TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 26 mars 2011

La dynastie de Lenine vient de s'éteindre

La dernière descendante du dirigeant communiste est morte vendredi à Moscou, elle avait 89 ans. Le débat sur le maintien du corps de Lénine dans son mausolée de la place Rouge est du coup relancé.
Olga Oulianova, nièce de Lenine qui militait pour le maintien du corps de celui-ci dans son mausolée de la place Rouge, s'est éteinte vendredi à Moscou, à l'âge de 89 ans. Olga Oulianova était la dernière parente encore en vie de Lenine, ont déclaré les autorités de la région d'Oulianovsk. Lenine, mort en 1924, n'avait pas d'enfants. 

Vingt ans après la dislocation de l'URSS, le débat sur la dépouille embaumée de Lenine fait toujours rage entre partisans de son maintien dans le mausolée et ceux qui veulent qu'elle soit désormais enterrée. Certains membres du parti Russie unie, au pouvoir, font campagne en faveur de la fermeture du mausolée de la place Rouge et d'un transfert des cendres de Lenine vers un cimetière.
On ignore si l'idée d'une inhumation du corps, qui revient comme une arlésienne depuis la chute de l'URSS, a aujourd'hui le soutien du Premier ministre Vladimir Poutine, lequel, l'an dernier, mettait en garde contre toute précipitation dans ce domaine. Des sondages ont conclu ces dernières années qu'une majorité de Russes étaient favorables au transfert des cendres du père de la Révolution d'octobre, mort le 21 janvier 1924. 
ENFIN !

Le salut nazi d'un candidat qui embarrasse le FN

Le Front national a suspendu Alexandre Gabriac, de ses candidats aux cantonales après la publication sur le site internet du Nouvel Observateur d'une photo où on le voit faire le salut hitlérien. Une nouvelle affaire embarrassante...

Voici une affaire dont Marine Le Pen se serait bien passée. Alors que les électeurs sont appelés aux urnes dimanche, pour le second tour des élections cantonales, le Front national a suspendu l'un de ses candidats. Alexandre Gabriac, candidat FN dans le canton de Grenoble 6 et e plus jeune conseiller régional de France, a été sanctionné après la publication sur le site internet du Nouvel Observateur d'une photo où on le voit faire le salut hitlérien. Le cliché montre le jeune homme faisant de la main gauche le salut hitlérien devant un drapeau nazi, un coup de poing américain sur la main droite.
Même si plusieurs autres photos le montrent en action, Alexandre Gabriac s'est exprimé disant  «C'est un montage. On ne me reconnaît pas sur cette photo où j'ai les yeux masqués. J'avais reçu il y a quelque temps une lettre anonyme m'avertissant que des montages effectués par des anarchistes circuleraient ». Le candidat a en tout cas été désavoué de manière très vive par la direction du parti. Steeve Briois, le secrétaire général du FN s'est confié au site internet Le Post affirmant «c'est allé beaucoup trop loin. On ne veut pas de gens comme ça au FN. On n'a autre chose à faire que de s'occuper de crétin pareil». Une position très claire à l'heure où Marine Le Pen cherche à normaliser l'image de son parti. D'ailleurs, la présidente du FN s'est exprimée sur ce dossier brûlant. « S'il s'avère que cette photographie ne soit pas, comme l'affirme M. Gabriac, un montage, celui-ci sera immédiatement exclu du Front National. Il faut que chacun sache que le Front national n'admettra pas en son sein ce type de comportement inadmissible porteur d'une idéologie répugnante » a-t-elle indiqué.
Mais cette mauvaise publicité pourrait avoir des répercussions sur les votes des électeurs, notamment du côté de Grenoble, ville dans laquelle Alexandre Gabriac est candidat. Par ailleurs, certaines associations se sont exprimées comme SOS-Racisme. Pour elle, le jeune homme «montre là le vrai visage du parti de Marine Le Pen».

L’Otan à la marge

C’est affligeant. Une guerre sanglante se déroule de l’autre côté de la Méditerranée et les alliés font assaut de chicaneries dans les instances dirigeantes de l’Otan. Parce que le « grand frère » américain a annoncé bientôt abandonner la partie, les petits et les moins petits se chamaillent pour la structure du commandement. Non pas pour se l’attribuer, personne ne disposant d’instances adaptées, mais chacun pour empêcher son voisin de faire valoir ses conceptions. Une belle cacophonie qui montre surtout que sans les États-Unis rien ne fonctionne dans l’Alliance : une leçon à l’adresse de tous ceux qui rêvent de défense européenne !

Le compromis souscrit in extremis à Bruxelles reflète une bien curieuse situation. L’Otan coordonnera l’exclusion aérienne au-dessus de la Libye, c’est-à-dire une opération qui bientôt n’aura plus de raison d’être, faute d’avions libyens en état de voler et de bases encore intactes. Le blocus maritime commandé par l’Alliance, et destiné à empêcher la contrebande d’armes, est tout aussi symbolique. Mais Français et Britanniques se réservent le droit de frapper au sol, de détruire les chars et l’artillerie de Kadhafi, sans doute avec la participation d’appareils du Qatar et des Émirats. Paris, qui souligne avec raison qu’un engagement arabe sous les couleurs de l’Otan serait psychologiquement désastreux, dénie aussi tout rôle politique à l’Alliance. La France, à l’origine de la résolution 1973 et des premières interventions, veut garder la maîtrise de l’opération pour, en étroite coopération avec le Royaume-Uni, présenter le jour venu une solution diplomatique.

Faut-il le reprocher à Paris en mettant ce qu’il faut bien appeler un affaiblissement de l’Otan sur le compte de la France ? Certainement pas, vu la mollesse ambiante. Mais ce volontarisme affiché étale aussi ses travers. Il n’a pas tenu compte de la Turquie.

Ankara a des jours durant semé la zizanie à Bruxelles. D’abord pour s’opposer par principe à la France qui refuse son entrée dans l’UE. Ensuite, en tant qu’Etat musulman à la charnière de l’Europe et de l’Orient, pour bien prouver qu’avec son statut de puissance régionale, militaire et économique, la Turquie sait jouer sa carte. L’avertissement s’adresse en fait à tous les Européens sur le thème du « vous ne voulez pas de nous, nous mènerons notre propre politique… »

A ces considérations s’en ajoutent d’autres, plus matérielles : l’Otan voulait fermer des bases en Turquie et, semble-t-il, Ankara a obtenu un répit pour prix de son « oui » final prononcé du bout des lèvres.

Reste le nœud du problème. Même si elles ont affaibli les milices de Kadhafi, les frappes aériennes n’ont pas entamé leur combativité face à des « rebelles » inorganisés et quasi désarmés. La sortie de crise demeure hors de portée des « Rafale », « Mirage » et autres « Tornado ». Et plus il va durer, plus cet engagement deviendra impopulaire, y compris en France.

Le risque d’enlisement n’est pas à exclure. Et que fera-t-on si cela devait arriver ? A coup sûr se mettre à l’abri sous le parapluie de l’Otan appelée tôt ou tard à diriger toute l’opération…

Pour une société heureuse


Nous étions bien prévenus, depuis longtemps, des risques épouvantables que nous fait courir le nucléaire : Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et quelques autres accidents comme, par exemple, les fuites de la centrale de Saint-Pétersbourg, en 1992. Pourtant, imperturbables, nous avons persisté dans cette voie qui nous conduit, aujourd'hui, à une catastrophe peut-être pire que celle de Tchernobyl, en tout cas par le nombre des personnes déplacées.

