TOUT EST DIT

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samedi 9 juillet 2011

À la croisée des chemins

Depuis sa fondation, l'Église primitive s'est ramifiée en de nombreuses Églises, pas toujours exemptes de tensions entre elles. L'Église catholique en rencontre également en son sein. Aussi, de loin en loin, elle se met en Concile, rassemblant tous les évêques du monde, pour approfondir tel point de doctrine, pour résoudre tel problème et concilier les points de vue. À l'approche du cinquantième anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II, des réflexions se font jour.

Ainsi, Joseph Moingt, 96 ans, prêtre, jésuite, célèbre théologien, auteur de nombreux ouvrages, a publié récemment un livre d'entretiens : Croire quand même (1). Il se penche sur la période actuelle de la vie de l'Église, celle qui fait suite au Concile Vatican II, dont certains estiment qu'il n'est pas mis en pratique comme il l'aurait fallu.

À la question : « Le Magistère de l'Église (c'est-à-dire l'ensemble des personnes ayant autorité en ce qui concerne la doctrine) pourrait-il laisser à sa tradition plus de facilités d'adaptation au monde moderne et reconnaître à ses fidèles une plus grande liberté pour l'interpréter ? », l'auteur répond : « Vatican II l'avait admis et avait commencé de le faire, mais des orientations postérieures ont paru et paraissent faire marche arrière... Le Magistère romain tend à réduire toute diversité et prétend être le seul interprète de la tradition, ce qui laisse peu d'initiatives à l'ensemble de la hiérarchie... La tradition est fixée par l'autorité suprême... alors que normalement, l'Écriture représente l'autorité souveraine de la foi... La tradition n'est la propriété de personne... Elle inclut le sens de la foi des fidèles (des laïcs) dont Vatican II en dernier lieu, a reconnu la vérité... ».

« Mais l'Église romaine a pris l'habitude au cours des temps de se considérer comme une institution exclusivement hiérarchique et monarchique... et les fidèles sont privés de voix... »

Le dialogue : une condition de la survie de l'Église

« L'établissement d'un dialogue... entre le pouvoir religieux et les communautés de fidèles me paraît être la condition nécessaire à la survie de l'Église dans les sociétés démocratiques modernes. Parce que les fidèles continueront à la quitter tant qu'elle ne leur reconnaîtra pas le droit à la parole dont jouissent les citoyens dans la société politique... et parce que le monde n'entrera pas en dialogue avec elle et n'écoutera pas ses enseignements tant qu'elle n'agira pas en société de plein droit, respectueuse de la liberté et de la dignité de ses membres. Autrement dit, un minimum de jeu démocratique est nécessaire à l'Église, non qu'elle tienne sa légitimité du peuple qu'elle rassemble, mais parce qu'elle ne peut exercer son autorité... sans respecter la responsabilité de ses membres. »

Pourquoi le Père Moingt publie-t-il ce livre ? « Parce que, dit-il, ces questions périlleuses mettent en cause des structures organiques, questions surtout troublantes pour la foi de notre temps. J'ai accepté néanmoins d'en traiter parce qu'elles me sont familières et me hantent, moi le premier... Mais aussi parce qu'il serait insensé pour un théologien, de ne pas se poser ces questions que tant de catholiques se posent autour de lui, parce qu'il est urgent d'y réfléchir et pour y encourager. »

Ce qui fait la particularité d'aujourd'hui, selon le Père Moingt, c'est que tous les problèmes se posent en même temps: "Autrefois, poursuit-il, il paraissait plus prudent aux autorités religieuses de se taire et d'attendre, pour ne pas alerter l'opinion publique ni troubler la foi des fidèles... Mais la crise actuelle est trop générale et touche trop de sujets vitaux pour qu'on puisse espérer qu'elle se résorberait d'elle-même, rien qu'en laissant le temps s'écouler. C'est pourquoi j'ai accepté que ces questions me soient posées, dans leur brutalité parfois, et que mes réponses soient publiées, sans en atténuer le tranchant, dans l'espoir que les troubles des catholiques de notre temps retiennent l'attention de tous ceux qui portent, à quelque niveau et sous quelque forme que ce soit, la responsabilité des orientations de notre Eglise. Beaucoup de fidèles hésitent à rester dans l'Eglise ou à la quitter comme tant d'autres l'ont déjà fait... Le titre donné à ces entretiens "CROIRE QUAND MEME" exprime le message de compréhension et d'encouragement que ce livre voudrait porter à ses lecteurs."

En cette période ou beaucoup s'interrogent sur l'avenir de l'Eglise qui peine à se faire comprendre du monde et qui sera conduite à se réorganiser du fait du manque de vocations sacerdotales (sept prêtres seulement ont été ordonnés dans les douze départements de l'Ouest cette année), il nous paraissait nécessaire de relancer ces réflexions profondes du Père Moingt, qui nous viennent de Vatican II.

Elles portent sur une des plus grandes institutions mondiales de notre temps, l'Eglise catholique. Elles nous paraissent si graves et si urgents que nous avons préféré les publier telles qu'elles ont été formulées plutôt que de les résumer ou de les paraphraser.

(1) Croire quand même, par Joseph Moingt, Éditions Temps Présent.

La BCE fait de la résistance

En décidant de relever le taux d'intérêt directeur et de garantir les obligations portugaises, la banque centrale européenne se pose en contre-poids des agences de notation. Sans toutefois favoriser les pays en crise, note la presse européenne.
Alors que les éditorialistes européens appelaient hier de leurs vœux une action concrète contre les agences de notation suspectées de déstabiliser la zone euro, Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE) a apporté une réponse rapide et "inflexible", notent Les Echos. Moins de quarante-huit heures après la brutale dégradation de la dette souveraine du Portugal par Moody's, le président de la BCE a, à l'issue de la réunion mensuelle du Conseil des gouverneurs, à Francfort, pris trois décisions qui sont autant "de signaux envoyés aux gouvernements européens, aux agences de notation et aux marchés, en ces temps incroyablement troublés", explique le quotidien français.
Première décision :
En relevant son principal taux directeur d'un quart de point pour la deuxième fois depuis le début de l'année, à 1,5%, la banque centrale a montré qu'elle se préoccupait, en priorité, de l'ensemble de la zone euro, où l'Allemagne continue d'afficher une croissance insolente. Elle ne laisse donc pas sa politique monétaire 'prise en otage' par la crise financière dans les pays endettés et périphériques qui pourraient avoir besoin d'un répit, ne serait-ce que sur les taux à court terme.
Une décision saluée par la presse allemande, notamment par la Frankfurter Allgemeine Zeitung :
La BCE doit rester tel un roc dans la tempête et affronter les dangers de l'inflation (...). La Banque centrale ne doit pas se focaliser sur les faiblesses des pays périphériques.
Mais redoutée par les pays du sud, comme l'écrit la Vanguardia :
Encore une fois, l'orthodoxie a dicté sa loi à l'institution, écartant une souplesse qui permettait d'aider la faible reprise européenne (…) Il est clair que les pays avec un endettement plus élevé seront punis par l'augmentation des taux, et bien sûr, tous les pays qui sont les plus éloignés d'une reprise économique, c'est-à-dire lesdits périphériques, y compris l'Espagne.
Deuxième décision, détaille Le Figaro Economie, un soutien au Portugal attaquée par la dégradation de Moody's :



L'annonce de la suspension 'immédiate' des critères de notation permettant d'accepter la dette du Portugal en contrepartie de ses opérations de refinancement. Cette décision souveraine autorise l'institution monétaire européenne à accepter tous les titres de dette portugaise, "en collatéral", quelles que soient leurs notes, ce qui évitera aux banques portugaises une crise de liquidité qui leur serait fatale. (...) La BCE ajoute un sauvetage monétaire au sauvetage budgétaire lancé par le FMI et l'Union européenne. Un tacle direct aux agences de notation, une critique "plus habituelle dans la bouche des responsables politiques que des banquiers centraux."
Par ce soutien, "Jean-Claude Trichet a montré qu'il désapprouvait totalement la décision brutale de l'agence Moody's. Au passage, il a lancé une charge contre la "structure oligopolistique" des agences de notation, dont le fonctionnement est 'procyclique', c'est-à-dire qu'il aggrave les tendances", précise pour sa part Les Echos.
Enfin dernière annonce : le rappel d'un refus catégorique d'un défaut grec. "Jean-Claude Trichet a clairement indiqué que si la dette grecque était mise en défaut, il n'accepterait plus de prendre ses titres en garantie."
Pour l'éditorialiste des Echos,
[Trichet] tord ainsi le cou à un scénario qui commençait à prospérer notamment du côté de Berlin, celui d'un défaut sélectif comme il convient de le qualifier, depuis que l'agence Standard & Poor's en a introduit l'idée. C'est-à-dire une faillite temporaire et limitée dans son ampleur de la Grèce. (…) En posant cette limite, Jean-Claude Trichet est dans son rôle. Il préserve le système bancaire de l'Eurogroupe d'un nouveau choc
Et le journal de conclure :
A court terme, l'orthodoxie du président de la BCE n'arrange personne. Elle accroît même la pression sur les pays en difficulté. Hier, les taux irlandais et italien à 10 ans atteignaient de nouveaux sommets. Mais, à plus long terme, il faut l'espérer, c'est sans doute le prix à payer pour sortir par le haut du tourbillon actuel.

