vendredi 18 novembre 2011
Grèce: le nouveau gouvernement entame des discussions sur la dette avec les banques
Le nouveau gouvernement grec, fort d'un large vote de confiance obtenu mercredi soir au parlement, a aussitôt entamé des discussions avec les banques du monde entier pour effacer une partie de la dette du pays en application du nouveau plan du sauvetage de la Grèce décidée fin octobre à Bruxelles.
La nouvelle équipe gouvernementale a rassemblé une confortable majorité de 255 voix sur 293 des 300 députés présents au parlement mercredi soir pour participer au vote de confiance organisé après trois jours de débat parlementaire.
La coalition formée vendredi dernier autour du Parti socialiste (Pasok) de l'ancien Premier ministre Georges Papandréou, avec le parti conservateur (Nouvelle Démocratie) et l'extrême droite (Laos), pouvait théoriquement compter sur le soutien d'au moins 254 députés.
"Je suis optimiste. La zone euro va surmonter les difficultés d'aujourd'hui malgré les divergences entre les pays (...) et les dirigeants vont prendre les décisions nécessaires pour assurer la crédibilité et stabiliser le système bancaire", a déclaré M. Papademos devant les députés.
Le Premier ministre a souligné qu'il fallait "des interventions plus radicales, avec un renforcement de la marge d'actions du Fonds européen de stabilité financière (FESF)".
Juste après avoir obtenu le vote de confiance, Lucas Papademos s'est entretenu avec le chef de l'association mondiale des banques, Charles Dallara, pour ouvrir officiellement les négociations sur le délicat programme d'effacement de la dette grecque.
Signe de l'urgence de la situation, le dirigeant de l'Institut de la finance internationale (IIF) a fait spécialement le déplacement dans la capitale grecque pour rencontrer au plus vite les dirigeants du pays, retenus à Athènes par le scrutin parlementaire.
M. Dallara s'est également entretenu avec le ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, qui avait qualifié vendredi "d'urgent le lancement, officiel et public" de la procédure d'effacement partiel de la dette grecque.
Au total, le programme d'échange d'obligations comportant une perte de 50% pour les créanciers privés du pays doit permettre de réduire la dette publique du pays à 120% du PIB du pays en 2020 contre plus de 160% actuellement.
Lors du débat sur le vote de confiance, M. Vénizélos a déclaré au parlement "que le système bancaire grec doit être restructuré prochainement sur une base des capitaux sains et forts".
Depuis mardi, les options sur la table ont fait l'objet de fuites dans la presse. M. Dallara doit poursuivre sa tournée à Francfort, où il rencontrera des dirigeants du secteur financier qui possèdent des titres d'Etat grecs.
Mais avant même le début des discussions, la zone euro a renforcé sa pression sur la Grèce réclamant de nouveau, mercredi, que ses dirigeants s'engagent par écrit à respecter les modalités du dernier plan de sauvetage du pays voté dans la nuit du 26 au 27 octobre à Bruxelles.
Or le parti conservateur rechigne à toute promesse écrite. Prenant le relais de leur chef Antonis Samaras, qui s'y était déjà opposé la semaine dernière, plusieurs députés de droite ont manifesté mardi leur refus de céder aux "diktats de Bruxelles". Cela leur a valu d'être brocardés mercredi par le quotidien à grand tirage Ta Nea, publiant un fac simile de la signature de M. Samaras assortie du commentaire: "la signature qui vaut huit milliards".
Pour les créanciers, cet engagement écrit est en effet la condition sine qua non au déblocage de huit milliards d'euros dont dépend la survie de la Grèce à court terme. Cette somme fait partie d'un premier prêt décidé au printemps 2010.
Le ministre grec des Finances espérait la semaine dernière que la zone euro pourrait débloquer dès jeudi cette somme, indispensable pour éviter une faillite du pays d'ici à la mi-décembre.
Le Premier ministre a réitéré devant les députés la nécessité d'obtenir un engagement signé de chaque parti. Il rencontrera les responsables de la Commission lundi à Bruxelles.
La dénonciation de ces sacrifices devrait figurer en bonne place dans les manifestations de gauche organisées jeudi pour commémorer la répression, le 17 novembre 1973, de la révolte estudiantine contre la junte des colonels.
L'opposition parlementaire de gauche, le parti communiste (KKE) et la gauche radicale (Syriza), qui ont refusé de se joindre à la coalition gouvernementale, devraient fournir des troupes dans la rue aux côtés des contingents traditionnels d'étudiants, face à plus de 7.000 policiers déployés à Athènes.
jeudi 17 novembre 2011
La France peut elle envisager de soumettre à Référendum sa politique de restriction budgétaire comme a tenté de le faire la Grèce ? Par Christophe Georges Albert
Depuis, le krach des dettes souveraines, l’enjeu central de la crise n’est plus la régulation du capitalisme mais la résistance de la démocratie selon une formule empruntée à Nicolas BAVEZREZ, historien et économiste. En effet, si aucun progrès n’a pu être enregistré sur le plan économique et financier, la crise a changé de dimension en s’installant au cœur des démocraties, conjuguant ainsi le développement du populisme avec l’impuissance et la délégitimation des gouvernements.
Or, l’ambition ne peut pas être seulement de "rassurer" les marchés. Elle doit être de leur imposer à nouveau la légitimité d’une union monétaire dont la force soit à la hauteur de sa très grande puissance collective, économique et financière (Le Monde.fr).
C’est pourquoi, au-delà de la diversité de nos textes constitutionnels, pourrait-on envisager de saisir le peuple par la voie du référendum pour qu’il se prononce sur l’adoption d’un principe d’aide ou de rigueur budgétaire ? Comment traiter l’irruption des peuples et des parlements dans les finances publiques des Etats de l’Union Européenne ?
Répondre à ces questions nécessite ainsi de poser les conditions juridiques du recours au référendum entre les deux pays, (I) mais aussi de considérer le projet d’uniformisation des procédures en matière de finances publiques (II)
I – Comparaison des conditions juridiques d’un recours au référendum entre la Grèce et la France
La France comme la Grèce dispose d’une capacité constitutionnelle à recourir au référendum (A), pour autant peut-on valider la transposition du processus référendaire Grec à la pratique institutionnelle de la France (B).