Nous avions écrit, en mai 1986, que l'explosion du réacteur numéro 4 de Tchernobyl devait résonner comme un avertissement et comme un appel. Un avertissement : le danger est incommensurable et, lorsqu'il prend forme, il est incontournable dans sa nature, c'est-à-dire dans ses effets et dans son ampleur, puisqu'il peut concerner toute la planète. Il est incontournable dans la durée car sa nocivité se mesure en siècles. Il n'est donc pas comparable à d'autres risques tels que, par exemple, une catastrophe industrielle de grande ampleur.

C'était aussi un appel à agir autrement, d'abord en empêchant la technocratie de gouverner en lieu et place de la démocratie. Un appel à se transformer en modérant nos besoins, en gaspillant moins, en cessant de privilégier le court terme, l'immédiat, et en pensant davantage à l'avenir : le nôtre et celui de nos successeurs sur cette Terre.

Bien sûr, tout cela exige un peu plus de raison, une pratique plus assidue de ces valeurs anciennes que sont la prudence et l'humilité face à la nature. On ne peut entièrement domestiquer celle-ci, comme on vient de le voir encore avec le tremblement de terre au Japon et ce terrible tsunami. Or, on a tendance à s'endormir après chaque drame jusqu'à l'accident suivant. On améliore quelques sécurités, mais on accepte toujours de courir ce risque technologique majeur (RTM) et très spécifique, sous prétexte qu'on ne peut changer de cap. Cela signifierait donc que nous n'aurions plus de choix autre que de poursuivre notre chemin sur ces voies dangereuses.

Une nouvelle révolution industrielle

Aujourd'hui, nous devons regarder les choses en face. Premièrement, il n'est pas possible de se passer brutalement d'énergie nucléaire. Cependant, il est possible d'exiger l'arrêt immédiat de tous les sites dangereux. Par exemple, qu'en est-il des centrales de l'Europe de l'Est, qui sont connues pour leur risque d'accident ? Certes, un tel arrêt pourrait amener des restrictions, mais celles-ci ne valent-elles pas mieux qu'une contamination importante d'une population quelle qu'elle soit ? Et l'on voit quels mouvements de population elle peut entraîner, puisqu'au Japon, c'est actuellement par dizaines ou même centaines de milliers qu'on s'efforce d'évacuer les gens sans même savoir comment les accueillir ailleurs.

Deuxièmement, nous devons sans délai commencer par réinventer tout notre système énergétique. Cela signifie consacrer des sommes, si considérables soient-elles, à la recherche à grande échelle sur les énergies nouvelles : géothermie, éolien, solaire. « N'oublions pas que le soleil envoie dix mille fois plus d'énergie que ce que nous utilisons, dit Hubert Reeves mais, poursuit-il, l'efficacité de notre technique de récupération est beaucoup trop faible » (1).

Il faut aussi améliorer le mode d'utilisation des autres ressources minérales pour qu'elles soient moins polluantes. C'est à une sorte de révolution énergétique de l'ampleur de la révolution industrielle des XIXe et XXe siècles que nous sommes conviés. C'est considérable, mais c'est nécessaire. Rappelons ce qu'avait déclaré Barack Obama en 2009 : « Le pays qui prendra les devants dans la création d'une économie des énergies propres dirigera l'économie du XXIe siècle. »

Aujourd'hui, nous devons saluer le courage des Japonais qui, stoïques, font face à la catastrophe. Nous devons en être solidaires. D'abord parce que nous leur portons toute notre estime, ensuite parce que nous sommes concernés comme toutes les populations du globe. C'est, en effet, l'humanité tout entière qui peut être atteinte, aujourd'hui ou demain, par le fléau que nos techniques peuvent déclencher. C'est l'humanité tout entière qui, donc, doit se solidariser pour dominer le danger et créer de nouvelles conditions à une société heureuse.



(1) VSD, numéro de cette semaine.

Feu sur la Libye de Kadhafi !

 Deux reporters du Figaro Magazine étaient à bord du porte-avions «Charles-de-Gaulle» lorsqu'il a appareillé dimanche de Toulon en direction des côtes libyennes. Mardi, il a mené sa première mission. Le dernier «départ sur alerte» d'un groupe aéronaval français remontait à janvier 1999, pour le Kosovo .

Mardi 22 mars. Il est 5 heures du matin à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle qui croise au nord de la Sicile, en direction des côtes libyennes. A babord, près de l'endroit où sont stationnés les Rafale Marine 20 et 21, le pont d'envol s'ouvre comme un coffre. Arrivés depuis l'atelier d'armement, installés à un pont inférieur, deux containers gagnent la surface. Puis deux autres, contenant des missiles air-air Mica (missile d'interception et de combat aérien). Deux d'entre eux sont à détection infrarouge, les deux autres à détection électromagnétique. Habillés de rouge, les armuriers s'affairent sous l'œil de leur chef, une femme. Longues de plus de 2 mètres, les ogives sont tirées de leur caisson, disposées sur une rampe puis hissées sur un chariot. On les glisse dans des rails. L'une au bout de l'aile, l'autre au-dessous. L'opération est répétée de l'autre côté. Le jour s'est levé sur les préparatifs de la première mission aéronavale de l'opération «Harmattan», l'équivalent français de l'«Aube de l'odyssée». On arme le deuxième avion.
8 heures. Dans la salle d'alerte n° 3, vêtus de combinaisons kaki, les pilotes de la flottille 12F viennent de terminer leur briefing. La mission de ce matin vise à faire respecter la zone d'exclusion aérienne exigée par la résolution 1973 des Nations unies et à effectuer un vol de reconnaissance. Ceux qui partiront sont armés: la pochette qu'ils portent comme un holster contient un pistolet et des chargeurs, un GPS, une balise géolocalisable, une radio. Sous le siège de leur avion, il y a aussi une couverture de survie, de l'eau et des cartes de la Libye. Au cas où ils devraient s'éjecter.

Des mesures indispensables: cette nuit, un avion américain F15 s'est crashé. Les deux pilotes ont été récupérés sains et saufs. «La plupart des pilotes sont intervenus en Afghanistan, mais c'est leur premier contact sol-air (vol au-dessus d'un territoire ennemi disposant d'armes sol-air, ndlr), explique le capitaine de vaisseau * qui commande le groupe aérien embarqué. L'appréhension est forte sur ce type de terrain, ils devront mesurer leur stress.» Ces hommes sont hyperentraînés. Ils ont travaillé à la mécanisation des réflexes à avoir en cas de départ d'un missile, par exemple. Ils ont aussi enregistré les informations inhérentes à leur mission de ce matin: la configuration de leur avion, le briefing «renseignement», l'objectif, les risques, les moyens à disposition, le positionnement des avions de la coalition, les conditions météo, et des variantes: que faire si le radar ne fonctionne pas? S'ils perdent un équipier? Surtout, ils ont mémorisé les codes, mots et chiffres qui permettront de les identifier s'ils devaient s'éjecter, ou de savoir s'ils n'ont pas un pistolet braqué sur la tempe, s'ils n'ont pas été pris.
A 9h20, tous les avions sont prêts. La formation compte un Hawkeye, impressionnant engin à hélices portant sur son dos un radar susceptible de détecter toute intrusion aérienne dans un rayon de 500 kilomètres; les Rafale 20 et 21, armés et lestés d'une nacelle de reconnaissance photo accrochée sous leur ventre; un Super-Etendard modernisé et le Rafale 12. Ceux-là sont des «nounous», des ravitailleurs.

