TOUT EST DIT

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mercredi 7 juillet 2010

L'heure des comptes



Comment dire ? Devant l'emballement de l'affaire Woerth, l'éditorialiste politique ne peut qu'éprouver un sentiment de malaise et d'impuissance. En l'absence de preuves, où se niche la vérité dans l'écheveau de la communication dissimulatrice, du harcèlement caricatural et des vrais-faux mensonges ? Faudrait-il se résigner à hésiter entre l'omission et l'injustice ? A entendre le ministre du travail, hier soir sur TF1, on pourrait imaginer que la presse d'un grand pays démocratique comme la France est mue par l'affabulation, la volonté de nuire, le goût du scandale. Et aux ordres du Parti Socialiste. Une presse sadique déterminée à faire la peau d'un ministre, bien sûr. Un peu court tout de même. Si elle n'était qu'un scandale monté de toutes pièces l'affaire Woerth n'aurait pas duré trois jours ! Alors si elle a pris une telle ampleur, c'est parce que ses zones d'ombre n'ont pas été éclaircies et que ses interrogations -légitimes- n'ont pas trouvé de réponse convaincante et définitive. On sait -hélas- que les démentis les plus catégoriques, généralement surjoués avec talent, n'ont pas valeur de garanties d'innocence. On aura remarqué aussi qu'ils restent très aériens : on a attendu en vain une contradiction argumentée contre les déclarations de l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt. Une démonstration précise et percutante aurait sans doute suffi à lever les doutes d'une opinion qui n'aime guère l'injustice. On l'attend toujours... Les enveloppes occultes d'argent liquide pour financer les partis ? Arrêtons de faire comme si on découvrait cette « horreur » en poussant des cris d'orfraie ! Tout le monde se doute bien qu'elles existent toujours et qu'elles prospèrent en période électorale. Comment croire que Mme Bettencourt ait pu se contenter d'un don de 4 500 euros réglementaire ? A peine, pour elle, l'équivalent d'un carambar... Mais nous sommes au bal des faux-jetons où la candeur est un masque bien utile. On peut y jouer la vertu outragée, et parfois ça marche. Bien sûr que la présomption d'innocence doit être respectée. Bien sûr que l'honneur d'un homme a un prix élevé. Bien sûr qu'il ne faut pas offrir sur un plateau des arguments aux forces d'extrême droite. A l'heure des comptes, pour la morale politique comme pour le budget de rigueur, ce ne sont pas des raisons suffisantes pour s'éxonérer de dénoncer toutes les dérives qui, à la longue, minent une démocratie bien davantage que des articles de journaux.

Olivier Picard

Derrière le voile

Mardi soir, l’Assemblée devrait se prononcer sur le texte de loi interdisant de dissimuler son visage dans l’espace public. Après des mois de tergiversations, d’échanges vifs renforcés par la discussion sur l’identité nationale, il semble qu’une majorité, transcendant les frontières des partis, pourrait se dessiner en faveur de l’interdiction : au minimum, à défaut de dire oui, certains s’abstiendront.

Derrière le rideau de l’apparent consensus, pourtant, se cachent des motivations très diverses. Il y a ceux qui veulent interdire le voile intégral (parce que c’est de cela qu’il s’agit, malgré l’habillage global de la version finale) au nom du respect de la dignité des femmes : ils partent du principe que les hommes les forcent à cacher leur visage ; il y a ceux qui expriment sans détour leur rejet de l’islam (même si le Coran n’exige pas le port du voile intégral) et de ses signes d’appartenance, de plus en plus visibles dans les pays occidentaux, par ailleurs largement déchristianisés ; d’autres mettent en avant les nécessités de la sécurité. Beaucoup, enfin, disent simplement leur gêne de ne pouvoir « envisager » la personne fantôme parfois croisée dans les rues de nos villes. Une cacophonie de raisons qui traduit les tiraillements de la société française.

Le texte de loi, donc, s’efforce de ne pas stigmatiser la burqa, mais de rappeler des principes généraux. Il se veut plus pédagogique que répressif et prévoit une période de transition pour arriver à convaincre plus qu’à contraindre et faciliter la résolution des cas litigieux : on imagine qu’il ne sera pas aisé de verbaliser. Les promoteurs de la loi espèrent une application en douceur, qu’elle libérera les femmes et ne les renverra pas, comme on peut le craindre, à l’enfermement des espaces privés. Il faut également espérer que les plus extrémistes de tous bords ne se saisiront pas de ce nouvel épisode législatif pour attiser chez les musulmans le sentiment d’être discriminés et rejetés. Le mieux vivre ensemble – justification ultime de la loi – préconisé par tous ceux qui veulent échanger à visage découvert est à ce prix. Un dialogue sans voile suppose, et l’absence de voile et la réalité d’un dialogue.


Dominique Quinio

Gaza, un piège pour Israël

Sur les cartes du Proche-Orient, ce n'est qu'un minuscule lambeau de terre, aux confins de l'Égypte. Plus d'un million cinq cent mille Palestiniens y vivent reclus, doublement punis par le blocus israélien et les méthodes très musclées du Hamas. Cet espace, c'est la bande de Gaza. Symbole de l'impasse générale dans laquelle le processus de paix a sombré depuis dix ans.

Dans les prochains jours, les ministres espagnol, français et italien des Affaires étrangères se rendront à Gaza. Leur mission officielle, qui a reçu le soutien de leurs homologues allemand et britannique, sera de vérifier l'allègement du blocus promis par Israël. C'est une occasion à ne pas manquer pour l'Europe si elle veut vraiment reprendre pied diplomatiquement sur ce dossier laissé à la dérive.

Depuis son offensive meurtrière contre le territoire palestinien, fin 2008, Israël n'a cessé de voir s'accentuer son isolement sur la scène internationale. Jamais, depuis plusieurs décennies, le soutien américain n'avait été aussi conditionnel. En Europe, même les gouvernements les plus proches d'Israël, comme l'actuel gouvernement italien, ne trouvent plus les mots pour soutenir un pays, certes menacé, mais aussi enfermé dans une logique de plus en plus indéfendable.

Le raid israélien contre la flottille internationale venue rompre le blocus naval de Gaza aura, de ce point de vue, été emblématique. La logique de l'enfermement sécuritaire est tellement prégnante, dans l'actuel gouvernement israélien, que le sens politique de cet événement semble lui avoir échappé. Car, si la flottille était un piège, il ne fallait pas tomber dedans. Si ce n'était pas le cas, la cause humanitaire, universellement évidente face à un blocus si démesuré, n'en est que plus légitime.

L'allié turc s'éloigne

Or, en tuant neuf Turcs, le 31 mai, lors de cet assaut, Israël vient de s'aliéner l'un de ses rares alliés dans la région. Sous la bénédiction américaine, l'axe militaire et stratégique Ankara-Tel Aviv a longtemps bénéficié de l'emprise du camp laïc au sommet de l'État turc pour asseoir un cadre stable. Ce n'est plus le cas. Les nouvelles ambitions diplomatiques de la Turquie, qui caresse son image de puissance régionale et redouble d'activité auprès des capitales arabes, ne coïncident plus avec celles d'Israël.

En un mois, la Turquie a ainsi multiplié les signes de rupture en rappelant son ambassadeur et en fermant son espace aérien aux avions militaires israéliens qui ont besoin d'un allié dans la région pour s'entraîner. Ces gestes vont laisser des traces et pourraient même affecter les relations commerciales entre les deux pays, jusqu'ici très intenses dans les domaines civils et militaires. Cette détérioration des relations turco-israéliennes inquiète Washington, qui compte sur l'appui stratégique de la Turquie, notamment dans le dossier irakien.

Dans un tel contexte, le sort de Gaza condense bien des enjeux. C'est d'abord une urgence humanitaire. Certes, elle est habilement exploitée par la diplomatie turque, mais il revient aux alliés d'Israël d'expliquer au gouvernement Netanyahou une évidence. En isolant un territoire aussi faible, c'est l'isolement et la faiblesse de sa propre position qu'Israël étale au grand jour.

POLEMIQUE – "Les Infiltrés", 22 v'là France 2 !

Le médecin est tenu au secret médical ; le juge au secret de l'instruction et le journaliste ? C'est toute la question qui se pose suite à la diffusion du magazine d'investigation "Les Infiltrés" sur France 2 mardi dernier. Laurent Richard, journaliste, s'est infiltré dans le milieu pédophile en se faisant passer pour une petite fille, et les a ensuite dénoncés à la police. Un journaliste peut-il, dans des circonstances extrêmes, dénoncer les criminels rencontrés dans le cadre de son enquête ?
Ce sont 23 personnes qui ont été arrêtées suite à la dénonciation du journaliste de l'agence Capa, Laurent Richard. "Certains pédophiles avaient l'intention d'abuser d'enfants ; d'autres étaient déjà passés à l'acte. La décision de signaler leurs pseudonymes aux policiers a été prise au cours de l'enquête dans un souci de protection des enfants. Moralement, il était impossible d'agir autrement. Si j'étais rentré chez moi sans rien dire, je n'aurai plus jamais dormi de ma vie.", justifie Laurent Richard.

