TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 6 juillet 2010

Le commentaire politique de Christophe Barbier du 05 juillet


lundi 5 juillet 2010

Let them eat cake (or smoke cigars)

THE resignation of two French junior ministers on July 4th was the first fall-out from a series of mini-scandals that for weeks has been undermining the credibility of President Nicolas Sarkozy’s government. Alain Joyandet, in charge of overseas aid, and Christian Blanc, who headed plans to create a Greater Paris region, both resigned after a public outcry at their behaviour. The former had hired a private jet at a cost of €116,500 ($157,700) to fly to an international aid meeting in the Caribbean. The latter had charged fully €12,000 of cigars to his ministry. Is this the start of a wider clamp-down within the centre-right French government?

This is the first time in this series of affairs that a member of Mr Sarkozy’s government has paid the price for abuse of office. The president had hinted to his deputies in a closed meeting last week that he would draw conclusions from irresponsible behaviour in a government reshuffle, but not until the autumn. In particular, he mentioned the private-jet, the cigar bill, and a luxury hotel (booked by Rama Yade, the junior sports minister, in South Africa during the football world cup). But growing public indignation and media pressure made it difficult to hold off. It was the Elysée Palace, the seat of the presidency, that announced the resignations, and the government’s spokesman, Luc Chatel, said that Mr Sarkozy had in reality fired them.

By itself, the loss of these two ministers is fairly minor. The fact that neither is being replaced, their portfolios merged into other ministers’, suggests that they will not be much missed. Symbolically, however, it shows that Mr Sarkozy—and his government—is at last beginning to grasp how badly these affairs have gone down in public opinion, and how much they are weakening his presidency. Mr Sarkozy’s popularity has sunk to a crushing record low of 26%, according to the latest poll by TNS-Sofres. At a time when the government is trying to raise the legal pension age from 60 years to 62, and the whiff of austerity is in the air, ministerial abuse shocks. Fully 64% of respondents told another poll by Viavoice, published on July 5th , that they thought that all politicians, on the left and the right, were “pretty corrupt”.

So far, Mr Sarkozy has made some gestures to try to show that the cost-saving effort is being shared. He has cancelled the traditional annual garden party that he throws on Bastille Day, July 14th, which cost €730,000 last year, as well as the presidential hunt. In a letter to his prime minister, François Fillon, he told ministers henceforth to travel by train rather than plane, and to reduce the number of advisers in their cabinets to a maximum of 20 each. He also said he would abolish 10,000 official cars and 7,000 official apartments by 2013, and trim ministerial budgets by 10%.

This may not be enough. There are other scandals: a minister with two official apartments, another who reportedly lodged her brothers in hers. And then there is the case of Eric Woerth, the pensions minister, currently in charge of the controversial reform. He has been caught up in a tax-evasion case linked to the Bettencourt family, which owns L’Oréal, the cosmetics giant, and for whom his wife, Florence, until recently worked. Mr Woerth, who received political donations from Liliane Bettencourt, the billionaire heiress, insists that he did nothing wrong, and that he (and his wife) knew nothing. Even assuming he is innocent, however, the perception of conflict of interest is overwhelming. Mr Sarkozy wants to keep Mr Woerth in office, at least until after pension reform has been voted in the autumn. If the political pressure on him does not die down as the summer holidays approach, he may not be able to wait that long.

La France, un pays dépouillé de ses valeurs

l y a un peu plus de soixante-dix ans, Montherlant publiait un petit livre ardent et lucide, L'Equinoxe de septembre, dans lequel il dénonçait l'esprit de Munich, décrivant l'atmosphère délétère de la France de la fin des années 1930. On y voit s'élever la coalition des égoïsmes, la haine de tous contre tous et la résignation érigée en principe. Y règne "une morale où l'indignation est appelée "mauvais caractère", où l'expression de ce qui est est appelée "inconvenance", où tout homme qui se tient à ses principes, et dit non, est décrété "impossible"". Comment ne pas percevoir l'écho que l'époque actuelle renvoie à ce tableau édifiant ?
Car notre pays semble à nouveau privé de repères, attiré vers les abîmes du renoncement. En février, un rapport du médiateur de la République décrivait une société "fracturée" et dominée par un état d'esprit "mêlant angoisse et rancœur, prêt à se déverser dans les pires exutoires". La France semble arriver à un moment où tout ce qui avait forgé son pacte républicain serait en phase de liquidation.

Et notre pays paraît se réfugier dans le repli, comme s'il se détournait de tout ce que l'Histoire lui a légué de plus fécond : l'esprit d'ouverture et la force de la tolérance. Ce qui s'érode aujourd'hui, c'est l'idée même qu'une nation puisse être d'abord une expérience commune. L'expression insidieuse de cet égoïsme triomphant, c'est cette forme collective de l'individualisme qu'on appelle communautarisme.

Comment en sommes-nous arrivés là ? La vérité est qu'un certain discours s'est répandu, signant un armistice insupportable sur l'essentiel : notre héritage, nos idéaux, notre avenir. Ce discours a atteint son point culminant avec le débat nauséabond sur "l'identité nationale". Alors se sont libérés tous les effluves du rejet qui nourrit l'envie et la haine. Il y a d'ailleurs quelque chose de désespérant dans ce mode de gouvernance fondé sur la mise sous tension permanente du corps social et l'exploitation des antagonismes.

La France d'aujourd'hui est un pays où une composante de la population est sans cesse évoquée à travers des étiquettes humiliantes, assimilée à la délinquance, à la polygamie ou à la fraude aux allocations familiales. C'est un pays où une femme, Prix Goncourt, devrait s'excuser d'écrire librement, et, de fait, se justifier d'être française. Un pays où un réseau de cinéma, dans une relative indifférence, déprogramme l'œuvre d'un cinéaste israélien, en "représailles" contre l'attitude de leur gouvernement : une censure politique qui cible la culture, au pays des Lumières…

En un mot, c'est un pays que l'on dépouille de ses propres valeurs. Ainsi, là où nos concitoyens ont soif de sens, d'exigence et de résultats, s'écrit chaque jour une petite chronique de la désinvolture, de la vacuité et même du culte vénal. Ne revenons pas ici sur ce qui a rythmé l'actualité récente et mis en lumière une République pas vraiment "exemplaire". Soulignons en revanche ce qui se dessine en arrière-plan : une véritable décadence de l'esprit public. Oui, le démantèlement de nos services publics ne se borne pas à transformer les fonctionnaires en variables d'ajustement d'une politique de court terme, il porte atteinte à l'universalité même de l'école, de la santé, de la sécurité, voire de l'information.

LE SENS DU COLLECTIF

Dès lors, comment s'étonner, devant ce spectacle d'un système dur avec les humbles et complice avec les puissants, que la France, selon un récent sondage de l'IFOP, soit le pays d'Europe où le sentiment d'injustice sociale est le plus prononcé ? Au cours des sept dernières années, les 0,01 % de Français les plus riches ont vu leur revenu croître dix fois plus vite que celui du reste de la population. Pourtant, la réforme en cours sur les retraites cible, une fois encore, les modestes, les carrières longues et souvent épuisantes. S'installe le sentiment d'une société devenue amorale, dans laquelle la défiance est finalement le sentiment le mieux partagé.

Ce pays cabossé, cette société tourneboulée, la gauche doit tenter de les convaincre que des perspectives stimulantes existent. Pour cela, il faut dire la vérité. Et d'abord sur la dramatique situation budgétaire de la France, après qu'un gouvernement ayant acté la "faillite" de nos finances publiques s'est évertué à les dilapider. La vérité, donc : dans notre pays, l'Etat vit six mois de l'année au crédit des générations futures. Gouverner consistera à rechercher des marges, en assumant des priorités claires. Nous ne pourrons pas tout, mais tout ce que nous pouvons devra être accompli. Ne cherchons pas à accréditer l'idée d'un miracle ni celle d'une absurde infaillibilité.

Concentrons-nous en revanche sur les piliers d'un projet crédible, la solidarité, l'éducation, l'innovation et la croissance écologique. Revendiquons-le : les notions de justice sociale ou de performance de nos services publics dessinent des réponses modernes qui nécessitent des moyens, des instruments ainsi qu'une organisation. Sur chacun de ces engagements, nous devrons rendre des comptes aux Français, tant ils sont las des promesses sans lendemain. Oui, la gauche a le devoir de dépasser cette confusion ambiante dans laquelle le pouvoir n'est responsable de rien puisque "c'est la faute à la crise, à la mondialisation, voire aux collectivités locales".

