TOUT EST DIT

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dimanche 18 décembre 2011

Irak : le retrait discret des troupes américaines

Neuf ans après avoir envahi l'Irak de Saddam Hussein, l'armée américaine a quitté le pays par la petite porte, laissant Bagdad plongée dans une grave crise politique. 

Cela s'est passé dimanche à l'aube, à un poste-frontière irako-koweitien : le dernier convoi de l'armée américaine a quitté l'Irak qu'elle avait envahie il y a neuf ans. Les 110 véhicules transportant environ 500 soldats sont partis des quartiers de cantonnement proches de Nassiriya – la base Imam Ali pour les Irakiens, le Camp Adder pour les Américains – peu avant 3h du matin (1h du matin, heure française). Ils ont traversé le désert dans la nuit pour s'éclipser à l'aube du théâtre irakien.
Les GI's en Irak, c'est donc fini. Il ne restera plus que 157 soldats américains chargés d'entraîner les forces irakiennes et un contingent de Marines pour protéger l'ambassade. Une présence anecdotique à comparer aux 170.000 hommes présents dans 505 bases américaines au plus fort de la lutte contre l'insurrection. Face au refus de l'Irak d'accorder l'immunité à des milliers de soldats américains chargés de poursuivre la formation, le président Obama avait décidé le 21 octobre, le retrait total des troupes.

Plus de 104.000 pertes civiles en neuf ans

Il y a huit ans et neuf mois, l'Amérique de George W. Bush et une coalition internationale avaient envahi l'Irak de Saddam Hussein, lors de l'"Opération Iraqi Freedom" qui s'est révélée être la guerre la plus controversée depuis celle du Vietnam, un demi-siècle plus tôt. Une invasion lancée sans l'aval de l'ONU pour trouver des armes de destruction massive qu'auraient cachées Saddam Hussein. Il s'est avéré depuis que celles-ci n'existaient pas.
Depuis la chute de Saddam Hussein, jugé et pendu en avril 2003, l'Irak a traversé plusieurs crises politiques, dont une guerre confessionnelle entre chiites et sunnites qui a fait des dizaines de milliers de morts en 2006 et 2007. Depuis la mort de l'ancien dictateur, l'ONG britannique IraqBodyCount estime d'ailleurs que les pertes civiles s'étaleraient entre 104.035 et 113.380 morts.
Le bilan est également lourd pour l'armée américaine – 4.474 soldats ont été tués dont 3.518 au combat et plus de 32.000 militaires ont été blessés. Outre l'impact humain, les finances du Pentagone sont une autre raison du retrait total des troupes : Washington a alloué près de 770 milliards de dollars (environ 590 milliards d'euros) en neuf ans à la guerre. Il aurait fallu 500 milliards d'euros (plus de 380 milliards d'euros) pour endiguer la crise des subprimes qui a provoqué, en 2008, krachs et récessions à échelle mondiale.

Crise politique en cours

A charge désormais pour l'armée irakienne de stabiliser le pays. Les Américains laissent un pays plongé dans une crise politique, avec la décision du bloc laïque Iraqiya de l'ancien Premier ministre Iyad Allaoui de suspendre à partir de samedi sa participation aux travaux du Parlement. Second groupe parlementaire avec 82 députés contre 159 à l'Alliance nationale, coalition des partis religieux chiites, il a dressé un réquisitoire contre "l'exercice solitaire du pouvoir" du Premier ministre Nouri al-Maliki.
S'estimant lésés par le gouvernement à majorité chiite, les sunnites, jadis partisans d'un Etat centralisé, veulent aujourd'hui gérer leurs régions de manière autonome, comme les Kurdes, ce qui comporte un risque d'éclatement du pays. Si l'Irak exporte environ 2,2 millions de barils de pétrole par jour, lui rapportant 7 milliards de dollars par mois, les services de base comme la distribution d'électricité et l'eau potable sont toujours défectueux. Le pays est sous tension, mais les Etats-Unis de Barack Obama ne peuvent plus assumer, financièrement et politiquement, son rôle de "gardien de la paix".

samedi 17 décembre 2011

Présidentielle 2012 : Villepin, to be or not to be


En apprenant la candidature de Dominique de Villepin l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’interrogeait : « coup de tête, coup de bluff, coup de cœur ou coup dur ? ». Il me semble que c’est tout simplement un coup politique car Dominique de Villepin ancien secrétaire général de l’Elysée puis premier ministre de Jacques Chirac est un fin politique même s’il n’a jamais affronté auparavant le suffrage universel. Pour la droite et pour Nicolas Sarkozy ce peut-être une bonne ou une mauvaise nouvelle.

Commençons par la mauvaise : Dominique de Villepin contribue à un 21 avril inversé. La multiplication des candidatures à droite, Bayrou, Villepin et les «cinq petits nains» de Boutin à Morin en passant par Dupont Aignan, Lepage et Nilhous font descendre Nicolas Sarkozy à 20% ou moins et font passer Marine Le Pen en position pour le 2ème tour face au candidat P.S. Dans cette configuration, par ses attaques au sabre contre le Président sortant, monsieur de Villepin aura joué le remake de Marie-France Garaud contre Giscard en 1981 et apporté sa pierre à l’élection de François Hollande.

La bonne nouvelle serait celle d’une stratégie concertée avec Nicolas Sarkozy. Par une campagne flamboyante à la Bonaparte qu’il affectionne, Villepin capte un électorat déçu du sarkozisme qui s’apprêtait à voter Bayrou dans ses composantes bourgeoises et Le Pen dans ses couches populaires.

Il bloque ainsi sur son nom 5 ou 7% au premier tour (il en est à 3) fait baisser le F.N. et le centre et encourage ses électeurs à voter Sarkozy au 2ème tour moyennant un destin dans le second quinquennat.

Etre le faiseur de roi pour Nicolas Sarkozy ou pour François Hollande ou rien du tout, ça me rappelle le Hamlet de Shakespeare « être ou ne pas être » c’est toute la question pour Dominique de Villepin.


Pourquoi Al Jazeera a raté son coup

L'émir du Qatar a choisi la quantité plutôt que la qualité. Pas de quoi déstabiliser Canal+ avant trois ans...
"Dans la guerre des droits sportifs, quand tu tires, il ne faut pas blesser, il faut tuer !" Réflexion dépitée dans le camp qatarien après la redistribution des cartes de la Ligue des champions : Al Jazeera Sport pensait avoir fait l'essentiel en avalant 133 matchs pour 61 millions d'euros par an (au lieu des 31 millions d'euros jusqu'ici versés par Canal+). Les Qatariens n'avaient pas réalisé le mouvement tactique opéré par la chaîne cryptée, qui, se sachant battue d'avance par le carnet de chèques du cheik, a jeté son dévolu sur le lot "premium", jusqu'ici chasse gardée de TF1. N'ayant pas misé au premier tour sur ce lot 1, Al Jazeera Sport n'avait pas la possibilité de participer au second tour.
Résultat des courses : sur la période 2012-2015, Canal+ arrache, pour 50 millions d'euros par an, les 13 premières affiches de la Ligue des champions, dont la finale (diffusée en clair). Les premiers perdants sont les téléspectateurs de TF1. La compétition est désormais réservée à ceux qui ont les moyens de s'offrir un abonnement. Deuxième question : les abonnés de Canal+ sont-ils lésés par rapport à ce que leur offre aujourd'hui l'antenne ? Comparons les offres.
Deux chaînes pour Al Jazeera
Actuellement, la couverture de la Ligue des champions s'étend, sur Canal+, à 16 matchs par saison. Il s'agit du second choix, TF1 disposant du premier choix jusqu'à la finale. Dans la nouvelle offre, la couverture de Canal+ sera de 13 matchs par saison. Mais Canal+ disposera du premier choix par rapport à Al Jazeera, qui diffusera 120 matchs, souvent simultanés. Il n'y a pas de "match décalé" dans la Ligue des champions. D'où le fait que Al Jazeera annonce la création de "deux chaînes", mais un seul prix d'abonnement.
Par ailleurs, Canal+ a renforcé son offre sur la Ligue 1 : au lieu de diffuser la meilleure affiche, une fois par semaine, le dimanche soir, la chaîne cryptée proposera à ses abonnés les deux meilleures rencontres de chaque journée à compter de l'été prochain. À l'issue de l'appel d'offres de la Ligue 1, elle avait réalisé une économie de 48 millions d'euros par saison sur le Championnat de France (420 millions d'euros, contre 468 millions auparavant). Ce qui lui a permis de financer, sans problème, le surcoût de la Ligue des champions, dont le prix est passé de 31 à 50 millions d'euros par an.
L'UEFA double ses gains
Le bilan est donc le suivant : Canal+ diffusera les 13 meilleures rencontres de la Ligue des champions et les deux meilleurs matchs de chaque journée du Championnat de France (Al Jazeera dispose des 3e et 4e choix). Sans compter que la ligue anglaise est encore dans son escarcelle pour deux saisons. Autrement dit, il n'y a aucune chance qu'un abonné Canal+ résilie son abonnement pour acheter les "deux chaînes" d'Al Jazeera Sport avant l'été. L'émir du Qatar a commis la même erreur que Orange Sport TV : au lieu d'attaquer les meilleurs lots, les seuls en mesure de déstabiliser Canal+, il a payé plus cher le second choix. Le Qatar a préféré la quantité à la qualité. Même s'il est richissime, les deux prochaines années risquent de lui paraître longues quand on songe que Orange Sport TV a péniblement réuni 320 000 abonnés. Qui s'abonnera pour ne pas manquer Benfica-Trabzonspor quand PSG-Arsenal sera sur Canal+ ? Al Jazeera apparaît aujourd'hui pour ce qu'elle est : l'idiot utile du football européen. Car s'il y a bien quelqu'un qui tire les marrons du feu de cette enchère, c'est l'UEFA : sa compétition valait, en France, 56 millions d'euros par an ; elle en vaut aujourd'hui le double !
Enfin, les dirigeants de Canal+ ont encore une question à trancher : quel avenir pour Sport+, sa filiale, qui diffusait quantité de matchs de la Ligue des champions, ceux-là mêmes que Al Jazeera vient d'acquérir ? Sport+ compte 900 000 abonnés, ce qui est beaucoup. En revanche, elle perd de l'argent. Le lot 6 de la Ligue 1 n'a pas été attribué en juin dernier. Il s'agit des six dernières affiches du Championnat de France. Ce lot pourrait alimenter Sport+. Mais les dirigeants de Canal+ ne sont pas disposés à le payer bien cher... Les discussions continuent avec la Ligue de football professionnel.