Le droit de dénoncer, pas l'obligation
L’agence Capa explique que la loi contraint tout citoyen à dénoncer quand il s'agit d'affaires ayant trait à l'enfance. Maître Pierre-Olivier Sur, spécialiste en droit de la presse et l’un des avocats de France Télévision explique qu’il existe en France un principe selon lequel ne pas dénoncer les crimes est un délit. Mais que les journalistes n’y sont pas tenus. Qu’il existe effectivement une spécificité des affaires concernant l’enfance; que les journalistes ont alors le droit de dénoncer, mais en aucun cas l’obligation.

Le secret des sources, l'essence même du journalisme
Le secret des sources, qui permet d'instaurer une relation de confiance, est un gage de crédibilité du journaliste. Si ce secret n'est plus respecté, c'est la confiance du lecteur qui disparait. Aux yeux de Me Jean-Yves Dupeux, spécialiste du droit de la presse, la démarche relève d'un "regrettable mélange des genres". "En se faisant auxiliaire de police, le journaliste sort de son rôle, estime l'avocat. Son devoir est d'informer le public, mais son obligation déontologique, issue de toute la tradition de son métier, est de ne pas dénoncer ses sources."

Quelques contre-exemples
Après la diffusion d'un reportage sur la prostitution infantile il y a quelques semaines dans Envoyé Spécial (France 2), la police a voulu saisir les rushes. L'agence de presse Comiti a refusé de les leur remettre, en invoquant le secret des sources.
En 1975, la presse s'extasiait devant le New York Times qui préférait laisser un de ses journalistes (Myron Farber) en prison pendant 40 jours plutôt que de livrer à la justice ses notes confidentielles concernant un médecin qui assassinait ses patients. Les temps changent…

Information ou délation?
Tout journaliste en situation d'enquête peut et doit avoir des problèmes de conscience qu'il résout au cas par cas, en franchissant parfois certaines limites. Dominique Pradalié du Syndicat national des journalistes (SNJ) commente qu’il est "hypocrite de dire qu'il était contraint. Quand on enquête sur des pédophiles, on ne pense pas tomber sur des fraises des bois. Laurent Richard savait à quoi s’attendre." Alors où poser les limites ? Pourquoi ne pas décréter qu'en ces temps de crise un journaliste doit dénoncer à la police les criminels en col blanc à qui il aurait parlé ? Qui décide de la nature du crime à dénoncer ? Quand le secret des sources doit-il "sauter" et qui a le droit de passer outre ? Il semble qu'il y ait bien un mélange entre deux professions : journaliste et policier, comme le précise Dominique Pradalié : "Journaliste ou policier, les deux professions sont respectables, mais il faut choisir.

A cause de cela, les journalistes vont tout le temps être suspectés." Les journalistes ne sont pas habilités à rendre justice. Leur métier consiste à témoigner de l'actualité. Aux institutions de faire le reste.



Claire Largillière

CIGARETTES – La taxe brûlée par les deux bouts

Les prix de certaines marques de cigarettes diminuent cette semaine, dans le but de vaincre le commerce illégal et transfrontalier. Roselyne Bachelot se dit ''scandalisée'' et se prépare à contre-attaquer en augmentant les taxes, ce qui pourrait bien avoir tout l'effet contraire
Depuis lundi, et selon un arrêté paru au Journal Officiel, les prix de certaines marques de cigarettes (AFP) ont baissé. Les paquets de Rothmans, Lucky Strike (groupe British American Tobacco) sont passés de 5,50 euros à 5,30 euros, tandis que des paquets de tabac à rouler Drum (groupe britannique Imperial Tobacco) sont passés à 6,65 euros au lieu de 7 euros. Et si cela arrange bien les fumeurs, cette décision est loin de satisfaire la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.


Roselyne Bachelot, outrée
En novembre, les prix du tabac avaient augmenté de 6%. Pour justifier les prix extravagants des paquets de cigarettes, l'Etat français discourt sur une ''action de mobilisation pour la santé publique'', visant à dissuader les plus jeunes de commencer à fumer. L'initiative des industriels, British American Tobacco et Imperial Tobacco, est donc perçue comme une véritable provocation au sein du ministère de la Santé et des associations anti-tabac. Selon Roselyne Bachelot, qui s'est dite ''absolument scandalisée'', ''c'est une initiative délibérée des industriels du tabac pour attirer de nouveaux fumeurs, tout spécialement des jeunes et des femmes''. Difficile à nier pour les deux compagnies. ''Le tabac à rouler pour lequel la baisse est la plus forte, est largement consommé par les plus jeunes qui ont l'impression de faire un geste écologique en roulant leurs cigarettes. S'y ajoute l'avantage économique, étant donné leur budget restreint. Il est donc très net que l'on cherche à inciter les jeunes à fumer'', déplore Joseph Osman, directeur de l'Office français de prévention du tabagisme (OFPT). En réaction, la ministre de la Santé a affirmé qu'elle allait proposer ''une augmentation des taxes pour remettre les cigarettes à un prix dissuasif''. Cette augmentation ''peut uniquement se prendre en loi de Finance'', a-t-elle précisé, c'est-à-dire à l'automne prochain.


Erreur stratégique
En 2003-2004, lors de l'augmentation de 40 % des taxes sur les paquets de cigarettes, les buralistes étaient 31.500. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 28.000. La raison ? Ce n'est pas que l'envolée des prix ait freiné le taux de fumeurs ni même le nombre de jeunes commençant à fumer, c'est simplement que les concernés partent se fournir en dehors des frontières de l'Hexagone, le plus souvent en Espagne, où la cartouche de Lucky Strike coûte 38,50 euros, contre 53 euros en France. Une concurrence de taille, doublée de l'apparition de cigarettes low-cost ces deux dernières années, et de la future apposition d'images chocs sur les paquets, justifie Yves Trevilly, le porte-parole du groupe British American Tobacco. Mais cette baisse des prix n'a rien de sagace d'après les buralistes. ''Tout ce que British American Tobacco aura réussi à faire, c'est que les taxes augmentent. Pour garder leurs marges, les fabricants vont devoir augmenter les prix. Cette baisse est donc une erreur stratégique qui va coûter cher à tout le secteur'', déplore Jean-Luc Renaud de la Confédération des buralistes. La filiale française Japan Tobacco International souligne qu' "augmenter les taxes sur le tabac provoquerait une accélération du développement du commerce illégal et des achats dans les pays limitrophes".


Mauvaise stratégie encore une fois, pour la ministre qui avait commandé, en septembre dernier, plusieurs millions de vaccins en trop pour vaincre l'épidémie de grippe A. Yves Trévilly juge la réaction de la ministre ''un peu surjouée'', car la demande de baisse des prix des paquets de cigarettes avait été déposée il y a déjà quatre mois.

Lauriane Rialhe

mardi 6 juillet 2010

Il est légitime d'être interrogé sur les valeurs de la fonction publique

Une partie des très émérites membres du jury de l'agrégation de philosophie menace de démissionner si l'année prochaine l'épreuve orale "Agir en fonctionnaire de l'Etat et de façon éthique et responsable" est maintenue dans les épreuves de recrutement au concours d'enseignant !

Ce coup d'éclat, qui émeut beaucoup moins les foules que le coup de gueule d'un footballeur amateur de rap, a de quoi sérieusement nous inquiéter sur l'avenir du service public de l'éducation.
Ce positionnement d'une partie de la communauté universitaire et enseignante s'inscrit dans le sillage de l'appel "Non au contrôle de moralité des futurs enseignants", qui assimile cette épreuve à "un certificat de bonne moralité aux contours opaques et flous" qui n'a pas sa place dans des concours de recrutement "qui ne sauraient évaluer que les aptitudes disciplinaires et pédagogiques des candidats".

L'évaluation de cette compétence n'est pas nouvelle. Elle se trouvait déjà dans les référentiels des concours précédant la réforme de la formation des enseignants. Mais jusque-là personne ne s'était ému d'une telle exigence.

Lisons attentivement la définition qui en est donnée dans l'annexe de l'arrêté du 19 décembre 2006. Il n'est aucunement question de "bonne moralité". Cette compétence désignerait plutôt ce qui relève de la déontologie du métier et plus largement de la déontologie de tout fonctionnaire d'Etat. Si nous énumérons les valeurs et les attitudes requises : le respect de la dignité de tout homme, le respect de la liberté d'opinion, l'objectivité, la laïcité, la neutralité... nous retrouvons les grands principes qui fondent le statut actuel de la fonction publique, principes inspirés de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, portés au préambule de notre Constitution.

Par ailleurs, il n'est nullement choquant qu'un enseignant, fonctionnaire d'Etat, se doive de connaître le système éducatif, les institutions qui définissent et mettent en oeuvre la politique éducative de la nation, ainsi que les grands principes du droit de la fonction publique et du code de l'éducation. Bien au contraire. Les enseignants sont destinés par leur métier à participer activement à la vie de la cité.

