mercredi 5 janvier 2011
A Beyrouth, un café symbole ferme ses portes, emportant souvenirs et poésie
Près d'un siècle après son ouverture dans un quartier traditionnel de Beyrouth, le "Café des glaces", sorte de Deux Magots libanais, ferme ses portes, emportant des souvenirs de débats politiques, de guerre civile, et un certain parfum de poésie.
Le café, hérité de père en fils, était exploité par Angèle Abi Haidar, 50 ans, jusqu'à ce qu'elle perde une bataille judiciaire au profit du propriétaire de l'immeuble qui abrite ce local aux vitres décorées d'enluminures et aux dalles peintes importées d'Italie au début du XXe siècle.
Aujourd'hui, elle ne détient plus que le nom du café.
"L'histoire de ce café est intimement liée à celle de Beyrouth", raconte à l'AFP Mme Abi Haidar, assise dans le "Café des Glaces", nommé ainsi en raison de ses nombreuses vitres, et qui s'éteindra le 10 janvier.
Sur ses tables en marbre et ses chaises en paille, d'éminents hommes politiques de différents bords et confessions, dont des présidents de la Républiques et des chefs de puissants partis, ont conversé et négocié des accords secrets au cours des révoltes, des tentatives de coup d'Etat ou des crises qui ont secoué le pays.
Des intellectuels et des poètes passaient également des heures à exposer leurs théories ou à écrire des vers.
Puis ce fut le temps des divisions, lorsque la guerre civile (1975-1990) embrasa le pays.
"La ligne de démarcation qui coupait Beyrouth en deux parties (musulmane et chrétienne) était tout près. La plupart des habitants de Gemmayzé avaient quitté le quartier, mais mon père ouvrait chaque jour", se souvient Mme Abi Haidar.
"Quand les bombes pleuvaient, le peu de clients qui s'y trouvaient se ruaient vers la cuisine pour s'y cacher, puis, quand le calme revenait, ils revenaient à leur table!", se rappelle-t-elle encore.
Elle qui a été bercée par le son du trictrac, du flacon d'eau des narguilés et les chansons de la diva libanaise Feirouz, a pu sauver des souvenirs mais pas le café, dont le style tranche avec celui des bars et pubs voisins. Le "Café des glaces" est l'un des rares à Gemmayzé à offrir encore mezzés et narguilés.
Après des années de procès, elle se dit fatiguée. "Les restaurants et les pubs qui ouvrent maintenant à Gemmayzé nécessitent des investissements à hauteur d'un million de dollars, je ne peux pas me permettre cette somme", dit-elle, résignée.
La rue Gouroud est devenue la première destination pour les soirées beyrouthines, propulsant le prix de l'immobilier à des chiffres astronomiques.
Un client, Tarek Allaouiyeh, 34 ans, venu déguster un repas pour la dernière fois, est dépité. "On privilégie les investissements à la culture", lance-t-il.
Sur les murs de Gemmayzé, de petites affiches ont été placardées sur lesquelles on peut lire "Goodbye Gemmayzeh Cafe". Un concert sera organisé mercredi soir pour une soirée d'adieux.
Le propriétaire de l'immeuble, Massoud Renno, assure qu'il ne compte pas détruire le café mais le louer à un prix supérieur.
Mais pour Giorgio Guy Tarraf, de l'association "Save Beirut Heritage", "le patrimoine n'est pas uniquement de belles pierres anciennes. C'est également des souvenirs, des gens, des lieux".
Laurent Gbagbo aurait voulu tuer Alassane Ouattara
Un ancien diplomate français assure que Laurent Gbagbo aurait tenté de faire tuer Alassane Ouattara en 2002.
Les mots du diplomate française sont choisis avec précision. Leur portée est importante. Selon cet émissaire de la France en poste en Côte d'Ivoire, cité par Libération, Laurent Gbagbo aurait tenté d'assassiner Alassane Ouattara en 2002, celui-là même qui aujourd'hui conteste le pouvoir en place et demande au président sortant de respecter le vote des électeurs ivoiriens.
Le diplomate assure que Laurent Gbagbo aurait profité de la rébellion de 2002 pour exécuter certains de ses opposants. A cette époque, le diplomate aurait hébergé Alassane Ouattara. « Les hommes de la présidence voulaient (l') assassiner au prétexte qu'il fallait éliminer tous ceux qui, selon eux, pouvaient être liés aux rebelles », assure-t-il.
Paris n'a pas pas réprimé le régime ivoirien, le ministre des Affaires Étrangères de l'époque, Dominique de Villepin, espérant pouvoir « raisonner Laurent Gbagbo et lui imposer une solution à la crise en relâchant la pression sur lui et en fermant les yeux sur ses exactions ». Une politique qui fut un échec.
Islam et intégration : le constat d'échec franco-allemand
L'installation durable des musulmans dans les sociétés européennes suscite régulièrement des débats sur la "compatibilité" de l'islam avec les démocraties occidentales. Ces derniers mois, elle a aussi nourri un discours, porté par les extrêmes-droites européennes, prompt à dénoncer "l'islamisation" des pays européens. Un sondage IFOP, réalisé en décembre 2010 en France et en Allemagne, et révélé en exclusivité par Le Monde, illustre la crispation des opinions publiques française et allemande sur les différences culturelles et religieuses liées à l'islam et leurs inquiétudes croissantes face à la possible intégration des populations musulmanes à leur société respective.
