samedi 9 avril 2011
Les Français s'attendent à une hausse des impôts après 2012
Une très large majorité de Français (88 %) pensent que des hausses d'impôts auront lieu après l'élection présidentielle de 2012, quel que soit le candidat élu, selon un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche.
Une large majorité de Français "appréhendent l'hypothèse d'une hausse des impôts avec fatalité, conscients (...) de l'état des finances publiques et soucieux de voir la dette diminuer", analyse l'institut de sondage même s'"il ne semble faire aucun doute qu'une part de résignation apparaît à travers" les résultats de l'enquête.
Par ailleurs, l'enquête ne met en évidence aucun clivage au sein des sondés : la possibilité que des hausses d'impôts interviennent après 2012 est envisagée par 85 % des moins de 35 ans comme par 89 % des personnes âgées de 35 ans et plus et par les sympathisants de droite (90 %) comme de gauche (86 %).
La question, pour les candidats, portera donc "sur qui produira l'effort fiscal supplémentaire" plutôt que sur la légitimité d'une hausse des prélèvements, relève l'Ifop qui rappelle que, dans un de ses récents sondages, pour L'Humanité, 64 % des Français se disaient opposés à une baisse de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF).
Le PCF franchit le Rubicon. Sa direction nationale le suggérait. Autre chose était d'exprimer publiquement, fût-ce en forme de « préférence », un changement stratégique aussi radical pour un parti qui, depuis le programme commun de 1974, défendait ses couleurs à chaque présidentielle. Il devrait se ranger en 2012 derrière un non-communiste - et même, pour bien mesurer la portée du symbole, ex-trotskiste et ex-socialiste - sous la bannière du Front de gauche. Derrière ce choix qui n'est pas pris de gaieté de coeur - les gros bataillons du Front de gauche sont fournis par le PCF - , l'acceptation du principe de réalité. Il encourait le risque que l'émiettement du paysage à gauche, devant la montée de Jean-Luc Mélenchon, l'habile et éruptif tribun aux colères talentueuses, n'aggrave son cas. Son déclin se double d'une impasse idéologique : il est devenu un parti protestataire dans un espace, à gauche de la gauche, hyper-concurrentiel. Ses dirigeants sont aussi conscients du phénomène de personnalisation qu'induit ce scrutin. Or, le parti ne compte aucun leader emblématique, capable de « cliver » et d'entraîner. Ce capital de popularité, sinon de provocation, il entend le trouver chez Jean-Luc Mélenchon, quitte à subir ses foucades et un populisme qu'il ne prise guère. L'accord, sous conditions, se veut gagnant-gagnant : au PCF les investitures aux législatives ; à la guest-star la tribune de l'élection majeure. Ce faisant, le PCF est peut-être en train de signer son arrêt de mort - en tout cas celui des orthodoxes - en se diluant dans un cartel dont le seul ciment est la présidentielle. Le ciment à prise rapide est-il le plus résistant ?
Après l’Irlande (85 milliards d’euros dont 35 pour les banques), le Portugal avec 80 milliards ! Les optimistes prétendront sous des «ouf» de soulagement que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) destiné à ressouder les maillons faibles de la zone euro fonctionne. Au prix, il est vrai, d’une «suraustérité» pour les pays concernés au détriment de leur croissance, donc de l’emploi, avec une taille sévère dans tous les budgets sociaux. En quelque sorte, le prix à payer pour garantir l’euro des plus riches…
Ces perspectives peu réjouissantes pour les Portugais et les Irlandais montrent déjà les failles du système. Il relève du bricolage, la grande spécialité d’une Europe navigant à vue sans perspectives à long terme, et pas seulement dans le domaine monétaire. En effet, qui peut affirmer que le Portugal anémié pourra tenir ses engagements dans les trois ou cinq ans pour les prêts cautionnés par le FESF (dont la France à hauteur de 21 %) ? Dans une conjoncture internationale des plus incertaines avec l’alourdissement des factures énergétiques, de surcroît soumise aux soubresauts géopolitiques ?
Même à coups de milliards, ce fameux FESF n’est qu’un emplâtre, un analgésique local qui calme momentanément les vrais maux dont souffre la monnaie unique, et pas seulement via le Portugal ou l’Irlande : l’absence d’un vrai gouvernement économique, du moins dans l’Euroland, avec une politique monétaire plus dirigiste et plus solidaire. L’Allemagne, première de la classe, n’en veut pas.
