TOUT EST DIT

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samedi 12 mars 2011

Crise, patrons, rémunérations : ce que pensent les salariés

 Un sondage d'Ipsos-Logica pour Altedia et « Les Echos » · L'intérêt pour le travail persiste mais la démotivation gagne · La peur du chômage s'enracine · Forte attente sur les salaires · Le stress se généralise

L'accalmie du chômage et le retour à une croissance molle n'ont pas levé les inquiétudes des salariés, selon le baromètre Ipsos pour Altedia et « Les Echos ». Plus de 7 salariés sur 10 estiment que le gros de la crise industrielle reste à venir et 41 % s'attendent à vivre une période de chômage ces prochaines années. Les salariés restent attachés à leur travail et à leur entreprise, mais s'impatientent. Ils exigent des gestes sur les salaires, des perspectives d'évolution et une plus forte reconnaissance.

 

lundi 17 janvier 2011

CGT : les vraies raisons d'un faux durcissement

Elle boycotte, du jamais-vu, les voeux du chef de l'Etat. Elle fustige l'agenda social et décidera au « cas par cas » de s'asseoir ou non à la table des négociations. Elle rejette avec virulence l'invitation de Jean-François Copé à un « tour d'horizon social ». Depuis la fin du mouvement sur les retraites, la CGT fait feu de tout bois. Pas une occasion de durcir le ton n'est manquée. Mais à quoi joue-t-elle vraiment ? Contrairement à ce qu'elle veut faire croire, ses gesticulations ne s'expliquent pas par la seule « intransigeance » du pouvoir ou les « provocations » de l'UMP. Elles sont aussi, sinon surtout, le fruit de ses enjeux internes au sortir d'un conflit historique. Et perdu.


En interne, les plus vifs opposants à Bernard Thibault profitent en effet de l'échec du mouvement pour refaire entendre leur petite musique : à trop privilégier l'unité syndicale illustrée par son duo avec François Chérèque (CFDT) et en se refusant à appeler à la grève nationale, le leader cégétiste aurait plus accompagné que combattu la réforme, expliquent les nostalgiques de la lutte des classes et du grand soir. Le leader cégétiste veut absolument éviter que ce discours ne vienne s'enraciner dans le terreau de l'amertume inévitable des troupes après l'échec du conflit. Ses postures visent avant tout à couper court aux accusations récurrentes de trop grande proximité avec le pouvoir. « Ce n'est pas le moment d'aller boire du champagne avec Sarkozy », résume-t-on dans les couloirs de la centrale de Montreuil. Il lui faut aussi soigner l'image contestataire de l'organisation pour limiter les départs d'éventuels déçus, notamment vers Solidaires (SUD). Les reculs électoraux que vient d'accuser, ces deux derniers mois, la CGT dans ses bastions de La Poste, de la SNCF, d'EDF et de GDF Suez lui auront rappelé que le risque de se faire doubler sur sa gauche n'est pas à négliger. Dans ce contexte, Bernard Thibault est d'autant plus tenté par la politique de la chaise vide qu'il sait que peu de chantiers sociaux majeurs n'avanceront d'ici à l'élection présidentielle.


Reste que c'est un pas de côté, non un pas en arrière. Sur le fond, la CGT ne renonce en rien à la ligne impulsée depuis plus de dix ans par Bernard Thibault : celle d'un recentrage vers un syndicalisme équilibrant mieux propositions et contestation. Le constat est le même après le conflit qu'avant : les opposants à ce lent virage réformiste restent bien trop minoritaires pour espérer renverser la vapeur. Ils sont en outre victimes de leurs propres divisions, tant ils forment une kyrielle disparate de rouges vifs du PC, de lambertistes, de NPA ou de LO. Leur discours trouve peu d'écho au sein de l'appareil confédéral, d'autant que Bernard Thibault a pris soin, lors du congrès de décembre 2009, de dessiner un bureau et une commission exécutive (le parlement de la CGT) à sa main, afin d'avoir les coudées franches pour son probable dernier mandat. Lors du conflit des retraites, même les fédérations les plus dures, comme les cheminots et l'agroalimentaire, avaient bon an mal an avalisé la tactique retenue. La révolution n'est pas pour demain, pas plus à la CGT que dans la rue.


