TOUT EST DIT

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samedi 1 février 2014

La grande allusion !

La grande allusion !
Décidément, Nicolas Sarkozy n'en finit pas de semer des petits cailloux sur le chemin de son retour en politique. Au point que la ficelle est de plus en plus grosse. Aujourd'hui, la question n'est plus de savoir s'il se prépare au match revanche de 2017 mais quand il fera l'annonce officielle de sa candidature. Tout le reste relève d'une véritable comédie. Franchement, personne n'avait cru à son retrait définitif de la politique. Sans doute n'y croyait-il pas lui-même. Simplement, il a de plus en plus de mal à refréner son envie de retour. Admettons que la faute ne lui en incombe pas totalement. Nicolas Sarkozy exploite une conjoncture doublement favorable.
Il y a d'abord la déception générée par les mauvais résultats de la politique de François Hollande, et, d'autre part, l'incapacité de l'UMP à dépasser ses querelles de chefs pour définir une doctrine et adopter des positions cohérentes en qualité de principal parti d'opposition. D'où la « stratégie des cartes postales » adoptées par Nicolas Sarkozy. Hier, à l'occasion d'un déplacement en Charente-Maritime, il a franchi un nouveau palier en multipliant, avec force mimiques, les propos allusifs sur « l'autorité » ou le « mensonge ». Pas besoin d'un dessin.
Toute la question est de savoir si, cédant à son tempérament, Nicolas Sarkozy ne va pas trop vite en besogne. Pour un « ex », un retour réussi en politique doit passer par une période de « décompression » et un oubli momentané. Histoire de gommer la saturation de l'opinion, de se corriger, et d'élaborer un nouveau projet.
Manifestement, Sarkozy a moins changé qu'il ne veut bien le dire. Dans sa conception bonapartiste du rapport direct avec le pays, il entend bien se soustraire à cette primaire dévalorisante que le conseil national de l'UMP vient pourtant de doter d'une haute autorité. En vérité, les non-dits de Nicolas Sarkozy installent la vie politique française dans une forme de feuilleton fictionnel incompatible avec les défis du moment. Il serait préférable que Nicolas Sarkozy arrête son « cinéma » et cesse de nous jouer la « grande allusion » !

Le microcosme et les Français

Le microcosme et les Français


Le monde médiatique ne cesse de me sidérer par sa puérilité. Son rapport à l’ancien président de la République est révélateur. Hier, les radios, (même ma préférée, radio-classique), ne bruissaient que d’un événement, une petite phrase de Nicolas Sarkozy prononcée en Charente-maritime "Je n’aime pas les vacances". Ces mots donnaient lieu à mille supputations sur son "retour prochain" en politique.  Je me souviens du traitement médiatique haineux,assassin envers sa personne dont il fut l’objet pendant son quinquennat: "voyou", "fou", "dictateur", "inculte", et les amalgames historiques nauséeux. Aujourd’hui, le même monde, fébrile, est aux aguets du moindre signe le plus infime de sa part. Il me fait penser à une meute qui brûle d’impatience dans l’attente que le lièvre sorte enfin de son terrier pour le prendre en chasse… On lui reprochait son ego et son culte de la personnalité. Mais pourtant, c’est le microcosme médiatique, la France d’en haut, comme un bambin en quête de sensations fortes, qui a besoin de lui, d’une figure centrale, d’un maître à haïr et à dénigrer. Sur la scène politique actuelle, les rôles sont bien calés, les personnages convenus, entre un pouvoir discrédité,  une opposition démocratique morcelée, une droite protestataire en quête éperdue de respectabilité. Les personnages en sont tous assez fades et prévisibles, sans grand intérêt. Il manque à l’évidence le trublion, le feu follet, celui qui met le feu au poudres. Oui mais la France "d’en bas", celle de Monsieur et Madame Toutlemonde que nous croisons sur le marché du samedi matin, a l’esprit bien ailleurs: les études des enfants, garder son travail, trouver un appartement, finir le mois… De mille conversations, nous savons qu’elle n’a aucun goût pour les sauveurs, ne compte pas sur l’homme providentiel, ne croit plus aux solutions miracles. Elle n’attend pas grand chose du politique, mais au moins qu’il lui parle droit dans les yeux et cesse de la balader. 
Désormais, c’est aux actes et aux résultats qu’elle jugera et le cas échéant, retrouvera la confiance.  Les petits jeux l’indiffèrent, et le rêve, c’est fini…

François Hollande ne voit pas l'intérêt de le faire avant 2017 mais, oui ou non la France peut-elle s'en sortir sans modifier les traités européens ?


Lors du sommet franco-britannique organisé vendredi, David Cameron a maintenu sa position, appelant à une révision des traités de l'UE d'ici 2017. La France "souhaite que la zone euro puisse être davantage coordonnée, intégrée et s'il y a des modifications de textes, elles ne nous paraissent pas aujourd'hui de l'ordre de l'urgence", a déclaré François Hollande.

Dans les conditions actuelles, en respectant les traités, la France peut-elle sortir de la crise ? Peut-elle s'en sortir sans une relance européenne et un deal franco-allemand ?

Nicolas Goetzmann : La zone euro ne peut que survivre avec les traités actuels, elle ne peut pas vivre ou espérer. La demande de révision des traités est pourtant une aubaine pour François Hollande, il s’agirait pour lui de prendre la balle au bond et d’imposer de réelles réformes de fond. Mais cela suscite d’aller dans le dur, et cela se prépare. Pour cela, il va falloir convaincre l’Allemagne, comme vous le mentionnez, mais le terrain est peut-être favorable. Les récents évènements dans les pays émergents ne sont pas bons pour le modèle actuel de la zone euro, car ce modèle repose sur la demande extérieure. De plus, les statistiques publiées cette semaine, sur la baisse du crédit, la baisse de l’inflation, sont autant de menaces supplémentaires pour l’économie européenne. Pour être clair, ça clignote au rouge de tous les côtés depuis quelques jours et si la BCE ne réagit pas jeudi prochain, la situation peut déraper très vite. Le contexte est tel que l’Allemagne pourrait être prête à négocier. François Hollande dispose d’une « chance » historique, maintenant, de renverser la tournure désastreuse de son quinquennat. Imposer la relance monétaire, avec fermeté.
Alain Fabre :  Si vous faites référence aux derniers traités, non seulement au traité de stabilité budgétaire, c'est grâce aux traités que la France peut sortir de la crise. La crise qu'elle connaît aujourd'hui est une crise de compétitivité mais aussi d'une incapacité à maitriser ses dépenses publiques, ses déficits. S'imposer une contrainte internationale pour atteindre son objectif est certainement pour la France le meilleur levier pour cela. Les traités lui apportent un soutien important pour fluidifier et consolider sa politique économique.

