'équipe Delanoë sur la vitalité de l'économie locale (PDF). Accuser systématiquement la concurrence des grandes surfaces d’être le seul problème que vit le petit commerce est un moyen pour les politiciens de détourner l’attention de leurs choix politiques les plus discutables (un autre exemple plus anecdotique chez H16).
Bien au contraire, de nombreux économistes (comme Cahuc et Zylberberg, cités ici) ont montré que le petit commerce tire mieux son épingle du jeu dans les zones où la concurrence entre grandes surfaces fait baisser les prix, puisque les ménages ont plus d’argent à consacrer au "commerce de niche". Malheureusement, les lois Raffarin et Galland de la fin des années 90, s’ajoutant aux lois Royer des années 70, ont cassé cette dynamique, augmentant les marges des distributeurs établis, empêchant les nouveaux entrants de s’installer, et par conséquent, réduisant la part du budget des familles pour les achats moins "standardisés". Une réouverture de la concurrence entre grandes surfaces redonnerait donc largement au petit commerce le bol d’air qui lui permettrait de négocier le virage de l’ouverture dominicale avec sérénité.
"Cela va faire monter les prix"
Il existe un risque que certains commerces soient enclins à augmenter leurs prix, tout simplement parce que leurs coûts variables augmenteraient plus vite que leurs coûts fixes, ces derniers ne diminuant pas du fait de l'allongement des durées d'utilisation des locaux : il faut bien payer le personnel qui travaille le dimanche ! De fait, le travail dominical, dans certains pays (Canada, Suède, Pays Bas), s'est révélé légèrement inflationniste au début, avant que la nouvelle concurrence générée par la redistribution des cartes ne force les choses à revenir dans l'ordre.
Dans ce cas, il conviendra pour les magasins de savoir si leurs clients sont prêts à payer plus cher pour pouvoir faire leurs achats à un moment qui leur convient plutôt mieux, et de moduler leurs horaires en fonction de leurs analyses. Puis la concurrence, si elle existe, les forcera à trouver les moyens de ne pas faire supporter la facture à leurs clients, en augmentant leur productivité. Toutefois, les limitations actuelles de cette concurrence (cf. Plus haut) pourraient réduire cet avantage à néant. L’ouverture dominicale sera d’autant plus efficace qu’elle s’inscrira dans un cadre concurrentiel amélioré.
"Cela va transformer les employés des commerces en esclaves"
Ceci dit, les arguments de nature sociale de certains opposants au texte ne sont pas à négliger. Il est évident que même en intégrant des garde-fous à un éventuel texte de loi, une partie des salariés travaillant le dimanche le fera contrainte et forcée par la peur d’être mal vue de sa hiérarchie et d’en souffrir professionnellement, quand elle ne subira pas "d’amicales pressions" pour accepter des horaires très flexibles.
Mais ces comportements d’employeurs peu respectueux des contraintes de leurs salariés existent déjà en semaine. Le risque de voir ces comportements étendus au dimanche doit-il servir de prétexte à empêcher le travail dominical sur une base volontaire ? Les peurs des uns doivent-elles brider les opportunités des milliers d’autres qui seraient heureux de trouver un job de fin de semaine ? Certainement pas.
Le meilleur moyen de lutte contre les quelques employeurs aux tendances esclavagistes est de créer les conditions d’un marché du travail dynamique, dans lequel les salariés s’estimant mal traités ont l’opportunité de voter avec leurs pieds en changeant facilement d’emploi.
Malgré leurs difficultés actuelles, les économies anglo-saxonnes ont su plus que la nôtre développer une culture du respect mutuel entre employeurs et salariés, parce qu’il est plus difficile pour un mauvais patron de conserver ses employés. L’ouverture dominicale, à elle seule, ne saurait suffire à créer une telle dynamique. Mais en augmentant le besoin de main d’œuvre dans les commerces, elle participera au développement de nouvelles opportunités d’emplois qui permettront d’améliorer la position des salariés par rapport à leurs employeurs.
"Et mon jour de foot ? Et mon jour du seigneur ?"
Enfin, certains arguent que l'ouverture dominicale sonnerait le glas de nombreuses activités familiales actuellement fortement concentrées sur le dimanche. Outre que cela ne devrait pas être perçu comme un problème si cela résulte de libres choix des familles – mais nos élus sont tellement habitués à vouloir faire notre bonheur malgré nous que l'on ne s'étonne plus d'une telle rhétorique -- l'argument est d'une insigne faiblesse : en étendant la plage accessible aux ménages pour le shopping, l'ouverture dominicale permet aux ménages qui le souhaitent de redistribuer sur d'autres jours de la semaine des activités actuellement plus concentrées sur le dimanche. La liberté crée des opportunités, elle n'en supprime pas.
La question du culte relève clairement de cette logique. Rien n'empêcherait une église de s'adapter aux évolutions des populations et de répartir ses activités sur d'autres plages. Si le poids de la tradition religieuse l'empêche d'accomplir une telle réforme, tant pis pour elle. L'immense majorité de non pratiquants que compte le pays n'a pas à supporter des contraintes législatives imposées par quelque groupe religieux que ce soit, et ce débat dépasse très largement le cadre du seul travail dominical !
"Et ailleurs ?"
D'une façon générale, le gain économique du travail dominical est réel mais pas spectaculaire. C'est plutôt un petit pas dans une bonne direction. Mais un petit pas statistique n'en reste pas moins une grande bouffée d'oxygène pour ceux qui peuvent améliorer leurs revenus ou leur condition salariale de cette façon.
Les études exhaustives du phénomène en Europe sont relativement difficiles à trouver. Citons deux exemples.
En 1996, les Pays-Bas ont laissé les municipalités décider d'autoriser ou non l'ouverture du dimanche. La mesure, analysée 10 ans après par le ministère néerlandais de l'économie (Dijgraf Gradus, 2005), a été jugée favorable à la croissance, et aucune cannibalisation réellement significative des commerces des zones fermées par les zones ouvertes n'a été observée.
Une étude allemande portant sur les disparités réglementaires géographiques et dans le temps (Kirchner – Painter, 1999) montre qu'économiquement parlant les meilleurs résultats sont atteints lorsque commerçants et salariés sont libres de négocier l'ouverture dominicale sur des bases contractuelles individualisées. Toutefois, lorsque politiquement, une telle liberté est difficile à faire voter, la décentralisation au niveau des aires communales de la réglementation de l'ouverture dominicale donne tout de même de bons résultats, car la souplesse permise alors permet aux communes de s'adapter aux évolutions de leur électorat, et d’évaluer la pertinence de leurs décisions à l'aune des performances des collectivités voisines ou plus lointaines.
Et si l'on décentralisait ce type de décisions ?
Ces deux exemples du nord de l'Europe nous montrent qu'à défaut d'unicité territoriale de la loi, de bons résultats peuvent être obtenus en laissant chaque collectivité locale décider démocratiquement ce qui lui conviendra le mieux.
Même si une libéralisation générale du droit de l'ouverture dominicale serait la meilleure solution, car  plus respectueuse des libertés de travailler et d'entreprendre, un pis-aller, en cas d'opposition politique incontournable de notre parlement, consisterait à mettre en concurrence les collectivités et de leur laisser décider localement de la réglementation applicable, pour que les bonnes expériences puissent à la longue s'imposer.
Une telle méthode dans la réforme est évidemment contraire à notre tradition jacobine ultra-centralisatrice. Pourtant, cela serait une bonne occasion de jeter les bases d'une décentralisation bien plus importante des décisions de politique économique et sociale, ce qui constituerait sans doute un moyen de faire sauter bien des blocages qui minent encore la société française, faute de pouvoir faire accepter nationalement une évolution très libérale de notre cadre législatif.
La question du travail dominical aurait été un excellent thème pour expérimenter une véritable concrétisation du mouvement de décentralisation commencé en 1982 avec de bons principes mais  hélas bien mal réalisé dans les faits.

Jean-Marc Ayrault et son discours


mercredi 7 novembre 2012

Le bonheur sur ordonnance

La musique, dit-on, adoucit les mœurs. Et sa pratique permet, dans une certaine mesure, de lutter contre Alzheimer. Il me semble donc indispensable de demander, dans les plus brefs délais, que la pratique d'un instrument soit -- enfin ! -- remboursée par la Sécurité Sociale. Comment ça, c'est complètement idiot ? Pourquoi les véliplanchistes et autres trotteurs du dimanche y auraient droit et pas les joueurs de cornemuse ou de triangle ?

Vous ne me suivez pas ?
C'est pourtant simple. Comme le relate une presse gourmande de toutes les implications sociétales que cette nouvelle implique, le Dr. Jacques Bazex de la très sérieuse Académie de Médecine propose que des activités physiques adaptées dans le cadre des prescriptions médicales soient prises en charge par la Sécurité sociale. Que voilà de la bonne idée en barre ! Pensez donc : par ce moyen (les calculs ont d'ailleurs été faits), la dépense occasionnée par ces prescriptions sera rapidement compensée par l'amélioration de l'état des patients, et, bien évidemment, une réduction automatique de la consommation de médicaments : en poussant le petit bouton là, et en tirant le petit levier ici, l'Imaps, une société liée à la Mutualité française, a calculé dans son gros ordinateur que la Sécurité Sociale économiserait 56,2 millions d'euros par an en finançant à hauteur de 150 euros une activité physique ou sportive adaptée à 10% des patients souffrant de cancer, de diabète ou d'insuffisance respiratoire chronique. Cela en fait, du million, non ?
gelafritt 500Mais si. Si les antibiotiques, c'est patotomatique, pour le sport, en revanche, ça l'est : vous êtes malade, on vous prescrit des séances de pilates, c'est chouette car remboursé par la Sécu, vous allez mieux ce qui fait que vous arrêtez de grignoter connement du Xanax pris en compensation d'une surdose de cortisone ou quelque chose comme ça. Bilan : les services sociaux de la Santé Collectiviste Française peuvent arrêter de vous distribuer votre camion de pilules colorées. Tout ça grâce à quelques petites séances. C'est-y pas beau ? Surtout que, si vous poussez le raisonnement sur les millions de Français qui explorent tous actuellement les tréfonds les plus repoussés de la médication psychiatrique, vous allez en faire, des économies !

