L’État-providence est à la solidarité ce que le viol est à l’amour. – @Jabial
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mardi 17 février 2015
Prostitution : chacun son corps ou corps d’État ?
Les politiciens ont un certain talent pour le timing. Alors qu’on s’émeut des excès que certains d’entre eux commettent derrière des portes fermées, ils se décident à légiférer une fois de plus sur la prostitution pour, justement, fermer la porte aux excès.
Et alors que sont révélées au grand jour leurs parties fines, force est de constater que leurs analyses, elles, manquent de finesse : l’amalgame est fait entre la prostitution et tous les maux qui l’entourent, au point qu’on parle de la « proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel ». L’objectif est simple : « en finir avec le plus vieux métier du monde ». Pour un monde plus bisou, il faut en finir avec les bisous tarifés.
L’objectif est simple, voire simpliste : il est illusoire de penser faire disparaître le plus vieux métier du monde. La prostitution existerait dans le règne animal, notamment chez le pingouin et le chimpanzé. C’est une activité simple, demandant relativement peu de compétences, et répondant à une demande abondante générée par un instinct que tous n’ont pas l’envie ou la force de maîtriser ou la possibilité de satisfaire autrement.
Cette difficulté à satisfaire un instinct naturel chez certaines populations a d’ailleurs conduit Jérôme Guedj, président du Conseil Général de l’Essonne, à proposer l’étude d’une « assistance sexuelle »pour les personnes handicapées. Malgré toutes les précautions langagières pour ne pas apparenter l’assistance sexuelle à de la prostitution, il s’agit de rémunérer des prestations sexuelles pour favoriser « l’éveil et l’accompagnement à la sexualité » de personnes dépendantes. Ne parlons donc plus de prostitution, mais d’assistance sexuelle à personnes non handicapées, et le problème est réglé.
Enfin, pas tout à fait réglé : il faut veiller à ce que la prostitution demeure un échange librement consenti. Et pour cela, il n’y a rien de pire que de confiner la prostitution à l’illégalité. Si les prostituées sont vulnérables aux violences, les empêcher d’être protégées en interdisant le proxénétisme les rend plus vulnérables. Si les prostituées sont victimes de filières de traite d’êtres humains, rendre leur activité illégale renforce la menace et les moyens de pression qu’utilisent ces réseaux pour empêcher leurs victimes de les quitter. On ne peut faire disparaître la prostitution, et le meilleur moyen de protéger celles qui l’exercent est de leur permettre d’exercer cette activité librement. Si elles ont la possibilité de proposer leurs services en toute transparence, les prostituées seront plus en sécurité.
Pour les mêmes raisons, criminaliser la consommation et la vente de produits stupéfiants génère plus de risques pour leurs consommateurs et accroît le pouvoir des réseaux criminels. Demeurent les craintes et jugements moraux.
Notamment la crainte d’une « marchandisation du corps », dans l’idée qu’une activité qui n’a rien de mal en soi deviendrait mauvaise si elle est exercée contre rémunération. Idée qui touche aussi bien la gestation pour autrui que le don d’organes ou la prostitution, et que l’on pourrait tout aussi bien étendre au travail : en utilisant pendant un temps donné mon corps contre rémunération, ne serais-je pas chaque jour en train de m’adonner à la marchandisation de mon propre corps ?
La prostitution serait également immorale. Un client lubrique, le regard plein de vice, ayant pour seul but d’assouvir ses pulsions malsaines auprès d’une victime y perdant sa dignité dans un grand dévoiement de l’amour.
On pourra toujours arguer que les prostituées n’ont pas d’autre choix, et que leurs clients abusent de cette position comme un chef d’entreprise abuserait de ses employés en leur proposant de travailler les soirs et week-ends. Mais si les prostituées n’ont pas d’autre choix, à quoi bon leur interdire le seul choix dont elles disposent, et avec quelles conséquences ?
Et la victime n’en est pas une si elle est consentante. Le caractère dégradant de la prostitution, pour le consommateur ou le prestataire, est un jugement moral, et subordonner la légalité à la moralité est dangereux.
Ne pourrait-on d’ailleurs pas arguer que l’État-providence, qui transforme un bel et noble acte en contrainte, est un dévoiement de la solidarité ? Qu’il est profondément immoral ?
