vendredi 20 février 2015
Loi Macron : les leçons d’un psychodrame
L'éditorial. La manière dont l’essentiel de la droite s’est comporté, à cette occasion, va finir par lui revenir dans les jambes tel un violent boomerang qu’elle aurait elle-même lancé.
Jusqu’à présent, personne n’ignorait que la France souffrait d’avoir la droite la plus bête du monde. Désormais, nous savons aussi qu’elle a la gauche la plus incapable de se réformer. Mardi après-midi, à quelques minutes du vote très attendu de la loi sur la croissance et l’activité, défendue avec talent par Emmanuel Macron, le gouvernement s’est aperçu qu’il n’avait pas de majorité pour faire approuver ce texte. Et après une réunion extraordinaire du Conseil des ministres, il a donc décidé de faire adopter cette loi en engageant la responsabilité du gouvernement.
Bien sûr, les politologues vont pondre des pages d’exégèse sur l’utilisation par un pouvoir socialiste de ce très controversé article 49 alinéa 3 de la Constitution. Bien sûr, le recours à cette procédure n’aurait pas été nécessaire si une poignée de frondeurs n’avaient pas décidé de faire le forcing pour infliger un camouflet à un Manuel Valls qu’ils taxent de “social-libéral” comme si c’était la pire des injures. Bien sûr, derrière tout cela, c’est le congrès de Poitiers qui se prépare et Benoît Hamon qui espère bien ravir le parti à Jean- Christophe Cambadélis.
Mais il est malheureux que s’agissant d’un texte d’intérêt général, et non partisan, il ne se soit trouvé qu’une douzaine de députés de l’UMP ou de l’UDI prêts à éviter un tel psychodrame et surtout un tel spectacle donné au pays. Quel malheur pour la France de voir le procès en sorcellerie de cette loi dressé par la députée communiste des Hauts-de-Seine Jacqueline Fraysse, applaudie debout par la plupart des députés de droite ! Quelle aberration de voir mêlées dans le même conservatisme aveugle, des voix de l’extrême gauche et celle d’une droite qui se dit prête à gouverner en 2017 !
Comme l’a dit François Hollande, la loi Macron n’est pas « la loi du siècle ». Comme nous l’avons nous-mêmes expliqué dans Valeurs actuelles, ce n’est pas une panacée. Mais faut-il voir sans cesse le verre à moitié vide ? Ou bien était-il vraiment impossible, dans l’état où se trouve actuellement l’économie française, de voter une loi qui simplifie les procédures de licenciement (ce que réclame la droite depuis des années), qui rénove la justice prud’homale (ce que souhaitent les 2 millions d’entrepreneurs), qui permet de clarifier les modalités du travail dominical et qui déverrouille une quantité de cadenas qui bloquaient la croissance et l’activité économique ?
En s’essuyant les pieds sur ce texte, les députés ont montré qu’ils vivaient dans une bulle à mille lieues des préoccupations de leurs électeurs. Ils ont montré qu’il était plus important pour eux de renvoyer à ses chères études quelqu’un qu’ils n’ont jamais admis, parce qu’il a été banquier chez Rothschild & Cie, plutôt que de permettre à des dizaines de milliers de jeunes d’avoir accès à un emploi. Ils ont préféré caricaturer un texte plutôt que de rendre service à l’économie française, aux entreprises et à tous ceux qui créent de l’emploi. Ils ont préféré un quart d’heure de vengeance stupide à l’égard de la majorité actuelle à un texte qui aurait pu changer la face de notre économie au cours des dix années à venir.
En agissant ainsi, les députés ont montré qu’ils étaient finalement aveuglés par le syndrome Syriza, ce parti d’extrême gauche qui vient d’être porté au pouvoir en Grèce pour avoir joué sur la seule fibre populiste. Ils ont laissé croire, une nouvelle fois aux Français que comme en Grèce, il n’y avait finalement aucun problème à nier la réalité, les 10,3 % de taux de chômage, les 25 % de jeunes sans emploi, une dette de 2 050 milliards d’euros que nos petits-enfants devront encore rembourser dans cinquante ans et un déficit budgétaire qui continue de progresser, alors qu’il recule partout ailleurs en Europe.
Ce qui vient de se passer est lourd de conséquences pour la gauche, qui va devoir maintenant gérer ses fractures. En même temps, ce recours au 49-3 témoigne de la part de Manuel Valls de sa volonté de s’imposer coûte que coûte comme le réformateur qu’il avait promis d’être il y a onze mois en devenant premier ministre.
Mais la manière dont la droite s’est comportée à cette occasion va finir par lui revenir dans les jambes tel un violent boomerang qu’elle aurait elle-même lancé. Comment pourra-t-elle expliquer, une fois revenue au pouvoir, qu’il faut simplifier les licenciements, déverrouiller les rigidités de notre économie, faciliter le travail dominical, alors qu’elle aura tenté de bloquer la loi Macron ? Cette attitude irresponsable se paiera cher. Une fois encore, par la montée des extrêmes, de tous les extrêmes. De tous ceux qui refusent de regarder la réalité en face. Et qui, ce faisant, accentuent lentement mais sûrement le déclin de notre pays.
La Grèce au bord du drachme
Crise. Mélange de fables économiques : la cigale grecque voulait se faire aussi grosse que le boeuf. Elle a péché par vanité avec la complicité de l’Europe. Éclairage sur une crise à rebondissements qui pourrait aboutir à la sortie de la Grèce de la zone euro.
Prenez un shaker, mettez-y un pays qui, pour entrer dans la zone euro, a caché l’ampleur de sa dette et de ses déficits, champion de l’évasion fiscale, où la corruption est devenue un sport national. Rajoutez les conséquences économiques et sociales du ralentissement mondial lié à la crise des subprimes et deux grosses cuillerées de cure d’austérité sous l’égide d’un contrôle international, la troïka, en échange d’aides financières massives… Secouez le tout et vous obtiendrez un cocktail des plus explosifs : la Grèce à la veille des élections législatives du 25 janvier dernier.
Syriza les a emportées en rassemblant les voix des Grecs laminés par quatre années de crise et lassés par les malversations des conservateurs et des socialistes qui alternent au pouvoir depuis quarante ans. À la tête de ce parti de la gauche radicale, Alexis Tsipras, un populiste qui a fait campagne en promettant qu’une fois élu il réclamerait l’effacement de l’essentiel de la dette grecque, qui se monte aujourd’hui à 320 milliards d’euros, soit 175 % du PIB.