En refusant de modifier les traités européens, François Hollande se tire-t-il une balle dans le pied ?

Nicolas Goetzmann : Il faut être sérieux, les propositions faites par François Hollande au début de cette année ne sont pas une réponse aux problèmes de la France ou de la zone euro. Il faut tout de même se rendre compte que les Etats-Unis ont injecté plus de 3000 milliards dans leur économie pour obtenir des résultats satisfaisants. A l’échelle de la France, cela représenterait  plus de 400 milliards d’euros. Alors que la baisse de charges envisagée par le président est de 10 milliards et les baisses de dépenses publiques prévues vont de toute façon neutraliser ces efforts. Il est donc grotesque d’envisager un véritable effet de ces mesures, eu égard au contexte actuel. Les montants sont dérisoires et la méthode de l’offre ne répond pas à une crise de la demande.
La zone euro marche sur la tête depuis 6 ans, et l’euro est devenu l’outil de sa propre destruction. C’est-à-dire que la défiance actuelle des peuples européens, en raison du chômage, de la précarité, ne sont que le résultat d’une gestion désastreuse de la monnaie européenne. L’euro est son propre ennemi. Il suffirait de réadapter la façon dont on gère cette monnaie pour permettre de faire baisser le chômage suffisamment rapidement pour redonner du souffle au projet européen. Plus on attend, plus le risque de voir l’ensemble se replier sur lui-même est important.
Alain Fabre : Les Anglais cherchent à renégocier certains traités en faisant pression sur les Européens pour attirer l'Europe vers une économie de libre-échange plutôt que vers une zone intégrée. Je pense qu'il ne faut pas rentrer dans le jeu des Anglais.
Il y a de toute façon deux Europe, complémentaires. Il faut s'en réjouir. Il y a la zone euro qui se construit sur un projet politique et sur des institutions fédérales. Les Anglais sont en dehors car ils ne rentreront jamais dans l'euro. Cela nous permet de faire une Europe politique que les Anglais ne veulent surtout pas voir émerger. Depuis le XVIIIe siècle, les Anglais ne veulent pas voir d'hégémonie européenne. Dès que l'Europe s'unifie, dès qu'un pays prend l'ascendant sur les autres pour structurer l'Europe, les Anglais se mettent en travers car ils estiment que cela amoindrirait leur capacité d'influence.

Si des modifications doivent être faites, quelles sont les priorités ? Faut-il, par exemple, changer le mandat de la Banque centrale européenne pour mettre la politique de l'emploi au même rang des priorités que la stabilité des prix ?

Nicolas Goetzmann : C’est exactement ça. Voici concrètement la situation :
Les traités européens prévoient ceci : l’article 127, paragraphe 1, du traité définit l’objectif principal de l’Eurosystème : « L’objectif principal du Système européen de banques centrales [...] est de maintenir la stabilité des prix ». Sur le site de la BCE, et si vous n’avez pas encore compris, voici ce que vous pouvez lire : « Par conséquent, la stabilité des prix constitue non seulement l’objectif principal de la politique monétaire conduite par la BCE mais aussi un objectif de l’Union européenne dans son ensemble. Ainsi, le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et le traité sur l’Union européenne fixent une hiérarchie claire entre les objectifs de l’Eurosystème, le maintien de la stabilité des prix constituant la contribution la plus importante que la politique monétaire puisse apporter à la réalisation d’un environnement économique favorable et d'un niveau d’emploi élevé. »
A l’inverse, voici le mandat de la Fed : « promouvoir effectivement les objectifs que sont l’emploi maximum, des prix stables, et des taux d’intérêts de long terme mesurés ».
La différence ? La BCE fait de l’inflation sa priorité absolue alors que la FED en fait un objectif équivalent à celui de l’emploi maximum. Le résultat ? 12% de chômage et 0,8% d’inflation en zone euro, et 6,7% de chômage et 1,5% d’inflation aux États-Unis.  Le mandat de la BCE est une honte, c’est un blanc-seing donné au chômage de masse.
Alain Fabre : Il est surtout important de bien faire fonctionner ce qui est à l'œuvre depuis le début de la crise de la zone euro, en particulier les institutions fédérales. La Banque centrale a fait sa mue en devenant un vrai prêteur de dernier ressort. Elle a un fonctionnement assez similaire aux autres banques centrales internationales et cela est plutôt bien. Il y a tout un tas d'éléments qui vont dans le bon sens.
Un autre élément pourrait être mis en avant par les Européens : il absolument réduire la concurrence par les normes. Il est important que la zone euro ait des taux d'impôts dont les écarts soient resserrés, notamment l'impôt sur les sociétés. Par exemple on a 12,5% d'impôt sur les sociétés en Irlande, 43% en France et entre les deux l'Italie, l'Allemagne… Dans un système fédéral comme aux États-Unis ou en Allemagne, les États ne se font pas concurrence entre eux. Il faut donc éviter que les États de la zone euro se fassent concurrence entre eux. La France doit donc accepter de converger avec les politiques de ses voisins en la matière.

Les règles budgétaires, 3% de déficit et 60% d'endettement public, sont-elles encore appropriées à la zone euro ?

Nicolas Goetzmann : Elles le sont si la BCE fait son travail, c’est-à-dire si elle relance et que la croissance additionnée de l’inflation atteint 5%. Parce que c’est sur cette base que ces règles ont été développées. 5% de croissance nominale permettent d’avoir un déficit de 3% sans impacter le niveau de dette qui se situe à 60% maximum. On refait le calcul : une économie vaut 100, elle a une croissance nominale de 5%, elle se retrouve donc à 105 en fin de l’année. Le déficit est de 3%, soit 3. Mon niveau de dette autorisé est de 60%, soit 60. Au total, et à la fin de l’année nous avons un PIB de 105, une dette existante de 60 + les 3  de déficits, soit 63. Et 63, c’est 60% de 105. Et voilà c’est magique, bravo les technocrates.
Le problème c’est que la croissance est à 0 depuis 6 ans, ce qui veut dire que la brillante formule tombe à l’eau. Mais ce n’est pas grave, il faut quand même appliquer le reste parce que c’est la règle. Et voilà comment nous nous retrouvons avec un chômage de masse, des impôts qui crèvent le plafond et une dette de 93% du PIB. C’est un cas qui devra être étudié, parce qu’il atteint des sommets.
Alain Fabre :  Elles ont déjà le mérite d'exister. Je pense que, même si toute règle de ce type-là a un côté arbitraire et artificiel, le fait qu'elles existent obligent les États à agir.L'Europe est malade d'un excès d'endettement public. Tout ce qui va dans le sens du désendettement va donc dans le bon sens. Il faut l'encourager. Il faut absolument que les États se désendettent pour que l'épargne se dirige plutôt vers le secteur productif que vers les besoins des États. C'est un facteur qui permettra à moyen terme de réactiver la croissance.  