Bon, évidemment, on ne va pas distribuer ces ordonnances pour du sport à n'importe qui et n'importe comment. Comme l'explique bien le Dr Bazex,

« Sur l'ordonnance devra figurer le détail des activités physiques: nature du sport, intensité, durée et fréquence des séances, suivi et contrôles médicaux à observer. »
Effectivement, ce serait assez dommage qu'on laisse saboter une aussi belle idée, celle du sport qui raffermit les chairs, vivifie les esprits et ravive les comptes de la Sécurité Sociale. Ce serait dramatique, même, qu'on commence à distribuer des ordonnances comme si on les coinçaient dans les essuie-glaces de voitures à l'instar de vulgaires flyers en quadrichromie pour des clubs de fitness, non mais oh et puis quoi encore ! On commence comme ça et on se retrouve avec les mêmes problèmes que les cures de thalassothérapie dont certains (Cour des Comptes ?) soupçonnent légèrement qu'ils sont en réalité des vacances payées en douce par la collectivité à l'assuré social.
On peut donc s'attendre, si l'idée fait son chemin, à ce que des contrôles efficaces et pointus soient mis en place afin d'éviter tout dérapage (fut-il en bi-cross et sous ordonnance). Et cela tombe bien parce que justement, l'idée progresse au sein du gouvernement surtout que (franchement, ça tombe bien toutes ces nouvelles, vous ne trouvez pas ?) le ministère de la Santé doit bientôt dévoiler son plan en faveur de l'activité physique ! Fouchtra, quelle coïncidence ! Alors bien sûr, pour ne pas louper une si belle conjonction astrale favorable et complètement inopinée, les uns et les autres rivalisent d'inventivité pour faire comprendre que le sport-remboursé-par-la-sécu, c'est une bonne idée qu'on devra mettre en place. Et puis, cela ira très bien dans la mouvance du moment dans laquelle, soit dit en passant, Valérie Fourneyron, ministre des Sports, a proposé la mise en place de "certificats d'indication" plutôt que les méchants certificats de "non contre-indication" à la pratique sportive tels qu'ils sont pratiqués actuellement. Et pour enrober le tout, elle a aussi noté que "certains publics restent éloignés de la pratique physique, ce qui renforce les inégalités en matière de santé", arrivant ainsi à injecter une petite goutte supplémentaire d'égalitarisme dans un domaine qui le dose pourtant de façon micrométrique. Décidément, l'adoucissement de la société dépasse toutes les espérances, et l'abrasion de la rugosité sociale arrive à un point tel que vivre en France va devenir une sinécure morbide cotonneuse dans laquelle les courses de momies boudinées de ouate deviendront un must à ne pas louper.
Las.
Au milieu de cette tempête de bisous, il me faut sans doute rappeler mes lecteurs à la raison.
Non, il n'y aura pas en France de séances de curling remboursées par la sécu, pas plus qu'il n'y aura de cours de jujitsu à l'oeil pour convalescent des cités. On sait déjà, avant même que la mesure soit mise en place, que la liste des sports désignés compatibles au remboursement sera extrêmement restreinte au début. Bien sûr, dans les prochaines années, cette liste sera appelée à grandir, mais ne comptez pas trop sur les matchs de polo gratuits tout de suite. Mais plus prosaïquement, cette mesure semble arriver à point nommé pour achever définitivement le système collectif de santé puisqu'on voit mal par quel miracle on va pouvoir contrôler précisément qu'il n'y aura pas d'abus. Oui, il est évident que la mesure compensera largement ses gains (forts hypothétiques) par une fraude décontractée tous azimuts. C'en est même banal que de le dire.
Et au-delà de ces considérations, cette idée même de sport sur ordonnance sent obstinément la mauvaise idée rance qu'on sort d'un placard poussiéreux lorsqu'on n'a plus aucune autre idée pour sauver la mise. En effet, l'explication officielle (réduire la facture par une pratique sportive adaptée) ne tient pas la route : s'il suffisait de prescrire par ordonnance pour qu'immédiatement, le malade emboîte le pas du médecin, des millions d'individus aux habitudes destructrices auraient largement retrouvé le chemin printanier de la santé.
La réalité est qu'une ordonnance n'est bien souvent que l'acte final et bruyamment réclamé d'une conversation rémunérée entre un médecin et un individu à la recherche d'une oreille compatissante et compréhensive. C'est, en quelque sorte, le papelard officiel administratif permettant de conclure à la nécessité des jérémiades qui le précédèrent. Les statistiques de consommation des barbituriques et autre benzodiazépines en France laissent à ce sujet peu de doute sur l'état psychique catastrophique d'une partie importante de la population.
Surtout, avec cette proposition douteuse, l'Académie de médecine prétend vouloir enraciner le sport dans les habitudes de vie dès le plus jeune âge (la France étant le pays où la pratique du sport chez les préadolescents est la plus faible d'Europe) ; là encore, on a bien du mal à comprendre par quel raisonnement tortueux l'Académie parvient à trouver un charme quelconque aux petits crobards gribouillés par un médecin, charme qui brisera la malédiction du peu d'engouement des petits Français pour le sport. Alors que les équipements de sports pullulent en France, que les associations lucratives ou non à buts sportifs sont pléthoriques, que les dépenses du ministère concerné n'ont jamais été aussi élevées, que les ventes de survèt/casquettes/baskets pulsent vigoureusement dans tout le pays, les Français ne font pas de sport, zut et zut. Penser que c'est pour des raisons de coûts (et de non remboursement) c'est tout de même faire preuve d'un manque cruel d'imagination. Et puis, vouloir forcer le sport à tous et toutes, par tous les moyens possibles, dès le plus jeune âge, cela continue de faire penser à cette manie qu'ont certains régimes de vouloir des gens tous en excellente santé parce que les vieux, les mal fichus et les faibles détonent dans le tableau, et coûtent un pont aux autres...
Enfin, cette idée qu'il faut, in fine, un médecin pour s'occuper de vous, un coach pétillant et vitaminé pour vous conduire dans une vie plus fruitée, plus colorée, plus bondissante et évidememnt plus citoyenne, c'est tout de même foutrement déresponsabilisant : encore une fois, l'Etat va ici s'interposer entre les individus et leur santé, au motif que si celle-ci se détraque, c'est d'autant plus leur faute que cela sera facturé à toute la collectivité. Et dans sa grande bonté doublée d'un parfait aveuglement, l'Etat va donc piocher dans les poches des uns pour que d'autres puissent faire du trampoline, du stepping ou de la zumba.
D'Orwell et de Huxley, c'est finalement Huxley qui avait raison : le communisme ou collectivisme brutal, tel que l'envisageait Orwell, a misérablement échoué. Le collectivisme douillet, qui enrobe et étouffe doucement les individus dans une épaisse couche de gentillesse gluante, comme le décrivait Huxley, fonctionne bien et les gens qui le subissent foncent vers l’abîme la tête légère (ou baignée d'anxyolitiques). La proposition de l'Académie de Médecine n'en est qu'un nouvel exemple.

La culture selon Filippetti

La ministre de la culture, Aurélie Filipetti, considère que la culture n’est pas compatible avec le marché. Vraiment ?

