dimanche 10 avril 2011
Raison d'Etat
Lundi soir, les administrateurs de Renault devront dire qui est responsable de l’affaire de pseudo-espionnage qui a abouti au licenciement brutal de quatre cadres supérieurs (dont un l’an dernier). Un lamentable fiasco dû à de graves dysfonctionnements au plus haut niveau du groupe automobile dans une ambiance de paranoïa qui rejaillit sur l’image du groupe et de sa direction. Patrick Pélata, le directeur général, portera-t-il le chapeau, avec quelques collaborateurs, pour protéger Carlos Ghosn, le patron du groupe? C’était la tendance ce week-end. Carlos Ghosn est un manager exceptionnel, forgé pour la mondialisation. D’origine libanaise, élevé au Brésil, il a dirigé Michelin aux États-Unis et redressé Nissan au Japon. Il a engagé l’avenir de Renault dans la bataille de la voiture électrique. Il est le patron le mieux payé de France – plus de neuf millions d’euros – puisqu’il dirige deux groupes à la fois, Renault et Nissan.
Dans le monde politique, le ministre concerné aurait déjà présenté sa démission. Dans l’entreprise, on se protège plus longtemps. Mais Didier Lombard a fini par payer pour la multiplication des suicides à France Télécom. Et Nicolas Sarkozy, étrangement silencieux sur toute cette affaire, avait obtenu, après le scandale Kerviel, la tête de Daniel Bouton, le président de la Société générale. Sacrifier Carlos Ghosn, dit-on, fragiliserait l’alliance entre Renault et Nissan. En somme, la raison d’État impose de le maintenir à ses deux postes. Voilà pourtant la cause de l’affaire. Le manager le plus accompli ne peut tout savoir et tout contrôler en jonglant entre les langues, les avions et les fuseaux horaires. Les maîtres du monde n’existent pas plus dans les affaires qu’en politique.
Nicolas Hulot, quinze minutes pour convaincre
L’animateur lancera sa candidature à la présidentielle, mercredi, en Seine-Saint-Denis. Il compte sur sa popularité pour distancer sa rivale Eva Joly et contraindre les Verts à le désigner au mois de juin.
Le grand plongeon dans la politique aura lieu mercredi matin. Nicolas Hulot se déclarera à Sevran, en banlieue parisienne. Quinze minutes pour convaincre les Français qu’il est le meilleur pour incarner "l’écologie des solutions". L’animateur d’Ushuaïa ne répondra pas aux questions des journalistes, n’ira pas dans un 20 Heures le soir même. Le lendemain, Hulot s’expliquera dans les colonnes du Nouvel Observateur, hebdo de gauche par excellence. Puis il ira à la rencontre des militants écolos, se fera connaître.
"Il ne veut pas mépriser les militants d’Europe Écologie", souligne son ami et futur directeur de campagne, Jean-Paul Besset, qui espère que le paysage écolo se transformera après cette entrée en politique du chouchou des sondages. Car Eva Joly est déjà en campagne pour l’investiture d’Europe Écologie-les Verts depuis des mois. La petite équipe d’hulotistes a cherché le lieu le plus propice à cette déclaration. Ce sera donc une ville pauvre de Seine-Saint-Denis dirigée par un écolo. "Sevran est un haut lieu de la souffrance sociale et de la désespérance, décrypte Besset. Nicolas y retournera après, hors caméra. Son discours de transformation sociale s’adresse aux gens qui souffrent". "Eva ça n’a pas marché."
Nicolas Hulot a rencontré Stéphane Gatignon, le maire de la ville. Passé du PC à Europe Écologie, Gatignon a été convaincu par l’ex-animateur de télé. "Ceux qui subissent le plus la crise écologique sont les plus pauvres. L’écologie doit s’articuler avec la justice sociale, confie Gatignon au JDD. Il faut un candidat écolo qui fasse des voix. Ça passe par lui, Eva ça n’a pas marché. Et qu’Hulot ne fasse pas sa déclaration dans un salon parisien, c’est plutôt bien". "Le risque, c’était que Nicolas fasse trop bobo, il fallait l’ancrer à gauche et l’ancrer dans l’écologie populaire", reconnaît un proche.
Hulot a rencontré des élus et des responsables associatifs de banlieue. Ce n’est pas du tout son monde, mais ces territoires perdus intéressent Hulot. "En banlieue, quand je dis Eva Joly, ils me répondent:“Qui ?”...Quand je dis Nicolas Hulot, ils me disent 'gel douche!'. Les gens le connaissent", affirme un des interlocuteurs d’Hulot. Sa popularité est son principal atout. Se traduira-t-elle en suffrages? "Sûrement pas, répond-on chez Eva Joly. C’est une illusion, sa popularité n’est pas une adhésion."
"Il est au pied d’un destin"
Qu’a-t-il à gagner, lui qui aime tant qu’on l’aime, à plonger dans la politique, à voir sa vie décortiquée, à se jeter dans la gueule de ces Verts coupeurs de têtes? Le sentiment d’être utile, disent ses proches. "Nicolas était au top de la popularité, il est au pied d’un destin. Il sait qu’il va en prendre plein la gueule, avoue son pote, Gérard Feldzer. Il faudra qu’il soit très entouré. Il va être critiqué pour son manque de professionnalisme en politique, mais il arrive avec une fraîcheur qui peut plaire."
Nicolas Hulot le répète lui même:"Je ne suis pas né écologiste, je le suis devenu." Et c’est ce message d’espoir qu’il veut développer. Selon Jean-Paul Besset, Hulot dira aux Français: "Je veux incarner cette possibilité d’en sortir. Je tiendrai un discours à l’opposé de tous les replis nationalistes. Aux angoisses et aux désespoirs profonds j’essaierai de trouver des solutions." Et après? "Nicolas ne fait pas ça par ambition personnelle, témoigne son ami Feldzer. Il ne va pas devenir président de la République tout de suite. Enfin, on ira quand même visiter pour voir s’il faut refaire les dorures!"
AU MOINS ON NE VERRA PLUS SA TRONCHE SUR TF1
Dans la jungle des lobbies
Le récent scandale impliquant des eurodéputés qui s’étaient laissés corrompre par des journalistes se faisant passer pour des lobbyistes a levé le voile sur les rapports souvent troubles entre les représentants des groupes d’intérêts et les institutions européennes.
Quant au président du PE, Jerzy Buzek, il a pour sa part prôné "la tolérance zéro" envers toute forme de corruption. Les analystes européens soutiennent cependant qu’en réalité le PE est désarmé – il peut s’indigner et démarrer une enquête interne, mais ne dispose d’aucun moyen de faire partir "les moutons noirs".
La nervosité n’a cessé de croître après la publication de l’hebdomadaire britannique, qui a dévoilé comment ces députés ont cédé à la tentation, acceptant de l’argent en échange du soutien des certains amendements. Scandale de corruption ? Scandale de lobbying ? Scandale médiatique ? Quoiqu’il en soit, l’enquête de Sunday Times discrédite l’institution toute entière.
Les lobbies font le siège des institutions européennes
En matière de lobby, l'UE fait l’objet d’une attention spéciale, car le droit communautaire prime sur le droit national dans la quasi-totalité des cas et parce que les pouvoirs ne sont concentrés qu'à quelques endroits bien définis. Et les représentants des groupes d’intérêts ont très bien compris que Bruxelles est "l'épicentre" pour faire du lobbying.Ici pullulent des milliers de lobbyistes, des centaines de sociétés de relations publiques et cabinets d’avocats, une douzaine de think-thanks et des "bureaux d’affaires européennes" de plusieurs centaines d'entreprises. La société civile et les groupes écologistes ne font pas le poids devant l’ampleur des moyens financiers et logistiques développés par l’industrie. Par exemple, la Fédération européenne de l’industrie chimique (CEFIC) dispose de plus de lobbyistes que toutes les organisations de protection de l’environnement réunies.
La Commission européenne, qui détient le pouvoir exclusif de proposer et de développer les nouvelles lois européennes, est l'une des cibles prioritaires. Mais l’intérêt des lobbyistes vis-à-vis du Parlement européen a augmenté proportionnellement à l'accroissement de son pouvoir (dû au traité de Lisbonne). Ce dernier peut désormais approuver, bloquer ou modifier les propositions de la communauté européenne et ses députés sont devenus des cibles de choix.
L'UE intervient désormais dans des domaines de plus en plus techniques, qui nécessitent souvent une expertise. Au lieu de réaliser sa propre expertise, la Commission a laissé le champ libre aux lobbyistes, qui sont devenus des interlocuteurs naturels des décisionnaires. Les groupes d’intérêt disposent aujourd’hui d’un accès privilégié aux locaux des institutions européennes.