C'est le Hawkeye qui est catapulté en premier, propulsé grâce à un savant système de pistons - la particularité de l'aviation marine et de ses pilotes. Les deux pistes du Charles-de-Gaulle ne mesurent que 75 mètres, au bout desquels les avions auront atteint les 250 km/h nécessaires à leur décollage. Dans un bruit spectaculaire suivent les deux chasseurs armés. Puis on catapulte les «nounous».
Comme à chaque décollage, l'unité de recherche et sauvetage au combat (Resco) se tient prête à intervenir. Seule unité de l'armée de l'air présente à bord, elle est composée des hommes de l'escadron hélicoptère 1/67 «Pyrénées» et de commandos parachutistes de l'air issus du CPA 30. Formés au combat au sol, lourdement armés, ce sont eux qui récupéreraient les pilotes éjectés en zone hostile.
Malgré un délai de préparation de 72 heures seulement, le Charles-de-Gaulle fonctionne à pleine capacité. Mis en alerte vendredi dernier, il a quitté le port de Toulon dimanche à 13 heures. Le soir même, les 8 Rafale, 6 Super-Etendard modernisés, 2 Hawkeye et 5 hélicoptères composant le groupe aérien embarqué étaient à bord. «Le dernier départ sur alerte d'un groupe aéronaval a eu lieu en 1999 vers le Kosovo, se souvient le contre-amiral Philippe Coindreau. C'est une situation exceptionnelle.» Outre le Charles-de-Gaulle, le groupe aéronaval placé sous ses ordres compte un pétrolier ravitailleur et quatre frégates: le Forbin et le Jean Bart pour la défense aérienne, le Dupleix pour la défense sous-marine, la frégate furtive Aconit. Un sous-marin nucléaire d'attaque s'est, lui, positionné au large de la Libye. «Notre rôle est de faire respecter la zone d'exclusion aérienne et, dans un deuxième temps, l'embargo sur les armes, reprend le contre-amiral Coindreau. Il faudra être vigilants. Aujourd'hui, les forces libyennes sont partagées en deux. Il y a celles de Kadhafi et celles de l'opposition, et elles sont du même type. Il existe un risque de confusion pour nous. De plus, lors d'une opération comme celle-ci, où tout n'est pas parfaitement coordonné, il existe des risques de méprise. Et nous ne pouvons pas nous permettre de frapper un avion allié. Nous devrons être très exigeants en matière de renseignement.» Afin de satisfaire à cette exigence, ses interlocuteurs sont multiples : l'état-major français; les alliés, dont l'action est coordonnée par l'amiral américain Samuel Locklear; l'Otan, dont certains moyens sont déjà déployés sur zone.
Approchant les côtes libyennes, le Charles-de-Gaulle est désormais en position d'arrimage de combat : les vitres et miroirs ont été tapissés de Scotch afin d'éviter qu'ils n'explosent, les tableaux et éléments décoratifs susceptibles de se transformer en projectiles ont été rangés. Les exercices d'alerte se multiplient. «Un Sukhoï est en approche», entend-on dans les haut-parleurs. Les Sukhoï, chasseurs de l'armée libyenne. Quelques minutes plus tard, le bruit d'un impact de missile retentit dans les haut-parleurs, suivi de cris. Depuis le début de l'alerte, les 1950 personnes naviguant à bord se sont équipées de cagoules, de masques, de gants ignifugés. Les lourdes portes d'acier sont fermées, on a compartimenté le bâtiment afin de circonscrire un éventuel incendie.
Qu'en est-il du risque réel? «Notre première préoccupation est le sort de nos pilotes lorsqu'ils survolent la Libye, explique le capitaine de vaisseau, commandant du Charles-de-Gaulle. D'empêcher aussi que le porte-avions ne soit touché. L'occurrence est faible, eu égard à la supériorité des moyens navals de la coalition, mais Kadhafi possède des frégates portant des missiles et des batteries côtières anti- navires positionnées sur des camions.»
A bord, le principal instrument de prévention du risque est le Central Opérations: le cœur tactique du bateau. On y centralise toutes les informations relatives à l'environnement de surface, aérien et sous-marin.
Passé la porte, on est plongé dans l'obscurité, trouée seulement par la lumière des radars sur lesquels sont positionnés tous les appareils croisant ou volant dans un rayon pouvant atteindre 700 kilomètres et une altitude de 180 kilomètres. Une quinzaine de personnes travaillent ici 24 heures sur 24 afin d'établir la situation tactique autour de la force. Les données fournies par les Hawkeye, les Rafale et les Super-Etendard de la Marine, celles fournies par l'armée de l'air et les alliés également, sont confrontées. Les points bleus sont «amis», ce sont des bâtiments de la coalition. Les points verts sont «neutres», majoritairement civils. Tous sont «renseignés», leurs nom, tonnage, nationalité sont enregistrés. Les points rouges sont «suspects» ou «hostiles».

L'un d'eux vient d'apparaître sur l'écran. Un bateau inconnu. Selon les hommes du « module de commandement », il se trouve à proximité des frégates françaises déjà positionnées près de la Libye. Faut-il envoyer l'une d'elles pour contrôler? Un simple bateau de pêche peut contenir des armes. Ou renseigner le colonel Kadhafi sur les positionnements alliés. On ne nous fournit pas le détail de l'identification, mais quelques minutes plus tard, le point rouge devient vert. Tout s'est passé dans le calme. Sans agitation. A quelques pas, le personnel du module «guerre électronique» ne s'est aperçu de rien. Doté de deux postes, il peut intercepter et brouiller une radio ou un radar. Celui d'un missile par exemple, juste le temps de mettre des leurres en place. Retrouvant la vue, le missile ennemi frapperait alors le leurre. Cela s'appelle le soft kill. Le hard kill, lui, consiste à détruire l'arme. Des décisions prises par le commandant du bateau, qui décide aussi de l'utilisation du module « armes », pilotant les systèmes d'autodéfense du porte-avions. Des systèmes conçus pour gérer dix menaces simultanées provenant de dix lieux différents et armés de missiles de tout type. Impressionnante concentration de technologies que ce porte-avions : ville flottante de près de 2000 habitants, aérodrome ambulant de 40.000 tonnes, le tout propulsé par deux chaufferies nucléaires.
Sur les nombreux postes de télévision présents à bord, cependant, on regarde ceux qui critiquent les frappes alliées sur la Libye. Dans la salle de repos des officiers subalternes, un groupe suit les informations. Après s'être indignés du manque de réactivité des alliés, de leurs tergiversations onusiennes, les insurgés de Benghazi craignent désormais d'être dépossédés de leur révolution. La Ligue arabe, la Chine, la Russie émettent des réserves. «La coalition se fissure», titre-t-on dans les journaux. Aucun commentaire. Les gars de la Grande Muette se taisent. «Que pensez-vous des critiques formulées contre les opérations menées en Libye?» demandons-nous au contre-amiral Coindreau. «Je ne peux vous répondre à mon niveau. C'est essentiellement le fait politique qui est critiqué. Pas le fait militaire.» Quelques secondes de silence, puis: «Notre objectif est d'être non critiquables dans l'exécution de notre mission militaire.»