Un durcissement durable de la CGT est d'autant plus improbable que, à y regarder de près, le virage réformiste paraît même sortir plus conforté que fragilisé par le conflit. Qu'a, au final, appris le mouvement à la centrale ? Comme le résume un de ses principaux dirigeants : « Il nous a confirmé qu'on ne peut plus vraiment bloquer le pays. Il nous a surtout appris qu'on peut mettre 3 millions de personnes dans la rue pendant deux mois, ce qui est exceptionnel... et pourtant ne rien obtenir, ce qui est un vrai problème. La question, ce n'est pas celle de la ligne de la CGT, mais des moyens de peser plus à l'avenir face au politique. »


La réponse est simple : il s'agit de gagner des adhérents. Dans le désert syndical français (à peine 5 % de salariés syndiqués dans le privé), ce n'est pas de combativité que manque la CGT, c'est de troupes. Les siennes sont vieillissantes et l'affaiblissement de l'organisation obsède Bernard Thibault. Beaucoup reste à faire, tant paraît loin l'objectif du million de cégétistes qu'il s'était fixé. Certes, les adhésions sont reparties à la hausse depuis 2001, mais à une allure de sénateur, passant en dix ans de 650.000 à un peu plus de 700.000 aujourd'hui. Dont un bon quart de retraités. Plus que jamais, la centrale ne peut plus se reposer uniquement sur ses bastions traditionnels des fonctionnaires et des entreprises publiques. Sa priorité absolue, réaffirmée lors du dernier congrès, est de conquérir de nouveaux territoires dans le privé. Or, comme l'explique le sociologue Jean-Marie Pernot (Ires), spécialiste de la CGT, « cela implique d'obtenir des résultats et, au final, de sortir de l'idéologie pour devenir pragmatique ».


La réforme des retraites lui aura permis de faire un vrai pas en ce sens. Toutes les études et sondages témoignent que l'image des syndicats, dont la CGT, a été renforcée par le conflit. Selon une étude TNS Sofres-Dialogues, le taux de confiance envers les syndicats a bondi de 46 % à 54 % - un niveau record -entre septembre et novembre. Les Français ont apprécié leur pragmatisme, leur capacité à rester unis et leur bon équilibre entre combativité et refus de la radicalisation. C'est précisément l'approche qu'avait retenue Bernard Thibault et il semble en récolter déjà les fruits : la centrale revendique 44.000 nouveaux adhérents gagnés durant le conflit. Reste à savoir combien d'adhérents auront à l'opposé rendu leur carte, mais ce nombre s'annonce bien plus limité. Et la leçon est claire. Ce n'est pas en se repliant et en se radicalisant que la CGT avancera. C'est en s'assouplissant et en s'ouvrant.

mardi 23 novembre 2010

Retraites : la CFDT gagne à perdre

C'est une CFDT pressée d'en finir et déjà rassérénée qui se mobilisera cet après-midi une dernière fois contre la réforme des retraites. A l'heure du baroud d'honneur, le constat premier n'est certes guère réjouissant pour les syndicats : la partie a été perdue et, par sa fermeté, Nicolas Sarkozy aura finalement souligné les limites de l'action syndicale. Mais tandis que chacun fait les comptes à l'issue d'un conflit hors normes, le leader cédétiste, François Chérèque, peut se targuer d'avoir atteint l'essentiel de ses vrais objectifs. Décryptage d'une tactique basée sur l'art de gagner à perdre…


Toute la stratégie de la CFDT doit en effet se lire à l'aune du double point de départ de sa réflexion. Primo, elle n'a jamais cru possible de faire reculer Nicolas Sarkozy sur les passages à 62 et 67 ans. Les contraintes budgétaires étaient là, le chef de l'Etat en faisait un marqueur politique. La CFDT le savait. Secundo, elle a renoncé d'emblée à négocier une réforme incluant des reports des bornes d'âge. Il était hors de question pour elle d'endosser une partie de son inévitable impopularité. Le souvenir du cauchemar de 2003, où elle était sortie vilipendée, déchirée et isolée de son soutien de dernière minute à la réforme Fillon, était encore vivace. Dans l'organisation en général, et chez François Chérèque en particulier, lui que l'épisode, une année à peine après son arrivée à la tête de la centrale, avait beaucoup meurtri.