Devenu premier ministre, il plaide maintenant pour un réaménagement des engagements grecs en cherchant à s’affranchir d’une troïka jugée trop contraignante et directive. Avec Yanis Varoufakis, son ministre des Finances, il a engagé un bras de fer avec l’Europe en espérant qu’elle se pliera à ses exigences et que l’Allemagne, tenante de l’orthodoxie budgétaire, sera marginalisée. Ses armes ? Gesticulations et chantage. Il menace l’Europe de demander de l’aide à la Chine et à la Russie, et exige de l’Allemagne des réparations de guerre… La Banque centrale européenne (BCE) a aussitôt réagi en fermant aux banques grecques le canal qui leur permettait de se refinancer auprès d’elle, ne laissant en place qu’un dispositif d’urgence.
Statistiques lointaines
La moindre statistique sur la Chine donne le vertige. Ces gens-là étant assez nombreux, tout événement mobilise des foules considérables. Comme on célèbre actuellement le nouvel an et l’avènement de la chèvre, manifestation fort prisée des Chinois, il est prévu qu’ils se déplaceront 3, 6 milliards de fois à cette occasion. Déjà 295 millions de tickets de train et 42 millions de billets d’avion ont été vendus. Quant à ceux qui se souhaiteront la bonne année par texto, ils n‘ont pas à s’inquiéter : dix millions de messages seront transmis par minute. On fait certes pâle figure à côté d’eux. Mais le nombre n’a jamais triomphé. Nous avons notre revanche : nos vins surpassent sans mal leur alcool de riz et il est d’un ridicule achevé de manger du foie gras avec des baguettes.
Le nouveau ni-ni
Le suspense était inexistant : pas une voix n’a manqué à droite et à l’extrême-droite pour voter la censure, ni au Parti socialiste pour la rejeter. La logique procédurale a prévalu : aucune majorité ne s’est dégagée contre le gouvernement.
Nous voici donc à un tournant du quinquennat avec l’installation d’un étrange rapport de force : il n’y a plus de majorité pour soutenir les grandes réformes structurantes dont la France a besoin et que réclament ses partenaires, et il n’y en a pas contre non plus. Une sorte de nouveau ni-ni. Cela ne menace pas directement la survie du gouvernement : il peut parfaitement tenir en maniant l’arme du « 49.3 ». Mais cette pratique du coup de force permanent a des limites, si bien que le pouvoir sera naturellement enclin à s’autocensurer dans son action réformatrice pour éviter autant que possible de provoquer de nouveaux conflits.
En moins de trois ans d’exercice du pouvoir, François Hollande a perdu le soutien du Parti communiste, celui du Parti de gauche, puis celui des Verts d’EELV, et maintenant celui de la partie activiste de son propre parti. Pas de majorité, pas de chef non plus pour la diriger : Manuel Valls, celui qui, pour faire bouger la France, promettait de secouer le plus sa famille politique, est désormais contesté dans son rôle naturel de leader de la majorité. Même le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, le soutient du bout des doigts, avec ce qu’il faut d’ambiguïté pour le fragiliser.
Tout cela rend dorénavant le travail gouvernemental à peu près impossible, sauf à pratiquer la politique de l’eau tiède. Alors qu’un soupçon de croissance semble revenir de l’extérieur, alors qu’il reste d’immenses réformes à mener pour sortir la France du cycle dépenses publiques-impôts-chômage, c’est l’assurance d’une terrible perte de temps.
Un archaïsme absurde
Ci-joint une tribune publiée ce matin par le Figaro Vox, portant sur la confusion politique croissant qui se manifeste par l’usage de l’article 49-3 de la Constitution. Depuis toujours, je trouve cet outil qui permet au gouvernement de faire adopter sans vote un projet de loi par l’Assemblée nationale, particulièrement insolite. Il me semble symboliser, pas seulement le « parlementarisme rationalisé », mais le mépris du pouvoir législatif, c’est-à-dire, du suffrage universel. Il pouvait se comprendre en 1958, par la volonté d’instaurer un gouvernement fort et de réduire la toute puissance du Parlement. Il est incompréhensible aujourd’hui, dans un contexte de profond discrédit populaire de la politique en général. A quoi sert-il d’élire des députés si, en cas de désaccord avec le gouvernement, ce dernier peut s’affranchir de leur point de vue? Aujourd’hui, cet article 49-3 se présente comme un archaïsme humiliant pour les élus du suffrage universel et donc pour les électeurs eux-mêmes. Personnellement, son usage ne me donne pas du tout un sentiment d’autorité mais plutôt de faiblesse et de déni démocratique .
mardi 17 février 2015
La fin des fins
Ceux qui ne sont plus des perdreaux de l’année en sont encore tout retournés. Pour condamner les propos de Roland Dumas, beaucoup de politiques ont évoqué la formule de Chateaubriand, popularisée par de Gaulle : « La vieillesse est un naufrage ». Chacun ayant son avis sur l’aphorisme, pas question de trancher. Pour ma part, possédant quelques compétences en la matière vu mon âge, j’assure que ce temps-là est surtout celui des paradoxes. D’abord, plus on est vieux, plus on a l’impression d’être resté jeune. Ensuite, les tracas abandonnent leur statut d’ennuis pour celui - satisfaisant - d’occupations. Enfin, plus on sait, moins on peut. La démonstration ainsi faite, reste une vérité qu’on ne peut cacher et, somme toute, assez déplaisante : la vieillesse finit toujours mal.
Didier Raoult : sauver la France de la Conjuration des imbéciles
Tout n'est pas fini, mais le "peace and love" qui a illuminé ma jeunesse, c'est terminé. Il ne faut pas laisser la conjuration des imbéciles (pour paraphraser J. K. Toole) d'une génération, qui n'a pas compris les échecs marxistes et ceux des Lumières (l'universalité selon Rousseau), nous emmener dans la guerre civile en invoquant un idéal qui n'a pas su se substituer aux religions.
L'idée de la pensée rationnelle et universelle implose au XXIe siècle. Dans la pensée des intellectuels français du XXe siècle, une confusion extrême s'est faite entre les chercheurs et les vulgarisateurs. La contribution majeure de la France au monde, au cours du XXe siècle, se trouve dans la distance vis-à-vis du roman de l'histoire et dans la réhabilitation des cultures distinctes. Les chercheurs, passés par l'analyse des faits plutôt que par les émotions et les indignations, sont devenus des incontournables de la pensée universitaire en sciences humaines, mais ils ont été mieux compris aux États-Unis. Ce sont Foucault (psychiatrie, sexe et prison), Latour (relativité de la science), Deleuze (avec la dichotomie et le rhizome), Derrida (sur la déconstruction des évidences), Canguilhem (sur l'absence de normalité dans la santé), Bourdieu (sur la reproduction sociale), Lévi-Strauss (sur la complexité des sociétés étiquetées "primitives") et Lacan (sur la métaphore).