Impasse

L’Europe, réunie en sommet depuis hier à Bruxelles, est dans la tourmente, et les bourrasques les plus violentes ne viennent ni de la crise nucléaire au Japon, ni de Libye. Certes, ces deux dossiers ne mettent pas d’huile dans les rouages déjà grinçants des 27, spécialement dans ceux, grippés, du couple franco-allemand. Fukushima a provoqué chez Nicolas Sarkozy et Angela Merkel des réactions opposées, le premier en profitant pour tenter de vendre l’EPR, réacteur nucléaire de troisième génération (un « bébé » franco-allemand à sa naissance, abandonné depuis par Siemens), la chancelière fermant au contraire des centrales, et annonçant que « plus vite on sortira du nucléaire, mieux ce sera ». La Libye aussi divise Paris et Berlin, qui refuse de s’engager militairement.

Mais bon, de telles crises sont surmontables. D’ailleurs, l’Otan va renvoyer Nicolas Sarkozy dans son coin, en prenant la tête de l’intervention en Libye. La fierté française en prendra un nouveau coup, c’est tout. On a l’habitude.

Beaucoup plus inquiétante est la troisième crise qui est aussi la plus profonde : celle de l’euro. Après la Grèce et l’Irlande – et avant, sans doute, l’Espagne – le Portugal est au bord du gouffre. Le quatrième plan d’austérité présenté en un an par son gouvernement a été rejeté avant-hier, ce qui a provoqué la démission du Premier ministre socialiste José Socrates. Sans doute le Portugal devra-t-il faire appel au Fonds de soutien européen, ce qui ne réglera… rien du tout. Voici un an que les Européens garantissent des prêts aux pays les plus fragiles. Ils ne font, en cela, que reculer les échéances : ils se comportent comme des banquiers qui mettent sous perfusion – à taux usuraires d’ailleurs – des personnes déjà surendettées. Cet argent ne sera jamais remboursé, ni par Athènes, ni par Dublin, ni par Lisbonne. Les Grecs ont déjà vu leurs délais rallongés. Les Irlandais veulent renégocier les conditions des aides obtenues. Les Portugais refusent d’ajouter l’austérité à l’austérité. Bref, c’est l’impasse. Et là, il n’y aura pas d’intervention de l’Otan : tout dépend des Européens, et tout particulièrement de la bonne volonté allemande à mettre, ou non, la main au portefeuille. Or, Angela Merkel est ligotée par son opinion publique et des élections périlleuses, ce dimanche, en Rhénanie-Palatinat et au Bade-Wurtemberg. La crise de l’euro ne sera pas soldée aujourd’hui. Mais le sera-t-elle un jour ?

vendredi 25 mars 2011

Le FN n’est plus ce qu’il était

Essayons d’être lucide : le FN d’aujourd’hui n’est plus tout à fait le FN d’hier. Le passage de relais du père à la fille s’accompagne d’une quasi-révolution culturelle de l’extrême droite. Exit les séquelles de la Seconde Guerre mondiale et de l’Algérie, les négationnistes et les pétainistes sont morts, les nouveaux militants sont plus jeunes et se recrutent un peu partout dans la diversité française. Le Front national, devenu le parti de Marine Le Pen, tend à devenir peu à peu un parti comme les autres. La meilleure preuve, c’est qu’on avoue voter pour lui sans complexe. Comment pourrait-on durablement écarter du jeu républicain 15 à 25 % de nos concitoyens en les parquant dans une zone d’exclusion démocratique ? Il faut certes être exigeant, sourcilleux sur le respect des valeurs républicaines, à condition de ne pas faire de procès d’intention dépassés. La droite de gouvernement est confrontée à ce problème dimanche, mais surtout demain aux élections législatives et présidentielle. La question du FN ne cessera d’interpeller ses dirigeants sous la pression des électeurs.

La fuite en avant de la zone euro

Les Vingt-Sept se réunissent pour un Conseil européen principalement consacré à la “réponse intégrée” de l’Union à la crise de la zone euro — à commencer par le Pacte pour l’euro. Mais la presse européenne regrette le report des discussions sur la réforme du Fonds européen de stabilisation financière et la naissance d’une Europe à deux vitesses.

Côté irlandais, on s’inquiète des répercussions domestiques des décisions qui seront prises à Bruxelles, en particulier en ce qui concerne le plan de sauvetage des banques, dont l’effondrement est à l’origine de la crise économique que traverse le pays. Ainsi, l’Irish Independent affiche son pessimisme quant au résultat du Conseil européen :

“Le très attendu sommet d’aujourd’hui semble avoir échoué avant d’avoir commencé. Il ne sera vraisemblablement pas possible d’atteindre un accord sur le sujet principal — l’augmentation de la capacité de prêt du Fonds européen de soutien financier de 250 à 440 milliards d’euros. Il est question d’attendre juin avant qu’un accord puisse être conclu.”

D’ici-là, note le journal, la questions principale sur la table reste celle des banques, à la veille d’une nouvelle série de tests de résistance visant à mettre à l’épreuve leur capacité d’encaisser les chocs financiers :

“Les tests de résistance pourraient bien prouver que de nouvelles pertes de la part des banques irlandaises seraient trop dures, même avec les 35 milliards d’euros alloués par le plan de sauvetage de l’UE et du FMI”.

Le quotidien polonais Dziennik Gazeta Prawna agite le spectre d’une Union économique à deux vitesses qui se dégagerait du sommet, la zone euro se transformant en une union fiscale, alors que les Etats qui n’en font pas partie sont en train de perdre leur influence sur la politique économique de l’UE :

“Au sommet d’aujourd’hui, l’union économique de la zone euro va être officialisée. Les architecte de ce pacte sont l’Allemagne et la France, qui insistent sur le fait que c’est le seul moyen de surmonter la crise de la dette”.

Selon un expert cité par le quotidien de Varsovie, le deal est aussi simple que cela :

“L’Allemagne est d’accord pour sauver des Etats membres menacés d’insolvence. En échange, les débiteurs devront renoncer à une partie de leur souveraineté. Certains pays, comme la Suède et le Royaume-Uni, s’inquiètent de ce que l’Europe se dirive vers un capitalisme hyper-régulé. Alors que d’autres, comme la Pologne, le Danemark, la Lituanie, la Bulgarie et la Roumanie, veulent rejoindre le pacte [pour l’euro] afin de ne pas être mis à la marge de l’UE”.

C’est bien ce risque que dénonce à Bucarest le quotidien Jurnalul naţional, qui met en garde contre le danger que le Pacte pour l’euro, soit mal compris par les pays qui ne partagent pas la monnaie commune, comme la Suède, la Roumanie ou la Pologne et qui pourraient être tentés de le voir comme un succédané de l’adhésion à l’euro :

"La Roumanie doit rester prudente […]. L'intérêt du pays est de combler le décalage entre [les pays de l’Europe de] l'Ouest. Nous avons des salaires cinq fois plus bas et la plus importante inflation de l'UE. Ce pacte signifie l'austérité après l'austérité, la difficulté de combler également le décalage [entre pays membres] en matière d’investissements dans les infrastructures et même la réduction de la capacité d'absorption des fonds européens".