On ne change pas les gens en leur interdisant certains comportements et en leur en imposant certains autres. Les hommes ne deviennent pas vertueux parce qu’on les y oblige, mais par choix. Encore faut-il qu’ils aient le choix.
Interdire et imposer, c’est réduire les choix disponibles pour chaque individu. Pornographie, drogues, prostitution : les citoyens sont responsables de leurs choix, qu’ils en soient fiers, en rougissent ou n’en aient rien à faire. Et ils doivent être libres.
samedi 4 octobre 2014
Pourquoi il vaut mieux jouer à Pokémon qu’au socialisme
Vos enfants préfèrent jouer en réseau qu’étudier les sciences politiques ? Laissez-les faire : c’est en ligne qu’ils ont les plus grandes chances de comprendre les vertus de la liberté et de l’échange.
Les hommes politiques et ceux qui les élisent, et d’une façon générale ceux qui pensent avoir leur mot à dire dans les choix des autres, se comportent comme une armée de joueurs se battant pour le contrôle de la souris. L’expérience a déjà été menée, ce qui permet de se faire une bonne idée de ses conséquences sur le déroulement de la partie (ou l’état du monde).
On peut s’en faire une idée dans le monde réel ; les expériences du socialisme, du collectivisme et du dirigisme se sont toujours et partout soldées par des échecs. Mais puisqu’il se trouve toujours d’irréductibles pour refuser ou manquer de voir les choses telles qu’elles sont, il faut tirer les leçons d’une expérience bien plus simple (et moins destructrice) : Twitch Pokémon.
Le principe est le suivant : un jeu théoriquement conçu pour un joueur, Pokémon, est joué par des milliers de joueurs à la fois, les décisions étant prises collectivement. Au-delà de son caractère ludique, l’expérience est riche d’enseignements. Certains, ayant trait à la gestion de projet, sont recensés dans un article :
- Leçon n°1 : donnez aux gens du pouvoir mais pas de responsabilités, et beaucoup d’entre eux se changeront en bombes à retardement.
- Leçon n°2 : malgré la Leçon n°1, la plupart des gens ont de bonnes intentions et réussissent, mais ces réussites sont dissimulées par les gens mal intentionnés.
- Leçon n°3 : ce n’est pas suffisant de savoir quoi faire et à quel moment. L’essentiel est dans la réalisation.
- Leçon n°4 : quand tout le monde est un leader, personne ne l’est.
- Leçon n°5 : avec suffisamment de ressources et de temps, la plupart des projets « aboutissent », mais au prix d’énormément de temps et énormément de ressources.
Et on peut en tirer un enseignement plus large : prendre collectivement des décisions individuelles détruit de la valeur. Au lieu de jouer chacun leur partie, et avoir finalement des milliers de parties plus ou moins abouties, les joueurs se sont unis pour jouer une seule et même partie, consommant bien plus de ressources et de temps pour des résultats moindres. Même en écartant les joueurs mal intentionnés.
Car les joueurs ont des objectifs différents, et des stratégies différentes pour les atteindre. Les décisions prises collectivement, comme les traitements statistiques, écartent souvent l’exceptionnel et l’audacieux pour préférer le moyen (ou le médiocre, selon le point de vue).
La mise en commun des décisions, des ressources et des produits n’est pas le meilleur moyen d’avancer. Même en répliquant la partie jouée par les milliers de joueurs autant de fois qu’il y a de joueurs, le produit total ne sera pas aussi bon que si chaque joueur avait joué sa propre partie. Et il est possible de faire encore mieux.
En reliant les parties les unes aux autres, non par la centralisation des décisions, mais par l’échange et la coopération, les joueurs seront tous avantagés. Personne ne sera forcé de prendre part à l’échange, donc personne n’a quoi que ce soit à y perdre. Et chacun peut en bénéficier, tirant profit du niveau des meilleurs joueurs.
Au lieu de centraliser les commandes, il est bon de mettre en place une bourse d’échanges de Pokémon et d’objets. Et si le jeu le permettait, nul doute que la coopération se développerait ; dans des jeux multijoueurs comme Diablo, de nombreux débutants suivent de meilleurs joueurs pour acquérir plus rapidement de l’expérience et des objets et mener à bien leurs quêtes.