Ultime condition, mais décisive : il faudra rétablir un Etat impartial, garant de la séparation des pouvoirs et de l'unité nationale. Le défi de demain est social et économique, il est tout autant démocratique et éthique. Dès à présent, gardons-nous de répondre au populisme par la démagogie, fût-elle tonitruante. Faisons la démonstration d'une opposition qui puise dans le sens du collectif la force de défendre ses convictions, comme elle y puisera demain son inspiration pour faire progresser la société tout entière. Veillons-y dès à présent, quelques semaines avant l'équinoxe de septembre 2010…

Bertrand Delanoë, maire (PS) de Paris


EST CE PAR LA PÉDALE (vélib), GOUFFRE PARISIEN, QUE LES VALEURS DE LA FRANCE SERONT MIEUX RESPECTÉES ? J'EN DOUTE PAUVRE "HOMME".

La Commission européenne plaide pour le recul de l'âge de départ en retraite

a Commission européenne plaide en faveur d'un recul général de l'âge de départ à la retraite dans l'UE afin d'éviter l'explosion du système et de soulager les finances publiques des Etats, déjà plombées par la crise, dans un document qui sera présenté mercredi.

"Faire en sorte que le temps passé à la retraite ne continue pas à augmenter par rapport au temps passé à travailler aiderait à la viabilité" des caisses de retraite des pays européens, fondées sur un système de répartition où les retraités voient leurs allocations payées par les cotisations des actifs, souligne l'exécutif européen dans son rapport.
"Cela signifie augmenter l'âge auquel on cesse de travailler et l'on commence à bénéficier de sa retraite", ajoute le document. "Prolonger la période de travail au cours de la vie pour tenir compte de la hausse de l'espérance de vie permettrait d'enregistrer deux bénéfices : de meilleures conditions de vie et des systèmes de retraites plus viables", argumente la Commission.

ÂGE MOYEN DE DÉPART EN RETRAIT EN EUROPE : 61,4 ANS

Au cours des cinquante dernières années, l'espérance de vie a progressé de cinq ans en moyenne dans l'UE, selon Bruxelles, et les projections montrent qu'une nouvelle augmentation de sept années pourrait se produire d'ici à 2060. Par ailleurs, les taux de fécondité sont faibles. Résultat : alors qu'aujourd'hui on compte quatre actifs pour une personne de plus de 65 ans en Europe, d'ici à 2060 il n'y aura plus que deux actifs pour une personne de plus de 65 ans.

L'âge moyen de départ à la retraite au sein de l'UE se situait en 2008 à 61,4 ans. Face à l'augmentation de leurs déficits publics et de leur dette, de nombreux pays ont déjà entrepris de reculer l'âge de la retraite chez eux. La France veut repousser l'âge minimal de départ de 60 à 62 ans d'ici à 2018. L'Espagne veut, elle, reporter l'âge légal de la retraite de 65 à 67 ans, à l'instar de l'Allemagne qui veut le porter de 65 à 67 ans d'ici à 2029 pour une pension complète.

Coup de chaud

Ça ne sentirait pas un peu le brûlé, là ? Deux fusibles ont fondu, en tout cas, et il flotte comme un léger parfum de panique dans la maison Sarkozy. Les conditions dans lesquelles les démissions forcées d'Alain Joyandet et Christian Blanc sont intervenues hier ont plus d'importance finalement que le licenciement sec des deux sous-ministres. Ce qui frappe, c'est la fébrilité qui les caractérise. Comme si le président de la République avait été soudain saisi par l'urgence de faire des exemples pour calmer la colère du peuple. Il y a quelques jours encore, le chef de l'État évoquait un remaniement en octobre avec une sanction annoncée pour certains membres du gouvernement coupables de mauvais « comportements ». Et voilà qu'en une seule journée tout s'est accéléré. Devant l'incompréhension de l'opinion, il fallait des victimes expiatoires ! Vite. Tout de suite. Alors on a choisi les deux mauvais élèves les plus caricaturaux : le premier avait dépensé pour 12.000 euros de cigares, le second voulait trafiquer son permis de construire. Train de vie choquant, passe-droit insultant pour le droit : leurs comptes étaient bons. Pour les autres, Fadela Amara et Rama Yade, cela pouvait attendre. Leurs fautes semblaient moins nettes, moins vénales, moins symboliques. Cette hiérarchie des vices ajoute un peu plus à l'inédit d'une situation qui s'apparente à un scénario pour République bananière. Comment le chef de l'État peut-il imaginer une seule seconde que ce coup de balai express et sélectif un dimanche d'été suffira à éteindre l'impression de scandale qui, jour après jour, étend un nuage de plus en plus épais autour de l'équipe au pouvoir ? Non seulement cette précipitation ne réglera rien, mais elle risque surtout d'aggraver le malaise qu'elle prétendait dissiper. En jouant petit bras, et à contretemps, l'Élysée et Matignon viennent de commettre une double faute. Si le débarquement de Joyandet et Blanc visait à faire oublier l'affaire Woerth, et à faire retomber la pression, c'est raté. Ce coup de tonnerre dans le ciel bleu de juillet où l'information politique commençait à fondre au soleil des vacances expose un peu plus le ministre du Travail aux rayons de l'amalgame. Le voilà mis sur le même plan que ses grossiers homologues. Livré, pour le coup, aux crocs d'une presse suffisamment sur les dents pour se demander pourquoi il bénéficie d'un soutien aussi spectaculaire et surtout aussi risqué. Ce n'est plus une protection, mais une compromission, et elle lie un peu plus encore le président à son ministre. Ce matin, on se demande encore quel est l'étrange calcul de Nicolas Sarkozy tant il échappe à toutes les équations politiques prévisibles. Un coup de chaud ?

Olivier Picard

Un dur moment politique

Christian Blanc (secrétaire d'État au Grand Paris) et Alain Joyandet (Coopération) démissionnent. Au premier, on reproche d'avoir fait payer, par son ministère, 12 000 € de cigares. Au second, la location d'un avion privé aux frais de l'État et la validation contestée d'un permis de construire.

Mercredi, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu'il se séparerait, en octobre, des ministres qui adoptent des comportements « qui ne m'ont pas plu du tout ». Ce calendrier était un aveu indirect de faiblesse. Ces comportements sont d'autant plus mal vécus qu'ils surgissent à un moment où l'avenir n'a jamais été aussi angoissant.

En outre - et au-delà du cas d'Éric Woerth, ministre et trésorier d'un parti - personne, en France, n'a jamais clarifié la notion de conflit d'intérêt. Il n'est pas question d'illégalité, mais on peut évidemment y voir des fautes politiques ou morales.

On peut regretter l'emballement moutonnier des médias. On doit condamner les amalgames et les entorses à la présomption d'innocence. Mais on ne peut pas regretter que des médias, qui sont, par fonction, les vigiles de la démocratie, pointent les dysfonctionnements de notre système, lorsque ceux-ci sont avérés.

La révélation de ces dysfonctionnements par des fonctionnaires zélés, confirmée par les sanctions brandies par l'Élysée, est davantage le signe d'une dégradation de l'État que d'une vivacité de l'opposition.

À qui profitent ces polémiques ? Pas au pouvoir, évidemment. La cote de l'exécutif baisse et certains craignent que la réforme - emblématique - des retraites ne s'en trouve compromise. L'annonce, trois mois à l'avance, que le gouvernement va être remanié, enlève aussi toute autorité aux propos des ministres. Il n'est guère que François Fillon, débarrassé de tout rival, avocat de la réforme des retraites, qui en sort conforté.

Pas non plus à l'opposition. La gauche, atterrée par les propos de Ségolène Royal, redoute le procès en acharnement et sait qu'à trop en faire, elle joue contre son camp.

Ces polémiques profitent surtout aux protestataires, qu'elles abreuvent d'arguments nourrissant leur populisme. Michel Rocard et Simone Veil ont d'ailleurs aussitôt tiré la sonnette d'alarme : il faut vite désamorcer tout ce qui conduit à la crise de régime et nourrit les extrémismes.

Cet affaiblissement du pouvoir est fâcheux. La crise, dont on est loin d'avoir vu l'issue, exige des dirigeants forts et rassembleurs. Cette situation est en train d'abîmer le crédit de la classe politique.



(*) politique.blogs.ouest-france.fr
Michel Urvoy (*)

dimanche 4 juillet 2010

Le Cercle des économistes prône un grand emprunt européen

e thème des dixièmes Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, qui se sont déroulées du 2 au 4 juillet, – "A la recherche d'une nouvelle croissance" – a pu sembler à certains, dans le contexte économique actuel, un tantinet iconoclaste, tant le sentiment que la reprise espérée après la crise financière de 2008 semble aujourd'hui hors de portée pour la vieille Europe.
Celle-ci croule sous la dette publique, voit sa population vieillir, ses ambitions devenir de plus en plus prudentes. Ce choix a valu à l'organisateur de la manisfestation, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, un trait d'ironie de la part de l'un des participants, l'essayiste Jacques Attali : "Jean-Hervé a de l'humour, alors que nous sommes au bord du gouffre et qu'un piano est en train de nous tomber sur la tête."

