mardi 8 mars 2011
De nouvelles idées pour faire avancer le féminisme
Ainsi, Laurence Parisot s'est exprimée en faveur de la création d'un « Ministère du Droit de la femme ». Pour la présidente du Medef, la re-création d'un vrai ministère dédié aux femmes permettrait de « rappeler inlassablement les grands principes et les grandes idées à promouvoir ».
Un combat « plus que jamais d'actualité »
La patronne des patrons y suggère notamment la « modernisation du congé de maternité qui freine trop souvent l'évolution de carrière des femmes ». De son côté, la présidente du Conseil d'orientation pour l'emploi (COE), Marie-Claire Carrère-Gée, a proposé lundi que soit autorisées les « actions en nom collectif » ou « class actions » ceci pour « l'égalité salariale et professionnelle » entre les hommes et les femmes.Pour la présidente du groupe communiste et du Parti de gauche (CRC-SPG), Nicole Borvo Cohen-Seat, « le combat des femmes pour l'égalité est plus que jamais d'actualité ». La leader politique rappelle qu'en France, « les salaires des femmes sont toujours inférieurs de 27% à ceux des hommes; elles représentent 83% des salariés à temps partiel et 80% des salariés pauvres (moins de 550 euros) ».
Vol 100% féminin chez Air France
Sur le plan politique « 10 ans après le vote sur la parité en politique, les femmes sont 18,5% à l'Assemblée nationale, 23,5% au Sénat, 12,3% dans les conseils généraux », relevant que son groupe est le seul groupe parlementaire à être à parité. Elle est d'ailleurs la seule femme à présider un groupe politique au parlement.A l'occasion de cette journée et pour marquer le coup, Air France a décidé de faire voler un équipage entièrement féminin. Le vol B777-300 au départ de Paris et à destination de Hong-Kong sera donc assuré par 18 femmes – 3 pilotes et 15 hôtesses. Sur les 4.200 pilotes d'Air France environ 7% sont des femmes.
lundi 7 mars 2011
Marine Le Pen : les sondeurs ont-ils les bonnes méthodes d'évaluation ?
C'est un sondage qui fait du bruit, à en croire l'écho médiatique qu'il suscite : l'étude Harris Interactive publiée dans Le Parisien samedi 5 mars donne Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle, avec 23 % d'intentions de vote si le scrutin avait lieu aujourd'hui. Si ce sondage génère autant de réactions, c'est parce qu'il suggère qu'un nouveau "21 avril" n'est pas exclu, mais aussi parce que sa méthode est critiquée. D'abord, bien sûr, parce qu'il ne teste qu'une hypothèse de candidat socialiste, Martine Aubry, oubliant notamment Dominique Strauss-Kahn, mieux placé dans les sondages de premier tour précédents (d'ailleurs, mardi sera publiée une nouvelle étude, avec François Hollande et "DSK").
instituts (Sofres, BVA, Harris Interactive et IFOP) reconnaissent que le vote Front national reste un peu à part dans les études d'opinion. Car pour un sondé, "avouer" qu'on voterait ou qu'on a voté pour le FN reste souvent difficile à assumer. Edouard Le Cerf, de la Sofres, précise : "Les taux de redressement sont un peu plus forts pour le FN que pour d'autres partis. Et il y a eu un choc traumatique le 21 avril 2002..." Les sondeurs savent bien qu'on les a accusés de ne pas avoir vu venir l'accession de Jean-Maris Le Pen au second tour. L'enjeu de la correction des chiffres est d'autant plus grand...Aujourd'hui, avec l'arrivée de Marine Le Pen, à qui on prête une stratégie de "dédiabolisation", l'image du vote FN semble plus acceptable pour certains. Les sondeurs sont donc confrontés à un nouveau problème : certains estiment qu'il faudrait adapter les critères de redressement, de peur de la surestimer. Interrogé lundi, alors que ses méthodes sont dénoncées notamment par un confrère, Jean-Daniel Lévy, de Harris Interactive, nuance : "Nous avons des techniques de redressement similaires mais nous les appliquons de façon moins ferme pour Marine Le Pen que pour son père." Pourtant, d'une manière générale, s'ils reconnaissent qu'il y a une part d'appréciation, dans ce domaine sensible, les sondeurs interrogés défendent leurs méthodes, les jugeant toujours adaptées.
La reconstitution de vote : le souvenir du vote Jean-Marie Le Pen. La "reconstitution" des votes antérieurs reste le principal mécanisme de redressement des sondages, qu'il s'agisse de Marine Le Pen ou de son père, ou d'un autre candidat. L'idée est de corriger le fait que les sondés, quand on leur demande aujourd'hui ce qu'ils ont voté à la dernière élection, donnent des réponses décalées par rapport aux résultats réels du scrutin. C'est particulièrement vrai pour le vote FN. La reconstitution de vote reste pertinente, pour Marine Le Pen comme pour Jean-Marie Le Pen, explique Edouard Lecerf, de la Sofres. "Certains des sondés ont oublié leur vote, d'autres le dissimulent. Le vote Front national est plutôt moins bien ‘reconstitué' que les autres. C'est pour cela qu'on applique un correctif : si on obtient 8 % de réponses et que le score réel de l'élection pour ce candidat était 12 %, on accorde un poids plus important à ces individus dans les calculs, pour rétablir l'équilibre." Pour que l'échantillon reflète mieux l'électorat, l'intention de vote exprimée par ceux qui disent avoir à l'époque voté pour le candidat FN pèse alors un peu plus, qu'elle soit favorable à Marine Le Pen ou à un autre candidat, poursuit le sondeur, qui précise que le correctif ne s'applique donc pas directement sur les intentions de vote.