Et, loin d’œuvrer pour l’intérêt général, ils se servent des intérêts privés et contribuent à façonner la législation européenne dans un sens favorable aux grandes compagnies qui les rémunèrent. Les groupes de pression cachent soigneusement leurs vraies motivations, en créant des sociétés –écran et en prétendant travailler pour des ONG ou financer des "experts indépendants".
L’influence des groupes d'intérêts qui opèrent dans l'ombre ne semble pas trop inquiéter l’UE. Bruxelles prospère sur la base de l’industrie de l’influence, respire les jeux de pouvoir des groupes de pression. Fonctionnaires, diplomates, lobbyistes et journalistes se rencontrent du matin au soir, déjeunent dans le quartier Europe, dînent dans le quartier des Sablons, participent aux cocktails, socialisent le soir et pendant les week-ends, unis dans un même club où l'on évoque une noble cause – l’Europe et son bien-être !
Il n'y a qu'un pas de commissaire à lobbyiste
Les cas d'ex-commissaires qui vendent leurs services et leur influence aux lobbys, provoquant des grands conflits d’intérêts qui corrompent finalement l’exécutif européen, se multiplient. Ce qui ennuie Bruxelles. Des 13 commissaires qui ont quitté la CE en février 2010, six travaillent désormais dans le secteur privé, recevant néanmoins des allocations européennes. Comme par hasard, tous ont rejoint des groupes privés dont ils ont déjà soutenu les intérêts durant leur mandat.Le cas le plus célèbre est celui du social-démocrate Günter Verheugen. Commissaire chargé de l'Entreprise et de l'Industrie (2004-2010), il a été critiqué pour avoir favorisé de grandes sociétés au détriment des préoccupations sociales et d’environnement. Peu après avoir fini son mandat, il a créé son propre cabinet de consultance en lobbying, European Experience Company.
Son agence aide "les hauts représentants des institutions publiques et privées" dans leur action de lobbying auprès de l'UE. La compagnie facture "les recommandations stratégiques dans le domaine de la politique UE". Selon la députée allemande Inge Grasle (CDU), "toute personne qui dispose d’argent peut acheter l’accès de Verheugen aux institutions européennes".
Bien sûr, le Comité d’éthique de la Commission s’est penchée sur le cas, sans rien trouver à lui reprocher. D’ailleurs ce comité accorde systématiquement des exceptions aux anciens commissaires qui, officiellement, doivent attendre un an avant de s’habiller en lobbyistes.
Un code de conduite
La représentation des intérêts fait partie de la légitimité d’un état démocratique. Dans le cadre des efforts qu’elle mène afin de gagner la confiance du public, l’UE a établi un registre facultatif et se prépare à adopter un code de conduite afin d’assurer une transparence des représentations des intérêts. Selon l’ONG Alter-EU, qui milite pour la transparence des pratiques des lobbyistes, seul 40% des lobbies se sont inscrits à ce registre.Parlement européen
Les eurodéputés s’accrochent à leurs privilèges
“Les eurodéputés du PP et du PSOE votent conjointement pour continuer à voyager en première classe", titre El Mundo,au lendemain du vote au Parlement européen sur les mesures d´ajustement budgétaire prévues pour 2012. "Comme la majorité de leurs collègues, ils ont aussi rejetté le gel des salaires ou le contrôle des indemnités", souligne le quotidien, tout en votant une augmentation du budget du Parlement de 2,3% en 2012. "Le vol d´un eurodéputé espagnol: 1 514 euros en classe affaires, 561 en classe touristes", rapporte El Mundo, pour qui cette affaire rend compréhensible que “la classe politique soit la troisième préoccupation" des Espagnols, selon le dernier sondage du CIS"honteuse et scandaleuse", conclut le quotidien. Après la publication de l´information sur le reseau Twitter et la polémique que celle-ci a suscitée, les socialistes ont annoncé le revirement de leur vote, optant pour l´abstention. (Centre de recherches sociologiques). Une attitude
Une offre que le Portugal ne pourra pas refuser
Les Irlandais et les Grecs le savent, demander un renflouement à la Commission européenne, c’est comme tomber entre les griffes de la mafia. Au tour des Portugais d’en faire l’amère expérience, affirme un spécialiste de l'économie.
Les Soprano est disponible en portugais. En regardant la série, les téléspectateurs en apprendront plus sur ce qui les attend que dans n’importe quel article ou reportage, puisque le Portugal est la dernière économie en date à tomber entre les griffes de la Commission européenne, et peut-être aussi du FMI. Des griffes mafieuses, comme les Irlandais et les Grecs peuvent en témoigner.
Le gouvernement portugais aurait réclamé un prêt d’urgence de 80 milliards d’euros, à la suite d’une mise aux enchères d’obligations qui a vu les taux d’intérêt atteindre des niveaux exorbitants. Or, à en juger par les expériences vécues ailleurs en Europe, le taux d’intérêt imposé par l’UE ne sera pas inférieur à ceux, intenables, exigés par les marchés obligataires.
A Dublin, Athènes et Lisbonne, les mêmes scénarios se répètent
Les renflouements grec et irlandais ont été présentés comme une mesure extrême mais nécessaire afin de soutenir la solvabilité de l’Etat. Ils ont échoué. Les deux économies ont vu leurs notes continuer à être dégradées par les agences de notation internationales depuis l’annonce des renflouements, et les marchés financiers anticipent encore un défaut de paiement probable.Le gouvernement de Lisbonne, comme ceux de Dublin et Athènes, ne va pas manquer de s’apercevoir qu’il a troqué l’incertitude d’une dette coûteuse sur les marchés financiers contre la certitude d’une dette exorbitante auprès de l’UE et du FMI. Par conséquent, l’Etat sera moins à même de rembourser sa dette à long terme, et moins capable, à plus court terme, de supporter les coûts du service de la dette.
Pire encore, en échange du renflouement, il se verra imposer de nouvelles réductions des dépenses publiques et un accroissement de la pression fiscale sur les revenus faibles et moyens — ce qui étrangle l’activité économique, et déprime le revenu fiscal dont dépend le service de la dette. Il est vraisemblable que le déficit augmentera, tout comme le risque d’un défaut de paiement. Les revenus fiscaux en Grèce et en Irlande sont en train de dégringoler.
En dépit de démentis publics, la rumeur court encore que le FMI pousserait Athènes à se déclarer en défaut de paiement partiel. Qu’elle soit fondée ou non, la plupart des spécialistes — autrement dit, The Economist, The Financial Times, et des économistes de renom comme Joseph Stiglitz, Paul Krugman et Kenneth Rogoff — ont appelé à ce que soit l’Irlande soit la Grèce opte pour cette solution, simplement parce que les intérêts ont atteint un niveau insurmontable.
Si ces gigantesques renflouements accroissent le risque d’un défaut, c’est parce que ce sont des renflouements à la Tony Soprano — il n’y a pas un centime pour les pays eux-mêmes, tout l’argent va directement dans les caisses de leurs créanciers, les banques européennes et, de plus en plus, les fonds spéculatifs américains.
La périphérie renfloue le centre névralgique financier
C’est une répétition des renflouements des banques honnis auxquels on a assisté dans le monde entier, mais cette fois, au niveau international. Ce sont les contribuables des économies dites “périphériques” qui renflouent les plus grandes banques d’Europe. Les banques du Royaume-Uni vont également en bénéficier, et la Royal Bank of Scotland nationalisée sera la première à faire la queue.Les économies “périphériques”, voilà comment on appelle poliment les pays mis à l’index. On nous explique que cette appellation repose sur les niveaux de la dette, mais c’est un mensonge éhonté. En pourcentage du PIB, la dette publique est plus élevée en Italie, mais aussi en Belgique que dans toutes ces économies (à l’exception de la Grèce). Il est également faux de dire que ces pays sont tous chroniquement endettés : avant la crise, le budget de l’Irlande et de l’Espagne était excédentaire.
C’est en réalité la situation des banques qui fait qu’un pays se retrouve sous le feu des attaques concertées des marchés financiers, des agences de notation, de l’UE et de la Banque centrale européenne. Selon les données de la Banque des règlements internationaux, les actifs nets du secteur bancaire en Allemagne, au Benelux et en France dépassent les 2 000 milliards de dollars, tandis que le montant net de la dette extérieure du groupe des pays méditerranéens s’élève à 400 milliards de dollars. L’Irlande est passée du statut d’élève modèle de l’austérité à celui de cas désespéré de l’UE et du FMI dès le moment où son système bancaire s’est effondré fin 2010.
La classe politique porte aussi sa part de responsabilité. La crise a frappé tous les pays, mais certains l’ont mieux surmontée que d’autres, notamment grâce à une hausse des dépenses publiques qui a favorisé la reprise économique. Et la crise a été plus durement ressentie dans les pays où la fiscalité était faible.