Moins un jeu est linéaire, plus il est censé laisser aux joueurs une marge de manœuvre – et plus chaque joueur a à gagner de l’échange avec les autres joueurs. Et le jeu le moins linéaire, c’est la vie.
dimanche 7 septembre 2014
Hollande, président du bide, demande un peu de respect (par pitié)
Valérie Trierweiler fut un temps la compagne de François Hollande. Première Dame sans être concubine pour des raisons d’optimisation fiscale, la journaliste de Paris Match bénéficiait toutefois d’un staff dédié à l’Élysée et d’une page sur le site elysee.fr pour faire part de ses états d’âme.
Sa page disparue, elle a décidé de se confier au monde entier au travers d’un livre,Merci pour ce moment, peu flatteur pour le Président de la République qui demande – tenez-vous bien – un peu de respect pour la fonction présidentielle.
Sans s’attarder sur les ministres dont il s’entoure, comme Jérôme Cahuzac ou Thomas Thévenoud, le respect dû à la parole publique est bien faible quand ses auteurs n’ont aucun respect pour la parole donnée. Où est la moralisation de la vie politique ? Où est l’inversion de la courbe du chômage ? Où sont la croissance à plus de 2%, les économies budgétaires, la pause fiscale ?
Non content d’enchaîner les promesses non tenues, le Président qui se pense normal a le tort de mépriser ses opposants et détracteurs, mais aussi ceux qu’il prétend défendre : il appellerait même les plus démunis « les sans-dents ». Ce dont il se défend évidemment avec toute l’honnêteté qu’on connait aux hommes politiques français.
Il ne sauve même pas les apparences. Outre son flagrant manque d’éloquence, de charisme et de prestance, François Hollande ne fait même pas l’effort de s’habiller correctement : ses pantalons sont trop longs, ses cravates sont de travers, ses costumes sont mal taillés et ses poches trop remplies. Et il s’évertue à refuser l’usage du parapluie, malgré les intempéries que sa présence semble provoquer.
Mais à y bien réfléchir, le seul qui manque de respect à la fonction présidentielle, c’est lui. Ce n’est pas à la fonction qu’on manque de respect, mais bien à l’homme. Et pour cause : ce que François Hollande montre de lui n’a rien de respectable. Alors que plus personne ne lui fait confiance et qu’il n’a aucune légitimité, alors que les citoyens souhaitent clairement son départ, lui joue tristement les prolongations comme un artiste pendant un mauvais numéro. François Hollande, le président du bide.
« Je suis à mi-mandat et il n’y a pas de sondage, aussi difficile soit-il, que je regarde en face, qui puisse interrompre le mandat que donne le peuple au président de la République », a-t-il dit.
Aucun sondage ne saurait remettre en cause le sondage qu’on appelle élection. Pourtant, c’est lors des élections que l’on trouve la plus forte proportion de Français qui ne se prononcent pas ; tout compte fait, seulement 36% des Français en âge de voter l’ont élu. C’est plus que ses scores de confiance, mais bien loin des 51% qui lui accorderaient théoriquement une légitimité même mince.
Aujourd’hui, moins de 20% des Français ont de lui une opinion favorable. Il affirme regarder en face les sondages, et décide envers et contre tout de rester au pouvoir, alors qu’un dirigeant intègre se connaissant la même popularité aurait des difficultés à se regarder dans une glace.
«Je ne me départirai pas de mes responsabilités, je ne dévierai pas de cette règle de conduite», a-t-il insisté.
S’il pense réellement que la fonction présidentielle doit être respectée, il serait temps pour François Hollande de tirer sa révérence et de s’épargner (et épargner aux Français) le supplice d’une autre moitié de mandat.
Mais à sa décharge, malgré l’étendue de sa perfectibilité et bien qu’il ne soit ni tout à fait respectable, ni l’homme providentiel que certains Français attendent encore, tout n’est pas sa faute – loin de là.
Le mandat de François Hollande n’est que l’aboutissement d’un long processus qui, politiquement et économiquement, fait de la France un pays en voie de sous-développement où on gouverne malgré et contre le peuple.