Que le géant européen se bouge !

En ce début de XXIe siècle, l'Europe est comme un dinosaure. Pour s'adapter au nouveau monde en formation, elle doit sortir de sa paresse. L'appel de l'écrivain néerlandais Geert Mak. 
C’était l’hiver 1999. L’ex-Yougoslavie avait éclaté dans la confusion. L’aimable ville danubienne de Novi Sad avait été bombardée plusieurs fois par les alliés, les ponts gisaient en pièces dans la rivière. Les citadins se tenaient consternés sur les berges enneigées. Consternés par la guerre, par la destruction de leur monde, par les choses inconcevables qu’ils s’étaient infligées. J’ai rendu visite au vieux Alexandre Tisma, l’un des plus grands écrivains yougoslaves. Il habitait juste à côté, il est décédé depuis.
Lorsque je lui ai demandé comment il se sentait, dans ce pays perdu, il m’a raconté l’histoire de son chien, Jackie. Un jour d’hiver, l’animal s’était enfui en longeant le Danube, et il avait atterri, on ne sait comment, sur un bloc de glace. Des enfants du quartier étaient venus le chercher : "Monsieur Tisma, votre chien est en train de se noyer !" Il se précipita sur les lieux, appela plusieurs fois le chien par son nom, mais ce dernier ne bougeait pas de son bloc de glace, comme figé. L’animal était en état de choc. Finalement, un des enfants réussit à l’attraper par la peau du cou. "Nous sommes comme cela en ce moment, dit Tisma. Nous sommes comme figés sur un bloc de glace, nous ne savons pas ce qu’il faut faire, et en attendant nous nous laissons emporter par le courant."
Nous vivons une époque historique. Nous nous remettons lentement d’une vilaine et surtout dangereuse crise économique. Le monde arabe est secoué par des mouvements populaires qui occuperont peut-être un jour dans l’histoire une place similaire à celle des révolutions européennes de 1848 et 1989.
Quelle que soit la façon dont ces bouleversements démocratiques se terminent, ils constituent le plus grand défi que la politique étrangère européenne ait connu depuis la chute du Mur. Entre temps, la crise de l’euro continue à couver en coulisse tel un feu de tourbière. Les dirigeants et les institutions de l’Europe ne peuvent pas fonctionner, surtout à l’heure actuelle, sans un soutien solide, exprimé ou non, des électeurs. Toutefois, dans de nombreux pays, sous l’effet de la crise, le projet européen est justement de plus en plus attaqué. Et ces attaques atteignent leur cible, justement parce que la démocratie européenne est toujours aussi faible.

Plus important que l'euro, le déficit démocratique

S’il existe un problème européen encore plus important que l’euro, c’est celui du déficit démocratique européen. Il est juste sous notre nez, mais continue à s’accroître, et cela peut signifier la fin de tous nos rêves.
Pourtant, je ne pense franchement pas que le public se soit tourné contre le projet européen en général. En revanche, beaucoup de gens ont d’énormes problèmes à cause de la voie que ce projet a prise. Tout ce qu’ils souhaitent est que la politique, donc aussi la politique européenne, se réorganise autour des réalités de leur vie quotidienne. Ils veulent avoir de nouveau un peu de pouvoir de décision sur leur monde.
L’European Council on Foreign Relations a parfois comparé l’Europe actuelle aux énormes herbivores qui peuplaient le monde à la préhistoire : gigantesques en tout, mais sans aucune agressivité. Ne nous faisons pas d’illusions : l’Europe est en effet, lorsqu’il s’agit d’ambitions au niveau mondial, un animal paresseux qui ne se précipitera jamais et ne jouera jamais un rôle important sur la scène planétaire si on ne lui donne pas de temps en temps de l’extérieur des coups d’éperons ou une tape sur les fesses. En même temps l’ordre mondial actuel n’est plus assez stable et serein pour permettre à l’Europe de se contenter d’être l’Europe.
L’Europe doit donc devenir forte. C’est avant tout dans son propre intérêt. Un nouveau monde se crée, comprenant la Chine, les Etats-Unis, le Japon, l’Inde et peut-être le Brésil. Si l’Union européenne n’y est pas reconnue comme un acteur à part entière, elle deviendra une proie pour les autres puissances. Au lieu d’être une balise d’espoir, un exemple d’ordre international, elle deviendra un vide, le théâtre de flambées de violence entre des Etats et surtout des non-Etats.

La paresse est notre pire ennemie

Cela signifie que nous devons politiser l’Europe. La politiser vraiment. Et les partis protestataires en font partie. Nous devons l’arracher aux institutions, nous devons l’aimer et la détester, nous devons nous investir pleinement dedans. Si nous voulons sauver l’idée européenne, il ne s’agit pas seulement de l’unité financière ou institutionnelle. Pour cela il faut un réveil politique et culturel en profondeur. Il faut créer au niveau européen une nouvelle communauté, comme cela s’est fait au plan national dans de nombreux pays au XIXe siècle. C’est là que réside le plus grand retard de l’Union, c’est à cela qu’il faut donner la priorité absolue, rien n’est possible sans cette communauté.
Il importe désormais, beaucoup plus qu’auparavant, de mener également ces discussions européennes dans l’arène nationale. C’est là que les électeurs se sentent le plus à l’aise. Et ensuite il sera possible de tracer à chaque fois de nouvelles lignes vers l’arène politique européenne. La démocratisation européenne, malgré toutes les bonnes intentions, n’y est pas parvenue jusqu’ici. Pire, elle a créé un fossé toujours plus grand entre la politique nationale et la politique européenne. La responsabilité dans ce domaine incombe notamment aux politiciens au plan national, qui, ces dernières années, ont revendiqué à leur profit des succès européens trop faciles en rejetant les points névralgiques nationaux sur l’Europe. Mais cette responsabilité incombe aussi à nous, les électeurs.
Il nous reste encore un peu de répit en Occident, peut-être une vingtaine d’années, pour adapter nos institutions au XXIe siècle. Nous avons encore une fois la possibilité d’un réveil européen, la chance d’approfondir l’Union européenne et de la démocratiser, d’enrichir notre qualité de vie, d’insuffler une nouvelle vie au projet européen. Nous avons encore un peu de temps pour revoir nos vieux schémas de pensée. La paresse est désormais notre pire ennemi. Rien ne va plus de soi, mais il fallait sortir de ce bloc de glace. Nous sommes parvenus à tant de choses. Il y a tant à perdre.
Extraits du discours The State of the European Union, prononcé le 5 mai devant le Parlement flamand

DSK: Les Français n'en veulent plus

Selon deux sondages publiés vendredi, une large majorité de Français ne souhaitent pas que Dominique Strauss-Kahn se présente à l'élection présidentielle de 2012. 
 « La page DSK est largement tournée », affirmait jeudi Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon dans une interview accordée au Point. La position du dirigeant socialiste, ancien soutien ds DSK qui a désormais choisi François Hollande, n'est évidemment pas surprenante. Mais elle n'est pas pour autant éloignée de la réalité.
Deux enquêtes, réalisées après les révélations du New York Times sur la personnalité de Nafissatou Diallo et la libération sur parole de Dominique Strauss-Kahn, indiquent clairement que les Français, dans une large majorité, ne souhaitent pas voir l'ancien favori des sondages se présenter à la prochaine élection présidentielle. 
"Un bon président de la République"
Première illustration avec une enquête Opinionway réalisée les 4 et 5 juillet pour Le Figaro Magazine et LCI. Selon ce sondage, 65% des Français ne souhaitent pas que l'ancien directeur du FMI soit candidat à l'élection présidentielle, contre 35% qui le désirent. L'écart est moindre auprès des sympathisant socialistes puisque « seulement » 55% d'entre eux espèrent que DSK ne fera pas acte de candidature, contre 45%.  Les Français n'en ont pas pour autant une image négative de Dominique Strauss-Kahn. S'il a parfois du mal à ouvrir la porte de son domicile new-yorkais, DSK ferait, pour 44% des Français, « un bon président de la République ». 
Deuxième illustration avec le baromètre CSA pour Les Échos. Cette enquête, réalisée les 5 et 6 juillet, confirme la tendance évoquée par Opinionway. Selon cette second enquête, 62% des Français ne souhaitent pas que DSK se présente dans la course à l'Élysée, contre 33%. 
Parfois, il arrive que les souhaits des Français se réalisent. Avec la plainte déposée mercredi par Tristane Banon, Dominique Strauss-Kahn paraît en effet loin de pouvoir reprendre part à la vie politique française.

vendredi 8 juillet 2011

Le jour où Steve Jobs a failli devenir français

À l'automne dernier, Steve Jobs a manqué d'acheter une des plus belles propriétés du Lubéron. Des proches du patron d'Apple - dont sa femme - se sont rendus sur place. La demeure provençale, dénommée le château de Sannes, se situe au coeur d'un parc de 55 hectares, où se trouvent des vignes et des oliviers. Pour y accéder, on traverse un chemin bordé de cerisiers et de cyprès. Le bâtiment principal, qui date du XVIIe siècle, comprend sept chambres, une piscine intérieure et une autre extérieure. Il jouxte un pigeonnier, un moulin et une plantation de truffes.