D'un point de vue plus général, n'y a-t-il pas une forme de déconnexion entre le fonctionnement de l'Union européenne et les démocraties qui la composent ? 

Nicolas Goetzmann : Il y a une déconnexion entre les règles du traité et la réalité. Les Traités sont bâtis sur l’idée d’un monde de bisounours ou les crises n’existent pas. En tout état de cause, ils ont été imaginés en ne prenant pas en compte une seule seconde ce qui s’est passé en 1929. C’est-à-dire que les moyens de lutter contre les causes même de l’autodestruction européenne entre 1939-45 n’ont même pas été prévus lors de la rédaction des traités. Le vide. Alors soit on les révise pour donner à l’Europe les moyens de lutter soit l’Europe va continuer à se désagréger.
Bien évidemment la situation ne fait pas rêver les Européens. Le problème est aussi que les problèmes monétaires ne sont pas non plus des sujets grand public, et que la pression politique autour de la stabilité des prix est très vive. La génération des dirigeants aux commandes a été bercée par des problèmes d’inflation dans les années 1970, et ils y voient le mal absolu. Mais ils ont oublié la déflation, et c’est ce que nous vivons aujourd’hui.
Alain Fabre :  C'est un problème qu'il faut traiter. Le fait d'avoir une monnaie unique et une banque centrale indépendante a eu pour effet de mettre en évidence le besoin d'une politique budgétaire commune ou convergente. Comme les politiques économiques sont la base de la démocratie libérale – pas d'imposition sans représentation – il faudra mettre en œuvre des mécanismes de contrôle des dépenses au niveau fédéral. Il ne faut cependant pas se dire que pour l'instant, il n'y a rien à faire. L’Allemagne en est un bon exemple. Le Bundestag joue un grand rôle dans le suivi de la politique économique européenne. L’Assemblée nationale est de ce point de vue en retard. 


"Le déclin n’est pas une fatalité pour la France"


Dans son dernier ouvrage, "Lettres béninoises" (Albin Michel), l’avocat historien et essayiste à succès Nicolas Baverez décrit une France au bord de la faillite en 2040. Un appel à un changement de cap de la politique économique française que semble avoir amorcé François Hollande avec son pacte de responsabilité.
2040. Alassane Bono, le directeur béninois du FMI, s'installe en France pour organiser une énième restructuration financière de sa dette publique abyssale. Le soir, il écrit de longues lettres à sa femme, restée au Bénin, dans lesquelles il lui raconte en détails, à la manière du sage Usbek de Montesquieu dans les "Lettres persanes", le triste sort de l'ex-cinquième puissance mondiale.
Dans cette fiction d'anticipation, de nombreux pays d'Afrique, forts d'une croissance continue depuis le début des années 2000, ont rejoint le cercle des puissances prospères et influentes, dans lequel figurent toujours les pays européens qui ont su se réformer, à l'image de l'Allemagne et de l'Europe du Nord.

En 2031, la France a quitté l'euro

Quid de la France ? Nicolas Baverez, invité jeudi 30 janvier de la deuxième édition des « Matinales de Travaux publics » organisées par « La Tribune » et la Fédération nationale des Travaux Publics, force le trait et voit dans l'ex-pays des Lumières est devenu, sans surprise, l'homme malade de l'Europe. Un nain politique, une aberration économique et une catastrophe sociale. Le chômage y dépasse 25% de la population active, en partie car la politique fiscale confiscatoire et la lourdeur de l'Etat providence ont fait fuir depuis longtemps les grandes entreprises et les jeunes talents. De gigantesques bidonvilles s'étendent au nord de Paris.
Comme Marine Le Pen l'avait souhaité, la France a quitté l'euro en 2031, mais la dévaluation de la monnaie et l'inflation galopante ont ruiné les classes moyennes. Au milieu de cette débâcle, les dirigeants, de gauche comme de droite, pratiquent la politique de l'autruche, s'accrochant désespérément à la sauvegarde du modèle social. De toute façon, qui les écoute ? En 2032, l'extrême-droite a pris le pouvoir, avant qu'une sixième République naisse de ses cendres deux ans plus tard…
 Ce qui peut arriver sans changement profond
Ce sombre tableau, qui relève aujourd'hui de la science-fiction, peut-il devenir réalité ? Prédire l'avenir relève d'un exercice périlleux. Nicolas Baverez, qui dépeint dans son livre des dirigeants qui ressemblent étrangement à des personnalités politiques actuelles, revendique la crédibilité de ce scénarii catastrophe.
« C'est un ouvrage de politique-fiction qui n'a rien de fantaisiste. La France de 2014 porte en elle les germes de celle que je décris en 2040 : une économie en panne, une société fracturée, le déni du pouvoir qui n'ose pas réformer depuis vingt-cinq ans. J'ai seulement imaginé ce qui pourrait se produire si la classe politique ne met pas en œuvre un changement de cap profond », explique-t-il.

Le taux de chômage confirme le déclin de la France

L'auteur de « La France qui tombe », publié en 2003, et de « Réveillez-vous ! », adressé aux candidats à la présidentielle de 2012, estime que les dernières statistiques économiques confirment le déclin de la France. L'inversion de la courbe du chômage n'est toujours pas d'actualité malgré la promesse de François Hollande. Ainsi, 170 000 personnes ont rejoint les rangs des chômeurs de catégorie A en 2013 (ceux qui n'ont pas du tout travaillé), portant le total à 3,5 millions et à 5,2 millions en comptant ceux des catégories B et C.
Du côté des finances publiques, si le déficit est passé de 4,8% du PIB en 2012 à 4,1% en 2013, le chemin pour atteindre le standard européen de 3% semble encore long et difficile. La dette, attendue à 95% du PIB fin 2014, se rapproche dangereusement du palier symbolique des 100%, qui pourrait entraîner, selon Nicolas Baverez, une spirale de dévaluations de la part des agences de notation.

La France manque d'attractivité

« La zone euro, même renforcée avec l'union bancaire, les capacités financières étendues de la Banque centrale, le mécanisme de solidarité ou le traité budgétaire, pourrait ne pas survivre si la dette française est attaquée »
En panne de croissance, la France manque aussi d'attractivité. Selon le dernier rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), les investissements directs étrangers dans l'Hexagone ont chuté de 77% en 2013, pour tomber à 4,1 milliards d'euros. Un chiffre révélateur, qui semble donner crédit à la thèse de Nicolas Baverez et d'autant plus inquiétant qu'ils ont progressé de 37,7% dans l'Union européenne et de 11% dans le monde…

Mais tout n'est pas perdu...