La France est prisonnière d’une vision où l’initiative privée, par essence dangereuse, doit être régulée, dirigée, écrasée par l’intervention d’un État qui, contre toute logique, bénéficie encore du bénéfice du doute. La véritable conquête du pouvoir, ce n’est pas tant la façon dont certains individus ont pris du poids dans la vie politique politique, mais la façon dont la politique a pris du poids dans la vie des individus.
François Hollande n’est qu’un président de plus, un avatar supplémentaire de la social-démocratie qui limite partout où elle sévit la liberté et le bonheur des citoyens. Particulièrement mauvais, il faut bien le reconnaître.
Thomas Thévenoud : député du champagne, puis du goudron et des plumes
Sitôt arrivé, sitôt parti : le député Thomas Thévenoud quitte le gouvernement quelques jours seulement après sa nomination au poste de Secrétaire d’État au Commerce Extérieur, pour des « raisons personnelles » qui n’auront poliment omis les révélations de sa fraude fiscale que pour quelques heures. Il aurait, depuis des années, « oublié » de remplir ses déclarations et payer ses impôts, au point que l’administration fiscale en vienne à prélever à la source ce qu’elle lui estimait dû, directement sur les confortables rémunérations du député de Saône-et-Loire.
Avec une ironie que seule la République française peut déployer, Thomas Thévenoud n’était pas seulement député. À l’Assemblée, il était vice-président de la mission d’information sur la fraude fiscale, ce qui n’est pas sans rappeler l’affaire Jérôme Cahuzac. Brièvement ministre du Budget, il se déclarait en lutte contre la fraude fiscale après s’y être allègrement adonné quand il payait l’impôt au lieu d’en vivre. L’ironie ne s’arrête pas là : le député Thévenoud était aussi vice-président de la commission d’enquête sur Jérôme Cahuzac !
Les hommes politiques français sont avant tout des alpinistes du grotesque qui, chaque jour, atteignent de nouveaux sommets.
Tout n’est pas à déplorer dans ces affaires : pour une fois, des hommes politiques avaient une réelle expertise sur leur sujet. Et pour une fois, la révélation des scandales qui les touchent sonne le glas de leurs carrières.
Mais cette affaire supplémentaire pose une nouvelle fois plusieurs questions : quelle sera la prochaine, et comment pourrait-on l’éviter ?
François Hollande avait fait campagne sur une « République exemplaire », et à mi-mandat, deux ministres ont déjà dû renoncer à leur fauteuil – non pour avoir fraudé le fisc, mais pour s’être fait prendre sans possibilité d’étouffer l’affaire. L’exemplarité attendra. D’autant plus que le chef de l’État lui-même échappe à l’impôt sur la fortune en sous-estimant largement la valeur de son patrimoine, notamment de sa villa de Mougins. Dans sa déclaration, il n’accordait d’ailleurs pas à Valérie Trierweiler le statut de concubine, alors qu’elle logeait à l’Élysée et avait à sa disposition un staff rémunéré avec l’argent public du fait de ses fonctions de première dame et une page sur le site de l’Élysée. La cohérence, elle aussi, attendra.
D’une façon générale, rares sont les hommes politiques au-dessus de tout soupçon, mais plus rares encore sont pourtant les enquêtes. Pour que la république ait une chance d’être exemplaire, pourquoi ne pas instaurer un contrôle fiscal systématique sur l’ensemble des élus français ? Ne prônent-ils pas tous en chœur la transparence ?
Eux qui votent les impôts et le budget, qui décident de combien ils prendront à chaque Français et comment ils dépenseront les milliards prélevés, devraient faire la preuve de leur honnêteté. Un contrôle fiscal leur permettrait en outre de savoir un peu mieuxl’enfer que des milliers de Français vivent chaque année pour assurer le financement de leurs pitreries et caprices. Et rendrait un peu, un tout petit peu moins ridicule leur prétention d’imposer des efforts aux Français tandis qu’eux continuent de se gaver et payer très peu d’impôts.
Malheureusement, on ne saurait pas bien à qui en confier la responsabilité ; l’opposition, malgré ses commentaires faciles, n’a pas vraiment de leçons à donner en la matière – ni en quelque matière que ce soit, d’ailleurs.
Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. – Lord Acton
Le niveau de probité des élus soulève aussi des questions sur la façon dont ils gèrent certains dossiers. Un député siégeant à la commission de lutte contre la fraude fiscale qui fraude le fisc devient-il intègre, objectif et soucieux de l’intérêt général quand il propose et vote les lois et le budget ? Lorsqu’il défend par exemple, contre toute logique, le puissant lobby des taxis – au détriment d’entreprises innovantes créant une réelle valeur pour le consommateur ?
Avec de tels escrocs incompétents aux commandes, on comprend mieux pourquoi la France, depuis 40 ans, est en voie de sous-développement. Quand les affaires qui émaillent la vie politique du pays sont sans grandes conséquences pour leurs auteurs qui, le plus souvent, ne sont même pas sanctionnés d’inéligibilité ; quand une petite classe politique s’enrichit (et pas que légalement) sur le dos du reste de la population, et dispose de privilèges qui la mettent à l’abri des décisions qu’elle prend ; quand les citoyens n’ont en pratique aucun moyen de faire valoir leur opinion autrement qu’en choisissant à chaque scrutin entre la peste et le choléra, et que leur avis quand on le leur demande n’est même pas pris en compte ; alors, on ne peut qu’imaginer les conséquences sur l’économie et la société.
Qu’on n’a d’ailleurs pas besoin d’imaginer très longtemps ; il suffit d’ouvrir les yeux. Pour financer le train de vie d’un État inefficace et illégitime, les marges faibles des entreprises et le pouvoir d’achat érodé ne suffisent plus depuis 40 ans et, depuis 40 ans, chaque année, les députés se réunissent pour voter un budget en déficit. La dette se creuse et ne pourra jamais être remboursée ; elle représente plus d’une année de PIB, alors que ce dernier est largement surévalué du fait justement de la taille de l’État.
Alors, que fait-on ?
C’est à chacun d’en décider, selon ses propres valeurs, ses propres convictions, ses propres préférences. Dans l’état actuel des choses, il ne faut pas espérer que la classe dirigeante soit à l’origine d’un changement positif, alors que les années passant nous éloignent de plus en plus d’une société libre et harmonieuse et nous approchent rapidement d’un fascisme dont on ne dit pas le nom.
Rien sans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État. – Mussolini
Ceux qui aspirent à une vie différente ont donc le choix entre se relocaliser dans un pays où leur destin sera entre leurs mains, ou reprendre en main leur destin, ici, en France.
Les hommes politiques aiment à se revendiquer de la Révolution, sans sembler comprendre ce que l’abolition des privilèges signifierait concrètement pour eux en 2014. Ils ne sont pas les représentants dignes et légitimes, mais les privilégiés qui vivent à ses dépens.
Le changement – nécessaire – est inéluctable. Il peut advenir parce que les Français l’auront provoqué ; sinon, il surviendra naturellement sous le poids du fardeau que les hommes politiques français ont imposé à leur pays – c’est-à-dire à ses citoyens.
L’intensification des tensions est palpable, mais il demeure difficile de savoir quand et comment ce changement surviendra. En attendant, certains méritent du goudron et des plumes.
lundi 1 septembre 2014
Le partage, c’est vraiment trop libéral : interdisons-le !
Internet a permis de nombreux développements, notamment celui des sites d’entraide et de partage ou la mise en relation entre particuliers. Du covoiturage à la récupération, de la location de logements inoccupés au prêt entre particuliers, c’est tout un écosystème qui se développe, offrant des solutions moins chères voire gratuites aux consommateurs. Parfois en concurrence avec des entreprises, ces services créent souvent des opportunités inexistantes.
Adèle, 23 ans, est pionnière de BlaBlaCar, site leader de covoiturage. « À l’origine, je n’avais pas le choix pour faire Saumur-Rennes où la SNCF ne propose pas de train direct. »
Mais ce n’est pas au goût de tout le monde. Les professionnels de l’hôtellerie ne voient pas d’un bon œil la concurrence d’AirBnB, et les taxis refusent la concurrence d’alternatives moins coûteuses ; tous deux ont obtenu de l’État qu’il mette des bâtons dans les roues des nouveaux entrants sur leur marché.