Un autre immédiat fait frémir : le mauvais exemple grec. Sauvée in extremis l’an dernier sous un mécanisme différent du Fonds de stabilité financière, la Grèce piétine dans une sombre impasse. La restructuration de sa dette est à l’ordre du jour. Or, dans ce rééchelonnement, les pauvres banques et non moins pauvres (!) fonds d’investissement privés laisseront forcément des plumes ! Un cauchemar pour l’euro et ses États qui perdraient une bonne part de leur crédibilité auprès des agences de notation… Peut-être même certains pays devraient-ils de nouveau renflouer leurs banques trop engagées dans la dette grecque.
Sans changement de cap, la zone euro risque l’éclatement. Tout son fonctionnement, arrêté le siècle dernier à une époque de beau temps, est à revoir. Par exemple, la hausse du taux directeur de la Banque centrale européenne est-elle vraiment opportune ? Elle a été décidée en fonction du règlement de la BCE, obligée de faire face à une inflation de 2,6 % largement importée. Mais cette hausse des taux va inévitablement peser sur une croissance déjà atone, surtout dans les pays fragilisés. De la même façon que pèse le nouveau «pacte de stabilité» autour des consolidations budgétaires, pacte pourtant non contraignant que la France suit aveuglément pour rester dans le sillage de l’Allemagne : selon l’INSEE, il amputerait la croissance française de 0,6 %.
Ni pluie, ni boue, pour les cyclistes de Paris-Roubaix : il fera beau et chaud dimanche sur le nord de la France, comme sur l’ensemble du pays durant tout le week-end. On bat même des records de chaleur en ce mois d’avril, où l’on se découvre de plus d’un fil : les maillots de bain seront de sortie aujourd’hui sur les plages et les pelouses, et les coups de soleil ce soir au rendez-vous. On aimerait en jouir sans arrière-pensée, et pourtant… On nous a tant répété que ces vagues de chaleur annonçaient une catastrophe, et que le réchauffement du climat était une très mauvaise nouvelle. Cette semaine encore, des dizaines de délégués du monde entier se sont retrouvés à Bangkok pour constater qu’ils n’étaient d’accord sur rien... Mais bon, laissons-là nos angoisses millénaires, attendons lundi pour en reparler - car il pourrait bien pleuvoir.
vendredi 8 avril 2011
Borloo entre en scène pour 2012
Parmi les doutes que le maître prestidigitateur Jean-Louis Borloo a pu lever, le premier concerne le devenir de la formation qu'il préside depuis 2007. «Le Parti radical a proposé d'organiser l'aile sociale, l'aile humaniste de la majorité, bref, les anciennes équipes de François Bayrou qui sont aujourd'hui au Nouveau Centre, les gaullistes sociaux, les écologistes… Et on va organiser cette formation politique avant l'été, évidemment à l'extérieur de l'UMP», a-t-il expliqué sur le plateau d'«A vous de juger». «Par voie de conséquence, nous allons, je quitte l'UMP», a-t-il ajouté. Borloo signe donc la fin de l'aventure commune entre le plus ancien parti de France et le parti présidentiel, dont il est une formation fondatrice. Personnelle depuis jeudi soir, cette décision devra cependant être confirmée par le congrès du Parti radical des 14 et 15 mai. «Mais vous pouvez considérer qu'il y a une nouvelle formation, une alliance républicaine», a expliqué Borloo, confiant dans le choix de ses adhérents.Deuxième doute prestement évacué, celui de l'entrée de la confédération des centres qu'il forme avec le Nouveau Centre, l'Alliance centriste, la Gauche moderne dans la course pour 2012. «On a évidemment vocation à avoir un candidat à la présidentielle, a-t-il expliqué. Cela me paraît tout à fait normal, c'est sa vocation. Il faut bien qu'elle soit dans ce débat-là.» L'UMP, qui milite depuis des mois pour voir la majorité se réunir derrière la candidature unique de Nicolas Sarkozy à un second mandat, est donc en passe de voir ses craintes se réaliser. Et pas question d'évoquer devant Borloo une candidature d'appoint ou de complément. «Vous connaissez quelqu'un qui est candidat pour aider quelqu'un ? Vous croyez que les Français sont assez stupides ? Ça n'a pas de sens», élude-t-il. La candidature de l'alliance qu'il est en train de créer sera ainsi «une alternative au PS et une alternative à l'UMP».