Sinistre de l'inculture
Quand j’avais 12 ans, il y avait chez mes parents un petit tourne-disque et 5 disques en vinyle : Charles Aznavour, Enrico Macias, Claude François et Yves Montand. Aujourd’hui, mon fils de 12 ans collectionne dans son Ipad plus de 1000 titres (jazz, pop, rock, techno). Pourtant, la ministre de la culture, Aurélie Filipetti, considère tranquillement que la culture n’est pas compatible avec le marché. Certes, les socialistes ne sont pas à une bêtise prés. Mais, le problème, c’est qu’ils détiennent tous les pouvoirs en France.
Pour ma part, je considère que la culture n’est pas compatible avec le pouvoir qui implique contrainte, soumission et monopole. Un artiste, pour être accepté par le marché, doit trouver son public. Alors les socialistes me rétorquent que le public n’est pas éduqué. Mais n’est-ce pas pourtant l’État qui a la mission et le monopole de l’éducation des masses ?
Pardonnez-moi, madame la ministre, mais les Beatles, Elvis Presley, Pink Floyd ou Michaël Jackson sont nés dans les pays capitalistes où les gens sont libres et non pas dans les régimes socialistes où les gens sont « éduqués »… ou internés. À aucun moment, ces artistes n’ont quémandé de subventions (auprès de qui d’ailleurs ?) et ils sont simplement partis à la rencontre du public, salles après salles, concerts après concerts, qu’ils ont conquis pour l’éternité.
Dans les années 70, les intellectuels suédois ont fustigé le groupe Abba parce que ce groupe gagnait de l’argent en faisant du disco. Quelle horreur ! Il est vrai que le succès planétaire du groupe était tel que les ventes de disques ont contribué à redresser la balance commerciale de la Suède. Mais, pour les socialistes, Abba gagnait de l’argent, ce qui n’était pas compatible avec la culture. Aujourd’hui, quarante ans plus tard, on joue tous les soirs à Londres à guichet fermé la comédie musicale Mamamia qui met en scène les chansons d’Abba, et personne ne remet plus en cause l’apport musical de ce groupe. Même le chanteur du groupe U2 leur a rendu un vibrant hommage. Mais les socialistes ont toujours été, en ce domaine, très ambivalents. Ils portent toujours aux nues le peuple, croyant parler en son nom, mais ils sont les premiers à dénigrer ses choix et ses goûts culturels. Il est vrai que les gens préfèrent écouter du disco que Pierre Boulez.
En fait, si se nourrir est un besoin physiologique, la façon de répondre à ce besoin vital est aussi un acte culturel, car manger est un art de vivre. Or, il y a un marché pour McDo, et il y a un marché pour la gastronomie française ou italienne. Grâce à la mondialisation, à Londres, Paris ou Perpignan, on peut goûter la cuisine chinoise, thaï, libanaise ou corse. Jamais, nous n’avons eu autant de diversité. Pourtant, il y a toujours de beaux esprits pour affirmer que la mondialisation détruit la diversité culturelle. Mais les esprits étriqués croient que le monde est étriqué alors que c’est leur vision du monde qui est réductrice.
On nous parle toujours de l’impérialisme linguistique pour masquer notre inaptitude structurelle aux langues vivantes. Sous l’empire romain, les artistes parlaient le latin. À la cour de Louis XIV ou du Tsar, les artistes et les penseurs s’exprimaient en français. Aujourd’hui, il est suicidaire de s’exclure de l’anglais. John Lennon a affirmé un jour que, sous l’empire romain, le centre culturel était à Rome mais qu’aujourd’hui, il était à New-York. Alors nos chanteurs officiels, mondialement méconnus, se réfugient derrière l’exception culturelle, à l’abri des quotas de diffusion et des subventions, en invoquant la barrière linguistique et la beauté de la langue française (qu’ils massacrent allègrement au passage).
Mais Maurice Chevallier, Charles Trenet, Charles Aznavour ou Yves Montand ont eu une carrière mondiale, ponctuée par de nombreuses tournées américaines où ils ont fait rayonner la langue française. Les américains adorent comme ils ont récemment adoré Jean Dujardin dans The Artist. Elton John lui-même avait beaucoup d’admiration pour Michel Berger.
En fait, les marchés sont pluriels tandis que l’État se conjugue au singulier. Il y a des marchés pour le « pinard » et il y a des marchés pour les grands Bordeaux. Et ces marchés ne sont pas cloisonnés car la même personne peut, selon ses envies et les circonstances, goûter et apprécier tous ces produits. Il en est de même dans la musique ou le cinéma où se côtoient les majors et les labels plus confidentiels.
On n’invoque alors la puissance hégémonique américaine. Mais Hollywood est une toute petite ville et l’annuaire des professionnels du cinéma américain n’est pas plus gros que l’annuaire des Pyrénées-Orientales. D’ailleurs, au moment où les frères Lumières en France inventaient l’appareil cinématographique, des immigrés italiens ont fondé à Hollywood les premiers studios cinématographiques tandis qu’un inconnu nommé Walt Disney, dans son atelier, photographiait des dessins pour produire Blanche-Neige, le premier dessin animé long-métrage. Depuis, l’empire Disney a inventé les premiers parcs d’attraction touristique et a basculé au numérique avec l’achat des studios Pixar.
On me dit alors que la culture n’est pas une marchandise. C’est exact et c’est même un truisme ! Mais l’accès à la culture serait le seul fait d’une élite privilégiée sans la généralisation de ses supports matériels que sont les DVD, les livres ou le numérique. Or, la production et la distribution de ces supports (les produits culturels) obéissent à une logique marchande, pour notre plus grand bénéfice à tous. Pareillement, grâce aux entreprises japonaises, les guitares électriques sont désormais accessibles à tous, et notamment aux enfants, tandis que seuls les guitaristes professionnels peuvent s’offrir le rêve de jouer sur une Gibson ou une Fender. À ce propos, je vous mets au défi de me trouver une entreprise française qui fabrique des guitares électriques (ou tout autre instrument ou matériel de musique d’ailleurs). C’est pourtant une inépuisable source d’emplois (mais veut-on vraiment travailler en France alors que l’on s’échine à asphyxier un à un tous les gisements d’emplois).
Cependant, comme toujours, l’État est très contradictoire à ce sujet. Quand le prix d’une place de concert est exorbitant, il va dénoncer le marché et la dictature de l’argent qui exclut les plus pauvres (il prend donc la défense du consommateur). Mais quand on peut désormais télécharger gratuitement des films ou de la musique, il va dénoncer cette gratuité qui menace le revenu des artistes (et prend donc la défense du producteur). Les artistes sont des travailleurs comme les autres et doivent donc vivre de leur travail vivant (les concerts, le spectacle vivant) que l’on ne pourra jamais télécharger tandis que la diffusion la plus large possible des œuvres permet de faire connaitre les artistes.
Dois-je enfin rappeler à notre ministre de la culture que la première œuvre littéraire majeure, l’Iliade et l’Odyssée, qui met en scène la guerre, l’amour, des cyclopes et des sirènes, a été écrite pour distraire les gens (les faire rêver, les effrayer, les faire pleurer) et non pour flatter les puissants.
Les socialistes sont si aveuglés par l’idéologie qu’ils refusent de voir la réalité du monde tel qu’il est, préférant nous imposer leur monde tel qu’ils le rêvent. Mais le rêve des uns tourne souvent au cauchemar pour les autres. Dans le régime national-socialiste, l’art officiel avait pour fonction de flatter le Reich et le Führer tandis que les livres hérétiques étaient brûlés. Dans le régime socialiste soviétique (encore du socialisme), l’art officiel avait pour fonction de célébrer la révolution prolétarienne et l’ardeur au travail au service des objectifs du plan (stakhanovisme). Dois-je rappeler enfin que la révolution « culturelle » initiée par Mao a consisté à exécuter les intellectuels chinois tandis que, dans les salons parisiens, les intellectuels faisaient l’apologie du maoïsme ? En fait, le bilan du socialisme culturel est aussi affligeant qu’effrayant. Pourtant, les manuels d’histoire officiels ne l’enseignent guère, préférant fantasmer sur « l’horreur libérale ».
L’art officiel n’a laissé rien de beau (tout y était même laid) tout comme la science officielle ou l’information officielle débouche sur la propagande, le contraire de la connaissance. Au fil des siècles, seules la foi, la passion et la  liberté furent les plus puissantes sources d’inspiration et de créativité artistiques et elles ne seront jamais compatibles avec l’idéologie, le pouvoir et le monopole. Vous l’aurez compris, quand les socialistes parlent d’économie, ils font bondir l’économiste que je suis ; mais quand ils parlent de culture, ils font hurler le musicien que je reste.
Il est désormais bien loin le temps où le Général de Gaulle savait s’entourer du plus brillant économiste français, Jacques Rueff, et du plus grand ministre de la culture, André Malraux, que la France a connu.

Le paquet compétitivité

Le paquet compétitivité


C'est un trop grand pas d'affirmer que le Premier ministre a gardé l'essentiel du rapport Gallois. Certes, il lui a épargné l'affront de la poubelle où il serait allé rejoindre ses cousins Attali et Pébereau, mais le document a été raboté de bien de ses aspérités politiques. Le choc devenu pacte, comme le souhaitait François Hollande, évite une seconde secousse après la première salve de rigueur budgétaire. Il envoie aussi quelques signes d'apaisement à la gauche du parti socialiste braquée contre l'allégement de charges aux entreprises. Entre la peur d'un coup fatal porté à la demande, donc à la relance, et la lourde dégradation du produit intérieur brut de la France, la voie était escarpée pour Jean-Marc Ayrault.
Les annonces de Matignon marquent une indéniable volonté de donner un peu d'air frais aux industries et à la création d'emplois. Même s'il y a fort à parier que ni du côté du patronat, ni de celui des syndicats on ne trouvera son compte dans ces décisions. Le Medef leur reprochera en particulier l'effet différé et mou des aides à l'innovation et à la recherche peu adaptées à l'urgence qu'il y a de regagner des marchés.
Après avoir laissé entendre qu'il ne se sentait pas engagé par le rapport Gallois, le président de la République surprend la droite en décidant de la mise en 'uvre de 20 milliards de crédit d'impôts et d'une augmentation de la TVA à laquelle pourtant il ne devait pas toucher. Il montre ainsi du doigt la mauvaise foi du procès d'intention qui lui était fait par anticipation. L'autre habileté de ce paquet compétitivité est d'éviter une distribution générale d'argent aux entreprises par la baisse du coût du travail et de toujours possibles fuites dans le dispositif. Mieux ciblé le crédit impôt recherche leur crée une obligation d'investissement en France et les oblige à faire la preuve de leur engagement dans la création d'emplois.
Il ne peut y avoir de relance sans investissement à long terme et sans une politique qui garantisse la qualité des services publics. La compétitivité passe aussi par la qualité de la formation, des infrastructures et la qualité de vie dans les territoires. La compétitivité se fera au détriment de la relance si elle en est l'élément unique.