Ainsi, 42 % des Français et 40 % des Allemands considèrent la présence d'une communauté musulmane comme "une menace" pour l'identité de leur pays tandis que 68 % des premiers et 75 % des seconds estiment que les musulmans ne sont "pas bien intégrés dans la société". Les raisons avancées pour expliquer cet échec débordent les explications socio-économiques généralement admises et mettent en avant un fossé grandissant sur les valeurs.
Interrogés sur le port du voile islamique dans la rue ou la construction de mosquées, les sondés se montrent plus inquiets que par le passé. Cette perception traverse l'ensemble des générations et des courants politiques, même si en France on note un clivage sur certains points entre les plus jeunes et les plus âgés et entre les électeurs de droite et de gauche.
Stéphanie Le Bars
Que sera l'année politique 2011 ?
envoyé par lemondefr. - Regardez les dernières vidéos d'actu.
Si 2011 ressemble à 2010, vous pouvez arrêter de vous faire du souci. Quasiment tout a grimpé en 2010 -- à part l'immobilier.
Les actions ont grimpé. Même les obligations US ont grimpé.
C'est notre investissement préféré -- l'or -- qui a grimpé le plus. Il a terminé l'année à des sommets record, nous donnant un gain de près de 30%.
Mais attendez. Faut-il parier sur les actions et l'or ? L'or fera-t-il aussi bien en 2011 ? Les actions grimperont-elles une année supplémentaire ?
Pensez-vous sérieusement que nous avons les réponses à ces questions ?
On ne peut pas savoir ce qui se passera. Les prédictions n'ont aucune valeur. Nous allons donc vous donner des Prédictions-Plus. Qu'est-ce qu'une prédiction-plus ? C'est mieux qu'une prédiction : il s'agit des choses qui ne se produiront probablement pas, mais auxquelles vous devriez vous préparer malgré tout. Les choses que vous devriez croire même si elles ne sont pas vraies.
Non, vraiment, c'est ainsi que fonctionnent toutes les choses de la vie. Sérieusement. Vous rencontrez une jolie fille. Peut-être que vous deviendrez très proches. Peut-être que vous l'emmènerez en week-end... comme un politicien bien connu. Cela pourrait être très amusant. Il est très probable que votre femme n'en sache jamais rien. Mais vous feriez mieux de croire qu'elle découvrira tout dès le lendemain !
Ou imaginez que vous envoyiez une fausse déclaration d'impôts de manière à obtenir un remboursement. Vous vous en tireriez probablement -- c'est une prédiction. Mais voici une prédiction-plus : vous serez contrôlé avant la fin de la semaine !
De la même manière, il y a des prédictions-plus dans le domaine de la finance. Qu'est-ce qui est le plus probable en 2011 ? Une répétition de 2010. C'est ce qu'on obtient généralement.
Mais ce n'est pas là la meilleure chose à croire ou la meilleure manière de se positionner. Tout le monde parie sur une hausse des prix des actions, une hausse des prix de l'or... et une hausse d'à peu près tout.
L'argent, c'est dans les prédictions-plus qu'on le gagne : en pariant le contraire.
▪ Voici notre vieil ami Marc Faber avec l'une de ces prédictions. De Bloomberg :
"Marc Faber, qui a conseillé aux investisseurs d'acheter des actions américaines en mars 2009 alors que l'indice Standard & Poor's 500 entamait un rebond de près de 86%, a déclaré que les bons du Trésor US étaient un investissement 'suicidaire'."
"Les obligations gouvernementales vont probablement décliner, a déclaré Faber, qui publie le Gloom, Boom & Doom Report. Après avoir atteint un plancher en décembre 2008, le rendement du 10 ans a grimpé jusqu'à 3,9859% en avril, suite à des mesures gouvernementales destinées à stimuler l'économie. Les inquiétudes concernant une deuxième récession en trois ans ont fait baisser les rendements tout au long du mois d'octobre".
"'C'est un investissement suicidaire', a déclaré Faber durant un entretien par téléphone depuis St. Moritz, en Suisse. 'Au fil du temps, les taux d'intérêt sur les bons du Trésor US vont augmenter. Les investisseurs comprendront progressivement que la Réserve fédérale veut avoir des taux d'intérêt réels négatifs. Le pire investissement, ce sont les obligations américaines de long terme'."
"Les rendements de la note du Trésor US à 10 ans grimperont à 5%, par rapport aux précédents niveaux de 3,349%, déclare Faber, sans préciser de délai. A mesure que les obligations chuteront au cours de la prochaine décennie, il a déclaré que les investisseurs devraient acheter des métaux précieux, de l'immobilier ou des valeurs boursières. La dette américaine est revenue à 5,7% en 2010, faisant plus que rattraper la perte de 3,7% de l'année passée, selon un indice Bank of America Merrill Lynch".
"'Si l'on imprime de l'argent, la devise baisse et le S&P 500 grimpe', a-t-il dit. 'D'ici la fin 2011, les gens se prépareront pour 2012, en pensant que ce pourrait être une très mauvaise année parce que les politiques appliquées sont insoutenables et créent beaucoup d'instabilité. Les investisseurs pourraient contempler 2012 et 2013 avec horreur'."
La Grande correction pourrait faire des obligations un bon achat en 2011. Mais c'est un mauvais pari. Voici donc une prédiction-plus : le marché obligataire craquera en 2011.