Tous ont introduit une analyse qui permet de mieux comprendre le monde tel qu'il est, et tel qu'il devient. Et pas en fonction du roman d'un temps passé idéalisé. La plupart de ces chercheurs ont eu une expérience internationale, en partie en Afrique, qui leur a permis de dépasser l'horizon hexagonal. Leur leçon est que la vision de la France mythique et de notre civilisation repose sur l'ignorance, et une simple nostalgie d'un temps passé, qui n'a jamais existé et qui a coïncidé avec notre domination du monde. Elle empêche de penser l'avenir. C'est la conjuration des imbéciles qui s'inventent comme passé des images d'Épinal.
La France n'est pas une abstraction, elle se situe à une époque précise, avec les gens qui y habitent. C'est sa langue et sa culture, qui se modifient et changent tout le temps, qui l'unissent. Elle doit s'accepter pour ce qu'elle est et pas comme certains rêvent qu'elle a été. Le respect de nos traditions doit perdurer mais ne doit pas nous figer.
Par chance, elle se peuple plus que les autres pays européens. Le français est la langue qui progresse le plus dans le monde. Reconnaître la population et la langue française, toutes deux métissées, sont des priorités si l'on veut donner à la France l'avenir qu'elle mérite.
Prostitution : chacun son corps ou corps d’État ?
Les politiciens ont un certain talent pour le timing. Alors qu’on s’émeut des excès que certains d’entre eux commettent derrière des portes fermées, ils se décident à légiférer une fois de plus sur la prostitution pour, justement, fermer la porte aux excès.
Et alors que sont révélées au grand jour leurs parties fines, force est de constater que leurs analyses, elles, manquent de finesse : l’amalgame est fait entre la prostitution et tous les maux qui l’entourent, au point qu’on parle de la « proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel ». L’objectif est simple : « en finir avec le plus vieux métier du monde ». Pour un monde plus bisou, il faut en finir avec les bisous tarifés.
L’objectif est simple, voire simpliste : il est illusoire de penser faire disparaître le plus vieux métier du monde. La prostitution existerait dans le règne animal, notamment chez le pingouin et le chimpanzé. C’est une activité simple, demandant relativement peu de compétences, et répondant à une demande abondante générée par un instinct que tous n’ont pas l’envie ou la force de maîtriser ou la possibilité de satisfaire autrement.
Cette difficulté à satisfaire un instinct naturel chez certaines populations a d’ailleurs conduit Jérôme Guedj, président du Conseil Général de l’Essonne, à proposer l’étude d’une « assistance sexuelle »pour les personnes handicapées. Malgré toutes les précautions langagières pour ne pas apparenter l’assistance sexuelle à de la prostitution, il s’agit de rémunérer des prestations sexuelles pour favoriser « l’éveil et l’accompagnement à la sexualité » de personnes dépendantes. Ne parlons donc plus de prostitution, mais d’assistance sexuelle à personnes non handicapées, et le problème est réglé.
Enfin, pas tout à fait réglé : il faut veiller à ce que la prostitution demeure un échange librement consenti. Et pour cela, il n’y a rien de pire que de confiner la prostitution à l’illégalité. Si les prostituées sont vulnérables aux violences, les empêcher d’être protégées en interdisant le proxénétisme les rend plus vulnérables. Si les prostituées sont victimes de filières de traite d’êtres humains, rendre leur activité illégale renforce la menace et les moyens de pression qu’utilisent ces réseaux pour empêcher leurs victimes de les quitter. On ne peut faire disparaître la prostitution, et le meilleur moyen de protéger celles qui l’exercent est de leur permettre d’exercer cette activité librement. Si elles ont la possibilité de proposer leurs services en toute transparence, les prostituées seront plus en sécurité.
Pour les mêmes raisons, criminaliser la consommation et la vente de produits stupéfiants génère plus de risques pour leurs consommateurs et accroît le pouvoir des réseaux criminels. Demeurent les craintes et jugements moraux.
Notamment la crainte d’une « marchandisation du corps », dans l’idée qu’une activité qui n’a rien de mal en soi deviendrait mauvaise si elle est exercée contre rémunération. Idée qui touche aussi bien la gestation pour autrui que le don d’organes ou la prostitution, et que l’on pourrait tout aussi bien étendre au travail : en utilisant pendant un temps donné mon corps contre rémunération, ne serais-je pas chaque jour en train de m’adonner à la marchandisation de mon propre corps ?
La prostitution serait également immorale. Un client lubrique, le regard plein de vice, ayant pour seul but d’assouvir ses pulsions malsaines auprès d’une victime y perdant sa dignité dans un grand dévoiement de l’amour.
On pourra toujours arguer que les prostituées n’ont pas d’autre choix, et que leurs clients abusent de cette position comme un chef d’entreprise abuserait de ses employés en leur proposant de travailler les soirs et week-ends. Mais si les prostituées n’ont pas d’autre choix, à quoi bon leur interdire le seul choix dont elles disposent, et avec quelles conséquences ?
Et la victime n’en est pas une si elle est consentante. Le caractère dégradant de la prostitution, pour le consommateur ou le prestataire, est un jugement moral, et subordonner la légalité à la moralité est dangereux.
Ne pourrait-on d’ailleurs pas arguer que l’État-providence, qui transforme un bel et noble acte en contrainte, est un dévoiement de la solidarité ? Qu’il est profondément immoral ?
L’État-providence est à la solidarité ce que le viol est à l’amour. – @Jabial
On ne change pas les gens en leur interdisant certains comportements et en leur en imposant certains autres. Les hommes ne deviennent pas vertueux parce qu’on les y oblige, mais par choix. Encore faut-il qu’ils aient le choix.
Interdire et imposer, c’est réduire les choix disponibles pour chaque individu. Pornographie, drogues, prostitution : les citoyens sont responsables de leurs choix, qu’ils en soient fiers, en rougissent ou n’en aient rien à faire. Et ils doivent être libres.