Pourtant, comme l'a fait remarquer Patrick Artus, le chef économiste de Natixis, il existe bel et bien une "anomalie europénne" en matière de croissance. Quand la plupart des prévisionnistes prévoit en 2010-2011 une croissance de 7 % en Asie, de 4 % en Afrique et en Amérique du sud, le Vieux continent, lui devra se contenter de 1 à 1,5 %.

"STRATÉGIE DE RUPTURE"

Dès lors, comment relancer la machine ? La déclaration finale des Recontres d'Aix-en-Provence appelle, pour "bâtir une croissance européenne", à une vraie "stratégie de rupture". Les recettes sont connues et largement partagées, mais restent que très imparfaitement appliquées. Il s'agit tout d'abord de mettre en œuvre une véritable politique industrielle européenne, centrée sur les secteurs porteurs de demain (santé, énergie, technologies vertes, transports, numérique, nanotechnologies). Une orientation qui nécessite une allocation de moyens importants.

Louis Gallois, président d'EADS a ainsi appelé à une réorientation de l'épargne de long terme vers l'industrie, grâce à la mise en œuvre d'un grand emprunt européen. Une idée qui est présente dans la déclaration finale des Rencontres d'Aix. Celle-ci suggère que son pilotage passe par la création d'une "agence de la dette européenne". "Les financements traditionnels ne pourront intervenir que si l'on renforce le poids des prélèvements obligatoires sans pénaliser ni l'innovation ni le travail", précise le Cercle des économistes.

Jacques Attali va plus loin en n'hésitant pas à affirmer que si certains états européens croulent sous la dette, l'Europe, en tant qu'entité suparnationale, elle, "a de la chance, car contrairement au Japon ou aux Etats-Unis, elle n'a pas encore fait le plein de dettes". Le président de PlaNet Finance propose ainsi la création de bons du trésor européen, une façon de mutualiser la dette publique du Vieux continent et par conséquent réduire son coût global. Il affirme qu'on pourrait ainsi lever 10 % du PIB européen destinés à des dépenses ciblées porteuses d'avenir. Encore des dettes ?, s'étonneront les tenants des politiques de rigueur. Mais pour parler de croissance, "il faut se donner un peu d'air avant de mettre un peu d'ordre", repond M. Attali.

Le Cercle des économistes ne dit pas autre chose lorsqu'il souligne qu'"une rigueur mal conçue et mal coordonnée pourrait abaisser une croissance potentielle déjà faible dans les scénarios au fil de l'eau". Dans ce contexte, il appelle à "empêcher, dans les politiques de rigueur des cinq prochaines années, toute coupe budgétaire dans les investissements fondamentaux pour la base productive, et tout impôt complémentaire qui viendrait frapper le travail ou qui serait désincitatif pour l'innovation". Sans aller toutefois jusqu'à création des fameux bons du trésor européen.

"L'EUROPE NE SAIT PAS EXPLOITER SES AVANTAGES"

Il est vrai que la mesure nécessiterait un consensus européen qui pour le moment n'existe pas. On ne voit pas effectivement la vertueuse Allemagne accepter une mutualisation de la dette publique, sous pretexte de solidarité européenne. Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, lui a coupé court au débat en déclarant qu'il n'était "a priori" pas favorable à un grand emprunt européen. "Nous sommes dans une période où il faut gérer très attentivement l'ensemble des budgets", a-t-il indiqué dimanche.

Mais si la vieille Europe veut continuer à rivaliser avec les puissances émergentes il faut qu'elle soit moins timorée. Pour Henri de Castries, le président d'Axa, l'Europe pâtit de son aversion au risque, qui handicape sa croissance. Comme d'autres intervenants, il a fustigé le principe de précaution, l'exigence d'immédiateté et mis en garde contre le risque zéro qui peut avoir finallement un coût infiniment plus grand que la prise de risque.

"L'Europe ne sait pas exploiter ses avantages" a-t-il plaidé à la tribune, notamment en matière d'épargne, qui n'est pas suffisament orientée vers les entreprises. Ainsi en 2000, 20 % des actifs des assureurs étaient investis en action. Ce n'était plus que 10 % en 2007 et 5 % aujourd'hui. Dans ce domaine, le Cercle des économistes prône "un partage des risques entre public et privé, où l'Etat supporte le risque majeur de long terme comme un réassureur", principe "indispensable pour diminuer l'aversion au risque".

De son côté, Laurence Boone, chef économiste chez Barclays Capital, appelle à une réforme en profondeur du financement des PME, particulièrement en France. Pour elle, le problème "n'est pas seulement un manque de crédit bancaire, mais également un manque de diversité d'offres de financements qui ne prennent pas assez en compte les besoins spécifiques des jeunes PME". Trop souvent financées par prêts bancaires, les PME n'ont pas suffisament accès au capital risque, qui prend en compte les perspectives de croissance, pas les revenus passés. Dans ce cadre, Mme Boone estime qu'il "faut orienter les flux d'épargne chez les investisseurs qui prennent du risque et sur le long terme". Plus globalement la déclaration finale des Rencontres se prononce pour un Small Business Act européen, "pour soutenir les PME, tant par l'accès aux marchés publics que par les financements" ainsi qu'une coordination européenne de SBA, piloté par les régions.

"POLITIQUE DU CHANGE COOPÉRATIVE"

Pendant ces journées, il a été aussi beaucoup question d'éducation. "Si l'on ne s'attaque pas à la réforme du système primaire, on courre à la catastrophe", a prévenu M. Attali, pointant le taux d'éléves (un tiers en moyenne) qui à l'entrée en sixième ne maîtrise pas les bases fondamentales. La déclaration finale invite à revisiter l'ensemble des formations élémentaires et secondaires. Parallèlement, elle propose d'allouer 2 % du PIB à l'enseignement supérieur, de créer un titre de docteur européen et donc également une académie européenne d'évaluation, ainsi qu'un réseau européen de pôles de compétitivité.

Enfin pour le Cercle des économistes, le retour à la croissance passe par une "inversersion de la logique du Pacte de stabilité et de croissance", tel qu'il a été édicté par la Banque centrale européenne. Il s'agit de "gérer les taux d'intérêt, le taux de change et le déficit en considérant que l'Europe a une vraie stratégie de priorité à la croissance". Il est également question de mettre en œuvre, par la BCE, "une politique du change coopérative, donc débattue avec les autres grandes zones monétaires dans le cadre des réunions sur la stabilité des taux de change, mais qui tienne compte avant tout des intérêts de la croissance européenne".

La déclaration finale se prononce également pour une immigration choisie et, en matière de régulation financière, pour une convergeance des normes comptables et prudentielles, notamment entre les Etats-Unis et l'Europe et prône une pénalisation des activités de trading pour compte propre des banques de dépôts. "Nos pays peuvent rebondir s'ils mettent en œuvre sans plus attendre la transition vers la nouvelle croissance. L'enjeu est de rester en course vis-à-vis des Etats-Unis et des grands pays émergents", conclut la déclaration finale, sans quoi l'Europe sera réduite à "un lieu de culture et de tourisme", précise M. Lorenzi.

Stéphane Lauer

La BCE ne croit pas à une nouvelle récession en Europe

n marge des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet écarte tout risque d'une nouvelle récession, au terme d'une semaine qui a vu ce scénario inquiéter à nouveau les marchés financiers. Selon lui, "au niveau mondial, il est clair que nous sommes en phase de reprise, confirmée particulièrement dans le monde émergent, mais aussi dans le monde industrialisé". Toutefois, "la croissance n'est pas écrite dans le monde industrialisé, cela dépend de nous", estime le présdident de la BCE. "Cela dépend de la capacité des pays industrialisés à renforcer la confiance" des ménages, des entreprises, des investisseurs et des épargnants, a-t-il ajouté.
L'économiste américain Nouriel Roubini — l'un des économistes de Wall Street les plus écoutés après avoir prédit la crise financière de 2007 — estime pour sa part que la croissance économique dans la zone euro pourrait être proche de zéro cette année. "Vu les chocs des derniers mois (...), d'ici la fin de l'année, la croissance pourrait être plus proche de 0 %", alors qu'il prévoyait auparavant 1 %, a-t-il déclaré lors de ces rencontres organisées par le Cercle des économistes. Nouriel Roubini a cité comme facteurs négatifs les écarts de taux croissants sur les dettes souveraines, les tensions sur le marché interbancaire et les politiques d'austérité que la majorité des pays de la zone euro ont prévu d'engager. "Nous voyons maintenant une austérité budgétaire qui, bien que nécessaire, va se traduire par une pression déflationniste accrue", a-t-il déclaré. L'état de l'économie mondiale n'est pas très bon "mais nous n'allons pas avoir de récession à double creux (double dip)", a-t-il poursuivi.