Or, dans le classement des pays à faible fiscalité, l’Irlande, l’Estonie, la Slovaquie, la Grèce, l’Espagne et le Portugal arrivent en tête. Leurs banques, leurs compagnies de fret, leurs spéculateurs immobiliers ont joué gros et perdu. Et maintenant les vautours peuvent s’en donner à cœur joie et les contribuables n’ont pas fini de souffrir. Comme dirait Tony S. : “Qu’est-ce qu’on y peut ?”
Débat
Un sauvetage à huis clos
"Cet axiome transforme l'Union européenne dévoile une Union des Etats bureaucratiques(fontionnaires, régulateurs, policiers, officiels et diplomates), et non des peuples.Après la chute de l'administration socialiste de José Sócrates suite au rejet par le parlement du plan d'austérité dicté par l'Union européenne, 'les autorités portugaises', la représentation non élue de l'Etat, s'apprêtent à négocier avec 'leurs collègues' de Bruxelles.
"C'est le principe de pacta sunt servanda ou le processus qui permet d'enfermer d'importantes zones de décision politique, de l'économie à la justice en passant par la sécurité, dans une zone de gouvernance européenne bureaucratique dépourvue de gouvernement .
"Cet accord, -n'oublions pas à quel point l'austérité dictée à l'Irlande est impopulaire et injuste – sera ficelé, scellé et obligatoire avant que le peuple portugais n'ait le temps de voter aux élections législatives du 5 juin".
Comique
Quand on observe de haut notre paysage politique, force est de constater que nous vivons, à droite comme à gauche, sous le règne d'une sorte de comique involontaire. De répétition, au surplus.
De ce point de vue, un grand philosophe du XXe siècle a déjà tout dit. Il faut recommander la lecture de ses "Pensées" (1) aux princes qui nous gouvernent et à ceux qui veulent prendre leur place. Il a une maxime pour chacune et chacun. C'est Pierre Dac.
Pour Nicolas Sarkozy: "Rien n'est jamais perdu tant qu'il reste quelque chose à trouver."
Pour Dominique Strauss-Kahn : "Si haut qu'il peut grimper, un chemin qui monte n'est rien d'autre qu'un chemin qui descend en sens inverse, et réciproquement."
Pour Claude Guéant : "Si, comme l'a dit un jour le général de Gaulle, la France n'était pas ce qu'elle est, c'est-à-dire la France, tous les Français seraient des étrangers."
Pour Jean-François Copé : "C'est ce qui divise les hommes qui multiplie leurs différends."
Pour Gérard Longuet : "La règle de plomb des services secrets, en cas de péril, est : tirer d'abord, viser ensuite et réfléchir après."
Pour François Fillon : "Dans la vie, il ne sert à rien de tenir bon la rampe si celle-ci est branlante et les marches de l'escalier aussi."
Pour Martine Aubry : "Ce n'est pas parce qu'en hiver on dit : "Fermez la porte, il fait froid dehors qu'il fait moins froid dehors quand la porte est fermée."
Pour François Hollande : "Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu'on n'a pas fait le jour même, mais qu'on aurait pu faire la veille ou l'avant-veille du surlendemain."
1. Presses Pocket.
Super Mario en route pour Francfort
L'Italien Mario Draghi a toutes les chances de succéder à Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne. C'est donc à un homme issu d'un pays lourdement endetté que l'on confierait la tâche de sauver l'euro.
Historiquement, la Banque centrale d'Italie jouit d'une réputation quelque peu sulfureuse. Bulles spéculatives, poussées inflationnistes et crises monétaires sont toutes nées entre les murs du Palazzo Koch, et bon nombre de gouverneurs de la Banque – nommés à vie, comme des Papes – ont trempé dans des affaires de politique nationale et des accords en sous-main. L'estime dont ils jouissent est par conséquent limitée.
C'est donc dans cette institution-là que serait recruté le nouvel "Monsieur euro" ? Probablement. Car, parmi les candidats à la succession de Jean-Claude Trichet au poste de président de la Banque centrale européenne (BCE), le nom de Mario Draghi est celui qui revient le plus souvent – depuis qu'Axel Weber, patron de la Bundesbank, a fait savoir qu'il quitterait ses fonctions courant avril et qu'il déclinait la présidence de la BCE.
"Cet Italien"
La question qui se pose est la suivante : faut-il vraiment confier la stabilité de la monnaie européenne à Mario Draghi ? Faut-il que la BCE, institution conservatrice fondée sur le modèle de la Bundesbank allemande, championne de la lutte contre l'inflation, soit dirigée par un homme venu d'un pays réputé pour ses poussées inflationnistes et dont la dette souveraine est la deuxième plus importante de la zone euro ?De hauts responsables politiques allemands ont rejeté l'idée en privé, estimant qu'une telle nomination serait impossible à justifier auprès de l'électorat allemand. Parallèlement, pour le quotidien Bild : "En aucun cas, cet Italien" ne doit devenir gouverneur de la Banque centrale européenne, institution qui "gère l'héritage du bon vieux (et stable) mark allemand".
Comme la chancelière Angela Merkel va rarement contre ce que dit Bild et comme le président français Nicolas Sarkozy a critiqué la candidature italienne, la partie semble jouée d'avance, ou presque. Les dirigeants européens prendront leur décision finale lors d'un sommet qui se tiendra en juin, et l'on a du mal à les imaginer votant contre la volonté de deux de leurs membres les plus puissants.
Même si les leaders européens refusent d’accepter le choix de Merkel et de Sarkozy et décident de chercher le candidat le plus qualifié pour le job, l'Italien serait toujours bien placé, quels que soient les adversaires qu'on lui oppose.
"Le meilleur candidat que l'Europe ait à offrir"
D'éminents économistes du monde entier, dont l'Américain Nouriel Roubini, croient en Mario Draghi. Des ministres des Finances comme le Luxembourgeois Luc Frieden le disent "d'une intelligence impressionnante". L'ancien ministre allemand des finances Peer Steinbrück assure que Draghi "est toujours très indépendant, très calme, et possède une excellente maîtrise des dossiers" lors des sommets internationaux de la finance comme le G8 ou le G20. Dans la City de Londres — où il a officié pendant quelques années à la fonction de patron de la banque d'investissement américaine Goldman Sachs pour l’Europe – on le surnomme "Super Mario"."Tout l'establishment financier international est derrière Draghi", affirme une source à Bruxelles proche du dossier, citée par le Financial Times Deutschland. D'après le journal, il est sans doute "le meilleur candidat que l'Europe ait à offrir".
Mario Draghi se situe aux antipodes du président du conseil italien, Silvio Berlusconi. Il est calme et poli, aimable, mais assez mal à l'aise en public. Ce n'est pas un adepte des soirées people. En Italie, il incarne le contre-exemple de Silvio Berlusconi, dont l'attitude embarrasse de nombreux Italiens.
Mario Draghi a d'abord étudié à Rome avant de décrocher un doctorat au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Après avoir officié à la Banque mondiale, à Washington, il rentre en Italie en 1990 pour y devenir directeur général du ministère italien du Trésor, où il privatise des entreprises publiques mal en point et entreprend d'assainir un budget national largement déficitaire, condition préalable à l'entrée du pays dans la zone euro en 1999.
Il quitte le gouvernement lorsque Berlusconi arrive en pouvoir, en 2001, et intègre Goldman Sachs. Aux yeux de Nicolas Sarkozy, cette décision fait tache dans le curriculum de l'Italien. Pour l'ancien ministre des Finances allemand Peer Steinbrück, en revanche, "comprendre le monde anglo-saxon" est "plus un avantage qu'un inconvénient" pour un banquier européen. Lorsque la Banque d'Italie est au bord du naufrage, fin 2005, le gouvernement Berlusconi le rappelle.
"Nous devrions tous suivre l'exemple allemand"
Son point de vue sur la crise européenne est moins méditerranéen que prussien. Dans une union monétaire, il est "inacceptable que certains pays puissent profiter des autres", a-t-il déclaré dans une interview donnée au Frankfurter Allgemeine Zeitung. La zone euro a donc besoin de règles quasi-automatiques pour contraindre les Etats membres à davantage de stabilité et de frugalité dans la gestion de leurs finances.Il souhaite établir de nouvelles règles qui contraindraient les pays membres de la zone euro à initier des réformes visant à stimuler la croissance. Il estime anormal que des citoyens puissent partir à la retraite à 57 ans dans un pays, alors que d'autres travaillent jusqu'à 67 ailleurs. D'après lui, cela engendre des déséquilibres concurrentiels qui sont coûteux pour tout le monde. Il cite le cas de l'Allemagne, qui a renforcé sa compétitivité en entreprenant des reformes. "Nous devrions tous suivre l'exemple allemand", affirme Mario Draghi.