Et les actions ? Eh bien, nous allons devoir garder ça pour demain...
Protéger : c’est le nouveau verbe fétiche de Nicolas Sarkozy. Il l’a conjugué pas moins de six fois lors de son allocution de Nouvel An, le déclinant en outre deux fois sous la forme du substantif « protection ». Après avoir réussi, non sans mal — notamment pour sa cote de popularité — la nécessaire réforme des retraites, le chef de l’État veut troquer, dans cette année préélectorale, le costume de l’omniprésident hyperactif pour celui, plus rassurant, de protecteur de la nation.
L’instauration d’une couverture de la dépendance devrait se prêter à cette posture. Plus d’un million de Français ont perdu leur autonomie, et leur nombre ne cessera d’augmenter avec le vieillissement de la population. Aussi, Nicolas Sarkozy compte-t-il ouvrir un chantier consensuel.
Il risque de déchanter, car le dossier est plus que délicat. Il faudra trouver des milliards d’euros pour financer les maisons de retraite ou le maintien à domicile des personnes âgées. Qui paiera ? D’une façon ou d’une autre, ce seront les Français qui travaillent, et tout particulièrement les classes moyennes. On se souvient du mécontentement et de la pagaille provoqués en 2005 par la première Journée de solidarité, consistant à travailler gratuitement le lundi de Pentecôte pour alimenter une nouvelle caisse déjà dédiée aux personnes dépendantes. Cette Journée de solidarité avait sonné le glas du gouvernement Raffarin.
Le financement futur ne sera pas moins douloureux. L’État, qui tente d’apurer ses comptes, n’aura pas un centime vaillant à mettre dans l’escarcelle ! Même si on imagine mal des manifestations monstres comme pour les retraites, le chantier de la dépendance s’annonce rugueux. La gauche dénonce déjà la volonté du gouvernement de faire appel aux assurances privées, ce qui sera probablement incontournable.
Nicolas Sarkozy avait promis, en 2007, la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale. Roselyne Bachelot, la nouvelle ministre des Solidarités, ne s’engage pas dans cette voie avec un enthousiasme démesuré. Elle remarque que cette cinquième branche ne pourrait être mise en place qu’après la présidentielle de 2012. Mais ce délai, obligé, pourrait justement faire l’affaire du chef de l’État : son « année » utile serait celle de la concertation, la facture n’étant présentée que par la suite.
Les dirigeants de Stocamine avaient promis, à la rentrée de septembre, de désormais faire preuve de « transparence ». Force est de constater qu’ils ont tenu parole, hier, en ouvrant la porte de l’ascenseur du puits Joseph à la presse. La visite a pris trois heures, selon un circuit certes décidé par l’entreprise, mais elle aurait pu durer deux fois plus longtemps si la demande avait été formulée. Surtout, les journalistes ont pu tout voir : le sas du fameux bloc 15, les fûts corrodés, les big bags endommagés… Le délégué mineur, Francis Hamerla (CGT) s’est d’ailleurs invité à cette visite, avec son suppléant Thierry Lap. Le délégué du personnel de Stocamine, Jean-Pierre Hecht, n’a en revanche pas été convié. Est-ce parce que les premiers doutent, comme la direction de l’entreprise, de la possibilité de déstocker alors que le dernier a rejoint le collectif Destocamine réclamant l’extraction des déchets ? Et pourquoi Alain Rollet refuse-t-il que les experts de l’Ineris présentent leurs travaux à la presse ? Visiblement, la transparence a des limites.
L’Europe est gravée dans nos pierres
Le rêve moderne de l'union politique européenne entre dans ses jours les plus sombres. Les eurosceptiques disent qu'il n'y a rien d'étonnant à cela, et ils sont réalistes, mais rien n'est plus irréel que l'illusion qu'un pays européen, et encore moins le nôtre, peut revendiquer une histoire davantage centrée sur lui-même, en marge de la grande histoire du continent. Car l'Europe se construit une culture commune depuis au moins mille ans.
Une histoire culturelle commune
La première Union européenne se donna le nom de "Chrétienté" et créa au XIe siècle un style d'art, d'architecture et de philosophie commun qui dépassait les frontières des Etats naissants. L'architecture se déploya comme une rosace depuis sa source à Paris et irradia dans toute l'Europe. Qu'est-ce qui est plus réel pour nous aujourd'hui : les faits et gestes des rois anglais du Moyen Age ou l'élégance des arcs-boutants gothiques de la cathédrale d'York ? Les anecdotes des politiques nationales que les eurosceptiques tiennent pour la véritable histoire de notre île sont bien fades comparées aux splendeurs toujours vivantes de notre histoire culturelle européenne.La révolution culturelle européenne qui suivit, la Renaissance, fut encore plus cosmopolite. Aux XVe et XVIe siècles, les intellectuels européens redécouvrirent un patrimoine gréco-romain classique commun. La Renaissance se répandit comme une traînée de poudre dans toute la région. A l'abbaye de Westminster, un sculpteur florentin, Pietro Torrigiano, mettait des chérubins dorés sur le tombeau d'Henri VII pendant qu'à l'autre bout de l'Europe, le roi de Hongrie Mathias Corvin recevait en cadeau un buste d'Alexandre le Grand provenant de Florence. Un voyageur comme Erasme pouvait aller à Rome, Bâle et Londres et trouver partout des amis qui comprenaient ses plaisanteries. Un tableau résume tout cela : le chef-d'œuvre de Titien, l'Enlèvement d'Europe, une vision du mythe qui a donné son nom à l'Europe, peint à Venise pour le roi d'Espagne.