Ce n'est qu'en étant lui-même un enseignant citoyen, connaissant ses droits et ses obligations, que tout enseignant pourra garantir à cette cité cette liberté des consciences réclamée par les signataires de la pétition.

Il n'est donc en aucune façon question de morale et de "contrôle des consciences", bien au contraire. Il ne s'agit pas ici d'évaluer la capacité d'un enseignant à transmettre un savoir particulier, mais il s'agit d'évaluer sa capacité à éduquer, à former un homme dans sa totalité et un citoyen éclairé. L'instruction dans sa dimension humaniste est indissociable d'un projet d'émancipation. Seuls des fonctionnaires d'Etat, au service de l'intérêt général, et bénéficiant d'un statut protecteur, peuvent garantir la réalisation d'un tel projet.

Dans le contexte actuel du démantèlement du service public de l'éducation et de la marchandisation de l'école, on doit se féliciter de l'existence d'un tel statut. Car contrairement à ce que l'on pourrait penser, parce qu'ils ne sont pas soumis aux mêmes contraintes, les enseignants du service public et les enseignants du secteur privé ne font pas tout à fait le même métier. Comment expliquer une telle dérive dans l'interprétation d'un texte aussi peu ambigu ? Deux facteurs peuvent expliquer un tel aveuglement.

Aujourd'hui, nous assistons à un repli disciplinaire des enseignants, repli que nous pourrions interpréter davantage comme une attitude de survie dans un système éducatif qui ne joue plus son rôle en matière de réussite scolaire et de cohésion sociale, que comme un parti pris de départ. Même si, ensuite, ce positionnement se trouve une justification idéologique.

Ce repli se traduit par une instrumentalisation des savoirs : les élèves empilent des connaissances disciplinaires et des techniques dans des objectifs de très court terme, sans être capables pour autant de se les approprier dans un projet personnel. Cela se traduit également par un retour à des pratiques pédagogiques fondées sur le respect de l'autorité et de la tradition. On peut craindre qu'avec les réformes en cours, les restrictions budgétaires qui accroissent la difficulté du métier, cette tendance de repli ne fasse que s'accentuer.

Nous sommes également face à une montée de l'individualisme qui se traduit par une affirmation du moi et de la valeur de la conscience individuelle comme seul critère décisif de l'action. Lorsque les pétitionnaires dénoncent le contrôle des consciences, ce qu'ils dénoncent, c'est la limitation qui pourrait être posée à leur liberté en tant qu'individus porteurs d'intérêts particuliers.

Ils ne se positionnent pas en tant que fonctionnaires ayant en charge l'intérêt commun. Il ne leur vient pas à l'esprit que l'exercice de toute liberté individuelle nécessite au préalable la construction d'un espace commun, d'un vivre-ensemble, que la fonction publique, et plus particulièrement l'éducation nationale, non seulement contribue à construire, mais institue.

Nous en arrivons donc à ce paradoxe qui caractérise nos démocraties post-modernes, paradoxe que nous rencontrons dans des lieux aussi inattendus qu'un jury d'agrégation : ce qui prévaut désormais dans la sphère publique, ce n'est plus la politique, mais la morale, ce n'est plus la construction du "nous" et du lien social, mais l'affirmation du "moi".

A cause de la signification progressiste du statut de la fonction publique tel qu'il avait été élaboré à la Libération, alors que la société française était dans une dynamique de construction collective, ensuite amélioré par le ministre communiste Anicet Le Pors, ce statut devient opaque, voire incompréhensible à ceux qui auront en charge le devenir de la nation.

Lorsque des enseignants fonctionnaires demandent l'alignement du service public sur le secteur privé, nous pouvons donc être très inquiets.

Aline Louangvannasy, professeure de philosophie

"Cessez d'affaiblir le Quai d'Orsay !"

Dans une tribune accordée en exclusivité au Monde, les anciens ministres des affaires étrangères, Alain Juppé et Hubert Védrine, s'alarment des conséquences pour la France de la réduction "sans précédent" du budget du Quai d'Orsay.
Nous sommes inquiets des conséquences pour la France d’un affaiblissement sans précédent de ses réseaux diplomatiques et culturels.

Le budget du ministère des affaires étrangères a toujours été très réduit : de l’ordre de 1,2 % à 1,3 % du budget de l’Etat les meilleures années. Encore faudrait-il en déduire les sommes destinées à des organisations internationales, qui ne font que transiter par ce budget. Le rapport investissement-efficacité de ce petit budget est remarquable: représentations permanentes, ambassades, consulats, lycées, écoles, centres culturels, programmes d’aide et de coopération.

Or, en vingt-cinq ans, le ministère des affaires étrangères a déjà été amputé de plus de 20% de ses moyens financiers ainsi qu’en personnels. Tous les ministères doivent évidemment contribuer à la réduction des dépenses publiques, mais aucune administration n’a été réduite dans ces proportions. Cela s’explique en partie parce que les préjugés sont nombreux et tenaces contre "les diplomates" (pourtant rémunérés selon les mêmes grilles que l’ensemble de la fonction publique), et que le métier diplomatique est rarement expliqué alors qu’il est indispensable à la défense des intérêts de notre pays.

Cet affaiblissement disproportionné va encore s’aggraver du fait d’une revue générale des politiques publiques aveugle, qui souvent supprime d’une façon rigide ce qu’il faudrait absolument garder. De plus, le ministère des affaires étrangères va devoir encore, jusqu’en 2013, supprimer trois emplois sur quatre départs en retraite, soit plus que la règle générale d’un sur deux.

Les économies ainsi réalisées sont marginales. En revanche, l’effet est dévastateur : l’instrument est sur le point d’être cassé, cela se voit dans le monde entier. Tous nos partenaires s’en rendent compte.

Pourtant, dans la compétition multipolaire, où tout se négocie en permanence avec un grand nombre d’interlocuteurs qu’il faut connaître avec précision, la France a plus que jamais besoin de moyens d’information et d’analyse. Les autres ministères présents à l’étranger (finances, défense) sont essentiels aussi et ont leur fonction propre. Le rôle du Quai d’Orsay est de rendre cohérentes toutes les formes de notre présence, ce qui est la clé de notre influence.

Les autres grands pays ne détruisent pas leur outil diplomatique: les effectifs du département d’Etat américain augmentent de 4 % à 5 % par an. Ceux du Foreign Office sont désormais supérieurs aux nôtres. Les pays émergents, pour leur part, construisent et consolident rapidement leur réseau: le Brésil, sous le président Lula, a ainsi ouvert une trentaine d’ambassades. Le service diplomatique européen, auquel nous devrons en plus fournir des diplomates pour assurer notre influence en son sein, ne remplira pas la même fonction.

Il faut adapter l’appareil diplomatique, comme l’Etat tout entier, mais cesser de l’affaiblir au point de le rendre d’ici à quelques années incapable de remplir ses missions, pourtant essentielles.

Alain Juppé et Hubert Védrine, anciens ministres des affaires étrangères

Anne Lauvergeon maintenue à la tête d'Areva

égulièrement donnée partante de la direction d'Areva, Anne Lauvergeon a finalement été maintenue à la tête du groupe nucléaire public français par le président Nicolas Sarkozy, qui s'épargne ainsi tout risque de polémique dans un climat politique délétère. Une source proche du dossier a indiqué lundi soir que Mme Lauvergeon gardera son poste de présidente du directoire d'Areva, sur décision de M. Sarkozy.
Des rumeurs de presse avaient régulièrement circulé sur un départ prochain de cette patronne emblématique dont le mandat expire en juin 2011, notamment au moment de l'échec fin décembre du consortium français à décrocher un contrat géant de 20 milliards de dollars (près de 16 milliards d'euros) à Abou Dhabi. Cet échec avait mis en lumière les problèmes de coordination de la filière nucléaire française, sur fond notamment de divergences entre Anne Lauvergeon et le nouveau patron d'EDF, Henri Proglio.

Nicolas Sarkozy avait alors demandé à l'ex-PDG d'EDF, François Roussely, de rédiger une étude devant donner des pistes à l'Etat sur "l'évolution du nucléaire civil à l'horizon 2030" dans l'Hexagone. Car l'Etat va "mettre de l'ordre" dans la filière, avait assuré le président mi-mars. Le rapport a été remis à l'Elysée mi-mai et classifié secret-défense.

Selon le quotidien Les Echos, il proposerait de créer un groupement d'intérêt économique regroupant les grands acteurs de l'industrie nucléaire française, qui serait chargé de "défendre les couleurs de la France à l'étranger". Le document "donnera lieu à des décisions dans les semaines qui viennent", avait ensuite annoncé l'Elysée fin mai. "Atomic Anne", le surnom que lui donnent les Américains, sera donc chargée de mettre en route ces "décisions" du pouvoir politique.