Pour Bouldié Chartier-Beffa :
Dès lors que cette mise en réseaux, qui s’affranchit des intermédiaires, se généralise, « on a affaire à un libéralisme sauvage, non structuré qui s’exprime ». Au détriment de l’économie traditionnelle. [...] Biouldé Chartier-Beffa prône une régulation d’urgence de ce marché par les pouvoirs publics, car « ces starts up [sic] n’ont pas les mêmes charges que leurs homologues traditionnelles ni les même salariés, ni les mêmes taxes. » La « guerre » a bien commencé : il suffit de voir la violente opposition entre Uber et les taxis ou entre Rbnb [sic] et l’hôtellerie. « Et, demain, la multiplication des services à domicile est une vraie menace ».
Des solutions innovantes offrant aux citoyens des possibilités nouvelles et plus avantageuses, c’est bien trop libéral, et ça crée une concurrence à l’économie traditionnelle. Vite, règlementons, taxons, interdisons !
Cette concurrence néolibérale débridée, ce capitalisme sauvage qui s’exprime par le partage et l’échange entre adultes consentants menacent directement l’économie. Pour endiguer l’invasion du libéralisme, il faut aller plus loin, et en finir définitivement avec le gratuit et le pas cher, avec le don, l’échange et le service entre particuliers. Interdire non seulement AirBnB, mais aussi Couchsurfing.
Il faut en finir avec le coup de main donné à un ami pour repeindre son salon, qui part d’une bonne intention mais fait concurrence aux artisans locaux. Interdire aux Français d’héberger un ami en plein déménagement, ou de garder pour lui quelques cartons dans un coin du grenier, pour sauver les hôtels et garde-meubles.Traquer les naïfs qui pensent qu’inviter un collègue à diner est un geste innocent et bienveillant sans se rendre compte qu’ils mettent ainsi en péril tout le secteur de la restauration. Pourchasser ceux qui offrent ou vendent pour un prix modique les vieux meubles dont ils n’ont plus l’usage. Enfermer ceux qui prêtent de l’argent à un voisin dans le besoin, et lui évitent de payer des frais bancaires. Il faut en finir avec tous ces pirates. Que dire de la colocation, qui évite à chacun d’avoir à louer son propre appartement ? Ou de l’auto-stop, ce covoiturage gratuit et sauvage face auquel les professionnels du transport sont désarmés ?
Ce n’est pas seulement l’écosystème de la mise en relation entre particuliers qu’il faut tuer dans l’œuf, mais l’idée même de la solidarité et du partage.
À moins de considérer que ces échanges nouveaux entre particuliers, gratuits ou bon marché, ne regardent que ceux qui y prennent part. Qu’il n’y a aucune raison de protéger des modèles simplement parce qu’ils font face à une concurrence nouvelle, aucune raison de privilégier le payant au gratuit, aucune raison pour que les particuliers ne puissent pas librement échanger, directement ou via des intermédiaires, gratuitement ou non.
Et de considérer que c’est au consommateur de choisir, parmi une offre aussi large que possible, s’il préfère économiser sur l’hébergement ou bénéficier des services d’un hôtel, s’il préfère louer une voiture à un particulier ou bénéficier des services et de la flexibilité d’un loueur, s’il veut des meubles neufs ou s’accommode volontiers d’anciens.
Mais ça, bien sûr, c’est du libéralisme sauvage : no pasaran !
dimanche 3 août 2014
Base-case vs. best-case scenario, le match du futur
Nos hommes politiques se montrent incapables de penser correctement l’avenir. Des prévisions de croissance du programme de François Hollande à la vision de l’avenir, en passant par la courbe du chômage et les investissements de Ségolène Royal, tous se plantent royalement.
Au-delà de sa valeur humoristique, ce phénomène revêt aussi un caractère extrêmement dangereux quand on laisse à des politiciens incapables de penser l’avenir la responsabilité de le préparer. Les trous dans la coque de notre modèle social rongé par les vers leur sont apparemment invisibles, ou les laissent de marbre.
Le Parti Socialiste promettait par exemple d’annuler une réforme des retraites qu’il aurait fallu pousser bien plus loin pour éviter la faillite du modèle d’ici quelques années. Le modèle ne va pas s’équilibrer de lui-même, surtout en tenant compte des évolutions défavorables de l’emploi.