L'Union européenne actuelle ne parvient pas à se laisser porter par l'énergie de cette histoire culturelle commune. Le site Web de l'UE s'appelle bien Europa, mais au lieu du tableau de Titien, sa page d'accueil offre un néant de banalité bleue. Pourquoi ne puisons-nous pas davantage dans l'unité culturelle de l'Europe ? Peut-être parce que le vin de Bacchus qui peut nous faire parler avec enthousiasme de notre identité commune est aussi dangereux. Pour être juste, toute célébration des joyaux esthétiques de l'Europe doit inclure le patrimoine musulman, qui dialogue avec les sources chrétiennes et classiques de l'art européen depuis le début du Moyen Age. Les voûtes en éventail des cathédrales gothiques anglaises, par exemple, ont été influencées par les mathématiques arabes, ainsi que la découverte de la perspective à la Renaissance.
Tout cela peut sembler trop beau pour être vrai. Comme si, sous la violence sanglante qui marque le quotidien du passé européen, sous les divisions de la Réforme et la montée du nationalisme, le continent n'avait cessé de construire une communauté culturelle secrète. Une rose secrète qui, miracle des miracles, embrasse également toutes les autres cultures. C'est pourtant la réalité historique. Pour chaque force politique de division apparue dans l'histoire de l'Europe, il y a eu une force culturelle unificatrice.
La pluralité dans l'unité
Tous les mouvements européens en art et en architecture que nous chérissons aujourd'hui et qui alimentent nos musées, nos collections et nos salles de concert sont justement cela : des mouvements européens. Les styles baroque et rococo, les révoltes néo-classique et romantique, le réalisme au XIXe siècle et le modernisme à l'aube du XXe ont jeté des ponts entre les artistes, les intellectuels et les publics de la Pologne au Danemark. Même l'engouement du XIXe siècle pour l'identité nationale n'a pu mettre un terme à l'histoire de la culture commune de l'Europe, puisque le nationalisme lui-même est une idée européenne commune, et le goût romantique de cette période pour le paysage et la poésie s'est répété d'une capitale à une autre aussi inexorablement que les mythes classiques s'étaient propagés dans l'Europe de la Renaissance. Cette culture commune est peut-être aujourd'hui à deux doigts de faire sa plus grande avancée depuis Copernic (qui vivait en Europe centrale et dont les observations ont été mises à l'épreuve par Tycho Brahe à Copenhague, défendues par Galilée à Rome et confirmées par la Société royale d'Angleterre), lorsque le Grand collisionneur de hadrons du Cern fera une découverte majeure.Les Européens qui croient en une identité commune vont d'ici peu devoir se lever et célébrer la richesse et l'ouverture uniques de notre culture, cette "pluralité dans l'unité" qui fait qu'une église baroque en Sicile est différente d'une église baroque en Bavière. En Grande-Bretagne, The Art Fund fait campagne pour qu'un tableau de Bruegel demeure dans le pays. Pourquoi ? Parce qu'il fait partie de notre patrimoine. Parce que nous sommes Européens.
Si l'euroscepticisme laissait partir tous les Bruegel et tous les Titien, il réduirait la National Gallery à une salle de portraits anglais du XVIIIe siècle et sa stupidité serait alors évidente. Croire en l'Europe n'est pas de l'idéalisme, et encore moins une abstraction bureaucratique. Si l'on regarde l'histoire dans ses couleurs vivantes, on voit à quel point nous sommes Européens et combien les racines de cette identité commune sont profondes.
Un « grand chantier » ? Assurément. Mais c’est bien plus que ça ! Tellement plus que ça, que ce mot évocateur, si cru, si froid. Clinique. Oui, c’est ça, clinique… avec ses accents mornes de relégation, de défaite, de reddition devant les diktats de la déchéance physique. Ces accents effrayants pour tous et en particulier pour les personnes âgées quand elles ressentent les premières atteintes d’une déperdition de leur autonomie, commencent à redouter l’effritement de leur dignité, pressentent le vol inexorable d’une part essentielle de leur liberté.
Qu’il pèse lourd ce dossier majeur dans le vocabulaire politique de 2011, lourd comme une charge à porter, lourd comme un problème à régler. Lourd comme un devoir sans cesse remis à plus tard et que les urgences de la démographie obligent à mettre enfin sur la table. Lourd, surtout, comme les milliards qu’on aligne tels des boulets, boulets qui s’abattront sur nos dépenses publiques : 30, et peut-être même plus, en 2025… Aïe.
Assez ! Ce n’est pas parce que le grand âge est un adversaire redoutable qu’il faut laisser ce naufrageur de dignité nous condamner à subir ses assauts destructeurs. Il y a là un combat positif à mener. Il concerne toutes les générations, et il reste largement à inventer. Donner toute leur place aux anciens pour qu’ils conservent jusqu’au bout du chemin ce sentiment d’indépendance essentiel, c’est une belle ambition consensuelle pour une société où les plus de 75 ans représenteront plus de 15 % de la population française en 2050. La France vieillit ? Et alors ?