A la différence de nombreux indécrottables pessimistes, persuadés que la France a déjà raté l'occasion de se réformer en profondeur, Nicolas Baverez croit aux effets d'un virage à 180 degrés de la politique économique. Car la 2ème puissance européenne derrière l'Allemagne conserve des atouts, reconnaît-il : une démographie dynamique, du travail qualifié, des entrepreneurs, des universités performantes, une marque France exceptionnelle qui en fait la première destination touristique mondiale, des infrastructures de transports, un patrimoine riche...
Tel un pied-de-nez à ses détracteurs, qui le taxent d'indécrottable « déclinologue », l'ancien haut fonctionnaire de la Cour des comptes se montre même optimiste sur la capacité du pays à « repartir sur de bons rails » si « on arrête l'indécision et les mesures dévastatrices comme la taxe à 75% ou le retour en arrière sur les retraites ».


Le pacte de responsabilité, une lumière au bout du tunnel ?

Devant des chefs d'entreprises du secteur du bâtiment étonnés, le libéral donne son quitus au « pacte de responsabilité » lancé début janvier par François Hollande. « En engageant l'Etat à faire baisser les charges des entreprises en échange d'un million d'emplois et en promettant d'économiser 50 milliards d'euros en trois ans en coupant dans les dépenses publiques, François Hollande a enfin compris que le principal levier de croissance est l'aide aux entreprises. C'est un virage économique majeur », estime Nicolas Baverez. La dernière fois que l'Etat a opéré une telle rupture, c'était en 1983, lors du fameux tournant de la rigueur de François Mitterrand, qui a entériné la conversion de la gauche à l'économie de marché.
L'initiative de François Hollande est-elle le premier pas vers une véritable évolution de la politique économique française ? Le président doit encore réaliser le plus difficile : négocier avec les partenaires sociaux et appliquer son ambitieuse révolution idéologique. Ce serait encore une goutte d'eau dans l'océan des réformes nécessaires pour faire repartir durablement l'économie hexagonale : 35 heures, réforme de l'assurance-chômage, collaboration renforcée avec l'Allemagne, relance de l'industrie et de l'agriculture… Des réformes difficiles, mais que Nicolas Baverez juge indispensables pour faire en sorte que la France de 2040 vue par Alassane Bono reste de la science-fiction.


A contre-courant

A contre-courant
Eh bien, je vais m’exprimer à contre courant de l’air du temps et de la mode dominante, sur Internet, dans la rue, au Parlement… Il n’est pas d’opposant plus déterminé que je ne le suis à la politique actuelle, le matraquage fiscal et social qui plombe l’économie et l’emploi, le clientélisme (journée de carence), la politique étrangère, éducative, de sécurité et d’immigration… Je suis en désaccord avec son style, sa méthode présidentielle (affaire Léonarda). Cependant, je n’arrive pas à comprendre  les attaques qui se focalisent sur la personne et la légitimité de François Hollande. Elles me rappellent, inversées, les mesquineries de la haine anti-Sarkozy en 2007-2012. Oui, il est le président élu démocratiquement par la majorité des Français pour 5 ans, avec 51% des voix. C’est ainsi. Un éditorialiste du Point le compare explicitement à un "pingoin". Cette agression contre le physique d’une personne me répugne. Les déchaînements de ces derniers jours contre ce Monsieur, les livres et papiers, qui après l’avoir encensé pour sa "gentillesse", le traitent de dangereux caractériel,  me font penser à ces lynchages à coups de pied d’un homme, une fois qu’il est bien à terre. A quoi cela sert-il? Voyons, les présidentielles sont dans 3 ans et demi. Croit-on que les coups portés à sa personne vont le pousser à partir? Bien sûr que non et si tel était le cas, il n’y aurait plus de pouvoir politique possible à l’avenir. D’ailleurs, à l’heure d’aujourd’hui, personne n’est prêt à le remplacer. En s’en prenant à l’homme, on néglige la critique de la politique.  Penser l’affaiblir, 40 mois à l’avance, au point d’empêcher une réélection en 2017? C’est la pire des méthodes car elle ne peut qu’entraîner une réaction contraire de l’électorat. Et puis quoi, si en 2017, notre camp l’emporte, que ce passera-t-il dans ces conditions, une nouvelle déferlente de haine contre le prochain président, la paralysie, la violence, l’extrémisme, la guerre civile? L’Elysée devient-il le bouc émissaire des névroses de la société française?  

Il faut en finir avec ce climat pourri et revenir à la politique au sens noble du terme, la préparation de l’alternance et du programme de gouvernement…

Le genre de la République est le neutre

Le genre de la République est le neutre


La séparation conceptuelle entre le sexe, déterminé par la biologie, et le genre, vu comme le résultat d’une construction culturelle et politique, ouvre depuis plusieurs décennies un riche champ d’investigation aux sciences humaines. Que cette idée scientifiquement prometteuse devienne, dans la France de 2014, l’objet d’une foire d’empoigne obscurantiste, témoigne de l’état de déliquescence dans lequel se trouve notre débat public. Objets de défiance croissante de la part des citoyens, les partis ne sont plus capables de porter les grandes controverses qui agitent les esprits. Ils devraient donc réfléchir à deux fois avant d’allumer des incendies.
La gauche est certes dans son rôle lorsqu’elle cherche à faire progresser la société ; elle ne l’est plus lorsqu’elle dégoupille grenade sociétale après grenade sociétale, dans l’espoir – d’ailleurs fondé – d’alimenter la poussée de l’extrême-droite au détriment des partis du centre-droit. Il est pitoyable que le Parti socialiste en soit réduit à de tels artifices, dans un pays où le chômage de masse et le délabrement de nos finances publiques devraient mobiliser 100% des énergies du gouvernement et des élus.
Il est tout aussi pitoyable que l’UMP abdique toute réflexion de fond sur sa ligne doctrinale au profit de vaines querelles de personnes. Résultat, ses responsables n’ont plus aujourd’hui de position commune sur les questions de société ou la place de l’Etat. En l’occurrence, c’est le rôle de l’Etat de lutter contre les inégalités, et celles entre les hommes et les femmes sont encore très importantes en France. Mais ce n’est pas son rôle d’imposer l’enseignement à l’école d’une idéologie particulière, fût-elle d’avant-garde.

vendredi 31 janvier 2014

Le billet de Michel Schifres

La vie dure de l’inné


Convenons-en, ce n’est pas énorme mais cette découverte est de celles qui laissent rêveur : chacun d’entre nous a de 1 à 3% de l’homme de Néandertal dans ses gènes. Après trois cents siècles, cet ancêtre subsiste toujours dans l’homme contemporain. Mieux : mis bout à bout, ces mini morceaux d’ADN néandertalien répartis dans les humains d’aujourd’hui permettraient de reconstituer 20% de son génome. Il faut être ou scientifique ou poète pour pouvoir imaginer l’impact de cette révélation et les conséquences de cet héritage. Nous, on remarquera simplement que certains ont dépassé la proportion moyenne : ils ont hélas surtout fixé les traces néandertaliennes dans leurs neurones. En tout cas, l’inné a la vie dure. Comme dit Sarkozy, « quand on a été président, on le reste ». 