Ayrault peut enterrer le rapport Gallois : il est mauvais

La vérité est que ce rapport est extrêmement décevant, convenu, passéiste : une véritable sclérose en matière de politique économique dans le pays.
Le tant attendu rapport de Louis Gallois sur la compétitivité a fini par être publié. Les médias ont fait leur une sur la seule proposition dérangeante : la diminution de la dépense publique. Et encore, ce point apparaît au milieu d'une proposition de diminuer les charges sociales, qui se traduirait également par un simple report des prélèvements vers d'autres personnes. La vérité est que ce rapport est extrêmement décevant, convenu, passéiste. Le mot qui vient à l'esprit, peut-être est-il un peu fort, est la sclérose. Une véritable sclérose en matière de politique économique dans le pays.

Toumou et le seul patron de gauche qui s'y soit collé.
Il y aurait beaucoup à écrire. Le rapport est basé essentiellement sur l'interventionnisme, accuse la concurrence internationale, la politique monétaire, bref, les poncifs habituels. Rien de nouveau. Mais c'est dès le titre que ce rapport est si décevant, et l'orientation définie par ce titre ne peut que le mener vers les mauvaises conclusions habituelles. Ce rapport s'intitule : « Pacte pour la compétitivité de l'industrie française».
Tout est dit dans le titre. Ce n'est pas un pacte pour la compétitivité de l'économie française. Non, seule l'industrie est digne d'intérêt. La France a les yeux rivés sur l'Allemagne voisine, et ne voit que la réussite de son industrie. Et oublie totalement la plus grande puissance mondiale, qui écrase le monde de son hégémonie : les USA. Quelle est la part de l'industrie dans le PIB US ? Selon le Bureau of Economic Analysis, du département du commerce des USA, cette part s'élevait à 12,2%, hors construction, en 2011. Comme en France, donc, puisque, selon le rapport de Louis Gallois, la part de ce secteur s'élevait à un peu moins de 12,5% dans notre pays en 2011.
Les USA sont en crise à cause de leur politique monétaire, de la politique du crédit facile. Mais ils restent le moteur de l'innovation en économie.
Il est convenu de dire que c'est l'industrie qui mène l'économie. Pourtant, c'est plutôt l'inverse qui est observé. Ainsi, l'industrie a besoin des services pour proposer de nouveaux produits, et donc perdurer. Ce sont des services de recherche, des logiciels, des études. Aujourd'hui les jouets Lego intègrent de l'électronique. Il y a donc un logiciel à l'intérieur. Il a fallu utiliser un logiciel pour les concevoir. Les moteurs automobiles intègrent de plus en plus d'électronique. C'est une entreprise de l'immatériel, Google, qui a conçu la voiture sans conducteur autorisée à circuler en Californie. Les voitures sont conçues grâce à des logiciels, qui réduisent le coût de conception. Les avions, merveilles industrielles, dépendent complètement des logiciels pour leur pilotage de nos jours. Un Rafale est trop instable pour voler sans ses programmes informatiques. Sans ces logiciels, qui sont inclus dans les statistiques de services, d'immatériel, l'industrie ne serait pas aussi dynamique.
Prenons également un exemple de la nouvelle économie, la société de vente sur internet Amazon. Amazon, ce sont des investissements dans des entrepôts, de la logistique. Elle achète des services de transport. Elle gère des serveurs informatiques, qui génèrent des besoins en construction, en maintenance. Amazon est un moteur pour l'économie. De même, les mobiles d'Apple, comme le système d'exploitation Androïd de Google, entraînent la création de nouvelles sociétés, de nouvelles activités. Youtube de Google permet à des particuliers, à des entreprises, de diffuser des films, des sketchs, et de gagner de l'argent ainsi. Ce qui entraîne des besoin en énergie, des besoins en serveur, des besoins en technologie, en constructions. De la croissance. C'est la nouvelle économie qui tire la croissance, pas l'industrie.
L'économie peut se développer de différentes manières. Si l’État veut vraiment intervenir, autant développer les atouts du pays. Par exemple, le tourisme et l'art de vivre pour la France. Notre pays a une richesse incroyable en ce domaine, et reconnue dans le monde entier. Les esprits chagrins se moqueront. Mais une des grosses multinationales américaines ne s'appelle-t-elle pas The Walt Disney Company, qui gère des parcs d'attractions, des hôtels ? Qu'est-ce-qui qui fait la richesse de Las Vegas ?
La France a une entreprise comme Louis Vuitton, qui n'a rien d'une entreprise artisanale. Elle a sa richesse gastronomique, ses spécialités qui peuvent se vendre dans le monde entier. Il y a du potentiel. Et, surtout, le potentiel de soutenir l'économie. Et, même, de soutenir les nouvelles technologies !
Ainsi, une recherche sur les agences web montre qu'il y en a un certain nombre plus ou moins spécialisées dans le secteur du tourisme. Ce qui est fort logique, car les ventes se font sur internet. Cela signifie des sites vitrines, des systèmes de réservation, de paiement.
Last but not least, que fait Citroën pour développer une image de constructeur haut de gamme en Chine, pour sa gamme DS ? Il prend un concept car, Numéro 9, et le photographie dans les lieux typiques de Paris, capitale du luxe et de l'art de vivre pour les chinois. Le tourisme au secours de l'automobile. Les USA ont une image puissante, qui sert leur économie. La France dispose de tels atouts.
Le rapport de Louis Gallois ignore totalement tout cela. Ce rapport est tourné vers le passé. Il refuse l'avenir. Il refuse l'innovation, l'évolution. Il ressasse les opinions d'énarques, d'X-Mines, qui ne connaissent rien à l'économie.
Le problème de la France, c'est qu'on considère que c'est la politique industrielle qui a permis le rattrapage économique du pays dans les années 50-60. Alors que c'est le déferlement de produits nouveaux, de magasins nouveaux, de nouveaux modes de vie, qui en sont à l'origine. La France s'est ouverte à la nouveauté. Elle a connu une accélération du changement. Elle a adapté sa législation, ses règlements, à la nouvelle économie de l'époque. Elle avait une attitude plus pragmatique.
Aujourd'hui, elle fait l'inverse. Elle se replie sur elle-même, sur ses dogmes, sur son idéologie. Elle veut faire entrer la nouvelle économie dans son cadre de pensée, au lieu de surfer sur la vague du changement, du progrès.

Un virage et un pari

Un virage et un pari 


Jean-Marc Ayrault peut remercier Louis Gallois. L'encre à peine sèche, son rapport offre au Premier ministre l'occasion de rebondir à travers un plan qui place l'opposition face à son bilan. Et qui permet d'oublier certaines promesses électorales.
En qualifiant le plan compétitivité d'emblématique et en estimant les vingt milliards de crédit d'impôt plus efficaces que ses propres préconisations, ce grand patron délivre au gouvernement, qui en avait besoin, un brevet de crédibilité.
Les 35 mesures retenues, parmi lesquelles une baisse équivalant à 6 % du coût du travail, constituent en effet un arsenal ambitieux. Si ambitieux qu'il est analysé, selon le point de vue, comme un choc de compétitivité, un coup de bambou pour le consommateur ou un chèque en blanc aux entreprises.
Assez ambitieux donc, et habile. Sur le terrain politique, le « pacte » gouvernemental retire des arguments à la droite - elle avait trop vite prédit l'enterrement du rapport Gallois - quitte à contredire le candidat Hollande sur quatre points. Il reconnaît l'existence d'un gros problème de compétitivité. Il considère comme importante la question du coût du travail. Il juge indispensable de relever la TVA de plus de six milliards. Et il baisse la dépense publique de dix milliards.
Trop, trop peu, trop tard ?
Habile aussi sur le plan économique et social : il allège le coût du travail, sans toucher aux salaires ni au financement de la protection sociale, et soigne l'environnement des entreprises. Il instaure une fiscalité antidélocalisation, mais qui ne porte surtout pas le nom, tant décrié, de la TVA sociale de Nicolas Sarkozy. Il efface, sans le dire, une partie du fardeau fiscal infligé aux entreprises. Il fait payer le consommateur, moyennant une dose de justice fiscale. Il alourdit les taxes dans le bâtiment et la restauration - et donc la facture - mais il en corrige l'effet en allégeant le prix de la main-d'oeuvre.
Un modèle de perfection, le « pacte » Ayrault ? Pour en juger, il faudra répondre par l'affirmative à plusieurs questions.
S'il y a urgence, pourquoi attendre le budget 2014 ? Même si toutes les entreprises, bénéficiaires ou déficitaires, auront la possibilité de faire figurer le crédit d'impôt dans leur bilan 2013, ce crédit, jugé complexe et insuffisant, ne sera décaissé par le Trésor qu'un an après.
Qu'en feront les entreprises ? L'absence de conditions, malgré une plus grande transparence, n'empêchera pas de privilégier l'actionnaire, de licencier, voire de délocaliser. Le Premier ministre fait ainsi le pari de l'incitation et du civisme dont on ne mesurera qu'a posteriori les effets sur l'innovation, l'emploi et les prix.
Qu'en penseront les Français, sensibles à toute hausse de la TVA ? Si ce plan a sa cohérence, il est difficile de suivre un pilotage fiscal qui joue, un jour sur le frein, le lendemain sur l'accélérateur de la croissance.
Quelle majorité pour le voter ? Moins indulgente que le patronat, la droite promet un combat parlementaire acharné. Moins compréhensive que les syndicats réformistes, la gauche de la gauche rejettera un dispositif qui taille dans la dépense publique, d'ailleurs sans dire où, et qu'elle présente comme un cadeau aux patrons. Les optimistes y verront la preuve du meilleur équilibre possible.