Une alternative d'autant plus importante à ses yeux que Jean-Louis Borloo a une certitude : «J'ai la conviction que l'UMP aura du mal à résister à l'alternance», explique-t-il, en soulignant que les régions, les départements, les villes sont déjà majoritairement de gauche. Il s'interroge même, à voix haute, sur la volonté de Nicolas Sarkozy à se représenter. «Est-ce que vous savez s'il sera candidat ? a-t-il demandé à Arlette Chabot. Il aura fait un quinquennat, un quinquennat inouï.» Au moment de tordre le cou à certaines «rumeurs», Borloo en profite pour assurer qu'il ne s'est pas lancé dans cette aventure par esprit de revanche après le remaniement ou par ambition personnelle. «Je ne serai pas premier ministre dans 14 ou 15 mois», assure-t-il à ceux qui lui prêtent l'intention de devenir le dernier premier ministre du quinquennat ou le premier du prochain.
À l'en croire, en tout cas, il ne prendra pas en considération les protestations qui dès jeudi soir sont venues des rangs du parti présidentiel. «On n'a pas cherché à m'impressionner et je ne suis de toute façon pas quelqu'un d'impressionnable», assure-t-il. Interrogé sur le risque qu'il faisait courir à l'éventuelle candidature de Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo lâche «les Français décideront». Interrogé sur la chance que sa candidature donnerait à Marine Le Pen de se qualifier au second tour, Jean-Louis Borloo a une réponse définitive : «Je n'ai pas à empêcher Marine Le Pen d'aller au second tour.»
Au fil de la conversation, on peut comprendre qu'il voit même le candidat centriste sur la plus haute marche du podium : «Nous avons vocation à avoir une candidature à la présidentielle et à la gagner», martèle-t-il. Et quand on lui demande de se prononcer sur les candidats potentiels du PS, c'est sa propre candidature qu'il mesure aux ténors socialistes. face à Dominique Strauss-Kahn, il ne sait pas trop. Mais, «si c'est avec Martine Aubry, ce sera un derby du Nord», explique-t-il, une confrontation entre l'ancien maire de valenciennes qu'il a été et l'actuelle maire de Lille. Avec François Hollande, «c'est “Intervilles”, entre Valenciennes et Tulle», glisse-t-il hilare.
C'EST A PLEURER !!!!
Devant la mort de son enfant, la douleur d’un père est infinie. Et cela même pour le plus pudique des hommes, Jean-Louis Trintignant. Il avait choisi le silence, après le meurtre de sa fille Marie, puis il était remonté sur scène faire son métier, nous parler de la beauté et de la tristesse du monde. Mais hier, cette volonté de retenue s’est brisée sur l’idée de croiser en Avignon Bertrand Cantat, le meurtrier de Marie. Comment ne pas le comprendre ? Nul n’est en droit d’exiger d’une victime qu’elle pardonne au responsable de sa souffrance. Pourtant, Bertrand Cantat a payé. Il a passé en prison le temps que la justice a décidé. Et nul ne peut désormais exiger de lui qu’il se comporte autrement qu’en homme libre — libre de se taire, ou de monter sur une scène en Avignon. Pour une adaptation de Sophocle, qui faisait dire à un personnage : « Je suis né pour partager l’amour, et non la haine ».
jeudi 7 avril 2011
Et maintenant, tous en Allemagne !
Pour les Justyna Polanska , rien ne va changer après le 1er mai. Elles continueront à faire des ménages dans les maisons allemandes et elles continueront à travailler au noir. Malgré tout, l’ouverture du marché du travail chez nos voisins de l’Ouest réveille encore de grandes émotions.
Selon un récent sondage de l’Institut IMAS, deux tiers des Allemands sont persuadés que les habitants des nouveaux membres de l’Union vont venir en masse chercher du travail chez eux. Et ils sont près de 70% à estimer que cela sera négatif pour l’Allemagne, contre 16% à penser le contraire.
Encore plus alarmant, le sondage publié par Welt am Sonntag selon lequel les trois quarts des personnes interrogées jugent que les Allemands vont perdre peu à peu leur emploi à cause de la suppression des quotas institués pour les Polonais, les Tchèques et les citoyens des pays entrés dans l’Union en 2004.