Notre colère les rend furieux

Notre colère les rend furieux


De Jean-François Copé au CRIF en passant par l’imam de Drancy, et de Mgr Barbarin à Julien Dray en passant par le MRAP, ils sont tous d’accord. Le député socialiste Annick Lepetit a parfaitement résumé la position du système UMPS et de « la France républicaine » à l’égard de Jour de Colère. Elle le décrit comme « l’agrégation de l’intégrisme, du racisme, de l’antisémitisme et du poujadisme, un déferlement de haine et de violence ». Ajoutons-y une déclaration de Julien Dray : face à ces manifestants, « il ne suffit pas d’appliquer les lois républicaines ». Phrase sibylline. Envisage-t-il des lois d’exception ?
Julien Dray s’exprimait dans Le Parisien de mercredi, qui consacrait, annoncées en une, pas moins de trois pages à Jour de Colère. Une des photos montre un homme exécutant une quenelle type. C’est impoli, mais là n’est pas la question : la quenelle existe et le ras-le-bol a trouvé son signe. Un père de famille de cinq enfants, tout ce qu’il y a de plus tradi et bien élevé, me racontait ainsi sa manif, gouailleur : « J’ai passé l’après-midi à faire des quenelles. » La focalisation extrême des autorités à l’égard d’un geste lui a donné une valeur contestataire qui dépasse les interprétations qu’on peut en donner.
Notre colère les rend furieux. Elle n’est pas convenable. Elle manque de respectabilité. Elle sort des clous, ceux qu’ont martelés de longue date le système médiatique et le système scolaire. La lutte contre le racisme, contre l’homophobie… Mais notre colère, aussi, les inquiète. Deposuit potentes de sede ! Il renverse les puissants de leur trône, ou les parlementaires de leur siège. Alors beaucoup condamnent mais « essayent de comprendre » les raisons de la colère. Mgr Podvin veut « décrypter ce climat lourd et inquiétant », Henri Guaino « comprendre » la colère du peuple. L’élite se fait benoîte.
De dimanche en dimanche
En ce début 2014, les manifs se suivent. Se ressemblent-elles ? Le responsable lyonnais de la Manif pour tous, François de Viviés, a tenu à établir que les deux mouvements sont totalement distincts. Dans les faits, ce n’est pas vrai à divers plans : inspiration, organisation et, plus encore, participation. Combien, dimanche dernier, de personnes qui avaient défilé à chacune des Manifs pour tous de 2013 ! En trouvant, d’ailleurs, que la retenue n’avait pas apporté grand-chose au mouvement. Peut-être l’a-t-elle privé de la victoire.
Que la Manif et le Jour aient plus d’un manifestant et d’une idée en commun, il n’y a qu’à considérer la haine du système à leur égard : c’est la même. Ce que n’a pas compris François de Viviés. Faisant allusion aux slogans de Jour de Colère, il a déclaré : « s’il est nécessaire, nous demanderons aux forces de police de venir nous assister pour arrêter les gens qui proféreraient de telles insultes ». Précaution inutile. Que ce soit lors des Manifs pour tous ou à Jour de Colère, la police intervient et embarque sans qu’on ait insulté personnes ni composé le 17. On sait d’expérience qu’elle arrête les plus paisibles et ordinaires manifestants qui soient.
Considérant que, dimanche en début de soirée, la Place Vauban où arrivaient les Coléreux a servi de souricière, les organisateurs parisiens de la Manif pour tous du 2 février refusent les Invalides que veut leur imposer la préfecture comme terminus. Ne facilitons pas la tâche de Manuel Valls.

jeudi 30 janvier 2014

Le sexe à l’école, c’est maintenant


Vincent Peillon est inquiet. Ici et là, des parents d’élèves – souvent de très jeunes élèves – se sont indignés il y a quelques jours contre l’introduction dans les écoles d’une matière assez étrange scientifiquement dénommée « théorie du genre ». Inutile d’étaler des laïus sophistiqués pour vous expliquer ce que sous-entend cette théorie. Depuis le temps qu’on en parle, sans doute êtes-vous autant, sinon plus avisés que moi.

Ceci dit, ce qui aujourd’hui apparaît comique, c’est le zèle extraordinaire avec lequel le ministre de l’Education nationale essaye de dédiaboliser une créature qui, tout en étant loin de lui appartenir, restera néanmoins liée à son nom. Voici donc un extrait de courrier envoyé par le roi du genre aux chefs d’établissement, suit au boycotte provisoire des cours initié par un grand nombre de parents engagés : « Face à ces actions inadmissibles (la décision des parents de ne pas envoyer leur progéniture en cours), il est nécessaire d’une part de rassurer les parents d’élèves qui ont pu être la cible de tentatives de déstabilisation et d’autre part de rappeler fermement les règles de l’école républicaine. Je vous demande donc de tout mettre en œuvre pour informer les parents de la réalité des programmes et des contenus des enseignements sur ces sujets ».