Il va falloir de l’argent, beaucoup d’argent et il ne tombera pas du ciel pour accompagner les bonnes intentions. Toutes les stratégies pour éviter l’effort seront non seulement pathétiques, mais vaines. Dérisoires. Réfléchir aux moyens de financement du cinquième risque, c’est bien, mais ce ne sera jamais que de la mécanique. Elle n’aura de sens que si elle met en jeu un sentiment de solidarité désintéressé. La conscience d’une condition commune à partager, à sublimer. Alors autant le dire tout de suite à vos chers concitoyens, mesdames et messieurs les politiques : il va falloir être généreux. Et ne pas trop compter, car le prix du respect est incalculable. De toutes façons, l’État ne pourra pas tout. Les crédits publics n’auront jamais qu’un pouvoir limité s’ils ne sont soutenus par un investissement massif, souvent gratuit mais inestimable : celui de chacun d’entre nous. Permettre à une personne de pouvoir vivre chez elle jusqu’à la fin de son existence, ce serait un progrès universel de notre humanité. Défier les sortilèges d’Alzheimer en apprenant à reconnaître celui qui n’est plus tout à fait lui-même derrière le visage de la maladie, c’est une victoire définitive de la vie contre la fatalité désespérante de la soumission. Une révolte de civilisation.
Des ingénieurs suisses font pleuvoir dans le désert
Un projet secret financé par le président des Emirats Arabes Unis aurait permis de faire tomber la pluie plus de 50 fois dans la région d'Abu Dhabi pendant l'été. A chaque fois, les services météorologiques locaux ne prévoyaient pourtant ni nuages, ni précipitations.

Dans une vidéo confidentielle que les journalistes du Sunday Times ont pu visionner, le président de la société Meteo Systems International, Helmut Fluhrer, révèle être «en train de tester une nouvelle technologie de déclenchement de pluie artificielle, Weathertec, dans la région d'Al Ain à Abu Dhabi». «Nous avons démarré en juin 2010 et avons réussi à faire pleuvoir à plusieurs reprises», soutient-il. Selon les mêmes journalistes, des scientifiques allemands de l'Institut Max Planck de météorologie ont participé à la surveillance du projet. Le respectable professeur Hartmut Grassl, ancien directeur de l'institut, serait notamment impliqué.
Moins coûteux que le dessalement de l'eau de mer
Plutôt que d'ensemencer des nuages existants avec du chlorure d'argent, une méthode rudimentaire à l'efficacité douteuse mais encore utilisée en Chine ou en Israël, les chercheurs ont mis en place dans le désert des parasols métalliques d'une dizaine de mètres de haut capables de charger l'air électriquement. Ces derniers produisent des ions négatifs qui sont envoyés dans l'air. Ces particules ont la propriété d'agréger les poussières qui forment alors un support idéal à la condensation de l'eau naturellement contenue dans l'air. La formation de plusieurs milliards de ces minuscules gouttes pourrait alors donner un nuage, lui-même source de pluie. Le dispositif, allumé 74 fois en 112 jours - dès que la saturation de l'air en eau dépassait 30% - aurait provoqué des chutes de pluie à 52 reprises. Le volume de ces précipitations n'est pas révélé. A chaque fois, les services météorologiques locaux ne prévoyaient ni nuages, ni précipitations.Le climatologue français Hervé Le Treut affiche pour le moment un scepticisme prudent. «Peut-être que cette nouvelle technique est un déclencheur très efficace mais cela reste difficile à établir avec le peu d'informations dont on dispose sur le projet», explique-t-il. Et quand bien même le dispositif fonctionnerait, «cela ne règle pas le problème de l'approvisionnement: il faut que la circulation atmosphérique apporte naturellement de l'air humide de manière continue pour que l'on dispose d'une véritable source d'eau». Ce qui n'est pas vraiment le cas dans la région.
L'entreprise Meteo Systems semble pourtant penser que son dispositif pourrait se substituer aux très coûteuses usines de dessalement de l'eau de mer. D'après ses calculs, la production de 100 millions de mètres cubes d'eau douce coûterait seulement 7 millions d'euros par an avec cette technologie, contre 53 millions d'euros pour une usine de dessalement.
Jacques Séguéla ne déçoit jamais. Vous connaissez sa dernière pensée ? «Le salaire moyen d’un Chinois est 10% du smic, et ils sont heureux». Alors que nous, les Français, «on est assistés»... Sûr qu’il sait de quoi il parle, l’éternel bronzé de la publicité, le collaborateur de tous les régimes. Il est aujourd’hui spécialisé dans le conseil au satrape africain, comme ces vieux chanteurs qui survivent dans de lointaines tournées. Le problème, c’est qu’il y a toujours un animateur pour l’inviter faire son numéro, le clown Séguéla. Cette fois, c’était Ruth Elkrieff, à un débat sur les 35 Heures. Et demain, madame Elkrieff, vous conviez Roland Dumas à une causerie sur les conflits d’intérêts ? Nicolas Anelka sur les impôts, et Jean-Marie Bigard sur l’amour courtois ? Quand n’importe qui est invité à dire n’importe quoi sur n’importe quel sujet, Séguéla est roi.