Son unique défaut semble donc être son passeport. Il est ainsi toujours possible que "cet Italien" (Bild) soit coiffé au poteau en juin, au sommet européen. Certains prétendent que le prochain président pourrait être le Luxembourgeois Yves Mersch, dont le pays est plus discipliné.
Mais les chances de Mersch semblent minces. En effet, un autre Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, restera probablement président de l'Eurogroupe, le forum de coordination des politiques de la zone euro – et il paraît peu probable d'avoir deux ressortissants du même petit pays à des postes clés de l'Union. Autrement dit, les chances de Mario Draghi sont loin d'être mauvaises.
Référendum
L'Islande vers une exclusion de la communauté internationale ?
Un acte "indigne d’un chef d’Etat dans une démocratie représentative" : Svenska Dagbladet est très remonté contre le président islandais Ólafur Ragnar Grímsson, qui a refusé pour la seconde fois de parapher l’accord de dédommagement de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas pour les millions que les deux pays ont dû verser aux épargnants de la banque en ligne ruinée Icesave. Résultat : un nouveau "référendum diviseur à l’issue hasardeuse" [le 9 avril], après le refus par plus de 90 % des Islandais du premier accord négocié l’année passée. Cependant, insiste le journal suédois, le gouvernement insulaire a "consacré toute son énergie, l’automne dernier, à la négociation d’un accord plus favorable à l’Islande, avec succès". En cas de victoire du "non", l’île se verrait confrontée à "deux scénarios draconiens : soit la menace d’une exclusion de la communauté internationale, soit une procédure judiciaire laborieuse avec la Grande-Bretagne et les Pays-Bas". Pour Die Presse, ce référendum "fait de l’ombre aux relations bilatérales" avec l’Union européenne, alors que les négociations d’adhésion ont débuté en juin 2010. Or, rapporte le quotidien viennois, "l'Islande veut remplacer le plus rapidement possible la couronne par l'euro". La monnaie unique "apporterait plus de stabilité" à une île qui œuvre à retrouver sa prospérité passée.
Une prohibition parfaitement calculée
La loi ne porte pas sur le voile intégral à proprement parler, et c’est heureux. Les dispositions qui entreront en vigueur lundi sont à la fois beaucoup plus larges, et beaucoup moins précises, puisqu’elles interdisent toute dissimulation du visage dans les lieux publics.
Si la prohibition, comme tous les interdits, n’est jamais qu’une solution ultime à laquelle il ne faut recourir qu’en dernier ressort, cette formulation législative pourrait convenir à tous les républicains de bonne foi. Personne ne peut vraiment en critiquer le principe et personne, non plus, ne peut en revendiquer la paternité puisque les termes finalement retenus par le Parlement sont bien plus modérés que ceux de la proposition initiale du secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé.
Comme ils l’avaient fait pour proscrire les signes religieux ostentatoires à l’école, en 2004, députés et sénateurs ont fait preuve, cette fois encore, d’une sagesse bienvenue en évitant de cibler exclusivement les intégristes islamistes. Une dimension qui a l’avantage de réunir un consensus assez large sur une question passionnelle particulièrement clivante.
Il n’y aura sans doute pas de petite guerre de la burqa ou du niqab. Le principal risque de cette nouvelle loi, c’est l’inutilité. Le voile intégral grillagé ne concerne presque aucune femme en France, et celui qui laisse passer uniquement le regard à travers une mince fente ouverte dans le tissu n’est porté que par... 2000 personnes dans notre pays. Etait-ce bien nécessaire de mettre l’opinion en émoi pour une réforme dont la nécessité absolue n’était pas évidente?
La faiblesse de cette nouvelle législation ne réside pas tant dans les atteintes à une liberté publique fondamentale (celle de se vêtir) que dans la probabilité élevée d’être largement inappliquée faute de pouvoir être applicable. Les policiers ont été parmi les premiers à exprimer leur embarras, et on peut les comprendre, sur la faisabilité des mesures votées: sujets à interprétation variable, les critères de cette illégalité vestimentaire restent relativement flous et compliquent d’autant plus la tâche de la police ou de la gendarmerie qu’elles n’auront pas le pouvoir de faire obtempérer les récalcitrants. En revanche, l’instauration de la nouvelle loi a toutes les chances de conforter des confusions islamophobes, contre le voile traditionnel, par exemple, parfaitement autorisé, pourtant.
Quelques dégâts psychologiques collatéraux sont à prévoir, le texte donnant le sentiment d’exagérer une menace qui n’en est pas une. Mais cette loi sera-t-elle seulement efficace? Rien n’est moins sûr... Pour le gouvernement, il s’agit avant tout de montrer sa fermeté sur un registre spectaculaire. Il n’est pas certain que cette attention compulsive et intéressée soit au diapason des attentes françaises pour 2012.
La loi ne porte pas sur le voile intégral à proprement parler, et c’est heureux. Les dispositions qui entreront en vigueur lundi sont à la fois beaucoup plus larges, et beaucoup moins précises, puisqu’elles interdisent toute dissimulation du visage dans les lieux publics.
Si la prohibition, comme tous les interdits, n’est jamais qu’une solution ultime à laquelle il ne faut recourir qu’en dernier ressort, cette formulation législative pourrait convenir à tous les républicains de bonne foi. Personne ne peut vraiment en critiquer le principe et personne, non plus, ne peut en revendiquer la paternité puisque les termes finalement retenus par le Parlement sont bien plus modérés que ceux de la proposition initiale du secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé.
Comme ils l’avaient fait pour proscrire les signes religieux ostentatoires à l’école, en 2004, députés et sénateurs ont fait preuve, cette fois encore, d’une sagesse bienvenue en évitant de cibler exclusivement les intégristes islamistes. Une dimension qui a l’avantage de réunir un consensus assez large sur une question passionnelle particulièrement clivante.
Il n’y aura sans doute pas de petite guerre de la burqa ou du niqab. Le principal risque de cette nouvelle loi, c’est l’inutilité. Le voile intégral grillagé ne concerne presque aucune femme en France, et celui qui laisse passer uniquement le regard à travers une mince fente ouverte dans le tissu n’est porté que par... 2000 personnes dans notre pays. Etait-ce bien nécessaire de mettre l’opinion en émoi pour une réforme dont la nécessité absolue n’était pas évidente?
La faiblesse de cette nouvelle législation ne réside pas tant dans les atteintes à une liberté publique fondamentale (celle de se vêtir) que dans la probabilité élevée d’être largement inappliquée faute de pouvoir être applicable. Les policiers ont été parmi les premiers à exprimer leur embarras, et on peut les comprendre, sur la faisabilité des mesures votées: sujets à interprétation variable, les critères de cette illégalité vestimentaire restent relativement flous et compliquent d’autant plus la tâche de la police ou de la gendarmerie qu’elles n’auront pas le pouvoir de faire obtempérer les récalcitrants. En revanche, l’instauration de la nouvelle loi a toutes les chances de conforter des confusions islamophobes, contre le voile traditionnel, par exemple, parfaitement autorisé, pourtant.
Quelques dégâts psychologiques collatéraux sont à prévoir, le texte donnant le sentiment d’exagérer une menace qui n’en est pas une. Mais cette loi sera-t-elle seulement efficace? Rien n’est moins sûr... Pour le gouvernement, il s’agit avant tout de montrer sa fermeté sur un registre spectaculaire. Il n’est pas certain que cette attention compulsive et intéressée soit au diapason des attentes françaises pour 2012.
samedi 9 avril 2011
Le cinéaste américain Sidney Lumet est mort
Le cinéaste américain Sidney Lumet, qui avait notamment réalisé "Douze hommes en colère" et "Un après-midi de chien", est décédé samedi à son domicile de New York à l'âge de 86 ans des suites d'un cancer, a annoncé le New York Times.
Selon la belle-fille du réalisateur, Leslie Gimbel, citée par le quotidien, Sidney Lumet souffrait d'un cancer lymphatique. Sidney Lumet, né à Philadelphie en 1924 et qui "préférait les rues de New York à Hollywood" selon le New York Times, avait commencé sa carrière de réalisateur de cinéma en 1957 avec "Douze hommes en colère", un drame judiciaire avec Henry Fonda.Trois petits cochons… ou quatre
C’est promis, juré, craché : le Portugal sera le dernier pays à avoir besoin d’une aide extérieure pour faire face à son endettement. L’Espagne s’en tirera seule. Sous-entendu : la crise de l’euro est maîtrisée.