La plus grande ruse du diable, dit-on, c’est de nous faire croire qu’il n’existe pas. Quelle théorie du genre ? Vous voulez rire ? Voici la première réaction de M. Peillon qui est une réaction de déni total au moins douée, à court terme, de cohérence. Ce qu’aurait voulu faire valoir l’équipe pédagogique, des inspecteurs aux plus modestes instits, c’est l’égalité entre les sexes. Ce bouclier brodé de bonnes intentions aurait été peut-être efficace si septembre 2014 n’allait pas révéler une autre dimension de la réalité. Que fait donc M. Peillon ? Il passe du mensonge à l’ostentation. Tenez, voyez donc ce que nous entendons enseigner à vos petits. On ne vous cache rien, libre à vous de vous instruire. En revanche, s’il s’avère que vous rejetez les paradigmes révolutionnaires de ces cours, vous êtes, chers parents, des extrémistes. Si en plus vous refusez d’envoyer vos enfants dans cette école républicaine truffée de vertus, vous violez la loi sur l’ « obligation scolaire » en vous mettant par conséquent hors-la-loi. On sait déjà ce que ça donne en Allemagne où des mamans et des papas opposés d’une manière plus ou moins aberrante à l’éducation sexuelle sont envoyés en taule. Après tout, la démocratie demande aussi un peu de victimes.
Un fou dangereux
Lorsque M. Peillon, soutenu dans ses nobles entreprises par Najat Vallaud-Belkacem, prétend asseoir et conceptualiser l’idée d’égalité à travers l’étude du genre, formellement, il n’a pas tort. Il veut, à cor et à cri, usant de tous les moyens cognitifs possibles, faire connaître aux jeunes générations ce qu’est l’égalité dans un sens absolu, irréfragable car juridiquement fixé comme tel. Simplement, surtout ne vous leurrez pas, il ne s’agira pas de l’égalité entre hommes et femmes. Vous n’imaginez quand même pas qu’un débat de ce type ressurgisse en France au XXI siècle après quarante ans d’oubli ? Non, bien sûr, ce passé est heureusement passé. En fait, M. Peillon et un grand nombre de professeurs socialisants manifestement conquis par le triomphe d’un post-modernisme débridé veulent démontrer à des gamins de 6, 10, 15 ans, que le genre est une forme de déterminisme, donc, d’anti-liberté à maîtriser. Au même titre, les pulsions sexuelles d’un individu, quelles qu’elles soient, sont incontrôlables dans la mesure où la nature l’emporte toujours sur le social. C’est ainsi que, développant une pensée a priori banale, on en arrive à comprendre pourquoi les Pays-Bas ont autorisé en 2006 la création d’un parti fondé par des pédophiles et militant mordicus pour les droits de cette minorité « discriminée ». Qu’on m’accuse de paranoïa, de propos discriminatoires ou déplacés, mais il se trouverait (je conserve pour l’instant le conditionnel) que les discours homophiles tenus par les gourous de l’éducation nationale dissimulent une rhétorique bien plus désagréable que celle qui transparaît actuellement.
Un peu d’histoire.
Pour être sincère, avant d’avoir visualisé l’intervention de Mme. Farida Belghoul, écrivain, fondatrice du mouvement Convergence 84 et de l’association du soutien éducatif REID, j’ignorais qui était le véritable fondateur ou idéologue de l’éducation sexuelle à l’école. Ravie de vous présenter ce brave homme : il s’agit d’un certain Alfred Kinsey, né aux USA à la fin du XIX siècle, décédé en 1956 d’une mort peu glorieuse. Financé par la fondation Rockefeller, cet apprenti sorcier s’est livré à des travaux de recherche soi-disant scientifiques visant à mettre en évidence la sexualité enfantine. Les enfants, disait-il, sont à 100 % orgasmiques dès leur naissance. Cela signifie que la pédophilie est une notion dépouillée de sens. Mais il va encore plus loin en postulant que l’inceste n’est aucunement répréhensible du moment qu’elle familiarise l’enfant ou l’ado à la sexualité. Il convient donc, primo, de diminuer l’âge de consentement, secundo, de dépénaliser l’inceste. On sait aujourd’hui que le dispositif « ABCD de l’égalité » s’inspire des théories de Kinsey. Le mode de suicide de cet homme est d’ailleurs à la hauteur de sa personnalité … il arrive en effet rarement qu’un homme sain d’esprit se pende, pardonnez-moi ma crudité, par les testicules.
Les références freudiennes déballées par les peillonistes peuvent elles aussi être considérées comme peu recommandables sachant que M. Freud, tout en ayant élaboré une méthode efficace et intéressante, avait cependant le plus grand mal à proposer des interprétations plus ou moins raisonnables à ses expériences étant lui-même enclin à l’inceste, à l’usage de la cocaïne et au spiritisme.
On voit donc que l’héritage pour le peu spécial dont se réclame dès lors l’éducation nationale fait pendant au choix récent de la nouvelle Marianne : une FEMEN hystérique, esclave de ses instincts, christianophobe et surtout rebelle à toute norme sociale. Faut-il s’étonner que Jack Lang fasse encore partie de l’élite politique nationale ? Faut-il s’étonner que Gabriel Matzneff, écrivain titulaire du prix Renaudot, puisse dire impunément de la pédophilie qu’elle est, ni plus ni moins, « un style de vie ».
La théorie du genre, cette matière moins innocente que Vincent Peillon ne veut le faire croire, poursuit un objectif terriblement concret : dénormaliser toute norme en mettant sur un piédestal les perversions les plus dégoûtantes. Le bien-être des homosexuels n’est en l’occurrence qu’un écran de fumée à en juger notamment par la composante très minoritaire des militants LGBT, très peu représentatifs des homos de France et plus largement d’Europe. Il suffit de voir que ces derniers ont été très réservés sur la question du mariage pour tous.
Arrivera-t-on à déconstruire des siècles d’éthique en imposant aux écoles une idéologie totalitaire dont les effets sociaux se manifesteront clairement au bout de deux générations ? Aux parents d’y remédier. 

Entre sur et sous-estimation des inégalités : les perceptions des Français passées au crible de la réalité des chiffres


Lors de son discours annuel sur l'état de l'Union, mardi, Barack Obama s'est montré déterminé à lutter contre les inégalités. Malgré la réalité des chiffres, les Américains considèrent paradoxalement leur société comme peu inégalitaire, contrairement aux Français.

Barack Obama, à l'occasion de son discours sur l'état de l'Union, a remis la question de la lutte contre les inégalités au centre de l'actualité. C'est pour lui un enjeu central. En France, comment les personnes perçoivent-elles la question des inégalités ? Leur perception correspond-elle aux critères objectifs ?