Jean-Claude Trichet a réaffirmé que le rétablissement de la confiance passait par "de la bonne gestion budgétaire, une gestion évidemment rigoureuse", que l'on peut selon lui aussi appeler "austérité" ou "rigueur". Et il a assuré que la simultanéité des différents plans d'austérité européens ne risquait pas de nuire à la reprise, comme le redoutent plusieurs économistes mais aussi les dirigeants américains. Les marchés financiers ont été agités la semaine dernière par les craintes d'une rechute de la croissance mondiale, en raison d'indicateurs décevants aux Etats-Unis et de doutes sur la solidité de l'économie chinoise.

Le président de la BCE a aussi demandé une fois de plus un "renforcement du pacte de stabilité et de croissance" de l'Union européenne, avec une "quasi-automaticité des sanctions" à la clé pour les pays ne respectant pas les règles de discipline budgétaire. Ce renforcement doit d'abord se faire en exploitant toutes les possibilités des traités européens actuels, avant d'envisager, seulement dans un second temps, "un changement de traité", a-t-il plaidé. Les marchés financiers ont été agités la semaine dernière par les craintes d'une rechute de la croissance mondiale, en raison d'indicateurs décevants aux Etats-Unis et de doutes sur la solidité de l'économie chinoise.

Affaire Bettencourt : Florence Woerth dénonce les mensonges et la calomnie

lorence Woerth, l'épouse du ministre du travail Eric Woerth, s'emporte. Elle a dénoncé samedi "l'injustice", les "mensonges" et "calomnies" dont son mari est, selon elle, la victime dans l'affaire Bettencourt. "Cela ne l'atteindra pas", a dit Mme Woerth sur BFM-TV. "Il est plus qu'intègre, on ne pourra rien lui reprocher. C'est plus que de la calomnie", a-t-elle ajouté.
Mme Woerth a qualifié de "folie collective" l'emballement politique et médiatique autour de l'affaire Bettencourt et les mises en cause de son mari dans le cadre de cette affaire.
Florence Woerth travaillait depuis 2007 pour la société gérant la fortune personnelle de Liliane Bettencourt, héritière du géant des cosmétiques L'Oréal, alors que son mari était ministre du Budget. Elle a récemment admis avoir "sous-estimé ce conflit d'intérêts" et a démissionné de cette société fin juin.

Beaucoup dans l'opposition et les médias laissent entendre que M. Woerth pourrait avoir abusé de ses fonctions pour favoriser Mme Bettencourt, mais aucune preuve d'un tel comportement n'a été apportée. M. Woerth affirme sa totale probité et se dit victime d'une tentative de déstabilisation, alors qu'il doit mener l'impopulaire réforme des retraites, chantier phare de la deuxième moitié du mandat du président Nicolas Sarkozy. M. Sarkozy et le gouvernement que dirige François Fillon ont apporté de manière répétée leur soutien à M. Woerth. Par ailleurs, l'avocat de Florence Woerth a formellement démenti samedi des informations de presse selon lesquelles sa cliente se serait souvent rendue à Genève au cours des dernières années.

"La Tribune de Genève et Libération prétendent que Mme Woerth aurait été vue et qu'elle se trouverait très régulièrement à Genève. Ces affirmations fausses participent de la tentative de déstabilisation dont le mari de ma cliente est victime", a déclaré Me Antoine Beauquier dans une déclaration. Ces quotidiens ont publié vendredi et samedi des propos prêtés à un banquier anonyme selon lequel Eric Woerth "ne pouvait pas ignorer que sa femme venait très régulièrement à Genève" ces deux dernières années. Et "ce n'était certainement pas pour voir son jet d'eau", selon ce banquier anonyme. Mais selon Me Beauquier, "Mme Woerth n'a effectué au cours de ces dernières années que deux déplacements à Genève : le 11 janvier et le 29 mai 2008". "A l'exception de ces deux déplacements professionnels parfaitement transparents, elle n'a eu aucun rendez-vous en Suisse. Je mets au défi quiconque de soutenir l'inverse à visage découvert", a déclaré l'avocat.

Selon lui, "la réalité c'est qu'Eric Woerth a été le seul ministre du budget à s'attaquer à l'évasion fiscale, ce qui a permis à l'Etat français de bénéficier de plus d'un milliard (d'euros) de recettes". "En agissant avec une telle détermination, il a nécessairement porté atteinte à certains intérêts financiers suisses. Que ceux qui ont fait leur fortune grâce aux capitaux français lui en veuillent, c'est une évidence, qu'ils se vengent en portant de faux témoignages contre son épouse est indigne", a conclu l'avocat.

samedi 3 juillet 2010

Aubry : "La République abîmée" par "trois ans de sarkozysme"

C'est un jour important pour le PS. Samedi 3 juillet, les socialistes organisent, à Paris, leur Convention nationale sur la rénovation afin d'entériner le texte sur la rénovation avec primaires et non-cumul des mandats.

L'occasion pour la patronne du PS Martine Aubry de dénoncer trois ans de sarkozysme. "Notre rénovation est d'autant plus nécessaire que notre République et notre démocratie sont aujourd'hui abîmées alors que la France reste enfoncée dans la crise", a-t-elle lancé. "Le pacte social est précarisé, le pacte républicain est fragilisé. C'est ça le bilan de la présidence de Nicolas Sarkozy !", a-t-elle ajouté, très applaudie.

"LA RÉPUBLIQUE AUSSI EST EFFONDRÉE DANS SES FONDEMENTS"

"Nous ne nous préparons pas seulement à succéder à l'UMP, mais à réparer la France (...). Si la démocratie est abîmée par trois ans de sarkozysme, la République aussi est effondrée dans ses fondements", a-t-elle jugé. La patronne du PS a aussi dénoncé "un entrelacs fâcheux entre le pouvoir politique et les intérêts de l'argent", évoquant notamment l'affaire Bettencourt-Woerth.

Ces propos ont aussitôt été dénoncés par Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille qui a estimé que "l'anti-sarkozysme aigu [de Martine Aubry] et ses violentes attaques infondées envers le président de la République ne feront jamais un programme politique". "Le Parti socialiste ? C'est trois ans à essayer de se rénover, trois ans à tenter de calmer les bagarres internes, trois ans à oublier la France", écrit-elle dans un communiqué.

COMMENT CETTE COCHONNE PEUT-ELLE DIRE DES BÊTISES AUSSI ÉNÔÔÔÔRMES QU'ELLE ?
ELLE, QUI A ABÎMÉ LA FRANCE DEPUIS DIX AVEC LES 35 HEURES ?

Nos cerveaux attaqués par le net… vraiment ?

Arrêtez tout de suite de lire cet article, il pourrait vous rendre stupide ! Ne cliquez pas sur les liens, ils pourraient vous distraire !

Tel est le cri d'alarme que lancent (à nouveau) quelques Cassandre des nouvelles technologies, estime Nick Bilton pour le New York Times. Nicholas Carr (blog), dans son nouveau livre, The Shallows (qu'on pourrait traduire par "le bas-fond", pour désigner quelque chose de peu profond, de superficiel, de futile : le livre est sous-titré "ce que l'Internet fait à nos cerveaux"), affirme qu'Internet, les ordinateurs, Google, Twitter et le multitâche transforment notre activité intellectuelle au détriment de notre capacité à lire des choses longues, activité critique pour le fonctionnement de nos sociétés. Carr estime que le web avec son hypertexte coloré et son abîme sans fin d'informations morcelées, nous rend stupide, comme il le résume dans une tribune publiée récemment sur Wired pour présenter son livre :“Il n'y a rien de mal à absorber rapidement et par bribes des informations. Nous avons toujours écrémé les journaux plus que nous ne les avons lus, et nous gérons régulièrement les livres et les magazines avec nos yeux pour en comprendre l'essentiel et décider de ce qui nécessite une lecture plus approfondie. La capacité d'analyse et de navigation est aussi importante que la capacité de lire et de penser profondément attentivement. Ce qui était un moyen, un moyen d'identifier l'information pour une étude plus approfondie, est devenu une fin en soi, est devenu notre méthode préférée à la fois pour apprendre et analyser. Éblouis par les trésors du Net, nous sommes aveugles aux dégâts que faisons peser sur notre vie intellectuelle et notre culture.