Mais l'achat ne s'est finalement pas fait, et la propriété est toujours en vente autour de 25 millions d'euros. Son actuelle propriétaire lady Hamlyn est la veuve de Paul Hamlyn, un éditeur britannique dont la famille a quitté l'Allemagne pour l'Angleterre dans les années 1930. "L'épisode a été évoqué de manière informelle en préambule d'un conseil municipal. C'est sûr que cela aurait été une bonne nouvelle pour nous !" explique la maire Monique Barnouin. Cette habitante de Sannes depuis 49 ans s'est engagée dans un programme de revitalisation du village de 165 habitants. Steve Jobs craquera-t-il pour une autre propriété ? À ce jour, le créateur de la firme à la pomme ne possède pas de maison dans le sud de la France, à la différence de Bill Gates et de Paul Allen, les deux cofondateurs de Microsoft : chacun est propriétaire d'une villa près de Nice.
Déjà, par le passé, le destin de Steve Jobs a manqué de croiser celui de la France. L'épisode est relaté par Jacques Attali dans Verbatim. À la date du 21 février 1985, l'ancien conseiller du président François Mitterrand écrit : "Jean-Jacques Servan-Schreiber appelle des États-Unis. Dimanche prochain, il doit assister à San Francisco à la fête que donne Steve Jobs (le génial fondateur d'Apple) pour son trentième anniversaire. Il voudrait lui offrir de la part du président un décret de naturalisation française, ou quelque chose d'autre, mais un cadeau prestigieux ! Le président hausse les épaules." Ce jour-là, si Mitterrand avait trouvé l'idée judicieuse, Steve Jobs aurait ajouté un passeport français à ses papiers américains.

Airbus annonce 640 commandes nettes au premier semestre

Grâce à l'avalanche de contrats engrangés au salon du Bourget en juin, l'avionneur européen, filiale d'EADS a annoncé, ce jeudi, 640 commandes nettes d'avions au premier semestre.

Après avoir terrassé Boeing au salon aéronautique avec 598 commandes fermes contre 47 pour son rival américain, Airbus a déclaré, ce jeudi, avoir enregistré  640 commandes nettes d'avions au premier semestre. Airbus a décroché en particulier une commande ferme record de la compagnie malaisienne AirAsia pour 200 exemplaires d'A320neo, version améliorée de son monocouloir A320.
La commande  d'AirAsia pourrait même compter 100 unités supplémentaires, atteignant ainsi un total de 27 milliards de dollars sur la base des prix catalogue.
Sur le semestre, Airbus a engrangé un total de 777 commandes brutes et livré 258 avions, dont dix très gros porteurs A380.
Les données mensuelles d'Airbus font toutefois ressortir que DAE Capital, société de leasing basée à Dubai, a annulé toutes ses commandes restantes, soit 45 avions pour une valeur totale de 5,8 milliards de dollars aux prix catalogue actuels. DAE Capital, dont le directeur général a démissionné le 30 juin, avait déjà annulé en mars pour 4,7 milliards de dollars de commandes à Airbus mais aussi à Boeing.
La société de leasing, qui a subi de plein fouet la crise financière, a encore 56 commandes en attente chez Boeing.  DAE Capital, doit publier ses propres données pour juin ce jeudi.

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Cameron-Murdoch, les liaisons dangereuses

Les révélations se succèdent sur les écoutes pratiquées par le tabloïd britannique News of the World. Elles pourraient affaiblir le Premier ministre David Cameron, très proches de la coterie sociale du baron de la presse Rupert Murdoch, note le principal commentateur politique du Daily Telegraph. 

Tous les premiers ministres connaissent un tournant dans leur carrière. Ils ou elles finissent par commettre une erreur fatale, dont il est impossible de se remettre. Pour Tony Blair, il s’est agi de la guerre en Irak, et de l’incapacité à découvrir des armes de destruction massive. Pour John Major, ce fut le Mercredi Noir, et l’expulsion de la livre Sterling du système monétaire européen. Harold Wilson a quant à lui vu sa réputation torpillée par la dévaluation de la livre en 1967.
A chaque fois, le schéma est étonnamment semblable. Avant, on est face à un nouveau dirigeant dynamique et intègre sur lequel reposent tous les espoirs de la nation. Après, on se retrouve avec un Premier ministre qui peut chanceler pendant des années, de plus en plus compromis : c’en est fait à jamais de son aura d’enthousiasme et de confiance.
David Cameron est aujourd’hui confronté exactement à une crise de cet ordre. La succession de révélations écœurantes au sujet de ses amis et relations au sein du groupe News International de Rupert Murdoch a durablement et irrévocablement porté atteinte à sa réputation. Jusqu’à maintenant, on pouvait affirmer sans grand risque que Cameron s’appuyait comme il convient sur des valeurs solides. Malheureusement, cette assertion ne tient plus. Car il a commis non pas une, mais toute une série d’erreurs de jugement personnelles et chroniques.

Des amitiés compromettantes

Jamais il n’aurait dû engager Andy Coulson, le rédacteur en chef de News of the World, comme directeur des communications. Jamais il n’aurait dû entretenir de liens avec Rupert Murdoch. Et — la pire erreur de toutes — jamais il n’aurait dû devenir l’ami de Rebekah Brooks, directrice exécutive du géant des médias News International, dont la disgrâce et le départ de l’entreprise ne sont plus qu’une question de temps.
Cameron s’est laissé entraîner dans une coterie au milieu de laquelle personne de respectable ne souhaiterait être vu, même mort, a fortiori un Premier ministre britannique. On les appelait la bande de Chipping Norton, cohorte incestueuse de Londoniens interlopes, riches, obsédés par le pouvoir et sans aucune moralité, qui gravitait parmi les conservateurs de l’Oxfordshire. Brooks et son mari, l’ancien entraîneur de chevaux de course Charlie Brooks, vivent dans une maison à guère plus d’un kilomètre de la résidence locale de David et Samantha Cameron. Les deux couples se rencontrent souvent, et ont continué à le faire même après que le scandale des écoutes téléphoniques a éclaté.
Matthew Freud, entremetteur dans les relations publiques, qui a épousé la fille de Murdoch, Elisabeth, fait lui aussi partie de la bande de Chipping Norton. Quand Cameron est tombé sur Freud au mariage de Rebekah Brooks il y a deux ans, les deux hommes se sont joyeusement tapé dans la main, comme pour mieux afficher leur amitié exclusive.
Le Premier ministre, en guise de défense, ne peut prétendre s’être retrouvé en toute innocence au milieu de ce cercle. Il a été prévenu — à maintes reprises. Peu de temps avant les dernières élections, d’aucuns lui ont fourni des détails explicites sur les gens qu’il fréquentait. Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian, s’était entretenu avec l’un des plus proches conseillers de Cameron. Il l’avait très précisément mis en garde contre Coulson, lui soumettant nombres d’informations troublantes qui ne pouvaient alors entrer dans le domaine public. Puis Rusbridger avait contacté Nick Clegg, aujourd’hui vice-Premier ministre. Par conséquent, tant Cameron que Clegg, le Premier ministre et son vice-Premier ministre, savaient tout de Coulson avant les négociations sur la formation de la coalition en mai dernier. Et pourtant, ils l’ont nommé directeur des communications de Downing Street.
Le Premier ministre est donc dans la mouise. Pour le dire de façon plus imagée, il est même dans le caniveau. Reste à savoir maintenant s’il va réussir à s’en extraire et à sauver au moins une partie de sa réputation d’honnêteté et de bon sens. Car cet épisode pourrait être fatal. Que doit faire David Cameron ? D’abord, il doit de toute urgence couper les ponts avec Rebekah Brooks. Pour l’heure, celle-ci affiche la même ligne de défense qu’Andy Coulson quand il était le principal conseiller du Premier ministre à Downing Street : elle ignorait tout de ce qui se tramait. Quand bien même nous accepterions cet argument (et il n’y a aucune raison que nous l’acceptions, avec tous les mensonges publiés par News International au cours de cette sordide saga), il ne tient pas. C’est bien Rebekah Brooks, d’abord comme rédactrice à News of the World et au Sun puis, aujourd’hui, comme directrice générale de News International, qui a fixé les règles. Des règles qui, comme chacun sait, étaient d’une abjection sans nom, et dont elle est largement responsable.