Les doutes de la Suède sont exprimés par Aftonbladet, qui s’indigne de l’ingérence supplémentaire des institutions européennes dans les affaires internes des pays membres prévue par le Pacte pour l’euro, en particulier en ce qui concerne les politiques des salaires :

"La proposition de coordonner les économies de l´Europe donne, entre autres, le droit à la Commission de surveiller l’évolution du niveau des salaires. C’est inacceptable. Les salaires suédois sont décidés entre les salariés et les employeurs et ne doivent être décidés ni à Bruxelles, ni à Rosenbad [le siège du gouvernement suédois, à Stockholm]. Mais la proposition n´est pas seulement mauvaise pour la Suède — elle est mauvaise pour l´Europe entière”.

Hyperrégulation, ingérence, mais aussi déficit démocratique, ajoute Der Standard. Le quotidien viennois estime en effet que les nouvelles règles du jeu en discussion à Bruxelles vont influer la vie des Européens sans qu'ils aient pour autant été consultés :

"Cela commence avec la nécessaire réforme des traités européens. Elle sera expédiée par une ‘procédure simplifiée’ qui se passe de référendums. Parallèlement, lors des actions de sauvetage, les ministres des Finances décident à huis clos. Avec le concours du Parlement européen ? Non, il n’est pas le bienvenu. Sous le contrôle de la Cour des comptes ? Il n’est pas nécessaire. De toute façon, il ne s’agit que de 500 milliards d’euro. Face à une telle interprétation de la démocratie il ne faut pas s’étonner que les démagogues aient le vent en poupe”.

L’euro et ses dix-sept Sisyphe

Les sommets européens organisés depuis le début de la crise grecque n’ont pas empêché l’Europe de s’enfoncer dans la récession et la crise politique, et celui qui s'ouvre le 24 mars ne changera rien, écrit La Tribune. Une seule alternative s’impose : alléger le fardeau des pays surendettés ou organiser leur sortie de l’euro. 


Sisyphe n’est plus seul. Les dix-sept chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro l’ont rejoint, poussant leur rocher en haut de la montagne pour le voir dévaler la pente – leurs rencontres ne s’appellent-elles pas des "sommets" européens?
Travail absurde, sans autre finalité que lui-même, sans autre objet que la répétition sans fin d’actes inutiles et décourageants pour les peuples. Dix-huit mois après le déclenchement de la crise grecque, les pays "périphériques" – les plus distants de l’Allemagne au plan culturel, sinon géographique – s’enfoncent dans la récession et la crise politique.
Les voici condamnés à une triple punition : violente cure budgétaire, appréciation d’une devise qui était déjà surévaluée par rapport à leur compétitivité, et méfiance de marchés financiers imposant des taux d’intérêt prohibitifs. Il n’y a pas de salut dans cette voie. Les centaines de milliards d’euros déversés par le Fonds d’aide seront vite asséchés. Et le déboursement de nouvelles tranches ne fera qu’affaiblir l’Allemagne et la Banque centrale européenne, ultimes garantes du système, qui seront emportées tôt ou tard.
A l’origine de cette crise se trouve l’éternel problème des unions monétaires, celui du repas gratuit. Pendant dix ans, les convives de l’euro ont festoyé sans régler la note, s’endettant grâce à la garantie de Berlin et à la bêtise des investisseurs. Et voici que l’addition arrive. Elle est trop lourde pour les dîneurs indélicats, devenus faméliques. C’est regrettable, mais c’est ainsi : à punir sans relâche les intempérants, on prend le risque de les tuer. Et de ne pas être remboursé du tout.
Il n’y a que deux solutions à la crise de l’euro, et pas trois : alléger le fardeau des surendettés, c’est-à-dire faire payer les investisseurs, ou organiser la sortie de l’euro de ces pays. N’entendez-vous pas un grondement, cher lecteur ? Place, place ! Voici les Dix-Sept et leur rocher. Le sommet européen va commencer.

Drôle de guerre internationale en Libye

Cela fait une semaine que la France a obtenu devant l'ONU la « résolution 1973 ». Mais alors que celle-ci devait mettre fin aux tergiversations internationales, les divergences n'ont cessé de croître depuis huit jours. Les problèmes, militaires, stratégiques et diplomatiques ne manquent pas, il est vrai : la volonté, à laquelle se raccroche Paris, de préserver une présence arabe ou africaine au sein de la coalition se confronte à la réalité d'un commandement impossible à trouver en dehors de l'OTAN, mais la présence de cette dernière - même « strictement opérationnelle » - pourrait changer le sens de l'action péniblement engagée devant les Nations Unies ; quant à la volonté américaine de ne pas trop s'impliquer, elle ne peut masquer le fait que les premiers raids ont été coordonnés depuis un porte-avions de l'US Navy ; la maîtrise aérienne n'est bien évidemment pas suffisante pour aller au-delà d'un simple gel de la situation sur le terrain, etc. En parallèle, les critiques sur les arrière-pensées liées au pétrole, la contradiction entre cette intervention et le droit international, l'absence de « guerre juste » ou le « deux poids, deux mesures » entre ce qui se déroule en Libye et ce qui se passe au Yémen et à Bahreïn aujourd'hui - comme à Gaza hier ou en Syrie peut-être demain - peuvent et doivent être entendus. Reste l'interrogation principale, à court terme, à laquelle aucune de ces critiques n'apporte de réponse : pouvait-on laisser passivement Kadhafi massacrer ses opposants (cette fois, il est difficile de nier que la réponse internationale s'est faite à la suite d'un réel mouvement populaire et non pas sur un faux prétexte) ? La réponse, immédiate, apparaît simple. Mais plus l'intervention actuelle se prolongera, et plus elle deviendra incertaine. Raison de plus pour souhaiter une fin rapide à ce conflit. Mais la seule issue satisfaisante sera celle d'une Libye libérée par les Libyens eux mêmes.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




“L’Aube de l’odyssée” et les soucis de l’Unesco




Espérons les militaires plus inspirés dans l’art de la guerre que pour trouver des noms de code à leurs opérations. La “croisade” en Libye comme dit M.Guéant est baptisée “L’Aube de l’odyssée”. Même le plus tarabiscoté des jeux vidéo ne mérite pas d’être affublé d’un tel titre…


Outil de propagande, le nom attribué aux interventions armées doit frapper les imaginations autant que les cibles ennemies. Avec “Tempête du désert” lors de la guerre du Golfe, il n’était pas nécessaire d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre. Adeptes de la méthode Coué, les Américains avaient qualifié l’invasion de Panama de “Cause juste”. En Afghanistan “Liberté immuable” est plus alambiquée. À l’image de la situation sur le terrain… Un rien macabres, les Israéliens s’étaient inspirés d’un poème pour enfants lors de l’attaque “Plomb durci” sur Gaza !


La Libye hérite donc de “L’Aube de l’odyssée”. Avec l’objectif de déboucher sur le crépuscule du tyran ? Pas si sûr tant les lézardes se creusent au sein de la coalition. Seul le Guide affiche pour l’instant une détermination sans fissures…


Quelle que soit l’issue, l’Unesco vient de rappeler à l’ordre les belligérants. Pas question de guerroyer au-dessus du riche patrimoine de la Libye. La guerre oui, mais loin des sites archéologiques. Que l’Unesco se rassure : Kadhafi n’a pas encore songé à s’abriter derrière les richesses millénaires de son pays. Il se contente d’utiliser la population civile comme bouclier…

Et maintenant le Portugal...