Ce dont nous faisons l'expérience est, dans un sens métaphorique, une inversion de la trajectoire de civilisation : nous évoluons de cultivateur de la connaissance personnelle en cueilleurs de la forêt de données électroniques. Dans ce processus, il semble que nous soyons voués à sacrifier une grande partie de ce qui rend nos esprits si intéressants.”

Soucieux de propositions concrètes, Nicholas Carr va même jusqu'à proposer de repousser les liens hypertextes en fin d'article, pour faciliter la lecture et la concentration et éviter toute distraction (voir Narvic, “Le lien est-il en train de tuer le texte ?”).

L'EXPÉRIENCE MODIFIE LE CERVEAU… ET ALORS ?

Pourtant, tout le monde n'est pas aussi catégorique. Le psychologue et cogniticien Steven Pinker rappelle dans le New York Times que la défiance actuelle n'a rien de nouveau. Les mêmes choses ont été dites après l'invention de l'imprimerie, des journaux, du livre de poche ou de la télévision. C'est la fonction même de nos cerveaux d'apprendre de nouvelles choses. “Les critiques des nouveaux médias utilisent parfois la science elle-même pour faire valoir leur cause, en invoquant des recherches qui montrent comment “l'expérience peut modifier le cerveau”. Mais les neuroscientifiques roulent des yeux à un tel discours. Oui, chaque fois que nous apprenons une information ou une compétence, la façon dont sont reliés nos neurones change. L'existence d'une plasticité neuronale ne signifie pas que notre cerveau est une masse d'argile broyée par l'expérience.”

Le journaliste scientifique, Jonah Lehrer, auteur de Comment nous décidons, affirme également dans une magistrale réponse à Nicholas Carr qu'il est encore trop tôt pour tirer une conclusion sur les effets négatifs du web. Les éléments de preuves qu'utilisent les Cassandre de l'Internet pourraient tout à fait être utilisés pour affirmer que nous ne devrions pas marcher dans une rue parce que la charge cognitive y est beaucoup trop grande, comme l'affirmait en 2008 un groupe de scientifique de l'université du Michigan, montrant les effets dramatiques d'une ballade en ville sur la mémoire, la maîtrise de soi et l'attention visuelle (voir “Comment la ville nuit-elle à notre cerveau”). “Sur la base de ces données, il serait facile de conclure que nous devrions éviter la métropole, que les rues de nos villes sont un endroit dangereux et qu'il vaudrait mieux rester à la maison et jouer sur Google. Ce serait un argument à courte vue, basée sur une lecture limitée d'un ensemble très limité de données”, répond Lehrer.

Carr soutient que nous sommes en train de nous saboter, en passant d'une attention soutenue à la superficialité frénétique de l'Internet. Selon lui, du fait de notre plasticité neuronale, nous sommes en train de devenir les miroirs du médium qu'on utilise. Pour Carr, le cerveau est une machine à traitement de l'information qui est façonnée par la nature des informations qu'elle traite.

Il ne fait aucun doute que l'Internet change notre cerveau, rappelle Lehrer. “Tout change notre cerveau”. Mais Carr néglige de mentionner que l'Internet est aussi bon pour l'esprit. Une étude sur l'ensemble des études consacrées aux effets cognitifs des jeux vidéo par exemple montre que le jeu conduit à des améliorations significatives des performances de plusieurs tâches cognitives, de la perception visuelle à l'attention soutenue. Même Tetris peut participer à une augmentation marquée de notre capacité à traiter de l'information. “Une étude en neurosciences de 2009 de l'université de Californie à Los Angeles, a constaté que l'exécution de recherches sur Google a conduit à une activité accrue dans le cortex préfrontal dorsolatéral (en comparaison avec la lecture d'un texte sous forme de livre) [voir : "Le papier contre l'électronique : lequel nous rend plus intelligent ?"]. Fait intéressant, cette zone du cerveau sous-tend des talents précis comme l'attention sélective et l'analyse intentionnelle que Carr dit avoir disparu à l'âge de l'Internet. En d'autres mots, Google, ne nous rend pas stupide, car l'exercice de nos muscles mentaux nous rend toujours plus intelligents.”

L'esprit est une machine pluraliste : “Cela ne signifie pas que l'essor de l'internet ne va pas nous conduire à la perte d'importants talents mentaux”, estime Lehrer qui donne un contre-exemple frappant. “Par exemple, lors de l'alphabétisation, quand les enfants apprennent à décoder les lettres, ils usurpent gros morceaux du cortex visuel précédemment consacré à la reconnaissance des objets. Le résultat final est que les humains alphabétisés sont moins en mesure de “lire” les détails du monde naturel.”
Jonah Lehrer nous invite à faire attention de ne pas confondre les études sur le multitâche et ses effets et les études sur les effets du web, de l'Internet et des écrans et à rester prudent pour ne pas tirer de conclusions hâtives d'études imparfaites et provisoires. L'Internet ne va pas nous transformer en simples unités de traitement du signal, comme le suggère Carr.

Une grande partie du livre de Carr s'intéresse au coût cognitif des traitements multitâches, un terrain scientifique bien balisé depuis 50 ans, notamment par Herbert Simon. Le cerveau est une machine bornée et on sait bien mieux comprendre pourquoi parler au téléphone en conduisant risque de provoquer un accident, estime Jonah Lehrer. Mais même ici, les études sont complexes. Le jeu vidéo par exemple semble améliorer notre capacité à effectuer plusieurs tâches à la fois (.pdf). Certaines études ont constaté que la distraction encourage la transformation inconsciente, ce qui conduit à de meilleures décisions dans des situations complexes. En d'autres termes, s'amuse Lehrer, la prochaine fois que vous êtes confrontés à un choix très difficile, vous devriez peut-être faire un peu de multitâche pendant quelques heures… D'autres études ont constaté que les distractions temporaires peuvent accroître la créativité. Enfin, il y a également des études qui montrent les avantages à laisser son esprit vagabonder…

Pour aller dans le sens de Lehrer, il me semble que, peut-être plus que dans d'autres disciplines, les protocoles d'expérimentation des neuroscientifiques défendent souvent des thèses. On tombe facilement dans des propos radicaux autour de tout ce qui touche “les technologies de l'esprit”. La science et l'imagerie médicale semblent convoquées pour apporter des preuves. Alors que les différences de protocoles entre une étude l'autre, la petitesse des populations étudiées, nécessiterait beaucoup de prudence dans les conclusions. Ainsi, les mesures et résultats obtenus par l'imagerie par résonance magnétique sont peu reproductibles et s'avèrent bien moins fiables que ne le pensent les chercheurs qui l'utilisent, estime une récente étude.

Tout cela ne signifie pas que nous devrions toujours être distraits, mais cela suggère que l'attention n'est pas nécessairement un idéal, rappelle fort justement Jonah Lehrer. “La plus grande leçon, je pense, c'est que nous devons nous méfier de privilégier certains types de pensée sur les autres. L'esprit est une machine pluraliste.”

LA CULTURE N'EST PEUT-ÊTRE PAS BONNE POUR LE CERVEAU, MAIS C'EST UNE BONNE CHOSE POUR L'ESPRIT

Pourtant, comme Carr, Lehrer s'inquiète du risque de perte culturelle avec l'arrivée des nouvelles technologies. Comme Carr, Lehrer partage un goût pour les œuvres culturelles denses et difficiles. L'Internet, et la télévision avant lui, rendent certainement plus difficile pour les gens de se plonger dans la littérature, de trouver un moment de calme pour cela. De calme et d'ennui, car la littérature est aussi le lieu idéal de la rêverie. Elle n'est pas toujours le lieu de l'attention soutenue que désire Carr, au contraire. Mais l'argument de la défense de la culture n'a pas besoin des neurosciences pour être tenu, explique Lehrer. On n'a pas besoin d'évoquer le risque qu'encourt notre plasticité neuronale pour espérer que nous serons toujours aux prises avec des textes difficiles comme Auden, Proust ou Tolstoï. “Si nous sommes en désaccord sur la science, je pense que nous sommes d'accord sur le fait que se livrer à de la littérature est un élément essentiel de la culture. Ce n'est peut-être pas bon pour notre cerveau, mais c'est une bonne chose pour l'esprit. Nous avons besoin de Twitter et de “La terre vaine” (The Waste Land de T. S. Eliot).”