Nicolas Dupont-Aignan contre "la mafia au pouvoir"

Parviendra-t-il à faire entendre sa voix dans cette campagne présidentielle ? A l'heure où le protectionnisme, qui semblait être tombé en disgrâce, fait un étonnant retour dans les discours politiques, à droite comme à gauche, Nicolas Dupont-Aignan veut se faire sa place en prônant un "protectionnisme intelligent". Parce que, estime-t-il, "la France est en train de crever" et vit "une débâcle industrielle" qui nécessite de "protéger le "fabriqué en France"".

Classé parmi les souverainistes, se posant comme un gaulliste social, M. Dupont-Aignan a fait de l'opposition à l'euro son créneau politique depuis qu'il a créé son parti, Debout la République (DLR), en 2007, après avoir quitté l'UMP. Il y a près de cinq ans, le député de l'Essonne et maire de Yerres avait déjà voulu être candidat, mais il n'avait pas obtenu les 500 parrainages d'élus nécessaires. Cette fois, jure-t-il, le compte sera bon : "J'ai fait ma déclaration de candidature (le 9 décembre) lorsque j'ai été sûr de les avoir. C'était une question de dignité." Il dit vouloir donner une voix à ceux qui ne se reconnaissent pas dans les candidats classiques de "l'UMPS" sans pour autant franchir le pas vers le Front national.
Vendredi 16 décembre, pour son premier déplacement de candidat officiel, M. Dupont-Aignan a choisi de se rendre à Petit-Couronne (Seine-Maritime), sur le site de la raffinerie Petroplus. Les syndicats y combattent un projet de restructuration qui, selon eux, pourrait toucher 120 salariés sur 550. C'était l'occasion, pour M. Dupont-Aignan, de marteler ses thèmes. "On n'est pas obligé d'être extrémiste pour aimer la France, pour vouloir une autre mondialisation", a-t-il affirmé. Et de railler le "grand cinéma en couleur" de ceux qui vont, depuis le début de la campagne, visiter des usines, de "Nicolas Sarkozy à François Hollande en passant par François Bayrou", alors qu'ils ont "depuis vingt ans organisé une politique de désertion industrielle".
"PÉTAINISME AMBIANT"
M. Dupont-Aignan assure défendre un point de vue économique aussi proche de Marine Le Pen (FN) que d'Arnaud Montebourg (PS). Jadis proche de Philippe Séguin, de Charles Pasqua, de Philippe de Villiers, le président de DLR entend défendre une "droite nationale et socialiste", tout en luttant contre "le pétainisme ambiant". "On culpabilise les Français en leur demandant des sacrifices, on leur dit qu'on ne peut pas faire autrement, ce qui est scandaleux", affirme-t-il. Volontiers populiste, il dénonce la "mafia au pouvoir".
M. Dupont-Aignan, qui se dit inspiré par l'économiste Jacques Sapir, proche de l'extrême gauche, défend l'idée de "droits de douane par produit et par pays", propose d'en finir avec l'euro, qu'il juge surévalué, ou d'étendre aux produits importés la TGAP, la taxe sur les activités polluantes, imposée aux industries françaises. Défenseur d'une politique nationale en matière d'énergie, il a proposé de "réquisitionner" Total, qui, selon lui, se substitue, en la matière, à l'Etat.

DUPONT-AIGNAN, OU LA DÉRIVE DE LA DÉMAGOGIE.

DESSINS DE LA SEMAINE




Charles Pasqua porte plainte contre Eva Joly

Charles Pasqua va déposer une plainte pour diffamation contre Eva Joly. Lors d'un débat sur la nationalité face à Henri Guaino, le 11 novembre sur France Inter, la candidate des Verts avait qualifié l'ancien ministre de l'Intérieur de "criminel" et de "corrompu". Devant l'indignation du conseiller spécial du président de la République, l'ancienne juge ajoutait : "Je vous rappelle peut-être les faits, monsieur Pasqua a reçu des crédits sur son compte dans l'affaire Falcone. Il a touché ! (...) Il a touché, c'est un homme corrompu, qui a touché de..."

Pour avoir "singulièrement manqué de prudence" - selon le tribunal -, Eva Joly a été récemment condamnée à 1 000 euros d'amende avec sursis, 1 euro de dommages et intérêts et 3 000 euros au nom des frais de justice pour avoir diffamé David Douillet.
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La comédie des sentiments

Unies par leurs intérêts et divisées par leurs valeurs, l’Europe et la Russie sont contraintes de s’entendre dans un jeu de dupes où Bruxelles fait semblant de plaider pour plus de démocratie et Moscou fait semblant de l’écouter, comme on l’a vu encore une fois lors du sommet du 15 décembre. 
Les sommets trimestriels entre la Russie et l'Union européenne laissent l'impression que les deux partenaires se détestent, mais qu'ils dansent le menuet autour du désaccord de l'heure parce qu'ils ont besoin l'un de l'autre. Le sommet qui vient d'avoir lieu à Bruxelles, entre Dimitri Medvedev et ses hôtes européens, Herman Van Rompuy et José Manuel Durão Barroso, n'a pas fait exception.
Les intérêts communs sont nombreux et les valeurs respectives quasi incompatibles. Résultat : les sommets ne vont jamais jusqu'à la rupture, mais ne permettent pas non plus de nouer une relation durable. L'Europe importe de Russie un quart de son gaz et un cinquième de son pétrole.

Moscou a besoin de l'Europe et vice-versa

Et tant que le gazoduc transcaspien et d'autres projets ne se seront pas concrétisés, les choses n'évolueront pas. De plus, en ces heures funestes, l'Europe attend avec impatience que la Russie lui prête les 10 milliards de dollars que son pays est en mesure d'apporter au fonds de sauvetage européen via le FMI, comme l'a redit le conseiller économique de Medvedev.
Mais de son côté, la Russie est dépendante de l'Allemagne, son premier partenaire économique, et de l'Europe en général, qui lui achète la moitié de ce qu'elle vend. Moscou a besoin de l'Europe autant que l'Europe de Moscou. Voilà pour les intérêts communs. Et les valeurs ?
L'Europe veut que la Russie cesse de faire obstacle aux tentatives de freiner l'Iran et de saper le tyran de Syrie, et bien sûr qu'elle cesse d'être une autocratie peu présentable.
Mais [le Premier ministre Vladimir] Poutine, qui vient de recourir à la fraude électorale pour maintenir [son parti] Russie unie aux commandes de la Douma [chambre basse du Parlement] et qui s'apprête à récidiver pour son retour à la présidence en mars, a d'autres projets. Il rêve de redonner à son pays la place de puissance internationale qui était la sienne au temps des tsars, puis sous le communisme.
Quand les intérêts unissent et que les valeurs divisent, ce sont les intérêts qui priment, comme l'a confirmé le sommet d'hier. Cela étant, il faut respecter les formes. Murmurant presque à l'oreille du visiteur, Van Rompuy s'est donc dit "préoccupé par les irrégularités" électorales.

Le bras de fer entre deux manchots

Un délicieux euphémisme. Medvedev n'avait pas vraiment intérêt à donner des armes à l'opposition de plus en plus vociférante de son pays en allant vers une confrontation ouverte avec Bruxelles, ce qui aurait accru la perception d'isolement international de la Russie. D'où son ton amical, tandis que Poutine tirait à boulets rouges contre Washington depuis Moscou. Une synchronisation parfaite.
A l'heure où l'Europe est affaiblie financièrement et politiquement, et où la Russie pour la première fois depuis dix ans, est exposée au risque de rébellion intérieure, ce sommet ressemblait au bras de fer entre deux manchots.
Comment résout-on une telle situation dans le monde de la diplomatie ? Rien de plus simple : en parlant de visas. Et c'est qu'ont fait les uns et les autres afin d'afficher des résultats. La Russie et l'Europe ont fait le premier pas pour qu'un jour il n'y ait plus de visas. Prodigieux.