Trouver la parade. C'est, depuis l'automne 2008, l'obsession de chaque sommet européen. Depuis que la crise financière a éclaté, et surtout qu'elle s'est étendue aux dettes souveraines des maillons faibles de l'Union européenne, la parade ressemble à un interminable chantier. Il s'agit tantôt de sauver la Grèce, tantôt l'Irlande. Aujourd'hui, le Portugal. Demain, l'Espagne ?

Parade après parade, l'Europe colmate des brèches toujours plus profondes. L'orage passe, un temps. Et on recommence. Pour cela, on échafaude des mécanismes de financement. Ce qui est impensable à un moment donné devient, le temps d'un trimestre, incontournable. La raison en est simple. Tous les gouvernements, ou presque, ont vécu au-dessus de leurs moyens, avec une monnaie unique dépourvue des outils d'un véritable gouvernement économique. La crise a révélé que la fusée euro avait décollé avec un étage manquant. Alors, c'est cet étage que, cahin-caha, chaque sommet tente de construire.

À Bruxelles, une pièce importante du dispositif est discutée aujourd'hui. Pour ne plus avoir, à l'avenir, à réagir au coup par coup, pour rassurer durablement les marchés, les Européens ont décidé de remplacer l'actuel Fonds de stabilité financière (créé il y a un an pour sauver la Grèce) en un MES, Mécanisme européen de stabilité, opérationnel en 2013. Il devrait être doté de 500 milliards d'euros et autoriser à acheter de la dette souveraine.

Parallèlement, sous l'impulsion de Paris et de Berlin, un mécanisme de renforcement de la discipline budgétaire et un pacte pour l'euro doivent être adoptés. Il s'agit, d'un côté, de créer des mécanismes vertueux pour que les critères de convergences ne restent plus lettre morte. Et parallèlement, de mettre en oeuvre des politiques économiques au service de la « compétitivité » et la « convergence ». Derrière ces mots, c'est en fait la rigueur salariale qui pointe. À cet égard, la vigueur des manifestations organisées, hier, à Bruxelles, prélude peut-être au volet social de la crise, jusqu'ici éludé.

Cet édifice en construction est le fruit d'un compromis entre la demande française d'un gouvernement économique et l'exigence allemande de rigueur. Mais, à l'évidence, son centre de gravité se situe largement au-delà du Rhin. Pour une raison première. Berlin a, certes, fait des concessions, mais, forte de son insolente santé économique, l'Allemagne a aussi fixé, dès la crise grecque, une ligne rouge souverainiste : ses contribuables ne paieront pas les frasques des cigales européennes. Elle refuse la solution financière authentiquement collective, et solidaire, que serait la création d'obligations européennes, avec un taux identique pour tous les pays membres de la zone euro.

Cette ligne rouge a déjà montré ses effets pervers : elle impose aux pays en difficultés une cure qui creuse les fossés déjà existants. Ainsi, Athènes, menacée par la faillite, a dû emprunter à 14 % ; le Portugal, hier, à plus de 8 % ; alors que Paris et Berlin empruntent à des taux bien moindres. La spirale est redoutable. Dépendance financière, austérité, récession, tensions sociales. L'étape suivante, c'est celle que traverse Lisbonne : la crise politique. Les mécanismes de convergence en cours d'adoption seront opérationnels à partir de 2013. D'ici la mise en place des mécanismes de convergence, c'est le risque d'excès de divergence entre sa super-locomotive allemande et ses élèves trop endettés que court la zone euro.

À l’aube du septième jour...


Et maintenant? À l’aube du septième jour de l’offensive aérienne contre le régime du colonel Kadhafi, la situation n’est guère plus claire qu’au soir du premier jour. Comme on pouvait s’y attendre les avions de la coalition ont rapidement pris la maîtrise du ciel libyen et facilement détruit les principales infrastructures aériennes de l’adversaire. Sur ce terrain, on savait l’armée libyenne particulièrement vulnérable. Comment aurait-elle pu prétendre faire le poids contre les 350 avions déployés par les Français, les Anglais et les Américains?

Le plus facile a été accompli. Alain Juppé était donc dans le vrai quand il annonçait que les opérations seraient vraisemblablement de courte durée. Pour ce qui concerne la première phase de l’intervention, elles s’achèvent. Les coalisés n’auront bientôt plus rien à bombarder et les troupes qui pourraient encore être ciblées ont pris bien soin de s’abriter au cœur de la population pour rendre impossible toute attaque contre eux. Si les frappes se multiplient depuis hier soir c’est un ultime bouquet avant une pause obligatoire.

La deuxième phase qui s’ouvre aujourd’hui sera plus complexe. On sent bien l’état-major allié embarrassé par les limites posées, sur la forme comme sur le fond, par la résolution 1973 du Conseil de sécurité: elles sont aujourd’hui atteintes! Alors le ministre de la Défense français, Gérard Longuet, déploie maintenant beaucoup d’énergie pour faire l’exégèse du texte et montrer qu’une forme d’intervention au sol est possible. C’est que la France, et elle a raison, veut à tout prix éviter la pétrification du conflit qui serait synonyme de statu quo. Les précautions de langage sont peu à peu abandonnées pour revenir à l’essentiel: oui, l’objectif est bien l’élimination politique - sinon physique - de Mouammar Kadhafi, et s’il n’était pas atteint, l’offensive serait, aux yeux de Paris, un échec, quel que soit le nombre de vies sauvées par l’empêchement du massacre de Benghazi.

Le problème, c’est que la France se retrouve très isolée ce matin. Barack Obama, harcelé par une opinion publique défavorable, ne pense qu’à désengager l’Amérique de la Libye au plus vite. Un retrait qui aurait de lourdes conséquences puisque la moitié des avions qui pilonne les positions de Kadhafi est américaine. On comprend d’autant mieux que le président des États-Unis ait fini par obtenir que l’OTAN reprenne le commandement des opérations: il pourra lui repasser la patate chaude. Washington fait ainsi d’une pierre deux coups car elle satisfait la demande insistante des Turcs qui, depuis le départ, ne veulent pas entendre parler d’un conflit «anti-Kadhafi». La France a freiné des quatre fers pour garder les mains libres? Et alors? Au final, le dispositif concocté par l’Alliance Atlantique apparaît déjà comme une usine à gaz. Volontairement inopérante?

Apple retire une application dénoncée comme homophobe

L'organisation américaine Exodus International, qui s'est donné pour mission d'aider les personnes souhaitant être "libérées de l'homosexualité", a annoncé mercredi que son application avait été retirée de la boutique en ligne d'Apple. 

"Nous sommes extrêmement déçus d'apprendre qu'Apple nous a refusé une présence équitable sur la place publique", a déclaré le président d'Exodus International, Alan Chambers, dans un communiqué. L'auteur de l'application d'Exodus a été prévenu mardi soir par Apple que ce programme serait retiré de sa boutique en ligne parce qu'elle avait été jugée "insultante par un large éventail de personnes", selon l'association. Exodus International s'était donné pour mission d'aider les personnes souhaitant être "libérées de l'homosexualité".
 Apple était sous pression, une pétition signée par plus de 146.000 personnes lui ayant demandé de supprimer cette application, accessible jusqu'alors sur ses téléphones iPod, ses tablettes iPad et ses baladeurs iPod Touch. "Nous avons retiré l'application d'Exodus International de l'App Store puisque, rejetée par beaucoup de gens, elle allait à l'encontre des règles que nous avons fixées pour les développeurs", a déclaré à l'AFP un porte-parole d'Apple, Tom Neumayr.
 