C’est faux. Rien, sinon la tête qu’il enfonce dans le sable, ne permet à Alfredo Perez Rubalcaba, le numéro 2 du gouvernement de Madrid, de prétendre que « l’économie espagnole est devenue un mur indestructible ». Les Grecs et les Irlandais avaient affirmé avec la même force qu’ils n’auraient jamais besoin du soutien des Européens et du FMI. Les Portugais refusaient une aide la semaine dernière encore. Ils l’ont demandée en catastrophe mercredi. Les serments d’un jour ne sont pas ceux du lendemain…
Les Espagnols sont le domino suivant. Il serait stupéfiant de voir les marchés, qui ont imposé des taux usuraires à Athènes, Dublin et Lisbonne, renoncer à faire de même pour Madrid, alors même que la protection européenne soustrait pour le moment les trois premières proies à leur voracité. À Bruxelles, on parle de Pigs, acronyme anglais de « Portugal, Irlande, Grèce et Espagne », pour marquer l’appartenance des quatre pays à la « périphérie » européenne. C’est très bien trouvé : pig, en anglais, signifie aussi « cochon », ce qui nous mène droit au conte enfantin popularisé au cinéma par Walt Disney. Le loup de la finance a déjà obligé trois petits cochons à chercher refuge dans la grande ferme commune. Il va immanquablement se retourner contre le quatrième.
Hélas pour eux, les trois premiers petits cochons grec, irlandais et portugais, sont loin d’être sauvés. Le Fonds de soutien n’est qu’un paravent qui permet de les cacher, provisoirement, à la vue du prédateur. Un jour ou l’autre, il leur faudra rembourser les emprunts qu’ils accumulent et ils en seront incapables, malgré les énormes sacrifices qu’ils consentent. Car la réalité est moins drôle que la fable : en échange d’un abri très hypothétique, les petits cochons coursés par le loup de la finance sont obligés de se saigner aux quatre veines, ce qui les affaiblit au lieu de les muscler. Si encore, l’histoire promettait de se terminer favorablement… Mais on ne voit pas par quel miracle le loup se transformerait en agneau, surtout en cette période. Les Européens sont tous endettés, et ceux qui se croient à l’abri aujourd’hui pourraient bien devenir le gibier de demain. L’euro est un refuge sans
Les Français s'attendent à une hausse des impôts après 2012
Une très large majorité de Français (88 %) pensent que des hausses d'impôts auront lieu après l'élection présidentielle de 2012, quel que soit le candidat élu, selon un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche.
Une large majorité de Français "appréhendent l'hypothèse d'une hausse des impôts avec fatalité, conscients (...) de l'état des finances publiques et soucieux de voir la dette diminuer", analyse l'institut de sondage même s'"il ne semble faire aucun doute qu'une part de résignation apparaît à travers" les résultats de l'enquête.
Par ailleurs, l'enquête ne met en évidence aucun clivage au sein des sondés : la possibilité que des hausses d'impôts interviennent après 2012 est envisagée par 85 % des moins de 35 ans comme par 89 % des personnes âgées de 35 ans et plus et par les sympathisants de droite (90 %) comme de gauche (86 %).
La question, pour les candidats, portera donc "sur qui produira l'effort fiscal supplémentaire" plutôt que sur la légitimité d'une hausse des prélèvements, relève l'Ifop qui rappelle que, dans un de ses récents sondages, pour L'Humanité, 64 % des Français se disaient opposés à une baisse de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF).
L'homme qui va piquer la faucille
Le PCF franchit le Rubicon. Sa direction nationale le suggérait. Autre chose était d'exprimer publiquement, fût-ce en forme de « préférence », un changement stratégique aussi radical pour un parti qui, depuis le programme commun de 1974, défendait ses couleurs à chaque présidentielle. Il devrait se ranger en 2012 derrière un non-communiste - et même, pour bien mesurer la portée du symbole, ex-trotskiste et ex-socialiste - sous la bannière du Front de gauche. Derrière ce choix qui n'est pas pris de gaieté de coeur - les gros bataillons du Front de gauche sont fournis par le PCF - , l'acceptation du principe de réalité. Il encourait le risque que l'émiettement du paysage à gauche, devant la montée de Jean-Luc Mélenchon, l'habile et éruptif tribun aux colères talentueuses, n'aggrave son cas. Son déclin se double d'une impasse idéologique : il est devenu un parti protestataire dans un espace, à gauche de la gauche, hyper-concurrentiel. Ses dirigeants sont aussi conscients du phénomène de personnalisation qu'induit ce scrutin. Or, le parti ne compte aucun leader emblématique, capable de « cliver » et d'entraîner. Ce capital de popularité, sinon de provocation, il entend le trouver chez Jean-Luc Mélenchon, quitte à subir ses foucades et un populisme qu'il ne prise guère. L'accord, sous conditions, se veut gagnant-gagnant : au PCF les investitures aux législatives ; à la guest-star la tribune de l'élection majeure. Ce faisant, le PCF est peut-être en train de signer son arrêt de mort - en tout cas celui des orthodoxes - en se diluant dans un cartel dont le seul ciment est la présidentielle. Le ciment à prise rapide est-il le plus résistant ?
Le PCF franchit le Rubicon. Sa direction nationale le suggérait. Autre chose était d'exprimer publiquement, fût-ce en forme de « préférence », un changement stratégique aussi radical pour un parti qui, depuis le programme commun de 1974, défendait ses couleurs à chaque présidentielle. Il devrait se ranger en 2012 derrière un non-communiste - et même, pour bien mesurer la portée du symbole, ex-trotskiste et ex-socialiste - sous la bannière du Front de gauche. Derrière ce choix qui n'est pas pris de gaieté de coeur - les gros bataillons du Front de gauche sont fournis par le PCF - , l'acceptation du principe de réalité. Il encourait le risque que l'émiettement du paysage à gauche, devant la montée de Jean-Luc Mélenchon, l'habile et éruptif tribun aux colères talentueuses, n'aggrave son cas. Son déclin se double d'une impasse idéologique : il est devenu un parti protestataire dans un espace, à gauche de la gauche, hyper-concurrentiel. Ses dirigeants sont aussi conscients du phénomène de personnalisation qu'induit ce scrutin. Or, le parti ne compte aucun leader emblématique, capable de « cliver » et d'entraîner. Ce capital de popularité, sinon de provocation, il entend le trouver chez Jean-Luc Mélenchon, quitte à subir ses foucades et un populisme qu'il ne prise guère. L'accord, sous conditions, se veut gagnant-gagnant : au PCF les investitures aux législatives ; à la guest-star la tribune de l'élection majeure. Ce faisant, le PCF est peut-être en train de signer son arrêt de mort - en tout cas celui des orthodoxes - en se diluant dans un cartel dont le seul ciment est la présidentielle. Le ciment à prise rapide est-il le plus résistant ?
Pas seulement le Portugal !
Après l’Irlande (85 milliards d’euros dont 35 pour les banques), le Portugal avec 80 milliards ! Les optimistes prétendront sous des «ouf» de soulagement que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) destiné à ressouder les maillons faibles de la zone euro fonctionne. Au prix, il est vrai, d’une «suraustérité» pour les pays concernés au détriment de leur croissance, donc de l’emploi, avec une taille sévère dans tous les budgets sociaux. En quelque sorte, le prix à payer pour garantir l’euro des plus riches…
Ces perspectives peu réjouissantes pour les Portugais et les Irlandais montrent déjà les failles du système. Il relève du bricolage, la grande spécialité d’une Europe navigant à vue sans perspectives à long terme, et pas seulement dans le domaine monétaire. En effet, qui peut affirmer que le Portugal anémié pourra tenir ses engagements dans les trois ou cinq ans pour les prêts cautionnés par le FESF (dont la France à hauteur de 21 %) ? Dans une conjoncture internationale des plus incertaines avec l’alourdissement des factures énergétiques, de surcroît soumise aux soubresauts géopolitiques ?
Même à coups de milliards, ce fameux FESF n’est qu’un emplâtre, un analgésique local qui calme momentanément les vrais maux dont souffre la monnaie unique, et pas seulement via le Portugal ou l’Irlande : l’absence d’un vrai gouvernement économique, du moins dans l’Euroland, avec une politique monétaire plus dirigiste et plus solidaire. L’Allemagne, première de la classe, n’en veut pas.
Un autre immédiat fait frémir : le mauvais exemple grec. Sauvée in extremis l’an dernier sous un mécanisme différent du Fonds de stabilité financière, la Grèce piétine dans une sombre impasse. La restructuration de sa dette est à l’ordre du jour. Or, dans ce rééchelonnement, les pauvres banques et non moins pauvres (!) fonds d’investissement privés laisseront forcément des plumes ! Un cauchemar pour l’euro et ses États qui perdraient une bonne part de leur crédibilité auprès des agences de notation… Peut-être même certains pays devraient-ils de nouveau renflouer leurs banques trop engagées dans la dette grecque.