Car pour un homme politique, l’avenir se résume à la situation présente avec une date différente. S’ils étaient capables de comprendre que l’avenir n’est pas identique au présent bientôt passé, ils comprendraient qu’il faut revoir leur base-case scenario, c’est-à-dire leur scénario de base.
La construction d’un bon scénario de base est cruciale en stratégie. Pour prendre des décisions impliquant l’entreprise sur 5 ans, il faut avoir une idée de son évolution la plus plausible sur les cinq prochaines années. Par exemple, le chômage n’est pas uniquement lié au solde des créations d’emplois, mais aussi à d’autres paramètres, comme les arrivées sur le marché du travail et les départs en retraite annuels.
En agissant comme si rien n’allait changer, ou si peu, les hommes politiques nous condamnent tous à assumer la responsabilité de leur mauvaise gestion et de leurs mauvaises prévisions. Depuis 40 ans, les budgets sont votés en déficit ; il faudra un jour régler l’addition, et ce ne sont pas les parlementaires qui le feront. Ils paient déjà bien peu d’impôts…
Les politiciens ne sont pourtant pas incapables de raisonner par scénarios et d’inclure le base-case dans leurs estimations. Lorsqu’ils annoncent des réductions de dépenses, ils se gargarisent également de leur capacité à contenir l’évolution « normale » de la dépense (normale et néanmoins alarmante).
Mais ils font l’erreur de beaucoup de décideurs, qui se réfugient dans un autre scénario : le best-case scenario, le meilleur scénario possible. Ils anticipent pour leurs actions un impact toujours positif et rarement réalisé, établissent des budgets de croissance en période de crise.
Si vos enfants ambitionnent (sic) de devenir hommes politiques, et que vous ne parvenez pas à les en dissuader, apprenez-leur donc à penser l’avenir non comme un autre présent ou un monde de souhaits. Et pour cela, il faut leur faire apprendre le passé. Comprendre que l’histoire n’est pas que le récit de quelques anecdotes, mais la succession des événements qui a fait de nous ce que nous sommes – et aussi ce que nous ne sommes pas.
Expliquez leur comment des civilisations entières ont disparu car elles ont été incapables de revoir leur façon de penser ou leur état d’esprit, de s’adapter à leur environnement changeant et de tenir compte des erreurs de ceux qui ont disparu avant eux. Comment la liberté est toujours confisquée pour les meilleurs motifs et que beaucoup ont accepté par conformisme ou aveuglement ce que nous estimons tous aujourd’hui intolérable et indigne d’un être humain.
Ils comprendront alors que nous aurons disparu dans quelques décennies, et que nous ne serons alors pas regardés différemment de tous ceux qui nous ont précédés. Nos façons de penser seront analysées de la même façon, et nos actions seront jugées sans plus de compassion. Jugées par les héritiers du monde que nous aurons construit sur l’héritage que nous avions alors reçu, qui ne comprendront pas comment nous avons pu faire preuve d’autant de conformisme et d’aveuglement. Qui ne nous pardonneront pas notre ignorance dont nous sommes seuls responsables. Qui riront de nos dettes, à moins qu’elles ne les ruinent ; se moqueront de nos peurs, à moins qu’elles ne les hantent.
Celui qui voit le problème, et qui ne fait rien, fait partie du problème. – Gandhi
Ne laissons pas disparaître d’avance le monde que nous aurions pu leur laisser. Nous nous devons, avant d’apprendre l’histoire à nos enfants, d’en tirer les leçons. Ne soyons pas comme tous ceux qui ont refusé l’effort de faire advenir le monde qu’ils rêvaient. Reprenons en main notre destin, nos libertés, nos vies – et ne nous les laissons plus jamais reprendre.
mardi 29 juillet 2014
L’individu face à ses choix (3) : Décentraliser jusqu’à l’individu
L’individu et la société sont gagnants lorsqu’on individualise les décisions.
De l’histoire des hommes et de l’analyse des expériences individuelles, nous avons conclu que, si la concurrence amène parfois le succès et parfois l’échec, l’uniformité assure l’échec à long terme. En effet, ce n’est pas la rigidité qui fait la solidité, mais la flexibilité.