Eric Bonnet, de BVA, indique que le "taux de reconstitution" du vote Le Pen, certes assez bas, est le même aujourd'hui qu'en 2007 : à l'époque, lors de la dernière présidentielle, 50 % de ceux qui avaient voté Jean-Marie Le Pen en 2002 le déclaraient dans les sondages, selon lui. A la fin de l'année 2010, 5 % environ des sondés disaient avoir voté pour le candidat du FN à la présidentielle de 2007, précise-t-il. Or, Jean-Marie Le Pen a obtenu un score deux fois plus important : 10,4 % des voix au premier tour.
La sûreté de choix : un électorat moins "intense politiquement" ? "L'arrivée de Marine Le Pen en remplacement de son père pose toutefois une question : celle de la dicibilité de ce vote ", estime Stéphane Rozès, ancien directeur de l'institut d'études CSA. La "dicibilité" est la facilité à dire qu'on a voté pour un candidat, et il n'est pas impossible que celle-ci soit plus grande pour Marine Le Pen que pour Jean-Marie Le Pen, car celle-ci "a renoncé à utiliser certains éléments provocants comme les références à la seconde guerre mondiale ", rappelle le politologue.
S'il avait à faire des sondages aujourd'hui, Stéphane Rozès envisagerait de "redresser un peu moins à la hausse pour Marine Le Pen que pour son père". Comment ? "Par exemple, à partir du critère de sûreté de choix du vote." Ce critère est un des deux autres paramètres utilisés pour redresser les votes : on demande aux électeurs s'ils sont sûrs de leur choix et s'ils sont sûrs d'aller voter. "Le principe serait que la sûreté du choix permet d'évaluer le caractère difficilement dicible du vote : le vote Jean-Marie Le Pen était réputé plus restreint, par rapport aux intentions de vote actuelles de Marine, et plus intense politiquement." L'hypothèse faite par le politologue est que les électeurs de Jean-Marie Le Pen seraient moins nombreux et plus convaincus que ceux attirés aujourd'hui par sa fille. Pour les sondeurs interrogés, les outils actuels restent pourtant adaptés, même si l'un d'entre eux, Jean-Daniel Lévy, de Harris Interactive, affirment que la "ligne de conduite" pour les appliquer a changé.
L'équilibre des critères : un redressement moins "ferme" ? Interrogé lundi, après la polémique suscitée par le sondage du week-end, Jean-Daniel Lévy précise : "Nous avons des techniques de redressement similaires mais nous les appliquons de façon moins ferme pour Marine Le Pen que pour son père. Nous sommes prudents." Concrètement, cet infléchissement est "plus complexe" qu'une simple baisse du coefficient tiré de la reconstitution de vote, ajoute le sondeur qui dit s'aider de questions parallèles. Ces questions, que le sondeur n'entend pas révéler, montreraient notamment la "porosité" des idées du FN dans l'opinion, aujourd'hui et à l'époque de Jean-Marie Le Pen. Et justifieraient en partie un redressement plus faible pour Marine Le Pen que pour son père.
L'élection de référence : la présidentielle et les régionales. Pour défendre leur méthode, les sondeurs pointent aussi les cas d'élections passées. Car avoir des points de comparaison est un des défis auxquels ils ont à faire face. Dans le cas de Marine Le Pen, il n'existe pas de précédent pour la présidentielle. "Nous utilisons comme référence la présidentielle 2007, car c'est l'élection la plus similaire, et les régionales 2010, car c'est l'élection la plus récente", explique Eric Bonnet, de BVA. Selon Jérôme Fourquet, l'IFOP a la "chance" d'avoir fait des sondages dans le Nord, le fief de Marine Le Pen, à l'occasion des européennes, des municipales et des régionales. Les résultats étaient jugés plutôt réalistes. "Jusqu'à présent, les évaluations du vote FN, lors des dernières régionales, notamment, alors que Marine Le Pen était présente dans le Pas-de-Calais, et médiatisée, n'ont pas posé de réel problème : il n'y avait pas eu de surévaluation", estime Jean-Daniel Lévy. Les cantonales, fin mars, vont permettre de comparer l'écart éventuel entre les scores réels et les intentions de vote mesurées, ajoute-t-il. "Nous pourrons voir si l'écart éventuel est dû à des dynamiques de campagne – auquel cas les scores de la plupart des candidats sont concernés – ou lié à un problème de mesure – si un seul candidat, par exemple celui du Front national, était touché."
Les tendances et les transferts : une porosité avec la droite classique. "On peut éventuellement discuter les niveaux exacts des intentions de vote, moins les tendances", relativise Stéphane Rozès, politologue. Et la progression de Marine Le Pen semble claire aux sondeurs : "Nous voyons une hausse dans les chiffres bruts", précise Jérôme Fourquet, de l'IFOP. Eric Bonnet, de BVA, juge aussi plutôt "rassurant", pour les méthodes des sondeurs, que Marine Le Pen ait progressé sans qu'il y ait eu de changement de technique d'évaluation.
"On voit une dynamique nouvelle et une grande porosité avec une partie de l'électorat de droite, des déçus du sarkozysme qui écoutent de façon bienveillante Marine Le Pen : en octobre, parmi ceux qui disent avoir voté Sarkozy en 2007, 3 à 4 % envisageaient de voter Marine Le Pen. En janvier, ils étaient 11 % et dans la dernière étude, 18 %", décrit Jérôme Fourquet, de l'IFOP. Ramené au score de Sarkozy au premier tour de 2007, 31 %, ces transfuges pèseraient 5 à 6 % de l'électorat.
"Une question qui se pose maintenant est : le fait que Marine Le Pen soit montée très haut très vite est-il lié à l'utilisation, pendant une période, de thèmes chers au FN par Nicolas Sarkozy ? Si c'est le cas, la tendance pourrait retomber. Ou sommes-nous au début de quelque chose de plus durable ?", demande Gaël Sliman, de BVA. "Dans le passé, on sait que le vote Front national a été instrumentalisé par des gens n'approuvant pas forcément les idées du FN, pour faire passer des messages aux politiques", rappelle Stéphane Rozès.