A – Les dispositions constitutionnelles permettant le recours au référendum
L’article 44 de la Constitution « 12ème résolution du 07/06/1975 » Grecque autorise le Président de la République à convoquer, sur proposition du gouvernement et après le vote à la majorité absolue du Parlement, un référendum sur des questions nationales d’intérêt crucial. En revanche, en France, deux articles réglementent le recours à cette pratique institutionnelle, les articles 11 et 89 de la Constitution.
Or, si la constitution Grecque encadre ce dernier par le pouvoir d’obstruction qui est laissé au Parlement, son thème peut être envisagé très largement « intérêt national crucial ».
Inversement, la France laisse le choix de son organisation au pouvoir exécutif, mais ne l’autorise que sur des thèmes précis et limités.
Dès lors, peut-on envisager une synergie procédurale entre les deux Etats membres de l’Union européenne sur le thème particulier des finances publiques ?
B – Validité de la transposition du processus référendaire portant sur les finances publiques en Grèce à la pratique institutionnelle française
Si la Grèce prévoit un cadre référendaire très large, à savoir « un intérêt national crucial », qui peut être utilement justifié dans le cadre de l’acceptation par le peuple des plans de rigueur successifs imposé à ce pays, l’article 34 de la Constitution française, témoigne d’un système de représentation qui donne compétence au Parlement en matière de Finances publiques.
Ainsi, l’assiette et les taux de recouvrement des impositions de toutes natures, ou encore le vote de la loi de finances par le parlement sous couvert du respect de l’article 13 de la DDHC « principe du consentement à l’impôt » empêche fondamentalement au Président de la République de prendre l’initiative d’un référendum, même si l’on a pu ajouter à l’article 11, que peuvent être soumises à référendum « les réformes relatives à la politique économique et sociale de la Nation ».
Le texte s’attache fondamentalement en effet plus à l’incidence de ce dernier sur le fonctionnement des institutions que sur la portée des mesures envisagées.
Néanmoins, dans le cadre d’une économie intégrée au sein de l’Euro Land et d’une nécessaire coordination politique entre les nations, les budgets nationaux devraient être soumis en amont à la commission européenne, uniformisant dès lors les procédures relatives aux finances publiques.
II –Projet d’uniformisation des procédures en matière de finances publiques
Le Parlement européen a adopté, le 28 septembre dernier, le paquet législatif de six textes sur la « gouvernance économique » de l’Union européenne, ce qui tant à rationaliser les procédures d’adoption des budgets entre les Etats de l’union (A), mais aussi à légitimer le rôle des représentations nationales contre la tentation populiste (B).
A – Rationalisation des procédures d’adoption des budgets entre les Etats de l’Union
Cette résolution prévoit la surveillance et l’évaluation des budgets nationaux en amont par la Commission européenne qui aura le pouvoir de contrôler l’application de ses recommandations et d’imposer des sanctions.
Les gouvernements devront dorénavant se conformer strictement au paradigme de l’austérité : réduire les dépenses publiques et les allocations sociales, comprimer les salaires et les pensions, diminuer le secteur public et procéder à de nouvelles privatisations.
Dès lors, dans ce contexte le processus référendaire Grec ne pouvait trouver une quelconque justification, car dans le cadre d’une politique intégrée, l’Etat aurait perdu une partie de sa souveraineté.
Peu important, en effet que l’initiative référendaire soit limitée par la volonté de l’Assemblée « Cas Grecs » ou par les prérogatives constitutionnelles de l’article 11 « Cas Français ».
Nous aboutissons ainsi de fait à une rationalisation européenne des procédures d’adoption des budgets des pays membres de l’Union visant à légitimer le rôle des parlements pour conter la menace populiste.
B – Légitimation du rôle des représentants des Nations
Selon Nicolas BAVEREZ, dans tout le monde occidental le populisme prospère sous des formes multiples, protectionnisme, séparatisme, extrémisme..
Ce phénomène se conjugue néanmoins avec la perte de crédibilité majeure des gouvernements de l’échiquier politique européen.
Il apparaît cependant que la crise ait permis l’irruption des parlements et des peuples au sein d’un monopole jusqu’alors aux mains de financiers et des technocrates.
C’est pourquoi, les procédures constitutionnelles des Etats-Nation européens s’effaceront au profit d’une représentation parlementaire plus large et du pouvoir de sanction de la commission européenne réglant de facto la controverse liée à la possibilité de transposer l’initiative référendaire Grec à la France.
Pour l'IRSN, aucun réacteur nucléaire français ne mérite d'être fermé
Après avoir imaginé les scénarios de catastrophes naturelles (effondrement de barrage, destruction de villes), Jacques Repussard, le directeur général de l'IRSN, estime que les normes de sûreté des installations nucléaires peuvent être "légitimement considérées comme sûres". Par conséquent, aucune fermeture de réacteur ne s'impose.
En revanche, l'IRSN préconise de revoir ces normes pour renforcer la prévention des accidents. "L'accident de Fukushima, mais également les évaluations complémentaires de sûreté, mettent en évidence la nécessité de faire évoluer sans tarder certains référentiels de sûreté des installations", indique le rapport de l'IRSN. "Par exemple, il faut que, dans chaque réacteur, il y ait au moins un générateur diesel qui soit en hauteur, indépendant et protégé, y compris son alimentation, et qui tienne même en cas de séisme très violent", détaille Jacques Repussard.
>>VOIR NOTRE INFOGRAPHIE : Les centrales nucléaires en France
Les sites nucléaires de Gravelines, Saint-Alban et du Tricastin, proches d'installations industrielles, "devraient prendre en compte les phénomènes dangereux associés aux sources d'agression des installations industrielles" ainsi que les "agressions liées aux voies de communication" et "évaluer leurs conséquences sur les installations nucléaires de base", insiste le rapport.
LES ONG DÉNONCENT UNE "COUPABLE INDULGENCE"
L'Observatoire du nucléaire, association opposée à l'atome, dénonce la "coupable indulgence en faveur de l'industrie nucléaire" des conclusions du rapport de l'IRSN. "Pour l'IRSN, les centrales nucléaires peuvent continuer à fonctionner... malgré leur sûreté défaillante !", s'étonne l'association dans un communiqué.