Voilà un impôt à la mode ! Depuis hier, les Anglais paient davantage de TVA que les Français. Le gouvernement de David Cameron a relevé son taux de 17,5 % à 20 %, contre 19,6 % en France. Hier encore, le Premier ministre japonais, Naoto Kan, a évoqué un relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée, actuellement de 5 %. Samedi, le Portugal, la Slovaquie et la Lettonie ont augmenté leurs taux. L'an dernier, la Grèce, la Roumanie, l'Espagne, l'Islande avaient fait de même. La Lituanie aussi, dès 2008. Et l'Irlande a annoncé un relèvement dans deux ans.
Cette épidémie a une explication évidente : il faut faire rentrer de l'argent dans les caisses pour combler les béances budgétaires creusées par la crise financière. La TVA est un impôt facile à augmenter qui rapporte gros. Le chancelier britannique a justifié son choix en expliquant que c'est « la hausse d'impôt la moins nuisible ». Surtout que la rudesse des temps limite les ardeurs inflationnistes des commerçants, qui pourraient répercuter seulement une partie de la hausse sur leurs prix.
Il y a toutefois une anomalie dans cette épidémie de TVA : elle s'est arrêtée aux frontières de l'Hexagone, comme un vulgaire nuage de Tchernobyl. Les caisses de l'Etat sont, là aussi, vides. Mais il est vrai que le simple fait d'évoquer une hausse de TVA peut coûter cher aux élections. Le Premier ministre japonais en aurait perdu sa majorité au Sénat l'an dernier. Et l'UMP y aurait laissé une vingtaine de sièges aux élections législatives de 2007. C'est pourquoi la hausse ne franchira sans doute pas les frontières avant le second semestre 2012. Après, ce sera un choix tentant. D'autant plus qu'elle est sous-développée chez nous. Elle constitue moins de 17 % des prélèvements fiscaux et sociaux contre 20 % en moyenne dans les pays développés. Dans l'Union européenne, treize pays ont un taux de TVA plus fort qu'en France alors qu'un seul (le Danemark) aura cette année des dépenses publiques plus lourdes. Et la TVA est chez nous pleine de trous. Selon les calculs de l'OCDE, elle rapporte seulement la moitié de ce qu'elle produirait si toute la consommation était taxée au taux normal, l'un des taux d'évaporation les plus élevés parmi les pays riches. Nous ne devrions donc pas échapper à une hausse de TVA. Ce qui suppose toutefois que les impôts progressifs soient aussi relevés, pour des raisons de justice sociale. Et que les hausses pratiquées ailleurs ne débouchent pas sur une catastrophe.
Mes non-prévisions pour 2011
Les premiers jours de chaque année sont l’occasion de pronostics plus ou moins détaillés sur les grandes tendances à attendre pour les économies et marchés financiers sur les douze prochains mois. Comme toutes les bonnes résolutions, ces prévisions seront pour la plupart sinon délaissées ou pour le moins fortement révisées en cours d’année. 2011 n’échappe pas à la règle et les grands thèmes qui ont jalonnés mes lectures de vacances peuvent se résumer en quelques lignes :
1. Sur un prisme qui va de l’extrême complaisance au pessimisme excessif, l’optimisme prévaut généralement. Dans l’ensemble les commentateurs sont très confiants sur le marché actions, la reprise américaine et le maintien d’une activité soutenue dans les émergents. Selon eux, les risques existent mais sont plus ou moins bien intégrés dans les prix.
2. La liste non exhaustive des principaux risques est la suivante : une nouvelle crise européenne et un défaut espagnol ; une inflation non maîtrisée en Chine accompagnée d’un durcissement monétaire brutal ; une hausse des prix des matières premières qui pourrait entraîner un mécontentement populaire généralisé ; une forte hausse des taux d’intérêt souverains comme reflet d’un risque inflationniste et d’une détérioration des finances publiques ; le maintien d’un taux de chômage élevé aux Etats-Unis et une baisse des prix résidentiels (avec un impact négatif possible sur les bilans bancaires) ; l’absence de coopération au niveau international (au moment où la France prend les commandes du G20…) ; l’appréciation du yuan est aussi évoquée mais s’agit-il véritablement d’un risque ? ; le spectre d’une crise des municipalités américaines est également agité ; je-serais-preneur-de-toutes-vos-suggestions-dans-la-page-commentaires…
Un peu partout on annonce une année volatile, heurtée, manière de dire que ces risques se succéderont, s’accumuleront parfois… Sans pour autant qu’un désastre soit généralement retenu dans le scenario central (on pourrait discuter longuement de l’intérêt de scénarios alternatifs…).
Il est donc toujours possible de trouver des arguments pour justifier sa propre vision. J’ai pu lire un commentaire, sur un blog célèbre, nous annoncer un événement non prévisible, un « black swan » (« voici des raisons possibles pour lesquelles le marché action va baisser en 2011 :…/… un cygne noir »).
D’autres parlent de "grey swan" pour se couvrir. D’autres enfin préfèrent se concentrer sur des non-prévisions pour 2011… A lire la violence des réponses des lecteurs à certains billets, je me dis que le lectorat de Market-makers est très sympathique et le remercie par avance de continuer cette année (encore une bonne résolution ?).
Au-delà des prévisions mêmes, peut-être est-il plus intéressant d’identifier les thèmes d’investissement. Le marché actions en concentre plus d’un et c’est probablement là que les débats sont les plus marqués.