Mélange turc

Heureusement que la France n’aura pas à rencontrer la Turquie (éliminée) lors des prochains championnats d’Europe de football. Le face-à-face entre supporters aurait risqué d’être chaud tant la tension entre les deux pays est remontée à un degré maximal.

En rejetant toute idée d’entrée future de la Turquie dans l’Union européenne, Nicolas Sarkozy ne s’était pas fait que des amis à Ankara. Et en promettant à la communauté arménienne une loi pénalisant la non-reconnaissance du génocide arménien, le président de la République avait aggravé son cas au nom d’une certaine justice de l’histoire. Mais il avait compté sur le temps et sur le réalisme des relations internationales pour apaiser les vieux ressentiments diplomatiques. Le rapprochement entre les deux capitales sur le dossier syrien lui avait laissé espérer un réchauffement progressif indispensable avec la puissance en devenir que représente l’état musulman de 75 millions d’habitants qui fait le pont - au-dessus du Bosphore - entre deux continents, l’Europe et l’Asie, deux histoires, deux religions, et deux civilisations.

La discussion programmée du projet de loi de la discorde, le 22 décembre prochain, a rallumé la colère du premier ministre turc avec cet avertissement clair : si la France s’entête, elle le paiera car les dommages seront considérés comme irréparables. Recep Tayyip Erdogan fait curieusement allusion à des engagements qu’aurait pris le chef de l’État de faire capoter ce genre d’initiative considérée comme «hostile». Et il va au-delà de la simple intimidation sans lendemain puisqu’il avertit son interlocuteur qu’un vote favorable entraînerait le rappel pour consultations de l’ambassadeur en France, Tahsin Burcuoglu, et le gel de toute coopération avec Paris.

Nicolas Sarkozy semble bel et bien pris au piège d’une diplomatie électoraliste. En voulant contenter la diaspora arménienne - forte de 500 000 personnes - le président-candidat a joué avec le feu. On ne s’improvise pas justicier de l’Histoire à la légère en recourant à un outil législatif pour panser les plaies de la blessure profonde d’un peuple qu’un siècle n’avait pas réussi à refermer. Si la France doit être ferme dans la défense de causes qui justifient de mettre en danger ses intérêts économiques, elle ne saurait le faire avec un amateurisme intéressé.

Gêne et tristesse

C'est un sentiment de tristesse et de gêne qu'éprouvent de nombreux Français à la suite de la condamnation de Jacques Chirac.

Tristesse parce que cet homme avait le prestige qu'il fallait pour représenter la France et le panache aussi. Que l'on se souvienne de la manière dont il avait interpellé les services de sécurité israéliens qui, lors d'un de ses voyages à Jérusalem, s'efforçaient d'empêcher de nombreux Palestiniens de saluer le Président français.

Jacques Chirac avait aussi, dans l'exercice de ses fonctions, cette chaleur humaine qui le rendait sympathique à beaucoup. C'est cela qui fait aujourd'hui l'incontestable popularité dont il bénéficie.

Tristesse aussi de voir, à travers lui, la fonction de président de la République en quelque sorte dévalorisée. Le Président ne serait plus qu'un simple personnage parmi tous les autres alors que, tout de même, la nation se trouve en quelque sorte concrétisée en lui.

Le Président en tant qu'homme n'est pas au-dessus des autres. Mais sa charge de Président, sa responsabilité en font, qu'on le veuille ou non, un personnage à part. C'est cela qui provoque aussi ce sentiment de malaise que beaucoup éprouvent aujourd'hui.

Méritait-il cette épreuve au soir de sa vie ?

Ce malaise est dû à nos contradictions. Oui, nous savons que notre société a un devoir de justice et que personne ne doit y échapper. Mais, en même temps, nous voyons bien que des dizaines d'années après ces faits qui concernent la mairie de Paris, il n'est pas évident que ce devoir de justice puisse être authentiquement accompli. Le jugement ou ce qui l'entoure, c'est-à-dire les causes, les explications, les attendus sont en quelque sorte devenus anachroniques. Il y a comme un déphasage qui surprend...

Mais en même temps, nous pensons qu'il est bien difficile et qu'il peut être dangereux pour notre démocratie de juger un Président en exercice. Même s'il n'était pas condamné, il serait alors placé dans l'incapacité de remplir réellement, pleinement, librement ses fonctions.

On le voit, c'est la justice qui conduirait le Président à la démission quasi automatique car n'importe quelle accusation, même mineure, pourrait y conduire si elle était retenue par un tribunal, ne serait-ce que pour enquêter. Un doute irrémédiable serait jeté sur le Président. Son insécurité serait importante et pourrait le paralyser partiellement. Ainsi, serait créée l'instabilité au plus haut niveau de l'État, ce qui serait dangereux.

Malaise, gêne, tristesse encore car Jacques Chirac a consacré sa vie au service de la France. On doit le reconnaître, même si l'on n'a pas toujours été d'accord avec lui, et, Président, il l'a servie avec rectitude. Le vieil homme qu'il est devenu ne méritait sans doute pas cette épreuve au soir de sa vie.

Triple AAA : Hollande tance Sarkozy

La France est sur le point de perdre son triple A. Une situation que François Hollande impute à la politique menée par Nicolas Sarkozy. 
François Hollande devient « international ». Le candidat socialiste à la présidentielle de 2012 a décidé d'entamer une tournée européenne afin de peaufiner sa stature de présidentiable. Après Madrid, Bruxelles et Berlin, le député corrézien s'est offert un bol d'air vendredi en Italie. Mais pas pour profiter des joies de la capitale italienne. Hollande voulait parler d'économie. La situation est grave et il veut montrer qu'il a la carrure pour sortir le pays et même la zone euro de ce mauvais pas.

Alors Hollande propose. Lors d'une conférence de presse aux côtés de Pier Luigi Bersani, leader du Parti démocrate (centre-gauche), le candidat français est revenu sur son projet de « rediscuter » l'accord trouvé à Bruxelles au début du mois pour sauver la zone euro. « Si les Francais me donnent la possibilité d'agir en me portant à la présidence de la République, je rediscuterai de cet accord à la fois pour l'améliorer, le compléter, et lui donner la dimension qui manque », a-t-il expliqué. « Je ne sais pas si au mois de mai cet accord sera ratifié, je ne sais même pas s'il sera ratifié, donc je dois dire aux Français ce que je ferai pour que l'Europe ne soit pas simplement un contrôle du budget : l'Europe mérite mieux », a-t-il ajouté. Une promesse déjà faîte en Espagne.

Un "triple échec"

Et le candidat poursuit. Il demande en particulier un rôle renforcé de la Banque centrale européenne (BCE) et « une politique de croissance qui, pour l'instant, n'est pas engagée ». Dans la crise actuelle, l'élu socialiste a plaidé pour un « moteur franco-allemand » capable d'entraîner les autres pays en Europe. Un intérêt pour l'Allemagne plus que nécessaire après les propos de certains membres du PS sur Angela Merkel. « Ce tandem, ce couple doit être juste, cohérent, ouvert aux autres, capable d'entraîner. Il n'est donc pas un directoire au sens où deux pays décideraient pour les autres. Il doit entraîner, mobiliser, parfois monter la trajectoire mas en aucune façon imposer », a-t-il dit.
La note de l'Italie a été dégradée à plusieurs reprises ces derniers mois par les agences de notation. La France pourrait aussi voir sa note dégradée dans quelques heures. Alors Hollande attaque. Le cas échéant, cela constituerait un « triple échec » pour le président français Nicolas Sarkozy. « Échec par rapport à l'obligation de croissance, nous sommes en récession, échec par rapport à l'objectif de réduire le chômage, échec par rapport à la réduction des déficit », a-t-il déclaré dans la matinée au siège du Parti démocrate italien. A Rome, François Hollande n'était pas là pour visiter la ville. L'homme trace son chemin.
POUR QUI SE PREND CE NABOT ? LUI, QUI N'A JAMAIS FAIT QUOI QUE CE SOIT AU SEIN DE SON PARTI, SE PERMET AUJOURD'HUI DE CRITIQUER NICOLAS SARKOZY ?
C'EST AHURISSANT !! 
ARRÊTE TON CHAR PÉPÈRE, TU VAS DANS LE DÉCOR !!

PS: déplacements de Sarkozy observés

L'équipe de campagne de François Hollande a annoncé ce soir la création en son sein d'un "observatoire des déplacements du président" Sarkozy afin de "contrôler que le président, dans la période précédant l'annonce éventuelle de sa candidature" à la présidentielle respecte la réglementation en vigueur.

Dans un communiqué, Daniel Vaillant, mandataire de la campagne de François Hollande, et Pascal Terrasse, président de la commission de contrôle financier du PS, expliquent que "soucieux de l'équité démocratique entre tous les candidats à l'élection présidentielle, cet observatoire aura pour mission essentielle de contrôler que le président, dans la période précédant l'annonce éventuelle de sa candidature à la prochaine élection, s'en tienne au respect rigoureux de la réglementation en vigueur concernant les comptes de campagne".