mardi 6 novembre 2012

Les 75%, un impôt bête et méchant

Faire contribuer les super-riches à l’effort de réduction des déficits n’est pas incongru. Mais vu le taux retenu, cette taxe pourrait se révéler un bien mauvais calcul.
François Hollande les a surnommées «les pleureuses». En l’occurrence, personne ne versera une larme sur le sort de ces stars du business ou du show-biz venues quémander la clémence du président. Et pas Capital, en tout cas, dont la rédaction est la seule à évaluer chaque année le rapport qualité-prix des grands patrons et à pointer les rémunérations excessives au regard des performances. Mais fallait-il créer une taxe pour ramener les dirigeants à plus de raison ? Fallait-il appliquer un taux exceptionnel de 75% sur les revenus dépassant le million d’euros annuel – record du monde en la matière – pour les punir ? Cet impôt sanction décidé sur un coin de table pendant la campagne présidentielle est peut-être habile politiquement. Sur le plan économique, il devrait rapidement révéler sa vraie nature : bête et méchante.
Quels sont les revenus imposés ? Les artistes et les sportifs, à la fiche de paie en dents de scie, espéraient y échapper. Les patrons pensaient pouvoir rabioter quelques avantages, par exemple en calculant le revenu par foyer fiscal et non par personne. Les avocats d’affaires ont fait quelques effets de manche. François Hollande a tranché : tous les revenus du travail seront concernés et aucune part ou demi-part ne viendra diminuer l’assiette. Sauf ajustement de dernière minute au Parlement, qui examinera le texte à l’automne, tomberont donc sous le coup de cette taxe les revenus fixes et les bonus des salariés, les bénéfices non commerciaux des professions libérales et les cachets et droits d’auteur des artistes. En revanche, ni les stock-options, ni les actions gratuites, ni les dividendes ne seront intégrés, ce qui constitue pourtant le plus gros des rémunérations des super-riches. Mais il est vrai que le gouvernement réserve à ces revenus du capital un traitement fiscal (corsé) à part. Dernière certitude, la taxe sera applicable dès la déclaration des ­revenus 2012 et restera en vigueur (au moins) deux ans.
Pourquoi cet impôt ne va pas rapporter grand-chose. Peu de contribuables, une assiette fiscale étroite. Pas besoin de travailler aux impôts pour deviner que les recettes seront minces. A peine 200 à 300 millions d’euros par an, selon François Hollande lui-même. C’est un peu court pour combler les déficits publics… «Peu importe le rendement, confesse un conseiller à Bercy. L’idéal serait même qu’il soit nul. Cela voudrait dire qu’il n’y a plus de rémunérations indécentes.» Message transmis aux comités des rémunérations des grands groupes, aux producteurs de cinéma ou à l’éditeur de Marc Levy (ah  non ! lui vit à New York). Quitte à demander un effort aux plus aisés, «il aurait mieux valu porter le taux marginal à 50%, comme au Royaume-Uni, note un patron du CAC 40. Chacun aurait trouvé cela normal en période de crise et les caisses de l’Etat se seraient remplies bien davantage». Alors, combien devront débourser en plus nos millionnaires (déjà soumis à un nouveau taux marginal d’impôt sur le revenu de 45%) ? Pour un Christophe de Margerie, chez Total, le chèque serait de 365 000 euros, pour Jean-Paul Agon, chez L’Oréal, de 520 000 euros, pour Denis Hennequin, chez Accor, de 227 000 euros.
Comment les riches pourront-ils y échapper ? Pour cette année, c’est cuit, le gros des rémunérations ayant déjà été versé. Des parades sont envisageables dès 2013. «Les groupes vont ­pratiquer de plus en plus le “split ­salary”», pronostique Jean-Yves Mercier, avocat associé chez CMS Bureau Francis Lefebvre. Explication : les hauts managers travaillant beaucoup à l’étranger se feront payer dans différents pays, de préférence à fiscalité douce, là où leur société dispose de filiales. Au final, ils ­seront taxés en France sur une partie réduite de leur revenu total. Un Carlos Ghosn touche d’ores et déjà beaucoup plus chez Nissan au Japon que chez Renault à Paris. Certains oseront-ils aller plus loin en changeant de résidence fiscale ? Info ou intox, des rumeurs de déménagement des états-majors de LVMH à New York ou PPR à Londres ont circulé depuis cet été. Peu crédibles, vu le nombre de personnes impliquées. Des déménagements au cas par cas semblent plus plausibles. L’exemple de Jean-Pascal Tricoire pourrait faire école. Le président de Schneider Electric s’est installé il y a un an à Hong Kong pour gérer au plus près ses marchés les plus dynamiques. Un départ, antérieur à la taxe donc, justifié par des considérations économiques. Ce dirigeant nous a d’ailleurs précisé qu’il payait encore des impôts en France. Mais les revenus à Hong Kong étant taxés à 17%, on espère pour lui qu’il s’est renseigné…
La fuite des "forces vives" relève-t-elle du fantasme ? C’est le chiffon rouge agité par le Medef. Le pays serait menacé d’une nouvelle forme d’exil fiscal. Après la fuite des rentiers – l’ex-patron de L’Oréal, Lindsay Owen-Jones, serait récemment passé en Suisse, tandis que l’ancien banquier Amaury de Sèze aurait choisi la Belgique – ce sont les entrepreneurs et les cadres à haut potentiel qui pourraient décamper. Car la taxe à 75% vient s’ajouter à une série de coups de massue fiscaux : hausse de l’ISF, de la fiscalité sur les dividendes, nouvelle tranche fiscale à 45% à partir de 150 000 euros de revenus annuels… «Même certains jeunes créateurs qui ne sont pas concernés par ces mesures me disent préférer se lancer à l’étranger, assure Olivier Duha, président de CroissancePlus, une association de start-up innovantes. Or ils participent au premier rang à la création de richesses dans notre pays.» Difficile cependant d’estimer les dégâts pour l’économie. Sauf peut-être pour les clubs de foot français. «S’ils veulent conserver leurs vedettes, ils devront dépenser trois fois plus qu’aujourd’hui pour maintenir leurs salaires actuels après impôts», calcule Bastien Drut, économiste du sport. Pas sûr qu’ils aient les moyens de s’aligner.
La taxe a-t-elle un effet repoussoir à l’étranger ? La Ligue 1, on l’a vu, aura du mal à recruter de nouvelles stars l’an prochain. De même, les ténors du CAC 40 qui souhaitent attirer des talents étrangers dans leurs comités de direction devront trouver la parade. «Soit il faudra les payer plus cher, soit il faudra faire une croix sur eux», prévient Diane Segalen, directrice du cabinet de chasseurs de têtes Segalen + associés. Mauvais pour l’image du pays. Pour mesurer cet effet repoussoir, il suffit de lire la presse étrangère, qui, à 54%, juge négativement cet impôt. En revanche, les Français l’approuvent à 60%. «Quand j’ai annoncé à mes actionnaires japonais cette nouvelle taxe, ils ne m’ont pas cru», raconte Pierre Kosciusko-Morizet, le fondateur de PriceMinister. Allez, ça ne devrait durer que deux ans. En principe.

Interdiction de se défausser

Interdiction de se défausser 


Le déjà très fameux rapport Gallois est enfin dans les mains du Premier ministre, après avoir été divulgué, par bribes, à travers de multiples fuites. Comme prévu, le document invite à un « choc de compétitivité » : une réduction de 30 milliards d’euros de charges sociales. Potion qui se veut magique, mais potion brutale.
Le gouvernement – il l’a déjà annoncé même si les mesures exactes restent à préciser – préfère un cocktail plus homéopathique, mais plus facile à ingurgiter après le breuvage fiscal déjà très indigeste de la loi de finances 2013. Choix économique, mais aussi politicien : la gauche ne veut pas donner le sentiment qu’elle reprend trop vite, trop fort, à son compte, un leitmotiv, celui de la chasse aux charges, que le patronat entonne depuis des décennies et qu’il a repris haut et fort ces dernières semaines, trop fort peut-être.
Politicien encore, le fait de récuser une autre préconisation de Louis Gallois, la reprise des recherches sur l’exploitation des gaz de schistes. Niet, a répondu Matignon illico, afin de prévenir un schisme avec les écologistes. Ils sont farouchement hostiles à cette technique, certes controversée à ce stade, mais dont l’abandon pur et simple nous privera peut-être, demain, de précieuses ressources énergétiques.
Si le gouvernement en reste à cette approche « politicienne », c’est-à-dire simplement tactique, le pire est à craindre. La France continuera à perdre pied dans la compétition internationale, et le chômage poursuivra sa courbe ascendante. Mais il y a une autre façon de pratiquer, en faisant, précisément, de la « politique », dans son acception la plus noble, au service des intérêts supérieurs du pays. C’est le moment idéal, autour d’un enjeu sur lequel tout le monde s’accorde.
Électrochoc ou médecine douce ? Les choix sont peut-être moins antagonistes qu’il n’y paraît. Les 22 propositions du rapport Gallois ne sont pas à cocher mécaniquement comme les articles d’un catalogue, et il n’est pas nécessaire de tout arbitrer en quelques jours dans le moindre détail. Mais le cap, avec des choix courageux, est à définir rapidement et il appartient au chef de l’État. François Hollande a désormais toutes les cartes en main. 
Avec interdiction de se défausser.