1. L’illusion du passé : parce qu’il ne peut y avoir de prévision annuelle sans référence historique plus ou moins fiable, cette année nous offre un adage électoral : « les six premiers mois des années pré-électorales d’un premier terme présidentiel offrent historiquement des performances très élevées ». A voir si la bonne entente entre les républicains et les démocrates qui a prévalu pendant la session parlementaire dite « canard boiteux » prévaudra dans un contexte de chômage élevé, de crise des municipalités…
2. Valorisation vs. Momentum. Le momentum décrit la capacité des marchés à prolonger une tendance (jusqu’au plus haut de 2007 ?). Les causes peuvent être multiples, allant de l’engouement de certains, de la volonté de rattrapage de ceux qui pensent avoir « raté le train », et, bien évidemment, d’une valorisation attrayante. Le calcul le plus simple et communément avancé pour prévoir le niveau de fin 2011 du S&P 500 est le suivant : le bénéfice par action (BPA) est aujourd’hui (pour 2010) de 83,60 dollars (données S&P) et le consensus de progression s’établit aux alentours de 13 %, soit 94,80 dollars (une hausse bien inférieure à celle de l’année passée, proche de 50 %, après une année 2009 catastrophique).
C’est à ce stade que l’analyse en termes de valorisation entre en jeu. La référence habituelle est le PER, soit le prix rapporté aux bénéfices, qui est sensé fluctuer autour de sa moyenne au gré du cycle. Le débat fait rage entre :
i. les partisans du CAPE, le PER ajusté du cycle calculé par Shiller, qui rapporte le prix d’aujourd’hui à la moyenne des bénéfices passés (10 ans). Il s’établit aujourd’hui à 22,72 soit bien au dessus de sa moyenne de long terme, suggérant des actions chères.
ii. Ceux qui considèrent (j’en fais partie) que la valorisation doit porter sur des flux futurs et qu’on doit plutôt rapporter le prix d’aujourd’hui aux profits attendus. Selon cette métrique, le PER "forward" s’établit à 14,5 bien en-dessous de sa moyenne historique. Il pourrait la dépasser modestement quelques années sans que pour autant il y ait une bulle. Reprenant le calcul antérieur, la combinaison d’un BPA à 94,8 et d’un PER de fin d’année à 14,5 porterait le S&P 500 à 1.375 points, soit une hausse de 8 % sur l’année.
Certaines analyses poussent le vice jusqu’à prévoir le timing de certains risques. Pour certains, les tests de résistance européens prévus en février pourraient précipiter le risque espagnol. Pour d’autres, l’analyse du sentiment de marché pourrait s’accompagner d’un début d’année chaotique.
3. Retour à la moyenne et stratégie contrariante : il existe une multitude de mesures du sentiment des investisseurs. Parmi elles on retrouve l’indice AAII (% d’investisseurs tablant sur un marché haussier) et le ratio Put/Call (plus il est bas, plus le volume d’acheteurs d’options d’achat est élevé), tous deux visibles sur le graphique ci-dessous. Ils s’affichent à leurs niveaux les plus extrêmes depuis la crise. Combinées à des volumes en baisse (-15 % par rapport à 2009), ces évolutions suggèrent pour beaucoup qu’en dépit d’une tendance de fond haussière, une correction est possible en début d’année. Le thème d’investissement récurrent est donc le fameux "buy on dip", soit profiter des replis pour acheter… L’analyse technique sera d’un grand recours.

Le graphique ci-dessous est tiré du site d’ICI où on peut lire que sur les dernières semaines les investisseurs sont massivement sortis des fonds investis dans l’obligataire. Il montre que leur mémoire est tenace et que depuis l’effondrement des indices en 2007 les flux cumulés d’investissement en actions n’ont cessé de baisser.
Le changement d’année ne modifie pas la donne macroéconomique. Seulement remet-il les compteurs à zéro pour des investisseurs jugés sur leur performance calendaire ? Les risques macroéconomiques restent nombreux et pas plus faciles à hiérarchiser qu’avant Noël. Il n’est pas incohérent, à ce stade, de jouer des prolongements de tendance tant que rien de véritablement nouveau ne se manifeste.
Toutefois, le risque principal est peut-être la vision un peu trop consensuelle qui se dégage tant sur les risques que sur les opportunités de 2011. Non qu’il faille à tout prix se distinguer avec une vision extrême mais ce début d’année est caractérisé par une liste de risques très longue sur lesquels aucun consensus ne se dégage et dont chacun, pris isolement, semble incapable d’étayer une vision pessimiste.
Une certaine prudence aurait, dans des temps anciens, justifié un certain rebalancement :
Tabler par exemple sur :
Une surperformance du CAC40 sur le DAX après que ce dernier a « profité » de la crise européenne ?
L’avantage comparatif de l’Asie se maintiendra-il ? Les deux graphiques ci-dessous montrent une rupture de corrélation entre le S&P 500 et l’indice composite de Shanghai d’une part, et entre ce dernier et le cours du cuivre d’autre part.
Le cas des matières premières et du dollar reste un thème majeur : une approche cyclique pure devrait favoriser le dollar dont la croissance a été révisée de presque un point à la hausse pour 2011 alors que la zone euro sera en souffrance (consolidation budgétaire) et que l’Asie pourrait ralentir plus que prévu sous le double effet de la Chine et des tentatives de lutte contre l’inflation et les entrées de capitaux.