Point de vue Henry Lauret: Oiseau de mauvais augure

Deux de chute. Deux secrétaires d'État au tapis. Malgré le vibrant appel de Simone Veil et Michel Rocard contre la chasse à courre à Chantilly, terre d'élection du ministre Éric Woerth, il n'est pas sûr que la meute se ravise... Certes, la pression politique autour de l'affaire Woerth/Bettencourt se relâche un tant soit peu. La démission surprise d'Alain Joyandet et Christian Blanc occupe les fauves. Voici que la Justice s'ébranle. Pour une chasse à l'homme politique ? Pourquoi diable Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas sanctionné séance tenante les ministres fautifs d'indélicatesse ? Pourquoi deux semaines sans punition ni réprimande. Pourquoi l'indulgence, au risque d'apparaître le complice d'on ne sait quel régime de corruption dont ses opposants lui font méchamment procès ? Pour sauver le soldat Woerth, bien sûr ! Hélas pour le chef de l'État, Joyandet et Blanc sont tombés comme un fruit mûr et le ministre du Travail, cible politique de la gauche, bouc émissaire au sens originel du terme, porte à lui seul les péchés du monde politique. « Le problème de Bonaparte, c'est qu'il a trop humilié et pas assez puni... », disait Joséphine de Beauharnais. On ne reviendra pas sur le devoir de morale et d'intégrité qui fonde l'éducation civique et l'action du politique. L'État exemplaire que revendique Sarkozy reste un slogan marketing aussi creux que l'État impartial de Barre en son temps. Remember VGE... Pourtant, « La République a besoin de vertu », écrivait Montesquieu. Encore plus aujourd'hui que la crise frappe durement les plus faibles et les moins forts. Oui, le populisme rôde, oiseau de mauvais augure. Il virevolte de gauche à droite. Marine Le Pen se promet de ramasser à la pelle les déçus de tous bords. Martine Aubry compte engranger en frappant sur la grosse caisse de la morale. Ségolène Royal donne la leçon au 20 heures. Les indélicats de la République savent-ils que le pays n'a plus foi en ses élus et élites, ou si peu ? Que la crise imposera des « sacrifices » individuels et collectifs qui perdureront au-delà du prochain quinquennat, et ce quel que soit le blason du vainqueur de 2012?

Corruption ? Non. Liaisons dangereuses ? Oui.

On n'écrit pas son nom sans hésitation, ni sans trouble, tant il évoque la trahison d'une charge publique et au delà le pourrissement de l'État. Corruption. Ce n'est pas un mot anodin qu'on peut lâcher sans précaution et asséner sans preuve formelle. Ségolène Royal - une avocate sensée connaître le sens des termes juridiques ! - ne s'en est pas privé, pourtant, avec une irresponsabilité d'autant plus coupable qu'elle détourne délibérément un sentiment flou de l'opinion. 64 % des Français n'ont pas eu besoin d'elle, certes, pour considérer que « les dirigeants politiques sont plutôt corrompus ». Un score effrayant qui approche le record (65 %) atteint sous le second septennat Mitterrand quand le pouvoir socialiste, empêtré dans des histoires à tiroirs, était assimilé au « gang des R25 ». On connaît la suite : un populisme sans frein qui a permis au Front National d'atteindre des scores historiques. En pleine crise, la multiplication des affaires qui éclaboussent le gouvernement Sarkozy fait remonter à la surface le même terreau nauséabond du « Tous pourris ». Une impression fausse et injuste. Il faut le dire clairement : ni ce gouvernement, ni l'État ne sont corrompus, ni achetés ! Il faut le réaffirmer sans faiblesse : l'immense majorité du personnel politique est honnête et rien ne permet de mettre en cause la probité des ministres. Ils respectent la loi, et quand ils ne le font pas, comme Brice Hortefeux, ils sont condamnés sans faiblesse. Les décisions ne sont pas achetées et nous vivons toujours dans un État de droit. Nous sommes loin, en revanche, de la « République irréprochable » claironnée à l'Élysée. L'intégrité morale de l'équipe au pouvoir a été trop souvent vacillante. D'autant plus discutable qu'elle s'abrite derrière le paravent de la légalité. Pour un pays à qui l'on demande des efforts, cette vertu minimum est nettement insuffisante, en effet. La « naïveté », la « légèreté » et la « maladresse », invoquées ici ou là ne sont pas - ne sont plus - des excuses valables. Dans une France où la morale n'a jamais été une valeur suprême en politique, l'exigence à l'égard des élites est montée de plusieurs crans. Les Français veulent que leurs dirigeants soient non seulement propres mais fassent preuve d'une abnégation totale. Dès lors, les liaisons dangereuses entre le pouvoir et l'argent sont jugées insupportables. La simple proximité entre ces deux mondes choque quand Nicolas Sarkozy, précisément, se promettait de faire tomber le tabou qui les maintenait à distance. Aujourd'hui comment s'étonner que cette promiscuité affichée sans complexe au Fouquet's ou à Chantilly éveille les soupçons ? Quand l'impuissance des politiques contraste si fortement avec leur agilité à se soustraire au quotidien difficile du commun des mortels, elle dépasse tout à coup le seuil du tolérable. Nous y sommes.

Olivier Picard

Equité

Quand les Bleus font grève, ils perdent. Mais si tous les autres font grève, un Français a une chance de gagner... Nous n'en ferons pas une loi sportive, encore moins politique, mais le fait est là : un Français est depuis hier maillot jaune du Tour de France, car les autres coureurs avaient mis les mains en haut du guidon. Question d'équité, a expliqué le meneur du mouvement, Fabian Cancellara : tant de coureurs étaient tombés, que l'équité commandait de les attendre. Pourquoi pas... Fabian Cancellara, vous le connaissez, il est soupçonné d'avoir dissimulé un petit moteur sur son vélo pour emporter Paris-Roubaix. Et ça tombe bien, le Tour déboule justement dans l'Enfer du Nord... Mais ayons confiance en Fabien Cancellara, un « grand champion » selon son manageur - un certain Bjarne Riis, ancien coureur qui a avoué s'être dopé pour gagner le Tour. Autant dire qu'il s'y connaît en équité.

Un cigare gros comme ça !


À Grand Paris, gros fumeur. Chargé du "développement de la Région Capitale", Christian Blanc s'appliquait aussi au rayonnement de l'industrie cubaine. Homme de cape et d'épais, il a trop tiré sur le Havane. Jusqu'à en acheter pour 12 000 euros, aux frais du contribuable.

L'air s'empuantit, l'Élysée tousse. Nicolas Sarkozy, revenu du Fouquet's, plaide pour une République modeste et irréprochable. Sans rire.

Le coupable, grillé, a dû présenter sa démission. Au nom, peut-être, de la sentence pagnolesque : "L'honneur, c'est comme les allumettes, ça ne sert qu'une fois !" À moins qu'il ne s'agisse, médiocrement, que d'allumer un contre-feu à l'affaire Woerth.

Bien sûr, en arborant de volumineux "barreaux de chaise", l'ex-ministre a commis une erreur de com'. Un simple mégot, façon Pompidou, lui aurait valu davantage d'indulgence. Et même une pipe rustique, en dépit du fâcheux précédent que constitue Staline.

Nous voici sur le terrain de la sociologie à trois sous. "Avant, les cigares possédaient une dimension romantique. Désormais, ils sont synonymes d'arrogance et de puissance" a déploré, hier, M. Blanc. On comprend cette bouffée d'amertume. Reste que s'il avait jadis réglé ses factures, personne ne l'obligerait, aujourd'hui, à payer la note.


Gilles de Bernardi

Consensus

Ne dites plus « burqa », dites « tenue destinée à dissimuler le visage ». À partir de ce soir, les députés débattent d'un texte qui pourrait devenir le marqueur d'une délicate évolution sociétale. Le voile intégral, selon le Coran, n'est pas un signe obligatoire d'affichage de sa foi. Pour autant, il est porté et perçu d'une manière ambiguë qui mêle provocation, radicalisme religieux, communautarisme et refus de s'intégrer.

Ne viser que la burqa aurait stigmatisé une population musulmane défavorable au voile intégral. La réprimer, sans s'intéresser aux motivations de celles qui la portent, aurait été une occasion manquée d'expliquer que le droit de vivre en France suppose de se conformer aux règles d'une démocratie laïque. Car, subie ou consentie, cette réclusion publique est bien une atteinte au vivre ensemble et au respect de l'homme.

L'islam, seconde religion de France, a ceci de spécifique qu'il est d'une redoutable capillarité et porteur de ses propres lois politiques, qu'il s'agisse du statut de l'épouse ou du menu des cantines scolaires. C'est ainsi que le voile intégral participe d'un arsenal, étranger à notre culture, qui s'attaque à la dignité de la femme, pose un problème de sécurité et touche à l'ordre public.

Le vote du texte, le 13 juillet, ne fait plus de doute tant le projet a subi de modifications qui le rendent juridiquement applicable et presque acceptable aux yeux de socialistes qui se rallient à l'opinion. Car le danger était bien de produire une loi inapplicablequi aurait fait triompher ceux qu'elle vise et déçu ceux ¯ la majorité des Français ¯ qui la souhaitent.

Un texte très amélioré

En étendant l'interdiction à tout l'espace fréquenté par le public ¯ rues, magasins, hôpitaux, administrations, écoles... ¯ le projet évite des débats juridiques interminables pour déterminer si un lieu est public ou non.