Une décision "nauséabonde"

Certes, il peut être dangereux pour Cameron de lâcher Rebekah Brooks. Elle pourrait en effet avoir accumulé beaucoup d’information sur le Premier ministre et les membres les plus en vue de son gouvernement, au cours de ces paisibles dîners de Chipping Norton mais aussi par d’autres voies plus pernicieuses. Rebekah Brooks est au pied du mur, et elle pourrait lancer son offensive. Mais c’est un risque que David Cameron doit prendre.
Ensuite, le Premier ministre doit répondre de ses actes. Il doit nous expliquer comment il en est venu à embaucher Andy Coulson, quelles vérifications ont été faites, quels conseils ont été pris. Une liste de ces rencontres mondaines pas si innocentes avec Rebekah Brooks doit nous être fournie. Pour l’heure, Downing Street garde aussi le silence sur les rencontres entre David Cameron et Rupert Murdoch, qui aurait été l’un des premiers à rencontrer après son entrée en fonctions comme Premier ministre. Là aussi, ces rendez-vous doivent être portées à la connaissance du public.
Il est essentiel que ces informations soient accessibles à tous, parce que le gouvernement de coalition a pris la semaine dernière une décision choquante : autoriser Rupert Murdoch à asseoir plus encore son monopole sur les médias britanniques en acquérant les 61 % de l’opérateur de télévision par satellite BskyB qu’il ne possédait pas encore. Cette décision a pris une odeur nauséabonde, et le gouvernement doit revenir dessus.
Hier, David Cameron a marmonné quelques phrases vagues sur une éventuelle enquête publique, montrant qu’il n’a pas encore pris conscience que le monde a profondément changé au cours des 48 dernières heures. Les révélations atterrantes, selon lesquelles des journalistes de Murdoch ont pu mettre sur écoute le téléphone de l’adolescente assassinée Milly Dowler et même ceux des familles de nos militaires tombés au combat, montrent que les pratiques illégales de News International ont atteint un nouveau niveau d’abomination.
David Cameron s’est laissé atrocement compromettre par ses liens avec News International et ses collaborateurs. Il doit de toute urgence retrouver la raison et la moralité qui avaient fait de lui un candidat si séduisant au poste de Premier ministre. Il doit saisir cet affreux scandale, qui est une humiliation pour tous les journalistes, comme une occasion unique de moraliser la vie publique en Grande-Bretagne. A en juger à ce qui s’est passé hier, notre Premier ministre, pourtant gravement affaibli, ne montre aucune véritable volonté dans ce sens.

Mais qui calmera les agences de notation ?

S'ils sont prompts à dénoncer l'"oligopole" des agences de notation financière, les responsables européens ont jusqu'ici été incapables de prendre des mesures concrètes pour contrer leur pouvoir, déplore le quotidien portugais Público.
Un chœur de responsables politiques de l’Union européenne, mais pas seulement, est venu hier, le 6 juillet, dénoncer publiquement l’"oligopole" (le mot est du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble) des agences de notation financière. Alors que la dette du Portugal vient d’être descendue en catégorie "spéculative", à l’incompréhension, à l’indignation et aux critiques s’est ajoutée la promesse, faite par Wolfgang Schäuble, que l’UE allait “faire des efforts” pour en finir avec le pouvoir dévastateur de ces agences dans la zone euro.
La promesse pourrait être belle, si elle n’était usée jusqu’à la corde. Depuis 2008, les dirigeants européens multiplient les menaces contre les agissements absurdes de ces agences, sans qu’aucune mesure concrète n’ait été prise pour les empêcher de faire du tort. Alors que les Etats-Unis ont modifié leur réglementation bancaire pour réduire leur pouvoir et que la Chine, s’est tout simplement dotée d’une agence nationale, l’Europe n’est jamais allée au-delà des vœux pieux, renforçant ainsi l’impression de vacance des idées et du pouvoir qui se dégage de Bruxelles, de Paris et de Berlin.
Face à ce vide, il est normal que les agences bombent le torse et cherchent à explorer jusqu’à ses limites la vulnérabilité de l’euro. Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les difficultés du Portugal (sans parler de la Grèce) à assumer ses engagements : il se dégage également de l’action des agences une sorte de nécrophilie qui les fait se comporter en vautours planant au-dessus de la fragile monnaie unique. Incapable de leur tenir tête, offrant chaque jour au monde une nouvelle preuve de sa confusion, l’Europe ne réagit que quand elle se retrouve dans les cordes.
De leur côté, constatant la grande fragilité de ceux qui leur ont promis la bataille et qui reconnaissent parallèlement des pertes pour les investisseurs privés dans la restructuration de la dette grecque, les agences agissent de la façon la plus naturelle : elles augmentent la pression et étendent leur offensive. Quand la politique s’incline devant la force organisée des capitaux financiers, il n’y a pas grand-chose à espérer.


Contrepoint

Ne tirons pas sur les agences

Ne tirons pas sur les agences
"La réaction indignée des politiques face à l’abaissement de la note du Portugal par l’agence Moody’s n’est pas une surprise", note le Financial Times Deutschland. "Tous les moyens sont bons pour détourner l’attention du public et éviter de voir nos propres faiblesses. Disons-le clairement : l’Europe a les nerfs en pelote." "Même Angela Merkel est venue mettre son grain de sel", qui préfère se fier "à la Commission européenne, à la Banque centrale européenne et au FMI. Autrement dit : arrêtez donc de prendre les agences de notation tant au sérieux. Un soupçon s’insinue alors : les politiques ne seraient-ils pas en train de tirer sur le messager ?" "Cela ne fait-il pas déjà longtemps que l’on reproche aux agences de ne pas avoir su discerner – ou trop tard – des faillites comme celle de Lehman Brothers ?", s'interroge le quotidien économique. "Après s’être laissées endormir, voilà qu’elles feraient preuve de précipitation. Ce n’est pas mieux. Une chose est sûre en tout cas : jusqu’à présent, toutes leurs rétrogradations se sont avérées justes." Pour le FT Deutschland, "les appels d’Angela Merkel à l’émancipation de l’Europe vis-à-vis des agences de notation, pourraient nous entraîner sur une voie dangereuse : on parle beaucoup des conflits d’intérêts des agences de notation où l’émetteur de la dette est également celui qui paie pour faire évaluer son propre niveau de solvabilité. Mais personne ne parle des conflits d’intérêts des institutions en qui Angela Merkel place toute sa confiance. L’Union européenne et le FMI ont avancé plusieurs centaines de milliards – certes couverts par diverses garanties nationales – rien que pour la Grèce. Voilà qui n’est pas exactement la garantie d’un jugement impartial sur la solvabilité des Etats ou l’urgence d’un plan d’austérité."

Danse au bord du gouffre


Le spectacle que donnent les Européens face à la crise grecque est un véritable désastre. Leurs légitimes discussions se font sur la place publique et propagent l'inquiétude; leurs divergences deviennent des divisions alors que chacun sait que l'Europe, à la fin, aidera la Grèce. On joue à se faire peur et cela est dangereux. Cela permet d'éviter les vraies discussions.

Paralysés par le nouvel égoïsme qui déferle sur le continent et qui, sous les formes diverses du populisme, des extrémismes et du repli, conduit les citoyens à d'abord vouloir garder ce qu'ils ont avant d'imaginer ce qu'ils peuvent construire et partager dans l'avenir, les dirigeants européens refusent d'aborder la seule vraie question : comment aller vers un véritable fédéralisme qu'impose depuis l'origine l'euro, notre monnaie fédérale, que réclament désormais les marchés financiers et que la seule logique rend pertinente ?

Nous avons besoin d'un budget européen véritable, permettant des politiques européennes d'investissement et de soutien, alors que ce qui vient de Bruxelles n'est que punitif et se résume aux recettes techniques, certes nécessaires, mais insuffisantes, du FMI. Avec 1 % du PIB, l'Europe est impuissante. Elle doit dès maintenant prévoir progressivement l'accroissement de ses moyens collectifs jusqu'à un budget qui, un jour, comptabilisera plus de 20 % de sa richesse. C'est le seul moyen de conduire une politique économique et sociale qui donne encore des raisons d'espérer.

Nous avons besoin de règles budgétaires communes strictes, dont les manquements seront sanctionnés automatiquement et sans discussions, mais qui seront accompagnées de décisions budgétaires nationales communes en matière d'investissement, de recherche et d'innovation. Avant d'être dotés d'un budget commun digne de ce nom, il faut additionner nos budgets nationaux, les faire converger alors qu'aujourd'hui ils tirent dans tous les sens.

Nous avons besoin d'un secrétaire d'État européen au Trésor, seul habilité à s'exprimer et à décider des grandes orientations de politique économique et budgétaire. Il présiderait l'Écofin, réunion des ministres des finances, il représenterait l'Europe, ou l'euro, dans les instances économiques internationales. Nommé par les chefs d'État et de gouvernement, irrévocable par eux pendant une durée fixée, indépendant, mais responsable politiquement, il assumerait ses décisions devant l'opinion et les assemblées élues. Un tel plan constituerait une rupture, une vraie révolution dans la construction européenne.

Ces décisions sont évidemment difficiles à assumer sur le plan politique et elles méritent un examen démocratique véritable. Elles représentent un risque pour ceux qui les prendraient mais, de toutes façons, la plupart des dirigeants en fonction sont ou seront sanctionnés par la crise ! Annoncer seulement qu'on y réfléchit activement en vue d'un grand plan de sortie de crise et faire preuve d'une résolution ferme de les assumer, c'est ouvrir un espoir de surmonter la situation actuelle.

Mais ne pas les prendre, c'est danser au bord du gouffre. En quelque sorte, nous avons le choix : décider avant d'y tomber ou y être contraints au fond du trou.