"Sachant qu'un évènement naturel violent (tempête, gel sévère, inondation, séisme, etc.) peut se produire à chaque instant, l'IRSN reconnaît implicitement que les réacteurs français peuvent causer à tout moment une catastrophe nucléaire", s'insurge l'Observatoire du nucléaire.
LA STRATÉGIE DU "NOYAU DUR"
Ces conclusion ne diffèrent pas de ce qu'avait laissé filtrer l'IRSN, le 7 novembre, quant aux progrès à réaliser : il faut "cibler les moyens de protection essentiels et les protéger", déclarait alors Jacques Repussard. Par exemple, en cas de risque de crue, il est nécessaire de "s'assurer que les équipements servant d'outils de secours ne sont pas stockés en sous-sol", détaillait-il.
M. Repussard défendait alors une stratégie du "noyau dur", c'est-à-dire mieux protéger "les équipements destinés à prévenir l'aggravation d'un accident". Et prendre en compte, l'environnement extérieur des centrales, notammment industriel, comme les usines chimiques ou le transport de butane à proximité.
Après l'accident nucléaire japonais de Fukushima, il a été demandé aux exploitants des centrales nucléaires françaises d'autoévaluer la sécurité et le bon fonctionnement des installations en France. EDF, Areva et le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ont remis ces premiers rapports à la mi-septembre auprès de l'IRSN, qui les a synthétisés et complétés par ses propres projections. Sur la base de ces multiples rapports, l'ASN rendra au gouvernement ses conclusions début 2012.
Rassembler le camp anti-Sarkozy, c’est un objectif. Gouverner ensemble, c’en est un autre. Atteindre le premier ne signifie pas forcément qu’on concrétisera le second. François Hollande serait-il déjà prêt à dissocier l’un de l’autre ? En éteignant son téléviseur après l’intervention du candidat du PS hier soir, on a pu avoir l’étrange sentiment que le générique de fin du 20h de TF1 venait de sonner le glas d’une gauche plurielle version 2012.
Comment, en pleine crise économique, deux partis avouant leur «désaccord» sur une question aussi fondamentale que l’énergie pourraient-ils s’associer pour conduire le pays dans la période la plus incertaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Ferme sur Flamanville et souple sur les lobbies, le vainqueur jadis triomphant de la primaire socialiste n’est pas parvenu à répondre de façon convaincante à cette interrogation.
Inutile de jouer sur les mots en parlant, comme l’a fait Benoît Hamon (PS), d’une simple «différence d’interprétation» sur le fameux paragraphe concernant le mox. Il y a bien un gouffre entre les deux (ex ?) futurs partenaires. L’acceptation ou le refus du nucléaire ne peut être considéré comme une alternative marginale laissée sur le bord de la table des négociations. Elle est centrale. Et l’incapacité à la traiter sans générer une journée de confusion comme ce mercredi échevelé suffit à montrer que les cultures du PS et des Verts sont toujours aussi difficiles à mixer qu’entre 1997 et 2002. Comment ont-ils pu prendre le risque d’arriver à cette fin d’année 2011 sans avoir mis au point une stratégie pour gérer leur vieille opposition qui ressurgit ?
Le spectacle de la journée chaotique d’hier va laisser une marque désastreuse sur ce début de campagne plutôt raté de François Hollande. La totale improvisation qu’il a laissé transparaître est pire encore dans l’imaginaire collectif que l’absence d’un accord qu’on savait difficile à conclure. Socialistes et écologistes n’envisagent manifestement pas la vie demain de la même façon. Et c’est tout de même embarrassant. Apparemment détaché mais visiblement désarçonné, légèrement emprunté dans son expression, François Hollande, au bout du compte, n’aura-t-il pour seule issue que d’envoyer promener, purement et simplement, EELV-Les Verts?
Dette grecque : pourquoi la décote de 50% risque d'échouer
Les discussions en vue d'un échange d'obligations comportant une décote de 50% entre le gouvernement grec et les investisseurs privés, devraient commencer ce mercredi à Francfort. Mais les détails de cette opération soulèvent d'ores et déjà des critiques.
L'opération, dont le principe et la décote de 50% ont été décidés en commun dans la nuit de 26 au 27 octobre à Bruxelles par les gouvernements de la zone euro et les investisseurs privés détenteurs d'oblitations grecques, doit permettre de ramener la dette publique grecque à 120% du PIB du pays en 2020, au lieu de plus de 160% actuellement. Mais si le principe de la décote est sur les rails, la question de la participation volontaire des investisseurs privées reste floue.
Et pour cause : une grande partie de la dette souveraine grecque est désormais entre les mains d'institutions publiques et non d'investisseurs privés. En effet, selon des chiffres de Barclays, la BCE détiendrait environ 45 milliards d'euros de dette grecque, acquise via son programme de rachat d'obligations souveraines. De leur coté, les Etats de la zone euro et le FMI se sont également largement substitués au financement des investisseurs via des prêts bilatéraux. Enfin, près de 36 miliards d'obligations sont détenues par des fonds souverains grecs, et ne sont donc pas concernés.
Mais encore une fois, le diable est dans les détails, puisque le communiqué issu du sommet précise que "Les États membres de la zone euro contribueront à l'ensemble des mesures relatives à la participation du secteur privé à hauteur de 30 milliards d'euros. Sur cette base, le secteur public est disposé à fournir un financement supplémentaire au titre du programme pour un montant allant jusqu'à 100 milliards d'euros jusqu'en 2014, y compris la recapitalisation requise des banques grecques." En clair, les Etats devront mettre la main à la poche, notamment à cause de la participation des banques grecques. En grande difficulté, ces dernières sont incapables de subir des pertes sans une recapitalisation. De même d'ailleurs qu'un certain nombre d'autres banques européennes particulièrement exposées aux dettes souveraines.
Autrement dit, les pertes que l'on s'apprête à faire subir aux banques pour soulager la dette de l'Etat grec seront probablement compensées par la création de nouvelles dettes des gouvernements de la zone euro... pour recapitaliser les banques.