Impossible ou presque d'empêcher la réforme, exclu de l'accompagner : dans ce contexte, la CFDT a vite compris qu'il fallait tout faire pour rendre la défaite annoncée la plus profitable possible pour son propre avenir. D'un bout à l'autre du conflit, son véritable objectif aura été de soigner son image combative en vue de se racheter une virginité après sa « trahison » de 2003. C'est ce qui explique, malgré des divergences de fond profondes sur la question des retraites, la proximité que François Chérèque aura savamment affichée avec son homologue cégétiste, Bernard Thibault. Ce mariage de raison a été payant. L'opinion lui sait gré d'avoir orchestré l'unité syndicale sans jamais tomber dans la radicalisation excessive. Le soutien des Français au mouvement a fait gagner la CFDT en audience, popularité et légitimité. Cela lui a permis de continuer à faire le vide autour d'elle. Dans le prolongement de la réforme de la représentativité de 2008 et des manifestations de 2009 contre la crise, le conflit sur les retraites a confirmé que, côté syndical, il y a désormais le puissant tandem CGT-CFDT, aux manettes, et les autres.


Le second objectif de la CFDT était de faire infuser ses idées dans les débats en vue de batailles futures. Elle peut, là aussi, se féliciter d'avoir, en partie, « gagné la bataille de l'opinion ». Pas à pas, l'idée que la réforme « équitable » vantée par l'exécutif serait en réalité « injuste » a gagné les esprits. La centrale a alors réussi à porter les projecteurs sur les cas des salariés à métiers pénibles, de ceux qui ont commencé jeunes (les carrières longues) et des mères à carrières hachées - ses sujets de prédilection. Surtout, la CFDT a arraché, in extremis, que soit gravé dans la loi le principe d'une « réflexion nationale » en 2013 sur une réforme systémique de plus grande envergure (retraite par points), son grand cheval de bataille. C'est une forme de reconnaissance de sa capacité de proposition et cela a une conséquence directe déterminante : que la gauche ou la droite l'emporte en 2012, les retraites seront de nouveau à l'agenda politique dans la foulée. A défaut de vraiment peser lors de la première manche, François Chérèque a réussi à en ménager une seconde à brève échéance.


Le dernier objectif de la centrale était plus politique avec, en toile de fond du conflit, la présidentielle de 2012. La réforme des retraites aura largement contribué à mettre à mal des relations qui n'étaient déjà pas au beau fixe entre Nicolas Sarkozy, son conseiller social Raymond Soubie (qui vient de quitter l'Elysée) et François Chérèque. Au plus fort du conflit, le leader cédétiste a surjoué à dessein la rupture du dialogue mais le torchon a réellement brûlé. La CFDT, qui ne cache plus vraiment qu'elle mise désormais sur un retour au pouvoir de la gauche, a profité du conflit pour se réconcilier avec le PS (la brouille remontait, on y revient toujours, à 2003) et rejouer un rôle de boîte à idées d'une gauche moderne. En témoigne la tribune sur les retraites cosignée dans « Le Monde » du 9 septembre par François Chérèque et de nombreux économistes, chercheurs et personnalités de gauche (Thomas Piketty, Alain Touraine, etc.)


La CFDT ressort comme le principal bénéficiaire du conflit côté syndical mais aurait tort de s'exonérer pour autant de toute analyse autocritique. François Chérèque avait pris soin de protéger ses arrières en faisant valider par les militants eux-mêmes la position précise de la centrale, lors de son congrès mi-juin. Cela lui assure aujourd'hui un certain calme en interne mais, sur le terrain, les troupes sont aussi bien obligées de constater que l'alliance avec la CGT et un positionnement plus contestataire qu'à l'accoutumée n'auront pas permis d'arracher des gestes vraiment importants. Oui, la CFDT a beaucoup semé. Mais reste à savoir ce qu'elle va vraiment récolter. A terme, une partie de la base pourrait se demander si la centrale qui entend incarner une certaine idée du réformiste n'aurait pas eu plus à gagner à assouplir d'emblée sa position sur le passage de 60 à 62 ans, afin de mieux négocier des contreparties plus fortes. On ne le saura jamais. Mais il n'est pas interdit de le penser. Pour parer à ces interrogations et valider a posteriori cette tactique, François Chérèque espère désormais capitaliser sur les tensions nées du conflit pour obtenir des gestes sur les dossiers plus ou moins liés à la réforme, à commencer par l'emploi des jeunes et des seniors. Logique, mais incertain : de vrais gestes seront très durs à obtenir du gouvernement au vu des finances publique et, dans un contexte économique de lente reprise, les négociations avec le patronat seront ardues. Plus directement sur le dossier des retraites, le fameux « rendez-vous » de 2013 est en outre bien incertain. Sur le fond, la perspective d'un système par points fait peu d'émules : la CFDT est le seul syndicat à pousser ce scénario, le gouvernement est contre et le PS reste prudent.