Sans changement de cap, la zone euro risque l’éclatement. Tout son fonctionnement, arrêté le siècle dernier à une époque de beau temps, est à revoir. Par exemple, la hausse du taux directeur de la Banque centrale européenne est-elle vraiment opportune ? Elle a été décidée en fonction du règlement de la BCE, obligée de faire face à une inflation de 2,6 % largement importée. Mais cette hausse des taux va inévitablement peser sur une croissance déjà atone, surtout dans les pays fragilisés. De la même façon que pèse le nouveau «pacte de stabilité» autour des consolidations budgétaires, pacte pourtant non contraignant que la France suit aveuglément pour rester dans le sillage de l’Allemagne : selon l’INSEE, il amputerait la croissance française de 0,6 %.
Après l’Irlande (85 milliards d’euros dont 35 pour les banques), le Portugal avec 80 milliards ! Les optimistes prétendront sous des «ouf» de soulagement que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) destiné à ressouder les maillons faibles de la zone euro fonctionne. Au prix, il est vrai, d’une «suraustérité» pour les pays concernés au détriment de leur croissance, donc de l’emploi, avec une taille sévère dans tous les budgets sociaux. En quelque sorte, le prix à payer pour garantir l’euro des plus riches…
Ces perspectives peu réjouissantes pour les Portugais et les Irlandais montrent déjà les failles du système. Il relève du bricolage, la grande spécialité d’une Europe navigant à vue sans perspectives à long terme, et pas seulement dans le domaine monétaire. En effet, qui peut affirmer que le Portugal anémié pourra tenir ses engagements dans les trois ou cinq ans pour les prêts cautionnés par le FESF (dont la France à hauteur de 21 %) ? Dans une conjoncture internationale des plus incertaines avec l’alourdissement des factures énergétiques, de surcroît soumise aux soubresauts géopolitiques ?
Même à coups de milliards, ce fameux FESF n’est qu’un emplâtre, un analgésique local qui calme momentanément les vrais maux dont souffre la monnaie unique, et pas seulement via le Portugal ou l’Irlande : l’absence d’un vrai gouvernement économique, du moins dans l’Euroland, avec une politique monétaire plus dirigiste et plus solidaire. L’Allemagne, première de la classe, n’en veut pas.
Un autre immédiat fait frémir : le mauvais exemple grec. Sauvée in extremis l’an dernier sous un mécanisme différent du Fonds de stabilité financière, la Grèce piétine dans une sombre impasse. La restructuration de sa dette est à l’ordre du jour. Or, dans ce rééchelonnement, les pauvres banques et non moins pauvres (!) fonds d’investissement privés laisseront forcément des plumes ! Un cauchemar pour l’euro et ses États qui perdraient une bonne part de leur crédibilité auprès des agences de notation… Peut-être même certains pays devraient-ils de nouveau renflouer leurs banques trop engagées dans la dette grecque.
Sans changement de cap, la zone euro risque l’éclatement. Tout son fonctionnement, arrêté le siècle dernier à une époque de beau temps, est à revoir. Par exemple, la hausse du taux directeur de la Banque centrale européenne est-elle vraiment opportune ? Elle a été décidée en fonction du règlement de la BCE, obligée de faire face à une inflation de 2,6 % largement importée. Mais cette hausse des taux va inévitablement peser sur une croissance déjà atone, surtout dans les pays fragilisés. De la même façon que pèse le nouveau «pacte de stabilité» autour des consolidations budgétaires, pacte pourtant non contraignant que la France suit aveuglément pour rester dans le sillage de l’Allemagne : selon l’INSEE, il amputerait la croissance française de 0,6 %.
Bref, tout va bien, Madame la Marquise…
Chaleurs
Ni pluie, ni boue, pour les cyclistes de Paris-Roubaix : il fera beau et chaud dimanche sur le nord de la France, comme sur l’ensemble du pays durant tout le week-end. On bat même des records de chaleur en ce mois d’avril, où l’on se découvre de plus d’un fil : les maillots de bain seront de sortie aujourd’hui sur les plages et les pelouses, et les coups de soleil ce soir au rendez-vous. On aimerait en jouir sans arrière-pensée, et pourtant… On nous a tant répété que ces vagues de chaleur annonçaient une catastrophe, et que le réchauffement du climat était une très mauvaise nouvelle. Cette semaine encore, des dizaines de délégués du monde entier se sont retrouvés à Bangkok pour constater qu’ils n’étaient d’accord sur rien... Mais bon, laissons-là nos angoisses millénaires, attendons lundi pour en reparler - car il pourrait bien pleuvoir.
Ni pluie, ni boue, pour les cyclistes de Paris-Roubaix : il fera beau et chaud dimanche sur le nord de la France, comme sur l’ensemble du pays durant tout le week-end. On bat même des records de chaleur en ce mois d’avril, où l’on se découvre de plus d’un fil : les maillots de bain seront de sortie aujourd’hui sur les plages et les pelouses, et les coups de soleil ce soir au rendez-vous. On aimerait en jouir sans arrière-pensée, et pourtant… On nous a tant répété que ces vagues de chaleur annonçaient une catastrophe, et que le réchauffement du climat était une très mauvaise nouvelle. Cette semaine encore, des dizaines de délégués du monde entier se sont retrouvés à Bangkok pour constater qu’ils n’étaient d’accord sur rien... Mais bon, laissons-là nos angoisses millénaires, attendons lundi pour en reparler - car il pourrait bien pleuvoir.
De la dictature à la démocratie
Presque tout le monde a été surpris par la soudaineté des révoltes égyptiennes et tunisiennes, ainsi que par leur rapide propagation dans le Moyen-Orient.
Ces évolutions ont été attribuées, au moins en partie, à l'extension des réseaux sociaux sur Internet. Il est évident que leur pratique a joué un rôle moteur et cela pour une simple raison que feraient bien d'étudier de plus près tous les pratiquants du pouvoir absolu dans le domaine politique ou dans le domaine social.
Si l'on regarde le fonctionnement des dictatures, on voit qu'elles adoptent une forme pyramidale et qu'elles s'efforcent d'organiser en pyramide la société qu'elles contrôlent. Tout en haut, à la pointe, le chef unique, puis en dessous le parti unique et le syndicat unique avec leurs réseaux de partisans et d'acteurs qui sont, du reste, souvent les mêmes. Ceux-ci reçoivent l'information, les orientations d'en-haut et les diffusent, en bas, aux citoyens. Ces derniers sont considérés comme de simples récepteurs d'ordres qui n'ont ensuite qu'à les appliquer sans discuter ; surtout sans discuter parce que la discussion, l'échange amènent forcément tôt ou tard questions, contestations, voire refus, rejets.
Pour éviter ces inconvénients, le pouvoir, par une police supérieurement organisée, protège ses représentants et partisans, en même temps qu'il leur demande de contrôler les échanges entre citoyens et même de les empêcher. C'est ici que les réseaux sociaux interviennent. Leur diversité, leur complexité, leur instantanéité multiplient contacts, informations, échanges entre tous les membres de la société, du moins entre ceux qui sont « branchés ». Dès lors, les mesures policières sont débordées et ne suffisent pas à endiguer le flot des échanges puis des protestations qui font boule de neige jusqu'à rassembler des foules immenses dans les rues et sur les places publiques. C'est ce qui s'est produit au Caire, place Tahrir.
Vigilance
Tout se passe donc comme si Internet, transformé en explosif, venait torpiller la pyramide dictatoriale à sa base et la faire s'effondrer soudainement. Ces réseaux sont particulièrement dangereux pour le dictateur. Encore faut-il qu'un événement, un fait, fasse surgir l'étincelle et donne à la flamme qui vacille la force de s'élever et de se propager. Cet événement, c'est le plus souvent une atteinte à la dignité qui provoque un drame, comme cela s'est produit avec le petit vendeur de légumes tunisien diplômé qui n'en pouvait plus d'être méprisé et s'est volontairement immolé par le feu. Beaucoup se sont reconnus en lui.
C'est donc l'aspiration au respect, l'exigence de dignité qui, tout à coup, devient essentielle pour ceux qui découvrent qu'ils ne sont pas les seuls méprisés, mais que beaucoup d'autres le sont aussi comme eux, autant qu'eux, parfois plus qu'eux. C'est alors que la révolution se met en marche et balaie le pouvoir.
Ceci est le premier acte, mais le deuxième est toujours à venir. La communication, l'échange, si utiles soient-ils, et l'indignation, si respectable et fondée soit-elle, ne suffisent pas à établir ou rétablir une société démocratique. En effet, Internet peut aussi aider les semeurs de doute, de trouble, les manipulateurs, les faux prophètes
L'acte deux, ce peut être une authentique démocratie, mais une telle instauration est toujours difficile et lente. Les anciens pouvoirs ou les réseaux cachés profitent de ces hésitations. Ils tentent de se reconstituer de nouvelle manière et de reprendre insidieusement le dessus. C'est pourquoi les populations qui se sont libérées de l'oppression qu'elles subissaient doivent rapidement, et ce n'est pas facile, se constituer en organisations pluralistes pratiquant le dialogue pour fixer les objectifs et définir les moyens. Il leur faut aussi se montrer extrêmement vigilantes pour parvenir à leurs fins. Chacun le sait : rien n'est joué d'avance.