Notre cerveau n'a pas évolué naturellement pour nous permettre de lire : la lecture est une tâche contre nature, pour laquelle nos cerveaux ont besoin d'entraînement pour apprendre. Maryanne Wolf, directrice du Centre pour la lecture et la recherche sur le langage de la Tufts University et auteur de Proust and the Squid elle-même, rappelle que notre cerveau n'a pas été conçu pour lire. “Nous avons appris à le faire par une capacité extraordinairement ingénieuse de réorganisation de “pièces d'origines” – comme le langage et la vision, tous deux génétiquement programmés pour se dérouler de façon ordonné dans n'importe quel environnement nourricier.”

La recherche montre que chaque média apporte des attributs positifs, rappelle Nick Bilton. Les neurosciences ont montré que jouer à des jeux vidéo stimule des aires de notre cerveau qui contrôlent la mémoire de travail, la coordination des mains et des yeux et peut stimuler et améliorer plusieurs compétences cognitives. La lecture stimule des zones responsables de la réflexion, du raisonnement et de l'analyse critique. La narration auditive stimule des zones impliquées dans la créativité, la pensée contextuelle et les fonctions exécutives.

“On pourrait faire valoir que le Web, qui est la bibliothèque ultime de mots, vidéo, images, interactivité, du partage et de la conversation, est l'endroit par excellence pour apprendre.”


Hubert Guillaud

Liliane Bettencourt essaie de protéger François-Marie Banier

iliane Bettencourt affirme ne pas avoir subi de pressions de son ami François-Marie Banier, soupçonné d'abus de faiblesse, et accepte avec flegme que le procès intenté par sa fille soit devenu une quasi affaire d'Etat. Dans un entretien diffusé vendredi soir par TF1, mais enregistré mercredi dernier, l'héritière de L'Oréal assure également ne pas craindre la décision du ministre du budget, Francois Baroin, d'enquêter sur son patrimoine. "Qu'il fasse son métier, qu'il regarde, personne ne va l'empêcher", dit-elle.
Sa fille, Florence Meyers-Bettencourt, estime que le photographe François-Marie Banier a profité de la faiblesse de sa mère pour obtenir près d'un milliard d'euros en dons divers. Mais ce qui n'était qu'un conflit familial a provoqué une tempête politique quand l'ex-ministre du budget Eric Woerth, aujourd'hui ministre du travail, a été soupçonné d'avoir fermé les yeux sur des évasions fiscales de la milliardaire. Interrogée sur la polémique suscitée par la diffusion des enregistrements clandestins réalisés par son ancien maître d'hôtel, Mme Bettencourt a fait part de son impuissance, dans des propos parfois décousus. "Comment voulez-vous qu'on réagisse ? On ne peut qu'accepter, on est en République. C'est établi, je ne vais pas faire la révolution, non?", s'est-elle demandée.

A la question de savoir si François-Marie Banier a exercé des pressions sur elle, comme le suggèrent des enregistrements clandestins au coeur de l'affaire, Liliane Bettencourt répond : "Non, non". La première contribuable privée de France, qui dit "souffrir" du procès intenté au photographe de stars, d'autant que "c'est difficile d'entrevoir la sortie", estime que sa fille est guidée par la jalousie. "Je comprends très bien qu'une fille soit jalouse de sa mère. Moi aussi, j'étais jalouse de mon père quand je voyais des femmes tourner autour", dit-elle. Interrogé sur ses comptes en Suisse, qu'elle a confirmé détenir dans un communiqué, Liliane Bettencourt esquive. "Nous avons beaucoup d'affaires à l'étranger. Evidemment, on a des affaires, on a des immeubles." Enfin, la troisième fortune de France dit ne "même pas vouloir penser" au fait que cette affaire puisse avoir des répercussions sur la marche de l'Oréal. "C'est important pour le pays. Nous sommes dans les meilleurs, pourquoi cracher dessus ?"

L'avocat de sa fille, Me Olivier Metzner, avait auparavant déclaré sur RMC et BFM TV qu'il s'agissait d'un "photomontage" plus que d'une interview. "Ce ne sera pas l'interview de Liliane Bettencourt, ce sera l'interview de ses conseillers qui ont préparé des petites fiches", a-t-il dit, affirmant que ce bref entretien avait nécessité "trois heures de préparation et d'enregistrement". Mais TF1 a assuré que l'entretien, mené par la présentatrice vedette de TF1 Claire Chazal, s'était déroulé en dehors de la présence d'un avocat ou d'un conseiller.

Accusé d'avoir profité de la fragilité psychologique de l'héritière de L'Oréal pour se faire remettre près d'un milliard d'euros de dons, François-Marie Banier risque 3 ans de prison et 375 000 euros d'amende. Le tribunal de Nanterre a décidé jeudi de reporter le procès pour un supplément d'information. Mais le parquet a fait appel pour bloquer cette nouvelle enquête sur les enregistrements pirates, qui ont notamment mis en difficulté Eric Woerth.

Confusion des genres


Franchement, ce furent dix minutes d'épreuve. Un spectacle gênant pour le téléspectateur et dégradant pour le journalisme télévisé. Comment qualifier d'information digne et respectable l'interview laborieuse d'une femme de 87 ans dont l'œil brille encore des éclairs d'une intelligence sporadique mais dont l'esprit ne parvient manifestement plus à soutenir une réflexion continue ? Les coupes à la hache opérées au montage pour le 20 heures de TF1 ont peiné à masquer les évasions de la lucidité en fuite de Liliane Bettencourt. Ne restèrent derrière elles que les cailloux égarés d'une destinée évaporée dans les brumes impudiques de la vieillesse. Ce triste épisode d'un feuilleton d'État fait monter d'un degré supplémentaire la pression des médias sur une affaire que le pouvoir n'a cessé de minimiser. Le résultat de ce déni, c'est le triomphe de l'émotion sur l'information, de l'intuition sur l'investigation, du doute sur la vérité, et au final du soupçon sur toute autre analyse rationnelle. De là à mettre en accusation les réquisitoires prématurés d'une presse qui se prendrait pour la justice, il n'y a qu'un pas, franchi allègrement par les collègues défenseurs d'Éric Woerth. Les jours passent, en effet, et aucune preuve ne vient étayer l'hypothèse d'une corruption du ministre, fût-elle par omission. Le jeu de massacre des révélations distillées au compte-gouttes est peu ragoûtant, mais l'amalgame prospère sur une vraie culpabilité de celui qui s'amusait il n'y a pas si longtemps d'avoir une mine d'expert-comptable. Le voilà qui doit payer pour les mauvais calculs d'une communication gouvernementale dépassée par une étonnante candeur. Comment continuer d'affirmer avec aplomb que le cumul des fonctions de ministre du budget et de trésorier du parti majoritaire ne pose aucun problème, quand l'ambiguïté relève du bon sens le plus élémentaire ? Comment invoquer sérieusement la liberté des femmes pour continuer de justifier le droit de Florence Woerth à gérer les biens de la femme la plus fortunée de France, quand un tel choix professionnel fait naturellement désordre quand on est l'épouse d'un ministre du budget ? Si le scandale prend une telle ampleur, c'est parce qu'il dénonce l'arrogance d'un début de quinquennat où ces petits détails pouvaient apparaître bien dérisoires aux yeux d'une équipe triomphante. Négliger la valeur que ces peccadilles avaient prise avec la crise a été une erreur lourde de conséquence. L'attentisme du président de la République et du premier ministre qui peinent à en tirer les conséquences - sereinement, simplement, mais immédiatement - pourrait en être une autre. On ne parie pas sans danger sur la lassitude d'une opinion définitivement passionnelle.

Olivier Picard

Chaud


Il fait chaud. Trop chaud, trop vite. Cela épuise, au réveil de nuits sans sommeil, fenêtres ouvertes sur les bruits de la rue. Les vacances sont là, on ne les avait pas vues arriver. Le Tour de France s'élance, quand le deuil n'est pas encore fait des Bleus. Les ministres gaffeurs préparent leurs valises, mais ne partiront que cet automne... Dans ce désordre général, nos horloges biologiques s'affolent. Nous voilà tous exaspérés par la crise et sa rigueur qui ne dit pas son nom, en colère contre les scandales qui se multiplient, agacés par ces polémiques qu'on n'arrive même plus à suivre, tous énervés et au bord de l'explosion, comme un automobiliste embouteillé avec deux gamins qui pleurent à l'arrière, comme les artistes brésiliens face aux crampons bataves. L'envie est forte de crier stop ! On arrête tout, on se repose et on boit frais. Allez, bon week-end.


Sarkozy, à la manière d'Escalettes

"Admis ou pas ?" A l'aube des grandes vacances, la question court sous les préaux. Avant de tomber dans les bras de juillet, il faut savoir de quoi septembre sera fait. Les candidats à la réussite rongent leur frein, encore quelques jours d'angoisse.