La Grèce claque la porte à un Eurogroupe qui ne comprend plus cette stratégie suicidaire
La réunion de l’Eurogroupe s’est achevée lundi soir sur un échec. La Grèce rejette la proposition d’accord provisoire qui lui aurait donné les moyens de tenir jusqu’au nouveau programme d’aide. Les Européens ne comprennent plus la logique du nouveau gouvernement grec.
Le ministre grec de l’Économie a quitté la réunion de l’Eurogroupe en disant haut et fort que les propositions de l’Europe étaient absurdes, indignes et inacceptables. Les plus optimistes, comme Michel Sapin ou Pierre Moscovici, mettaient l’accent sur la possibilité d’un accord. Peut-être pas lundi certes, mais aujourd’hui ou mercredi. La majorité des autres ministres européens sont restés, eux, franchement pessimistes.
Sans accord, la Grèce ne tient que par des emprunts à très court terme et un taux très élevé.
En risque permanent de défaut de paiement. Qui dit défaut de paiement, dit sortie de l’euro, ce que les Grecs ne veulent pas parce qu'ils n’ont aucun intérêt à en sortir.
Au terme de cette réunion, personne ne voit comment trouver un compromis. En arrivant, les Grecs semblaient avoir fait des concessions importantes dans la mesure où ils ne demandaient plus une annulation de la dette. Ils ont même affirmé qu'ils pouvaient accepter 70% environ du programme actuel des réformes imposées par les créanciers.
Du côté de l’Eurogroupe, on a gommé des textes le terme de "troïka" dont les Grecs ne veulent plus entendre parler pour le remplacer par celui d’ "institutions". Ceci dit, les Grecs savent bien qu’il s’agit des mêmes acteurs : le FMI, la BCE et la Commission européenne. Il n’y pas d’autres solutions pour monter des financements.
Après des heures de discussions, Yanis Varoufakis est revenu en arrière. Juste au moment où il apprenait qu’il y avait encore 30.000 Grecs qui manifestaient dans les rues pour réclamer des actes de résistances pour refuser le maintien du FMI. Il n’a donc pas cédé.
Les Européens ont, eux, des exigences très simples. Ils demandent qu’Athènes termine la mise en œuvre des mesures de redressement qui étaient attachées au deuxième plan d’aide, quitte à le prolonger un peu après le 28 février pour laisser du temps afin de préparer le 3è plan.
Sur ce troisième plan, les Européens sont prêts à réaménager les calendriers de remboursement, ils sont prêts à abaisser les normes budgétaires. Ils restent cependant inflexibles sur l’impossibilité d’annuler les dettes : c’est évidemment incontournable.
L’Europe demande aussi la mise en œuvre d’une réforme fiscale qui reviendrait à créer des impôts et à stopper l’évasion fiscale. La réalité, c’est que les Européens ne veulent pas laisser Alexis Tsipras mettre en œuvre la totalité de son programme et ainsi mette fin à 5 années de gestion budgétaire qui porte ses fruits.
La croissance grecque pourrait être de 2,5 % en 2015 avec une reprise de l’emploi. A partir de là, tout est possible. Sauf qu'actuellement, tout est bloqué pour des raisons strictement politiques. Le gouvernement grec est soutenu par 30.000 grecs qui sont tous les soirs dans la rue. Les gouvernements européens ne peuvent pas offrir aux Grecs ce qu'ils refusent à leur opinion publique depuis des années.
L’Allemagne que l'on avait tellement critiquée et l’Europe du Nord, ont retrouvé la croissance et l’emploi. L’Europe du Sud, L’Espagne, l’Italie et le Portugal vont beaucoup mieux. La Grèce aussi. Reste la France où la croissance est absente, où le chômage continue de croitre. C’est aussi le pays où la rigueur budgétaire a été la moins appliquée.
Loi Macron et frondeurs: le révélateur d’un socialisme obsolète
Il a donc fallu 110 heures pour examiner cette loi Macron que le chef de l’Etat lui-même assure ne pas être « la loi du siècle ». Pourquoi tant de temps ? Version positive : parce que le ministre de l’Economie s’est livré à un exercice inédit de « coproduction législative », qui trouvera une majorité. Version plus alarmante : parce qu’Emmanuel Macron a dû affronter corporatistes, conservateurs et idéologues de tous poils. Des députés au parcours de parfaits apparatchiks ont ainsi pu faire la leçon à un ministre qui cumulait le double « handicap », selon eux, de s’être colleté au monde économique et de ne pas être élu...
C’était assez pour le taxer de libéralisme outrancier, le suspecter de consumérisme débridé, l’accuser de liquider le modèle français et, au final, de détruire des emplois au prétexte d’en créer.
Voilà sans doute le plus inquiétant. A rebours de toutes les réformes votées en Europe et malgré 5,5 millions de chômeurs, les frondeurs ont trouvé des relais, jusqu’au sein de la droite, pour reprendre leur logorrhée passéiste. Comme si la France restait persuadée que le travail, denrée rare, doit être réglementé, contingenté, contrôlé, surprotégé et surtaxé. Comme si la concurrence, l’innovation, la prise de risque et le succès devaient être considérés avec suspicion car échappant au carcan égalitariste de l’Etat.
Cette vision obsolète a poussé le ministre à la prudence. Trop, bien sûr. Mais si elle ne va pas assez loin, la « loi croissance » a eu au moins le mérite de raconter une réalité différente du déni habituel. En filigrane de ses articles, on comprend qu’à trop protéger, on asphyxie ; qu’à trop complexifier, on bride ; qu’à trop légiférer, on étrangle. Une loi Macron II, vite !
vendredi 13 février 2015
L’argent vient à manquer ? Vite, une Cartocrise de nerfs !
Le problème du socialisme n’est pas franchement qu’on crame l’argent des autres ou, encore plus appétissant, la tire-lire de ses enfants (via l’emprunt), mais bien qu’au bout d’un moment, quoi qu’il arrive, on en tombe à court. Et c’est actuellement ce qui est en train de se passer avec comme premier effet la fermeture, modeste mais sensible, des sources de financement des satellites les plus dispensables de l’action publique : les associations lucratives sans but, à commencer par les culturelles.
Et pour prendre toute la mesure de l’hécatombe, Émeline Jersol a conçu une carte. Émeline, c’est la médiatrice culturelle au Boulon, l’un des douze célèbres Centre Nationaux des Arts de la Rue que la France compte sur son territoire et qui sont chargés de la création et de la production artistique dans l’espace public, et d’aider financièrement des artistes et des troupes de spectacle de rue. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Vous ne saviez pas que la République, bonne fille, subventionnait le Boulon, le Fourneau, l’Abattoir, le Parapluie, le Citron Jaune, le Moulin Fondu (noms authentiques®) ou les six autres Centre Nationaux pour leur immense travail de support de l’art de rue, des troupes et de leurs créations ? Rassurez-vous, même si vous le payez, ce n’est pas directement l’objet de ce billet. Passons.