Libye: un deuxième raid aérien vise Ras Lanouf
La crise libyenne entre dans sa 21e journée. Suivez les événements de ce lundi, sur le terrain et sur le plan diplomatique, en direct.
15h27 Des spécialistes s'expliquent à l'AFP: "Une guerre civile est déjà en cours", estime Arshin Adib-Moghaddam, un spécialiste de la Libye à l'Ecole des études orientales et africaines à Londres. "Aucune des deux parties ne recule, donc la probabilité d'une guerre d'usure prolongée est grande", ajoute-t-il.
"L'opposition est sous-équipée en terme de puissance de feu mais combat avec détermination. Il y a des signes que l'opposition adopte désormais des tactiques de guérilla et de harcèlement", précise Arshin Adib-Moghaddam.
Selon les experts, le conflit pourrait durer d'autant plus longtemps que ni la géographie du pays ni l'état de l'armée et de l'insurrection ne permettent de grandes offensives et avancées. "Aucun camp n'est capable de prendre un territoire et de le tenir. Quand vous prenez un territoire, il faut pouvoir consolider ses positions, le tenir durablement", rappelle Fred Wehrey, un spécialiste de la Libye à la RAND Corporation, un centre de recherche américain spécialisé en stratégie militaire.
15h18 Le gouvernement britannique est contraint de s'expliquer sur un nouveau couac dans sa gestion de la crise libyenne, après le retentissant fiasco d'une mission "diplomatique" secrète, encadrée par des militaires, auprès de l'opposition libyenne.
La Grande-Bretagne avait envoyé la semaine dernière "une petite équipe diplomatique", selon les termes officiels, à Benghazi, ville de l'est de la Libye et fief de l'insurrection contre le colonel Mouammar Kadhafi. Mais l'équipe, arrivée en hélicoptère de nuit, a été rapidement arrêtée par des agriculteurs, parce qu'elle était venue sans accord préalable, a expliqué l'opposition libyenne. Des rumeurs de débarquement de mercenaires ou de troupes étrangères allaient bon train à ce moment là.
Ce fiasco ne semble cependant pas avoir calmé les ardeurs de Londres, qui multiplie les faux pas depuis le début de la crise en Libye, notamment en tardant à rapatrier les centaines de Britanniques bloqués dans ce pays. "Nous avons l'intention d'envoyer une nouvelle équipe, le moment venu", a affirmé lundi le porte-parole du Premier ministre David Cameron.
14h51 L'Otan considère que "les attaques contre les civils sont de possibles crimes contre l'humanité."
"Si Kadhafi et ses militaires continuent à attaquer la population libyenne de manière systématique, je ne peux imaginer que la communauté internationale et l'ONU restent passives", précise le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen. Mais, répète-t-il à plusieurs reprises, "l'Otan n'a pas l'intention d'intervenir" sans mandat de l'ONU, même si les responsables militaires de l'alliance atlantique ont reçu consigne de se préparer à toute éventualité.
13h46 Plus d'informations sur la situation à Misrata: 21 personnes, dont un enfant, ont été tuées et des dizaines blessées ce dimanche, dans cette ville tenue par les insurgés, à 150 km à l'est de Tripoli, dans des affrontements et des bombardements, apprend-on de source médicale.
Selon Abdel Basset Abu Zouriq, porte-parole de l'opposition libyenne et interrogé par Al Jazira, la ville de Misrata serait encore sous contrôle des insurgés.
13h20 La Ligue arabe soutient le projet d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, a affirmé le Quai d'Orsay, évoquant des assurances données en ce sens par son secrétaire général Amr Moussa au ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.
12h55 La situation serait critique à Misrata, sur le plan médical. La BBC cite une source selon laquelle les combats auraient duré 8 heures, dimanche. "Trois des sept chars pro-Kadhafi se sont frayé un chemin vers le centre où ils ont été piégés sur une place. Des combats très durs ont alors été engagés. Ce fut un carnage." Dimanche soir, l'ONU avait précisément demandé un accès d'urgence aux victimes "blessées et mourantes" dans cette ville.
12h15 Au moins 12 personnes sont mortes et plus de 50 ont été blessées dans les combats entre pro et anti-Kadhafi dans la localité côtière de Ben Jawad, dans l'Est libyen, selon un nouveau bilan fourni ce lundi de source hospitalière. Un précédent bilan de source médicale faisait état de sept morts.
12h06 L'ONU lance un appel de fonds de 160 millions de dollars pour fournir une aide humanitaire aux victimes du conflit en Libye.
12h03 Un deuxième raid aérien vise Ras Lanouf, ville tenue par les rebelles à l'est du pays, rapporte l'AFP.
11h42 La chaine Al Jazira rapporte que les insurgés ont attaqué ce dimanche les forces pro-Kadhafi, à Az Zintan, ville située à 160 km au sud de Tripoli. Ils auraient arrêté dix fidèles du colonel, dont le chef d'une brigade, qui a été transféré dans un hôpital local, à Moussa Zwaeeb, en raison de blessures graves.
11h28 L'ex-président tchèque Vaclav Havel appelle à une opération militaire des pays occidentaux en Libye, en cas de poursuite de la guerre civile dans ce pays, dans une interview publiée par le quotidien tchéque Hospodarske noviny. Une telle opération "peut avoir différentes formes: aide aux insurgés, blocus de l'espace aérien, ou attaques ciblées contre les endroits où Kadhafi se cache", a-t-il précisé.
11h15 La situation à Misrata?Global Voices a compilé des tweets et des vidéos sur la situation dans la troisième ville du pays, au fil des combats de dimanche. La chaine Euronews publie quant à elle un reportage sur Youtube, retraçant les évènements de dimanche à Misrata.