Solitudes


Ils avaient 75 ans, ils vivaient à Tréon, près de Dreux. Elle souffrait de la maladie d’Alzheimer. Il l’a tuée, puis il s’est suicidé. Les deux corps ont été trouvés le lendemain par l’auxiliaire de vie… Ils avaient 84 et 86 ans, ils vivaient au Cannet. Il est mort d’une crise cardiaque, sa femme grabataire trois jours après. Les corps n’ont été découverts que deux semaines plus tard, ils n’avaient pas d’auxiliaire de vie… Il a 33 ans, il vit dans l’Eure, il est tétraplégique. Sa mère vient de mourir en demandant au Président de s’occuper de son fils qui allait rester seul — une institution va l’accueillir… Des cas extrêmes ? Oui, et non. Nous serions quatre millions de Français à n’avoir pas plus de trois conversations personnelles par an. Des associations manifestaient hier contre la solitude devant une gare, où l’on se croise sans se parler. Notre modernité — une immense gare ?

Le commentaire politique de Christophe Barbier




jeudi 7 juillet 2011

Socialistes, oubliez DSK !

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au "Point", intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 7 h 50 pour sa chronique politique "Le parti pris". 

Vous revenez sur l'interminable feuilleton de l'affaire Strauss-Kahn. Le procureur de New York a annoncé hier soir que la procédure n'était pas close. Votre parti pris : socialistes, oubliez DSK ! Vous voulez dire qu'il ne peut plus revenir en politique ?
À ce stade, j'espère pour lui qu'il ne se pose plus la question. En théorie, il peut encore avoir le choix : il est présumé innocent - et même un peu plus depuis qu'on sait que son accusatrice a énormément menti. Mais la journée d'hier montre bien l'extrême fragilité de sa situation. DSK n'a plus de bracelet électronique, mais il reste entravé, enchaîné à la procédure américaine. Personne ne sait combien de temps ça va durer, mais tout le monde sait que ça va laisser des traces : sur sa réputation, sur son moral, sa psychologie. Avec en plus la menace permanente d'autres accusations - comme cette plainte de Tristane Banon, qui laisse une impression étrange, huit ans après les faits qu'elle décrit. Pas grand monde y croit, mais ça oblige le parquet à ouvrir aussi une enquête en France. Rien de tout cela ne prédispose à être candidat à la présidence de la République.
Autrement dit : pour vous, c'est sûr, il a renoncé.
C'est un homme trop intelligent pour ne pas l'avoir compris. Il est capable d'une grande légèreté - il l'a déjà montré, hélas pour lui -, mais il n'est pas dans l'irrationnel. C'est un mathématicien, un joueur d'échecs. Il sait forcément que son avenir politique est plus que compromis. En fait, il est condamné à renoncer, comme le procureur de New York est condamné à abandonner les charges contre lui. Parce que dans un cas comme dans l'autre, c'est la confiance qui va faire défaut. Les jurés américains ne croiront plus la femme de chambre - même si la justice ne retient plus que des délits mineurs. Et l'opinion française ne pourra plus voir en DSK un homme capable de diriger le pays. C'est peut-être injuste, cruel, triste, mais c'est ainsi.
C'est cruel aussi pour les socialistes. Ils n'en peuvent plus de voir les primaires gâchées par les rebondissements de l'affaire...
On peut les comprendre ! Pour eux, le feuilleton américain tourne au supplice chinois. Déjà que la désintégration du favori a causé un choc et que leur campagne n'est pas passionnante, ce sont les soubresauts de la procédure de New York qui focalisent l'attention. Ce n'est pas l'idéal pour donner envie d'aller voter aux primaires. Ni pour faire valoir des idées, des projets. Quand la télévision diffuse une série policière américaine en même temps qu'un débat de fond sur la fiscalité des entreprises ou l'avenir des universités, on sait très bien ce qui fait le plus d'audience...
Pour en finir, est-ce que DSK ne devrait pas annoncer très vite qu'il n'est plus dans la course ?
Certainement. On voit bien que ses partisans ont brièvement repris espoir et que, maintenant, ils anticipent son retrait. Ils se répartissent peu à peu entre le camp Hollande et le camp Aubry. La page se tourne. DSK lui-même sortira de l'ambiguïté dès qu'il le pourra - aussitôt que le dossier américain sera refermé. Il ne dira rien avant, parce qu'il ne veut pas que ce soit interprété comme un aveu de culpabilité ni même comme le signe qu'il est prêt à une procédure longue. Mais je suis sûr qu'il aura à coeur de montrer qu'il a le sens des responsabilités. Et que, s'il ne peut pas faire gagner son camp en 2012 - comme il en avait vraiment le désir -, il ne veut pas risquer de le faire perdre.

 

Merde


Pardonnez-nous la vulgarité de ce mot, mais il est de saison. Vous le savez, si vous avez regardé hier soir «L’Etoffe des champions» sur la télévision publique: durant de longues minutes, deux personnages se hurlent «merde» de plus en plus fort, de plus en plus durement. L’un d’eux se nomme Raymond Domenech, embauché comme coach de cette émission de téléralité qui nous rappelle un peu les stages de motivation des années 80, avec cadres dynamiques marchant sur le feu... Il aurait pu y penser dès Knysna, Raymond Domenech, et demander à ses footballeurs de sortir de leur bus pour pousser un grand «merde» libérateur. On pourrait aussi conseiller la méthode à tous les hystériques du cas DSK, qu’ils soient journalistes, politiques ou avocats: dites «merde» très fort, ensemble, une fois - cela vous motivera peut-être pour parler enfin d’autre chose.

Quand l'Europe parle polonais

Depuis vendredi, la Pologne assure la présidence tournante de l'Union européenne. Une présidence désuète ? Pas si sûr. Car s'il est une capitale où l'adhésion à l'Union européenne a été vécue, en 2004, non pas comme un élargissement, mais comme une juste recomposition de l'espace européen, après les terribles fractures du XXe siècle, c'est bien Varsovie.

Par sa démographie ¯ 40 millions d'habitants ¯, son étendue territoriale ¯ qui en fait une puissance agricole ¯, sa position aux confins de l'Union (enjeu stratégique majeur), la Pologne, même si sa richesse par habitant n'est encore qu'à 60 % de la moyenne européenne, est destinée à jouer un rôle de plus en plus important dans la gouvernance du continent.

C'est d'ailleurs son intention. On l'a constaté ces derniers jours depuis que Varsovie a pris, pour la première fois, et pour six mois, les rênes de l'Union. Après un semestre hongrois déplorable ¯ qu'on aurait tort d'oublier tant les germes d'une dérive antidémocratique semblent tenaces sur les bords du Danube ¯ la Pologne a, elle, aussitôt affiché ses ambitions.

Son Premier ministre, le libéral Donald Tusk, multiplie les proclamations de foi en l'Europe, soucieux de « rétablir un langage commun ». Au Parlement de Strasbourg, il a parlé, hier, du renforcement des institutions, du danger que représentent le nationalisme ou la recherche d'un bouc émissaire, de la nécessité de plus d'intégration. Ce ton engagé d'un chef de gouvernement est devenu si rare en matière européenne que nombre d'eurodéputés ont été, hier, comme sortis de la torpeur morose distillée par la crise.

Comment expliquer cette rupture si nette des dirigeants de Varsovie par rapport à la méfiance qui dominait du temps des frères Kaczynski ? La bonne santé économique d'un pays donne toujours des ailes à ses ambitions diplomatiques. En 2009, la Pologne a été le seul des Vingt-Sept à ne pas connaître la récession. Joli pied de nez pour tous les plombiers polonais. Belle performance pour Donald Tusk, convive serein des conseils européens.

Aussi, ce semestre de présidence ne pouvait-il être perçu que comme un tremplin pour faire sortir la Pologne des seconds rôles et la poser en authentique pilier de l'édifice européen. Au risque, d'ailleurs, de forcer quelques portes, comme celle de l'Eurogroupe. Varsovie a imposé, de façon vigoureuse, d'assister aux réunions des ministres des finances devant décider du sort de l'euro, alors que la monnaie unique n'a pas encore cours sur les rives de la Vistule.

À un an de l'Euro 2012, ce sommet européen du football qui aura lieu en Ukraine et en Pologne, le partenariat oriental avec les pays voisins de l'Union, ainsi que la procédure d'adhésion de la Croatie, seront autant de cartes à jouer pour Varsovie si la crise de l'euro n'occulte pas tout.

Enfin, en matière de défense européenne, le gouvernement Tusk espérait faire un coup d'éclat en proposant à ses partenaires de concrétiser la coopération renforcée prévue par le traité de Lisbonne. Le refus de Paris ¯ qui indique, au passage, que les freins ne sont pas seulement britanniques ¯ a refroidi les ambitions de Varsovie, desservie il est vrai par son refus de participer à l'opération en Libye. La Pologne n'a pas encore tous les moyens de ses ambitions, mais elle affiche clairement sa vocation européenne. La stabilité et la prospérité du continent en dépendent.