vendredi 1 octobre 2010

Retraites : les syndicats lancent le sprint final en pariant sur un effet samedi

Les organisations syndicales remobilisent samedi. Ils veulent élargir le mouvement à un nouveau public avant les débats au Sénat.
Pied au plancher jusqu'au bout. A l'approche de l'examen de la réforme des retraites au Sénat (mardi), dernière étape avant son adoption fin octobre, les syndicats appellent à une nouvelle journée d'action demain. La troisième en quatre semaines, la sixième depuis mars.

Constat : ni le découragement ni la désunion syndicale sur lesquels misait l'exécutif à la fin de l'été ne se font sentir. Au contraire. La guerre des chiffres sur la mobilisation du 23 septembre a décuplé leur motivation. La « négation » par l'exécutif de l'importance des cortèges va « lui revenir comme un boomerang », assure Bernard Thibault (CGT), tandis que des défilés sont prévus dans au moins 229 villes. En agissant cette fois-ci un samedi, l'intersyndicale espère éviter un essoufflement du mouvement (la répétition des actions en semaine pèse sur les portefeuilles des grévistes) et drainer un nouveau public « plus familial et avec plus de salariés de PME et TPE ».
L'inquiétude de la majorité

Malgré un début de mobilisation le 23, les jeunes risquent toutefois de faire encore défaut. L'Unef mise davantage sur la manifestation suivante du mardi 12 octobre. Tout comme les syndicats des transports, qui ne seront pas en grève samedi (même si de nombreux agents seront dans la rue), ce qui est logique pour un samedi.

Motivés et unis donc, mais pour quel objectif ? En privé, les syndicats ne croient plus à une remise en cause totale d'une réforme dont Nicolas Sarkozy fait un marqueur politique. Mais ils constatent que les sénateurs sont troublés par le sentiment d'« injustice », profond, qu'engendre le texte. Et ils notent aussi, à raison, que le « non ferme et tranquille » lancé par François Fillon vendredi dernier cache mal l'inquiétude croissante de la majorité et de l'Elysée, qui reviennent désormais à un discours plus apaisant. Plus que jamais, les centrales espèrent donc arracher des modifications importantes au Sénat. L'exécutif, lui, scrutera attentivement l'ampleur des mobilisations et décidera en conséquence de l'importance des futurs gestes.
Contenir la base

« C'est maintenant ou jamais », comme le résume l'Unsa. Passé le vote du texte, les vacances de la Toussaint, qui débutent le 23 octobre, bouchent le calendrier. Et, surtout, la plupart des syndicats, CFDT et CGT en tête, ne jugent en réalité ni possible ni souhaitable de durcir ensuite le mouvement en lançant une grève reconductible. N'en déplaisent à FO, à Solidaires et à la FSU. Avec le risque, pour les syndicats comme pour l'exécutif, que la base ne finisse par durcir d'elle-même le mouvement, malgré les efforts de Bernard Thibault pour la contenir.

Ce phénomène reste limité mais commence à poindre. La CGT-ports et docks a appelé, jeudi, à une grève reconductible de week-end en week-end, à compter de vendredi. Soucieux de trouver une sortie de crise par le haut, François Chérèque (CFDT) a tendu une perche au gouvernement, en proposant, mercredi dans « Libération », de reporter à 2015 le vote des députés sur le passage de 65 à 67 ans. Sans succès, car pour le gouvernement cela reviendrait à abandonner un pan entier de la réforme. Le président du Sénat, Gérard Larcher, veut permettre aux mères ayant élevé trois enfants de continuer de partir à 65 ans (en finançant la mesure par le plafonnement de la bonification de 10 % de la retraite des parents de trois enfants). Solution qui, cette fois, est rejetée par les syndicats.