Plusieurs leçons peuvent en être tirées. D’abord, les bénéfices de la décentralisation et de la concurrence entre régions, aussi bien dans les décisions prises que dans le système politique. Plus les régions sont petites, plus le pouvoir est proche des citoyens, géographiquement mais aussi dans l’exercice quotidien de ses fonctions. On peut ne pas aimer le maire dans une petite ville, le lui dire, et déménager pour cette raison ; mais on peut plus difficilement joindre un parlementaire européen, et la distance à parcourir pour déménager est plus prohibitive.
On peut pousser le raisonnement plus loin. À l’échelle d’une société, il faut privilégier le choix et la responsabilité individuels ; en rendant chaque individu dépendant de tous les autres, les échecs individuels peuvent se transformer en désastres, et les succès récompensent à peine leurs auteurs. Certains parlaient du crony capitalism comme d’un système où on privatise les profits et on socialise les pertes ; on a pu observer ce phénomène avec le bailout des banques aux États-Unis. Mais pour les petites entreprises dans la France socialiste d’aujourd’hui, on socialise les profits en taxant ceux qui réussissent, et on privatise les pertes. Il faut, pour permettre l’innovation, privatiser pertes et profits – rien n’empêche ensuite chacun d’entre nous de tendre la main aux nécessiteux et à ceux qui auraient échoué, au contraire. Le mécanisme est similaire à la sélection naturelle, avec certaines nuances ; notamment parce que les hommes sont récompensés aujourd’hui plus sur la base de leurs choix que de leurs mutations génétiques, et parce qu’ils font naturellement preuve d’empathie.
L’individu et la société sont gagnants lorsqu’on individualise les décisions. Et perdants lorsqu’on les collectivise. En effet, l’ensemble de la société bénéficie des succès de chacun, car le succès est fait du bénéfice qu’on apporte aux autres. Mais tous sont perdants lorsqu’on choisit pour eux ; la valeur est subjective, d’une part, et les choix faits ont toutes les chances d’être mauvais d’autre part.
Il vaut mieux, donc, une société de taille modeste où les individus sont libres et responsables ; les décisions décentralisées deviendront des succès qui bénéficient à tous et des échecs qui ne coutent qu’à leurs responsables (sans les condamner, loin de là).
« Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » – Winston Churchill
L’idée est simple, mais les obstacles sont nombreux. Il faut affronter la soif de pouvoir des hommes politiques qui, de tout temps, ont cherché à subjuguer les individus autant que ces derniers étaient prêts à les laisser faire (et souvent plus, ce qui a souvent causé leur perte).
Les hommes de pouvoir ont, dès qu’ils ont pu assurer leur emprise, développé des structures bureaucratiques pour régir les hommes. Pour ce faire, ils ont, en certains endroits de la planète, favorisé le développement de l’écriture – mais de systèmes si complexes que les individus capables de les manier et les usages auxquels ils étaient employés sont assez limités pour que les historiens soient capables de les connaître tous, ou presque1. Ce n’est que quand l’écriture a été simplifiée qu’elle est devenue un instrument de diffusion et de partage de l’information et de la connaissance plutôt que de pouvoir – où est-ce l’inverse ?
Les hommes de pouvoir ne cherchent pas à assurer le bien-être de la population. Même dans une démocratie moderne comme la France, pays des droits de l’homme et phare du monde (sic), ils s’attellent non pas à trouver les meilleures solutions, mais à faire en sorte que ce soit eux plutôt que leurs rivaux qui dirigent les Français – à leur propre profit, cela va sans dire. Il y en a sans doute de bons, mais ils sont rapidement confrontés à un choix : entre faire partie du système et suivre ses règles, ou en être exclu.
Mais pas seulement ; il nous faut aussi affronter la peur du changement et de la responsabilité qui, à des degrés divers, sont en chacun de nous.
« Peu à peu, j’ai découvert que la ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les États ni les classes ni les partis, mais qu’elle traverse le cœur de chaque homme et de toute l’humanité. » — Alexandre Soljenitsyne
Car n’avons-nous pas tous en nous une certaine peur du changement ? N’avons-nous pas tendance à nous défausser, au moins en partie, de nos responsabilités ?
- Pour certains systèmes, les quelques scribes capables de l’utiliser se comptaient sur les doigts d’une main et ont été identifiés grâce à leur écriture ↩
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