Le poids de la crise, le choc Gallois

Le poids de la crise, le choc Gallois


« Encore un rapport, un rapport pour rien » aurait pu chanter Jean-Jacques Goldman. Arno, le chanteur de « putain, putain, nous sommes tous des Européens », répond dans son dernier album « Let the money die » (« laissez mourir l'argent »). Une façon de dire que les experts peuvent bien pondre autant de rapports que les gouvernements veulent bien financer, il ne faut pas avoir dirigé la SNCF ou EADS pour constater qu'il n'y a plus de sous dans les caisses et que pour les remplir il faut soit dépenser moins, soit gagner plus ! Avec son choc, Gallois – tel le coq gaulois capable de chanter même quand il a les pattes dans le fumier – ne fait que répondre à une demande d'éclairage d'un gouvernement qui n'a que trop tardé à se réveiller face à la crise économique. La façon de distiller les conclusions de ce rapport en avant-première, hier dans les médias, avant le discours du Premier ministre aujourd'hui, montre que le pouvoir se noie dans son indécision. Il voulait tester l'opinion une dernière fois (?) avant de prendre des mesures. François Hollande a bien compris qu'il fallait abaisser le coût du travail, mais il ne veut pas envisager de financer d'éventuels allègements de charges par des baisses de dépenses publiques plutôt que par des prélèvements nouveaux. Il a essayé de gagner du temps. Louis Gallois a pris son rôle au sérieux mais sera, comme Attali et bien d'autres avant lui, sans doute déçu de ce qu'il adviendra de ses propositions. Son « choc de confiance », ses 22 propositions, sont un appel au courage et au bon sens. Des valeurs rarement partagées au plus haut niveau de l'État.

La grande contradiction du gouvernement sur la TVA

Après être revenu sur la «taxe anti-délocalisation» mise en place par Nicolas Sarkozy, l'exécutif se résout à recourir à une augmentation de la TVA. La droite savoure déjà ce flagrant délit de revirement.

Les amateurs, tête vide et langue de bois
Souvent, politique varie. L'exemple de la TVA sociale est édifiant. La mesure, qui consiste à financer un abaissement des cotisations sociales payées par les entreprises par une hausse de la TVA, avait été vivement critiquée par la gauche lorsque Nicolas Sarkozy en avait proposé la mise en œuvre, en janvier dernier. La voilà remise au goût du jour par le gouvernement socialiste, qui prévoit une hausse du taux principal de 19,6 à 20% et du taux intermédiaire de 7 à 10% à partir du 1er janvier 2014. De quoi financer la moitié des 20 milliards d'euros de crédits d'impôts accordés aux entreprises pour relancer leur compétitivité.
L'augmentation de la TVA, financièrement efficace - un point de TVA au taux intermédiaire représente un gain de 1,1 milliard d'euros pour l'État - n'en est pas moins politiquement périlleuse pour le gouvernement. Car elle va à l'encontre de tout ce qui a été dit et répété par les socialistes tout au long de la campagne présidentielle. À l'annonce par Nicolas Sarkozy d'un relèvement de la taxe, le PS n'avait pas hésité à parler de «mesure anti-pouvoir d'achat» et «antisociale». Son argument? La TVA, à l'assiette très large, étant «payée par tous les Français», son relèvement est donc «injuste socialement».
«C'est une machine à réduire le pouvoir d'achat des plus modestes», attaque en janvier Najat Vallaud-Belkacem, alors porte-parole de campagne de François Hollande. Et Martine Aubry de renchérir: «Nicolas Sarkozy a commencé en aidant les plus privilégiés, avec notamment le bouclier fiscal, et il termine en faisant payer les classes populaires et moyennes», lance alors la patronne du PS, dénonçant une «erreur économique et une profonde injustice sociale». Même Manuel Valls, qui s'était prononcé lors de la primaire socialiste pour la mise en place d'une TVA sociale, se résout à dénoncer une mesure «contre-productive», empêchant «toute possibilité de reprise par la consommation».

«L'option TVA est totalement écartée»

Petit à petit, la dénonciation de la «TVA Sarkozy» devient l'un des angles d'attaque favoris de François Hollande contre son adversaire. Le candidat socialiste défend dans son projet de réforme fiscale une fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG et promet de revenir sur la hausse de la TVA, qu'il juge «injuste» et «inconséquente». Ce qu'il fait, une fois élu, dans le cadre du projet de loi de finances rectificatif adopté en juillet. «S'il y avait eu cette augmentation de la TVA telle qu'elle avait été votée, c'était 1,6 point de TVA, 11 milliards d'euros qui étaient prélevés sur les Français, qui aurait affaibli encore la croissance, mis des personnes au chômage, amputé le pouvoir d'achat: je m'y suis refusé», explique-t-il lors de son allocution du 14 Juillet.
Mais le nouveau chef de l'État doit rapidement s'atteler à l'épineux dossier de la compétitivité des entreprises. Dès juillet, la Cour des comptes se prononce pour une hausse de la TVA. Suivie en ce sens par Louis Gallois, chargé pendant l'été d'élaborer des mesures permettant de réduire le coût du travail. Mais jusqu'au bout, le gouvernement semble exclure une telle hausse. «L'option TVA est totalement écartée, en l'état il n'y a pas de projet de l'augmenter d'ici à la fin du quinquennat, les choses sont claires», jure en septembre Alain Vidalies, ministre en charge des Relations avec le Parlement. Puis Pierre Moscovici intervient en personne: «Dès lors que nous avons supprimé la TVA sociale, nous n'allons pas la rétablir», jure le patron de Bercy.
Au pied du mur, le gouvernement a finalement choisi de recourir à une hausse modérée de la taxe. Tout l'enjeu pour Jean-Marc Ayrault est désormais d'expliquer que cette «restructuration» de la TVA n'a rien à voir avec l'augmentation voulue par Nicolas Sarkozy. Matignon insiste déjà sur la baisse du taux réduit sur les produits de première nécessité, qui passera de 5,5 à 5%. Suffisant pour faire avaler la pilule à la gauche de la majorité, qui craint un effritement de la consommation? Dans une interview donnée lundi au Figaro, la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann prenait les devants en avertissant qu'une hausse de la TVA entraînerait une réaction «très négative» de l'aile gauche du PS, dont elle fait partie. De son côté, l'UMP se réjouit déjà des contradictions affichées par le gouvernement.

Pour devenir riche, devenez conseiller ministériel !

Le salaire moyen d'un conseiller ministériel du gouvernement Ayrault dépasse les 10 000 € dans de nombreux cas, alors que François Hollande promettait une république exemplaire.
Vous vous souvenez certainement que Monsieur Hollande, à l’époque concubin de la candidate socialiste à l’Élysée, avait déclaré qu’il considérait que quelqu’un était riche à partir de 4000€ par mois. Eh bien que les mauvaises langues qui disent que les socialistes aiment tellement les pauvres qu’ils les multiplient ravalent leurs fiel, le gouvernement vient de communiquer au Parlement le « jaune budgétaire » présentant les effectifs des cabinets ministériels et les montants affectés aux rémunérations. Il n’y a que des double-riches !

  • Le salaire moyen d’un collaborateur de Manuel Valls, ministère de l’Intérieur, s’élève à près de 10 200 euros brut par mois. La délinquance ne rapporte visiblement pas qu’aux délinquants…
  • Chez Jérôme Cahuzac, au Budget, les 9 membres du cabinet bénéficient d’une rémunération moyenne de 10 153 euros par mois. Et tant pis s’il faut emprunter en fin d’année pour pouvoir les payer !
  • Qui a dit que le redressement productif d’Arnaud Montebourg était un fiasco ? Voici déjà 11 cas de redressement à 10 022€ pièce en moyenne. Seront ils « productifs » ?
  • Fidèle à sa politique de réinsertion,  Christiane Taubira offre 9 556 euros. Tout le monde sait que de bons revenus sont les meilleurs remparts contre la délinquance. Déjà 7 personnes profitent de ce programme inédit. Au dernier pointage, 67 154 attendent d’être à leur tour embauchés…
  • Matignon est chiche. « Seulement » 9 694 euros par mois et par personne... Que 7 fois le smic ! Mais, conformément à la politique de « partage du travail », c’est la bagatelle de 63 collaborateurs du Premier ministre qui profitent de cette rémunération de misère. Ce qui, tout de même, représente un « budget rémunérations » annuel de plus de 7 millions d’euros, en dépassement de 2 millions d’euros par rapport à la dotation annuelle autorisée !
Vive la normalitude !