"Toute infraction à ces principes, et notamment l'exposition éventuelle d'éléments d'un programme du futur candidat, préviennent-ils, fera l'objet d'une saisine de la Commission Nationale des comptes de campagne (CNCC) afin qu'elle puisse vérifier que +les dépenses réalisées avant la déclaration officielle ou l'investiture+" et supportées par + la collectivité publique (l'Etat, au cas particulier) + ont bien été réintégrées dans les comptes de campagne déposés par le candidat à l'issue de la campagne".

Pour justifier leur démarche, ils mettent en avant l'avis mercredi de la CNCCFP qu'ils avaient saisie. La commission avait estimé qu'une partie du coût des déplacements du chef de l'Etat pourrait être intégrée à son compte de campagne s'il était "amené à exposer les éléments d'un programme de futur candidat" avant sa déclaration de candidature.

"Si au cours de ces manifestations auxquelles il participe dans la période précédant l'annonce éventuelle de sa candidature à la prochaine élection", le chef de l'Etat "est amené à exposer les éléments d'un programme de futur candidat, le coût de l'organisation de ces manifestations devrait être réintégré ultérieurement au compte de campagne, en tout ou partie", avait écrit François Logerot, président de la commission, dans sa réponse aux représentants de François Hollande.

C'EST EXCEPTIONNEL, PLUTÔT QUE DE CHERCHER DES IDÉES, L'ÉQUIPE DE HOLLANDE CHERCHE L'ERREUR DE L'ADVERSAIRE.
VOILÀ QUI DONNE À RÉFLÉCHIR, CE N'EST PAS UNE PRÉSIDENTIELLE, C'EST UNE COUR DE RÉCRÉATION !!

vendredi 16 décembre 2011

Fais-moi l'amour, sinon je divorce !

La cour d'appel d'Aix-en-Provence a condamné, en mai, un homme au divorce à ses torts exclusifs au motif qu'il ne faisait pas l'amour avec sa femme. Pour Daniel Borrillo, cela n'a rien d'extraordinaire et cela fait partie des vestiges canoniques du droit civil qu'il dénonce depuis longtemps Quand le sexe est régi par le droit du mariage.
Un récent arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence condamne un homme au divorce à ses torts exclusifs et à verser 10 000 euros de dommages et intérêts à son ex-épouse au motif qu'il ne lui a pas assez fait l'amour durant leurs vingt et un ans de mariage. Mais comment, dans un Etat démocratique, en sommes-nous arrivés là ?
En France, jusqu'à la Révolution, les noces sont de la compétence exclusive de l'Eglise et si, en 1787, Louis XVI instaura, avec l'édit de tolérance, une forme embryonnaire de mariage civil, il a fallu attendre la Constitution de 1791 pour que le mariage soit considéré comme une institution laïque. Nous sommes cependant face à un paradoxe, car si, dans le texte de la loi civile, le processus de laïcisation de l'institution matrimoniale semble achevé, la jurisprudence (et une partie de la doctrine des juristes) ne fait que prolonger la tradition canonique. En effet, le mariage continue à être considéré, de nos jours, comme un remède contre les débordements sexuels et devient l'espace symbolique de la sexualité socialement reconnue.
Le droit civil détermine qui a accès ou n'a pas accès au mariage : il précise non seulement la dimension spirituelle de l'institution (consentement) mais aussi sa géographie physique (âge nubile, différence de sexes, prohibition de l'inceste…). Dans sa facture juridique, le mariage permet encore de circonscrire l'espace le plus légitime de la sexualité. Ainsi, afin d'éviter des excès luxurieux, l'acte sexuel doit s'accomplir au sein de cette union hétérosexuelle et monogamique. Les rapports doivent avoir une certaine qualité et une régularité, ils s'exécuteront principalement par la pénétration vaginale et la finalité reproductrice de l'acte doit demeurer son horizon. De surcroît, il faut que l'amour soit à l'origine de la sexualité conjugale (la rémunération pour un service sexuel de la femme est considérée comme nulle et contraire à l'ordre public).
S'il est vrai qu'avec le pacs, l'institution matrimoniale perd son caractère monopolistique et qu'elle n'a plus comme fonction la légitimation de la filiation, le mariage n'en demeure pas moins le sommet de la hiérarchie des sexualités. Par la figure du devoir conjugal, le droit entend ainsi organiser la vie sexuelle des individus en fonction d'un certain nombre de règles impératives. Certes, l'adultère est sorti de la loi pénale et n'est plus une cause péremptoire de divorce, mais la faute au sein de celui-ci garde toute son efficacité au moment de pénaliser le conjoint coupable. Ainsi, a priori, par les conditions d'accès aux noces établies par la loi et, a posteriori, par les sanctions infligées par les juges, le droit organise une véritable gouvernance sexuelle.
En France, l'érotique consacrée par le "matrimonium" doit être de nature hétérosexuelle, contraignante, régulière et monogamique. La première des conditions de la légitimation symbolique de l'acte sexuel est que celui-ci ait lieu entre personnes de sexe différent. L'hétérosexualité est ainsi présentée comme de la nature même de l'institution. Le juge du divorce n'est pas moins conservateur au point où la simple constatation de l'homosexualité de l'un des époux demeure une cause possible de divorce pour faute. C'est sur la base du devoir conjugal que les juges ont progressivement construit la normalité. La formule de l'article 215 du code civil "Les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie" implique une double dimension, vivre ensemble - communauté de toit - et entretenir des rapports sexuels - communauté de lit.
Dans le modèle officiel, la sexualité matrimoniale prend donc la forme d'un devoir (le "debitum" conjugal) à double dimension. Négativement, devoir de s'abstenir d'entretenir des rapports sexuels avec des tiers (fidélité) et positivement, devoir d'entretenir des rapports sexuels avec le conjoint (devoir conjugal proprement dit). Ce devoir est pour les époux une obligation d'ordre public. Ainsi, une convention, un accord entre l'homme et la femme stipulant l'absence d'intimité sexuelle, serait considéré comme nul. Le refus de partager le lit conjugal peut être considéré comme un fait injurieux justifiant le divorce contre un homme qui ne fait pas face à ses devoirs de mari. Cette intimité doit également se traduire par des rapports sexuels réguliers et modérés.
En effet, dans une décision du 28 mai 1956, la cour d'appel de Lyon stipulait que "le devoir conjugal impose l'établissement de relations sexuelles (…). En outre, il impose aux conjoints une continuité des relations". La Cour de cassation a estimé que constitue une injure, cause de divorce, "la décision de l'épouse d'imposer à son mari une limitation dans leurs rapports intimes". Si l'absence de rapports est condamnée par le droit, son inflation l'est tout autant. Concernant la fréquence de l'acte sexuel, le tribunal d'instance de Saintes a établi, en 1992, que "la moyenne relevée en général dans les couples français est d'un rapport par semaine".
Le refus d'entretenir des rapports sexuels avec son conjoint constitue une faute. Un divorce aux torts partagés a été prononcé par une autre cour d'appel dans une affaire où "la femme a refusé fréquemment d'avoir des rapports intimes et que le mari, exprimant son aspiration à un minimum de vie personnelle au détriment d'une vie conjugale normale, a délaissé son épouse en s'abstenant fréquemment".
Les juges deviennent ainsi les garants d'un équilibre sexuel situé au juste milieu entre l'excès et la carence et dans lequel les deux conjoints, en tant que créanciers du devoir conjugal, doivent remplir ces obligations. C'est toujours dans le cadre d'un contentieux que le contrôle judiciaire s'effectue, et c'est justement là que les égarements sexuels pourront être reprochés au conjoint fautif.
Seule la fin de la faute (vestige du droit canonique) permettra de mettre un terme à cette intrusion de l'Etat dans nos alcôves.

Une vidéo de Ioulia Timochenko en prison crée le scandale

Allongée dans son lit, elle agite ses mains, visiblement contrariée. Il y a de quoi, tant le procédé est violent et intrusif. Une vidéo montrant les conditions de détention de l'ancienne premier ministre ukrainienne, Ioulia Timochenko, a été diffusée anonymement sur la Toile et reprise sur les chaines de télévision nationales, jeudi 15 décembre. On découvre des choses d'une banalité totale dans la cellule 260 de la prison de Lukyanivka, près de Kiev : une télévision, des livres sur une étagère, un appareil pour l'air conditionné, une salle de bain à part, quelques fruits. Le message que veut véhiculer cet enregistrement amateur est limpide : Mme Timochenko ne serait pas à plaindre.
Cette vidéo a été diffusée opportunément à trois jours du sommet du 19 décembre entre l'Union européenne et l'Ukraine. Un accord d'association, en discussion depuis des mois, devait être signé. Mais les poursuites multiples engagées contre l'ancienne égérie de la "révolution orange", et sa condamnation à sept ans de prison début octobre, ont refroidi les Européens. Ioulia Timochenko a été jugée pour avoir abusé de ses fonctions en signant un accord gazier avec la Russie, en janvier 2009. Elle ne peut participer à son procès en appel pour raisons de santé. De très fortes douleurs dorsales la contraignent à rester à l'horizontale. Une dizaine d'autres enquêtes ont été ouvertes contre elle depuis sa condamnation, renforçant l'idée d'un règlement de comptes, pour la sortir du jeu politique alors que des élections législatives seront organisées en 2012.