Désinformation, haine, intolérance...

"Apple a pris une décision sage et responsable en abandonnant une application qui diabolisait les gays et lesbiennes", s'est félicité l'organisation Truth Wins Out, qui avait lancé la pétition avec le site Change.org. Le groupe estimait que ce programme véhiculait de la "désinformation et des stéréotypes" et appelait à la "haine et à l'intolérance".

Pour Exodus en revanche, "cette application est conçue pour être utile aux hommes, femmes, parents, étudiants et responsables religieux", et la décision d'Apple viole son droit à la liberté d'expression. "Il ne s'agit pas de liberté d'expression, mais d'empêcher une organisation qui est violemment anti-gay de répandre de fausses informations aux dépens de jeunes gens vulnérables de la communauté LGBT" (lesbiennes, gays, bi-sexuels et transexuels), a rétorqué un porte-parole de Truth Wins Out, John Becker.

jeudi 24 mars 2011

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Inquiétudes

La première menace qui pèse sur l'intervention aérienne en Libye c'est l'oubli de ce qui l'avait justifiée : le sauvetage in extremis de la population de Benghazi. Avec les jours qui passent au rythme des frappes contre les moyens militaires du colonel, c'est maintenant l'incertitude sur la suite de cette aventure qui constitue la menace essentielle. Le large soutien des parlementaires lors du débat d'hier, n'est pas exempt d'inquiétudes auxquelles François Fillon et Alain Juppé ont répondu. En partie du moins.

Les divergences qui se sont exprimées en Europe, en Afrique, dans certains pays arabes ont provoqué une sorte de brouillard dangereux qui risque de saper la légitimité de cette opération, donc d'encourager Kadhafi pourtant affaibli militairement. Le flou sur le commandement, source de bien des réticences, devrait être levé prochainement par la mise en place d'un pilotage politique, associant notamment les états arabes. Même si ses capacités sont utilisées, ce n'est donc pas l'Otan qui dirigerait cette intervention annoncée de courte durée.

Le risque d'enlisement, ou même de semi-échec, menace pourtant la coalition. Intervenue au titre de la protection du peuple libyen, elle dispose d'un mandat assez extensible, du moins à court terme, pour autoriser des actions militaires offensives, mais dont les limites vont vite apparaître. Car ce ne sont pas les frappes qui vont automatiquement obtenir le départ de Kadhafi ni instaurer par magie la démocratie. Tout va donc dépendre, une fois restauré un meilleur équilibre des forces, des protagonistes eux-mêmes.

Là est l'incertitude la plus lourde. Pour la rébellion, la reconquête ne s'annonce pas facile. Car, s'il survit, Kadhafi peut avoir les moyens de jouer l'embrouille. La coalition lui propose la fin des opérations militaires en échange d'un cessez-le-feu et du retrait de ses troupes. En somme, il lui est demandé de laisser les insurgés regagner partout le terrain perdu. Comme on le voit mal, sauf heureux imprévu, prêt à ce genre de reddition, le scénario de la paix et de la démocratie n'est ni écrit ni visible sur les écrans radars des avions.

Course en avant

Le ministre de l’Industrie, Éric Besson, ne manque pas d’air. Il dément « catégoriquement » la perspective d’une hausse de 30 % des tarifs d’EDF, d’ici 2015… en annonçant, en même temps, une « légère augmentation » pour l’été prochain. Augmentation qui s’ajoutera aux 6,4 % déjà appliqués depuis un an ! À ce rythme, les 30 % visés par EDF sur cinq ans seront pulvérisés… avec la bénédiction du gouvernement. Mais chut, il ne faut pas le dire. Pierre Gadonneix, l’ancien PDG d’EDF, a été remercié parce qu’il réclamait 20 % d’augmentation sur trois ans. Son successeur Henri Proglio a des exigences encore plus élevées, sauf qu’il s’arrange plus discrètement pour obtenir gain de cause.

EDF et le gouvernement expliquent les besoins d’argent de l’électricien national par les investissements dans les énergies renouvelables et par la nécessaire modernisation du parc de centrales nucléaires. Ils oublient volontairement de citer deux autres motifs d’inflation beaucoup moins avouables : la privatisation partielle d’EDF a fait entrer des investisseurs qui veulent être – fortement – rémunérés. Et la libéralisation du marché de l’électricité tire les prix vers le haut. Grâce au nucléaire, nous payons notre électricité 30 % moins cher que nos voisins européens. Comme c’est bizarre : c’est justement ces 30 % qu’EDF réclame pour s’aligner sur ses concurrents. Il s’agit, pour le groupe français, de lutter à armes égales pour acquérir des participations dans d’autres pays. La priorité de la société nationale n’est plus de proposer le meilleur service au meilleur prix possible en France. Elle est d’arracher des parts de marché aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Pologne…

EDF a déjà connu beaucoup de déboires dans la conquête des Eldorados étrangers, notamment américain. Elle risque d’en connaître encore beaucoup plus à l’avenir. La catastrophe de Fukushima, au Japon, n’est pas une publicité pour l’énergie nucléaire, qui est le point fort du groupe. Celui-ci va être, très vite, engagé sur deux fronts, avec une mise en sécurité sans doute plus coûteuse que prévu pour ses centrales déjà en service, et des pertes de contrats à l’étranger, au profit d’autres énergies. Les tarifs n’ont pas fini de grimper. Malheureusement, les investissements en France ne justifient qu’une partie de cette course en avant dans la libéralisation effrénée du marché de l’électricité.

Nuage invisible, peurs perceptibles

Il est passé par ici, il repassera par là. Le « nuage » de Fukushima poursuit sa rotation autour de la terre, dispersant ses poussières dont la dangerosité diminue avec la distance. Autant on a pu mesurer hier une inquiétante hausse de la radioactivité près du site nucléaire, autant le risque sanitaire que son survol de la France pourrait entraîner est a priori « négligeable ». Les scientifiques sont formels. Ils ont déclenché la contre-offensive des mots. Qu'on se le tienne pour dit, il ne faut plus parler de « nuage » ou de « panache » mais de microparticules, tellement infimes qu'on n'est pas sûr de pouvoir les détecter ! Pour preuve, elles se sont promenées incognito au-dessus de l'Amérique. Il n'empêche... Depuis le mensonge de Tchernobyl, lorsqu'on avait, comme dans un manga, stoppé le vrai nuage pile à nos frontières, la confiance dans les experts est rompue. L'accident du Japon soulève de légitimes inquiétudes, le danger nucléaire étant loin d'être écarté. Pour en revenir à l'intriguant « nuage », force est de nous en remettre aux... experts. Ils n'affirmeront certes jamais le risque zéro mais ils banalisent le phénomène. Si la peur qu'il suscite parfois chez nous n'est pas raisonnée, quoique compréhensible, l'angoisse des Japonais est, elle, des plus rationnelle, tant la situation se révèle critique. Le danger de contamination sur la chaîne alimentaire est sans comparaison. Pensons que 35 millions d'habitants de la région de Tokyo sont suspendus au sens du vent, victimes potentielles de substances redoutables. Aussi l'achat de précaution observé en France avec les pastilles d'iode ressemble-t-il à une farce franchouillarde à une heure où les Tokyoites, stoïques dans la catastrophe, ne peuvent plus donner de l'eau du robinet aux bébés ni consommer de légumes.