Olivier Galland : La France et les Etats-Unis sont deux cas typiques et contrastés. Aux Etats-Unis les inégalités sont très fortes et ont crû depuis une dizaine d'années alors qu'en France elles restent plutôt faibles et stablesAu niveau de la perception en revanche c'est exactement le contraire. Les Américains ont une perception assez faible des inégalités dans leur pays, alors qu'au contraire les Français ont l'impression de vivre dans une société particulièrement inégalitaire. Deux situations à fronts renversés, donc.
Lorsqu'on parle d'inégalités, il faut toujours faire attention à ne pas confondre avec pauvreté. Une société peut être inégalitaire sans nécessairement être marquée par de la pauvreté. L'inégalité réside dans l'écart entre les revenus, mais pas seulement. Dans une enquête réalisée en 2012, nous avons demandé aux sondés de situer sur une échelle de 1 à 10 le degré auquel ils considéraient que la société française était inégalitaire : revenus, école, patrimoine… Sur l'ensemble, la moyenne est proche de 7. Les Français pensent donc que les inégalités sont fortes et qu'elles sont inacceptables (la moyenne est alors de plus de 7 sur 10). Par contre lorsqu'ils sont interrogés sur leur situation personnelle les Français sont plus modérés. Dans à peu près tous les domaines ils considèrent  qu'ils se trouvent dans une situation plutôt favorisée par rapport aux inégalités.
Morgan Poulizac : Ce n'est pas tout à fait inattendu de la part d'Obama de remettre au centre du débat les questions de l'inégalité car ce sont des questions qui sont ardemment débattues depuis plusieurs mois aux Etats-Unis, du fait notamment de la publication de plusieurs chiffres qui témoignent d'un creusement entre les plus riches et les plus pauvres encore jamais atteint. Un fossé est en train de se créer et c'est tout le sens du discours d'Obama qui est de dire que les États-Unis ne sont plus capables de créer ces fameuses "windows of opporunity" qui sont le fondement de la démocratie américaine. Le contexte américain n'est absolument pas le même que le contexte français. Il y a des inégalités mais si l'on prend des indicateurs classiques comme l'indicateur Gini on voit que les inégalités se creusent mais dans une proportion bien moindre qu'outre-Atlantique. Il y a donc une moindre ampleur du phénomène chez nous.
Ceci étant dit, il y a en même temps une très grande sensibilité en France à ces questions de pauvreté. Bien que le risque de connaître des épisodes de pauvreté soit relativement plus réduit par rapport à d'autres pays en Europe, les Français se montrent particulièrement inquiets de tomber dans la pauvreté. Cette perception n'a pas de réel fondement si ce n'est anthropologique ou culturel. Le sentiment du risque de déclassification est cependant très prégnant dans un pays comme la France. On peut y voir néanmoins la conséquence d'un fait très concret. Les conditions de vie des personnes les plus fragiles, mais également de ceux qu'on nomme les classes moyennes, tendent objectivement à se durcir. Notamment parce que les dépenses contraintes ont, pour les moins riches, littéralement explosé depuis une dizaine d'années.
D'un point de vue objectif, il existe plusieurs manières de percevoir ces questions de pauvreté : il y a le seuil de pauvreté établi à 60% du revenu médian. Si l'on est en-dessous, on est considéré comme pauvre. L'autre manière de définir la pauvreté touche la privation matérielle : la possibilité de partir en vacances, de posséder certains biens, notamment électroménagers, des difficultés à finir les fins de mois.... Et puis il y a aussi ce qu'on appellela pauvreté subjectivecelle qui s'exprime dans l'opinion et qui est celle qui est sans doute la plus liée au sentiment d'inégalité.

Selon la classe sociale à laquelle on appartient, la perception de la pauvreté varie-t-elle ? Certaines personnes dites "riches" peuvent-elles ne pas se considérer riches, tandis que des personnes pauvres peuvent-elles ne pas se considérer en tant que telles ?

Olivier Galland : On note un contraste entre la perception globale et la perception personnelle des inégalités. Cela est dû au fait que la perception globale des inégalités dans notre société est très peu liée au statut social : quelle que soit l'appartenance sociale, le consensus est fort pour dire que les inégalités sont criantes. La conception de la justice sociale et les attitudes politiques expliquent les différences entre les Français à ce sujet.
Morgan Poulizac : Il va de soi qu'on ne perçoit pas la pauvreté de la même manière selon qu'on roule en berline ou qu'on ne peut plus utiliser sa voiture parce qu'on a pas de quoi payer son assurance auto. Il est par ailleurs évident qu'il est particulièrement difficile pour un cadre disposant d'une forte capacité d'épargne de s'imaginer ne serait-ce qu'une seconde vivre avec moins de 1000 euros par mois, ce qui lui en coûte pour partir une semaine au ski.
Lorsqu'on interroge cependant les Français pour savoir s'ils se considèrent riches ou pauvres, ce sont ceux qui, parmi les pays européens, répondent le plus souvent par "ni riches, ni pauvres". Autrement dit, ils se considèrent comme appartenant à la classe moyenne. Cependant, il ne s'agit pas, ou plus, à l'inverse des Etats-Unis, d'une affirmation positive d'appartenance à la classe moyenne, mais plutôt d'un rejet de la condition de pauvreté et de richesse, et il s'agit d'une spécificité forte de la France. Il y a de nombreuses raisons à cela mais l'une d'entre-elles me semble particulièrement importante : la représentation qu'ont les Français de leur pays comme étant un pays de classes moyennes. C'est-à-dire l'idée que le système de redistribution et de protection sociale s'opposerait à l'existence de situations d'exclusion, même si elles existent. Les Français entretiennent également un rapport ambigu au statut de personne "riche", même si lorsque vous gagnez en gros 4000 euros par mois, vous appartenez de fait aux 10% les plus riches en France....
Il y a donc clairement un biais de perception et une difficulté à se représenter comment une large partie de la population vit. Notamment, parce que ces groupes ou classes ont tendance à vivre séparément. Le modèle de classe moyenne, qui était au cœur du système d'identification de notre modèle social, est en train de largement s'effriter.

La question de la pauvreté a été abandonnée dans le discours politique au profit de celle des inégalités. Quelle est l'influence de ce changement en termes politiques. L'action publique a-t-elle changé ?

Olivier Galland : Ce n'est pas pour autant que le thème de la pauvreté a disparu. Certes la société française est peu inégalitaire, en revanche on a constaté un fort accroissement dans le très haut des inégalités de revenus, c’est-à-dire parmi le 1 ou le 0,1 % de la distribution des revenus. Ce sont les très hauts salaires, dont les rémunérations élevées sont assurées par les stock-options et tout un ensemble de primes. Même s'il s'agit d'une frange infime de la population française, cela a été vu comme une chose injuste et intolérable. C'est certainement la principale raison pour laquelle le thème des inégalités s'est autant imposé dans l'opinion publique.
Morgan Poulizac : On ne sait jamais trop ce que l'on met dans lutte contre l'inégalité. S'agit-il de genre ? De classe ? De situation ? Peut-être que le combat contre la pauvreté a un peu cédé la place au combat contre les inégalités car il y a un enjeu politique. Il y a de vraies inquiétudes sur le coût social des transformations de notre appareil industriel et économiques sur les classes moyennes et celles plus précaires. On sortirait alors des mécanismes de redistribution classiques pour arriver à un système divisé entre ceux qui sont capables de s'adapter à la nouvelle donne économique et ceux pour lesquels il n'y a plus d'espoir, si on veut forcer le trait. 
On a longtemps cru qu'il y aurait d'un côté les politiques de lutte contre la pauvreté et de l'autre celles de lutte contre les inégalités, or celles-ci sont plus que jamais intimement liées. La pauvreté et l'exclusion sont devenues des composantes extrêmement fortes du sentiment d'inégalité, renforcé par le sentiment que le modèle de protection sociale, de service public et de redistribution n'est plus efficace pour lutter contre ces phénomènes. Cela génère une formidable angoisse pour ceux qui se lassent d'être entretenus dans un système d'aides qui ne leur ouvre pas de réelles perspectives et ceux qui ont le sentiment, largement à tort, de contribuer à un système de protection dont ils ne bénéficient plus comme avant. Il y a donc une urgence à refaire des classes moyennes un enjeu d'investissement des politiques publiques et sociales tout en restant mobilisé sur les questions de pauvreté, sous peine de voir se durcir le climat politique et social en France.