La vidéo permet clairement de distinguer, entrant et sortant de la cellule, plusieurs gardiens de prison, sept personnes en blouse blanche (c'est dire si les médecins sont aux petits soins auprès d'elle) ainsi qu'un homme en treillis, peut-être un enquêteur.

Un des avocats de l'ancienne premier ministre, Serhiy Vlasenko, a vivement réagi à cet enregistrement. "La différence entre les êtres humains et les animaux se fait sur les principes de moralité. Je suis sûr que le nom de la brute en uniforme, du colonel du SBU [services de sécurité ukrainiens] qui a violé la loi, sera annoncé aux Ukrainiens, car le pays entier devrait connaître ces bêtes. "

Le SBU et le service pénitentiaire ont nié toute implication dans cette vidéo. Même Léonid Kojara, vice-président du Parti des régions (le parti au pouvoir, du président Viktor Ianoukovitch), a déclaré jeudi soir sur la cinquième chaîne ukrainienne que l'auteur de la vidéo devrait être condamné.

Une peine symbolique à double titre

Jacques Chirac n'ira pas en prison. Personne ne le pensait. Et personne ne le souhaitait d'ailleurs - même pas les Wampas, ce groupe punk qui en avait fait un titre culte voilà cinq ans - tant l'ancien président, diminué physiquement, relève désormais plus du registre de l'Histoire que de celui de la justice des hommes. Mais cette affaire hors normes aura donc réservé des surprises jusqu'à son terme. Les subterfuges juridiques et les rebondissements qui avaient accompagné le début du procès, jusqu'au Parquet demandant une relaxe, suggéraient un discret enterrement de l'affaire. Il n'en a rien été. L'ex-président de la République a été déclaré coupable pour des motifs qui n'ont rien de négligeable : « détournement de fonds publics », « abus de confiance », « prise illégale d'intérêt ». Une condamnation doublement « symbolique ». Arrivant près de vingt ans après les faits, elle apparaît bien sûr anachronique. Est-elle pour autant « inutile », comme le déploraient hier les proches de l'ancien maire de Paris ? Non. Pour la première fois, en France, un président de la république aura été jugé comme un justiciable (presque) comme les autres. Il faut y voir une preuve d'indépendance de la justice, mais aussi une démonstration de modernité de nos mœurs politico-judiciaires, face à la « sacralité » excessive accordée au chef de l'État. Reste à savoir s'il s'agira là d'un précédent, - illustration pour le coup d'une « République exemplaire » - ou d'une exception, due à l'éloignement du vieil homme des allées du pouvoir. La remise en cause du statut pénal - aberrant - du chef de l'État pourrait être une bonne réponse à cette question.

A la France ses fermiers, au Royaume-Uni ses banques

Accusé d'isolationnisme pour avoir rejeté l'idée d'un nouveau Pacte de stabilité et de croissance à 26 présenté le 9 décembre dernier, David Cameron ne fait pourtant que protéger les intérêts vitaux de son pays, comme les autres dirigeants européens, écrit une chroniqueuse du Times. 
 Les accusations d'"isolement" lancées contre David Cameron depuis son geste de désobéissance au sommet européen de vendredi dernier, étaient peut-être prématurées.
Les Tchèques se demandent déjà tout haut pourquoi un nouveau traité devrait également avoir une valeur contraignante pour les pays qui n'ont pas encore rejoint la zone euro. Le Premier ministre finlandais a indiqué qu'il ne pouvait pas accepter un transfert de souveraineté.
L'Irlande devra probablement organiser un référendum et les gouvernements hollandais et suédois auront besoin du soutien de partis d'opposition qui se révoltent.

"La défaite du capitalisme anglo-saxon"

Des fissures apparaissent sur la façade d'un accord qui, de toute manière, ne pourra pas sauver l'Europe. La dégringolade de l'euro ces trois derniers jours montre que les marchés savent que le programme d'austérité sans croissance défendu par l'Allemagne n'est pas la bonne solution.
Prendre la défense des banques était un geste qui ne pouvait pas plaire à l'opinion publique, mais les Britanniques ont montré sans ambiguïté que leur détestation de l'Union européenne était encore plus grande que celle des banques. Pour quelles raisons David Cameron a-t-il donc décidé de se faire le champion de la City?
La semaine dernière, il a reçu une information capitale faisant état d'un important changement d'attitude de la part de l'UE vis-à-vis de la City ces dernières années. Jusqu'en 2007, les réglementations européennes étaient largement favorables à Londres car elles mettaient tout le secteur financier européen sur un pied d'égalité.
Puis, le vent a commencé à tourner. Aux inquiétudes légitimes liées à la crise financière s'est s'ajouté un ressentiment général face à l'influence de la City, ainsi que l'a si bien montré Nicolas Sarkozy en saluant la nomination d'un Français au poste de commissaire européen au Marché intérieur comme "une défaite pour le capitalisme anglo-saxon".

Un diktat contraire au principe de marché unique

Le problème n'est pas la taxation des transactions financières, à laquelle Londres est toujours opposé, mais les 29 directives et le nouveau régulateur financier européen chargé de contrôler ses homologues nationaux.
Le problème est cette opposition fondamentale entre la volonté européenne d'imposer des règles uniques aux 8000 banques européennes et la conception anglo-saxonne lui préférant des mesures proportionnelles aux risques encourus.
Le Royaume-Uni veut obliger les plus grandes banques à détenir davantage de fonds que la limite autorisée par l'UE. Le dernier diktat européen voudrait que les chambres de compensation gérant des produits financiers libellés en euros soient physiquement établies dans la zone euro.
Il s'agit clairement de transférer les activités financières de Londres vers Paris et Francfort, ce qui est également contraire au principe de marché unique.
Les accusations selon lesquelles David Cameron essaierait de saboter le marché unique – ainsi que l'a affirmé le président de la Commission européenne cette semaine – sont un pur exemple de double discours.
Les Espagnols ont un droit de veto sur la pêche, les Français sur la politique agricole commune, même les Allemands font de l'obstruction dans l'industrie automobile.

Personne n'a obtenu ce qu'il voulait

Le gouvernement britannique ne demandait jeudi dernier que l'égalité pour la City, pas un privilège. Cette demande a toutefois été perçue comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Il s'agissait d'une réaction extraordinaire, la marque d'un recul significatif de l'influence britannique ces dernières années.
Que va-t-il se passer maintenant que le Premier ministre n'a pas obtenu ce qu'il voulait? Bon nombre de spécialistes craignent que les règlements européens ne soient de plus en plus défavorables à Londres et que les banques allemandes et américaines ne se débarrassent en priorité de leurs équipes de la City.
D'autres disent que les banques américaines s'installent à Londres parce qu'il y a des affaires à faire et que personne ne se sépare de soixante étages de bureaux avec un coûteux réseau de connexions numériques du jour au lendemain.
L'avenir de la City est de devenir une passerelle vers le monde, pas seulement l'Europe. Le Royaume-Uni génère plus de crédits internationaux que tout autre pays.
Nous avons le plus grand marché des changes au monde et le troisième secteur d'assurance du monde. Alors que l'Europe est en panne, les véritables concurrents de Londres ne sont pas Francfort ou Paris mais Hong Kong et Singapour, et même New York. C'est là que se trouve le véritable défi.
De tous les points de vue, la diplomatie est catastrophique. Le Royaume-Uni ne veut pas faire dérailler l'euro ou donner l'impression de le vouloir. Nos alliés y parviennent très bien tout seuls.
Si la Banque centrale européenne n'avait pas lancé une bouée aux banques européennes la semaine dernière en leur offrant un crédit à peu près illimité, ce n'est pas un recul que nous verrions sur les marchés aujourd'hui mais une véritable débandade.
Personne n'a obtenu ce qu'il voulait la semaine dernière. Les Français voulaient que la BCE puisse émettre de la monnaie. Les Allemands voulaient faire garantir les nouvelles règles de bonne gestion économique par les institutions européennes.
D'autres, dont le Royaume-Uni, voulaient faire comprendre à l'Allemagne que si elle refusait de partager les responsabilités pour la dette de la zone euro, la monnaie unique ne pourrait que continuer de chuter.

Les sept péchés des Européens (2/2)

Les dirigeants politiques brandissent volontiers l’étendard de l’esprit communautaire. Mais chaque pays se rend coupable d’une faiblesse de caractère qui contredit les discours et porte préjudice à l’UE. Suite du tour des pécheurs par Die Zeit. 