Après le 1er mai, 100 000 personnes arriveront chaque année en Allemagne
Ceux qui connaissent bien l’Allemagne d’aujourd’hui ne seront pas surpris par les résultats des sondages. C’est notamment sous la pression de l’opinion publique que les gouvernements allemands successifs ont tous respecté la période transitoire de sept ans pour l’accès au marché du travail et prolongé à deux reprises toutes les restrictions contre l’avis des économistes.Mais les Polonais ne s’en sont pas plaints. Au contraire, ils ont appris à se débrouiller avec la bureaucratie allemande et ils ont su exploiter les lacunes de la législation allemande. Ces dernières années, selon l’Institut polonais de statistiques, 400 000 Polonais ont travaillé en toute légalité en Allemagne. Ils sont bien plus nombreux à avoir trouvé un emploi en Grande Bretagne, qui, elle, a ouvert son marché en 2004.
La plupart des experts allemands jugent que rien d’extraordinaire ne devrait se passer après le 1er mai. Joachim Muller, directeur d’un institut de recherches dans une agence de travail, est d’avis que ce sont 100 000 personnes qui vont arriver chaque année en Allemagne. En provenance des nouveaux pays membres, en grande partie de Pologne.
Selon la Chambre de commerce polono-allemande, la suppression des barrières incitera 200 000 à 400 000 Polonais à émigrer en quelques années. La plupart viendront des régions proches de la frontière, mais aussi de Mazovie et de la région d’Opole. Ce sera une émigration plutôt régionale, rien à voir avec l’émigration après l’adhésion de la Pologne à l’Union.
Les agences de l’emploi se frottent déjà les mains : les employeurs ne vont pas l’admettre, mais beaucoup comptent sur les Polonais. Les Allemands cherchent surtout des gens avec un bon niveau d’éducation — des médecins, des infirmières, des informaticiens — mais ils sont aussi intéressés par du personnel temporaire comme des magasiniers, dit Karina Kaczmarczyk de Work Service International.
La Bundeswehr : un débouché possible pour les jeunes Polonais
Les Allemands se plaignent depuis très longtemps du manque d’informaticiens. Les spécialistes des nouvelles technologies choisissent de préférence les Etats-Unis plutôt que l’Europe. Les Allemands mènent des campagnes de recrutement dans plusieurs pays mais sans grand succès, car les informaticiens polonais préfèrent rester chez eux.Les aides-soignantes et les sage-femmes sont quant à elles prêtes à travailler en Allemagne, mais uniquement de façon temporaire. Quant aux médecins polonais, ils choisiront plutôt d’aller en Grande-Bretagne. Ce sont donc des travailleurs peu qualifiés, qui ont besoin d’un vocabulaire de base, qui sont susceptible d’émigrer en Allemagne.
Les Polonais auront encore d’autres opportunités en Allemagne : la Bundeswehr, tout comme l’armée polonaies, devient professionnelle. Un travail que les jeunes Allemands n’ont pas envie de faire. Aussi, le ministère de la Défense envisage d’engager des jeunes domiciliés en Allemagne même s’ils n’ont pas la citoyenneté allemande.
Parmi les centaines de milliers de citoyens polonais qui vont chercher leur bonheur sur le marché du travail allemand, il s’en trouvera qui voudront faire carrière dans les forces armées allemandes. On ne peut pas imaginer un symbole plus fort de l’Europe unie.
Vu de Pologne
Une manne pour l'économie du pays
Le plus étonnant, le plus inquiétant, c’est le mystère. Comment un homme abandonné dans sa résidence par la quasi-totalité de sa garde politique rapprochée est-il parvenu à résister aux assaillants? Hier matin, pourtant, on ne donnait pas cher de sa peau. C’était la fin finale. Tous les observateurs étaient persuadés que Laurent Gbagbo ne survivrait pas politiquement - et peut-être physiquement - à l’assaut lancé par les forces d’Alassane Ouattara.
Les précédents de l’Histoire laissaient peu de doute sur la rapidité de la victoire des assaillants. Au Burkina voisin, en 1987, le président Thomas Sankara n’avait pas tenu longtemps - à peine quelques heures - quand les hommes de son ancien compagnon de révolution, Blaise Compaoré, avaient décidé de le déloger du pouvoir. On avait retrouvé le jeune, mince et fantasque dirigeant suicidé... Après l’échec des tractations pour le contraindre à l’exil, un destin semblable semblait promis au président sortant ivoirien. La France, certes, avait appelé à lui laisser la vie sauve, mais faute de participer à l’attaque de la demeure, elle a perdu, du même coup, la possibilité de garantir sa promesse. Les hasards du corps à corps, et les aléas d’une résistance acharnée peuvent réserver tant de surprises mortelles n’est-ce pas?