Or donc, une carte a été mise en place. Il s’agit d’un projet OpenSource, consultable ici, qui recense l’ensemble des troubles dans la Force, et les présente sur une jolie carte avec des petites gommettes de couleur qui feraient plaisir à Najat. Rapidement connue, la carte a permis d’accumuler les contributions de douzaines d’acteurs du domaine culturel douloureusement conscientisé au problème de robinets qui se ferment et de baignoires qui fuient. Ainsi, le 23 janvier, la carte comprenait (seulement) 48 entrées, mais en une semaine, c’est 71 points qui s’allument sur le territoire français. Quelques jours plus tard, ce sont une centaine de lieux qui montrent l’étendue du désastre culturel français.
Les premières constatations sont horrifiantes : ce sont les secteurs de la musique et des arts de rue qui sont les plus touchés, avec respectivement 19 et 27 festivals salés sucrés ou structures poivrées supprimées. Et pas n’importe quoi ! Il y a du solide, du connu, du festival qui frappe l’imaginaire, cogne dans l’émotion et frappe du chaton-mignon au marteau-pilon pneumatique, comme par exemple Polyfollia, Fort en Jazz, Les Voix du Gaou, Saucisses et Polyphonies, le Film Écologique, les Séquences Buissonnières ou les Oreilles en Éventail (ami lecteur, un festival bidon s’est sournoisement glissé dans la liste. Sauras-tu le retrouver ?).
L’effarement, devant telle liste, pourrait faire croire que la situation est désespérée.
Heureusement, comme le dit le proverbe, même les plus sombres nuages ont une bordure d’argent : alors que le monde du spectacle, de la culture et de l’intermittence du travail traverse une crise sans précédent, on se rappellera à bon escient que le premier ministre, Manuel Valls, avait en début d’année conservé un optimisme raisonnable que les partenaires sociaux parviendraient à un bel accord pour faire tenir encore un peu plus longtemps le régime social des intermittents. Dans la foulée, notre frétillant premier ministre avait décidé de ne pas appliquer l’allongement de la période minimale avant de toucher les allocations (différé d’indemnisation), avec un coût de l’opération (modeste) pour l’État de seulement 100 millions en année pleine (c’eût été dommage de se priver d’une telle gentillesse avec un aussi petit prix).
À ceci s’ajoutera le dégel de deux sous-budgets de la Culture (pour 40 millions) cette année, avec une augmentation en 2016, ainsi que l’assouplissement des conditions ouvrant droit aux indemnités journalières en cas de maladie, de congé maternité ou invalidité, notamment pour les intermittents. C’est une mesure qui, je cite le ministère,
« …contribue également à améliorer la couverture sociale des intermittents du spectacle, en particulier les femmes en congé maternité »
Couverture sociale qui était notoirement connue pour son étroitesse, son coût modeste pour la collectivité nationale et son indispensable utilité pour avoir assuré le monde artistique et lui avoir ainsi permis de faire rayonner la culture française sur toute la planète. Bref : il était temps de récompenser un peu ces créateurs de rêve et d’utopies vivantes, et de compenser leurs misères budgétaires. Voilà qui est fait.
Vous voyez, pas de quoi s’alarmer !
Certes, au niveau des communes, endettées, percluses de dépenses et de coûts faramineux que l’État, impécunieux, refuse à présent de prendre en charge, il va y avoir quelques petites coupes douloureuses pour certaines associations aux noms chantants et aux réalisations que la pudeur nous oblige à qualifier d’inégales. Mais à l’évidence, la République sait que ses petits chatons vont être un peu bousculés et met déjà en place le grand toboggan huilé qui descend jusqu’à la piscine du bonheur (et de fonds publics) sur lequel ils pourront glisser avec de petits cris joyeux en oubliant qu’au bout, la piscine, profonde, est de moins en moins remplie…
Vraiment, à l’évidence, ça va bien marcher.
Minsk, une étape sur la route de Moscou
François Hollande et Angela Merkel ont fait preuve de courage et de ténacité en se rendant dans la capitale biélorusse pour mettre Vladimir Poutine au pied du mur. Ils ont arraché un cessez-le-feu qui, même s’il est le deuxième en cinq mois, constitue un résultat appréciable, après le bain de sang dont les civils ont été les premières victimes depuis un an en Ukraine. Le président et la chancelière ont prouvé une fois de plus que la France et l’Allemagne, lorsqu’elles étaient unies et déterminées, pouvaient soulever des montagnes en Europe. Puisse François Hollande s’en souvenir, lui qui a perdu tant de temps depuis qu’il est à l’Elysée à manigancer des alliances contre Berlin.
Cependant, même suspendu, le conflit ukrainien reste préoccupant. L’accord Minsk 2 ne garantit pas la paix, loin de là, et sa mise en œuvre repose sur la bonne volonté de protagonistes dont la mauvaise foi n’est plus à prouver. Le texte consacre les gains territoriaux des rebelles et contraint l’Ukraine, qui a déjà perdu la Crimée l’an dernier, à renoncer de facto à exercer sa souveraineté sur le Sud-Est. Enfin, il n’apporte aucune réponse à des questions vitales pour l’avenir. Comment l’Europe peut-elle aider l’Ukraine à ressusciter son économie et éradiquer la corruption ? Comment l’Otan peut-elle restaurer une dissuasion efficace contre Vladimir Poutine, qui a montré que, contrairement aux Occidentaux, il n’avait pas peur de recourir aux armes pour restaurer la puissance impériale d’antan ? Et plus largement, comment l’Europe pourra-t-elle renouer un jour une relation de confiance avec la Russie ? Si la longue nuit de Minsk a au moins permis aux Européens de gagner un peu de temps pour ébaucher une vraie stratégie à l’Est, elle n’aura pas été inutile. A condition qu’ils ne laissent pas filer l’occasion.
Esprit du 11 janvier, es-tu là?
A ce degré sidérant d’exploitation du vide sidéral, les Français mystifiés finiront par renverser la table plutôt que de la faire tourner.