L’égocentrisme

Irlande – On peut bien sûr en donner la même explication que le ministre irlandais de la Culture. "Nous sommes un peuple heureux, proclamait-il récemment, et un peuple profondément sincère. Pour les investisseurs étrangers, ce sont des choses qui comptent". Cela ne fait aucun doute. Mais il n’est pas interdit de penser, en y regardant de plus près, que les taux d’imposition irlandais figurent parmi les petites raisons qui expliquent que l’île attire les entreprises internationales à la manière d’un aimant de levage.
L’impôt sur les sociétés y est de seulement 12,5 %. Soit largement en-deçà de la moyenne européenne. La plupart des pays de l’UE taxent les entreprises à hauteur de 30 % environ, comme l’Allemagne et la France. Dans un marché unique censé garantir l’uniformité des conditions commerciales, comment expliquez-vous, s’il vous plaît, un tel écart ?
Avant la crise de la dette, l’Irlande attirait déjà à elle les grandes multinationales par dizaines : Facebook, Intel, Pfizer, Merk, SAP, IBM – toutes se pressaient sur l’île du céad míle fáilte ("cent mille bienvenues"). Tout cela est bien beau, mais relève d’une logique pour le moins insulaire : plus les entreprises s’y bousculent, plus l’Etat peut faire preuve d’égards à leur endroit. Et si le gouvernement irlandais prévoit actuellement de relever certaines taxes, l’impôt sur les sociétés ne figure pas sur la liste.
Selon Dublin, l’Irlande devrait compenser certains désavantages concurrentiels imposés par la nature – le fait, par exemple, qu’on ne peut pas y arriver par le rail. Ah ah. Et depuis quand cela gêne-t-il des secteurs comme l’informatique et les assurances ? Sans compter que l’Irlande est l’unique tête de pont anglophone de la zone euro, ce qui n’est pas rien. Alors, Messieurs les Irlandais : restez sincères, solidaires, et heureux ! J.B.

L’arrogance

France – Mi-décembre, le groupe nucléaire français Areva fait part de son projet de supprimer plusieurs milliers d’emplois. Mais les employés n’ont pas à s’en faire. "Il n’y aura pas d’impact, c’est la ligne que souhaite l’Etat", a fait savoir François Baroin, le ministre de l’Economie, après les premières fuites sur le projet de suppressions de postes.
François Baroin a aussitôt convoqué Luc Oursel, le patron d’Areva. "Il n’y aura aucune décision qui considérera l’emploi comme une variable d’ajustement, quel que soit l’impact de l’activité économique mondiale ralentie", a-t-il martelé. Priorité aux emplois français, faut-il le préciser.
En France, nul ne s’étonne de tels propos. Ils participent de la raison d’Etat, depuis que Jean-Baptiste Colbert, ministre des Finances de Louis XIV, a entrepris de diriger l’économie d’une main de fer.
Peu importe qu’Areva appartienne à 87 % à l’Etat. Même lorsque le constructeur automobile privé PSA Peugeot-Citroën, sur la corde raide, a annoncé récemment des suppressions de postes, Eric Besson, le ministre de l’Industrie, s’est empressé de promettre que tous les emplois français seraient préservés.
Et Carlos Ghosn, le patron de Renault, a été rappelé à l’ordre lorsqu’il a voulu délocaliser une petite partie de sa production en Turquie. Au passage, les freins posés par l’Etat à l’implantation de sites de production dans les pays émergents sont aujourd’hui l’une des causes principales des difficultés rencontrées par le constructeur français.
Voilà ce qui arrive lorsque l’Etat s’érige en protecteur de l’économie. Les coûts de production s’envolent, les prix aussi. Pour prévenir un recul des exportations, le gouvernement renforce alors son protectionnisme. Un cercle vicieux. Au mieux, le gouvernement français récompense ainsi une mauvaise rentabilité. Au pire, l’Elysée se sert de son pouvoir sur les grandes entreprises comme d’une arme politique.
Les responsables politiques français deviennent des Européens convaincus dès le moment où ils ne parviennent plus à avancer seuls. D’où la création d’EADS, premier groupe d’aéronautique et de défense européen. D’où leur intérêt à voir émerger une alliance dans le secteur de la construction navale, sur le modèle de l’avionneur.
C’est le ministre de l’Economie de l’époque, Nicolas Sarkozy, aujourd’hui président de la République, qui a empêché Siemens de prendre pied chez Alstom, son concurrent français. Le même Nicolas Sarkozy qui, en 2004, avait combiné le rachat du groupe pharmaceutique franco-allemand Aventis par le français Sanofi, donnant ainsi naissance au troisième acteur mondial du secteur.
C’est à sa demande, également, que la formule préconisant un marché intérieur "où la concurrence est libre et non faussée" a été biffée du traité de Lisbonne. Combien de temps l’Union européenne acceptera-t-elle une telle arrogance ? K.F.
La cupidité
Grande-Bretagne – Les Britanniques n’ont-ils donc pas entendu le fracas ? Comme si le monde de la finance ne s’était pas écroulé au cours des trois dernières années, ils croient pouvoir continuer à jouer à qui perd gagne et compenser les pertes de leur industrie en spéculant avec de l’argent étranger.
Indécrottables et butés, ils persistent à suivre leur prétendue logique selon laquelle les marchés sont invulnérables et que la politique comme la société sont donc tenues, à terme, de se soumettre à leur loi.
Poussé à l’extrême dans cet univers dévoyé, le libéralisme de John Stuart Mill et Adam Smith a permis l’émergence dans la City londonienne d’un système financier dépourvu de véritable régulation, où ont été négociés tous les produits financiers très sophistiqués – instruments dérivés et titres adossés à des créances – qui sont responsables, dans une large mesure, du grand krach de 2008.
Des milliards d’euros, issus des comptes d’épargne et des caisses de retraite des particuliers, sont ainsi partis en fumée, et ce sont les banquiers de la City qui ont été indemnisés.
La crise de la dette souveraine date du moment où les gouvernements se sont vu contraints de renflouer les banques. Or, ne parviennent de Londres que des cris d’effroi devant la proposition d’associer les investisseurs au risque.
Quant à la taxe sur les transactions financières mise en avant par le gouvernement allemand – dont il est prouvé qu’elle pourrait mettre fin aux spéculations à court terme sur le marché des devises – elle a été qualifiée avec emphase de "balle en or dans le cœur de la City" par George Osborne, le chancelier de l’échiquier.
Ceux qui persistent de la sorte à vouloir nager contre le courant seraient sans doute bien inspirés d’aller se trouver un autre lieu de baignade.

Les sept péchés des Européens (1/2)

Les dirigeants politiques brandissent volontiers l’étendard de l’esprit communautaire. Mais chaque pays se rend coupable d’une faiblesse de caractère qui contredit les discours et porte préjudice à l’UE. Die Zeit dresse la typologie de nos mauvaises actions. 