L'Europe, qui prétend apprendre de ses erreurs, ne tenterait-elle pas de résoudre la crise de la dette par davantage de dette
L'Asie investit toujours plus en Chine. Les Etats-Unis... beaucoup moins
Les investissements en provenance des pays d'Asie ont eux fortement progressé, pour atteindre les 81,9 milliards de dollars entre janvier et octobre. Ils participent à cette forte augmentation. Le Japon, en particulier, a fait bondir ses investissements de 65,5% sur la même période.En revanche, les capitaux en provenance des Etats-Unis ont reculé de 18,1% depuis janvier à 2,6 milliards de dollars. Shen Danyang, porte-parole du ministère du Commerce chinois, attribue cette chute aux mauvaises perspectives de l'économie américaine. Il pointe aussi du doigt la politique des Etats-Unis pour inciter à rapatrier les capitaux. Et ce afin de participer à la reconstruction de l'industrie manufacturière américaine.
Pourtant dans la tourmente, l'Europe reste quant à elle un fournisseur de capitaux stable. Les investissements en provenance du Vieux Continent ont crû de 1% au cours des dix premiers mois de l'année pour atteindre les 5,5 milliards de dollars.
Mais ces chiffres encourageants ne sont pas de nature à diminuer les inquiétudes de la Chine, encore très dépendante de l'étranger, face au risque de crise globale, qui pourrait tarir les flux de capitaux.
M. Shen craint par ailleurs que les exportations chinoises ne soient directement impactées par le ralentissement de l'activité et la montée des protectionnismes en Europe et aux Etats-Unis.
De son côté, la banque centrale chinoise met en garde contre le risque d'une crise systémique en cas d'extension de la crise de la dette en zone euro. Elle envisage même "le moment venu et avec une ampleur appropriée" d'ajuster sa politique monétaire restrictive.
Le groupe de Francfort, bras armé de l’UE
Le Vieil Opéra de Francfort – un temps la ruine la plus marquante de l’Allemagne de l’après-guerre, et aujourd’hui sa recréation la plus impressionnante – est devenu le symbole de la renaissance européenne. Et c’est là que, le mois dernier, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont reçu l’élite bureaucratique de l’UE lors de ce que l’on aurait, en d’autres temps, dépeint comme un putsch.C’est qu’ils en avaient assez, de ces sommets de la zone euro, avec ces dirigeants qui faisaient des allers-retours en avion sans jamais avancer. L’heure était venue de mettre en place un groupe plus restreint, qui exercerait avec fermeté un pouvoir officieux. Ce soir-là, alors qu’ils étaient rassemblés pour écouter l’orchestre Mozart de Bologne sous la direction de Claudio Abbado, un nouvel escadron de la mort de l’UE est né.
Comme Silvio Berlusconi vient de s’en apercevoir, ce que l’on appelle le Groupe de Francfort ne plaisante pas. Il y a encore quelques mois, il aurait été impensable qu’un chef de gouvernement européen tente d’en déstabiliser ou d’en déposer un autre. Aujourd’hui, deux dirigeants de l’UE sont tombés en une semaine. Comme Sarkozy en a récemment fait l’expérience, pour provoquer un changement de régime, il faut tendre la main aux rebelles.
L'arnaque de la décennie
On ne saurait reprocher au groupe sa manie du secret. Au sommet du G20 de Cannes, ses représentants se pavanaient avec des badges portant la mention “Groupe de Francfort (GdF)”. Officiellement, la Grande-Bretagne n’en fait pas partie, mais les responsables du Foreign Office se comportaient comme s’ils en étaient membres. Comme l’a dit l’un d’entre eux : “Nous sommes sur le point d’écarter Berlusconi”. Une telle déclaration aurait autrefois soulevé un tollé. Début novembre, il est devenu manifeste qu’une opération pour éliminer Berlusconi avait été lancée.Quand cette soirée a été réservée à l’Alte Oper, le 19 octobre, personne n’avait l’intention de former un nouvel escadron de la mort. Il était simplement prévu d’organiser un grand raout de plus au frais du contribuable, une fiesta pour marquer le départ de Jean-Claude Trichet de la Banque Centrale Européenne.
Helmut Schmidt, l’ancien chancelier allemand âgé de 92 ans, vu aujourd’hui comme le parrain du projet européen, avait déclaré devant le parterre des dignitaires qu’une “crise dans la capacité d’action des organes politiques de l’UE” était “un danger bien plus grand que le surendettement pour l’avenir de l’Europe”. Il était temps de se montrer sans merci.
Quand Merkel a pris la parole, elle a fait part de son exaspération face aux sommets européens et leurs mécanismes démocratiques peu maniables. “La capacité de l’UE à agir et sa marge de manœuvre se sont avérées lentes et complexes, s’est-elle plainte. Si nous voulons tirer parti de la crise, nous devons être prêts à agir plus rapidement, et même de façon non conventionnelle.” Sarkozy est arrivé tard, mais à temps pour l’arnaque de la décennie.
Berlin assume son statut
Mario Draghi, le nouveau patron de la BCE et un Italien qui n’aime guère Berlusconi, était également présent. Ainsi que Christine Lagarde, la nouvelle directrice (française) du Fonds Monétaire International, qui est chargée des renflouements et peut imposer des conditions humiliantes (ce qu’elle s’est empressée de faire à Berlusconi).
Il y avait aussi José Manuel Barroso, président de la Commission Européenne qui affiche de plus en plus des manières de voyou, et son alter ego pour l’économie, Olli Rehn. L’omniprésent Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et chef du groupe des 17 nations de la zone euro, était là, avec Herman Van Rompuy, élu président de l’UE parce qu’il n’a aucun avis sur rien.Le groupe de Francfort est en effet le produit de la fusion entre la haute administration européenne et le pouvoir financier allemand : une sorte de Bruxelles-sur-le-Rhin. Jamais un tel groupe n’aurait pu voir le jour avant la crise, à l’époque où l’on s’inquiétait de la puissance allemande.
A présent, Berlin assume son statut. “La question de savoir qui pouvait accepter le modèle allemand a été tranchée par les marchés, déclarait récemment un porte-parole du gouvernement allemand. Il ne s’agit plus de discuter de la nature des décisions à prendre mais du détail et de l’étendue des mesures à mettre en œuvre.” Ce haussement de ton est perceptible partout. On cite à présent des responsables européens anonymes affirmant qu’il est temps “de se réveiller et de passer à l’action. C’est pour ça qu’on est là”.