En parlant de dissimulation du visage, il évite de nommer la seule burqa, de désigner une religion, d'alimenter les amalgames contre les musulmans et de jeter de l'huile sur le feu qui couve dans les banlieues.

En invoquant la sécurité, il évite astucieusement le flou juridique qui entoure les notions d'égalité, de dignité et de pratiques attentatoires aux valeurs de la République.

En offrant six mois de délai pédagogique avant d'appliquer la loi et des stages de citoyenneté dans l'éventail des peines, il réserve une place à la médiation et limite les inconvénients du tout répressif.

Enfin, en punissant sévèrement l'homme qui obligerait une femme à se voiler, il consacre le droit fondamental de l'égalité.

Ces améliorations suffisent-elles ? Le Conseil d'État continue de considérer qu'il n'existe pas de fondement juridique incontestable à une interdiction absolue du voile intégral. Toutefois, il n'est pas certain, à la veille de la présidentielle de 2012, que le Conseil constitutionnel, à supposer qu'il soit saisi, juge opportun de censurer un texte consensuel.

La grande inconnue sera plutôt de savoir si l'interdiction du voile intégral ¯ comme des cagoules ¯ trouvera son application dans les zones de non-droit où le caillassage de la police est devenu le sport du quartier.

Mon p'tit oiseau m'a dit…

Les tweets (gazouillis) du site Twitter font chanter les hommes politiques. Indiscrétions et révélations, tout ce qui se passe en politique passe aujourd'hui en exclusivité sur la toile. En défenseur du droit au huis-clos, l'Assemblée nationale voudrait bien l'interdire à ses députés
Les politiques sont vieillots ? Bien au contraire. Ils ont tous déjà (ou presque) leur site attitré (avec des résultats plus ou moins réussis, n'est-ce pas Ségolène ?), leur page Facebook et surtout leur principal outil de communication : leur compte Twitter.

Les députés aiment tweeter
A force de vouloir tout tweeter, les hommes politiques s'attirent les foudres des vieilles institutions pré-cybernétiques, l'Assemblée nationale la première. Le président de l'Hémicycle, Bernard Accoyer, aimerait bien empêcher ses députés de tweeter à tout-va. La raison de ce discrédit ? Le non-respect du huis-clos par certains parlementaires, notamment Lionel Tardy (UMP) qui avait retranscrit mercredi dernier sur Twitter l'audition de Raymond Domenech et Jean-Pierre Escalettes. Quelques heures plus tard, on peut lire sur le compte Twitter de son homologue mayennais, Yannick Favennec, alors en pleine réunion avec Nicolas Sarkozy : "Le Président annonce la réorganisation du Gouvernement pour octobre et tirera sévèrement les conséquences du comportement de ministres". Toute droite sortie de la bouche du président, l'information avait déjà fait le tour de la toile.

Déontologie ou hypocrisie ?
"Les nouvelles technologies sont là, il faut s'en féliciter, elles font circuler l'information de manière de plus en plus rapide. Mais elles ne peuvent remettre en cause le respect du huis-clos lorsque l'Assemblée ou une commission décide de siéger à huis-clos", a précisé Bernard Accoyer à l'Association des journalistes parlementaires. Le président de l'Assemblée a décidé de mettre l'interdiction de Twitter lors des auditions et commissions à huit clos à l'ordre du jour du Bureau, l'instance qui gère le fonctionnement de l'institution parlementaire. Le député Lionel Tardy ne comprend pas tout le tohu-bohu autour de ses tweets et dénonce l'hypocrisie ambiante. "Cela m'amuse un peu, car nombre de personnes ont transgressé le huis clos, mais ils l'ont fait à l'ancienne, en envoyant des SMS sous couvert d'anonymat aux journalistes, en sortant de la salle avant même la fin de l'audition pour s'épancher auprès des journalistes ... à commencer par le président du groupe UMP lui-même... ou en expliquant en détail le contenu de l'audition, dès la fin des débats.", peut-on lire sur le blog du député accro au net.

Scoop et couverture médiatique assurés
Twitter dérange probablement certains politiques qui aimeraient que leurs petits secrets soient bien gardés, tout au moins avant leur point presse officiel. Mais à l'heure de Youtube et de Twitter, les indiscrétions n'existent plus et les sources "proches du dossier" affichent maintenant leur identité. Et pour cause : les réseaux sociaux comme Twitter sont de formidables outils de communication pour les petits noms de la politique française et ce ne sont pas les députés Tardy et Favennec qui le nieront. Encore inconnus la semaine passée, leurs noms ont été largement repris par les médias nationaux suite à leurs tweets. Les journalistes ne sont pourtant pas si heureux qu'il n'y paraît. Pour Jean-Michel Apathie, tweeter équivaut à détruire le "journalisme à l'ancienne", celui d'"Huggy les bons réseaux". N'en déplaise à certains, la folie Twitter s'est déjà emparée du monde politique. A quand une campagne électorale à coup de tweets aussi suivie que les réparties des débats télévisés ? Au Japon, deuxième utilisateur du site après les Etats-Unis, les autorités ont décidé de prendre des mesures pour endiguer le phénomène : les sénateurs ont été privés de Twitter durant toute la durée de leur campagne.


Damien Bouhours

Le commentaire politique de Christophe Barbier du 05 juillet


lundi 5 juillet 2010

Let them eat cake (or smoke cigars)

THE resignation of two French junior ministers on July 4th was the first fall-out from a series of mini-scandals that for weeks has been undermining the credibility of President Nicolas Sarkozy’s government. Alain Joyandet, in charge of overseas aid, and Christian Blanc, who headed plans to create a Greater Paris region, both resigned after a public outcry at their behaviour. The former had hired a private jet at a cost of €116,500 ($157,700) to fly to an international aid meeting in the Caribbean. The latter had charged fully €12,000 of cigars to his ministry. Is this the start of a wider clamp-down within the centre-right French government?

This is the first time in this series of affairs that a member of Mr Sarkozy’s government has paid the price for abuse of office. The president had hinted to his deputies in a closed meeting last week that he would draw conclusions from irresponsible behaviour in a government reshuffle, but not until the autumn. In particular, he mentioned the private-jet, the cigar bill, and a luxury hotel (booked by Rama Yade, the junior sports minister, in South Africa during the football world cup). But growing public indignation and media pressure made it difficult to hold off. It was the Elysée Palace, the seat of the presidency, that announced the resignations, and the government’s spokesman, Luc Chatel, said that Mr Sarkozy had in reality fired them.

By itself, the loss of these two ministers is fairly minor. The fact that neither is being replaced, their portfolios merged into other ministers’, suggests that they will not be much missed. Symbolically, however, it shows that Mr Sarkozy—and his government—is at last beginning to grasp how badly these affairs have gone down in public opinion, and how much they are weakening his presidency. Mr Sarkozy’s popularity has sunk to a crushing record low of 26%, according to the latest poll by TNS-Sofres. At a time when the government is trying to raise the legal pension age from 60 years to 62, and the whiff of austerity is in the air, ministerial abuse shocks. Fully 64% of respondents told another poll by Viavoice, published on July 5th , that they thought that all politicians, on the left and the right, were “pretty corrupt”.

So far, Mr Sarkozy has made some gestures to try to show that the cost-saving effort is being shared. He has cancelled the traditional annual garden party that he throws on Bastille Day, July 14th, which cost €730,000 last year, as well as the presidential hunt. In a letter to his prime minister, François Fillon, he told ministers henceforth to travel by train rather than plane, and to reduce the number of advisers in their cabinets to a maximum of 20 each. He also said he would abolish 10,000 official cars and 7,000 official apartments by 2013, and trim ministerial budgets by 10%.

This may not be enough. There are other scandals: a minister with two official apartments, another who reportedly lodged her brothers in hers. And then there is the case of Eric Woerth, the pensions minister, currently in charge of the controversial reform. He has been caught up in a tax-evasion case linked to the Bettencourt family, which owns L’Oréal, the cosmetics giant, and for whom his wife, Florence, until recently worked. Mr Woerth, who received political donations from Liliane Bettencourt, the billionaire heiress, insists that he did nothing wrong, and that he (and his wife) knew nothing. Even assuming he is innocent, however, the perception of conflict of interest is overwhelming. Mr Sarkozy wants to keep Mr Woerth in office, at least until after pension reform has been voted in the autumn. If the political pressure on him does not die down as the summer holidays approach, he may not be able to wait that long.

La France, un pays dépouillé de ses valeurs

l y a un peu plus de soixante-dix ans, Montherlant publiait un petit livre ardent et lucide, L'Equinoxe de septembre, dans lequel il dénonçait l'esprit de Munich, décrivant l'atmosphère délétère de la France de la fin des années 1930. On y voit s'élever la coalition des égoïsmes, la haine de tous contre tous et la résignation érigée en principe. Y règne "une morale où l'indignation est appelée "mauvais caractère", où l'expression de ce qui est est appelée "inconvenance", où tout homme qui se tient à ses principes, et dit non, est décrété "impossible"". Comment ne pas percevoir l'écho que l'époque actuelle renvoie à ce tableau édifiant ?
Car notre pays semble à nouveau privé de repères, attiré vers les abîmes du renoncement. En février, un rapport du médiateur de la République décrivait une société "fracturée" et dominée par un état d'esprit "mêlant angoisse et rancœur, prêt à se déverser dans les pires exutoires". La France semble arriver à un moment où tout ce qui avait forgé son pacte républicain serait en phase de liquidation.