La paresse
Grèce – C’est la faute d’Angela Merkel, disent-ils. Si l’Europe bat de l’aile, c’est à cause de l’insensibilité de l’Allemagne. Telles sont les explications que les tabloïds donnent de la crise en Grèce, tels sont les slogans des manifestants et des leaders populistes.
Le problème ne vient pas de la dette, pour ces Grecs-là, mais du fait que des étrangers les rappellent à l’ordre, les pressent d’agir et leur font la leçon. En réagissant de la sorte, ils se mentent à eux-mêmes, et mentent à l’Europe.
On est frappé, à Athènes, par l’auto-indulgence des Grecs. Qui s’en prend aux responsables de la misère actuelle ? A savoir une société fondée sur la dette. A savoir les gens qui étaient persuadés que l’Europe serait toujours assez riche pour venir en aide à Hellas. Les corporations, qui se cramponnaient à leurs privilèges.
Les cheminots du public, qui touchaient des paies mirobolantes à la faveur de grilles salariales inextricables. Les familles, qui empochaient la retraite de leurs défunts. Les responsables politiques, qui embauchaient les neveux et les nièces de leurs électeurs.
Lesdits neveux et nièces, qui se laissaient embaucher. Les médias athéniens parlent de tout cela, bien sûr. Mais ce qui fait défaut, c’est une grande colère cathartique en Grèce à l’égard de ces Grecs.
A Athènes, les populistes cassent du sucre sur le dos d’Angela Merkel, mais font preuve de clémence à l’endroit des responsables locaux de la situation actuelle. Car ils préfèrent déblatérer sur un lointain épouvantail que balayer devant leur porte. C’est dans cette faiblesse, dans cette inaptitude à l’autocritique que réside la vraie crise de la Grèce. M.T.
Le recel
Suisse – Les sommes en jeu sont colossales. Tellement colossales qu’elles devraient normalement faire se dilater les pupilles des responsables politiques européens. Rien qu’en Suisse, les particuliers – européens pour la plupart – détiennent 1 560 milliards d’euros.
Ils en possèdent 1 400 milliards en Grande-Bretagne, essentiellement dans les îles anglo-normandes, 440 au Luxembourg, 78 au Liechtenstein. Tous ces pays se rendent ainsi complices d’évasion fiscale. Ils ponctionnent les richesses nationales de l’étranger et vivent sur les intérêts. Et comment réagit l’Europe ?
Au lieu de s’indigner d’une seule voix, les capitales européennes abordent ces pratiques pourtant scandaleuses comme de vieilles traditions, des affaires diplomatiques.
Concernant le Liechtenstein et la Suisse, de rares pays, dont l’Allemagne, ont voulu signer leurs propres accords de double imposition : l’idée est qu’une partie des dettes fiscales soit remboursée au pays d’origine des fonds au moyen d’un impôt forfaitaire.
Ce type d’approche compromet le projet de la Commission européenne d’instaurer des échanges automatiques d’informations visant à dépister les fraudeurs – un projet également rejeté par le Luxembourg. Ce même Luxembourg qui prône si volontiers la solidarité européenne. P.T.
La bigoterie
Allemagne – Peut-il exister une Europe dans laquelle un pays exporte et fait des bénéfices tandis que les autres consomment et s’endettent ?
Les Allemands sont fiers de leurs performances à l’export, qui servent à prouver la performance de leur économie.
Or, lorsqu’un pays vend plus à l’étranger qu’il ne reçoit, cela finit par poser des problèmes à tout le monde. Cette année, les exportations allemandes vers les pays de l’UE ont permis de dégager un excédent de 62 milliards d’euros.
Cela signifie ni plus ni moins que les marchandises produites en Allemagne ne sont pas échangées contre des marchandises étrangères, mais sont pour ainsi dire livrées à crédit. L’Europe du Sud s’endette donc auprès des Allemands pour leur acheter leurs produits.
En d’autres termes : la richesse de l’Allemagne repose sur les dettes de ses voisins. Or, qui sont les premiers à se lamenter au sujet de ces dettes ? Parfaitement. Les Allemands.
Un jour ou l’autre, la faillite menacera les débiteurs et les créanciers devront revoir leurs exigences de remboursement à la baisse. Ces dernières années, l’Allemagne a amassé près de 1 000 milliards d’euros en avoirs extérieurs – elle pourra dire adieu à une grande partie de cet argent le jour où le Sud ne sera plus en mesure de payer.
D’où les actuelles déclarations de la chancelière, qui veut que tout le monde devienne comme les Allemands. Autrement dit, les pays en question sont également censés exporter plus qu’ils n’importent. Et donc baisser leurs salaires, et donc maîtriser leur consommation.
Plus facile à dire qu’à faire. Car si tout le monde se mettait à ne plus faire que vendre, il n’y aurait plus personne pour acheter. Et l’économie marquerait le pas.
Si les Européens ne veulent pas inonder le reste du monde de leurs produits – ce que le monde ne laissera pas faire – il faut alors parvenir à l’équilibre au sein même de l’Union. Les Italiens doivent se serrer la ceinture – et les Allemands dépenser plus. M.S.
La gourmandise
Espagne – "Tu ne videras point de ses poissons la mer de ton voisin", pourrait enjoindre un des dix commandements européens, suivi de : "Tes agriculteurs ne vivront point sous perfusion des subventions européenne”.
Pour la période 2007-2013, l’industrie espagnole de la pêche s’est vu allouer plus d’un milliard de dollars [767 millions d’euros] par Bruxelles – soit bien plus que n’importe quel autre pays de l’UE.
Parce que les eaux européennes sont largement victimes de la surpêche, l’Espagne envoie ses flottes ultramodernes devant les côtes du Sénégal et de Mauritanie, ne laissant plus grand chose aux pêcheurs locaux et dépassant par-dessus le marché les quotas convenus.
Il faudrait lancer des procédures juridiques contre les entreprises concernées et signer de nouveaux accords de pêche entre l’UE et les pays africains. Le gouvernement espagnol s’oppose à ces deux propositions de longue date. Ainsi qu’à une nouvelle réforme du système européen de soutien au monde agricole.
Près de 50 milliards d’euros quittent chaque année les caisses de Bruxelles en direction de l’agriculture européenne. La majeure partie bénéficie directement aux agriculteurs des différents pays de l’UE, qui peuvent ainsi maintenir leur compétitivité dans un secteur concurrentiel qui mise sur des prix sacrifiés.
En attendant, une part considérable de la viande, des produits laitiers et des légumes à prix réduit d’Espagne, d’Italie, de France ou d’Allemagne, atterrissent sur les marchés africains.
C’est bien pour les pauvres, arguent les exportateurs. Sauf que les productions vivrières locales de pays comme le Ghana, le Cameroun ou la Côte d’Ivoire s’écroulent.
Et que, en cas de hausse des prix des produits agricoles de base, ces pays ne peuvent plus se permettre d’importer du lait en poudre, des abats de volailles ou des céréales de l’UE.
Néanmoins, si cela devait déboucher sur une crise d’approvisionnement, voire une crise alimentaire, ils pourraient compter sur l’Europe : l’UE est le premier bailleur de fonds mondial en matière d’aide d’urgence.

Bonne conscience judiciaire

« La justice est passée ». « La justice est passée ». « La justice est passée »… Psalmodié de gauche à droite et de droite à gauche pendant toute la journée d’hier, ce solde de tout compte a eu les accents d’une oraison funèbre pour enterrer Jacques Chirac. Une autoabsolution répétée en jetant quelques dernières pelletées de terre sur des pratiques « révolues ». Une très large majorité a même cru voir dans la condamnation de l’ancien président de la République une preuve de la vitalité d’une démocratie française capable d’infliger deux ans de prison avec sursis à l’ancien chef de l’État.

Au risque de jouer les Cassandre dans ce concert d’autosatisfaction apitoyée autant que larmoyante, cette première qualifiée, évidemment, d’« historique », n’a rien de glorieux. Le seul triomphe, c’est celui d’une bonne conscience judiciaire se contentant de peu.

La justice française peut-elle vraiment s’honorer d’avoir mis pas moins de vingt ans pour traiter ce dossier politique avant de finir laborieusement par infliger une peine humiliante à celui qui fut pendant douze ans le premier des Français ? Quel sens trouver à l’argumentation violente qui l’a motivée quand elle s’adresse à un vieil homme estimable de 79 ans, qui, malade, n’est plus, depuis bien longtemps, l’organisateur désinvolte des emplois fictifs de la mairie de Paris ?

Cet épilogue, ce n’est pas le symbole de l’indépendance du pouvoir judiciaire, mais la démonstration de son asservissement au rythme imposé par le pouvoir politique. Du statut pénal présidentiel aux manœuvres dilatoires pour entraver le cours de la justice, le clan Chirac — et le parquet lui-même — ont tout fait pour la ralentir. Si bien qu’elle apparaît aujourd’hui décalée, et que le droit qu’elle fait valoir a la cruauté de l’injustice.

L’exemplarité alors ? Mais de quelle exemplarité parle-t-on quand cet épisode a toutes les chances de renforcer la popularité de l’homme Chirac, qui n’est pas loin d’apparaître comme une victime. Quelle exemplarité quand, de façon moins spectaculaire que jadis, certes, tant de conseillers ministériels continuent de consacrer une partie du temps qu’ils devraient réserver exclusivement au service de l’État, aux intérêts politiques personnels de leurs champions, et de leur parti ? Quelle exemplarité quand le PS qui a mis si longtemps à dénoncer le scandale Guerini dans les Bouches-du-Rhône dit faire confiance à la justice de son pays pour dénouer les affaires de sa fédération du Nord-Pas-de-Calais ? Grand seigneur, il mise déjà sur… la lenteur inévitable des procédures.

jeudi 15 décembre 2011

Moscovici, la jeunesse (en stage) te dit merci !

Pierre Moscovici, le Directeur de campagne de François Hollande, cherche à renforcer son équipe parlementaire et vient de faire paraître une offre de stage de six mois sur le site de Sciences Po Paris. Des conditions d'emploi assez éloignées de l'esprit des propositions du candidat PS en matière de jeunesse...