Une initiative contraire au protocole
Le malheureux Papandréou est devenu une cible idéale après avoir menacé d’organiser un référendum sur le plan de sauvetage européen. Cet été, il critiquait encore “les erreurs et les hésitations” de l’UE. Le petit groupe de Francfort lui a montré de quelle détermination il était capable en lui coupant les vivres, précipitant ainsi son remplacement par Lucas Papademos, ancien responsable de la BCE formé à Francfort.Même Barroso a pris une décision extraordinairement déstabilisante pour Papandréou en appelant à la formation d’une coalition ; une initiative à la fois contraire au protocole et à l’affirmation selon laquelle la commission européenne respecterait la souveraineté des Etats membres.
Le cas de Berlusconi était plus compliqué. Il a réussi à échapper à ses ennemis – tant de l’opposition que de la brigade des mœurs – pendant presque 17 ans de carrière politique. L’économie italienne est, en outre, solide. Supprimez le service de la dette et vous obtenez des finances publiques non seulement équilibrées mais parmi les plus excédentaires de la zone euro.
On ignore qui a estimé que l’Italie serait en crise si les marchés financiers décidaient de lui appliquer un taux d’intérêt supérieur à 7 % sur sa dette souveraine. La réponse se trouve peut-être dans une déclaration faite par Angela Merkel l’année dernière : “Il faut restaurer la primauté du pouvoir politique sur les marchés”.
15 personnes à la tête d'un budget de mille milliards d'euros
Les responsables politiques s’y essaient depuis des générations, sans grand succès. C’est toutefois beaucoup plus facile maintenant que la zone euro a créé un gigantesque appareil permettant à une poignée de gens de tirer les ficelles du pouvoir. Le plan de sauvetage européen – avec son budget supposé de mille milliards d’euros – représente 15 personnes.Il serait maintenant possible d’exercer un immense pouvoir sur tout un continent en réunissant une poignée de personnalités partageant les mêmes conceptions dans l’arrière-salle de l’opéra de Francfort. Tout cela au nom de l’unité européenne.
Le groupe de Francfort considère la démocratie – ainsi que les marchés – d’un œil méfiant, pour ne pas dire hostile. Les considérations de Juncker à propos de ces électeurs exaspérants sont bien connues depuis qu’il a résumé le problème des gouvernants en ces termes : “Nous savons tous ce qu’il faut faire, ce que nous ne savons pas c’est comment nous faire réélire une fois que nous l’avons fait”.
Une solution à ce problème semble aujourd’hui se dessiner : il suffit d’introniser un petit groupe de dirigeants qui, pour commencer, n’ont pas été élus et n’iront plus demander leur avis aux électeurs. Ensuite, laissez-les faire ce qu’ils veulent.
Goldman Sachs, la banque qui nous veut du bien
Ses détracteurs accusent le réseau d'influence européen tissé par la banque américaine Goldman Sachs (GS) de fonctionner comme une franc-maçonnerie. A des degrés divers, le nouveau président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, le président désigné du conseil italien Mario Monti et le nouveau premier ministre grec Lucas Papademos sont les figures totémiques de ce maillage serré.
Ex-commissaires et responsables de banques centrales
Le premier fut vice-président de Goldman Sachs International pour l'Europe entre 2002 et 2005. Il était "associé" en charge des "entreprises et pays souverains", le département qui avait, peu avant son arrivée, aidé la Grèce à maquiller ses comptes grâce au produit financier " swap " sur de la dette souveraine.Le deuxième a été conseiller international de Goldman Sachs de 2005 à sa nomination à la tête du gouvernement italien. Selon la banque, sa mission a consisté à la conseiller" sur les affaires européennes et les grands dossiers de politiques publiques mondiaux". Mario Monti a été un "ouvreur de portes" dont la tâche consistait à pénétrer au coeur du pouvoir européen pour défendre les intérêts de GS.
Le troisième, Lucas Papademos, fut gouverneur de la Banque centrale hellène entre 1994 et 2002. A ce titre, il a joué un rôle non élucidé dans l'opération de maquillage des comptes publics perpétré avec l'aide de Goldman Sachs. Le gestionnaire de la dette grecque est au demeurant Petros Christodoulos, ex-trader de la banque américaine à Londres.
Deux autres poids lourds du réseau Goldman en Europe ont également été à l'affiche dans la crise de l'euro : Otmar Issing, ex-membre du directoire de la Bundesbank et ancien économiste en chef de la Banque centrale européenne ; l'Irlandais Peter Sutherland, un administrateur de Goldman Sachs International, qui a participé en coulisses au sauvetage de l'Irlande.
Recueillir des infos en toute légalité
Comment le réseau de fidèles et d'entremetteurs a-t-il été constitué ? Aux Etats-Unis, ce cercle magique est constitué d'anciens responsables de l'institution passés avec armes et bagages au plus haut niveau de la fonction publique. En Europe, en revanche, Goldman Sachs s'est fait l'apôtre du capitalisme de relations.Mais à l'inverse de ses concurrents, la banque ne s'intéresse ni aux diplomates à la retraite, ni aux hauts fonctionnaires nationaux comme internationaux et encore moins aux anciens premiers ministres ou ministres des finances. Goldman vise en priorité les responsables de banques centrales ou les ex-commissaires européens.
Leur tâche prioritaire consiste à recueillir des informations en toute légalité sur les opérations à venir ou sur la politique de taux d'intérêt des banques centrales. La banque aime placer ses hommes sans jamais laisser tomber le masque. C'est pourquoi ses hommes liges cachent cette filiation quand ils donnent une interview ou mènent une mission officielle.
Bien introduits, ces "ex" bavardent de choses et d'autres avec leurs interlocuteurs. Les langues se délient devant des personnages d'une telle trempe. Ils "sentent le vent" comme on dit familièrement. Les informations exclusives circulent ensuite dans les salles de marché de la banque.
Un ancien associé de Goldman Sachs à la BCE, un ex-entremetteur à la tête du gouvernement italien, un proche au pouvoir en Grèce : pour ses contempteurs, la banque dispose aujourd'hui d'un fantastique relais à Francfort, Rome et Athènes qui pourrait s'avérer utile en ces temps tourmentés.