Une apostasie confirmée
Nous n’avions pas exagéré : La Croix, dans son éditorial du mercredi 6 avril, nous confirme que la signature de cette déclaration du 30 mars est bien un acte d’adhésion en commun non point à un Dieu mais à une transcendance politique qui dépasse les diverses confessions religieuses pour parvenir à un niveau supérieur, celui des vraies questions.
« La déclaration des responsables de cultes publiée la semaine dernière [dans La Croix du 30 mars] témoigne de la capacité des diverses traditions de transcender les appartenances religieuses, de déconfessionnaliser le débat et d’inviter “à la veille de rendez-vous électoraux importants” à affronter les vraies questions. »
La religion catholique est donc transcendée avec les autres, comme les autres « appartenances religieuses », au même titre, inséparablement.
Concernant les RCF catholiques qui ont signé la déclaration du 30 mars et les évêques qui n’y trouvent rien à redire, Yves Daoudal y voit « le signe que ces gens-là, en fait, ne croient en rien ». En tout cas ils ont déserté l’acte extérieur de la foi.
Funeste tactique. Cela fait les déclarations lamentables de religions sans Dieu, ne parlant plus que d’elles-mêmes et… de leur irréprochable républicanisme.
vendredi 8 avril 2011
Nicolas Hulot ira au charbon
Les Verts, combien de divisions ? La question, teintée d'ironie, s'est posée dans le passé, connaissant leurs prédispositions pour les querelles intestines. Maintenant qu'il est acquis que Nicolas Hulot se lancera dans le grand bain de la présidentielle, après s'être longtemps fait désirer, à la manière d'un DSK, on est tenté de répondre : au moins deux. Soit le nombre de candidats à une primaire qui s'annonce tout aussi passionnée que chez les socialistes. Elle opposera l'animateur culte de la télévision, dont les odyssées sauvages ont émoustillé les ménagères de plus et de moins de 50 ans, à l'ex-juge Eva Joly, pourfendeuse de la corruption. Le candidat préféré des Français, consensuel initiateur du pacte écologique, à l'eurodéputée qui incarne une légitimité de gauche. Opposition de styles mais aussi de cultures politiques. La candidature Hulot brouille les cartes - elle transcende les clivages habituels, capte un électorat plus jeune, moins politisé, et de ce point de vue peut aider la gauche à glaner des voix au centre - et bouscule la famille écologiste. L'icône d'Ushuaïa vient d'ailleurs de connaître sa première fâcherie avec l'appareil des Verts qui veut lui imposer une primaire tournée vers le parti et non vers la société civile. On voit bien l'ampleur du défi qui attend Hulot, quelque part entre les chutes du Niagara et la forêt amazonienne. Il devra briser l'armure, se frotter aux duretés du combat politique, négocier la sortie du nucléaire avec un PS pro-atome. Last but not least, choisir son camp et dire s'il fait sien le credo des Vert s « Tout sauf Sarko ». S elon qu'il saura, ou pas, les convaincre de l'authenticité de son projet, il donnera à la présidentielle une orientation majeure.
Borloo entre en scène pour 2012
L'ex-ministre de l'Écologie quitte l'UMP, prépare son alliance centriste pour la présidentielle mais laisse planer un doute sur sa propre candidature.
Parmi les doutes que le maître prestidigitateur Jean-Louis Borloo a pu lever, le premier concerne le devenir de la formation qu'il préside depuis 2007. «Le Parti radical a proposé d'organiser l'aile sociale, l'aile humaniste de la majorité, bref, les anciennes équipes de François Bayrou qui sont aujourd'hui au Nouveau Centre, les gaullistes sociaux, les écologistes… Et on va organiser cette formation politique avant l'été, évidemment à l'extérieur de l'UMP», a-t-il expliqué sur le plateau d'«A vous de juger». «Par voie de conséquence, nous allons, je quitte l'UMP», a-t-il ajouté. Borloo signe donc la fin de l'aventure commune entre le plus ancien parti de France et le parti présidentiel, dont il est une formation fondatrice. Personnelle depuis jeudi soir, cette décision devra cependant être confirmée par le congrès du Parti radical des 14 et 15 mai. «Mais vous pouvez considérer qu'il y a une nouvelle formation, une alliance républicaine», a expliqué Borloo, confiant dans le choix de ses adhérents.Deuxième doute prestement évacué, celui de l'entrée de la confédération des centres qu'il forme avec le Nouveau Centre, l'Alliance centriste, la Gauche moderne dans la course pour 2012. «On a évidemment vocation à avoir un candidat à la présidentielle, a-t-il expliqué. Cela me paraît tout à fait normal, c'est sa vocation. Il faut bien qu'elle soit dans ce débat-là.» L'UMP, qui milite depuis des mois pour voir la majorité se réunir derrière la candidature unique de Nicolas Sarkozy à un second mandat, est donc en passe de voir ses craintes se réaliser. Et pas question d'évoquer devant Borloo une candidature d'appoint ou de complément. «Vous connaissez quelqu'un qui est candidat pour aider quelqu'un ? Vous croyez que les Français sont assez stupides ? Ça n'a pas de sens», élude-t-il. La candidature de l'alliance qu'il est en train de créer sera ainsi «une alternative au PS et une alternative à l'UMP».
Une alternative d'autant plus importante à ses yeux que Jean-Louis Borloo a une certitude : «J'ai la conviction que l'UMP aura du mal à résister à l'alternance», explique-t-il, en soulignant que les régions, les départements, les villes sont déjà majoritairement de gauche. Il s'interroge même, à voix haute, sur la volonté de Nicolas Sarkozy à se représenter. «Est-ce que vous savez s'il sera candidat ? a-t-il demandé à Arlette Chabot. Il aura fait un quinquennat, un quinquennat inouï.» Au moment de tordre le cou à certaines «rumeurs», Borloo en profite pour assurer qu'il ne s'est pas lancé dans cette aventure par esprit de revanche après le remaniement ou par ambition personnelle. «Je ne serai pas premier ministre dans 14 ou 15 mois», assure-t-il à ceux qui lui prêtent l'intention de devenir le dernier premier ministre du quinquennat ou le premier du prochain.
«Je suis prêt»
Candidat lui-même à l'élection, alors ? «Je suis prêt», a-t-il répondu du tac au tac. Mais Borloo ne sera candidat que «si (ses) amis le souhaitent». «S'ils pensent que c'est moi qui dois plutôt l'incarner, précise-t-il. Alors, j'aurai à prendre ma décision personnelle.» Son choix, il le fera connaître «avant l'automne» : «Je sais à quoi cela engage et je garderai en dernier ressort ma décision, parce qu'elle est lourde, parce qu'elle est grave, parce qu'on n'est pas dans un jeu de rôle politique.» À l'en croire, en tout cas, il ne prendra pas en considération les protestations qui dès jeudi soir sont venues des rangs du parti présidentiel. «On n'a pas cherché à m'impressionner et je ne suis de toute façon pas quelqu'un d'impressionnable», assure-t-il. Interrogé sur le risque qu'il faisait courir à l'éventuelle candidature de Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo lâche «les Français décideront». Interrogé sur la chance que sa candidature donnerait à Marine Le Pen de se qualifier au second tour, Jean-Louis Borloo a une réponse définitive : «Je n'ai pas à empêcher Marine Le Pen d'aller au second tour.»
Au fil de la conversation, on peut comprendre qu'il voit même le candidat centriste sur la plus haute marche du podium : «Nous avons vocation à avoir une candidature à la présidentielle et à la gagner», martèle-t-il. Et quand on lui demande de se prononcer sur les candidats potentiels du PS, c'est sa propre candidature qu'il mesure aux ténors socialistes. face à Dominique Strauss-Kahn, il ne sait pas trop. Mais, «si c'est avec Martine Aubry, ce sera un derby du Nord», explique-t-il, une confrontation entre l'ancien maire de valenciennes qu'il a été et l'actuelle maire de Lille. Avec François Hollande, «c'est “Intervilles”, entre Valenciennes et Tulle», glisse-t-il hilare.
QUEL CONNARD ! COMMENT PEUT-IL RÊVER D'UN DESTIN AUSSI FORT ? IL N'EST RIEN D'AUTRE QU'UN POLITICIEN SANS PROJET DE SOCIÉTÉ, COMMENT UN MÉDIOCRE DE SON ESPÈCE PEUT-IL SE VOIR EN HAUT DE L'AFFICHE ???