Ce que concocte le gouvernement pour relancer la compétitivité

Jean-Marc Ayrault dévoilera ce mardi son plan pour relancer la compétitivité. Au menu, non pas une baisse des cotisations sociales, comme préconisée par le rapport Gallois, mais un crédit d'impôt de 20 milliards sur deux ans pour les entreprises. Le point sur les principales pistes.
Jean-Marc Ayrault dévoile mardi matin, au lendemain de la remise du rapport de Louis Gallois, les mesures du gouvernement, dont certaines toucheront directement le coût du travail et se traduiront par 20 milliards d'euros pour les entreprises, destinées à relancer la compétitivité de l'économie française. L'existence d'un dispositif destiné à réduire le coût du travail a été confirmé lundi par le ministre de l'Economie.
Le Premier ministre réunit mardi matin à 9h un séminaire gouvernemental sur ce dossier brûlant de la compétitivité, avant d'annoncer dans la foulée les mesures retenues. Le soir, il sera l'invité du JT de 20h de TF1.

Presqu'au pas de l'oie..non ?
 Quel avenir pour les propositions du rapport Gallois? Rapport Gallois: ce qu'en pensent les experts
L'exécutif, en pleines turbulences après six mois au pouvoir et pressé par le Fonds monétaire international (FMI) de relever le "défi majeur" de la compétitivité, a décidé de passer à la vitesse supérieure. Il est vrai que le diagnostic du commissaire à l'investissement, Louis Gallois, est sans appel: la France a selon lui besoin d'un "choc de confiance" et de "patriotisme" pour enrayer son "décrochage" industriel depuis dix ans. Le gouvernement va donc sans attendre actionner le levier de la baisse du coût du travail pour enrayer la dégringolade du déficit commercial de la France, dont la part dans le marché mondial a chuté de 6,3% en 1990 à 3,3% en 2011.
L'édito vidéo de Christophe Barbier: Compétitivité: qu'attendre des annonces de Jean-Marc Ayrault?
9 des 22 propositions déjà dans les tuyaux "La vocation de ce rapport, ce n'est pas l'enterrement, c'est l'entraînement", a résumé M. Moscovici, en réponse à l'opposition qui soupçonne le gouvernement, à l'image du patronat, de ne pas vouloir suivre toutes les recommandations. Arnaud Montebourg (Redressement productif) a quant à lui assuré que "9 des 22" propositions étaient déjà dans les tuyaux.
La préconisation la plus débattue du rapport Gallois est une baisse des charges qui allégerait les cotisations patronales de 20 milliards d'euros et les cotisations salariales de 10 milliards. En contrepartie, l'ancien patron d'EADS propose d'augmenter la CSG de deux points, de rehausser la TVA sur certains produits et de relever diverses taxes. Mais cette piste ne devrait pas être retenue mardi.
Vers un crédit d'impôt financé par la TVA et des réductions de dépenses?Selon une source proche du gouvernement, confirmant des informations du Point, "sauf revirement de dernière minute", le gouvernement proposera 20 milliards d'euros aux entreprises en trois ans, sous la forme d'un crédit d'impôt.
Au lieu d'un transfert des cotisations sociales vers la fiscalité, tel que préconisé par Louis Gallois, il s'agirait donc d'un chèque aux entreprises dans le but de faire progresser leurs marges qui ont dégringolé ces dix dernières années. Le site internet du Point avait affirmé lundi que l'exécutif allait choisir d'octroyer un crédit d'impôt aux entreprises se traduisant par une baisse des cotisations sociales de 6% sur les salaires compris entre 1 et 2,5 fois le Smic, ce qui représenterait un total de 20 milliards d'euros. Le rapport Gallois préconisait de reporter les allègements jusqu'à 3,5 Smic.
>>> Pour ou contre le choc de compétitivité?
La mesure serait en partie financée par une nouvelle réduction des dépenses publiques. Selon Le Point, l'effort porterait sur 10 milliards d'euros. Il serait réparti sur les budgets 2014 et 2015 de l'Etat et des collectivités.
Les 10 milliards restants seraient dégagés par une hausse du taux principal de la TVA de 19,6% à 20% et un relèvement du "taux intermédiaire (de la TVA, qui concerne notamment la restauration), actde 7% à 10% ou 12%. Pour faire passer la pillule, le taux réduit sur les produits de première nécessité passerait de 5,5% à 5%.
L'actuelle majorité avait pourtant durant l'été abrogé, conformément à une promesse de François Hollande, la hausse de 1,6 point du taux normal de TVA décidée à la fin du dernier quinquennat pour compenser des baisses de charges. Elle avait exclu toute hausse générale de TVA. Interrogés par l'AFP, l'Elysée, Matignon et Bercy n'ont pas souhaité faire de commentaires.
Outre cette proposition emblématique sur la TVA, M. Gallois en suggère une vingtaine d'autres, dont une reprise des recherches sur le gaz de schiste. Mais cette proposition a été écartée dès lundi par Matignon, bien que des voix se soient élevées parmi les ministres pour ne pas fermer définitivement cette porte.
L'autre levier sera constitué des mesures qui ne portent pas sur le coût du travail, telles que des initiatives soutenant l'exportation, l'innovation, la recherche et la qualité des produits, ou encore les simplifications administratives. Le plan comprendrait aussi des mesures pour améliorer la trésorerie des entreprises La Banque publique d'investissement apportera plus de 500 millions de trésorerie aux PME et l'Etat devrait s'engager à réduire à 20 jours les délais de paiement à ses fournisseurs. Sur le plan de la gouvernance, il devrait proposer que deux représentants des salariés intègrent les conseil d'administration ou de surveillance des entreprises de plus de 5000 salariés.

Hollande, trop proche du PS, trop loin des Français

En taxant davantage les Français et les entreprises, le président flatte plus les socialistes qu'il ne rassemble le pays. Et oublie qu'être au pouvoir signifie aussi être en campagne permanente. 
Rien ne va plus! La conjonction d'une opposition radicalisée, d'une presse déchaînée, d'une fiscalité aggravée et d'une opinion pessimiste a fait plonger François Hollande dans une zone dangereuse: le dernier sondage OpinionWay pour Le Figaro situe à 36% le taux de satisfaction à l'égard du président de la République. Et autorise François Fillon à prédire le pire: "Crise politique, crise sociale, violences. "
La première violence vient de l'opposition, qui peut, grâce à un pilonnage sans mesure ni répit, masquer ses divisions et éviter que l'on revienne sur son bilan. François Fillon et Jean-François Copé ont rivalisé de formules assassines, sur France 2, pour décrire "le mur" qui attend notre pays. Sauf que nous sommes déjà dans le mur, parce que la gestion précédente nous y a conduits, avec ses records de chômage, de déficits de tous ordres et de dettes. Côté presse, tout est bon pour stigmatiser l'"amateurisme" du pouvoir: comme si ce gouvernement était le premier à subir la censure du Conseil constitutionnel! Difficile pour l'opinion de résister à un tel déferlement...

Hollande a oublié sa promesse de "rassembler" le pays

Pour autant, François Hollande n'a pas su, à ce stade, jeter les bases d'une relation politique solide avec les Français. Il a choisi, avec raison, de se concentrer d'emblée sur le plus difficile: la réduction du déficit public. D'où le choix fiscal. Or il n'y a rien de plus difficile dans un pays comme le nôtre, où l'on paie l'impôt sans toujours l'accepter, que de se faire entendre sur ce sujet. Même lorsque l'impôt baisse, l'opinion prétend qu'il augmente. S'est donc installée l'idée d'un prélèvement excessif, qui touche tout le monde, alors que sont principalement concernés les plus aisés.
Surtout, le nouvel exécutif n'a pas pris garde de prévenir un glissement dommageable: autant le pays peut adhérer à un objectif de justice (le capital taxé comme le travail), autant personne, hormis l'ultragauche et certains socialistes, n'accepte que les chefs d'entreprise soient ciblés. La méconnaissance de celles et ceux qui, s'ils réussissent, créent de l'emploi se paie très cher. Cette erreur renvoie à la position du chef de l'Etat: trop proche du PS, trop loin des Français, Hollande a oublié sa promesse de "rassembler" le pays. Il parle à la gauche plus qu'à la France, et se trouve donc réduit au socle des soutiens traditionnels de la gauche, autour de 40%.

Hollande ne vante pas ses réussites sur l'Europe

Or, il a conçu une démarche par étapes, pour se laisser le temps de renouer le dialogue avec les corps intermédiaires. Cela l'empêche de placer, en regard des sacrifices demandés, un bénéfice attendu et une perspective de sortie de crise. En outre, à l'inverse de son prédécesseur, il ne met pas en scène ses succès. Or, si l'Europe prend petit à petit le chemin d'une sortie de crise, elle le doit à l'action conjuguée de François Hollande, Mario Monti et Mario Draghi vis-à-vis d'Angela Merkel.
A l'heure de la vidéocratie, il faut accepter l'idée qu'être au pouvoir, c'est être en campagne permanente et, pour cela, s'organiser, se coordonner et se doter d'un porte-parolat fort, qui devrait être le Premier ministre. En même temps qu'il faut être capable, dans la tempête, de faire partager une vision et de transmettre au pays une inébranlable et sereine confiance dans notre destin collectif.

Rapport Gallois : un choc d'abord pour la gauche !

Hervé Gattegno intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 8 h 20 pour sa chronique politique "Le parti pris".