La banque a mangé son pain blanc
Reste que, au-delà des apparences, le gouvernement Goldman en Europe, au faîte de sa puissance avant ou pendant la tourmente financière de 2008, a peut-être mangé son pain blanc.En effet, les complicités anciennes entretenues par les ex-banquiers centraux chevronnés mobilisés pour tirer les ficelles, se révèlent moins utiles de nos jours face à des politiciens sensibles à l'impopularité des professionnels de la finance tenus pour responsables de la crise. Là où Goldman Sachs pouvait facilement exercer ses talents, une série d'affaires lui ont mis à dos la puissance publique. Le carnet d'adresses ne suffit plus sur une planète financière complexe et technique, face à une nouvelle génération d'industriels moins pétris de respect pour l'establishment.
Les patrons européens partis à la conquête du monde se sont émancipés des croisés de la haute finance style GS. La quête de valorisation de l'actionnaire, les exigences de transparence et l'activisme des contre-pouvoirs (médias, ONG, investisseurs institutionnels) ont tendance à émousser l’"effet réseau".
Démission surprise du directeur Europe du FMI
Le Fonds monétaire international va changer de directeur pour l'Europe en pleine crise de la dette sur ce continent, après la démission inattendue du Portugais Antonio Borges, remplacé un vieux routier de l'institution.
Le FMI a annoncé dans un communiqué la démission avec effet immédiat de M. Borges, 63 ans, "pour raisons personnelles".
Cet économiste n'aura passé qu'un an à Washington, à des fonctions qui l'ont amené à superviser des prêts parmi les plus grands de l'histoire de l'institution, à la Grèce (30 milliards d'euros) et à l'Irlande (22,5 milliards), deux membres de la zone euro. Il était, conformément à la tradition du Fonds, mis à l'écart des relations avec son pays, le Portugal, auquel le FMI a accordé un prêt de 26 milliards d'euros.
Selon des sources proches du Fonds, il ne faisait pas l'unanimité. Certains collègues lui reprochaient de parler trop franchement en public avant de s'être assuré du consensus en interne.
L'un des moments marquants de son mandat fut quand, le 5 octobre, il évoqua lors d'une conférence de presse à Bruxelles la possibilité que le FMI intervienne sur les marchés de la dette publique, comme le fait la Banque centrale européenne.
Quelques heures plus tard il publiait un communiqué pour préciser: "Nous n'avons pas discuté de ces questions avec nos Etats membres".
Son successeur choisi par la directrice générale Christine Lagarde est d'un profil très différent: l'Irano-Britannique Reza Moghadam est un fonctionnaire entré au FMI en 1992 et connu pour son entregent auprès des Etats membres et sa discrétion.
Directeur de la Stratégie, des Politiques et de l'Evaluation depuis 2008, il a joué un rôle central dans les relations avec le G20 et dans la conception des réformes entreprises par le Fonds ces dernières années.
"J'ai hâte de voir Reza Moghadam appliquer à notre travail en Europe la même vision stratégique, la même diligence et le même entrain que ceux qu'il a démontrés à son poste précédent", a déclaré Mme Lagarde, cité dans le communiqué.
Sa nomination doit être avalisée par les Etats membres au conseil d'administration. Commencera alors une tâche qui s'annonce délicate.
M. Moghadam devra créer un nouveau type de mission: le Fonds s'est vu confié la tache inédite de surveiller l'application des mesures économiques promises par l'Italie, huitième économie mondiale, à ses partenaires européens.
Il lui faudra aussi gérer l'épineux problème de la Grèce. Si l'Irlande et le Portugal se montrent des élèves appliqués des recommandations du FMI, l'organisation multilatérale a multiplié les déconvenues dans ce pays.
Athènes bénéficie du plus grand prêt jamais versé par le Fonds (17,4 milliards d'euros à ce jour) mais l'économie grecque continue de s'enfoncer dans la récession. De plus, selon l'hypothèse centrale du FMI, l'Etat hellène ne sera pas capable de se financer normalement sur les marchés avant 2021.
Les relations restent à nouer avec le nouveau gouvernement grec d'union nationale dirigé par Lucas Papademos. Et à Washington, M. Moghadam devra trouver, avec Mme Lagarde, le compromis entre les pays membres du FMI qui souhaitent un soutien maximal de l'institution à la Grèce et ceux qui se refusent à l'augmenter vu la lenteur des réformes dans ce pays.
Ce chantier est laissé inachevé par M. Borges, malgré un CV considéré idéal dans cette crise: il combinait une expérience à la Banque du Portugal où il aura été l'un des architectes de la création de la monnaie unique européenne, et une autre chez Goldman Sachs International, où il avait pu parfaire sa connaissance des marchés financiers.
Le gouvernement de Lucas Papadémos obtient la confiance du Parlement
Le nouveau gouvernement d'union nationale dirigé par Lucas Papadémos a obtenu la confiance du Parlement, mercredi 16 novembre, première étape de sa lourde tâche pour sortir le pays de l'ornière. Grâce à une confortable majorité de 255 voix sur les 300 députés présents, ce vote devrait mettre un terme au débat parlementaire qui a suivi la nomination de l'économiste vendredi à la tête d'une coalition réunissant socialistes, droite et extrême droite.
En faisant le plein des voix, le nouvel exécutif entend montrer aux Européens l'engagement de la Grèce à respecter la feuille de route fixée par ses créanciers, même si elle est douloureuse pour les Grecs. Dans son discours aux députés, avant le vote, le premier ministre s'était dit "optimiste" de voir la zone euro "surmonter ses difficultés". M. Papadémos a souligné également à cette occasion qu'il fallait "des interventions plus radicales, avec un renforcement de la marge d'actions du Fonds européen de stabilité financière (FESF)".
NÉGOCIATIONS SUR L'EFFACEMENT DE LA DETTE GRECQUE
M. Dallara doit également s'entretenir avec le ministre des finances, Evangélos Venizélos, qui avait qualifié vendredi "d'urgent le lancement, officiel et public" de la procédure d'effacement partiel de la dette grecque. Au total, le programme d'échange d'obligations comportant une perte de 50 % pour les créanciers privés doit permettre de réduire la dette publique à 120 % du produit intérieur brut du pays en 2020 contre plus de 160 % actuellement.