Les images employées par le président élu renvoient à elles seules le degré de férocité - tout à fait réciproque d’ailleurs - qu’il porte à son prédécesseur. Il fallait «le sortir de son trou». Comme on dirait un rat acculé dans un réduit. Et vivant! Une capture, quoi. Sans doute pour mieux l’humilier devant les caméras du monde entier. Si Gbagbo avait gagné, il aurait sans doute infligé une épreuve semblable au vaincu, mais l’idée d’accepter que lui-même doive baisser la garde était impensable: elle l’aurait ramené à l’état de soumission auquel un ancien Premier ministre d’Houphouët-Boigny, un certain... Alassane Outtara, l’avait plongé, jadis, en l’emprisonnant. Jamais! Dans sa tribu bété, un chef meurt les armes à la main...
L’erreur des Occidentaux, et de la France en particulier, c’est de ne pas avoir trouvé, en cinq mois, une porte de sortie honorable au président sortant ivoirien. L’exil, en Afrique du Sud ou ailleurs, qui semble indispensable pour empêcher la cristallisation des rancœurs autour du président déchu, ne peut être suffisant. Il fallait une reconnaissance, une fonction internationale, quelque chose de brillant pour cet homme sensible au prestige. Faute de quoi, il y avait fort peu de chances qu’il parte de lui-même de son palais...
Ce serait faire trop d’honneur à une personnalité peu recommandable qui a sans doute beaucoup de morts et de violence politique sur la conscience? Sûrement, mais une démocratie nouvelle ne se construit pas sans faire un minimum de place au régime «d’avant». C’est le prix de la pacification ivoirienne.
La guerre a cassé l’Europe
Un différent politique dans l’affaire libyenne : les Français, de concert avec les Britanniques, voudraient faire partir Kadhafi quand l’Italie, en raison des bonnes relations de ce dernier avec Berlusconi, cherche par tous les moyens à permettre au dictateur de trouver une sortie honorable et négociée.
Rome plus proche de Moscou que de Paris et Londres
Enfin, une querelle qui touche à l’immigration : les Italiens qui sont, via l’ile de Lampedusa, le point d’entrée de ceux qui, à la faveur notamment de la révolution tunisienne veulent entrer en Europe, s’indignent de l’attitude française consistant à bloquer à la frontière franco-italienne les Tunisiens qui voudraient continuer leur voyage et trouver du travail en France.La première difficulté est totalement incompatible avec les règles de bon fonctionnement d’un marché unique. La position italienne est donc difficilement acceptable. Mais il faut bien reconnaître qu’elle participe d’une thématique à laquelle les gouvernements ont de plus en plus recours, à savoir le patriotisme économique, érigé en rempart contre les forces du marché.
Les Allemands, un temps avec l’affaire Opel, mais aussi les Français usent volontiers de cet argument que l’Italie retourne aujourd’hui contre la France. Ce sont des guerres stériles qui se jouent le plus souvent au détriment du consommateur européen, même si les mouvements de concentration posent d’incontestables problèmes sociaux. Mais qu’il appartiendrait à l’Europe de poser et de prêter.
La seconde problématique renvoie à la question d’une défense européenne. L’attitude de Rome, qui est plus proche de Moscou que de Paris et Londres est, sur le fond, difficilement admissible. Ce sont des liens particuliers entre Kadhafi et Berlusconi, entre Kadhafi et Poutine qui expliquent en partie la bienveillance de ces deux leaders vis-à-vis du colonel Kadhafi.
Mais surtout l’attitude italienne, et plus encore celle de l’Allemagne, nous rappellent l’année 2003. Comme si nous vivions une sorte de 2003 à l’envers. Cette année-là en effet, la guerre en Irak avait cassé l’Europe. D’un côté Rome, Londres et Madrid avec George Bush. De l’autre, Berlin et Paris qui avaient formé avec Moscou un axe hostile à la guerre. Il faut se souvenir que l’Union européenne a eu beaucoup de mal à effacer cette trace-là.