Fukushima, centrale mondiale

Qui aurait pu l’imaginer il y a seulement quinze jours ? Hier, les Français ont regardé le ciel tout bleu avec une pointe d’inquiétude et cette nuit combien ont-ils été, avant de se coucher, à scruter le ciel étoilé en se demandant quel danger invisible il pouvait dissimuler ? Car on n’a parlé que de lui, le « nuage » radioactif venu du Japon, à la représentation presque enfantine dans notre imaginaire, et de son passage au-dessus de la France, en vérifiant encore et encore qu’il serait, de toute façon, parfaitement inoffensif.

On a calculé et recalculé les niveaux potentiels de radioactivité. Il paraît même que les compteurs Geiger sont introuvables. Rupture de stock… Sans compter les ventes de pastilles d’iode, qui ont explosé depuis quelques jours.

Une psychose évidemment grotesque, consternante de nombrilisme, mais qui suffit à montrer à quel point le flou qui entoure encore les risques de l’énergie nucléaire, et les approximations de l’information officielle sur les accidents de sa production, peuvent générer des peurs irrationnelles. Les mensonges de Tchernobyl — dont les retombées ont été près de 1 000 fois plus importantes que celles en provenance du Japon — ont laissé des traces dans les esprits européens. La confiance dans les messages rassurants reste fragile et relative.

Cette anxiété hexagonale met en évidence la dimension planétaire de la centrale de Fukushima. A plus de 10 000 kilomètres de l’Europe, elle reste perçue comme une menace presque voisine. Plus rien ne sera jamais comme avant ce 12 mars, où son explosion a réveillé les doutes sur une énergie qui ne déclenchait plus les passions depuis longtemps. Beaucoup moins en tout cas que les périls du réchauffement climatique… Il y aura un avant et un après. Voilà qu’Angela Merkel déclare, et répète, que « plus tôt on sortira (du nucléaire), mieux ce sera ». Et même le gouvernement de Silvio Berlusconi — un ultra du nucléaire s’il en est — instaure un moratoire d’un an dans le programme de construction des centrales qui doit marquer le retour de l’Italie dans le club atomique.

Jour après jour, le doute s’installe, y compris dans les propos des ministres français, nettement plus prudents qu’il y a… une semaine sur la pérennité du choix nucléaire. La contamination des légumes de la région d’Ibaraki, et de l’eau de Tokyo, impropre à la consommation pour les bébés, a surpris par leur intensité inattendue. Le monde mesure que les conséquences de l’accident de Fukushima sont bien plus rapides et plus incontrôlables que prévu. Quelque chose est en train de se rompre dans l’idée que l’humanité se faisait jusque-là d’une énergie qu’elle pensait maîtriser.


Fatigues électorales


Et si on revenait au vrai débat ? Au lieu de s'effrayer, à longueur de temps, du « raz-de-marée » FN, la classe politique devrait s'inquiéter des causes de son spectaculaire désaveu.

Le seul vainqueur, l'abstention, fait monter, en pourcentage, le score des partis les plus mobilisés. Plus la marée participative descend, plus on voit affleurer les récifs. En nombre de voix, les grandes formations s'effondrent, l'UMP surtout, le Parti socialiste dans une moindre mesure. Le Front national gagne, mais seulement en apparence, surtout par défaut.

Juste quelques chiffres pour confirmer ce constat ignoré des observateurs : entre les cantonales de 2004 et celles d'aujourd'hui, le FN ¯ il est vrai avec moins de candidats ¯ a perdu 110 000 voix ; le PS, 940 000 ; et l'UMP un million. Ainsi, le parti « majoritaire » n'a réuni, dimanche, que 1,5 million de suffrages, sur un corps électoral de vingt et un millions d'inscrits ! Leurs alliés fondent dans les mêmes proportions.

Même si les écologistes améliorent un peu leur score, mais avec davantage de candidats, la vérité est nette et cruelle : les Français se sont détournés massivement de cette élection et de la politique. Beaucoup de raisons objectives expliquent que les cantonales les découragent. Il n'empêche que notre démocratie, dont on fait miroiter les charmes dans les pays en révolution, est malade de cette abstention croissante au fil des scrutins. L'idée que tout aurait été essayé conduit soit à l'abstention, soit à l'extrémisme.

Un sentiment d'abandon

La confusion des jours derniers autour de l'attitude à adopter au second tour risque même d'être terrible. Les artifices tactiques renforcent l'idée que les grands partis sont incapables de se déterminer par eux-mêmes et tout juste capables de petites connivences pour se sauver des eaux. Ils valident la thèse de « l'UMPS » chère à l'extrême droite. Ils font oublier que si l'on gagne une élection avec un pourcentage, on ne peut durer sans adhésion de l'opinion.

Les électeurs se fichent pas mal qu'untel, dimanche, vote PS, blanc ou s'abstienne. Ils se moquent de consignes de désistement de moins en moins suivies. Ils ne demandent pas, en priorité, que l'on débatte ¯ autre aveu d'incapacité à agir ! ¯ de laïcité ou d'identité. Ils veulent des réponses précises à des problèmes concrets de pouvoir d'achat, de logement, de chômage, d'inégalités, de sécurité.

Le dernier rapport du Médiateur le confirme : les Français ne croient plus guère en leurs institutions et en leurs représentants. Ils sont fatigués, depuis de nombreuses années, de promesses non tenues, de mises en scène trompeuses, de réformes tourbillonnantes, de calculs électoraux, d'administrations kafkaïennes... Le sentiment d'abandon, d'isolement, d'impuissance et d'injustice gagne toutes les couches de la population.

Qu'une majorité, de droite ou de gauche, soit désavouée fait partie de la démocratie. Le plus inquiétant, c'est que l'alternance ne suscite pas davantage d'espoir. De ce point de vue, majorité et opposition portent la même et lourde responsabilité devant les attentes des citoyens. Mais les électeurs, au lieu de se lamenter des résultats qui sont de leur fait, ont aussi le devoir de sortir d'une certaine paresse pour s'informer ¯ jamais les projets des partis n'ont été aussi accessibles ¯ et pour courir voter en connaissance de cause.





Dernière


Frédéric Mitterrand, notre ministre de l’Emphase creuse et Prince du Lieu commun, n’a laissé hier à personne d’autre le soin de prononcer l’oraison funèbre: Elizabeth Taylor, a-t-il pleuré de sa voix de théâtre, était «la dernière star»... Nous ne discuterons pas ici des talents d’Elizabeth Taylor, ni de la beauté de ses yeux. Mais pourquoi «la dernière», Monsieur Mitterrand ? Curieuse époque, qui à chaque décès d’un grand salue le départ du «dernier» - comme si le partant refermait derrière lui la porte d’accès à la grandeur. Non, Elizabeth Taylor n’est pas la dernière star. Il en est d’autres qui brillent aujourd’hui, et il en naîtra d’autres encore, heureusement. Ainsi va la vie, même chez les étoiles. Et si nous comprenons que vous pleuriez votre jeunesse, Monsieur Mitterrand, pourquoi confondre votre ministère avec la célébration d’une culture de nostalgie de midinette ?