Et notre pays paraît se réfugier dans le repli, comme s'il se détournait de tout ce que l'Histoire lui a légué de plus fécond : l'esprit d'ouverture et la force de la tolérance. Ce qui s'érode aujourd'hui, c'est l'idée même qu'une nation puisse être d'abord une expérience commune. L'expression insidieuse de cet égoïsme triomphant, c'est cette forme collective de l'individualisme qu'on appelle communautarisme.

Comment en sommes-nous arrivés là ? La vérité est qu'un certain discours s'est répandu, signant un armistice insupportable sur l'essentiel : notre héritage, nos idéaux, notre avenir. Ce discours a atteint son point culminant avec le débat nauséabond sur "l'identité nationale". Alors se sont libérés tous les effluves du rejet qui nourrit l'envie et la haine. Il y a d'ailleurs quelque chose de désespérant dans ce mode de gouvernance fondé sur la mise sous tension permanente du corps social et l'exploitation des antagonismes.

La France d'aujourd'hui est un pays où une composante de la population est sans cesse évoquée à travers des étiquettes humiliantes, assimilée à la délinquance, à la polygamie ou à la fraude aux allocations familiales. C'est un pays où une femme, Prix Goncourt, devrait s'excuser d'écrire librement, et, de fait, se justifier d'être française. Un pays où un réseau de cinéma, dans une relative indifférence, déprogramme l'œuvre d'un cinéaste israélien, en "représailles" contre l'attitude de leur gouvernement : une censure politique qui cible la culture, au pays des Lumières…

En un mot, c'est un pays que l'on dépouille de ses propres valeurs. Ainsi, là où nos concitoyens ont soif de sens, d'exigence et de résultats, s'écrit chaque jour une petite chronique de la désinvolture, de la vacuité et même du culte vénal. Ne revenons pas ici sur ce qui a rythmé l'actualité récente et mis en lumière une République pas vraiment "exemplaire". Soulignons en revanche ce qui se dessine en arrière-plan : une véritable décadence de l'esprit public. Oui, le démantèlement de nos services publics ne se borne pas à transformer les fonctionnaires en variables d'ajustement d'une politique de court terme, il porte atteinte à l'universalité même de l'école, de la santé, de la sécurité, voire de l'information.

LE SENS DU COLLECTIF

Dès lors, comment s'étonner, devant ce spectacle d'un système dur avec les humbles et complice avec les puissants, que la France, selon un récent sondage de l'IFOP, soit le pays d'Europe où le sentiment d'injustice sociale est le plus prononcé ? Au cours des sept dernières années, les 0,01 % de Français les plus riches ont vu leur revenu croître dix fois plus vite que celui du reste de la population. Pourtant, la réforme en cours sur les retraites cible, une fois encore, les modestes, les carrières longues et souvent épuisantes. S'installe le sentiment d'une société devenue amorale, dans laquelle la défiance est finalement le sentiment le mieux partagé.

Ce pays cabossé, cette société tourneboulée, la gauche doit tenter de les convaincre que des perspectives stimulantes existent. Pour cela, il faut dire la vérité. Et d'abord sur la dramatique situation budgétaire de la France, après qu'un gouvernement ayant acté la "faillite" de nos finances publiques s'est évertué à les dilapider. La vérité, donc : dans notre pays, l'Etat vit six mois de l'année au crédit des générations futures. Gouverner consistera à rechercher des marges, en assumant des priorités claires. Nous ne pourrons pas tout, mais tout ce que nous pouvons devra être accompli. Ne cherchons pas à accréditer l'idée d'un miracle ni celle d'une absurde infaillibilité.

Concentrons-nous en revanche sur les piliers d'un projet crédible, la solidarité, l'éducation, l'innovation et la croissance écologique. Revendiquons-le : les notions de justice sociale ou de performance de nos services publics dessinent des réponses modernes qui nécessitent des moyens, des instruments ainsi qu'une organisation. Sur chacun de ces engagements, nous devrons rendre des comptes aux Français, tant ils sont las des promesses sans lendemain. Oui, la gauche a le devoir de dépasser cette confusion ambiante dans laquelle le pouvoir n'est responsable de rien puisque "c'est la faute à la crise, à la mondialisation, voire aux collectivités locales".

Ultime condition, mais décisive : il faudra rétablir un Etat impartial, garant de la séparation des pouvoirs et de l'unité nationale. Le défi de demain est social et économique, il est tout autant démocratique et éthique. Dès à présent, gardons-nous de répondre au populisme par la démagogie, fût-elle tonitruante. Faisons la démonstration d'une opposition qui puise dans le sens du collectif la force de défendre ses convictions, comme elle y puisera demain son inspiration pour faire progresser la société tout entière. Veillons-y dès à présent, quelques semaines avant l'équinoxe de septembre 2010…

Bertrand Delanoë, maire (PS) de Paris


EST CE PAR LA PÉDALE (vélib), GOUFFRE PARISIEN, QUE LES VALEURS DE LA FRANCE SERONT MIEUX RESPECTÉES ? J'EN DOUTE PAUVRE "HOMME".

La Commission européenne plaide pour le recul de l'âge de départ en retraite

a Commission européenne plaide en faveur d'un recul général de l'âge de départ à la retraite dans l'UE afin d'éviter l'explosion du système et de soulager les finances publiques des Etats, déjà plombées par la crise, dans un document qui sera présenté mercredi.

"Faire en sorte que le temps passé à la retraite ne continue pas à augmenter par rapport au temps passé à travailler aiderait à la viabilité" des caisses de retraite des pays européens, fondées sur un système de répartition où les retraités voient leurs allocations payées par les cotisations des actifs, souligne l'exécutif européen dans son rapport.
"Cela signifie augmenter l'âge auquel on cesse de travailler et l'on commence à bénéficier de sa retraite", ajoute le document. "Prolonger la période de travail au cours de la vie pour tenir compte de la hausse de l'espérance de vie permettrait d'enregistrer deux bénéfices : de meilleures conditions de vie et des systèmes de retraites plus viables", argumente la Commission.

ÂGE MOYEN DE DÉPART EN RETRAIT EN EUROPE : 61,4 ANS

Au cours des cinquante dernières années, l'espérance de vie a progressé de cinq ans en moyenne dans l'UE, selon Bruxelles, et les projections montrent qu'une nouvelle augmentation de sept années pourrait se produire d'ici à 2060. Par ailleurs, les taux de fécondité sont faibles. Résultat : alors qu'aujourd'hui on compte quatre actifs pour une personne de plus de 65 ans en Europe, d'ici à 2060 il n'y aura plus que deux actifs pour une personne de plus de 65 ans.

L'âge moyen de départ à la retraite au sein de l'UE se situait en 2008 à 61,4 ans. Face à l'augmentation de leurs déficits publics et de leur dette, de nombreux pays ont déjà entrepris de reculer l'âge de la retraite chez eux. La France veut repousser l'âge minimal de départ de 60 à 62 ans d'ici à 2018. L'Espagne veut, elle, reporter l'âge légal de la retraite de 65 à 67 ans, à l'instar de l'Allemagne qui veut le porter de 65 à 67 ans d'ici à 2029 pour une pension complète.

Coup de chaud

Ça ne sentirait pas un peu le brûlé, là ? Deux fusibles ont fondu, en tout cas, et il flotte comme un léger parfum de panique dans la maison Sarkozy. Les conditions dans lesquelles les démissions forcées d'Alain Joyandet et Christian Blanc sont intervenues hier ont plus d'importance finalement que le licenciement sec des deux sous-ministres. Ce qui frappe, c'est la fébrilité qui les caractérise. Comme si le président de la République avait été soudain saisi par l'urgence de faire des exemples pour calmer la colère du peuple. Il y a quelques jours encore, le chef de l'État évoquait un remaniement en octobre avec une sanction annoncée pour certains membres du gouvernement coupables de mauvais « comportements ». Et voilà qu'en une seule journée tout s'est accéléré. Devant l'incompréhension de l'opinion, il fallait des victimes expiatoires ! Vite. Tout de suite. Alors on a choisi les deux mauvais élèves les plus caricaturaux : le premier avait dépensé pour 12.000 euros de cigares, le second voulait trafiquer son permis de construire. Train de vie choquant, passe-droit insultant pour le droit : leurs comptes étaient bons. Pour les autres, Fadela Amara et Rama Yade, cela pouvait attendre. Leurs fautes semblaient moins nettes, moins vénales, moins symboliques. Cette hiérarchie des vices ajoute un peu plus à l'inédit d'une situation qui s'apparente à un scénario pour République bananière. Comment le chef de l'État peut-il imaginer une seule seconde que ce coup de balai express et sélectif un dimanche d'été suffira à éteindre l'impression de scandale qui, jour après jour, étend un nuage de plus en plus épais autour de l'équipe au pouvoir ? Non seulement cette précipitation ne réglera rien, mais elle risque surtout d'aggraver le malaise qu'elle prétendait dissiper. En jouant petit bras, et à contretemps, l'Élysée et Matignon viennent de commettre une double faute. Si le débarquement de Joyandet et Blanc visait à faire oublier l'affaire Woerth, et à faire retomber la pression, c'est raté. Ce coup de tonnerre dans le ciel bleu de juillet où l'information politique commençait à fondre au soleil des vacances expose un peu plus le ministre du Travail aux rayons de l'amalgame. Le voilà mis sur le même plan que ses grossiers homologues. Livré, pour le coup, aux crocs d'une presse suffisamment sur les dents pour se demander pourquoi il bénéficie d'un soutien aussi spectaculaire et surtout aussi risqué. Ce n'est plus une protection, mais une compromission, et elle lie un peu plus encore le président à son ministre. Ce matin, on se demande encore quel est l'étrange calcul de Nicolas Sarkozy tant il échappe à toutes les équations politiques prévisibles. Un coup de chaud ?