Jean-Marc Ayrault dira aujourd'hui ce que le gouvernement retient du rapport Gallois sur la compétitivité, qui prévoit 30 milliards d'allègements de charges pour créer un "choc de confiance" pour les entreprises. Votre parti pris : c'est d'abord à la gauche que le rapport Gallois va causer un choc. Pourquoi ?
Deux tâches au pouvoir....au secours
Pour améliorer la santé des entreprises, le gouvernement voulait l'avis d'un grand patron de gauche. Louis Gallois a plus répondu en patron qu'en homme de gauche. Ça ne veut pas dire qu'il ait raison (ni tort) sur tout, mais le fait est qu'il est acclamé par le Medef et accueilli avec méfiance par les syndicats - c'est un signe. Selon que le gouvernement retiendra beaucoup ou peu de ses idées, on pourra mesurer la part de mise en scène dans l'opération. Le terme de "choc de compétitivité" est abandonné, mais c'est une onde de choc qui peut secouer la majorité...
Est-ce que François Hollande et Jean-Marc Ayrault peuvent ne retenir du rapport Gallois que les mesures qui font consensus à gauche - ou en tout cas dans la majorité ?
Difficilement. Sur l'encouragement à l'investissement et la formation, tout le monde est d'accord. Mais au coeur du "pacte" que propose Louis Gallois, il y a le principe d'un blocage des salaires dans l'industrie. Les 10 milliards d'allègements de charges qu'il suggère pour les salariés seraient compensés par un gel de leurs revenus. C'est l'effet pervers du débat sur le coût du travail : on tient pour un handicap le fait que nos ouvriers puissent être mieux payés que leurs homologues allemands ! Quoi qu'on pense de l'idée, sauver l'industrie en baissant le salaire des ouvriers, ça n'est pas l'épure d'un programme de gauche.
Ce qui devrait également faire grimacer dans la majorité, ce sont les hausses de la TVA et de la CSG pour financer les allègements de charges patronales...
L'un des buts de la manoeuvre est de faire assumer par Louis Gallois la nécessité d'une hausse de la TVA. Sitôt élu, François Hollande a fait abroger la "TVA sociale"que Nicolas Sarkozy avait fait voter (sur le tard) pour soutenir la compétitivité. Y revenir, même en partie, même sur des secteurs ciblés comme la restauration, c'est un reniement douloureux pour le PS, qui a toujours considéré la TVA comme le plus injuste des impôts. Et c'est encore du pouvoir d'achat en moins pour les salariés. En revanche, L'Élysée refuse toute hausse de la CSG. On va plutôt vers des crédits d'impôt aux entreprises indexés sur l'investissement : une bonne idée qui doit plus à Arnaud Montebourg qu'à Louis Gallois. Et des baisses sur les dotations aux collectivités - la plupart sont détenues par le PS, on imagine d'avance l'ambiance !
Il y a un point du rapport Gallois qui est fermement écarté par le gouvernement, c'est celui relatif aux gaz de schiste. Est-ce que ça va suffire à rassurer les écologistes ?
Pas seulement les écolos : sur cette question, une large partie de la droite fait cause commune avec les Verts et la majorité des socialistes. Mais ce que demande Louis Gallois, ce n'est pas l'extraction des gaz de schiste, envers et contre toute prudence environnementale, mais des recherches accrues pour permettre l'extraction dans des conditions écologiquement acceptables. Beaucoup de socialistes sont sur cette ligne - qui relève du bon sens. Comme les Verts en font un casus belli, la question de la fracturation hydraulique peut déboucher sur une fracture politique. Pour la trancher, il faudrait un choc de plus. Et celui-là nuirait à la compétitivité de l'entreprise gouvernementale...

"Décidément, Hollande ne comprend rien !"

"Décidément, Hollande ne comprend rien !" 


Pour Philippe Tesson, le président est incapable d'opérer une chirurgie rapide et radicale, propre à relancer la compétitivité.
On saura dans les heures et les jours qui viennent si François Hollande veut jouer l'avenir de la France avec les entreprises ou non. La suite qu'il va donner aux propositions contenues dans le rapport Gallois, remis aujourd'hui au gouvernement, sera le révélateur de ses intentions. Or, ces dernières semaines ont laissé apparaître dans les relations du gouvernement avec le patronat des signes qui n'invitent pas à l'optimisme.
Il est désormais admis que le président de la République a rayé non seulement de son vocabulaire mais surtout de sa stratégie ce choc de compétitivité sans lequel les entrepreneurs ne voient pas de sortie de crise. Il est également avéré, si l'on en juge d'après les réactions à l'appel lancé l'autre dimanche par les dirigeants de l'Afep (Association française des entreprises privées), que le président et le gouvernement ne sont pas disposés à répondre favorablement aux attentes des patrons concernant aussi bien l'allègement des charges que la baisse des dépenses publiques ou celle de l'impôt sur les sociétés... On espérait une chirurgie rapide et radicale, propre à relancer la compétitivité de l'économie française. C'est vers une médecine prudente que l'on s'achemine. Quelles raisons impérieuses ont donc dicté à François Hollande des choix aussi frustrants ?

Les cafouillages de Hollande

On a peine à croire qu'il obéisse à de vieilles pesanteurs idéologiques. On est parfois tenté de l'en soupçonner quand on le voit céder à un sectarisme qui suinte le socialisme archaïque - on n'oubliera jamais le "je n'aime pas les riches". Mais aussi sincère qu'ait pu être dans sa jeunesse son engagement anticapitaliste, on ne peut pas imaginer que son savoir ne l'ait pas éveillé par la suite à une conscience claire des réalités ! De même, on peut difficilement envisager, sauf à retenir l'hypothèse d'une grande faiblesse, que ses décisions en matière de stratégie économique répondent à des considérations politiciennes. Lesquelles, alors qu'il est assuré d'une majorité parlementaire étroitement soudée par la haine de la droite et par l'intérêt du pouvoir, à défaut de l'être par la cohérence idéologique ?
En vérité, c'est, semble-t-il, la crainte du principe même de choc qui va inviter le président de la République à des choix modérés, autant dans le fond (les mesures) que dans la forme (le calendrier). Comme si les solutions radicales n'étaient pas dans sa nature, comme si elles lui faisaient peur. Il s'agirait d'une difficulté à exercer son autorité ou d'une absence même d'autorité, cachée sous toute une série d'alibis : le moment n'est pas venu, les Français ne comprendraient pas que je tranche dans le sens que préconise le patronat, le temps viendra, procédons par étapes... On connaît ce type d'argumentation. Mais c'est commettre une double erreur.
La première : déjà les Français ne comprennent pas, déjà il est trop tard. On a le sentiment que François Hollande ne mesure pas exactement l'état de l'opinion. Les fautes de communication qui se succèdent aujourd'hui ne sont-elles pas le signe d'une surdité à la voix du peuple ? Le président croit que le jugement porté sur lui par les Français est moins présent et moins fort dans l'esprit public que le souvenir laissé par Sarkozy. Il se trompe. Il oublie qu'il est là depuis six mois. C'est lui, Hollande, que la France évalue sur ses actes, c'est lui dont elle s'étonne qu'il ait encore si peu fait, alors qu'il avait tant promis. C'est lui qui cafouille, ce n'est pas la droite, ce n'est pas le destin, ce ne sont pas les autres.

Un gâchis

La deuxième erreur procède visiblement d'un bizarre rapport au temps. Cet homme-là considère qu'il a le temps parce qu'il a la durée. Pourtant, il a en main tous les éléments qui lui permettent de mesurer l'urgence des problèmes. Il a autour de lui une meute d'experts, toute l'énarchie réunie. Nous, nous ne sommes pas des experts. Mais nous connaissons la valeur des chiffres et des statistiques, nous comprenons le sens des analyses, la réalité de la vie. Tout ce que nous lisons, ce que nous apprenons sur la situation de la France, venu de la plume ou de la bouche de personnalités incontestables, de gauche ou de droite, ne résonne plus qu'en termes de déclin, de recul, de perte, de rétrogradation, de menace, de catastrophe. Tout ce que nous voyons de la vie ne se traduit plus qu'en termes d'inquiétude, d'angoisse, d'appauvrissement.

Et, en réponse, que fait-il, lui, que font-ils, eux ? Ils attendent un rapport sur la compétitivité pour annoncer qu'ils n'en tiendront pas compte et qu'ils en édulcoreront le contenu pour en étaler sur deux ou trois ans la mise en oeuvre. Il y a une dizaine d'années, une situation comparable, toutes choses égales, s'est présentée à l'Allemagne. Sans attendre, Schröder, qui était pourtant de la famille socialiste, prit les mesures conformes à ce que préconisait le patronat allemand. On connaît le résultat.
Tout ce gâchis pourquoi ? Parce que la gauche, avec ses vieux tropismes et ses utopies mitées. Parce que le socialisme, avec ses misérables rapports de force internes. Parce que la justice et l'égalité. Parce que la mollesse et la démagogie. Parce que les riches... Au fait, écoutons l'un d'entre eux, Marc de Lacharrière, peu suspect d'incivisme : "Est-ce que le président se rend compte que la France est un des seuls pays où un entrepreneur doit prendre 100 % des risques pour laisser au final à ses enfants entre 15 et 17 % de la richesse qu'il a produite ? Nos entreprises intermédiaires ont les niveaux de profit les plus faibles d'Europe. Si Hollande ne comprend pas cela..." Hollande ne comprendra pas cela. Que n'a-t-il jamais produit ?
 Que n'a-t-il jamais entrepris ? Que n'a-t-il jamais risqué ?