Or, l’une des « certitudes » fortement ancrée dans les prévisions de cette année est que le baril dépassera très bientôt les 100 dollars avec pour objectif les 110/115. Une telle évolution est possible et pourrait être compatible avec un dollar plus fort, mais comme l’illustre le graphique ci-dessous, difficilement durable.
L’année 2011 est une année qui combine beaucoup de risques et des évolutions macroéconomiques peu tranchées. Cette absence de directionnalité (pas de modification notable des politiques monétaires, pas de d’ajustement brutal des rythmes de croissance…) devrait inciter à la prudence et impliquera, à n’en pas douter, des rotations fréquentes des portefeuilles.
JL Mélenchon dénonce la «connerie» du «réactionnaire» Valls
envoyé par publicsenat. - L'actualité du moment en vidéo.
Des barbelés à la frontière de l’Europe?
La Grèce veut clôturer un tronçon de sa frontière avec la Turquie pour lutter contre l’immigration clandestine. L’Europe s’inquiète. Reportage.
Le paysage est superbe, mais dur et sauvage. Nous sommes en Grèce, en Thrace occidentale, frontalière de la Turquie. Du chemin de terre où des clandestins relâchés des camps de rétention attendent le bus, on voit les minarets d’Edirne la turque, à moins de 5 kilomètres du clocher du village grec de Nea Vissa.
Youssef, 24 ans, vient d‘être libéré du camp de Filakio ce matin, Il est déçu par la Grèce. « Si j’avais su que c’était comme ça, je ne serais pas venu. Hier on nous a sortis tous, un par un. Ils en ont frappé quelques-uns, pour rien, sinon on n’a pas trop à se plaindre, on n’est pas dans notre pays quand même ».
Chaque jour, 140 à 150 migrants arrivent de Turquie
Il est Tunisien mais lors de son interrogatoire par les agents de la Frontex, l’Agence de surveillance des frontières extérieures de l’Europe, il a menti : pour pouvoir rester en territoire européen, il s’est déclaré Palestinien. Il rêve de venir en France. Il fait partie des 140 à 150 migrants sans papiers qui franchissent à pied ou à la nage la frontière turco-grecque quotidiennement.Avant l’arrivée des unités de la Frontex, appelées à l’aide par Athènes pour faire face à cette vague d’immigration sans précédent, ils étaient 300 chaque jour à franchir l’Evros, le fleuve qui fait office de frontière naturelle entre les deux pays. Beaucoup trop pour la Grèce qui, elle-même en crise, dit avoir atteint ses limites d’accueil de clandestins.
« Le pays n’en peut plus », a indiqué le ministre en charge de l’immigration Christos Papoutsis dimanche avant d’annoncer la clôture de cette frontière par des barbelés.
L’Union européenne émet beaucoup de réserves sur cette initiative. Ce serait une première depuis la création de l’espace Schengen.
Sur place, on a aussi un doute ; « Le problème, explique un officier autrichien, c’est qu’il n’y a aucune coopération entre l’armée grecque et la police et les unités de la Frontex qui ont d’autres priorités. Ici tout est plus compliqué car la frontière avec la Turquie est sensible. On marche sur des œufs ».
Un autre militaire n‘y va pas par quatre chemins : « En face, ils (les Turcs) ne font pas leur boulot et nous ici on ne peut rien faire d’autre que de cueillir les migrants qui arrivent pour les emmener au camp ».
Agir a été pris ce matin. Comme les autres, il est épuisé, affamé, assoiffé. Parqué dans un bus avec une dizaine de Somaliens terrassés par la fatigue, il veut témoigner.
Pendant 18 mois, il a servi de guide aux marines américains, aux soldats hollandais britanniques et français en Afghanistan. Les talibans ont commencé à lui chercher noise. « Je sais que je suis venu illégalement mais je n’avais pas d’autre solution ». Agir veut aller dans les pays dont il a aidé les soldats. « C’est à eux de faire quelque chose pour moi, non ? »
De simples prières pour les noyés dans le fleuve
Au moins, il est vivant. Beaucoup meurent noyés dans cette quête de l’Eldorado européen. L’imam de la région se charge de les enterrer quand on retrouve les corps, sinon il fait la prière des morts au-dessus du fleuve. Ce vieil homme qui porte son turban avec fierte est en colère, contre la Grèce, la Turquie, l’Europe. « Ce qui se passe ici est inhumain. »La Grèce s'apprête à ériger une clôture face à la Turquie
envoyé par france24. - Regardez les dernières vidéos d'actu.
MSF, Médecins du Monde, Amnesty International et le Haut Commissariat aux Réfugiés évoquent la possibilité d’une crise humanitaire en Grèce.
Le risque existe que la population se tourne vers les extrémistes
Kostas, habitant de Nea Vissa, s’emporte : « Dès qu’il va faire beau, la Frontex ne servira qu’à jouer au taxi entre la frontière et les camps. On n’en peut plus. Je ne leur veux pas de mal mais on ne peux plus les accueillir ».A 900 kilomètres de là, à Athenes où échouent ces damnés de la terre, on en arrive au même constat. D’autant qu’aux dernières élections un néonazi a été élu conseiller municipal dans le quartier d’Agios Pantelimonas, en voie de ghettoïsation. Pour les Athéniens, c’est un signe qu’il ne faut pas négliger.
