10h50 Contacts diplomatiques avec l'insurrection? Rome fait "mieux" que Londres L'Italie affirme avoir établi des contacts "discrets" avec le Conseil national libyen formé par les insurgés à Benghazi afin d'aider à la recherche d'une solution à la crise. "Nous avons des contacts meilleurs que les autres" en Libye, ex-colonie italienne, explique le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini.
Une référence à peine voilée au fiasco britannique de ce week-end... Une "petite équipe diplomatique" envoyée à Benghazi "pour établir des contacts avec l'opposition" a "rencontré des problèmes", a reconnu le Foreign Office. En fait, selon l'opposition libyenne, le groupe a été arrêté après son arrivée parce qu'il était venu de manière non officielle et sans aucun accord préalable.
"La mésaventure des SAS", dans le Financial Times, devient "farce" dans les colonnes du Daily Mail et du Guardian. Londres est "rouge de confusion", titre The Times, tandis que le Daily Telegraph déplore cette "humiliation" qui a "permis à Kadhafi de faire un coup de propagande" en assurant à la télévision libyenne que les insurgés étaient alliés avec les gouvernements occidentaux.
10h00 Un raid aérien vise Ras Lanouf. Une explosion suivie d'un nuage de fumée a été vue à environ deux kilomètres à l'est de la ville, dans le désert. Des combattants ripostent en faisant usage de l'artillerie anti-aérienne. Ce port pétrolier stratégique a déjà été visé par deux frappes aériennes dimanche.
8h30 Le bilan s'alourdit à Ben Jaouad. Au moins sept personnes sont mortes et plus de 50 ont été blessées dans les combats entre pro et anti-Kadhafi survenus dimanche dans cette localité côtière, selon un nouveau bilan de source hospitalière. Dimanche, les insurgés espéraient avancer vers l'ouest jusqu'à Syrte mais ont du se retirer de Ben Jaouad et se replier vers l'est contrôlé par la rébellion.
7h15 Pour le colonel Kadhafi, la révolte, c'est la faute d'Al-Qaïda et de la France.
Sur France 24, interrogé sur le soutien de Paris au Conseil national libyen formé par les insurgés à Benghazi, il s'est exclamé: "Ca fait rire, cette ingérence dans les affaires intérieures. Et si nous, nous nous ingérions dans les affaires de la Corse, de la Sardaigne."
Il a ajouté qu'un "complot" était en cours en Libye, évoquant la présence d'"extrémistes armés", de "groupuscules" et "de cellules dormantes" d'Al-Qaïda "qui ont pris les armes contre la police, l'armée". Un argument souvent avancé lors de ses interventions récentes.
Retour sur la journée de dimanche
Bombardements et recul de l'opposition dans l'est, manifestation de "victoire" orchestrée par les pro-Kadhafi à Tripoli: la régime libyen tentait dimanche de reprendre la main. Le point sur les villes disputées.
En Libye, des habitants fuient Ras Lanouf par crainte d'une attaque des pro-Kadhafi
La télévision d'État a affirmé dimanche que le pouvoir avait repris la ville, ce que les insurgés et des journalistes sur place ont contesté.
Deux raids aériens ont visé lundi le port stratégique de Ras Lanouf, tenu par les opposants au régime du colonel Muammar Kadhafi, qui ont répondu en faisant usage de l'artillerie antiaérienne. Le journaliste de l'AFP se trouvant à la périphérie est de la ville côtière a entendu un avion de chasse passer à basse altitude dans un bruit assourdissant et vu un gros panache de fumée à environ 400 mètres du point de contrôle des rebelles et à une cinquantaine de mètres de la principale route du désert.Les avions libyens avaient déjà mené dimanche deux raids sur Ras Lanouf, sans faire de victimes.
Barrage de contrôle
Les habitants quittaient lundi matin la ville par crainte d'attaques des pro-Kadhafi. En moins d'un quart d'heure, une dizaine de voitures ont été vues par des journalistes de l'AFP se dirigeant vers Brega, plus à l'est, contrôlée par les insurgés depuis la semaine dernière. "Nous avons entendu dire qu'ils arrêtaient et enlevaient des gens, et nous devons partir maintenant", a expliqué un père de famille, ses deux enfants installés à l'arrière de la voiture.
Au principal barrage de contrôle de la ville, une quinzaine de combattants équipés de deux armes de défense antiaérienne étaient postés. Le seul hôtel de la ville, occupé principalement par des journalistes, a été évacué, le personnel venant frapper aux portes et criant "urgence, urgence, vous devez partir". Certains habitants tentaient de partir vers l'ouest au-delà de Ben Jawad, une localité reprise samedi par les forces loyales à Muammar Kadhafi, en dépit des mises en garde des rebelles.
12 morts à Ben Jawad
Dans cette localité côtière, au moins 12 personnes sont mortes et plus de 50 ont été blessées dans les combats entre partisans et opposants à Kadhafi, selon un nouveau bilan fourni lundi de source hospitalière.
Les insurgés étaient arrivés samedi à Ben Jawad, d'où ils avaient espéré avancer jusqu'à Syrte, ville natale et fief du colonel Kadhafi, à une centaine de kilomètres plus à l'ouest. Mais des combats ont éclaté dimanche, forçant les insurgés à se retirer de la bourgade.
Sarkozy et Villepin ont pris leur petit-déjeuner à l'Elysée
Dix jours après leurs "retrouvailles", Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin ont pris lundi matin leur petit-déjeuner à l'Elysée pour discuter, officiellement, du sommet européen prévu en fin de semaine à Bruxelles sur la situation en Libye.