Le verdict des examens approche... sauf dans la classe Matignon. Le superproviseur, Nicolas Sarkozy, y a repéré une poignée de "cancres" et le claironne abondamment. Il tait encore leurs noms, tout en pointant "des comportements inadmissibles". Assez pour qu'on esquisse la liste des futurs "recalés". Rama Yade, Christian Blanc, Alain Joyandet, Fadela Amera - voire un "bon élève" comme Eric Woerth - doivent se sentir visés.

Mais la sanction, sous forme de "remaniement", ne tombera qu'à l'automne... une fois bouclée la réforme des retraites. Claude Guéant, en "surgé" vachard, en rajoute une couche : "Préparons-nous à un gouvernement resserré".

En attendant, penauds, les ministres piquent du nez. Le dernier trimestre va être long... Comment bien travailler, aussi, se sachant déjà exclus par le conseil de discipline ! Cet étrange "management" semble l'apanage des présidents débordés. Ainsi Jean-Pierre Escalettes, plutôt que d'évincer Domenech avant la Coupe du monde, préféra lui annoncer qu'il serait viré après. On connaît le résultat.

Le danger afghan

« On ne gagnera pas la guerre en Afghanistan, pas plus que les Russes qui s'y sont cassé les dents ! » Voilà l'opinion de militaires de haut rang qui ont de plus en plus l'impression que les États-Unis et leurs alliés s'y enlisent.

Un général prestigieux vient d'être limogé par Barack Obama. Cela ne signifie aucunement un changement de stratégie du gouvernement américain. Celui qui le remplace est partisan d'une lutte qui, évitant les bavures et autres dégâts collatéraux, pourrait gagner à la cause du gouvernement afghan les populations soumises à la pression des talibans.

Tant mieux si l'on s'efforce enfin d'éviter les atteintes aux civils, mais les troupes ont l'impression d'être encore plus exposées parce qu'elles sont retenues dans leur action. Le moral s'en ressent d'autant plus que la guerre se fait plus meurtrière. Depuis six mois, le nombre des tués de la coalition occidentale (322) a déjà dépassé celui de l'année 2008 (295). On compte 102 morts rien que pour ce mois de juin.

Cependant, le fond du problème est ailleurs. Dans les pays musulmans, la présence étrangère est très mal ressentie. Ceux qu'ils nomment les « infidèles » veulent leur imposer leur manière de voir, de vivre et d'agir qu'ils appellent la démocratie. Ils donnent ainsi l'impression de s'en prendre à leur société, à leur nation. Même si certains ¯ et sans doute beaucoup ¯ déplorent l'extrémisme islamiste, l'action des étrangers sur leur sol leur paraît inacceptable.

Quant à la police et à l'armée afghane en formation, on devine la fragilité de leur fidélité. Comme toujours en pareil cas, il y a ceux qui sont prêts à virer de bord le jour venu...

Une autre attitudedevient nécessaire

Notre volonté de nous maintenir en Afghanistan tout en annonçant notre départ dans quelques mois brouille tous les messages. Cela crée une grande incertitude dans les forces afghanes et un grand espoir chez leurs adversaires.

On commence à s'apercevoir que nous nous épuisons et que, par exemple, les États-Unis peinent à trouver les hommes en nombre suffisant pour maintenir leur pression. Ils seraient sans doute incapables de faire face à d'autres conflits s'ils survenaient et seraient donc amenés à recourir à l'extrême violence de toutes leurs armes, autrement dit à une escalade immédiate dont les conséquences seraient imprévisibles. De toute manière, la détestation de l'Occident n'en serait qu'accrue. On est loin du rêve du président Bush d'apporter la civilisation et la démocratie.

Ce genre de méthode ne peut atteindre un tel but. Le vice-président américain, Joseph Biden, dit avec netteté que l'Amérique a d'autres intérêts stratégiques que l'Afghanistan, qu'elle est piégée par cette guerre interminable et qu'il faut en sortir. En effet, depuis des années, les progrès sont quasi nuls et l'on ne voit pas d'issue.

Comme le dit le général Desportes, « la priorité absolue à la ligne sécuritaire, le soutien à un gouvernement fantoche ne fonctionnent pas à long terme » (1). Et nous savons d'expérience que l'on ne gagne pas une guérilla lorsqu'elle émane du peuple et alors que l'opinion, en général, réprouve la présence des forces étrangères. Il est donc grand temps de choisir une autre attitude et de sortir d'un tel guêpier sans s'y perdre encore plus. La prolongation d'un tel engagement, loin de renforcer les intervenants extérieurs que nous sommes, les affaiblit tous sans exception et gravement.


(1) Le Monde, 2 juillet 2010.

Bettencourt: «Je comprends qu'une fille soit jalouse»

Au cours de son entretien avec la journaliste Claire Chazal, diffusé vendredi soir sur TF1, l'héritière de L'Oréal, a évoqué à plusieurs reprises l'attitude de sa fille, tout en affirmant qu'elle aimerait la revoir.

L'entourage de Liliane Bettencourt y songeait depuis plusieurs semaines. Pour tenter de prouver par l'image que ses 88 ans ne l'empêchent en rien de gérer sa fortune, l'héritière de L'Oréal a accordé à la journaliste Claire Chazal un entretien réalisé mercredi dans sa propriété de l'Arcouest, près de Saint-Brieuc. Ce témoignage d'environ huit minutes, diffusé vendredi soir au journal de 20 heures de TF1, est le premier accordée par la milliardaire depuis que sa fille a porté plainte pour «abus de faiblesse» en décembre 2007. S'il n'apporte aucune révélation sur le fond du dossier, il permet de se faire une idée de l'état d'esprit qui anime actuellement la milliardaire.

A la journaliste, qui lui demande si elle s'est jamais sentie victime d'«abus» ou de «pressions» émanant de François-Marie Banier, Mme Bettencourt répond d'un filet de voix assuré, quoi que discret : «Non, mais je comprends très qu'une fille soir jalouse de sa mère. Moi aussi, j'ai été jalouse de mon père et des femmes qui tournaient autour de lui. La jalousie, c'est un sentiment qui n'est pas méchant, mais véridique...» De Banier, elle précise qu'il s'agit d'«un homme très intelligent»avant d'avouer qu'elle ignore s'il reste son ami. «Je l'espère, mais toute cette histoire a été, comme on dirait en anglais, «overdone» - très exagérée...»

Interrogée sur les réactions de l'opinion, qui a été choquée par l'importance de ses libéralités, celle-ci répond en deux temps. Conciliante, d'abord: «Je le comprends très bien mais est-ce qu'il faut toujours compter, quand on peut ne pas tout à fait compter?» Puis pugnace: «Choquée par quoi? Parce que j'ai donné de l'argent? Mais c'est de la fantaisie. Ce qui compte, c'est un pays, une affaire...»

Visiblement peu désireuse de s'étendre sur les soupçons d'évasion fiscale mis au jour fin juin, la milliardaire dit simplement son intention de se plier aux contrôles annoncés par le ministre du Budget, précisant: «Qu'il fasse son métier, personne ne va l'empêcher». De même, elle refuse d'envisager que L'Oréal puisse pâtir du climat actuel. «Je ne veux même pas y penser. L'Oréal, c'est important pour le pays et pour les gens qui y travaillent.»

Revenant sur l'attitude de sa fille, enfin, Liliane Bettencourt confesse sa tristesse et témoigne: «Evidemment, comment ne pas souffrir? C'est déprimant...». «Evidemment» aussi, elle aimerait revoir Françoise Bettencourt Meyers mais ne semble guère y croire. «Vous croyez qu'elle a essayé? Moi, je ne le sens pas.»

vendredi 2 juillet 2010

Chevènement songe à être candidat en 2012, "la France va mal"

L'ancien ministre de la défense et président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), Jean-Pierre Chevènement, a affirmé qu'il envisageait d'être candidat à l'élection présidentielle de 2012, dans un entretien publié vendredi par France-Soir. "Si j'envisage d'être candidat, c'est parce que les circonstances sont gravissimes et qu'il faut faire 'bouger les lignes'. La France va mal", a estimé le sénateur du territoire de Belfort.

"C'est bien beau de dire qu'on va retarder l'âge de départ à la retraite mais s'il n'y a plus de travail, si les entreprises veulent se débarrasser de leurs sexagénaires, comment faire ?" a ajouté M. Chevènement. "C'est injuste pour les ouvriers. La retraite à 60 ans c'était une grande conquête pour la classe ouvrière", a-t-il poursuivi. Evoquant des rumeurs sur une éventuelle candidature à la présidence du Sénat en 2011, il répond : "Je me suis uniquement déclaré disponible pour l'élection présidentielle de 2012."