Olivier Picard

Un dur moment politique

Christian Blanc (secrétaire d'État au Grand Paris) et Alain Joyandet (Coopération) démissionnent. Au premier, on reproche d'avoir fait payer, par son ministère, 12 000 € de cigares. Au second, la location d'un avion privé aux frais de l'État et la validation contestée d'un permis de construire.

Mercredi, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu'il se séparerait, en octobre, des ministres qui adoptent des comportements « qui ne m'ont pas plu du tout ». Ce calendrier était un aveu indirect de faiblesse. Ces comportements sont d'autant plus mal vécus qu'ils surgissent à un moment où l'avenir n'a jamais été aussi angoissant.

En outre - et au-delà du cas d'Éric Woerth, ministre et trésorier d'un parti - personne, en France, n'a jamais clarifié la notion de conflit d'intérêt. Il n'est pas question d'illégalité, mais on peut évidemment y voir des fautes politiques ou morales.

On peut regretter l'emballement moutonnier des médias. On doit condamner les amalgames et les entorses à la présomption d'innocence. Mais on ne peut pas regretter que des médias, qui sont, par fonction, les vigiles de la démocratie, pointent les dysfonctionnements de notre système, lorsque ceux-ci sont avérés.

La révélation de ces dysfonctionnements par des fonctionnaires zélés, confirmée par les sanctions brandies par l'Élysée, est davantage le signe d'une dégradation de l'État que d'une vivacité de l'opposition.

À qui profitent ces polémiques ? Pas au pouvoir, évidemment. La cote de l'exécutif baisse et certains craignent que la réforme - emblématique - des retraites ne s'en trouve compromise. L'annonce, trois mois à l'avance, que le gouvernement va être remanié, enlève aussi toute autorité aux propos des ministres. Il n'est guère que François Fillon, débarrassé de tout rival, avocat de la réforme des retraites, qui en sort conforté.

Pas non plus à l'opposition. La gauche, atterrée par les propos de Ségolène Royal, redoute le procès en acharnement et sait qu'à trop en faire, elle joue contre son camp.

Ces polémiques profitent surtout aux protestataires, qu'elles abreuvent d'arguments nourrissant leur populisme. Michel Rocard et Simone Veil ont d'ailleurs aussitôt tiré la sonnette d'alarme : il faut vite désamorcer tout ce qui conduit à la crise de régime et nourrit les extrémismes.

Cet affaiblissement du pouvoir est fâcheux. La crise, dont on est loin d'avoir vu l'issue, exige des dirigeants forts et rassembleurs. Cette situation est en train d'abîmer le crédit de la classe politique.



(*) politique.blogs.ouest-france.fr
Michel Urvoy (*)

dimanche 4 juillet 2010

Le Cercle des économistes prône un grand emprunt européen

e thème des dixièmes Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, qui se sont déroulées du 2 au 4 juillet, – "A la recherche d'une nouvelle croissance" – a pu sembler à certains, dans le contexte économique actuel, un tantinet iconoclaste, tant le sentiment que la reprise espérée après la crise financière de 2008 semble aujourd'hui hors de portée pour la vieille Europe.
Celle-ci croule sous la dette publique, voit sa population vieillir, ses ambitions devenir de plus en plus prudentes. Ce choix a valu à l'organisateur de la manisfestation, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, un trait d'ironie de la part de l'un des participants, l'essayiste Jacques Attali : "Jean-Hervé a de l'humour, alors que nous sommes au bord du gouffre et qu'un piano est en train de nous tomber sur la tête."

Pourtant, comme l'a fait remarquer Patrick Artus, le chef économiste de Natixis, il existe bel et bien une "anomalie europénne" en matière de croissance. Quand la plupart des prévisionnistes prévoit en 2010-2011 une croissance de 7 % en Asie, de 4 % en Afrique et en Amérique du sud, le Vieux continent, lui devra se contenter de 1 à 1,5 %.

"STRATÉGIE DE RUPTURE"

Dès lors, comment relancer la machine ? La déclaration finale des Recontres d'Aix-en-Provence appelle, pour "bâtir une croissance européenne", à une vraie "stratégie de rupture". Les recettes sont connues et largement partagées, mais restent que très imparfaitement appliquées. Il s'agit tout d'abord de mettre en œuvre une véritable politique industrielle européenne, centrée sur les secteurs porteurs de demain (santé, énergie, technologies vertes, transports, numérique, nanotechnologies). Une orientation qui nécessite une allocation de moyens importants.

Louis Gallois, président d'EADS a ainsi appelé à une réorientation de l'épargne de long terme vers l'industrie, grâce à la mise en œuvre d'un grand emprunt européen. Une idée qui est présente dans la déclaration finale des Rencontres d'Aix. Celle-ci suggère que son pilotage passe par la création d'une "agence de la dette européenne". "Les financements traditionnels ne pourront intervenir que si l'on renforce le poids des prélèvements obligatoires sans pénaliser ni l'innovation ni le travail", précise le Cercle des économistes.

Jacques Attali va plus loin en n'hésitant pas à affirmer que si certains états européens croulent sous la dette, l'Europe, en tant qu'entité suparnationale, elle, "a de la chance, car contrairement au Japon ou aux Etats-Unis, elle n'a pas encore fait le plein de dettes". Le président de PlaNet Finance propose ainsi la création de bons du trésor européen, une façon de mutualiser la dette publique du Vieux continent et par conséquent réduire son coût global. Il affirme qu'on pourrait ainsi lever 10 % du PIB européen destinés à des dépenses ciblées porteuses d'avenir. Encore des dettes ?, s'étonneront les tenants des politiques de rigueur. Mais pour parler de croissance, "il faut se donner un peu d'air avant de mettre un peu d'ordre", repond M. Attali.

Le Cercle des économistes ne dit pas autre chose lorsqu'il souligne qu'"une rigueur mal conçue et mal coordonnée pourrait abaisser une croissance potentielle déjà faible dans les scénarios au fil de l'eau". Dans ce contexte, il appelle à "empêcher, dans les politiques de rigueur des cinq prochaines années, toute coupe budgétaire dans les investissements fondamentaux pour la base productive, et tout impôt complémentaire qui viendrait frapper le travail ou qui serait désincitatif pour l'innovation". Sans aller toutefois jusqu'à création des fameux bons du trésor européen.

"L'EUROPE NE SAIT PAS EXPLOITER SES AVANTAGES"

Il est vrai que la mesure nécessiterait un consensus européen qui pour le moment n'existe pas. On ne voit pas effectivement la vertueuse Allemagne accepter une mutualisation de la dette publique, sous pretexte de solidarité européenne. Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, lui a coupé court au débat en déclarant qu'il n'était "a priori" pas favorable à un grand emprunt européen. "Nous sommes dans une période où il faut gérer très attentivement l'ensemble des budgets", a-t-il indiqué dimanche.

Mais si la vieille Europe veut continuer à rivaliser avec les puissances émergentes il faut qu'elle soit moins timorée. Pour Henri de Castries, le président d'Axa, l'Europe pâtit de son aversion au risque, qui handicape sa croissance. Comme d'autres intervenants, il a fustigé le principe de précaution, l'exigence d'immédiateté et mis en garde contre le risque zéro qui peut avoir finallement un coût infiniment plus grand que la prise de risque.

"L'Europe ne sait pas exploiter ses avantages" a-t-il plaidé à la tribune, notamment en matière d'épargne, qui n'est pas suffisament orientée vers les entreprises. Ainsi en 2000, 20 % des actifs des assureurs étaient investis en action. Ce n'était plus que 10 % en 2007 et 5 % aujourd'hui. Dans ce domaine, le Cercle des économistes prône "un partage des risques entre public et privé, où l'Etat supporte le risque majeur de long terme comme un réassureur", principe "indispensable pour diminuer l'aversion au risque".