Après des années de brouille, ce deuxième entretien en moins de deux semaines a été sollicité par le chef de l'Etat afin de "discuter un certain nombre de sujets importants pour l'avenir de l'Europe et de la France", a assuré dimanche M. de Villepin.
Selon le fondateur du mouvement République solidaire, le rendez-vous devait d'abord porter sur le sommet extraordinaire qui doit réunir à la fin de la semaine les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne (UE) pour faire le point sur la situation en Libye.
Dominique de Villepin a indiqué qu'il comptait en profiter pour évoquer avec Nicolas Sarkozy les questions de politique intérieure, et notamment le débat controversé sur la laïcité et l'islam lancé par l'UMP auquel il s'oppose.
Cet entretien intervient deux jours après la publication d'un sondage détonant qui place la présidente du Front national Marine Le Pen en tête des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2012, devant Nicolas Sarkozy et la patronne du PS Martine Aubry.
MM. Sarkozy et de Villepin se sont revus à l'Elysée le 24 février dernier pour la première fois depuis près de trois ans.
Alain Madelin : " Saurons-nous profiter de l'hypercroissance ? "
Alain Madelin en est persuadé. Dans une dizaine d'années, l'économie connaîtra une très forte croissance. Mais l'ancien ministre se demande si la France saura en tirer profit ?
Et si l'on abandonnait un temps notre quotidien économique morose pour une brève excursion dans un futur somme toute très proche, disons une dizaine d'années, en observant de plus près les tendances lourdes qui, aujourd'hui, dessinent un nouveau monde ? De ce voyage dans le temps et l'espace, on ne peut revenir qu'avec une bonne nouvelle ! C'est une très forte croissance - sinon même une hypercroissance - qui s'annonce. Propulsée par deux puissants turboréacteurs. Le premier, c'est celui de la mondialisation ; celui d'une croissance que nous qualifierons de « ricardienne » en référence au grand économiste britannique du début du XIXe siècle, David Ricardo, et à sa « théorie de l'avantage comparatif ». Sous une forme plus moderne, elle explique une croissance tirée par l'optimisation de l'emploi de talents toujours plus nombreux à l'échelle de la planète.
Le second propulseur, c'est l'innovation. C'est là une croissance « schumpeterienne » en référence au grand économiste autrichien du début du XXe siècle, Joseph Schumpeter, et à ses théories sur l'importance de l'innovation et de la « destruction créative ».
La croissance « ricardienne » d'abord. Elle est à l'oeuvre depuis la chute du mur de Berlin avec l'arrivée, dans les circuits du libre-échange mondial, de plusieurs milliards d'hommes ayant acquis les libertés de produire, d'acheter et de vendre. Alors que la mondialisation semblait laisser l'Afrique à l'écart et buter sur un monde arabo-musulman soi-disant hostile au progrès et à l'ouverture, voici que l'Afrique trouve le chemin de la croissance et que le monde arabo-musulman bascule, donnant un nouvel élan à notre croissance « ricardienne ». Certes, tous nos nouveaux malthusiens expliqueront que nous n'aurons jamais assez d'énergie, de matières premières, de nourriture pour supporter une telle croissance. Et qu'au surplus celle-ci menace la survie même de notre planète au travers du réchauffement climatique. Mais, une fois encore, n'en doutons pas, les sombres prévisions malthusiennes seront déjouées comme elles l'ont toujours été dans le passé par le progrès et l'innovation. D'autant qu'une vague de croissance innovatrice sans précédent s'annonce.
La croissance « schumpeterienne » ensuite. Dans les laboratoires de recherche des universités ou des entreprises, dans les cartons des ingénieurs, de fabuleux projets se préparent. Nous sommes au pied d'un Himalaya de progrès scientifiques et techniques et nous n'avons encore grimpé que de quelques mètres.
Après la civilisation rurale et la civilisation industrielle, voici la troisième grande vague de l'histoire de l'humanité, celle de la civilisation ouverte du savoir numérique. Avec, devant nous, l'augmentation faramineuse des puissances de calcul, de la capacité des mémoires, l'extrême miniaturisation des processeurs, l'extension de la connexion des personnes et celle aussi des objets et des machines.
Devant nous aussi, la « robolution », celle des usines (et la « robocalisation »), celle aussi de notre vie quotidienne. Les nanotechnologies qui dessinent de nouveaux matériaux et de nouvelles formes de vie atome par atome. La révolution des nouvelles énergies, celle de l'énergie solaire, des piles à combustible, de la production de « pétrole bleu » à partir d'énergie solaire de phytoplancton et de gaz carbonique...
Devant nous encore, l'exploration par la science des frontières du vivant avec la nouvelle chimie, la biologie synthétique permettant de créer des micro-organismes génétiquement modifiés pour produire carburants ou médicaments. Les neurosciences encore qui nous apprennent à mieux connaître notre cerveau, à mieux l'utiliser, ou le remplir. À le réparer aussi.
Devant nous toujours, les progrès de la génétique. De la médecine prédictive à la médecine moléculaire, de la thérapie génique à la reconstruction réparatrice de l'homme. Avec tous les défis de l'allongement de la vie et les questions éthiques que poseront les manipulations génétiques qui prétendront à l'amélioration de l'espèce humaine elle-même. Voilà qui donne le vertige.
D'autant que ces inventions - et bien d'autres encore que l'on ne saurait imaginer aujourd'hui - commenceront à se croiser et à se fertiliser mutuellement dans la décennie 2020-2030. Une décennie fabuleuse et déjà si proche.
Mais qui dit croissance « schumpeterienne » signifie qu'à côté de ce processus de création existe un processus de destruction des activités dépassées par le progrès. Car l'invention de l'un (le photocopieur) est la ruine de l'autre (le papier carbone).
Or, nous savons que sur le marché politique de nos vieux États providence, les forces du passé savent se faire entendre. Que le coût de l'argent artificiellement bas freine la nécessaire destruction des vieilles activités moins compétitives pour transférer vers d'autres secteurs plus prometteurs le capital et les talents.