Le plan grec en retard, le Portugal au placard

La zone Euro reste plus que jamais sous la menace de la crise de la dette, avec de nouvelles turbulences financières autour du Portugal et de grandes difficultés pour boucler un deuxième plan d’urgence en faveur de la Grèce.
Au bord du précipice il y a huit jours, l’Union monétaire a soufflé lorsque le Parlement grec a voté un plan d’austérité, condition pour garder ouvert le robinet de l’aide.

Las, il n’aura pas fallu 24 heures pour comprendre que le deuxième plan d’aide à moyen terme promis à Athènes, allant au-delà de prêts d’urgence pour lui permettre de passer l’été, serait plus tardif qu’escompté. Il dépasse 100 milliards d’euros, comme le premier il y a un an. Or, cette fois, les Européens veulent faire contribuer les créanciers privés.
Mais l’exercice est délicat. Cette semaine, l’agence de notation Standard and Poor’s a estimé que le plan conduirait "probablement à un défaut de paiement", ce que l’Europe veut éviter à tout prix.
La zone euro a repoussé le plan à septembre. Mais le retard pris risque d’indisposer le FMI, qui ne débloquera sa part de 3,3 milliards d’euros qu’avec l’assurance que les besoins grecs seront couverts jusqu’en 2012.
Pour ne rien arranger, le Portugal se retrouve sous la pression. L’agence de notation Moody’s l’a relégué dans la catégorie des investissements "spéculatifs", estimant que le pays pourrait avoir besoin d’un deuxième plan d’aide alors que le premier, de 78 milliards d’euros, vient tout juste d’être décidé.
Moody’s a abaissé de quatre crans sa note à long terme, car elle estime que le pays pourrait - comme la Grèce - avoir besoin d’un deuxième plan d’aide avant de retourner sur les marchés s’y financer seule. L’agence craint aussi, après analyse, que le Portugal ne parvienne pas à tenir les engagements en matière de réduction de son déficit.
Furieuse, la Commission européenne a lancé une mise en garde aux agences de notations, dont les décisions issues de constats financiers font vaciller plusieurs pays surendettés de l’Union monétaire. José Manuel Barroso, son président, "regrette particulièrement cette dégradation à cause du moment choisi et de son ampleur".
Il faut "briser l’oligopole des agences de notation", a martelé le ministre allemand Wolfgang Schäubele. La presse portugaise parle de dégradation "insultante" et "irrationnelle", car survenant avant la mise en place du nouveau gouvernement. Mais l’inquiétude est palpable. "Les Portugais paient les atermoiements de l’Europe sur l’implication du secteur privé" pour aider la Grèce, juge une source européenne proche du dossier. L’euro restera durablement en état d’urgence.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Etats-Unis et Europe dans la même galère

Des deux côtés de l'Atlantique, on tente désespérément de trouver une issue à la crise économique, chacun à sa manière. Une erreur monumentale, affirme Gideon Rachman, car en fait, ils souffrent des mêmes maux. 

A Washington, on se dispute au sujet du plafond de la dette ; à Bruxelles, c’est un gouffre que l’on contemple. Mais fondamentalement, le problème est le même. Tant aux Etats-Unis que dans l'Union Européenne, les finances publiques échappent à tout contrôle et les systèmes politiques sont trop dysfonctionnels pour accoucher d’une solution. L’Amérique et l’Europe sont dans le même bateau, et il est en train de couler.
Les débats sur la dette qui font rage aux Etats-Unis et en Europe sont tellement égocentriques et hystériques que fort peu de gens sont à même de voir les liens. Ils devraient pourtant sauter aux yeux tant ils font de cette crise occidental un désastre généralisé.
Sur les deux rives de l’Atlantique, il est désormais évident qu’une grande partie de la croissance économique des années d’avant la crise s’expliquait par un boom intenable et délétère dans le secteur du crédit. Aux Etats-Unis, c’étaient les petits propriétaires qui étaient dans l’œil du cyclone ; en Europe, ce sont des pays entiers, comme la Grèce et l’Italie, qui ont profité de faibles taux d’intérêt pour contracter des emprunts qui n’étaient pas viables.

Les deux faces d'une même crise

Le krach financier de 2008 et ses conséquences ont porté un rude coup aux finances des Etats tandis que la dette publique montait en flèche. Aussi bien en Europe qu’en Amérique, ce choc exceptionnel est aggravé par la pression démographique, qui accentue la pression budgétaire alors que la génération des baby-boomers commence à partir à la retraite.
Enfin, d’un côté comme de l’autre, la crise économique polarise la politique, et il devient donc plus difficile de développer des solutions rationnelles au problème de la dette. Les mouvements populistes ont le vent en poupe — qu’il s’agisse des Tea Parties aux Etats-Unis, ou du Parti pour la Liberté (PVV) néerlandais ou des Vrais Finlandais en Europe.
L’idée que l’Europe et les Etats-Unis représentent deux faces d’une même crise a mis du temps à se faire jour parce que, pendant des années, les élites sur les deux rives de l’Atlantique ont mis l’accent sur les différences entre les modèles américain et européen. J’ai perdu le compte du nombre de conférences auxquelles j’ai assisté en Europe, et où deux camps se déchiraient : un qui brûlait d’appliquer un “marché du travail flexible” à l’Américaine, l’autre défendant avec ferveur un modèle social européen qui se définissait comme en opposition aux Etats-Unis.
Il en allait de même du débat politique en Europe. Un groupe souhaitait que Bruxelles imite Washington et devienne la capitale d’une véritable union fédérale ; d’autres soutenaient qu’il était impossible de mettre en place des Etats-Unis d’Europe. En revanche, les deux camps avaient en commun une conviction : sur le plan économique, politique et stratégique, les Etats-Unis et l’Europe vivaient sur deux planètes distinctes — “Mars et Vénus”, comme le disait l’universitaire américain Robert Kagan.
Dans le débat politique américain, l’altérité de “l’Europe” sert de point de référence. On accuse ainsi Barack Obama de vouloir importer un “socialisme à l’Européenne” pour brocarder le président en tant qu’anti-américain. A gauche, quelques-uns estiment effectivement que l’Europe fait les choses autrement, et mieux dans certains domaines — avec ses systèmes de santé universels, par exemple.
Or, les similitudes entre les dilemmes que connaissent les deux régions sont aujourd’hui plus marquantes que leurs différences. Ils ont entre autres en commun la croissance de la dette, la fragilisation de l’économie et une vie politique dans l’impasse.
Les Etats-Unis peinent à juguler les coûts de la protection sociale et de Medicare [le programme fédéral d'assurance santé pour les plus de 65 ans], un combat qui n’a rien de nouveau pour les responsables européens, lesquels se démènent également afin de réduire les dépenses dans les secteurs des retraites et des prestations de santé.

Une politique encore plus dysfonctionnelle à Washington

Beaucoup d’Européens pensaient que les hommes politiques américains jouissaient d’un grand avantage parce qu’ils travaillaient dans le cadre d’un système authentiquement fédéral. D’aucuns prétendent encore que la seule façon de stabiliser l’euro à long terme serait de se tourner vers un “fédéralisme fiscal” calqué sur les Etats-Unis. Toutefois, pour l’instant, la politique semble encore plus dysfonctionnelle à Washington qu’à Bruxelles. Le système politique américain est paralysé par son apparente incapacité à débattre sérieusement de la dette et des dépenses publiques (pour ne rien dire d’une éventuelle solution). Il est donc risible de croire qu’il puisse servir de modèle à l’Europe.
Certes, il existe encore de nettes différences dans les débats qui se déroulent de part et d’autre de l’Atlantique. La crédibilité du dollar repose sur un passé robuste, alors que l’euro n’est parmi nous que depuis guère plus de dix ans. La cause principale de la paralysie européenne tient à la fracture politique entre les nations. Car rien, dans le débat américain, ne ressemble à l’amère querelle entre les Grecs et les Allemands. En Europe, l’idée qu’une hausse des impôts fasse partie de la solution à l’explosion de la dette ne suscite pas la controverse. En Amérique, l’opposition des républicains à la moindre évocation d’une augmentation des impôts est au cœur de la discussion politique.
Obsédés par leurs propres problèmes et par leurs différences, les Américains et les Européens ont tardé à prendre conscience de ce qui relie leurs crises jumelles. Mais ailleurs dans le monde, des analystes sont mieux à même d’identifier cette tendance commune. Dans les rangs des responsables et des intellectuels chinois, il est désormais courant de suggérer aux Occidentaux, quels qu’ils soient, qu’il serait judicieux de cesser de “donner des leçons à la Chine” — compte tenu de la gravité de leurs propres problèmes politiques et économiques.
Les Chinois qui critiquent l’Ouest observent les dilemmes de l’Europe et des Etats-Unis avec la cruelle acuité que leur accorde la distance. Mais leur orgueil et leur assurance risquent de leur faire oublier à quel point l’ascension de la Chine, de l’Inde et des autres a dépendu d’un Occident prospère et sûr de lui. Si ses maux s’aggravent, l’Ouest pourrait céder à la tentation de tester de nouveaux remèdes, plus radicaux. Comme un retour au protectionnisme et aux contrôles du capital. Si la mondialisation fait machine arrière, la Chine pourrait bien se retrouver confrontée à sa propre crise économique et politique.