DANS CE FATRAS DE POUILLEUX DE LA RÉPUBLIQUE, CHEVÈNEMENT EST LE PLUS REPRÉSENTATIF DE L'INUTILE. QUE VIENDRAIT-IL FAIRE DANS UNE COURSE OÙ, ET IL LE SAIT, IL NE REPRÉSENTE QU'UNE MINORITÉ DE GAUCHISTES.


LES POLITIQUES FRANÇAIS DE GAUCHE SONT DE PLUS EN PLUS PATHÉTIQUES.


Mauvaises fortunes

La canicule menace, l'Etat conseille aux personnes âgées de demeurer à l'ombre. Liliane Bettencourt, 87 ans, se retrouve pourtant en pleine lumière. De la discrétion, pendant un demi-siècle, elle avait fait une élégance. Au soir de sa vie, le feu des médias l'inonde.

Certes, "mieux vaut être riche que pauvre, ne serait-ce que pour des raisons financières". Personne, ici, n'osera contredire Woody Allen. N'empêche, la vieille dame offre le douloureux spectacle d'une cruelle solitude. Ce genre de maladie, qui toucherait "un Français sur dix", n'épargne pas les milliardaires. A quoi sert de rouler sur l'or, si l'on ne sait plus où aller, ni avec qui voyager ?

À l'héritière de l'Oréal, il reste une fille qui ne lui parle que par avocats interposés. Et un ami très cher... factures à l'appui.

Un grand "déballage familial" s'annonçait donc, hier, devant le tribunal de Nanterre. Mais le procès fut reporté, pour cause d'invité impromptu.

Car le carnet juridico-mondain vient de s'enrichir d'un autre nom célèbre : Éric Woerth. Soupçonné de "conflit d'intérêts", le ministre du Travail sue à grosses gouttes.

A l'Assemblée, la température monte. À lui aussi, on recommande de tirer les volets. Cet été, ça risque de cogner dur...


Gilles Debernardi


Boucher

On l'avait surnommé « le Boucher de la Sarthe ». Cela sonnait bien, en Une des journaux, bien saignant et bien gore comme l'on dit aujourd'hui. Et puis c'était justifié : Dany Leprince, puisqu'il s'agit de lui, avait tué son frère, sa belle-sœur et ses deux petites nièces. Il les avait sauvagement assassinés avec une feuille de boucher - d'où le surnom… C'est du moins ce qu'avait décidé la justice, malgré les protestations d'innocence de Dany Leprince. Puis le doute n'a cessé de croître. Mais la justice se hâte toujours lentement, surtout pour reconnaître ses erreurs. Elle vient enfin de le faire, après seize ans. Elle aurait établi que Dany Leprince ne pouvait matériellement être présent au moment des meurtres, tout simplement. Bon, il ne nous reste plus qu'à mettre à la Une : « L'Innocent de la Sarthe ». Mais nous le savons tous, ce sera beaucoup moins vendeur que le Boucher.

Un parfum venu de si loin

La richesse fascine. Et l'immense richesse plus encore. Pour la quasi-totalité des Français, même les plus aisés, Liliane Bettencourt, troisième femme la plus riche du monde selon Forbes, vit à des années lumière, sur la planète sociale la plus éloignée de la leur. Patrimonialement parlant, l'icône capitaliste, héritière d'Eugène Schueller, créateur de L'Oréal, est une extra-terrestre. L'amusant paradoxe, par rapport à d'autres richissimes, est que la fortune ainsi amassée repose sans fard sur le succès commercial des innombrables flacons multicolores qui peuplent les salles de bains de millions de familles. A l'écart des codes économiques du luxe, les revenus de L'Oréal ont une base extraordinairement large. Liliane Bettencourt a longtemps incarné une forme de réussite sans tache qui rayonnait en quelque sorte sur tous les Français. Intouchable, la dame de Neuilly était une sorte de reine d'Angleterre à usage républicain, une Windsor sans couronne, toute entière dédiée à la méritocratie française. Une image dans son apparente modestie dont chacun, au fond, pouvait se croire fier. Le miroir tendu par l'affaire Banier a fait voler en éclat ce complaisant reflet. Il ne fait aucun doute que les Français se sont pris de passion pour cette affaire de soupçon d'abus de faiblesse, corsée de domestiques indélicats et de supposées faveurs politiques. Or le parfum dégagé par cette tambouille familiale n'est pas aussi nauséabond qu'on pourrait le croire. Moins putride en tout cas que les effluves des indélicatesses ministérielles resservies chaque mercredi. Les cigares sentent moins bon que les shampooings, c'est ainsi. Pourquoi cette absence de répulsion ? Le peuple, friand de tragédies familiales, n'a pas envie de voir s'exiler fiscalement une telle source de scénarios, cette machine à rêve cinématographique. Chaque famille française, dans notre pays vieillissant, ne peut que se sentir intimement concernée par le triangle de tensions que forment la dépendance, la séduction et le don. Il y a gros à parier que ce ne sont pas les manœuvres politiques, aux ficelles un peu épaisses, qui entretiendront le plus l'intérêt pour les secrets du tandem Banier-Bettencourt. Le ressort du drame est bien plus intérieur - et universel.

Antoine Latham

Une victoire du droit

Son affaire n'a pas occupé très longtemps la une des médias. Coupable ? Innocent ? Après l'horreur du fait divers, ce quadruple meurtre en huis clos familial, Dany Leprince, affublé du sobriquet de « boucher de la Sarthe », pouvait crier son innocence, nul ne l'entendait. Hormis son comité de soutien et, enfin, hier, la commission de révision de la Cour de cassation.

Dans quelques jours, après seize ans de détention, cet homme va recouvrer la liberté, à défaut d'être totalement et définitivement blanchi. C'est incontestablement la victoire du droit, la victoire du doute, une victoire pour cette justice dont on a souvent dit, écrit et dénoncé l'incapacité à se déjuger. Les cas de révision des grands procès criminels sont, en effet, très rares. Six depuis 1945, dont la célèbre affaire Dils. Reconnaître une erreur judiciaire, admettre qu'une enquête a pu être imparfaite, bâclée, ou détournée demeure une épreuve pour des magistrats attachés à l'autorité de la chose jugée.

Les temps changent. Les grandes affaires symboliques, celles des Seznec et des Dominici, ont marqué la conscience populaire, ébranlé les certitudes des juges. La justice du XXIe siècle ne peut pas se réfugier dans sa tour d'ivoire et balayer, d'un revers de manche, les doutes et les cris d'innocence. Ce n'est pas un hasard si les deux avocats qui obtiennent la libération anticipée de Dany Leprince ¯ condamné à perpétuité et vingt-deux ans de période de sûreté ¯ sont Mes Bredin et Baudelot, les deux avocats qui ont défendu la mémoire de Guillaume Seznec pendant près de vingt ans.

La justice évolue parce que le principe de l'intime conviction, qui forge les décisions des jurés des cours d'assises, peut désormais être remis en cause par une contre-enquête scientifique et policière. Dans le cas de la tragique affaire de Thorigné-sur-Dué, comment expliquer que l'on ne retrouve pas l'ADN du condamné sur les lieux du carnage ? La révision d'une condamnation repose sur la notion de « fait nouveau », inconnu de la cour d'assises de l'époque, « de nature à faire naître un doute ». Dans la plupart des cas, jusqu'alors, le fait nouveau déniché était jugé insuffisant ou sujet à interprétation, hypothétique. Aujourd'hui, le réexamen d'une affaire, basé sur des constats scientifiques, impose sa vérité.

Dans le cas des dossiers très anciens, il est évidemment impossible de démonter pièce par pièce l'acte d'accusation. Les témoins ont disparu. En revanche, les charges réunies au moment du procès demeurent. Dans les affaires récentes, on peut, à l'inverse, pratiquer une véritable autopsie de l'enquête. L'erreur judiciaire peut-être débusquée.

La révision des grandes affaires criminelles s'est toujours heurtée à un dilemme. La justice, à la fois, rechigne à se déjuger, à fragiliser son autorité et celle de l'État. Elle craint d'ouvrir la boîte de Pandore et de voir se multiplier les requêtes en révision. Mais elle doit également ¯ c'est son honneur ¯ reconnaître et réparer ses erreurs. Le corridor entre ces deux impératifs est escarpé. La Cour de cassation l'a franchi, hier, sans hésiter. Le procès de Dany Leprince sera révisé. L'intérêt supérieur de l'équité et de l'humanité l'a emporté. La justice n'en sort pas affaiblie, mais grandie.

Le commentaire politique de Christophe Barbier du 02 juillet