Ponce Pilate, le modèle des leaders européens
Et nous vivons là un nouveau paradoxe. Le rapprochement, dans une opération militaire placée sous le signe du devoir d’ingérence, donc des valeurs que nous portons, ordonnée autour d’un axe Londres-Paris, est peut-être le signe qu’il devrait être possible de rallier la Grande-Bretagne à l’embryon d’une défense européenne.Celle-ci est rendue d’autant plus nécessaire que le leadership américain n’est plus ce qu’il était et la différence se fera donc entre ceux des Européens qui vont continuer d’en appeler à ce leadership américain et ceux qui, comme viennent de le faire la France et la Grande-Bretagne, considèrent qu’une autre répartition des rôles, laissant plus d’initiatives à l’Europe, est rendue possible par le relatif recul de ce leadership américain.
Autant l’attitude italienne, au regard de ce que pourraient être les objectifs européens, est donc critiquable s’agissant de la Libye, autant en matière d’immigration, on ne peut qu’être choqué par le peu de solidarité dont elle bénéficie. La situation à Lampedusa illustre en effet une fois de plus une très grave carence européenne.
Chacun sait que l’éventuelle maîtrise des flux migratoires ne peut dépendre que d’une attitude de plus en plus coordonnée et cohérente des différents pays européens concernés. Or qu’a-t-on vu ? Un spectacle insoutenable d’un gouvernement italien laissant pourrir la situation sur place pour mieux justifier, aux yeux de l’opinion, des mesures plus radicales ; et, dans le même temps, des leaders européens qui semblent tous avoir pris modèle sur Ponce Pilate. C’est une situation qui n’est pas acceptable.
On le voit donc à travers ces différents épisodes, qui opposent une fois n’est pas coutume l’Italie et la France, chaque jour qui passe devrait nous convaincre de reprendre vaille que vaille le chemin perdu de l’intégration européenne.
Les juges de la Cour de révision n’ont pris qu’une poignée de minutes et quelques mots pour renvoyer Dany Leprince en prison – et puis ils sont vite partis, comme des voleurs... Il y a neuf mois, leurs collègues de la chambre d’à-côté avaient rendu sa liberté à Dany Leprince, après seize années derrière les barreaux. Et ils lui avaient donné l’espoir, c’est humain, d’une innocence enfin reconnue. Mais non, la révision n’aura pas lieu, et en prime, Dany Leprince devra remâcher sa déception en prison. Cruauté, ou inconscience ? On plaint le simple juge du rang, soucieux de son métier, qui subissait déjà le souvenir d’Outreau, l’hostilité de notre Président et le manque de moyens. Il devra demain assumer en plus la scandaleuse incohérence de la Cour de révision. Quant aux juges de cette Cour, on leur enverrait volontiers le gorille Georges Brassens – sans cruauté aucune.
La saison de la chasse au Rom n’est pas finie
Au moment où l’UE appelle les Etats membres à davantage d’efforts afin d’intégrer les Roms qui vivent sur leur sol, les intimidations de l’extrême droite magyare contre la "criminalité tzigane" continuent, sans que le gouvernement de Viktor Orbán, qui préside pourtant l’Union, ne réagisse.
Sans son église médiévale et ses caves à vin blotties à flanc de colline, Gyöngyöspata ressemblerait à tant d'autres villages hongrois : la mairie datant de l'époque communiste, la supérette Coop, les jardinets bien sarclés où pointent les premières jacinthes, les rues boueuses du ghetto rom.
Pourtant, un peu de l'avenir de l'Europe s'est joué, au mois de mars, dans cette localité de 2 850 habitants, à une heure de route au nord-est de Budapest. Encadrée par le parti Jobbik (entré au Parlement avec 16,8 % des voix, en avril 2010, mais en chute dans les sondages), l'extrême droite a fait de Gyöngyöspata un laboratoire contre la "criminalité tzigane", patrouillant jour et nuit avec l'appui de nombreux villageois, qui ont logé et nourri pendant plus de deux semaines les miliciens.
Le 6 mars, le dirigeant national du Jobbik, le député Gabor Vona, y a parlé devant 1 500 paramilitaires. La plupart portaient l'uniforme noir de Szebb Jövoert ("Pour un plus bel avenir"), une organisation placée sous le parapluie légal des milices villageoises d'autodéfense. On voyait aussi des individus agressifs, treillis et crâne rasé, brandissant des haches ou des fouets, flanqués de pitbulls. Les premiers jours, les familles roms n'osaient même plus envoyer leurs enfants à l'école.