Depuis le Indignez-vous ! d’un certain Stéphane Hessel, le président Charlie Hollande n’est pas loin d’égaler l’exploit planétaire. Sans doute pour les mêmes raisons : un prêchi-prêcha progressiste sur fond de béatitude médiatique. Pas question d’aborder les questions qui fâchent et qui sont la cause des massacres de janvier : l’islam radical et l’immigration incontrôlée. Pas question de questionner les ravages de l’islamo-gauchisme tels pourtant que les propos de Coulibaly le second le révélaient crûment dans sa haine assumée « des militaires, des juifs et de la France ». Discours dans lequel un salafiste comme un gauchiste radical pourraient aisément se retrouver. Car les djihadistes à la française sont les avatars monstrueux du laboratoire idéologique occidental dans les éprouvettes desquelles on a versé le bacille de la haine islamiste. Plutôt que de l’analyser froidement, la France socialiste, profitant de la torpeur déconcertante d’une opposition consensuelle, obsédée par le second tour de l’élection présidentielle, a préféré incriminer les Français ségrégationnistes et leur imposer un “vivre-ensemble” dans l’insécurité et l’indignité. Le premier ministre aurait dû avoir le bon esprit de se taire plutôt que de prononcer ce gros mot d’« apartheid », dans lequel tous les revenants de l’idéologie de l’excuse se sont engouffrés allègrement. Puisse l’esprit du 11 janvier ne pas nous annoncer les mauvais esprits des ténèbres.
Percée franco-allemande
François Hollande et Angela Merkel ont rencontré Vladimir Poutine à Moscou au sujet de l’Ukraine. Après cinq heures d’entretien, le Kremlin faisait part « de pourparlers constructifs et substantiels ». Ce voyage en duo est leur première opération conjointe. Il est cependant trop tôt pour parler de “Merkhollande”. Le couple franco-allemand n’a signé aucun texte commun en deux ans et demi mais, lors de sa conférence de presse, François Hollande a parlé de « lien » avec une ferveur nouvelle. « Quand nous sommes ensemble, Français et Allemands, nous avons toute la capacité de la puissance à l’échelle du monde. »
Qui a eu l’initiative de ce voyage ? La France et l’Allemagne avaient déjà tenté d’organiser un sommet à quatre à Astana (Kazakhstan), à la mi-janvier. Projet abandonné en raison de la dégradation de la situation militaire sur le terrain. Un espoir ? Vladimir Poutine est cette fois demandeur. Il l’a fait savoir à François Hollande et aurait donné à Angela Merkel des signes montrant qu’il serait prêt à un compromis. C’est que les États-Unis envisagent de livrer des armes à l’Ukraine. Les ministres de la Défense de l’Otan ont décidé la création d’une force rapidement mobilisable de 5 000 hommes et l’idée d’une longue frontière Russie-Otan est insupportable pour Moscou. Avec la chute du rouble et la baisse du prix du pétrole, les sanctions commencent à peser lourd sur l’économie russe. Les populations souffrent. Poutine veut sortir de la nasse la tête haute, en ayant pris son bénéfice.
« Si nous échouons, une hypothèse qui existe, on pourra dire que la France et l’Allemagne ont fait, en tant qu’Européens, tout ce que deux grandes nations pouvaient faire », a prévenu François Hollande. Il s’adressait moins à l’opinion qu’à celui qui les a sollicités. « Si nous ne parvenons pas à trouver […]un accord durable de paix, nous connaissons parfaitement le scénario : il a un nom, il s’appelle la guerre », a-t-il renchéri, dimanche. François Hollande, Angela Merkel, Vladimir Poutine et Petro Porochenko devaient se retrouver, ce mercredi, à Minsk. Là où des accords avaient déjà été conclus, le 5 septembre, mais jamais appliqués. La négociation s’était alors déroulée entre Kiev et les séparatistes.
Va-t-on arriver à un accord sous parrainage de l’Europe ? Le problème est celui de la définition du statut spécial et de la zone où il sera appliqué. Où sera la ligne de partage ? Celle du cessez-le-feu du 5 septembre ou celle qui inclut les territoires conquis depuis par les séparatistes avec l’aide de l’armée russe ? Le président Porochenko refuse d’abandonner la ville de Marioupol, sur la mer d’Azov. Autre difficulté, les pouvoirs laissés aux séparatistes. La Russie souhaite que ce territoire soit neutre et dispose de larges prérogatives constitutionnelles. Des conditions que n’accepte pas pour l’heure Porochenko. Mais il faut tout faire pour éviter « une guerre totale ».
Comment faire réélire François Hollande
Sarkozy à Juppé : “Il faudrait aussi, cher Alain, se demander pourquoi 30 % de nos électeurs s’apprêtent à voter pour le Front national.” Ils ont été plus de 40 %…
Le second épisode de la partielle dans la 4e circonscription du Doubs est encore plus riche d’enseignements que le premier. Le candidat socialiste, qui avait perdu tant de voix par rapport à 2012, est quand même élu ; la candidate du Front national, qui n’en a jamais réuni autant, est quand même battue. Multipliez les résultats du scrutin par mille et vous obtenez à peu près 30 millions de votants, 15,5 millions de voix pour le candidat de la gauche et 14,6 millions pour celle du Front national. Un écart de moins de 900 000 voix (inférieur à celui qui séparait Hollande de Sarkozy en 2012 — 1,2 million de voix). Pour Hollande, c’est le scénario idéal en 2017 : éliminer la droite au premier tour, se retrouver en face de Marine Le Pen au second — et la battre. C’est ce qui s’est passé dans le Doubs ; reste à “nationaliser” la petite partielle, mille fois plus petite que la présidentielle.
Qu’a donc fait le candidat PS dans le Doubs pour arriver deuxième au premier tour et affronter ensuite la représentante du FN ? Il était le suppléant du ministre de l’Économie, donc solidaire de toute la politique gouvernementale, petit soldat discipliné du parti et par conséquent tout aussi responsable du chômage, de la délinquance, de l’islamisme, du laisser-aller général. À l’image de François Hollande. On le disait en perdition ; il l’était. Et puis les attentats du mois de janvier ont agi comme un sérieux coup d’épée dans les reins de la gauche, donc de Hollande, de Valls et de notre suppléant. De quoi faire penser (à la marge, mais souvent la marge suffit) qu’ils avaient peut-être compris ce qui se passait, de quoi leur donner un peu de nerfs et arrêter la chute — sans qu’ils n’aient rien fait ! Ajoutez à cela la baisse du prix du pétrole, celle de l’euro, la mode grecque contre l’austérité, et les commentaires médiatiques, toujours sensibles au baromètre de gauche, devenaient soudain optimistes, bien que sur le fond rien ne se soit amélioré !