Dans le climat frileux et anxiogène de la France d'aujourd'hui, la tendance est forte à protéger le passé par rapport au futur, à favoriser les rentes et à pénaliser les talents. Notre classe politique, toutes tendances confondues, a les yeux de Chimène pour les politiques malthusiennes et keynésiennes. Nous restons le pays de Méline, de Maginot et du principe de précaution, à l'antipode des croissances « ricardienne » et « schumpeterienne ». Si nous avons d'indiscutables atouts, il nous faudra encore une vraie révolution culturelle et politique pour que nous puissions tirer parti de l'hypercroissance du nouveau monde.
L'ONU et Washington accentuent la pression sur Kadhafi
L'Organisations des Nations unies a demandé, dimanche, un "accès urgent" aux victimes des bombardements menés par le régime du colonel Mouammar Kadhafi dans la ville de Misrata, 150 km à l'est de Tripoli. Dans un communiqué, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, "observe que les civils subissent l'essentiel des violences, et appelle à un arrêt immédiat de l'usage disproportionné de la force et des attaques aveugles contre des cibles civiles de la part du gouvernement". Ban Ki-moon "souligne que les auteurs de violation du droit humanitaire international ou de crimes graves devront répondre de leurs actes".
Le Croissant-Rouge à Benghazi rapporte que Misrata "est attaquée par les forces gouvernementales et que le Croissant-Rouge libyen tente d'y envoyer des ambulances depuis Tripoli pour récupérer les morts et les blessés", selon un communiqué du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA). A Misrata, troisième ville du pays, un habitant et un insurgé ont déclaré par téléphone à l'AFP que la ville était contrôlée par l'insurrection, malgré une offensive gouvernementale à l'arme lourde. "Les chars tirent des obus sur le centre-ville", a expliqué cet habitant.
MISSION DIPLOMATIQUE
Dans son communiqué, Mme Amos se dit "très inquiète de ce qui se passe actuellement dans l'ouest de la Libye". Actuellement en visite à la frontière entre la Tunisie et la Libye, confrontée à un afflux massif de réfugiés, elle a par ailleurs remercié les autorités tunisiennes pour avoir permis à plus de 100 000 personnes de fuir la Libye et de passer en Tunisie, où un pont aérien a été mis en place depuis jeudi pour les rapatrier vers leur pays. L'afflux de réfugiés à la frontière s'est réduit à quelques centaines par jour, contre ving mille la semaine passée.
Le secrétaire général de l'ONU a confié à Abdelilah Al-Khatib, ancien chef de la diplomatie jordanienne, la tâche d'"engager des consultations urgentes avec les autorités de Tripoli et de la région sur la sitation humanitaire". Ban Ki-moon s'est entretenu dans la journée avec le ministre des affaires étrangères libyen, Moussa Koussa, enjoignant aux autorités de Tripoli d'"assumer la responsabilité qui est la leur de protéger les citoyens de leur pays et de tenir compte des aspirations légitimes du peuple libyen à vivre dans la dignité et la paix".
DÉBATS À WASHINGTON
A Washington, les appels en faveur d'un soutien militaire aux rebelles libyens opposés au régime de Mouammar Kadhafi se multiplient. A ce stade, l'administration Obama se montre prudente, examinant "toutes les options", y compris militaires, et réitérant ses appels au départ du colonel Kadhafi. Mais la secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, a reconnu cette semaine que les Etats-Unis étaient encore "loin d'une décision" sur l'opportunité d'instaurer une zone d'exclusion aérienne en Libye.
Dimanche, la pression est montée d'un cran sur le président Barack Obama. A l'instar de l'influent sénateur républicain John McCain, pour qui une zone d'exclusion aérienne permettrait d'"envoyer un signal" de fermeté au dirigeant libyen, le sénateur démocrate John Kerry a estimé qu'une telle zone devait être décrétée pour empêcher l'aviation libyenne de s'en prendre aux rebelles et à la population civile. "La dernière chose que nous voulons est une intervention militaire, mais je ne considère pas que la zone d'exclusion en constitue une", a affirmé sur CNN M. Kerry, président de la commission des affaires étrangères du Sénat. "Nous ne voulons pas de troupes sur le terrain, ils ne veulent pas de [nos] troupes sur le terrain", a-t-il convenu, tout en précisant qu'il y avait d'autres moyens de montrer la puissance américaine pour faire plier Mouammar Kadhafi.
Quatre avions de transport C-130 états-uniens évacuent des Egyptiens réfugiés à la frontière tunisienne, et deux navires militaires se trouvent en Méditerranée avec 1 200 marines à leur bord. Les forces de Kadhafi "ne vont pas cesser de retourner la question dans leur tête, 'que peuvent-ils faire d'autre'" que d'apporter de l'aide humanitaire, a estimé le sénateur Kerry. "Je suppose que de nombreuses armes vont trouver leur chemin [vers la Libye] d'une manière ou d'une autre au cours des prochaines semaines", a-t-il ajouté, sans plus de précision. L'ancien gouverneur démocrate du Nouveau-Mexique et proche de l'administration Clinton, Bill Richardson, s'est montré plus direct en soutenant dimanche qu'il était temps d'"armer secrètement les rebelles". Tout comme l'ancien conseiller à la sécurité nationale de George W. Bush, Stephen Hadley, pour qui Washington doit s'impliquer plus avant, y compris en armant les insurgés, qui ont cédé du terrain dimanche face à une contre-offensive et des raids aériens des forces loyales au colonel Kadhafi.