Comment expliquer que ces écarts de revenus soient aussi mal vus ?

Olivier Galland : Les Français, lorsqu'il s'agit de savoir ce qu'il faudrait faire pour réduire les inégalités, ont des positions assez modérées.  Ils ne sont pas pour une société égalitariste, ils sont favorables à une méritocratie. En revanche, ces rémunérations leur semblent aller au-delà de la limite raisonnable de rémunération des personnes, aussi efficaces soient-elles dans leur contribution à l'économie et à la création de richesses.

A partir de quel seuil considère-t-on que l'on est riche en France, et que l'on est pauvre ? Quels sont les critères ?

Olivier Galland : Les Français sont pour réduire les inégalités entre les différentes rémunérations. Il y a une profession qui en réchappe, celle de médecin généraliste. En moyenne, la population estime qu'un médecin devrait gagner 6 000 euros.  C'est considéré comme le salaire le plus raisonnable.
La pauvreté n'est pas si facile à définir. La vision de la pauvreté en Europe est très relative, l'indicateur reconnu est le fait de gagner moins de 60 % du revenu médian, mais on peut aussi avoir une définition absolue de la pauvreté, comme cela se fait aux Etats-Unis, où la personne pauvre est celle qui dispose du minimum vital pour survivre. Les Français estiment à 70 000 euros le salaire moyen d'un grand patron – ce qui est en deçà de la réalité – et que celui-ci devrait gagner 27 000… Le correctif pratiqué par les Français en la matière est très fort, donc, et déconnecté de la réalité des chiffres.

Deux personnes sur trois disent appartenir à la classe moyenne. Mais comment les Français se représentent-ils cette classe moyenne ?

Olivier Galland : Une grande partie des ouvriers qualifiés, tout comme des cadres très aisés, considéreront qu'ils appartiennent à la classe moyenne. C'est donc une catégorie très floue dont les contours  sont variables. S'ils se définissent ainsi, c'est par défaut : ni pauvres, ni riches,  sans réelle unité, ils ne savent pas où se situer.
Morgan Poulizac : Aux États-Unis, la classe moyenne était perçue comme un moyen d'accès à une société de consommation. En France, il y a un lien très fort entre la République, notre modèle de protection social et la classe moyenne. Cette union entre un modèle politique, un modèle de protection sociale était ciblé et construit pour et avec la classe moyenne. Or aujourd'hui, cette classe éclate en plusieurs morceaux et a de plus en plus de mal à adhérer à un système dont elle n'est plus le premier bénéficiaire. Ces classes moyennes ont une définition d'elles-mêmes qui est à la fois une adhésion à un système social, un accès à une société de consommation et la promesse de voir les générations suivantes vivre mieux. Sur ces trois volets, il y a des inquiétudes très fortes. Elles se posent donc beaucoup de questions sur leur adhésion au modèle français, social et désormais politique.

En dehors de la perception que les Français peuvent avoir des inégalités et de la pauvreté, quelle en est la réalité ?

Nicolas Goetzmann : Ce sont les tendances qui sont intéressantes à prendre en compte. Savoir si les inégalités et la pauvreté sont plutôt en baisse ou en hausse. Le premier point que nous pouvons constater, sur le long terme, est que les deux variables ont d’abord évolué favorablement depuis le début des années 1980, c’est-à-dire que les indices d’inégalités et du taux de pauvreté se sont plutôt réduits au cours des dernières décennies. Ainsi l’indice de Gini est passé de 0.3 à 0.28 entre les années 1980 et le milieu des années 2000. Ensuite il y a un retournement marqué qui s’explique par la crise. Le mouvement est suffisamment ample pour effacer l’intégralité de la réduction des années précédentes. Ce qui est frappant, c’est que la corrélation entre croissance économique et inégalités est importante. Plus la croissance est faible, plus les inégalités se creusent, car les première victimes d’une faible croissance sont les personnes les plus fragiles  du système : chômeurs, personnes les moins qualifiées, emplois précaires etc…
Mais pour avoir une idée de la différence entre le premier et le dernier décile depuis l’entrée en crise jusqu’en 2012, le graphique suivant donne une idée. Les plus pauvres subissent une baisse importante alors que les plus aisés progressent :
Lorsque la croissance est plus soutenue, deux catégories principales en profitent ; les hauts revenus et les revenus les plus modestes, mais il y a une certaine homogénéité dans cette évolution. Il ne faut pas se leurrer de cette situation car elle masque une réalité plutôt complexe.
La France a un système fortement redistributif, les dépenses de protection sociale représentent près de 35% du PIB alors même que ce niveau était de 20% en 1980. Ces prestations sont financées par l’impôt et autres cotisations, et ont un effet négatif sur la croissance. En conclusion, nous pouvons dire que les inégalités sont plus faibles en France, mais que cela a un coût pour la croissance du pays. Si nous comparons avec les Etats-Unis, plus inégalitaires, nous nous rendons compte que le PIB par habitant a progressé de 40% moins vite en France, notamment pour cette raison. Nous sommes plus égaux mais moins riches, ou l’inverse.
Concernant la pauvreté, le schéma est sensiblement le même. Le taux de pauvreté en France était de 18% dans les années 1970, et a baissé à un niveau de 13% en 2008, date ou la statistique se retourne pour atteindre 14.3% en 2011. Le constat est le même, la pauvreté baisse avec la croissance ce qui n’est pas une surprise, finalement. Le taux de pauvreté "dure", c’est-à-dire à 50% du revenu médian, suit la même trajectoire, passant de 12% dans les années 1970 à 6% dans les années 2000 pour remonter à 8% aujourd’hui.
La seule conclusion à tirer de ces évolutions, est que la croissance est le moteur le plus efficace contre la pauvreté, mais pas forcément pour les inégalités. C’est un choix à faire au niveau politique.