La candidate du Front national n’en a pas fait plus que son adversaire du PS : l’actualité a fait campagne à sa place, le djihadisme transporté sur le sol français, la tolérance à l’égard de l’islamisme sous le prétexte de ne pas faire d’“amalgame”, le marché des kalachnikovs, les statistiques du chômage, etc. Cette circonscription ouvrière et populaire place le FN en tête au premier tour et lui fournit 16 points de plus au second, mais pas au point de le faire gagner. Sa candidate est très déçue, mais pas Marine Le Pen qui, elle, crie victoire — elle sait que, pendant deux ans, elle continuera d’être au centre du jeu en comptant bien faire face à Hollande en 2017.
Grande perdante de ce double épisode, la droite. Aphone avant le premier, pathétique avant le second. C’est finalement Nicolas Sarkozy qui a posé la seule question qui vaille et qui fâche au conseil national de l’UMP, le 7 février (veille du second tour), en s’adressant à Alain Juppé : « Il ne suffit pas de dire que le Front national n’est pas un parti comme les autres, d’appeler à voter contre lui, il faudrait aussi, cher Alain, se demander pourquoi 30 % de nos électeurs s’apprêtent à voter pour le Front national… » Sarkozy ne se trompait que sur un point : ce ne sont pas 30 % des électeurs UMP du premier tour qui ont voté FN au second, mais 40 %, si ce n’est plus. La question était bien posée.
De la droite au sens large dépend qu’elle soit ou non au second tour de 2017. Elle y a toujours été, même fracturée en deux, voire en trois candidatures de premier plan (en négligeant les autres). Mais elle ne risquait rien — Le Pen arrivait derrière. Tout a changé depuis 2002 ; Marine Le Pen est maintenant classée première dans les sondages. Si la droite ne devance pas Hollande, c’est lui qui sera élu.
Comment peut-elle retenir ses électeurs tout en évitant une fracture qui verrait deux leaders se présenter en même temps et déchirer l’électorat (hypothèse suicidaire) ? C’est la question à laquelle la droite doit répondre. Un défi, certes. Mais cela l’invite surtout à travailler sur elle-même, et sur la France : son identité, son unité, sa singularité qui ont fait son destin dans l’Histoire. C’est beaucoup demander. Mais après tout, ce ne devrait pas être si difficile, quand on fait de la politique, de comprendre ce que vous disent les gens.
La malédiction du “sphinx”
Le piège imaginé voilà trente ans par François Mitterrand pour neutraliser la droite n’a jamais aussi bien fonctionné…
Personne n’a oublié les derniers voeux télévisés de François Mitterrand qui, président de la République pour cinq mois encore, avait lancé le 31décembre 1994 aux Français : « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. » Le moins qu’on puisse dire est qu’il a tenu parole puisque les règles du jeu politique fixées par lui au milieu des années 1980 n’ont pas varié d’un iota.
À la gauche, une mission : favoriser, par sa politique d’immigration, la montée d’un Front national restreignant d’autant l’espace électoral de la droite classique, tout en jetant l’anathème sur quiconque serait tenté de passer un accord avec lui. Et à la coalition RPR-UDF devenue l’UMP, un devoir : celui d’observer sans discuter cet interdit. Au risque de rester structurellement minoritaire…
À ses proches, Mitterrand expliquait alors que, si la classe politique finissait par s’habituer à cette équation, il n’y aurait bientôt plus que deux forces en présence : le PS, seul à incarner la “République”, et le Front national, suffisamment diabolisé pour ne jamais accéder au pouvoir, mais assez puissant pour neutraliser la droite classique.
Là où il est, l’ancien chef de l’État a dû bien rire en observant l’élection du Doubs. Là où nous sommes, il est temps de nous demander si cette imposture n’a pas assez duré. C’est ce que nous faisons cette semaine en consacrant notre dossier d’actualité à la crise de nerfs qui secoue l’UMP… En attendant l’heure de vérité des élections territoriales de mars prochain où tous les sondages donnent l’UMP et le FN au coude à coude !
Debout face à Poutine, couché face au chômage
Il est plus facile de se dresser face au nouveau tsar de Russie que d’apporter des solutions au chômage ou de s’attaquer à la réduction des dépenses publiques.
Quand les Français comprendront-ils enfin à quel point leur président de la République se moque d’eux ? Quand prendront-ils conscience de cette imposture qui consiste à invoquer l’unité nationale pour ne pas aborder les problèmes du pays ? Quand en finira-t-on avec cette mascarade qui a pour nom l’“esprit du 11 janvier” ? Pendant deux heures de conférence de presse, non seulement François Hollande a apporté de fausses solutions aux vrais problèmes soulevés par la montée des communautarismes, les dangers de l’islam radical et les violations au principe de laïcité, mais il n’a pas jugé bon de parler de la dette de près de 2 050 milliards d’euros, du déficit budgétaire qui continue d’augmenter et surtout du chômage qui a frappé 600 000 Français de plus en deux ans et demi de mandat.
Depuis le 11 janvier dernier, la situation quotidienne de millions de Français, en découvert dès le 5 ou le 6 du mois, écrasés par les impôts, angoissés pour l’avenir de leurs enfants et terrifiés par une insécurité grandissante, n’intéresse plus le président de la République. Depuis qu’il a défilé vingt minutes dans les rues de Paris aux côtés de quarante chefs d’État, il se rêve en casque bleu de tous les conflits possibles, en héraut du monde libre et en Kissinger des temps modernes. Après avoir échoué — heureusement — à obtenir des bombardements sur la Syrie de Bachar al-Assad qui constitue maintenant l’un des plus précieux remparts contre l’État islamique, notre “capitaine de pédalo” pense pouvoir faire la leçon à Poutine. Le voilà parti pour nous faire croire qu’il va établir un plan de paix durable entre l’Ukraine et la Russie. Son but n’est pas tant de garantir les frontières d’une Ukraine qui est aussi russe que l’Alsace et la Lorraine sont françaises que de montrer sa volonté de tordre le bras à Poutine. Véritable politique de gribouille tant le nouveau tsar de Russie est sans doute notre meilleur allié dans la lutte à venir contre les islamistes conquérants.