François Hollande a fait de l'avenir de la jeunesse sa priorité présidentielle. Les jeunes, cette génération sacrifiée sous l'ère Sarkozy, à cause de Nicolas Sarkozy... "Chômage élevé, précarité, dévalorisation des diplômes, perte d’autonomie, accès au logement plus difficile", les mots ne manquent pas pour dénoncer une situation que vivent malheureusement (et effectivement) de plus en plus de nouveaux entrants dans la vie active ou d'étudiants (qui font souvent des études trop longues faute d'avoir pu trouver un emploi suffisamment rémunéré avant). 
Sur un plan plus pratique, pour mettre ses idées en musique et devenir aux yeux des Français l'homme à élire pour tourner la page d'une jeunesse spoliée par la crise et le cruel patronat UMP, François Hollande s'est organisé et a fini par annoncer le 17 novembre dernier avoir officiellement choisi Pierre Moscovici comme directeur de campagne. L'ancien Ministre est donc sur le terrain et enchaîne médias sur médias, notamment pour dire qu'il faut "rendre à la jeunesse un espoir" car "son avenir représente moins que pour la génération précédente".
En conséquence, beaucoup de travail en plus pour Pierre Moscovici... Et oui, ce sont des sujets sérieux ces choses-là. Le voici contraint de recruter de nouveaux collaborateurs pour faire le job à ses côtés (à sa place ?). Tant qu'à faire, autant choisir parmi les meilleurs en allant proposer à un jeune (ou presque) diplômé de Sciences Po Paris de venir travailler à l'Assemblée nationale avec lui. 
L'annonce postée est très claire : on cherche un assistant parlementaire junior à plein temps, disponible tout de suite et jusqu'à la fin de la campagne. Le candidat (on imagine les prétendants nombreux) retenu devra s'occuper des tâches administratives classiques (réponse au courrier, gestion de l'agenda, réponse au téléphone, etc.), du blog du député, de la veille législative, des affaires locales du parlementaire... 
On cherche le gendre parfait : autonome, réactif, disponible, très gros bosseur, organisé, qui sait écrire et qui se passionnera pour les affaires politiques et publiques. Bref, un mec bien. 
Bon, par contre, ce travail à plein temps est seulement... "défrayé". Même pas sous-payé, juste "défrayé" [NDLR : les stages conventionnés avec Sciences Po sont cependant au moins rémunérés au minimum légal (417€)]. Donneur de leçons, Pierre Moscovici avait pourtant insisté il y a peu en demandant à ce que soit rétablie une hiérarchie saine des salaires qui limiterait l'écart entre le plus gros et le plus faible salaire dans une même organisation. En sachant que Pierre Moscovici touche une retraite en tant qu'ancien Ministre, une indemnité élevée (nette d'impôt) en tant que député, un salaire en tant que prof à Sciences Po et probablement un petit chèque mensuel en tant que Président de la communauté d'agglomération du pays de Montbéliard, et qu'il gagne, à la louche, plus de 10 000 euros par mois, on ne peut pas dire qu'il s'applique ce qu'il réclame aux autres. 
Pour mémoire, dans son programme publié au printemps dernier, le Parti socialiste prévoyait notamment d'encadrer le recours abusif aux stages dans les entreprises. Ce qui lui avait d'ailleurs valu de se faire moquer par Valérie Pécresse, alors ministre de l'Enseignement supérieur, qui avait souligné que le gouvernement avait déjà mis en oeuvre la mesure et qu'il est déjà "procédé à un encadrement des stages pour éviter les abus en mettant en œuvre la rémunération obligatoire des stages à partir de deux mois et en interdisant par décret les stages hors cursus". 
Pour sa part le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) défend quant à lui l'interdiction de "tous les stages qui ne sont pas nécessaire à l’obtention d’un diplôme pour mettre fin au travail gratuit de près d’un million d’étudiants". Ce stage devenu, "le symbole de la précarité qui frappe les jeunes et de l’absence de confiance de la société en sa jeunesse. Ce sont ainsi des dizaines de milliers de jeunes qui sont condamnés à accepter ce statut précaire, véritable sas de pré-emploi. En jouant sur la peur du chômage, la droite a laissé faire un moins-disant social avec les stages".
Elle est belle la sociale-démocratie socialiste... Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. En espérant que François Hollande entendra vraiment le cri de la jeunesse, peu respectée par ce genre de pratiques désobligeantes malgré les années d'études et d'efforts qui correspondent à ce que recherchent certains employeurs peu scrupuleux... ou contraints par la réalité économique.  
A moins que Pierre Moscovici - dont il se dit dans les couloirs du PS que son poste de Directeur de campagne est en train de perdre de sa substance au profit de Manuel Valls - ne soit en fait en train de viser un poste de ministre de l'Enseignement supérieur d'ouverture dans un gouvernement de Nicolas Sarkozy ?
POSONS L'EQUATION SUIVANTE : QUELLE EST, EN FONCTION D'UNE CONNUE NOMMÉE COMPÉTENCE, LA PROBABILITÉ D'INTELLIGENCE DE CES DEUX CRÉTINS ?

A quoi ressemblerait une Grèce sortie de l’euro ?

Après l’annonce par le Premier ministre Lucas Papadémos du retour de son pays à la drachme, la monnaie qui prévalait avant l’euro, la Grèce se retrouve dans une situation de chaos général, imagine le New York Times. 
Au lieu de se rendre au travail, les Grecs affluent devant leurs banques aux portes fermées, dans l’espoir de récupérer les liquidités de leur crédits, alors que la valeur de la drachme plonge, et que les prix affichés par les quelques magasins ouverts explosent.  Les crédits accordés à la Grèce sont coupés, après que le pays a fait défaut sur sa dette. Ce chaos économique est suivi d’un chaos politique : l’armée prend le contrôle du gouvernement.
Le New York Times s’inspire sans doute des prévisions de deux organismes d’analyses, qui ont échafaudé  en novembre le scénario d’une sortie de l’euro et d'un retour à la drachme. Nomura a ainsi prévu une dévaluation de 60% de la nouvelle drachme. Pour UBS, il y a un risque sérieux d’hyperinflation, de coup d’Etat militaire et d’une possible guerre civile.
Le quotidien relativise : ces évènements ne seront peut-être pas aussi graves. Mais il souligne que le risque de voir la Grèce quitter la zone euro est réel, et pourrait avoir des conséquences sérieuses sur son économie. Si cette perspective n’est officiellement, pas même un sujet de discussion ente les responsables de la zone euro, le prix que la Grèce devrait payer pour rester dans l’Union monétaire, impliquant plus de rigueur et plus de sacrifice, fait que de plus en plus d’analystes financiers, y compris en Grèce, se penchent sur le scénario d’un retour au drachme.
"Nous ne devrions avoir aucune fausse prétention quant au fait que nous sommes actuellement dans le train du retour vers le drachme", estime ainsi Jason Manolopoulos, un gérant de fonds d’investissement grec. Pour un avocat britannique, Charles Proctor, "une monnaie unique ne convient pas à de vastes mesures d’économies". Reste que dans le cas d’un retour à la drachme, l’économiste Hal S. Scott de la  Harvard Law School, estime que le plus difficile serait que les Grecs adhèrent à une mesure qui rendrait leur monnaie de plus en plus faible et l’euro de plus en solide.

A quoi servent les notes des agences ?

Les notes de crédit attribuées par les agences de notation sont sous les projecteurs. Le gouvernement français redoute une perte imminente de son triple A, tout comme les régions et grandes villes françaises, ainsi que plusieurs autres pays et entreprises européennes. Dans l'affolement de la crise de la dette européenne, on en aurait presque oublié à quoi ces fameuses notes sont censées servir.
Lorsqu'une entreprise, une banque, un assureur ou bien un Etat s'endette sur les marchés, il peut payer une agence de notation afin qu'elle lui délivre une note qui aidera les investisseurs à lui prêter en toute connaissance de cause. Ce principe de l'emetteur-payeur a fait l'objet de nombreuses critiques dénonçant un flagrant conflit d'intérêts depuis le début de la crise.

La note reflète l'opinion des analystes sur la capacité qu'aura l'émetteur à rembourser ses dettes intégralement et aux échéances prévues. Plus la note est élevée, moins le risque de défaut est jugé probable, selon une grille désormais bien connue.
Un suivi permanent
Pour chaque émetteur, une équipe de deux analystes attribuent la note et suivent tous les événements susceptibles de la faire évoluer. Parfois, ce sont les entreprises elles-mêmes qui décrochent leur téléphone pour informer les agences d'une évolution de leur situation, comme ce fut le cas pour le directeur général de Groupama cette semaine, pour éviter, sans succès, une dégradation à BBB-.
S'il y a lieu, les analystes en charge convoquent un comité de notation. Composé d'au moins cinq analystes, d'expérience et de spécialité sectorielle différentes, celui-ci doit parvenir à un consensus pour dégrader, relever ou laisser inchangée une note.
Douze heures de préavis en Europe
"En cas de modification de la note, nous envoyons un projet de communiqué de presse à l'émetteur, qui dispose de douze heures pour nous signaler si certains faits que nous y énonçons sont faux ou si nous y avons mentionné par mégarde des informations confidentielles", détaille un cadre de Fitch, l'une des trois agences qui dominent le marché avec Standard & Poors (S&P) et Moody's. "Ensuite, nous rendons notre décision publique. En aucun cas, l'émetteur ne peut commenter le bien-fondé de la note". Ce qui est aisément compréhensible, puisque ce sont les emetteurs qui paient pour cette évaluation indépendante.
Le délai de douze heures est imposé par la réglementation européenne de 2009 à tous les analystes exerçant dans l'Union européenne. Mais si Fitch affirme le respecter dans le monde entier, les analystes de S&P ou de Moody's situés hors d'Europe laissent parfois des délais bien plus courts.
"La plupart des analystes travaillant sur les notes européennes sont établis en Europe et surtout, sauf extraordinaire, un changement de note ne se manifeste pas d'un jour à l'autre", minimise l'un d'entre eux, sous couvert d'anonymat. "Notre travail n'est pas de surprendre les émetteurs, mais plus le délai est court, plus nous limitons les risques de fuite et de potentiels délits d'initiés".
L'heure de publication de la nouvelle note n'est pas soumise à un quelconque réglementation, mais tient généralement compte des horaire d'ouverture des marchés concernés. Si l'émetteur est une société française cotée à Paris, l'agence attendra la clôture de la Bourse pour lancer son communiqué de presse afin de ne pas susciter de réactions exagérées des marchés au moment de l'annonce.
Plus que la dégradation de leur note, c'est la hausse de la rémunération demandée par les investisseurs qui en découle que redoutent les émetteurs. Il faut cependant signaler que cette conséquence, pour logique qu'elle paraisse, n'a rien d'automatique. Ainsi, les Etats-Unis, qui ont vu leur note dégradée le 5 août dernier de AAA à AA+ par S&P, une première historique, n'ont pour l'instant pas souffert d'un renchérissement conséquent de leur dette. Le 14 décembre, le Trésor américain affichait des taux d'emprunt à dix ans sous la barre des 2% tandis que la France, du haut de son triple A, paye plus de 3,2%.