Des trous dans le grand réseau

La Commission européenne a identifié dix projets d'infrastructures ferroviaires prioritaires. Leur but : faciliter le flux des passagers et des marchandises et accélérer l'intégration au coeur de l'Europe. Une ambition menacée par des oppositions politiques et citoyennes. 

Tous les jours, un train de 750 mètres de long quitte la gare de Barcelone pour Lyon. Il avance à 40 kilomètres à l’heure, ce qui est peu, mais la vitesse n’est pas la première vertu des convois de marchandises. Dans quinze heures, il arrivera à destination, ce qui, jusqu’à l’année dernière, n’était encore qu’un rêve : la ligne était vieillissante et, surtout, des problèmes d’écartement des voies imposaient de transborder les marchandises à la frontière française.
Les Espagnols ont travaillé d’arrache-pied à la réfection des voies, et en décembre, un premier convoi de containers a traversé les Pyrénées, trois fois par semaine au départ, puis sept, entraînant ainsi une réduction des émissions polluantes et du trafic autoroutier. Aujourd’hui, l’Espagne envisage de doubler ce chiffre, convaincue que l’offre crée la demande. Malgré des débuts laborieux, Bruxelles pense que les grands réseaux espagnols sont sur la bonne voie. "Ils sont au cœur du processus d’intégration continentale", observe-t-on à la Commission européenne. L’année prochaine, la ligne à grande vitesse arrivera en Catalogne et de là, desservira directement Madrid.

Dix projets prioritaires

Un projet de liaison avec Valence est prévu en 2020, qui reliera ensuite Carthagène. A long terme, puisque c’est ainsi qu’il faut raisonner, tous les ports méditerranéens de la péninsule ibérique seront reliés par une ligne à grande capacité. De là, les marchandises pourront aisément rejoindre l’ensemble du marché européen. Et au-delà.
Dans les étages supérieurs des immeubles bruxellois, les experts du RTE-T, le nom donné au réseau de transport transeuropéen, sont modérément satisfaits. Ils assurent la gestion de trente projets prioritaires, soit 11 000 kilomètres de voies routières, 32 800 de lignes ferroviaires, et 3 660 de voies fluviales. Fin 2010, ils représentaient un volume d’investissement de 395 milliards d’euros, dont 62% devraient être dépensés d’ici à 2013. "Pour les parcours de plus de 300 kilomètres, nous devons reporter un tiers du fret et des passagers sur le rail d’ici à 2030", rappelle la Commission. Rien que ça.
Fin juin, Bruxelles a révisé son budget prévisionnel et sélectionné dix projets à mettre en avant. Parmi les quatre projets principaux figurent la liaison ferroviaire du Fehmarn Belt entre Copenhague et Hambourg, le canal Seine-Escaut, le tunnel du Brenner et la liaison Lyon-Turin – un seul, le quatrième, est au point mort pour des raisons largement relayées dans la presse depuis quelque temps, et qui ne sont pas uniquement économiques. Le tunnel prévu sous les Alpes fait partie de l’axe numéro 6 qui relie le Rhône à Budapest en traversant la plaine du Pô.

Des chantiers contestés

Notre convoi de 750 mètres de long devrait y rouler à partir de 2025, espère la Commission. Les Français comptent dessus au point qu’au cours des dernières semaines, ils se sont pris à imaginer un tunnel sous le Montgenèvre. "La région Rhône-Alpes ne veut pas être laissée à l’écart", commente-t-on à Bruxelles.
En effet, la carte d’Europe fourmille de chantiers en cours. Sarkozy veut que le canal Seine-Nord Europe soit opérationnel d’ici à 2017 et vient de donner son feu vert. Les travaux du tunnel du Brenner ont débuté au printemps pour une mise en service promise en 2024.
Au tunnel ferroviaire du Saint-Gothard, la phase de percement est terminée et l’on travaille actuellement à l’aménagement de l’ouvrage en tablant sur une fin du chantier en 2017. Pour sa part, le prolongement du tunnel du Ceneri devrait être terminé en 2019. Aura-t-il une utilité ? "Regardez le Simplon, répond-on à Bruxelles, les deux tunnels sont déjà saturés, le nouveau voit passer 110 convois par jour". Idem pour le Brenner. Les lignes ferroviaires sont surchargées et l’autoroute engorgée.
La Belgique, la Pologne et l’Allemagne sont en pleine effervescence, ce qui ne va pas sans frictions politiques. Un mouvement de protestation bloque le projet de liaison Stuttgart-Ulm à cause de la nouvelle gare de Stuttgart qui, aux dires des opposants, bouleverse le paysage urbain de la capitale allemande de l’automobile. "Une procédure de médiation est en cours, rassure-t-on à Bruxelles, nous en connaîtrons l’issue au milieu du mois".
Le bras de fer est suivi avec grand intérêt en Italie, et particulièrement dans le Piémont. Par Stuttgart doit en effet passer le Projet 17, qui relie Paris à Vienne et Bratislava via Strasbourg, destinée à devenir le terminal de fret du continent. Y défileront les convois en provenance de Lyon (et donc de Marseille) et de Genève à destination d’Anvers et Rotterdam.
Dans la capitale alsacienne se croiseront donc le trafic reliant la mer Tyrrhénienne à la mer du Nord et celui reliant l’Atlantique à la mer Noire. "Sans le tunnel du Fréjus, Turin est condamnée à devenir un cul-de-sac, une impasse", reconnaît un fonctionnaire européen, une ancienne capitale débordée par l’Ouest et par l’Est, laissée à l’écart des flux commerciaux pour l’après 2030 et par conséquent vouée au déclin. "On peut aussi dire que tout va bien – c’est la conclusion de Bruxelles – mais il faut peser les conséquences. L’Europe, par la volonté de la Commission et des gouvernements nationaux, est déterminée à aller de l’avant".

SUEURS FROIDES ?



Un plan Marshall sinon rien

Pour enfin sortir de la crise de la dette, l'Europe a besoin d'un projet aussi ambitieux que le plan américain d'après-guerre. Mais cette fois, elle devra trouver les ressources en elle-même et favoriser la redistribution à l'échelle du continent. 
En 1947, le plan Marshall américain a permis de faire redémarrer l’économie européenne. Aujourd’hui, certains appellent les Européens à lancer leur propre plan. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et Donald Tusk, Premier ministre polonais et président du Conseil de l’Union européenne, ont en effet tiré un signal d’alarme, déclarant que les citoyens de Grèce et d’autres pays ne pourront bientôt plus accepter de nouvelles mesures d’austérité sans perspective de croissance et de renouveau. Le vote [au palrement grec] de la semaine dernière a permis à tout le monde de gagner du temps, mais guère plus. Un nouveau plan Marshall est-il envisageable ou ne s’agit-il que d’un vœu pieux ? Un petit retour en arrière dans l’Europe des années 40 permet de remettre les choses en perspective et d’identifier les véritables problèmes du continent. 
A l’époque, le président Truman et son secrétaire d’Etat, George Marshall, étaient convaincus que la crise était avant tout un défi lancé aux gouvernements. Marshall était prêt à prendre des mesures audacieuses pour remettre les économies européennes sur pied. L’éclatement de la guerre civile grecque en 1947 le poussa à agir et il engagea les Etats-Unis dans une campagne inédite en temps de paix pour sauver le vieux continent.
Comparés aux problèmes que connaissait alors l’Europe, les nôtres paraissent bien insignifiants. Dans l’Allemagne occupée, ancien moteur économique du continent, la population frôlait la famine et le revenu national ainsi que la production industrielle avaient été divisés par trois en l’espace de dix ans.

La valeur avant tout psychologique du Plan

Le Programme de rétablissement européen (dénomination officielle du plan Marshall) coûta près de 13 milliards de dollars et joua un rôle fondamental dans la réalisation du « miracle » économique de la décennie suivante.  En 1948, ces 13 milliards de dollars représentaient environ 5% du revenu national américain. (L’équivalent aujourd’hui dépasserait les 800 milliards de dollars). Les Etats-Unis effaçèrent la dette de la France d'avant guerre et tout le monde fit de même quelques années plus tard avec l’Allemagne pourtant responsable de la guerre qui les avait opposés peu de temps auparavant.
Marshall avait compris que la véritable valeur des décisions cruciales qu’il défendait était avant tout psychologique et non quantitative. Seule la confiance qu’inspiraient de puissants dirigeants tournés vers l’avenir, pouvait rassurer les marchés. Il avait raison : si le miracle économique a transformé l’Europe, ce fut grâce à une heureuse concomitance entre des investissements privés et l’engagement des gouvernements en faveur de la croissance.
Voyons à présent les défis auxquels est confrontée l’Europe aujourd’hui. Le PIB n’a pratiquement pas baissé dans l’UE depuis 2008. Le véritable problème de dette provient de trois petits pays – la Grèce, l’Irlande et le Portugal – dont les contributions cumulées représentent moins de 5% du PIB de l’UE. L’économie allemande est en plein essor. Si les enjeux de cette crise sont considérables – ni plus ni moins que l’avenir de l’Union -, les sommes nécessaires pour en sortir ne le sont pas.
La solution à la crise n’a rien de mystérieux. Pour donner une chance aux Grecs de réduire le poids de leur dette, il faut simplement abaisser les taux d’intérêt. Parallèlement, la commission européenne devrait également augmenter les fonds de développement destinés à la Grèce.
En échange, Athènes devrait s’engager à procéder à des réformes fiscales et institutionnelles et accepter un renforcement des contrôles étrangers. Un tel cocktail de mesures permettrait aux Grecs de voir une lumière au bout du tunnel. Sans cela, le programme d’austérité du gouvernement est condamné à échouer avant l’hiver.