LES SYNDICATS S'INSCRIVENT DANS UN PATHOS QUI LES DÉPASSE : ONT-ILS COMPRIS L'URGENCE D'ABANDONNER LEUR  DOGMATISME  POUR EN VENIR AUX RÉALITÉS ?

jeudi 14 mai 2009

Les syndicats s'unissent pour exiger une relance de l'Europe sociale

a Confédération européenne des syndicats (CES) appelle à des manifestations à Madrid aujourd'hui, puis à Berlin, Bruxelles et Prague. Elle réclame un « New Deal social » et un « vrai plan de relance » basés sur la sécurité de l'emploi.
Contrairement aux idées reçues, il n'y a pas qu'en France qu'on manifeste contre la crise. A l'appel de la Confédération européenne des syndicats (CES), des « euromanifestations » sont attendues aujourd'hui à Madrid, demain à Bruxelles et samedi à Berlin et Prague. Des mobilisations plus locales sont aussi prévues à Luxembourg, Bucarest, Birmingham et Genève. La CES espère réunir, en tout, 200.000 personnes pour réclamer un « New Deal social. » Ce total reste limité, en raison notamment des faibles mobilisations prévues cet après-midi en Espagne (lire-ci dessous), mais il s'annonce toutefois plus important que lors des précédents rassemblements européens. Face à une crise qui n'épargne aucun pays et à l'approche des élections européennes du 7 juin, les syndicats s'attachent de plus en plus à unir leurs forces pour souligner que « seule l'Union européenne est en mesure de soutenir financièrement les Etats afin de combattre la crise et ses conséquences sociales ».

En relais des actions nationales des derniers mois en France, Allemagne, Islande, Grèce ou encore Italie, les 82 syndicats (issus de 36 pays) membres de la CES font de ces mobilisations le point de convergence de leur revendication commune de voir l'Europe se doter de « politiques sociales et de l'emploi mettant l'accent sur la sécurité et non sur la flexibilité ». « C'est à cette condition que l'Europe sociale prendra toute sa dimension », explique la CES, qui propose d'annexer un « protocole de progrès social » aux traités européens.
Dumping social dénoncé

Début mai, Jean-Claude Juncker, chef de file des ministres des Finances de la zone euro, a pronostiqué une « crise sociale » en Europe, potentiellement « explosive » en raison de la flambée du chômage. Mais lors du mini-sommet sur l'emploi organisé la semaine dernière à Prague, l'Union s'est contentée de dresser un catalogue général d'outils face au chômage. Dès lors, la protection de l'emploi et la revalorisation des salaires sont au coeur des revendications des organisations de salariés, qui dénoncent une « fuite en avant par le dumping social ». « La Commission ne cesse d'évoquer le développement de la libre circulation des travailleurs, mais c'est le cheval de Troie de nouvelles dérégulations. Elle s'enfonce dans les politiques qui ont mené à la crise », insiste Joël Decaillon, secrétaire confédéral de la CES.

Face à la menace de réflexes protectionnistes des Etats membres, les centrales réclament l'instauration d'un « vrai plan de relance européen », centré sur une politique industrielle commune et des efforts accrus sur la recherche pour miser sur l'économie verte à la reprise. « L'idée selon laquelle l'addition des 27 plans de relance nationaux ferait un plan européen est absurde. Il faut développer une vraie vision commune à moyen terme pour relancer le marché de l'emploi, sans quoi tous les pays seront vite confrontés, comme en Grèce, à une explosion de la jeunesse », poursuit Joël Decaillon.

Côté français, les 5 centrales membres de la CES (CFDT, CGT, FO, CFTC et Unsa) participeront aux cortèges. Après avoir obtenu fin avril l'abandon du projet de révision de la directive européenne sur le temps de travail, « il s'agit d'affirmer que les travailleurs refusent une Europe de la déréglementation qui a trop longtemps prévalu », résume FO. Bernard Thibault (CGT) défilera à Bruxelles puis à Berlin, et Jean-Claude Mailly (FO) à Bruxelles. François Chérèque (CFDT), retenu pour raisons familiales, sera absent. Il aura l'occasion de se rattraper dès les 27 et 28 mai : toujours sous l'égide de la CES, les leaders syndicaux européens se retrouveront alors à Paris pour débattre de la crise et signer une déclaration commune.