Mais face à la médiasphère parisienne, au microcosme du Café de Flore et aux ténors de la gauche caviar, il est tellement plus facile de se dresser face à Poutine, comme Chirac l’avait fait contre Bush. Qu’elle est grande la capacité de nos dirigeants à transformer nos alliés naturels en ennemis de circonstance ! Il ne faut pourtant pas être dupe. Au milieu des dorures de la salle des fêtes de l’Élysée, il est bien plus facile de faire le fier face au président russe que d’apporter des solutions au chômage de masse qui gangrène la France. Il est bien plus aisé d’annoncer des sommets de la dernière chance pour l’Ukraine que de s’attaquer à la réduction des dépenses publiques. Il est tellement plus noble de vouloir “sauver le monde” plutôt que l’économie française.
Le problème, c’est qu’à ce mauvais jeu politique fait de pure communication et d’improvisation complète, la France pourrait se retrouver deux fois perdante. D’abord en se mettant à dos l’une des principales puissances d’une future grande Europe, qui, plutôt que de s’élargir à la seule Ukraine, irait naturellement “de l’Atlantique à l’Oural”. Ensuite en laissant de côté les réformes structurelles que les Français attendent avec tant d’impatience. De manière à stopper l’ascension fulgurante de la dette, à arrêter ce rouleau compresseur fiscal qui a mis au tapis l’an passé plus de 63 000 entreprises, et surtout à recréer de la croissance ; de la vraie croissance, celle qui crée de l’emploi, des richesses pour tous, de l’investissement et de la confiance. Mais François Hollande aime tellement les chômeurs qu’il a décidé de les multiplier. Il aime tellement la lumière de la diplomatie qu’il s’en trouve aveuglé. Et il aime tellement la duplicité qu’à défaut de s’occuper de la vie des Français, il précipite la mort de la France en lui cherchant des ennemis dont elle se passerait bien.
P.-S. : le 3 février, la justice m’a condamné pour avoir publié le 26septembre 2013 une couverture de votre magazine illustrée d’une “Marianne voilée” avec comme titre « L’invasion ». Parce que Valeurs actuelles a voulu alerter l’opinion sur l’islamisation rampante de la France, nous voilà censurés au même titre qu’Éric Zemmour et cloués au pilori médiatique comme l’a été Philippe Tesson. Je tiens à remercier tous les lecteurs qui se sont manifestés à cette occasion et qui nous ont assurés de leurs encouragements afin de continuer à clamer la vérité en trempant nos plumes dans les plaies du pays. Bien sûr nous avons fait appel de cette décision de justice. Mais votre soutien, sous la forme d’abonnements massifs pour vous et vos proches, nous fera chaud au coeur et montrera à tous ceux qui veulent nous faire taire que vous êtes aussi nombreux que déterminés. D’avance merci à vous tous.
jeudi 12 février 2015
L'Eurogroupe dans l'impasse grecque
Au terme d'une réunion des ministres des finances de la zone euro, en présence du FMI et de la BCE, les Dix-huit ne sont pas parvenus à trouver un accord sur la dette grecque, même une déclaration commune. Une issue presque inédite.
Yanis Varoufakis, le pugnace ministre chauve qui a séduit la foule d'Athènes, est entré dans la fosse aux lions, à Bruxelles. Et comme attendu, de l'Allemagne à la BCE, en passant par le FMI et le fonds de secours européen, les grands fauves de l'Eurogroupe ne se sont pas laissé attendrir: le face-à-face, plutôt lourd, s'est achevé au bout de six heures sans autre promesse qu'un deuxième rendez-vous lundi, dans la même arène.
Le ministre des finances est arrivé de Grèce armé de toute sa défiance. «Nous ne cherchons pas l'affrontement et ferons ce qu'il faut pour l'éviter, avait-il prévenu depuis les bancs du parlement à Athènes. Mais exclure le choc par avance serait montrer que nous n'avons pas la foi de négocier durement». C'est Alexis Tsipras lui-même, tout juste confirmé par un vote de confiance, qui a fixé le mandat de la même tribune: ni retour en arrière, ni crédits européens au prix de ce qu'il appelle la «cruelle» austérité. Avant d'ajouter, sous les applaudissements: «'nous ne discuterons jamais l'extension du plan de sauvetage européen, parce qu'il a déjà échoué» au cours des cinq dernières années.
C'est maigre, négatif et peu propice à la négociation. A Bruxelles, le ministre Varoufakis s'est tenu scrupuleusement à cette ligne. Et il a été incapable de s'entendre avec ses dix-huit collègues de l'euro sur la rédaction, même d'une déclaration commune, une issue presque inédite. Plusieurs brouillons ont circulé. Mais faute d'accord sur les mots, le chef de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a préféré jeter l'éponge. L'idée d'un travail d'experts pour préparer le huis-clos de lundi n'a pas abouti non plus. La conférence de presse finale, annoncée peu après 23 heures, a débuté bien plus tard que minuit. Elle a duré 10 minutes à peine.
Les caisses vides le 28 février
Cette impasse au premier tournant pourrait propulser le dilemme grec à l'échelon supérieur: le sommet européen qui s'ouvre cet après-midi à Bruxelles, en présence pour la première fois d'Alexis Tsipras. Les autres dirigeants européens n'ont pourtant aucune envie de transformer en session de négociation un conclave déjà dominé par la crise ukrainienne et par la lutte contre le terrorisme.
Plus sûrement, le revers rapproche un peu plus la Grèce et son nouveau gouvernement d'un défaut de paiement, faute des financements requis de l'UE et du FMI. Le second plan de sauvetage, signé en mai 2012, vient à expiration le 28 février à minuit sauf prolongation, fût-ce de quelques mois, avec le nécessaire accompagnement d'un plan de réformes et de contrôle budgétaire. A supposer qu'Athènes s'y résolve, la décision devrait être prise au plus tard la semaine prochaine afin d'obtenir le nécessaire feu vert de chacun des dix-huit autres pays, notamment celui du Bundestag en Allemagne.
Mercredi soir, les ministres des finances de l'euro attendaient de la Grèce qu'elle leur soumette au moins des idées neuves pour avancer. «Le point de départ, c'est la poursuite du plan de sauvetage en cours. Et c'est sur cette base que nous verrons s'il est possible ou non de poursuivre notre soutien» financier, avertissait Jeroen Dijsselbloem. Las, selon plusieurs participants, Yanis Varoufakis est arrivé les mains vides, cramponné dans son refus et sans aucune des propositions concrètes qui auraient permis d'engager la discussion. «Il n'y a pas d'accord sur le sujet, il nous faut un peu plus de temps», a reconnu dans la nuit le chef de l'Eurogroupe, plutôt crispé. Pour Pierre Moscovici, le commissaire en charge, l'échange a au moins permis de «clarifier la position» de chacun.
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