L'Europe a besoin de vision politique à long terme

Voici par ordre croissant, les trois principaux problèmes de l’Europe. Le moins grave est l’hostilité des opinions publiques des pays riches du nord à la mise en place de nouveaux plans de sauvetage. Cette opposition n’est pas insurmontable. A chaque crise récente – la faillite de Lehman Brothers en 2008, la crise de 2010 -, les dirigeants des pays du nord ont apporté leur soutien à d’importants plans de sauvetage et les ont défendus avec de bons arguments auprès de leurs électeurs. Le seul problème est qu’ils l’ont fait trop tard et de manière peu convaincante.
Le pouvoir des marchés financiers représente une contrainte plus problématique. On se demande ce qu’aurait fait le général Marshall s’il avait dû s’inquiéter de l’opinion de S&P sur ses projets européens. Il n’a heureusement pas eu à s’en préoccuper. Aujourd’hui toutefois, des responsables de niveau intermédiaire peuvent exercer par le bais des agences de notation une influence paralysante sur les politiques européennes en annonçant très exactement ce qu’ils jugeraient comme des défaillances. L’immense pouvoir – sans responsabilité – qu’a accumulé le secteur privé ne fait que compliquer la tâche des décideurs politiques.
Cette difficulté n’est toutefois pas infranchissable. Après tout, rien n’empêche – théoriquement – les responsables européens de prendre les mesures qu’ils veulent pour encadrer le rôle des banques privées, des fonds d’investissement et autres institutions financières. Leur réticence à le faire témoigne en réalité d’une profonde ambivalence vis-à-vis de leur propre pouvoir. C’est là que se situe le plus grand obstacle à une véritable gouvernance européenne : dans les esprits des responsables politiques eux-mêmes.
A la fin des années 40, chaque pays du continent s’est lancé dans un programme de reconstruction de la même manière qu’il s’était lancé dans l’effort de guerre : en mobilisant la nation autour de l’Etat en tant qu’arbitre, planificateur et coordonnateur. C’est dans les années 70 et 80 que s’est volatilisée la foi en la puissance de l’Etat. Les membres de la classe politique européenne d’aujourd’hui sont les héritiers de Margaret Thatcher et non de George Marshall. Ils ont du mal à comprendre qu’il faut protéger les marchés d’eux-mêmes si l’on veut sauver l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ils oublient que ce n’est qu’après avoir vu ses dettes effacées en 1953 que l’Allemagne a connu une véritable croissance économique et que d’autres pays, comme la Pologne en 1991, n’ont accédé à la prospérité qu’après avoir pu faire de même.
Ce dont l’Europe a besoin aujourd’hui, c’est de vision politique à long terme et d’une nouvelle volonté de défendre les avantages de la redistribution à l’échelle du continent. C’est ce que Barroso avait commencé à faire avant que les rabat-joie de Downing Street ne l’attaquent sur la taille du budget européen. Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Trichet, directeur de la Banque centrale européenne, n’ont toutefois guère montré d’empressement non plus. Les appels lancés depuis Washington n’ont pas été entendus. La seule lueur d’espoir pourrait venir de la présidence polonaise du conseil des ministres qui pourrait apporter une énergie nouvelle et un sens de l’histoire à un processus jusqu’à présent incapable d’avancer autrement qu’à tout petit pas.
Les Américains ne voleront pas au secours des Européens cette fois, ces derniers devront agir par eux-mêmes. En sont-ils capables ? Le temps presse : le prochain plan de sauvetage de la Grèce devrait être annoncé en septembre. Il s’agira alors d’un moment décisif tant pour la Grèce que pour l’Union européenne.

Grèce : la croissance doit être davantage soutenue (ministres Fin.)

Les ministres allemand et grec des Finances ont estimé qu'Athènes doit davantage soutenir sa croissance économique, si la Grèce veut retrouver son équilibre budgétaire, au cours d'un dîner à Berlin, mercredi soir.
"Les deux ministres sont d'accord sur le fait que les mesures (du plan d'austérité voté par le Parlement grec) doivent être mises immédiatement en oeuvre, pour remettre la Grèce rapidement sur la voie d'une situation économique saine", a écrit le ministère allemand des Finances, dans un communiqué au terme de la rencontre.
"Mais en plus de cela, d'autres mesures pour soutenirla croissance devront être prises. Ce n'est qu'avec une économie privée plus forte et avec des investissements privés que la Grèce pourra atteindre un budget équilibré à moyen et long terme", ajoute le communiqué.
Il s'agissait de la première rencontre entre Wolfgang Schäuble et son homologue grec, Evangelos Venizelos, depuis la prise de fonction de celui-ci.
Cette cinquième tranche intervient dans le cadre du plan de sauvetage UE-FMI mis sur pied pour la Grèce en mai 2010, qui prévoit au total 110 milliards d'euros de prêts sur trois ans.
Sur ce total, 80 milliards d'euros doivent être fournis par les Etats européens, dont quelque 22 milliards d'euros par l'Allemagne, principal pays contributeur devant la France.
En tant que premier contributeur au plan d'aide, l'Allemagne met souvent en garde Athènes sur une éventuelle non-application du plan d'austérité voté par le Parlement.

mercredi 6 juillet 2011

Affaire DSK: "nausée" et "torrent de merde" dans la classe politique

De gauche ou de droite, que pense-t-on de la nouvelle plainte de Tristane Banon? Florilège de ras-le-bol dans le zapping des matinales.

L'affaire DSK vue par la presse internationale

La presse anglo-saxonne
Le journal britannique The Guardian fait un bilan des derniers rebondissements de l'affaire. Il met l'accent sur trois aspects. D'abord l'effondrement de l'affaire aux Etats-Unis et la possibilité d'un acquittement de Dominique Strauss-Kahn. Ensuite la dégradation, aux yeux des Français, de l'image de l'ancien patron du Fonds monétaire. Le quotidien cite ainsi un sondage réalisé ce week-end: 54 % des personnes interrogées hostiles à une candidature de DSK à la primaire.

Troisième aspect sur lequel le quotidien de centre-gauche met l'accent: le problème des fuites dans les médias, qui ont largement alimenté l'affaire. "Cela fait 35 ans que nous travaillons dans ce secteur mais je n'ai jamais vu autant de fuites pour une affaire donnée. J'ai peur de l'impact que cela pourrait avoir chez les victimes qui n'osent pas porter plainte", se plaint dans le Guardian Susan Xenarios, une des directrices du centre de lutte contre les viols de New York.

Le Washington Post, lui, se concentre sur la plainte déposée par Tristane Banon. Mais surtout sur les conséquences que celle-ci a sur les primaires socialistes. Le journal raconte qu'avec l'effondrement de l'affaire aux Etats-Unis, les socialistes avaient retrouvé l'espoir. Cette nouvelle plainte entache une réputation déjà ternie.

Toujours dans le Washington Post, la journaliste Kathleen Parker tente de calmer les esprits tout en évoquant le côté complètement surréaliste de l'histoire : "Il n’y manque plus qu’une poursuite en voiture. Ou un requin. Nous sommes tellement habitués aux retournements de situation dans de telles histoires que nous pouvons déjà en anticiper la bande-son, les jeux d’ombre et de lumière, le col relevé, les regards assassins échangés dans une salle de tribunal bondée". "Au moins pourrions-nous attendre la fin du procès pour donner notre verdict. Ou mieux encore, attendre la sortie du film", conclue-t-elle.

William Saletan, journaliste à Slate.com, est à contre-courant. En s'attachant aux faits, il analyse les déclarations de Tristane Banon et énumère sept façon de vérifier la version de Banon (et de DSK).  La version intégrale en français de l'article est sur Slate.fr.

La presse allemande
Le Spiegel est du même avis que le Washington Post : "La nouvelle plainte pourrait causer des problèmes aux socialistes français". Pour le quotidien allemand en ligne, l'affaire qui se dégonflait aux Etats-Unis était la voie vers la rédemption de DSK. La plainte de Tristane Banon modifie la donne.

La presse hispanophone
Le journal espagnol El Pais se fait écho du témoignage de l'écrivain et journaliste Tristane Banon que donne l'Express. Pour le journaliste Antonio Jiménez Barca, correspondant pour le journal à Paris, on trouve des zones d'ombre dans le récit de Banon.

Il évoque également la montée au créneau des principaux ténors socialistes : "Quand François Hollande, Martine Aubry ou Ségolène Royal sont interrogés, ils commentent l'affaire DSK. Ils ne parlent ni de leur programmes ni de leur projets".

Le journal mexicain de référence  El Universal se contente de faire état de la plainte de Tristane Banon sans commenter l'affaire.