La Libye des Kadhafi rend le suivi de l'actualité tellement compliqué qu'on en viendrait vite à décrocher. Les médias sont tentés de battre en retraite, de crainte de lasser le public. Pourtant les révolutions démocratiques ne peuvent nous laisser de marbre. À cause de cette phrase du « Guide » Muammar Kadhafi à des journalistes français : « C'est moi ou Al Qaida » ( le JDD du 6 mars). Il résume ainsi toute l'ambiguïté des relations entre l'Occident et les pays arabes présumés stables. Son voisin égyptien aurait pu en dire autant. Mais il n'avait pas l'impertinence du maître de la Libye - qu'il dirige depuis 1969, il avait alors 27 ans ! Les jeux de dupes, ça le connaît. L'insolence, c'est le sceau du colonel. Ainsi différencie-t-il la Libye de ses voisins de Tunisie et d'Égypte : « Je n'ai pas de pouvoir comme en avaient Ben Ali ou Moubarak (...) C'est le peuple qui décide. » Dans le même temps, leurs mercenaires et/ou l'armée bombardent les opposants qui tentent de contrôler des villes. Les intentions internationales se dévoilent peu à peu. Les États-Unis ne sont plus dirigés par George W. Bush l'antiterroriste, mais leur armée est sur le pied de guerre. L'odeur du pétrole ou celle de Ben Laden ? Le ministre italien de l'intérieur a déclaré : « Nous devons nous assurer que la Libye ne devienne pas un nouvel Afghanistan, mais il faudrait que les Américains se calment ». Autrement dit : l'Europe doit se charger de la montée du fondamentalisme islamiste à sa porte. C'est de toute façon elle qui accueillera les flots de réfugiés. Mais en a-t-elle seulement les moyens ? Au Caire hier, Alain Juppé, notre ministre des Affaires étrangères, s'est opposé à une intervention militaire. Il préférera soutenir le nouveau conseil national libyen. La voie politique est-elle plus sage, plus naïve, plus efficace que le choix des armes ?
Evidemment, c’est un petit tsunami mais, franchement, on l’avait vu venir.
Le sondage qui a placé Marine Le Pen en tête des intentions de vote pour le 1 er tour de la présidentielle est le fruit mûr d’un climat à la fois anxiogène et exaspéré, entretenu par la crise économique, les bouleversements historiques en Afrique du Nord, les affaires, les vacances de MAM, les scandales du PS dans les Bouches-du-Rhône et le discours politique inquiétant décliné par l’Elysée depuis de longs mois.
La crainte de l’insécurité, complaisamment scénarisée par le pouvoir, le rejet des Roms, désignés à la vindicte populaire au cœur de l’été, l’appréhension d’une vague d’immigration venue du sud de la Méditerranée, la stigmatisation de l’islam, qui mettrait en péril l’identité nationale: quand on fait, en permanence, la promotion des idées et des produits du Front national, il ne faut pas s’étonner que l’opération profite au final à sa représentante la plus authentique.
«On préfère toujours l’original à la copie», a toujours raillé Jean-Marie Le Pen. Sa fille ramasse d’autant mieux la mise qu’elle a du talent, ne fait pas peur et, contrairement à son géniteur, contrôle ses pires dérapages.
Quoique... hier elle ait failli glisser vers l’outrance paternelle en faisant le rapprochement entre les dirigeants usés du Maghreb et ceux de la France.
Les 23% de la nouvelle présidente du Front comptabilisent le double échec moral et stratégique du chef de l’Etat. On pourrait faire, cruellement, un cinglant bilan churchillien du jeu de Nicolas Sarkozy. Non seulement il a reperdu toutes les voix d’extrême droite qu’il avait siphonnées en 2007, mais c’est son propre électorat qui est à son tour happé par les pompes aspirantes du FN.
Le phénomène était prévisible et annoncé, pourtant. La compromission idéologique se retourne presque toujours contre celui qui l’initie.
Paniquée -on le serait à moins- la majorité UMP peut quand même relativiser l’importance de ce coup de semonce. 14 mois c’est encore loin, effectivement, et Nicolas Sarkozy va forcément réagir.
Ce premier sondage lui-même, qui ne prend en compte que l’hypothèse la plus défavorable à l’UMP et au PS (pas de DSK à gauche et un Villepin handicapant à droite), est sujet à caution. S’il a atteint son objectif -créer un énorme buzz- il appartient à cette catégorie d’enquêtes bas de gamme et aux résultats éphémères qui inondent les médias.
La campagne promet d’être exaspérante si elle est polluée, à raison d’une vingtaine par semaine, par ces «tests» sensationnels, pas toujours honnêtes et parfois contradictoires, qui manipulent l’actualité et dévoient le débat.
Votée à l’unanimité par le Sénat, la proposition de loi qui doit faire le ménage dans le cirque sondagier est sur le bureau du président de l’Assemblée nationale. Trop tard...
Si vous avez du pétrole, vous pouvez acheter la tranquillité de votre peuple. Si votre légitimité est d'ordre dynastique, vous êtes moins vulnérables que si tel n'est pas le cas. » Au fil des semaines qui passent, de telles hypothèses considérées hier comme allant presque de soi semblent avoir perdu de leur autorité. La Libye pas plus que le Bahrein et même dernièrement le Sultanat d'Oman n'échappent à la vague de contestation. Le pétrole n'est pas seulement une « malédiction » pour les pays producteurs - à l'exception notable de la Norvège -dans le sens où sa possession encourage toutes les formes de corruption sinon de paresse. L'argent du pétrole ne suffit pas non plus à garantir la stabilité politique de pays dont les habitants veulent être traités comme des citoyens et pas comme des serfs, sans avenir et sans espoir.