Viktor Orbán exalte le "courage magyar"
La police locale n'est pas intervenue, malgré la ressemblance de Szebb Jövoert avec la Garde hongroise, une milice proche du Jobbik qui s'était livrée aux mêmes manoeuvres d'intimidation de la minorité tzigane, avant d'être dissoute par la Cour constitutionnelle en juillet 2009. Il a fallu attendre que les miliciens aient quitté les lieux de leur propre gré, le 16 mars, pour que le gouvernement du premier ministre conservateur, Viktor Orbán, commence à réagir.Le 15 mars, pour la fête nationale hongroise, M. Orbán a prononcé à Budapest un discours dans lequel il a exalté le courage magyar face aux diktats des puissances étrangères, y compris l'Union européenne (UE), dont il assume ce semestre la présidence tournante. Il n'a pas soufflé mot de Gyöngyöspata.
Ce jour-là pourtant, une poignée de contre-manifestants, conduits par Aladar Horvath, du Mouvement pour les droits civiques des Roms, s'étaient rendus sur place. Parmi eux, le pasteur Gabor Ivanyi et deux députés du LMP, le petit parti Vert libéral (qui n’a obtenu aux législatives de 2010 que 314 voix malgré 6000 électeurs roms potentiels).
"Ici, nous avons voté massivement Fidesz (le parti de M. Orbán, qui jouit d'une majorité des deux tiers au Parlement), rappelle Janos Farkas, le chef de la communauté tzigane de Gyöngyöspata, soit 500 personnes. Parce qu'il nous avait promis du travail." Un an après, le taux de chômage en Hongrie n'a pas baissé, sauf que l'on ne touche plus qu'une allocation par famille. Et le gouvernement a réduit le budget accordé aux "administrations autonomes" des minorités.
"Nous sommes Hongrois avant d'être tziganes !"
Depuis la reprivatisation des forêts, en 1992, les Tziganes n'ont plus le droit d'y cueillir les champignons ni de ramasser le bois pour se chauffer. "Nous avons offert, en échange de ce paiement en nature, d'assurer le nettoyage des domaines forestiers. Les propriétaires ont refusé, constate M. Farkas. Mais nous vivons ici depuis cinq siècles, nos ancêtres ont défendu ce beau pays contre les Turcs, nous sommes Hongrois avant d'être tziganes !"La délinquance augmente dans les campagnes, dont les habitants se sentent abandonnés. Certains meurtres ont profondément choqué l'opinion, tel celui d'un enseignant, lynché fin 2006 à Olaszliszka (nord-est) sous les yeux de ses enfants, parce qu'il avait effleuré avec son véhicule une petite fille rom. Le Jobbik lui a érigé un monument. A l'inverse, la série d'attaques meurtrières contre des Roms, menées en 2009 par un groupe de néonazis actuellement jugé à Budapest, n'a guère ému la population.
A Gyöngyöspata, la source du conflit semble avoir été l'achat, par la Croix-Rouge hongroise, de maisons pour reloger des familles de Roms sinistrées lors des inondations de 2010. La perspective de les voir s'installer au coeur du village a suscité de vives résistances. Des habitants ont écrit à Gabor Vona, explique Oszkar Juhasz, le président de la section locale du Jobbik (26 % aux législatives de 2010).
Le taux de natalité des Roms fait peur
M. Juhasz est viticulteur, descendant d'une de ces familles de petits nobles qui vivaient jadis à peine mieux que les serfs mais croyaient être la chair et le sang de la Hongrie millénaire. Il affiche, dans l'entrée de sa maison, la carte du pays avec les frontières d'avant 1920.Pour l'extrême droite, obsédée par la perte historique de deux tiers des territoires nationaux, la natalité des Tziganes est une menace : "Depuis 1898, leur nombre a été multiplié par plus de cent, dit-il. Nous ne sommes pas racistes, mais la politique d'intégration des Roms signifie, trop souvent, baisser le niveau de vie des non-Roms."
Samedi 2 avril, vêtu de son uniforme noir, Oszkar Juhasz a défilé dans les rues de Hejöszalonta (nord-est), 900 habitants, aux côtés d'autres "patriotes hongrois". La veille, le chef de la fraction parlementaire du Fidesz, Janos Lazar, avait évoqué devant des journalistes la possibilité d'assouplir la législation sur les armes, au bénéfice de l'autodéfense. Une revendication du Jobbik.