C'EST A PLEURER !!!!
C'EST A PLEURER !!!!
Aider Tunis
Moins de trois mois après le départ de Ben Ali, le printemps arabe est à l'épreuve. Si les Égyptiens sont parvenus, dans la foulée de la révolte tunisienne, à renverser Moubarak, les aspirations démocratiques des jeunes Arabes se heurtent à la résistance, de plus en plus farouche, des régimes en place. On réprime sans états d'âme à Damas, à Sanaa, à Bahreïn. Les Marocains attendent encore confirmation des promesses d'ouverture. Quant aux Libyens, c'est au sort d'une guerre aux conséquences totalement imprévisibles, que leur espoir est suspendu.
Dans ce contexte, les contradictions sont légion. On se félicite à Paris de la participation du Qatar à l'intervention en Libye, alors que ce pays du Golfe affiche sa solidarité avec l'Arabie Saoudite et le Barheïn, où la démocratisation n'est absolument pas à l'ordre du jour. Partout, la jeunesse arabe est sensible au vent du printemps, mais l'espoir n'est pas partout permis. Une déstabilisation du Golfe Persique n'est souhaitée ni à Washington, ni à Moscou, ni à Pékin. Elle serait synonyme de choc pétrolier, donc de choc mondial.
Aussi, la révolution tunisienne pourrait bien être la seule à passer à la deuxième étape, celle de la démocratisation. Le pays dispose d'atouts importants : son homogénéité culturelle et religieuse, la vigueur de sa société civile, l'éducation de sa jeunesse. Mais il présente aussi des fragilités qui apparaissent, chaque jour, plus évidentes et menacent à terme le printemps tunisien.
Fragilité institutionnelle, puisque le gouvernement de transition doit « faire avec » la vieille Constitution pour porter la barque jusqu'aux élections annoncées pour le 24 juillet. Certains juristes y voient un piège institutionnel dont le fantôme de l'ancien parti unique pourrait tirer profit. Sortir d'une dictature, qui avait parasité tous les étages de l'État, répercutant la corruption du clan au pouvoir jusque dans les plus infimes décisions locales, est un passage délicat.
D'autant plus, et c'est le motif le plus préoccupant, que la révolution vient de paralyser l'économie. Le tourisme, qui pèse 7 % du PIB et 400 000 emplois, a chuté de près de moitié en janvier et février. La croissance sera, cette année, quasi nulle, au lieu des 5 % initialement prévus. Les grèves se multiplient. Le retour des milliers de Tunisiens fuyant le conflit libyen ajoute au désarroi d'une population qui, avant même la chute de Ben Ali, subissait déjà les contrecoups sociaux de la crise mondiale.
Cette situation explique le regain de départs vers l'Europe. Depuis janvier, l'Italie a vu arriver plus de 20 000 Tunisiens en plus des autres clandestins. Beaucoup veulent venir en France. Rome dénonce, non sans raison, l'inertie de Bruxelles, et vient de décider d'octroyer des visas temporaires « humanitaires ». Ce qui irrite Paris qui entend refouler ces Tunisiens vers l'Italie.
À leur manière et au nom de semblables exigences électorales, Paris et Rome disent, en fait, tristement la même chose : le mur qui sépare les deux rives de la Méditerranée doit rester debout comme avant. Comme si l'Europe n'existait pas. Comme si rien ne se passait au Sud. Comme si les bombardements en Libye n'y étaient pour rien. Comme si Ben Ali était toujours là. Comme si Tunis n'avait pas, d'abord, besoin d'aide pour passer ce cap et reprendre son développement. Le seul chemin pour maîtriser vraiment les flux migratoires.
Douleur
Devant la mort de son enfant, la douleur d’un père est infinie. Et cela même pour le plus pudique des hommes, Jean-Louis Trintignant. Il avait choisi le silence, après le meurtre de sa fille Marie, puis il était remonté sur scène faire son métier, nous parler de la beauté et de la tristesse du monde. Mais hier, cette volonté de retenue s’est brisée sur l’idée de croiser en Avignon Bertrand Cantat, le meurtrier de Marie. Comment ne pas le comprendre ? Nul n’est en droit d’exiger d’une victime qu’elle pardonne au responsable de sa souffrance. Pourtant, Bertrand Cantat a payé. Il a passé en prison le temps que la justice a décidé. Et nul ne peut désormais exiger de lui qu’il se comporte autrement qu’en homme libre — libre de se taire, ou de monter sur une scène en Avignon. Pour une adaptation de Sophocle, qui faisait dire à un personnage : « Je suis né pour partager l’amour, et non la haine ».
Devant la mort de son enfant, la douleur d’un père est infinie. Et cela même pour le plus pudique des hommes, Jean-Louis Trintignant. Il avait choisi le silence, après le meurtre de sa fille Marie, puis il était remonté sur scène faire son métier, nous parler de la beauté et de la tristesse du monde. Mais hier, cette volonté de retenue s’est brisée sur l’idée de croiser en Avignon Bertrand Cantat, le meurtrier de Marie. Comment ne pas le comprendre ? Nul n’est en droit d’exiger d’une victime qu’elle pardonne au responsable de sa souffrance. Pourtant, Bertrand Cantat a payé. Il a passé en prison le temps que la justice a décidé. Et nul ne peut désormais exiger de lui qu’il se comporte autrement qu’en homme libre — libre de se taire, ou de monter sur une scène en Avignon. Pour une adaptation de Sophocle, qui faisait dire à un personnage : « Je suis né pour partager l’amour, et non la haine ».
Bob Dylan, le rebelle expurgé
Doit-on lui tresser des lauriers, saluer le courage d’un fier engagement ? Certaines gazettes s’y emploient déjà. Mercredi soir, Bob Dylan a donné un concert historique dans un stade de Pékin. L’icône de la contestation soixante-huitarde ose donc défier l’immense dictature. Sous les assauts de ses couplets libertaires, la Grande Muraille ne va pas tarder à s’écrouler. Jadis, à Jéricho, quelques trompettes avaient bien suffi.
C’est beau comme une image d’Épinal. Que la passive jeunesse du XXI e siècle en prenne de la graine, le septuagénaire à l’harmonica leur montre la voie.
Sauf que, vue de près, l’affaire ressemble plutôt à un banal business. Le prix du billet, pour 1 h 30 de spectacle, approche le salaire mensuel moyen du pays. À ce tarif, seuls les mandarins disposent d’un siège.
Surtout, la légende du rock accepte les exigences de la censure chinoise. Docile, le Bob, pas dissident du tout. Il remet dans sa guitare les hymnes protestataires et promet de s’en tenir au “programme approuvé”. La liberté a des limites, quand même. Pas question d’interpréter “les Temps changent”, par exemple, ni de s’adresser directement au public.
Dylan envoie son bouquet d’airs folks inoffensifs, passe à la caisse et rentre à l’hôtel. Et cela suffirait à lui assurer un surplus de gloire ? Allez, avec un trublion pareil, les maîtres de la Chine peuvent dormir tranquilles. La prochaine fois, ne reculant devant aucune audace, ils inviteront Marcel Amont.
Jamais deux sans trois
Les suites des élections cantonales, les annonces de candidatures prochaines à l'élection présidentielle, les engagements militaires de la France à l'extérieur ont relégué au deuxième plan de l'actualité les menaces réelles qui pèsent sur l'Europe et sur l'euro et pourtant la situation s'aggrave. Jamais deux sans trois, après la Grèce et l'Irlande c'est maintenant le Portugal qui appelle l'Union européenne à l'aide. Aujourd'hui et demain, à Budapest, les ministres des Finances européens débloqueront pour le Portugal les 75 milliards d'euros demandés par ce pays qui sont possibles dans le cadre des mécanismes de soutien mis en place depuis la crise grecque. Il n'y aurait donc pas matière à s'inquiéter disent les tenants de la politique de l'autruche alors qu'il faudrait sonner le tocsin. Après le Portugal en effet, la spéculation internationale qui frappe l'un après l'autre les maillons faibles de l'Europe s'attaquera à un grand pays, l'Espagne, en attendant l'Italie voire la France et cela se déroulera en pleine campagne présidentielle française. Déjà les démagogues du Front national ou du Front de gauche se prononcent pour la sortie de l'euro à qui ils imputent tous les maux de la mondialisation avec un écho réel dans le pays. Heureusement pour la France, Nicolas Sarkozy et François Fillon sont d'ardents défenseurs de l'euro tout comme le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui concourt au sauvetage portugais. Mais comment le candidat DSK pourra-t-il concilier cette défense avec un projet socialiste dépensier, générateur de plus d'impôts nouveaux que de rétablissement de nos finances publiques ?
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