M. Venizélos déposera dès vendredi au Parlement le projet de budget 2012, garant de l'engagement de la Grèce à respecter les règles d'assainissement imposées par ses créanciers. Il devrait décliner les nombreuses mesures d'austérité déjà votées, comme la mise en chômage technique de milliers d'employés du secteur public.
La dénonciation de ces sacrifices devrait figurer en bonne place dans les manifestations de gauche organisées jeudi pour commémorer la répression, le 17 novembre 1973, de la révolte estudiantine contre la junte des colonels.
mercredi 16 novembre 2011
Les technocrates à l’épreuve de la politique
C’est peut-être le cas. Mais les technocrates n’ont pas que des défauts en ces temps de tourmente financière. Ils sont tout à fait à l’aise dans le monde des courbes de rendement et obligations adossées à des actifs. Ils comprennent les pays étrangers, ainsi que les marchés. Si vous entrez dans leurs bureaux, il est peu probable qu’ils vous réclament des pots-de-vin ou qu’ils vous pincent les fesses. Et comme on part du principe qu’ils ne veulent pas faire carrière à long terme dans la politique, ils pourraient s’avérer capables de prendre des décisions difficiles.
Des carrières chez Goldman Sachs
La radicalisation de la politique
Les électeurs attirés par les partis extrémistes
Opinion
L’idéologie des technocrates, c’est l’austérité
La Chine n'est pas à l'abri d'un "effondrement systémique"
La Chine s'expose à des bulles spéculatives et ses banques commerciales pourraient accuser un effondrement systémique si le pays était frappé par un choc combiné sur le crédit, l'immobilier, les changes et les taux, met en garde le FMI.
Pour éviter ce risque financier, le FMI conseille à Pékin de libéraliser ses marchés financiers pour accorder plus d'autonomie aux investisseurs, aux banques commerciales et à la banque centrale, précise le FMI dans ce qui constitue son premier rapport jamais rendu sur le système financier chinois.
Ce rapport, complété en juin et publié mardi, contient vingt-neuf recommandations clés. Il n'anticipe pas de désastre imminent mais recommande à la Chine d'agir rapidement. "La configuration actuelle de politiques financières encourage une épargne importante, des niveaux structurellement élevés de liquidités et le risque marqué de mauvaises affectations du capital et de bulles d'actifs, en particulier dans l'immobilier", écrit le FMI.
Le Fonds dit avoir pratiqué en collaboration avec la banque centrale chinoise et les autorités locales de régulation des tests de résistance sur 17 banques représentant 83% du système bancaire commercial chinois. Ces tests révèlent que, dans le cas d'un scénario de chocs sévères et multiples sur l'économie, l'équivalent d'environ 20% des actifs bancaires chinois affichent des ratios de fonds propres inférieurs au minimum de 8% exigé par les régulateurs.
Le FMI précise que le scénario retenu postule une croissance annuelle de 4%, contre 9,1% l'an au troisième trimestre, une croissance d'environ 10% de la masse monétaire (M2), une chute des prix de l'immobilier de près de 26% et une variation des taux de dépôt et de prêt de 95 points de base.
Les banques chinoises devant subir tous ces chocs simultanément pour risquer un effondrement systémique, le FMI se montre plutôt optimiste sur leur niveau de résistance. "Les principaux indicateurs de liquidité du secteur bancaire semblent sains", écrit le FMI, ajoutant que les banques bénéficient aussi, grâce aux énormes dépôts chinois, de vastes réserves de financements stables et de faible coût.
Le spectacle d’un politique à terre est toujours écœurant, même quand l’intéressé est responsable de ce qui lui arrive. Le destin perdu de Dominique Strauss-Kahn est traumatisant pour la République. Voir l’homme qui régnait sur les sondages faire naufrage au fil des révélations sur ses turpitudes sexuelles dans les univers interlopes de la prostitution donne froid dans le dos. Six mois pile après son arrestation à New York, l’ancien champion de la gauche sociale démocrate française n’est donc plus que ce vieil homme solitaire, abandonné de tous et livré à la moquerie.
Six mois seulement! Six mois, ce n’est rien mais c’est aussi un siècle quand on est irrémédiablement entraîné dans une descente aux enfers. Ce basculement à la fois express et interminable suffit à montrer la fragilité d’une destinée brisée. Il révèle aussi, en creux, la légèreté d’un système démocratique qui a pu laisser monter une personnalité ambiguë jusqu’au pied du perron de l’Élysée.
Avec un candidat de rechange meilleur, finalement, que le titulaire, le PS s’en est fort bien tiré. Faut-il en déduire que notre démocratie est bien indulgente avec un parti qui a été suffisamment inconscient - ou volontairement aveugle - pour miser sur un cheval certes brillant mais dont il connaissait parfaitement les inquiétantes défaillances devant le respect d’une morale élémentaire. Il faut vraiment que le pouvoir soit une drogue puissante pour avoir des effets aussi amnésiques.
L’état-major du Parti Socialiste prétend qu’il ne savait pas... Il a gommé un verbe: disons plutôt qu’il ne voulait pas savoir, préférant s’accrocher à une version avantageuse qui sauvait l’éventualité d’une victoire du favori. Pendant des mois et des années, les communicants de DSK ont si bien - si on ose dire - dissimulé le profil glauque de leur héros qu’ils sont parvenus à tromper les Français. Les socialistes, eux, n’ont pas fait beaucoup d’efforts pendant toute cette longue période de séduction à distance du directeur du FMI. Personne, au fond, ne tenait à savoir la vérité et le PS était prêt à livrer le pays à un président dont il ignorait toute une partie du personnage réel.
«L’affaire» se prolongeant avec la plainte des époux Strauss-Kahn- Sinclair, il faudra bien qu’un jour les responsables d’un PS qui aspire à redevenir majoritaire s’expliquent tranquillement sur l’incroyable confiance qu’ils avaient accordée à l’homme de Washington sans aucune autre garantie que leur admiration béate. Un accroc à leur crédibilité qui a laissé un inquiétant trou béant.
mardi 15 novembre 2011
L’euro, un otage idéologique
Et les marchés seraient tenus en respect. Et, ô ! Joie suprême, on se ficherait pas mal de ce que racontent les agences de notation. Et on pourrait desserrer quelque peu l'étau de l'austérité budgétaire, assouplir les conditions de la rigueur. Et cela favoriserait un début de reprise de l'activité, qui faciliterait l'apurement de la dette. Et, sans promettre de raser gratis, on sortirait de ce cycle sinistre qui voit se défaire la zone euro, comme dans une méchante partie de bowling quand la grosse boule noire vient faucher les quilles les unes après les autres : d'abord Athènes, puis Dublin, Lisbonne, Madrid, Rome – en attendant Paris...