De son côté, Laurence Boone, chef économiste chez Barclays Capital, appelle à une réforme en profondeur du financement des PME, particulièrement en France. Pour elle, le problème "n'est pas seulement un manque de crédit bancaire, mais également un manque de diversité d'offres de financements qui ne prennent pas assez en compte les besoins spécifiques des jeunes PME". Trop souvent financées par prêts bancaires, les PME n'ont pas suffisament accès au capital risque, qui prend en compte les perspectives de croissance, pas les revenus passés. Dans ce cadre, Mme Boone estime qu'il "faut orienter les flux d'épargne chez les investisseurs qui prennent du risque et sur le long terme". Plus globalement la déclaration finale des Rencontres se prononce pour un Small Business Act européen, "pour soutenir les PME, tant par l'accès aux marchés publics que par les financements" ainsi qu'une coordination européenne de SBA, piloté par les régions.

"POLITIQUE DU CHANGE COOPÉRATIVE"

Pendant ces journées, il a été aussi beaucoup question d'éducation. "Si l'on ne s'attaque pas à la réforme du système primaire, on courre à la catastrophe", a prévenu M. Attali, pointant le taux d'éléves (un tiers en moyenne) qui à l'entrée en sixième ne maîtrise pas les bases fondamentales. La déclaration finale invite à revisiter l'ensemble des formations élémentaires et secondaires. Parallèlement, elle propose d'allouer 2 % du PIB à l'enseignement supérieur, de créer un titre de docteur européen et donc également une académie européenne d'évaluation, ainsi qu'un réseau européen de pôles de compétitivité.

Enfin pour le Cercle des économistes, le retour à la croissance passe par une "inversersion de la logique du Pacte de stabilité et de croissance", tel qu'il a été édicté par la Banque centrale européenne. Il s'agit de "gérer les taux d'intérêt, le taux de change et le déficit en considérant que l'Europe a une vraie stratégie de priorité à la croissance". Il est également question de mettre en œuvre, par la BCE, "une politique du change coopérative, donc débattue avec les autres grandes zones monétaires dans le cadre des réunions sur la stabilité des taux de change, mais qui tienne compte avant tout des intérêts de la croissance européenne".

La déclaration finale se prononce également pour une immigration choisie et, en matière de régulation financière, pour une convergeance des normes comptables et prudentielles, notamment entre les Etats-Unis et l'Europe et prône une pénalisation des activités de trading pour compte propre des banques de dépôts. "Nos pays peuvent rebondir s'ils mettent en œuvre sans plus attendre la transition vers la nouvelle croissance. L'enjeu est de rester en course vis-à-vis des Etats-Unis et des grands pays émergents", conclut la déclaration finale, sans quoi l'Europe sera réduite à "un lieu de culture et de tourisme", précise M. Lorenzi.

Stéphane Lauer

La BCE ne croit pas à une nouvelle récession en Europe

n marge des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet écarte tout risque d'une nouvelle récession, au terme d'une semaine qui a vu ce scénario inquiéter à nouveau les marchés financiers. Selon lui, "au niveau mondial, il est clair que nous sommes en phase de reprise, confirmée particulièrement dans le monde émergent, mais aussi dans le monde industrialisé". Toutefois, "la croissance n'est pas écrite dans le monde industrialisé, cela dépend de nous", estime le présdident de la BCE. "Cela dépend de la capacité des pays industrialisés à renforcer la confiance" des ménages, des entreprises, des investisseurs et des épargnants, a-t-il ajouté.
L'économiste américain Nouriel Roubini — l'un des économistes de Wall Street les plus écoutés après avoir prédit la crise financière de 2007 — estime pour sa part que la croissance économique dans la zone euro pourrait être proche de zéro cette année. "Vu les chocs des derniers mois (...), d'ici la fin de l'année, la croissance pourrait être plus proche de 0 %", alors qu'il prévoyait auparavant 1 %, a-t-il déclaré lors de ces rencontres organisées par le Cercle des économistes. Nouriel Roubini a cité comme facteurs négatifs les écarts de taux croissants sur les dettes souveraines, les tensions sur le marché interbancaire et les politiques d'austérité que la majorité des pays de la zone euro ont prévu d'engager. "Nous voyons maintenant une austérité budgétaire qui, bien que nécessaire, va se traduire par une pression déflationniste accrue", a-t-il déclaré. L'état de l'économie mondiale n'est pas très bon "mais nous n'allons pas avoir de récession à double creux (double dip)", a-t-il poursuivi.

Jean-Claude Trichet a réaffirmé que le rétablissement de la confiance passait par "de la bonne gestion budgétaire, une gestion évidemment rigoureuse", que l'on peut selon lui aussi appeler "austérité" ou "rigueur". Et il a assuré que la simultanéité des différents plans d'austérité européens ne risquait pas de nuire à la reprise, comme le redoutent plusieurs économistes mais aussi les dirigeants américains. Les marchés financiers ont été agités la semaine dernière par les craintes d'une rechute de la croissance mondiale, en raison d'indicateurs décevants aux Etats-Unis et de doutes sur la solidité de l'économie chinoise.

Le président de la BCE a aussi demandé une fois de plus un "renforcement du pacte de stabilité et de croissance" de l'Union européenne, avec une "quasi-automaticité des sanctions" à la clé pour les pays ne respectant pas les règles de discipline budgétaire. Ce renforcement doit d'abord se faire en exploitant toutes les possibilités des traités européens actuels, avant d'envisager, seulement dans un second temps, "un changement de traité", a-t-il plaidé. Les marchés financiers ont été agités la semaine dernière par les craintes d'une rechute de la croissance mondiale, en raison d'indicateurs décevants aux Etats-Unis et de doutes sur la solidité de l'économie chinoise.

Affaire Bettencourt : Florence Woerth dénonce les mensonges et la calomnie

lorence Woerth, l'épouse du ministre du travail Eric Woerth, s'emporte. Elle a dénoncé samedi "l'injustice", les "mensonges" et "calomnies" dont son mari est, selon elle, la victime dans l'affaire Bettencourt. "Cela ne l'atteindra pas", a dit Mme Woerth sur BFM-TV. "Il est plus qu'intègre, on ne pourra rien lui reprocher. C'est plus que de la calomnie", a-t-elle ajouté.
Mme Woerth a qualifié de "folie collective" l'emballement politique et médiatique autour de l'affaire Bettencourt et les mises en cause de son mari dans le cadre de cette affaire.
Florence Woerth travaillait depuis 2007 pour la société gérant la fortune personnelle de Liliane Bettencourt, héritière du géant des cosmétiques L'Oréal, alors que son mari était ministre du Budget. Elle a récemment admis avoir "sous-estimé ce conflit d'intérêts" et a démissionné de cette société fin juin.

Beaucoup dans l'opposition et les médias laissent entendre que M. Woerth pourrait avoir abusé de ses fonctions pour favoriser Mme Bettencourt, mais aucune preuve d'un tel comportement n'a été apportée. M. Woerth affirme sa totale probité et se dit victime d'une tentative de déstabilisation, alors qu'il doit mener l'impopulaire réforme des retraites, chantier phare de la deuxième moitié du mandat du président Nicolas Sarkozy. M. Sarkozy et le gouvernement que dirige François Fillon ont apporté de manière répétée leur soutien à M. Woerth. Par ailleurs, l'avocat de Florence Woerth a formellement démenti samedi des informations de presse selon lesquelles sa cliente se serait souvent rendue à Genève au cours des dernières années.

"La Tribune de Genève et Libération prétendent que Mme Woerth aurait été vue et qu'elle se trouverait très régulièrement à Genève. Ces affirmations fausses participent de la tentative de déstabilisation dont le mari de ma cliente est victime", a déclaré Me Antoine Beauquier dans une déclaration. Ces quotidiens ont publié vendredi et samedi des propos prêtés à un banquier anonyme selon lequel Eric Woerth "ne pouvait pas ignorer que sa femme venait très régulièrement à Genève" ces deux dernières années. Et "ce n'était certainement pas pour voir son jet d'eau", selon ce banquier anonyme. Mais selon Me Beauquier, "Mme Woerth n'a effectué au cours de ces dernières années que deux déplacements à Genève : le 11 janvier et le 29 mai 2008". "A l'exception de ces deux déplacements professionnels parfaitement transparents, elle n'a eu aucun rendez-vous en Suisse. Je mets au défi quiconque de soutenir l'inverse à visage découvert", a déclaré l'avocat.

Selon lui, "la réalité c'est qu'Eric Woerth a été le seul ministre du budget à s'attaquer à l'évasion fiscale, ce qui a permis à l'Etat français de bénéficier de plus d'un milliard (d'euros) de recettes". "En agissant avec une telle détermination, il a nécessairement porté atteinte à certains intérêts financiers suisses. Que ceux qui ont fait leur fortune grâce aux capitaux français lui en veuillent, c'est une évidence, qu'ils se vengent en portant de faux témoignages contre son épouse est indigne", a conclu l'avocat.