François Hollande rêve d’un autre François : le Mitterrand de 1981.
Cela le rassure : si les sondages aujourd’hui et le scrutin le 22 avril
ne lui donnent que 26 ou 27 % des voix et qu’il soit derrière Nicolas
Sarkozy, ce n’est pas grave ; en 1981, François Mitterrand était arrivé
deuxième au premier tour et il avait quand même battu le président
sortant, Valéry Giscard d’Estaing, au second.
Il est vrai qu’il y a des points de comparaison entre la
présidentielle de 1981 et celle-ci : c’est une bataille pour le
renouvellement ou non du mandat du président en exercice, dix candidats
sont également en compétition et figure en tête ce qu’Olivier Duhamel,
l’historien des présidentielles, appelle le « quadrille bipolaire » :
en 1981, Mitterrand et Marchais à gauche, Giscard et Chirac à droite ;
en 2012, Hollande et Mélenchon à gauche, Sarkozy et Le Pen à droite.
Même division à droite qu’à gauche. En 1981, observe Olivier Duhamel, « Marchais ne cherche pas à aider Mitterrand, Chirac ne cherche pas à aider Giscard ». Peut-on dire, cette année, que Mélenchon cherche à aider Hollande plus que Marine Le Pen, Sarkozy ?
On connaît le vainqueur de 1981, pas celui de 2012. La partie
que l’on prétendait jouée ne l’est plus. Les pronostics ont changé de
sens. Comme si Nicolas Sarkozy avait soigneusement étudié, pour ne pas
la reproduire, cette campagne de 1981, la seule qui ait permis à la
gauche de s’installer à l’Élysée sous la Ve République.
Valéry Giscard d’Estaing fut longtemps considéré comme le vainqueur
de l’élection par les enquêtes d’opinion. À l’automne 1980, les sondages
lui accordaient 59 % des voix face à François Mitterrand. Au mois de
décembre, il recueillait encore 35 % au premier tour et 54 % au second.
La campagne ne l’inquiétait pas ; il la dominait. Il estimait Mitterrand
loin derrière lui et ne redoutait pas la menace Chirac. Mais au mois de
février 1981, la courbe des intentions de vote en sa faveur au second
tour cassa la barre des 50 % ; Giscard descendit jusqu’à 48. Il compta
sur sa déclaration de candidature, le 2 mars, pour surmonter ce
handicap.
Pendant ce temps, Chirac d’un côté et Mitterrand de l’autre cognaient
fort – or, tous les deux progressaient dans les intentions de vote.
Giscard choisit un style de campagne conforme à son tempérament,
distant, dédaignant les attaques (sur l’affaire des diamants, sur ses
relations avec Brejnev) et comptant sur le « bon sens » des
électeurs. Mais la droite était plus profondément marquée par sa rupture
avec Chirac qu’il ne le pensait, et celui que l’on appelait alors une « bête de campagne » faisait
des dégâts. Au soir du premier tour, Giscard arriva en tête, à 28 %,
Mitterrand le suivant à 26 (mais il y avait le radical de gauche Crépeau
et ses 2 % qui le portaient aussi à 28) ; venaient derrière Chirac, à
18, et Marchais, à 15 : arithmétiquement, Giscard pouvait gagner, mais
la droite était durablement blessée et l’élan du côté de Mitterrand.
Nicolas Sarkozy n’est pas Giscard. Il n’hésite pas devant les
transgressions et les coups à porter. Contrairement à Giscard, quand la
campagne commence, il n’est pas le favori mais le challenger –
impopulaire et donné battu par les sondages et les médias. Il doit donc
tout reprendre en main : son électorat et ses élus démoralisés, son
crédit malmené dans l’opinion, son camp éparpillé entre les
candidatures. Paradoxalement, c’est Hollande qui se trouve à la place de
Giscard : victorieux, planant sur ses sondages, s’interdisant le
moindre écart par rapport à son chemin tracé d’avance.
Au début, Sarkozy n’est même pas assuré de figurer au second
tour : il est menacé par Marine Le Pen. Il va donc simultanément faire
décrocher six candidats de dispersion (Borloo, Boutin, Morin, Nihous,
Villepin, Lepage) et se porter à l’assaut de l’électorat populaire, dont
une partie vote Front national. Indifférent à la presse américaine, qui
l’appelle « Nicolas Le Pen », il gagne des points, renforcé par
les événements. Il se crée une dynamique. Du coup, Marine Le Pen se
tasse ; à gauche, faute de se renouveler, Hollande décline. La surprise
vient de Mélenchon. En 1981, Marchais faisait nettement moins que prévu ;
en 2012, Mélenchon fait nettement mieux. Reste François Bayrou, en
cinquième position : il arbitrera certes le second tour, mais en
position de faiblesse. Qu’il vote blanc et il disparaîtrait de la scène.
Le quadrille bipolaire se trouve ainsi placé très différemment de 1981 :
à droite, Sarkozy progresse quand Giscard reculait ; à gauche Hollande
patine là où Mitterrand s’élançait. François d'Orcival, de l'Institut
vendredi 6 avril 2012
Refaire 1981 ?
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