Des ressources illimitées
L'institut d'émission battant monnaie – c'est l'une de ses fonctions -, ses ressources sont, par définition, illimitées. Si la BCE dit qu'elle sera l'assureur de dernier ressort, elle dissuade la spéculation. Les marchés seront rassérénés. Ils n'exigeront plus des taux de rémunération faramineux pour souscrire aux emprunts des Etats les plus endettés.Ceux-là échapperont à l'emballement des coûts de leur dette. Ils sortiront d'une infernale spirale dont on connaît parfaitement les étapes. L'Etat ignoblement endetté est d'abord condamné à ne plus pouvoir se financer sur le marché en émettant des bons du trésor : il devrait verser des taux d'intérêt prohibitifs. Il est amené à tendre la sébile. Il sollicite une aide auprès de créanciers extérieurs. Mais ces derniers n'accordent leur assistance qu'à des conditions d'austérité draconiennes qui épuisent le malade.
Dans l'hypothèse où la Banque centrale dit à l'avance qu'elle souscrira aux emprunts d'un Etat qui a du mal à payer ses dettes, le schéma est tout différent. Les achats de l'institut d'émission vont rabaisser les taux à des niveaux praticables, si la seule déclaration d'intention de la banque centrale n'a pas suffi à le faire.
C'est ce qui se passe hors zone euro, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Japon, par exemple. A des titres divers, ces trois pays n'alignent pas un carnet de notes plus brillant que la moyenne dans l'union monétaire européenne. Mais il est clair pour tout le monde que la Réserve fédérale, la Banque d'Angleterre ou celle du Japon n'hésiteront pas.
La doctrine de la séparation des pouvoirs
Pourquoi la BCE n'agit-elle pas de même ? Parce qu'elle est liée par une doctrine qui prône la séparation des pouvoirs. A la banque de s'occuper du monétaire, au gouvernement du budgétaire ; à la banque de garantir la stabilité de la monnaie (pas d'inflation), au gouvernement de gérer sa dette. Autrement dit, ce n'est pas à l'institut d'émission à venir au secours du Trésor – chacun son mandat."C'est de l'idéologie", tonne Jean-Paul Fitoussi, directeur de recherche à l'OFCE. "En s'interdisant de disposer d'un prêteur de derniers recours, on s'expose, en cas de difficultés financières, au choix suivant : soit la faillite, soit une aide mais conditionnée à une telle austérité qu'elle n'empêchera d'ailleurs pas la faillite", dit-il.
Son incompréhension est partagée par nombre de ses confrères américains qui, du Prix Nobel Paul Krugman à Jeffrey Sachs, en passant par Kenneth Rogoff, disent tous la même chose : "Si la BCE prenait en charge les dettes européennes, la crise s'allégerait considérablement" (Paul Krugman, New York Times, le 23 octobre).
Les risques ? A l'évidence, l'inflation. Les tenants de la séparation des pouvoirs font valoir que le rachat direct de la dette d'un Etat par sa banque centrale équivaut à faire marcher la planche à billets. Et cette crainte de l'inflation, celle d'une monnaie qui entre dans la spirale d'une dévaluation continue, le souvenir de cette tragédie qu'elle vécut dans les années 1920 et qui conduisit à Hitler, voilà ce qui hante la mémoire collective de l'Allemagne ; voilà qui explique qu'elle n'accepta d'abandonner son très solide deutschemark pour l'euro qu'à la condition qu'on n'assigne qu'une seule tâche à la BCE : la lutte contre l'inflation.
L'inflation n'est pas à craindre
Les tenants de la doctrine évoquent d'autres raisons. Il faut préserver la crédibilité de l'institut d'émission, et donc ne pas grever son bilan de créances douteuses – mais la BCE achète en sous main, sur le marché secondaire, pas directement, des quantités importantes de dette souveraine des Etats les plus faibles de la zone euro... Autre argument des partisans de la "séparation des pouvoirs" : ne pas encourager le laxisme budgétaire en disant à l'avance qu'on garantira les dettes des irresponsables.A quoi Jean-Paul Fitoussi et Paul Krugman répondent que la création de monnaie ne crée pas d'inflation dans des économies déprimées comme les nôtres. Et pour empêcher qu'un assouplissement de la doctrine monétaire de la BCE ne soit une incitation au vice de la dette, il faut l'accompagner d'une stricte discipline budgétaire. Relâchement doctrinal contre sévérité budgétaire : donnant-donnant.
Paul Krugman conclut ainsi son article : "Sur les ruines de la guerre, les Européens ont créé des sociétés qui, sans être parfaites […] sont sans doute les plus décentes de l'histoire de l'humanité. Et cela est menacé parce que l'élite européenne […] arrime le continent à un système monétaire qui recrée des rigidités […] aux allures de piège mortel."
À gauche, rien de nouveau : l’union est un combat. Les rafales de petites phrases fusent dans tous les sens, entre deux promesses d’accord de gouvernement. C’est je t’aime moi non plus façon politique, un tiers de conviction et trois quarts d’ego. On a entendu Monsieur Mélenchon flinguer le capitaine de pédalo Hollande, puis les amis de Monsieur Hollande mitrailler Georges Marchais-Mélenchon, tandis que Monsieur Chevènement dénonçait la Joly massacreuse d’emplois, avant d’être traité de Titanic klaxonnant devant l’iceberg, si on a bien compris… Et on en oublie ! La gauche vérifie une vérité que connaît bien la droite : les meilleurs ennemis se recrutent en famille, jusqu’à la défaite finale… Et que faisait donc pendant ce temps Monsieur Hollande ? Il livrait son 37 e commentaire de la semaine à la Gazette de Lamotte-Beuvron, affirmant haut et fort : je suis candidat. Sans blague ?

