Les leçons de la Libye et de Bahrein sont particulièrement importantes pour un pays clef de la région, l'Arabie saoudite. Les frustrations économiques et sociales renvoient à des revendications proprement politiques. « L'homme ne vit pas que de pain. » Les milliards mis de côté par le roi d'Arabie saoudite pour « acheter » au prix fort la paix sociale et politique ne peuvent suffire. Pour des pays aussi divers que l'Arabie saoudite ou le Maroc, la clef de la survie de la monarchie passe par une réforme politique profonde. Le « système Khadafi » en Libye ne pouvait en aucun cas être réformé, sa famille étant aussi dysfonctionnelle que le colonel lui-même. Tel n'est pas fatalement le cas de l'Arabie saoudite ou du Maroc. La dynastie saoudienne a surmonté successivement le défi du panarabisme de l'Egypte de Nasser et les tentatives de l'Iran des ayatollahs pour exporter leur révolution. Pour ce faire, la monarchie saoudienne s'est appuyée bien sûr sur les revenus du pétrole, sur l'alliance privilégiée avec les Etats-Unis, sans parler de l'intervention des gendarmes français à La Mecque en 1979. Mais elle s'est appuyée plus encore sur une légitimité d'ordre monarchique et religieux à la fois, sur l'alliance qui existe entre « la Maison de Saoud » et les autorités religieuses Wahhabites. Certes, cette alliance est source d'ambiguïté. Elle fonde le contrat social qui existe entre la monarchie et le peuple saoudien, mais elle rend aussi toute évolution difficile. L'Arabie saoudite a terriblement besoin de ré-formes politiques, de réformes sociales et culturelles. La condition des femmes y est non seulement inacceptable : elle constitue pour le devenir du pays un grave handicap. De la même manière, des réformes de la justice et de l'éducation s'imposent avec urgence. Le pétrole fournit de la richesse, mais ne crée pas d'emplois. La jeunesse saoudienne a besoin elle aussi de dignité, de respect, d'espoir. La stabilité de l'Arabie saoudite, tout comme celle de la Jordanie ou du Maroc passe par une réforme institutionnelle profonde. La solution est claire, elle paraîtrait presque de bon sens à un Européen du Nord : une forme de monarchie constitutionnelle adaptée bien sûr aux besoins et aux cultures locales. A terme, en effet, ce système peut sembler pour ces pays de tradition monarchique comme la forme la moins vulnérable, et donc la plus moderne de régime. Un tel système permet, sur le papier au moins, de distinguer entre le détenteur symbolique du pouvoir et son détenteur réel, évitant ainsi une centralisation certaine et excessive du pouvoir, source de fragilité. La monarchie persiste comme source de légitimité, mais elle s'autolimite pour survivre. Montesquieu écrivait hier les « Lettres persanes » pour faire réfléchir les Européens sur eux-mêmes. Plus de deux siècles plus tard, la lecture de Montesquieu s'imposerait-elle aux monarques présents d'Arabie et du Maghreb ? Une telle évolution est sans doute nécessaire, mais est-elle vraiment possible ? Prendre ses distances avec les autorités religieuses pour faire avancer la société sur le chemin des réformes et de la modernité est-il compatible avec le maintien de la légitimité religieuse, quasi sacrée du monarque ? La voie est certes étroite, mais y en a-t-il d'autres ?
Une telle transformation suppose des monarques éclairés et volontaires. Sur ce plan, pour des raisons d'âge et de santé, on pourrait légitimement être plus inquiet pour l'Arabie saoudite que pour le Maroc ou la Jordanie.
C'est un petit carré de silicium d'un centimètre de côté qui contient le monde entier. Plus d'un milliard de transistors sous sa surface, serviteurs dociles de l'homme pour commander à la machine. Supprimez-les et la société moderne décervelée s'effondra d'elle-même : plus d'ordinateurs, de téléphone, d'avions, de voitures, d'Internet, d'usines, d'hôpitaux. Ce secteur relativement modeste, de l'ordre de 300 milliards de dollars de chiffre d'affaires dans le monde tient sur ses épaules près de 10 % de l'économie mondiale. C'est ce que l'on appelle une technologie clef, comme l'a été la sidérurgie aux XIX e et XX e siècles, au même titre que la science des matériaux ou les biotechnologies. Tous les Etats du monde tentent de les maîtriser, peu y parviennent sur le long terme.
Car outre leur aspect « stratégique », ces briques de base de la société moderne partagent deux caractéristiques fondamentales : elles sont en évolution constante et les coûts de production s'envolent à chaque nouvelle génération. Une usine de production de semi-conducteurs coûtait 70 millions de dollars d'investissement en 1980, contre 4 milliards aujourd'hui et 10 milliards de dollars en 2020. Le prix de trois centrales nucléaires pour une installation qui sera obsolète en moins de dix ans.
Qui pourra alors se payer de telles usines ? Actuellement, seul l'américain Intel, assis sur la rente du PC, en a réellement les moyens. Deux spécialistes s'accrochent, le coréen Samsung dans les mémoires et le taïwanais TSMC dans le travail à façon. Les autres, japonais ou européens n'auront bientôt plus la capacité de suivre. Le seul choix qui s'offre à eux est d'abandonner leurs usines pour ne faire que de la conception ou mutualiser leurs moyens de production, voire fusionner comme le font les japonais. C'est là que l'on rejoint la géopolitique. L'électronique est l'un des rares domaines de la haute technologie où l'Europe dispose encore de toute la chaîne de valeurs, du constructeur de machines aux grands électroniciens comme STMicroelectronics ou Infineon en passant par des pôles de niveau mondial comme à Grenoble ou Dresde. Abandonner une telle filière aura des conséquences en termes de capacité de recherche mais aussi de compétitivité de toutes les industries en aval. Ici aussi, l'Europe n'a pas d'autre choix que celui de l'union. Si elle veut encore exister sur le plan industriel, elle doit tout mettre en oeuvre pour sauver sa filière électronique. Et pour une fois, il n'est pas trop tard.















